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Nous avons fait remarquer qu'il serait plus rationnel de considérer leurs prétendues incisives externes de la quatrième paire comme des canines , ce qui rendrait plus
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comparable la formule dentaire des Chameaux avec celle des Ruminants à bois ou à cornes, et celle des uns et des autres avec la dentition de certains Pachydermes. Celle manière de voir est aussi celle que M. Owen a exposée depuis lors dans son Odonlography. Nous ajouterons ici que les dents de certains Pachydermes anoplolhériens ressemblaient bien plus encore que celles des Cainolheriums , que nous avons cités, au molaires des Ruminants. Ainsi les Diihc hunes avaient les dents si semblables pour la forme à celles des Chevrotains, que le Dichobune cervinum a été d'abord décrit comme étant un Ruminant. Ce fait paraîtra plus remarquable encore, si l'on se rappelle que les Dichobunes et les Pachydermes les plus voisins des Ruminants ont appartenu à une époque pendant laquelle ces derniers n'existaient pas encore ou étaient du moins fort rares. L'observation de la série entière des Ruminants actuels ou fossiles démontie plusieurs autres particularités du système dentaire dignes d'être signalées et fort utiles pour la caractéristique de ces animaux. Ainsi les Chameaux conservent dans l'état adulte une ou même deux paires d'incisives supérieures, et leurs canines des deux mâchoires ont bien l'apparence de ces dents chez la plupart des autres animaux. Les Chameaux ont six pairesde molaires supérieures, comme les autres Ruminants; mais la première est très distante des autres et immédiatement contre la canine; la mâchoire inférieure n'a que cinq molaires, dont la première paire également écartée des autres. Les Lamas diffèrent des Cliameaux en ce qu'ils n'ont plus que cinq paires de molaires en haut et quatre en bas. C'est, sous ce rapport, le moindre nombre connu parmi les espèces du même ordre. Quelques Ruminants ont des canines supérieures; on en voit souvent chez les Cerfs de diverses espèces; mais leur développement est peu considérable. C'est le contraire pour les Chevrotains et les Cerfs munijacs, dont les canines supérieures sont cultriformes, longues et en partie sorties de la bouche comme deux défenses; leur développement est surtout considérable chei les mâles. On remarquera la coïncidence de ce grand développement des canines avec l'absence des cornes (Chevrotains) ou leur petitesse (Munijacs). Et en effet, cet
Bnimaui s'en servent pour se disputer la possession des femelles. Les Antilopes, ainsi que les Moulons, les Chèvres et les Bœufs sauvages ou domestiques, c'est-à-dire tous les Ruminants à cornes, manquent de canines. Leurs molaires , toujours en même nombre, diffèrent, sous quelques rapports, d'un groupe à l'autre; mais beaucoup de particularités qu'on n'a pas signalées encore ou qu'on a mal indiquées, soit dans les molaires elles-mêmes, soit dans les incisives, dont la forme et les proportions sont fort diverses, seront constatées après un examen rigoureux (1). M. de Blainville se propose de publier procliainement, dans son Ostéograplïie, les résu liais de cette étude.
La dent molaire des Ruminants, qui est la plus compliquée dans sa forme, est la quatrième molaire supérieure et inférieure, laquelle est la dent principale de ces animaux. Dans tous les Mammifères du même groupe, la sixième molaire d'en bas est à trois divisions, comme chez les Pachydermes herbivores des genres Anoplotherium et Palœotherium. Les trois dents antérieures ou de remplacement sont, au contraire, pins simples que les grosses molaires. Nous avons vu qu'une ou deux de ces dents manquent chez les Chameaux et les Lamas.
La théorie avait fait admettre à priori que tous les Ruminants , quoique pri\és d'incisives supérieures dans la très grande majorité des espèces pendant l'âge adulte, et même dès le moment de leur naissance, ont néanmoins, pendant une partie de leur vie fœtale, les dents qui leur font défautà une époque ultérieure. M. J. Goodsir et depuis lors M. Owen , ont constaté par l'observation qu'il en est bien ainsi. Des fœtus de Ruminants des genres Cerf, Bœuf et Mouton ont montré ces dents à la mâchoire supérieure, et même les canines de l'inférieure. On leur a aussi reconnu quatre paires de dents molaires en haut et en bas, ce qui, joint aux trois nouvelles paires que les Ruminan's acquerront plus tard, en arrivant
(l) Irfs Cerfs, les Girafes cl les Bœufs ne sont pas, quoi ^D'on en ait dit , les seuls Ruminants qui aient des colonnettes ou petits rones d'émail a la base interne de leurs dents molaires supérieures et externe de leurs dents iiilérieures, il y en a cliez quelques Antilopes vivants et fos-
(Antilapt equina, du Sénégal ; A Cnntieri ou reetieoraU, des Sdblea marin* de Montpellier. )
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à l'âge adulte, leur donnerait pour formule théorique et totale :
ÏDcis.
■- can. - mol.
c'est-à-dire précisément la formule des Cainothériums, que nous leurcomparions dans l'article dents cité plus haut (1). Il est vrai que les trois molaires supérieures ne sont pas remplacées; que la canine supérieure est souvent aussi dans ce cas, et qu'il en est toujours de même à l'une des quatre paires de molaires de lait. De plus, les dents qui ne devront pas être remplacées tombent avant la naissance, et le jeune Ruminant qui vient au inonde n'a que les dents suivantes, dont tous les naturalistes ont constaté la présence. La troisième molaire inférieure de lait, c'est-à-dire la postérieure déjeune âge, est composée de trois parties, comme la sixième ou dernière des adultes :
incis. can. ~ mol.
On doit regretter que nul naturaliste n'ait encore décrit la dentition des Chameaux et des Lamas à leur naissance.
Avec le système dentaire, dont nous venons de rappeler les traits principaux, coïncident des dispositions tout-à-fait spéciales du système digestif. Tout le monde sait à quelle particularité singulière les Ruminants doivent leur nom. Animaux essentiellement herbivores , ils ont besoin d'une grande quantité de matières digestives; et comme dans la vie sauvage ils sont exposés aux embûches ou aux attaques d'un grand nombre d'ennemis, il leur faut brouter précipitamment les matériaux de leur alimentation, pour fuir au plus vite les pâturages auxquels ils s'étaient rendus.
Leur estomac est plus compliqué que celui de presque tous les autres Mammifères, et sa capacité générale est partagée en plusieurs poches, qu'on a considérées, non sans quelque exagération, comme autant d'estomacs distincts. La plus grande et la première est la panse , aussi nommée double ou herbier. Les aliments y sont entassés a mesure que l'animal les a coupés. Après Is panse vient le bonnet, plus petit qu'elle, i parois gaufrées, et dans lequel les aliments
(i) Tome IV, p}ge 6»S.
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accumulés dans la panse se moulent petit à petit en pelotes peu considérables, que la rumination Tait remonter dans la bouche pour les soumettre à une salivation et à une mastication véritables. Le retour des aliments à la bouche après qu'ils ont été moulés dans le bonnet et Tacle préparatoire à la digestion auquel ils sont soumis constituent, à proprement parler, la rumination. On voit, à travers les téguments du cou, les pelotes monter et descendre en suivant Tœgopbage. Lorsqu'elles rentrent dans l'estomac, elles vont directement dans une troisième partie de ce viscère, nommée feuillet, à cause des replis longitudinaux qui le distinguent, et du feuillet dans la caillette , qui répond à la partie pylorique ou petit cul-de-sac de l'estomac des autres Mammifères. Les aliments liquides passent directement dans le feuillet et dans la caillette sans s'arrêter dans la panse ni dans le bonnet. Le lait dont se nourrissent les jeunes animaux de ce groupe suit le même trajet, et il n'y a plus de rumination pour cette substance. On a décrit comme un cinquième estomac dans les Chameaux une portion de la panse, qui parait leur servir de réservoir pour l'eau. L'intestin est fort long dans tous les genres. Il a 40 mètres et plus dans quelques uns. Celui de la Girafe disséquée par MM. Joly et Lavocat mesurait 62,25. Le cœcum des Ruminants n'est pas très long. Il existe constamment. Celui du Chameau a 0,974; celui du Bœuf 0,811, et celui du Mouton 0,243.
Divers genres ont une vésicule biliaire ; d'autres en manquent. Les Bœufs , Moutous, etc., rentrent dans la première catégorie, et les Cerfs dans la seconde. Ainsi que les Chameaux, il parait que la Girafe en est tantôt privée, tantôt au contraire pourvue. L'uniformité des formes du squelette dans les nombreux animaux du groupe qui nous occupe a été souvent remarquée; elle est d'ailleurs incontestable. Cependant on l'exagérerait évidemment si l'on disait, avec cerains auteurs, qu'elle ne permet pas de distinguer les pièces osseuses de même nom, suivant qu'elles appartiennent à tel ou tel genre. Il n'y a peut-être pas deux crAnes de Ruminants que l'on puisse confondre entre eux; les vertèbres ont aussi, dans beaucoup de cas, des formes qui leur sont propres ;