‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle (volume 4)Chapitre 9 sur 123 · V. TYPES AMÉRICAINS · texte numérisé non relu

V. TYPES AMÉRICAINS

Il nous reste, pour achever la revue des principales variétés humaines , à jeter un coup d'oeil sur celles que nous offrent le nouveau continent et les terres qui s'y rattachent. Déjà nous avons pénétré dans les coutrées boréales de l'Amérique, en suivant, d'une rive à l'autre du détroit de Behring, les peuples de type mongol qui habitent ces hautes latitudes. Déjà les Esquimaux nous ont introduits dans un monde différent du monde asiatique, et leur langue, plus que leurs traits, annonce une nouvelle famille de races. Avançons-nous maintenant sur les régions plus méridionales , et cherchons à saisir et la physionomie générale et les principales différences des races dites indigènes, de ces peuples aujourd'hui sauvages, réduits à la vie de tribu, dépossédés, refoulés par les émigrauts européens dont ils refusent la civilisation, et qui finiront par disparaître, après avoir connu jadis un état prospère, et en laissant le souvenir de plusieurs nations anciennement civilisées et florissantes sur cette terre qui ne demande qu'à prodiguer ses dons.

Il existe, sans doute, entre les divers peuples des deux Amériques des indices de ressemblance et de rapprochement qui composent le caractère général de la population du nouveau continent, comparée à celles des autres parties du monde. Mais le premier regard jeté sur ces peuples n'aperçoit que leur diversité, je dis leur diversité physique, celle qui doit le plus nous occuper, comme naturalistes.

A. Type nord-américain. Les tribus qui, du Canada a la Louisiane, et des Alleghany aux montagnes Rocheuses, sont répandues dans les contrées voisines des lacs ou arrosées par le Mississipi et ses affluents, sont diverses par leurs langues et sous tous les autres rapports, mais nous offrent cependant un premier type de variété qu'on peut reconnaître à première vue, malgré ses modihcatiuns.

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La télé osseuse est un peu pyramidale par la direction des parois du crâne, à partir des arcades sourcilières en avant, des bosses pariétales sur les côtés, de la protubérance occipitale en arrière. L'occipital est aplati audessous de celte saillie, renflé latéralement. L'arcade zygomatique conserve un peu de l'excès d'écartement latéral qui frappe chez les peuples de type mongol. Les fosses nasales sont grandes, et tout y indique un large développement de la surfac« olfactive. L'arcade maxillaire supérieure est avancée, et toutefois les incisives n'ont pas de procliviié sensible. La mâchoire inférieure, assez forte, forme de ses deux branches, non un angle prononcé, mais une courbe.

Un nez plus ou moins arqué, grand, saillant, est le trait le plus frappant de ces Indiens de l'Amérique septentrionale. Leurs yeux sont, en général, plus longuement que largement ouverts, et ne paraissent pas grands. Un teint généralement cuivFé, des cheveux plats, noirs, quelquefois chatoyants, une barbe peu fournie, achèvent le portrait de ces hommes désignés souvent par le nom de Peaux-Ruuges. Parmi eux se distinguent lesCherokoës, de la confédération des Crecks, et dont on vante la stature avantageuse, l'expression martiale, la beauté dans les deux sexes. Sous l'influence du christianisme, le peuple que nous venons de nommer est entré dans une voie de développement oîi il a fait déjà de remarquables progrès. Plus au nord que lui, les Iroquois , les Algonquins , sont mis au rang des belles tribus de ce type. La plupart des Indiens de l'Amérique septentrionale sont demeurés réfractaires à la civilisation, et mènent une vie qui réduit chaque année leur nombre par la maladie, l'intempérance, les guerres acharnées, etc. Leur caractère est farouche, indépendant, morne, réfléchi, opiniâtre. Tout semble indiquer chez eux , d'accord avec leurs traditions et les nombreux tombeaux trouvés diins ces contrées, la décadence et comme le souvenir d'une ancienne prospérité et d'une puissance qui s'irrite encore de sa défaiie. Ce ne sont pas , comme le croyait Chaleiiubriand, les qualités naïves du sauvage enfant qui s'élance vers l'avenir, ce sont plutôt les derniers efforts d'une énergie qui succombe.

Ou ne doit pas exagérer l'unité du type

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que nous venons de décrire. Celle unité laisse place à de nombreuses variations nationales et individuelles. Quelquefois, comme chez certaines tribus Sioux, décrites par M. Catelio, le profil donné par le front et le nez est arqué au point de former une ligne semilunaire; d'autres fois, nous rencontrons un nez à peu près droil (Cherokoës); d'autres fois encore, une face large, à joues rebondies. Puis les teintes de la peau offrent de nombreuses nuances entre le rouge tuile et l'olivâtre; elles pâlissent même beaucoup dans les cantons élevés des montagnes, et les cheveux deviennent souvent alors châtains ou même d'un blond jaunâtre. Un fuit de variation assez singulier est celui que nous signale M. Catelin pour les cheveux, chez les Mandans : beaucoup d'individus des deux sexes, les jeunes aussi bien que les vieux, offrent des cheveux d'un gris argenté et, avec celte teinte, la chevelure prend un caractère de roideur et de grossièreté

Au delà des montagnes Rocheuses, nous retrouvons, dans le district de l'Orégon et plus au nord, des Indiens qui se rattachent à la grande famille de l'est, mais qui se montrent assez modifiés dans leurs formes et leurs teintes. Je ne parle pas de l'aplatissement de la tôle, qu'on observe chez plusieurs de leurs tribus, et qui leur a valu le nom de Tclrs- Plates; c'est le résultat tout artificiel d'une compression exercée pendani la première enfance. Mais les traits, les formes, en général, prennent ici plus de rondeur et de masse, et en même temps le teint s'édaircit proportionnellement à l'élévation de la latitude. Les peuples dont nous parlons jouissent d'un climat tempéré par les vents chauds et humides de l'océan Pacifique; ils vivent de pêche, cultivent le sol, ont, en un mot, une vie plus sédentaire que les tribus de l'autre versant.

Californiens. Mais plus au sud , dans la Californie, nous rencontrons une terre aride, pierreuse, qu'un soleil ardent ne parvient qu'à dessécher, et les caractères physiques des habitants nous offrent un type nouveau. Un front bas, des yeux enfoncés, un nez court, déprimé à sa racine, élargi à sa base, des pommettes saillantes, une bouche assez grande, des lèvres épaisses, enfin une peau noirâtre avec des cheveux longs et plats, et quelque peu de barbe, composent

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une physionomie qui se rapproche et s'éloigne tour à tour du type éthiopien. C'est comme l'empreinte d'un climat africain sur une population qui en avait déjà reçu une autre. Les Californiens nous sont donnés comme une race affaissée, sans développement, sans énergie. Elle offre surtout ce caractère dans la Péninsule, et se relève un peu physiquement et moralement, au nord, dans la Nouvelle Californie.

Races mexicaines. Une race venue des régions que nous venons de parcourir et qui, dans une suite de migrations, a porté successivement les noms de Toltèques, de Chi- (himecas, d'Aslèques: une race dont la langue a des affinités frappantes avec quelques unes de celles des tribus de l'Orégon, s'est établie et a fondé jadis un empire puissant, une civilisation remarquable sur les plateaux du Mexique. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un débris qui accuse les violences de la conquête espagnole. Ce pays était habité plus anciennement encore (car la première invasion toltèque ne remonte qu'au vu* siècle de notre ère) par d'autres races, d'autres peuples, les uns barbares, les autres ayant un certain degré de civilisation attesté par de nombreux monuments. On cite les Olmccas comme une nation civilisée de cette première époque, et les Othomis comme une peuplade barbare, remarquable par le caractère monosyllabique et les affinités indo-chinoises de sa langue, caractère qui indiquerait une origine asiatique. Il est bien difficile de retrouver la trace distincte des diverses populations qui se sont succédé ou qui ont eu simultanément leurs établissements dans les contrées limitrophes des deux Amériques; quelques unes peut-être ont, comme le pensent plusieurs auteurs, peuplé le continent méridional et les Antilles , ce qui indiquerait le nord et l'est comme la route des navigations de toute l'antique population du nouveau monde. Ce qui reste de ces passages, de ces établissements, en un mot, de ces nations barbares ou civilisées qui ont occupé le Mexique et la grande chaussée méridionale jetée d'un continent à l'autre, c'est un nombre assez limité d'indigènes, les uns sédentaires , habitant les villes ou cultivant le sol ; d'autres, nomades et chasseurs indépendants.

Les Mexicains sont généralement d'une

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taille avantageuse, bien proportionnée. Ils reproduisent assez bien, semble-t-il, le type des Indiens de POrégon. Les portraits des anciens Aslèques nous ofTient un front déprimé, qui rappelle les têtes plates obtenues artiGciellement par les tribus du Nord pour exagérer, sans doute, uue forme considérée par ces peuples comme un caractère de beauté. Les cheveux ont les mêmes couleurs et la même rudesse que chez la plupart des peuples mongols et américains ; la barhe est peu abondante. Quant à la peau, elle offre une teinte olivâtre, qui s'éclaircil beaucoup chez les femmes des villes. On assure qu'il n'est pas de nation chez laquelle on trouve moins de personnes contrefaites que chez les Mexicains. Les anciens Mexicains conservaient, au milieu de leur civilisation avancée , un caractère de cruauté qui se montrait dans leurs guerres et dans leurs cérémonies religieuses. Ceux d'aujourd'hui se montrent graves , taciturnes , attachés opiniâtrement à leurs coutumes.

Types et i-aces brasilio- g uar antennes. La grande plaine qui , du versant oriental des Andes péruviennes, s'étend jusqu'à l'océan Atlantique , arrosée par les deux grands fleuves de l'Orénoque et des Amazones , est peuplée par un groupe de peuples indigènes auquel M. d'Orbigny a donné le nom de race brasilio-guaranienne; il comprend les Caraïbes, les Guaranis, les Tupis et les Botocudos. Les caractères de cette race sont donnés comme suit par l'auteur précité : « Couleur jaunâtre; taille moyenne; front non fuyant; yeux souvent obliques, toujours relevés à l'angle extérieur. »

Ce type rappelle beaucoup le Mongol , et la ressemblance est surtout assez frappante chez les Botocudos et les Caribes ou Caraïbes. Le nez n'est plus celui des Américains du nord; il est court, mais moins large et plus saillant que celui des Chinois. La barbe est rare.

Les Guaranis, répandus dans tout le Paraguay, ont été en partie convertis au christianisme, ou plutôt baptisés, enseignés et civilisés par les missions des jésuites; celte partie delà famille brésilienne s'est montrée plus disciplinable que les autres.

Les Botocudos , au contraire, farouches anthropophages, ont résisté plus longtemps, et c'est très récemment qu'on a pu arra-

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< hcr quelques unes de leurs tribus à leur vie errante et à leurs mœurs sauvages. On connaît les singuliers ornements en bois que ces peuples s'implantaient dans la lèvre inférieure. M. A. Saint-Hilaire nous a dit que les Botocudos qui rencontrent des Chinois dans les ports du Brésil les désignent comme leurs oncles.

Les Caribes ou Caraïbes , maîtres autrefois des petites Antilles, ne sont plus représentés que par des peuplades continentales, qui se trouvent surtout près des rives de l'Orénoque et dans la Guiane. Ceux des Antilles étaient cannibales , et leur nom était devenu synonyme d'anthropophages. Les Caribes sont , au dire de M. de Humboldt , les hommes les plus robustes et les plus grands du globe après les Patagons. On a longtemps cité les crânes caraïbes pour la singularité de leur forme ; c'était encore ici le résultat d'une pression exercée dans l'enfance, coutume plus répandue qu'on ne le croit généralement, car elle existe même dans quelques uns de nos départements , comme nous l'a montré M. Foville.

Race pampéenne. M. d'Orbigny a réuni sous ce nom de nombreuses tribus répandues à l'est de la grande Cordillère, depuis le Paraguay à la pointe du continent, les l'rties nomades, les autres stationnaires, et, jusqu'à un certain point, civilisées sous l'influence des missions. Des formes larges , massives, quelquefois athlétiques; une tête forte, ronde; un front peu développé; un nez un peu gros et épaté ; une bouche grande, bordée de grosses lèvres ; des yeux petits , l'angle palpébral un peu bridé en dehors, composent une physionomie typique assez générale chez ces nations. Cependant d'Azara nous peint les Abipones du Chaco comme se rapprochant du type européen , et offrant de beaux traits, un nez à peu près aquilin, des formes assez bien dessinées, en même temps qu'une nuance plus claire que la généralité des autres Pampéens. Parmi ceux-ci se distinguent les Patagons, nomades équestres des pampas et des plaines arides , la plupart de haute stature, aux membres robustes , annonçant par leur physionomie un courage farouche, une indépendance de caractère et des mœurs qui repoussent la civilisation ; tandis que, plus au nord, les Cbiquiios, habitants d'un pays moins uni,

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plus arrosé et plus boisé , ont une vie plus sédentaire, un caractère sociable, et ont accepté le catholicisme. Leur bouche est mieux formée que celle des Patagons. Les habitants de la province de Moxos , vivant surtout de pêche, dans un pays plat, souvent inondé, ontconservéplusdecoutumes païennes et d'indépendance que leurs voisins les Chiquiios, et se rapprochent physiquement davantage des tribus des pampas; ils sont un peu plus grands et un peu moins informes de corps que les Chiquitéens. En un mot, cette race du Sud varie, comme toutes les autres, avec les conditions de vie que lui ont créées les différences du sol; mais cette variation n'efface pas son type général.

Race ando-péruvienne. M. d'Orbigny établit cette race comme variété distincte, et la caractérise par la phrase suivante : « Couleur d'un brun olivâtre plusou moins foncé; taille petite; front peu élevé ou fuyant; yeux horizontaux, jamais bridés à leur angle externe. » Parmi les peuples de race andopéruvienne, les uns habitent les hautes régions de la Cordillère, des plateaux de 3 ou 4,000 mètres d'élévation , ou les forêts des montagnes elles-mêmes; d'autres parcourent ou les pentes du versant oriental vers la Bolivie, ou les côtes et les lies jetées a la pointe du continent comme des fragments détachés de celui-ci. Dans toutes ces stations les Ando-Péruviens présentent, comme les précédents, mais avec des variantes particulières et à divers degrés, ce même caractère de prédominance des formes élargies, que nous avons déjà signalé chez les autres peuples de l'Amérique méridionale. Les Incas ou Quichuas et les Aymaras sont deux nations péruviennes remarquables par leur civilisalion, et dont la première, conquérante de la seconde, doit peut-être à celle-ci une partie de son culte et de ses arts. Quoi qu'il en soit, ces deux nations, quoique distinctes par leurs idiomes , nous offrent la plus grande ressemblance physique et morale : mêmes coutumes, mêmes aptitudes intellectuelles , mêmes industries , même costume. Ce ne serait pas la première fois que le vainqueur devrait au vaincu son éducation morale et sociale; et d'ailleurs, selon toute probabilité, ici les origines étaient communes, quoique de dates différentes, comme r^iir nos deux races ccliiques. « Les traits

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