MOYEN AGE
Histoire des sciences naturelles, depuis le Vil" jusqu'au XVI* siècle de l'ère vulgaire.
Le moyen âge, cette époque si peu, si mal connue, et pendant si longtemps jugée avec une injuste prévention, est cependant digne , comme époque de transition, de fixer nos regards. Il nous présente, d'un côté, la lente et laborieuse élaboration de la civilisation au sein d'une société qu'aucun fil ne guide à travers des roules inconnues ; de l'autre, la lutte acharnée de l'intelligence contre l'abrutissement qui , sous toutes les formes, vient s'opposer à sa marche progressive. Nous commencerons l'histoire de cette longue période par celle des Orientaux , qui devinrent de nouveau, pour quelques siècles, les maîtres ou plutôt les conservateurs de la science. Les peuples de l'Occident n'occupant que la seconde place, ne viendront qu'après eux.
^fi DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
3Êtat des sciences naturelles en Orient et chez les Arabes d'Espagua.
Au milieu des révolutions, les peuples anliques de l'Orient avaient perdu le goût des études scientifiques. La barbarie étouffait lenlemenl les lumières que tant de siècles avaient si péniblement fait éclore, et l'Europe était devenue l'héritière de ces trésors; mais lorsque les hordes dévastatrices vomies par le Nord, se jetant comme une troupe de vautours sur Rome agonisante, l'eurent mise en lambeaux, l'Europe , à son tour, occupée des luttes de ses maîtres et de la constitution d'une société nouvelle, demeura pendant plusieurs siècles étrangère aux travaux de l'esprit, et la science retourna à son berceau. Les Arabes alors la recueillirent, la cultivèrent avec succès, et peuvent en être regardés comme les fidèles dépositaires pendant la nouvelle enfance de l'Europe. Les travaux des Grecs leur servirent de guide , et ils embrassèrent dans leurs éludes toutes les sciences d'observation ; mais ils n'avaient pas l'esprit positif et indépendant des peuples occidentaux. Leur imagination brûlante suppléa souvent à l'observation ; les erreurs de l'astrologie et de l'alchimie, qui commençaient à dominer à l'époque de la chute de l'empire , furent accueillies et développées par eux avec un enthousiasme extraordinaire, et arrêtèrent les progrès des études positives. Le vil* siècle compte parmi les savants Arabes, Persans et Juifs, Ahmed-ben-Ibrahim, Ibn-Sirin, Ibn-cl-Mocaffa, Dchafer, médecins, botanistes et alchimistes, Ahron , auteur des pandecles de médecine, Jeanle-Grammairien, traducteur des œuvres de Galien, El-Kinùni, professeur de médecine à Alexandrie , Dchâbir (Géber), qui réforma la chimie et dont les opérations sont d'une exactitude remarquable. On lui attribue la découverte de l'acide sulfurique e-t la connaissance empirique de l'augmentation du poids des métaux par la calcination. Livré aux chimères de la transmutation , il a écrit sur cette matière avec une netteté et une précision qui feraient croire à des opérations sérieuses. Il fut aussi fort habile en astronomie, corrigea plusieurs erreurs de l'almagesle d€ P^Slémée, et donna une exposition du système de cet astronome.
L'un des événemenls les plus imporianls de ce siècle est la fondation de l'islamisme par Mahomet. Ce législateur, qui révolutionna l'Orient tant par la force de son bras que par la puissance de sa parole, acheva de détruire les anciennes constitutions religieuses et politiques de ces contrées. Longtemps occupé de la lâche laborieuse d'asseoir le nouvel empire des Arabes, incessamment menacé par Héraclius, et de propager sa religion, il livra le pays à des luttes qui étouffèrent toute manifestation scientifique. Son Coran , qui défendait les représentations d'hommes et d'animaux, priva pour longtemps l'Wstoire naturelle du dessin, l'un de ses plus puissants auxiliaires. Les Égyptiens ne soumirent à son joug que six cent mille tètes, débris d'une population immense ; ils virent s'éteindre à jamais leurs institutions théocraliques successivement modifiées par les Grecs et les Romains, et devinrent les esclaves d'un peuple pour lequel les sciences positives avaient peu d'attrait.
Pendant les viii'^ et ix" siècles, on trouve peu de savants parmi les sectateurs de Mahomet; la plupart sont chrétiens. Au milieu d'une foule de médecins, pleins de savoir, se distingue la famille des Bachtichoua, qui pendant trois siècles fit la gloire de la Perse. Les plus célèbres sont Dchordchis Ben Bachlichoua, Dchabiil Ben Bachlichoua, médecin d'Haroun-el-Rachid, et Dchabril Ben Obeidallah, médecin de Ben Buneih. Sous le calife El Mamoun (815), plusieurs savants traduisent les ouvrages d'Euclide, d'Hippocrate , d'Aristote, et l'almageste de Ptolomée. Un observatoire est élevé à Bagdad.
£n dehors de la famille des Bachlichoua se trouvent des Indiens, des Juifs et des Arabes. Un de ces derniers, El Kindi, fut l'un des plus féconds ; il a écrit au moins deux cents ouvrages sur la médecine, la toxicologie, la pharmacologie, la météorologie et la physiologie, tant humaine que générale. Ben Mésué, élève de Dchabril Ben Bachlichoua, a laissé plusieurs traités de médecine et d'anatomie comparée. Abou Othman Amr, plus connu sous le nom d'El Dchàdidh, était si célèbre par l'étendue ei la variété de ses connaissances, que le calife El Mollakkil voulut lui confier l'éducation de son fils ; mais son excessive laideur l'empêcha d'obtenir cet emploi. Ses ouvrages contiennent un grand nombre de faits scientifiques; le plus estimé est une histoire des animaux. Abou Zcid Honein, d'El Hira, est aussi savant qu'El Dchàdidh ; on a de lui plusieurs traités spéciaux sur divers points de médecine; et, comme il était bon helléniste, il traduisit Hippocrale et Galien. Ben Corra (836), d'Harran en Mésopotamie, le chef d'une famille connue sous le nom de
Sikbéens d'Harran , parce qu'il éiaii aliaché à celle secie, est un auieur d'une fécondilé prodigieuse ; on lui doit un ouvrage sur l'amitomie des oiseaux. Abou Hanifa a écrit sur l'agriculture, l'iiippialrique et la botanique; Ibn Wahchijd, sur la zoologie générale et sur la magie. On compte parmi les nombreux astronomes de celte époque le célèbre El Baten, qui détermina l'aphélie ; et dans le même temps d'autres savants calculaient l'inclinaison de l'écliptique, composaient des tables astronomiques, faisaient des observations sur les étoiles fixes et sur les clipses.
On doit d'autant plcis s'étonner de trouver en Orient un si grand nombre de savants du premier ordre, que les califes, accoutumés à une domination despotique, traitaient avec une barbarie révollanle ceux d'entre eux qui encouraient leur disgrâce en s'exprimant avec trop de liberté. El Dchâdidli fut emprisonné sur un simple soupçon. Saïd Ben Naufel , médecin de l'émir Ben Touloun, lui ayant reproché un écart de régime qui s'opposait à sa guérison, fut condamné à recevoir deux cents coups de fouet, et mourut pendant l'exécuiion. Isaac Ben Amran, que ses contemporains nommaient le refuge de son siècle, ayant eu le malheur de déplaire au prince dont il était le médecin, fut condamné à être saigné aux quatre veines; et son cadavre, attaché à une croix, devint la pâture des vautours.
Au commencement du x" siècle, les mahométans se livrent pour la première fois à l'étude des sciences. El Razi (Rhazès), le Galien de son «poque, leur ouvre la voie. Le nombre de ses ouvrages excède deux cents. On a de lui d'excellentes monographies anatomiques, et une foule d'autres travaux sur les diverses branches de l'art de guérir, renfermés dans un corps d'ouvrage qui forme un cours complet de médecine. II a icrit sur la médecine lalismanique, et sa crédulité lui fut bien funeslc .e calife El Manzour lui ayant demandé de répéter une des expérience»indiquées dans son livre, et Rhazès n'ayant pas réussi, le calife le frappa si rudement sur la tête , qu'une cécité complète fut la suite de celle brutalité.
El Fàrâbi (950) a écrit sur l'alchimie , et sur un grand nombre d'autres sujets. On a de lui un ouvrage fort curieux relatif à la classification des sciences. Ibn Abul Achaih (970) a laissé un traité de zoologie générale El Madchriti (975) , de Madrid , fut le premier mathématicien et le plus célèbre astronome de l'Espagne ; il est l'auteur d'un livre concernant la g^énération des animaux, l'alchimie et les pierres précieuses. Le célèbre
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Ferdrousi, à qui l'on doit un irailé sur l'origine de la lerre, a soulena l'opinion du soulèvement des montagnes.
L'activité des Arabes embrassait toutes les parties des connaissances humaines , el ils s'occupaient de l'agriculture avec un soin pariîrih lier. Le code agricole des Arabes d'Espagne est un modèle de perfection; on y trouve une comparaison judicieuse entre les théories des divers peuples , calculées d'après les climats et la nature du soP. La fermentation causée par les croisades n'interrompit pas leurs travaux ; pendant que l'Europe occidentale courait aux armes pourvengetla cause du Christ, l'Orient poursuivait ses progrès scientifiques. Depuis 1006 jusqu'à 1210, les Arabes de Syrie, de Perse, d'Egypte et d'Espagne sont à la tète des sciences.
Le pluscélèbre médecin de celle époque est Mésué le jeune, ou Ibn Sina (Avicenne), de Bokhara dans le Turkesian. Son principal ouvrage, intitulé Canon, eut une réputation prodigieuse dans toute l'Asie, et sa doclrine fut longtemps la seule qu'on enseignât dans les écoles de médecine. Sa physiologie est cependant fausse et erronée, et ses divisions se multiplient sans nécessité. On reconnaît que Galien lui a servi de guide dans les explications qu'il donne des causes des maladies. Ibn Sina a laissé de plus trois traités sur l'alchimie. El Biruni, astrologue et alchimiste plutôt que médecin, a écrit un traité sur les propriétés des métaux, des minéraux et des plantes. Ibn Dchezla (1074) a laissé une liste alphabétique des plantes officinales.
La plus grande partie des savants de ce temps appartient à l'Espagne, dont les écoles étaient fréquentées par tous les Européens avides de connaissances : ce sont surtout des médecins praticiens qui ont ton? laissé des travaux généraux sur l'analomie et la médecine.
La célèbre famille des Ibn Zohr (Avenzoar), dont le chef s'élabliteii Espagne au commencement du x" siècle, a produit un grand nombre de médecins. Avenzoar (11/tO), un des plus zélés partisans de Galien, est plus original que les autres médecins arabes; il s'est occupé à la fois de médecine, de chirurgie et de pharmacie, quoique ce ne fût pas la coutume d'alors. Les préjugés s'opposaient déjà chez eux aux progrès de la science ; car ils regardaient comme infâmes certaines opérations, entre autres celle de la pierre. Ibn el Awwam, de Séville, fut un des naturalistes célèbres du xii^ siècle; il a écrit sur l'agriculture. IbnMatran, médecin du sultan Salali-ed-din (1189 à 1201), a *!crit sur les plantes médicinales. Ibn Roschel (Averrhoës) (il9â), de
Cordoue, a laissé un Compendium de médecine et une foule d'autres traités ; il s'est livré à l'étude de la philosophie. Son anatomie est calquée sur celle de Galien, qu'il a augmentée ; il s'est aussi beaucoup occupé de médecine spéculative. Il comptait parmi ses disciples les plus dislingués le célèbre Ben Maïmon (Maïmonidès).
Fahr-ed-din el Razi (1149), de Rai dans le Taberistan , est un médecin d'une fécondité remarquable. Il s'est occupé de philosophie et de science générale. La réputation de sa famille était telle que, lorsque Dchingiz kan eut battu Chowarcyn Schah, il excepta la postérité de Fahr-ed-din du massacre général des habitans de Hérat. Il figurait parmi les plus célèbres alchimistes de son temps.
Pendant le xiu^ siècle, nous trouvons chez les Arabes peu de travaux originaux sur les sciences naturelles ; nous en excepterons cependant ceux de Kazwyny (1283) , descendant d'Ana Ben Malest, compagnon de Mahomet, et que sa vaste érudition a fait surnommer le Pline des Orientaux. Il a composé un grand nombre d'ouvrages^ dont le plus estimé est son grand traité d'histoire naturelle, qui comprend l'astronomie, la météorologie et l'histoire des trois règnes. Nous citerons encore Muwaffîced-din qui a écrit l'histoire de tous les médecins arabes, syriens, persans et indiens jusqu'au xiii" siècle, avec un coup-d'œil sur l'origine de la médecine et sur l'état de la science à Alexandrie : il cite quatre cent deux médecins.
Auxiv" siècle, les sciences tombèrent en décadence chez les Arabes; le joug des Osmanlis devint mortel aux travaux de l'intelligence; cependant les derniers efforts des savants brillèrent encore d'un vif éclat. Ibn el Doreihim publia à Mossoul, sous le titre de V Utilité des Animaux, une histoire des mammifères, des oiseaux, des poissons et des insectes. Ibn el Wardi a laissé un ouvrage scientifique fort remarquable intitulé : Unio rerum mirabilium , et un extrait des ouvrages d'Abul Féda, célèbre géographe syrien. El Demiri de Cahira, le plus célèbre naturaliste arabe , a composé un dictionnaire d'histoire naturelle , qui comprend la description de neuf cent trente-un animaux. Bochart s'en est beaucoup servi pour la rédaction de son Hierozoicon.
Les A.rabes d'Espagne furent les derniers et les plus brillants représentants de la science orientale au moyen âge; mais, lorsque les chrétiens eurent détruit leur empire, la plupart n'emportèrent pas dans leur exil le goût des études, et depuis le xv* siècle, jusqu'à la fin du xvi*, nous ne trouvons à citer que quatre naturalistes : El Calcachendi (1418), qui a
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écrit une histoire des animaux ; El Schebi, dont nous avons un supplément à l'histoire naturelle d'El Demiri; El Sojuti (l/i45), auteur du Codex a nimalium, extrait d'El Demiri, avec un supplément et des indications sur l'utilité des animaux; et enfin, El Antaki, surnommé l'Aveugle (1596), célèbre médecin deMisr, qui a écrit un traité général de médecine. A partir de cette époque jusqu'à nos jours, les Arabes, plongés dans la plus profonde ignorance furent obligés de venir emprunter à l'Europe, leur ancienne élève , le peu de connaissances répandues parmi eux ; et ce n'est qu'en 1841 que les descendants d'Othman, sentant la nécessité de s'appuyer sur ia civilisation européenne , ont permis les dissections.
ZStat des sciences chez les peuples occidentaux et septentrionaux.
Le vii^ siècle est complètement mort pour la science ; nous n'y voyons partout que luttes sanglantes et acharnées qui troublent dans leurs projets civilisateurs les apôtres de l'évangile; et, au commencement du viii^ siècle, l'Europe centrale, déjà déchirée par ses querelles intestines, est obligée de repousser l'invasion des Sarrasins que Charles'-Marlcl défait dans les plaines de l'Aquitaine.
Les sciences avaient vainement cherché un refuge à Constantinople ; «lies y furent persécutées par Léon l'Isaurien , qui fit brûler dans la grande bibliothèque les livres et les savants. On ne connaît à cette époque d'autre ouvrage sur les sciences naturelles qu'un mauvais poème de George Pisidès, qui traite de la création.
Le milieu de ce siècle (768) vit paraître Charlemagne , ardent propagateur des lumières et des croyances religieuses. Sous son règne, les lettres commencèrent à renaître; il établit une règle des études, et poussa si loin l'amour des sciences , qu'il changea son palais d'Aix-la-Chapelle en une académie, dans laquelle il réunit des savants de tous les pays ; il fit recopier les manuscrits précieux sous la direction d'Alcuin, moine anglais, son maître et son ami; et ses filles elles-mêmes prirent part à ces travaux. La tendance générale des esprits est néanmoins toute religieuse; et si les
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études philosophiques sont quelque peu cultivées, c'est pour lutter sans désavantage contre les théologiens grecs, avec lesquels était engagée une polémiqua active. L'érudition la plus vaste de cette époque eir brassai-t \etrwiu7n, qui renfermait la grammaire, la rhétorique, la dialectique; et le quadrivium , qui comprenait la musique, l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie. Il n'y avait qu'un petit nombre d'élèves qui terminassent le trivium. Quant au quadrivium, regardé comme le ?tee plus ultra de la science humaine, peu d'élèves osaient s'élever à cette hauteur; encore n'avait-on aucun livre pour ces études, et les maîtres manquaient partout.
A cette époque, la médecine était tombée dans la barbarie, même en Grèce; ses docti-ines, privées de l'appui des sciences d'observation, n'étaient plus qvi'une réunion d'erreurs et de pratiques superstitieuses. Charlemagne , frappé de ce vice, fonda la célèbre école de médecine de Salcrne, où il appela les Grecs qui cultivaient les sciences médicales. Ses efforts furent tous impuissants, malgré la protection dont il entoura les études; l'intelligence humaine semblait frappée de stérilité. La métallurgie seule avait conservé quelques-uns de ses secrets ; mais des créations grossières remplaçaient l'art si délicat des Grecs.
L'agriculture était aussi retombée dans l'enfance. De vastes et sombres forêts qui descendaient des montagnes jusqu'au fond des plaines, et des marais infects couvraient la face de l'Europe, et en abaissant la température s'opposaient aux progrès des sciences ùgricoles. Les fleuves et les rivières, dont aucune digue n'arrêtait les eaux, débordaient à la moindre crue et inondaient les terres basses. Le défrichement avait lieu , comme aujourd'hui encore dans le Nouveau-Monde , par l'incendie des arbres qui couvraient le sol, et cette terre vierge, qui ain-ait dû tan, produire, si elle avait été cultivée par des mains habiles, fournissait ù peine à la subsistance de l'homme ; il n'en sortait que des miasmes putrides, sources de maladies mortelles. L'art d'élever les troupeaux était le plus répandu ; mais on multipliait seulement les produits sans améliorer les races.
La division des terres, en rendant indispensable l'élude de la géométrie, avait sauvé cette science d'un entier oubli ; mais on négligeait les autres parties des mathématiques, et l'astronomie n'était cultivée dans les cloîtres que pour celle de ses parties qui servait à la supputation du retour périodique des fêtes religieuses. Sous l'influence des idées astrologiques, on n'observait plus les mouvements des corps célestes pour ec
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étudier les lois, mais dans le but d'en découvrir l'influence sur les deslinées humaines. L'apparition des comètes passait pour un événement funeste; et Charlemagne, malgré son génie, prononça une sentence contre une aurore boréale , regardée par les théologiens du temps comme uia maléfice du duc de Bénévent, destiné à ensorceler la France.
Sous les faibles successeurs de Charlemagne, le mouvement des esprits vers le progrès s'arrête , et les sciences retombent dans l'obscuiité. Des dérangements survenus dans les saisons causent des lamines qu'accompagne la peste; et le commerce, privé d'appui, reste impuissant contre ces maux.
Les seigneurs, étrangers aux occupations de l'esprit, consacraient à la chasse les moments qu'ils pouvaient enlever aux travaux guerriers; ils dressaient pour cet exercice le faucon, l'épervier, l'émérillon et même le vautour.
Les damoiselles cependant s'occupaient de l'art de soigner les blessures, et étudiaient, d'après des données empiriques, les propriétés des végétaux. Les mires ou médecins, méprisables charlatans, étrangers aux sciences d'observation , allaient criant leurs remèdes par les rues, suivis de femmes qui faisaient métier d'accoucher et de saigner. L'anatomie était complètement négligée, parce que retombant, sous ce rapport, dans les préjugés de l'antiquité grecque, on regardait comme un sacrilège l'étude sur le cadavre.
La géographie était dans le même état de délaissement, et l'on croyait fermen>2nt à l'existence de quatre parties du monde, par le motif que ce nombre correspondait aux divisions de la croix.
D'un autre côté, la guerre avait embrasé toute l'Europe. Les Anglais repoussaient les invasions des Danois, les Français combattaient les J\ormands, les Espagnols luttaient contre les Musulmans, et les rois chrétiens s'armaient les uns contre les autres sous les plus frivoles prétextes.
Les savants des ix* et x" siècles sont Raban Maur , archevêque de Mayence ; Agobard, archevêque de Lyon; Méihodius; Scott Erigène, et samt Hérié, moine d'Auxerre, que sa méthode philosophique , pour arriver à la découverte de la vérité, a fait comparer à Descartes.
Constantinople, quoique riche encore en débris de la science antique, semblait frappée de la même torpeur; mais cette ville sortit de son engourdissement sous ConsianlinPorphyrogëuète. Ce prince y rassembla les manuscrits les plus précieux, eu fit faire des copies, et s'entoura d'hommes qui consacraient leur vie ù l'étude. Eutychius, patriarche
d'Alexandrie, qui cultiva avec succès la physique et la philosophie, appartient à celle époque. Phoiius, patriarche de Conslantinople en 857, a laissé sous le lilre de Bibliothèque un ouvrage remarquable par l'érudition qu'il y déploie. Il cile cent soixante-sept auteurs, dont la moitié nous sont inconnus. Nous lui devons la conservation de quelques fragments de Ctésias et d'Agalharchides. Constantin fit composer par Cassianus Bassus un traité d'agriculture, qui n'est qu'une compilation des ouvrages antérieurs au sien. Cassianus fait connaître les noms de plus de trente auteurs anciens qui ont écrit sur cet art.
Quittons un instant l'Occident, pour nous occuper de ces fiers enfants du Nord qui, pendant plusieurs siècles, ravagèrent le littoral de l'Océan. Un voile épais couvre l'origine des peuplades septentrionales ; leurs sagas nous apprennent seulement que les Ases, dont la tradition fit plus tard des divinités , étaient une tribu asiatique, qui, sous la conduite d'Odin, quitta les bords duTanaïs, et vint apporteraux populations encore sauvages de l'Europe septentrionale une religion et des lois. Leur cosmogonie, éminemment originale, diffère de toutes les autres, et indique que ces peuples appartenaient aune civilisation exceptionnelle. Les premières strophes de la Voluspa présentent un caractère solennel : « Faites silence , dit-elle , divines créatures, enfants d'Heimdall, je vais vous apprendre les secrets de Valfodur ; je connais les mystères des premiers temps....
«Au commencement, lorsque vivait Ymir, il n'y avait ni sable, ni mer, ni vent. En bas, pas de terre ; en haut, pas de ciel : partout le vide j de verdure nulle part. . .
«Ymir, le géant, est formé au sein du chaos, du froid et de la chaleur, l'un venu de Niflheim, l'autre de Muspelheim, et qui se rencontrent dans le Ginumgagap, l'abîme, le vide. Ymir est la matière dont fut composé le monde. Son sang forma les mers, les lacs et les fleuves j ses os les montagnes; ses dents les minéraux, les pierres, les rochers; son crâne la voûte céleste; son cerveau les nuages, et ses sourcils le Midgard, derrière lequel sont réfugiés les Ases, pour se mettre à l'abri des attaques des géants. » Toute leur cosmogonie est dans ce goût mythique ; mais ôtez-lui sa forme mythique, et vous n'y verrez plus, comme chez les autres peuples , qu'une personnification des agents naturels. Les Scandinaves , guerriers intrépides , accoutumés à regarder comme un déshonneur de mourir dans leur lit , furent longtemps livrés à une vie vaga- V)ùnde, et s'occupèrent peu de sciences.
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Cependant, lorsque la tyrannie d'Harald aux beaux cheveux (ix'' siècle) eut forcé les populations norwégiennes à fuir la terre natale , elles commencèrent à former, dans l'Europe occidentale et dans les îles de l'océan glacial, des établissements fixes; et leurs guerriers parcoururent les mers. Ce fut sans doute dans ces longues excursions qu'ils apprirent à connaître le lion et le serpent, qui figurent souvent sur leurs monuments; ce dernier joue un grand rôle dans leurs sagas, surtout le litigorm, serpent monstrueux, sous lequel croissait l'or à mesure qu'il grandissait, et qu'on retrouve en bagues, en anneaux, en bracelets, sur les haches de pierre, sur la poignée des épées.
Jusqu'au xr siècle, époque de ces grandes migrations, leurs sagas toutes mythiques, ou tout au plus semi-historiques, ne nous apprennent rien sur l'état des sciences chez ces peuples. Nous y voyons une agriculture pauvre et improductive , une éducation des troupeaux assez peu étendue , mais une pêche déjà réglée , où figure la baleine , qu'ils osent,sur leurs frêles embarcations, attaquer corps à corps, et la chasse, destinée à garantir les troupeaux de la dent des loups et des ours; ce qui exige certaines connaissances pratiques. Navigateurs audacieux, ils courent les mers d'abord en forbans, puis en marchands, enfin en pélerinsrf en curieux. Ils vont former des colonies au Groenland , et leur humei aventureuse les porte jusque dans l'Amérique du nord.
Leurs sagas contiennent quelques noms d'animaux ou de plantes, maii les traités spéciaux leur manquent; cependant les Islandais, qui poussèrent leurs institutions au plus haut degré de perfection, étaient des observateurs assez attentifs pour qu'on ait trouvé chez eux l'indication nominale de toutes les plantes et de tous les animaux de leur île, sous une forme qui prouve que certaines analogies ne leur avaient pas échappé. Un peuple aussi belliqueux, dont la vie n'était au dehors qu'un long combat, au dedans qu'un duel continu, devait avoir étudié la partie de la science médicale qui touche à la guérison des blessures. On trouve dans VHavamal, doctrine morale d'Odin, une indication de l'emploi du chêne dans les dysuries. Le Rafn Svenn bioernsens saga nous apprend que Rafn était renommé pour la guérison des blessures et des maladies. Il guérit par l'application d'un fer rouge sur la poitrine , sur la tête et entre les épaules, un homme atteint d'une enflure générale, et par une saignée sur le dos de la main, une femme dont les mamelles étaient engorgées. Le fait le plus remarquable consigné dans cette saga est l'opération de la pierre par la taille périnéale
avec un simple couteau. Il paraît que, dans beaucoup de cas, les maladie» étaient traitées par les sorcières (spdkona), qui connaissaient les runes (formules) propres à les guérir. Les fonctions n'étant pas distinctes chez ces peuples, le même homme se trouvait à-la-fois agriculteur, pécheur, navigateur, guerrier, poète, savant ; d'où il suit que les éludes avaient un caractère trop vague pour constituer une science véritable. La vie du Scandinave se passait à acquérir quelques connaissances élémentaires, et rien de plus.
Comme dans les combats qu'ils livraient aux peuples chez lesquels ils faisaient des descentes ils se vengeaient cruellement de ceux qui tombaient entre leurs mains , ils avaient trouvé le moyen de prolonger les souffrances du prisonnier avec sa vie , et certains hommes se livraient à cette barbare pratique ; ainsi, l'on voit dans Ragnar Lodhroks saga^ que le roi Elli, qui avait fait mourir Ragnar, en le jetant dans une fosse pleine de vipères, fut condamné par les fils du pirate à un supplice qu'ils appelaient tailler un aigle de sang. Cette opération consistait à faire séparer, par un homme habile dans cet art, les côtes de la colonne vertébrale et à les déployer ensuite, pour figurer les ailes d'un oiseau.
Nous avons dit que les Islandais étaient grands amateurs de voyages; aussi méprisaient-ils ceux qui ne quittaient pas leur pays, et ils les appelaient injurieusement Heimsker (casaniers). Dans le Miroir du roi (Kongs skuggsio) , il est expressément recommandé à tous les voyageurs d'étudier les mouvements des corps célestes, la diversité des climats, la configuration des côtes , l'époque des marées , les phases lunaires , les vents dominants, les productions des pays qu'ils visitent, les mœurs ainsi que la langue des habitants, et d'en faire un minutieux rapport à leur retour, afin de servir aux navigateurs qui viendront après eux.
Comme il n'a été traduit qu'un très petit nombre de sagas, qu'il y en a même encore beaucoup d'inédites, et que toutes celles qui ont été commentées ne l'ont été que sous le rapport philologique, il reste à faire un travail spécial sur l'état des connaissances scientifiques chez les peuples du Nord. Plus tard, les Scandinaves ayant adopté les mœurs de l'Europe occidentale , leurs institutions perdirent leur caractère primitif; ils entrèrent dans la grande famille européenne et prirent les occidentaux pour guides dans leurs études.
Un grave événement qui eut en Europe un retentissement universel, el favorisa le développement des pensées d'émancipation qui fermentaient parmi le peuple , eut lieu à l'instant où l'on s'v attendait le moins, et mit
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fin aux querelles intestines. Les chrétiens d'Orient , opprimés par les sectateurs de Mahomet , poussèrent un long cri de détresse qui retentit dans tout l'Occident. L'esprit actif et aventureux des Francs fut le premier à céder aux prédications de l'ermite Pierre. Hauts barons, vassaux, serfs attachés à la glèbe, tous prirent les armes pour la défense du christianisme ; cette longue et sanglante guerre, qui dura plusieurs siècles et dévora, dit-on , près de deux millions d'hommes , eut pourtant pour effet de rattacher l'une à l'autre ces deux parties de l'ancien monde, longtemps demeurées étrangères, de lier le présent au passé, et de perfectionner les intelligences, en étendant les relations des peuples.
Les sciences, cultivées par les Arabes avec tant d'éclat, ne furent pas perdues pour l'Occident. On allait puiser dans les écoles de Séville et de Cordoue , regardées comme le foyer des lumières , une éducation supérieure à celle de l'Europe occidentale. Les ouvrages des savants arabes, versions souvent inhdèles de ceux des Grecs, étaient traduits en latin, se répandaient en Italie, en France, en Allemagne, en Angleterre, et y propageaient le goût des éludes sérieuses; aussi les hommes remarquables sont-ils moins rares au xi' siècle qu'aux époques précédentes. L'activité règne dans les cloîtres , où les moines écrivent des chroniques en se livrant à des travaux d'érudition; et tout ce qu'il y a de science humaine est l'apanage du clergé. Au premier rang brillent Fulbert, évêque de Chartres; Guy d'Arezzo, l'inventeur de l'échelle musicale; Thieddas, qu'on regarde comme un médecin distingué ; l'alchimiste Horiulanus, qui alla étudier en Espagne , et à son retour écrivit un commentaire sur la table d'Émeraude; Constantin l'Africain, qui, banni de sa patrie par la jalousie de ses concitoyens, se réfugia en Sicile, où il devint l'ornement de l'école de Salerne, fut un des plus célèbres compilateurs en médecine, et passe pour avoir introduit en Italie la médecine grecque arabe ; Gerbert (Siivestre II) enfin , élève de l'école Je Cordoue, qui importa en France les horloges à rouage, les chiffres et la numération empruntés aux Indiens. C'est sans doute à l'époque où l'Europe alla puiser dans les écoles arabes la science qui lui manquait que la langue s'enrichit des termes scientifiques qui y sont restés, tels qu'almanach, algèbre, azimuth, nadir, alcool, etc. Au dehors des cloîtres, on ne trouve guère que des hommes d'armes et des serfs, les uns abrutis par l'habitude d'une domination tyrannique; les autres, par celle de l'obéissance passive.
Un autre service rendu à la civilisation par les Arabes, et qui con-
iribua à la diffusion des lumières, fut l'invention du papier de colon, ei plus lard celle du papier de lin. Ce fut encore l'Espagne qui jouit la première de ce bienfait; car l'Europe barbare, après s'être longtemps servie de papyrus, avait été obligée, par suite de la disette de celle substance , d'employer à la copie des missels et des psautiers les manuscrits grecs et latins, ce qui hâta la décadence des lettres.
Une des causes qui s'opposait à la propagation de la science était l'instabilité des formes du langage. La langue latine , défigurée par les barbares , avait perdu sa pureté primitive ; et celle des Francs, longtemps mêlés à des populations d'origine différente, n'avait pu encore aiteindro une parfaite unité. Tant que dura celte incertitude dans les moyens de manifestation, les sciences restèrent brutes, et le peuple, chez qui se trouvent ces nobles intelligences, auxquelles il ne manque que les occasions pour s'élever aux plus hautes conceptions du génie, languissait dans l'ignorance la plus profonde.
Vers la fin de ce siècle (1094), une horrible maladie, le mal des ardents, espèce d'anthrax contagieux, préparé sans doule par plusieurs siècles de misère, dépeupla l'Europe, et celle fois encore la médecine fut impuissante ; on ne trouva d'autre digue à opposer à ce fléau que des prières publiques qui , en augmeniant les contacts, propagèrent l'épi' demie avec une effrayante rapidité.
Au xii^ siècle, la philosophie s'est répandue partout sous la forme péripatéticienne. Elle a pénétré au sein des écoles; et les théologiens, la métamorphosant au gré de leur caprjce, en forment la doctrine scolaslique, doctrine étroite et inféconde , qui étreignit longtemps la pensée, mais ne fut pourtant pas aussi funeste au progrès qu'on l'a voulu faire croire.
Pendant cette période les études conservent le même caractère d'incertitude, et tous les savants sont divisés par les querelles des réalistes et des nominaux. Les hommes les plus remarquables sont Anselme, Guillaume de Champeaux, saint Bernard de Clairvaux, elle célèbre Abeilard, homme d'une trop grande indépendance d'esprit pour ne pas s'attirer les persécutions des partisans de la philosophie étroite et mesquine qui s'agitait sur les bancs de l'école. IVous trouvons cependant aussi quelques auteurs qui ont écrit sur l'histoire naturelle : ce sont i'abbesse Hildegarde de Pinguia, qui vivait en 1180, el a laissé, sous le litre de Physica S. Hildegardis , un traité complet d'histoire naturelle; Alexandre Neckam de Hartford, qui ecrivii mu- la nature des chose»
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un ouvrage mêlé de prose et de vers; Alfred, qui commenia la physique d'Arislote et publia un livre sur le mouvement du cœur, et Robert Capiton , versé dans toutes les sciences de son temps, ce qui le fit accuser do magie. A la même époque, le juif Benjamin de Tudèle publia une relation de ce qu'il avait vu de curieux dans son voyage en Syrie , en Egypte et aux Indes.
Le xiii^ siècle fut signalé par quelques nouveaux progrès ; les sciences commencèrent à se répandre, et l'on vit naître à Paris l'Université, qui jouit de toute la faveur de Philippe- Auguste, et devint l'école la plus célèbre.
Sous le règne de ce prince, Gioja Flavio d'Amalfi découvrit ou perfectionna la boussole. Cet instrument en facilitant la navigation, favorisa les progrès des sciences géographiques, si puissantes auxiliaires des sciences nai urelles; mais la prise de Conslantinople par les Croisés fut encore fatale aux études, en ce que la soldatesque latine détruisit un grand nombre de bibliothèques. Toutefois les lettres, quoique languissantes, n'y périrent pas entièrement, et Byzance continua d'être jusqu'au xv" siècle, le foyer d'où sortirent les lumières pour se répandre sur l'Europe. Le dernier des auteurs byzantins de cette époque est Manuel Phylis d'Éphèse, qui a donné un abrégé d'Élicn , sous le titre De la Nature des animaux.
Dans l'Espagne chrétienne , Alphonse le Sage se livra à l'élude des sciences, surtout de l'astronomie. Il lit établir de nouvelles tables astronomiques, qui furent appelées tables alplto/tslnes, et il fonda huit chaires à l'Université de Salamanque.
A la tête des hommes illustres de ce siècle se place Roger Bacon, qui tint longtemps le sceptre de la philosophie hermétique, et mérite en partie sa brillante réputation. Ses ouvrages , quoique empreints quelquefois d'une crédulité sans égale et de toutes les erreurs de l'alchimie, frappent par l'universalité du savoir qu'il y déploie. Son Opus majus contient un chapitre remarquable sur l'art d'expéri menter. On y trouve aussi l'idée de découvertes qui n'ont eu lieu que bien longtemps après. << L'art, dit-il, peut fournir aux hommes des moyens de naviguer plus promptement et sans le secours des bras; il y a telle construction de chars à l'aide desquels il est possible de se passer d'animaux; on peut traverser les airs en volant comme les oiseaux. Il y a des verres qui approchent les objets, les éloignent, les agrandissent, les diminuent ou les multiplient à volonté. «On pourrailvoir dans ces prophéties la vapeur, les aérosiau ul lous nos instruments d'optique. On lui
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ailribue le secret de la composition de la poudre à canon dont l'indi» cal ion se trouve , dit-on, dans ses OEuvres décrites de l'art et de la 'nature el de la nullité' de la 7nagie. Il tenait sans doute ce procédé des Arabes, dont les ouvrages lui étaient familiers. On lui prête aussi l'invention de la chambre obscure et du télescope; mais ce qui est positif c'est qu'il ramena les sciences dans la voie de l'observation, et, sous ce rapport, il peut être considéré comme le précurseur de son immortel homonyme. Ses connaissances en astronomie étaient très étendues; il signala l'erreur qui existait dans le calcul de l'année solaire depuis la réforme du calendrier par Jules César, et ce fut seuiement trois siècles plus tard qu'eut lieu la rectification qu'il avait indiquée.
Un contemporain de Roger Bacon non moins célèbre que lui, est Ainauld de Villeneuve, médecin de Montpellier (1246), qui a laissé sur la médecine de nombreux ouvrages remplis d'observations pleines d'in- Icrêl et un traité de pharmacologie qui prouve de vastes lumières en chimie. Ses écrits sont difficiles à lire à cause de l'obscurité de son style. On y trouve la recelte de la pierre philosophale et le mode de transmutation des métaux. Il y parle de l'émétique et du sublimé corrosif, et on lui attribue la découverte de l'alcool.
Son plus brillant disciple , le type de l'alchimiste, l'inventeur du fourneau nommé athanoret delà médecine universelle, est Raymond Lulle de Rarcelone, qui, pendant cinquante années, parcourut l'Europe pour obtenir l'assistance des princes dans son projet de convertir les Algériens à la foi chrétienne et d'abolir l'esclavage , et qui fut enfin lapidé par le peuple de Bougie. Malgré cette existence aventureuse et vagabonde , il trouva le moyen d'écrire sur la médecine, la physique, la chimie, la théologie ; et, en dégageant ses écrits des rêveries alchimiques qu'ils renferment, on est surpris de l'érudition et de la méthode qui y régnent. Il rendit de grands services à la chimie en employant la voie humide dans la recherche de la pierre philosophale , procédé qui attira l'attention des alchimistes sur les produits que fournissent les corps par la distillation.
Albert le grand , évêque de Ratisbonne , fut encore un des auteurs les plus remarquables de ce siècle. Il quitta la chaire épiscopale pour se livrera l'étude des sciences, dont il a embrassé toutes les branches; et il écrivit plusieurs livres sur l'alchimie. Son ouvrage sur les minéraux est composé avec plus de sagesse qu'on n'en pouvait attendre de cette époque Il partage, il est vrai, l'opinion de Geber sur la nature des métaux; mai»
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ses observations sont souvent fort judicieuses et indiquent un homme versé dans les procédés métallurgiques employés de son temps. Ses traités sur les plantes , les animaux , le sommeil et la veille , les principes du mouvement progressif chez les animaux, les aliments et l'alimentation suffisent pour le disculper de l'accusation de magie portée contre lui. On voit qu'Albert était un homme d'une science profonde, et que toutes les erreurs répandues sous son nom, et qui le rabaissent au rôle de charlatan, sont autant d'injures faites à sa mémoire. Ses disciples les plus célèbres furent Thomas de Chantepré, Ambrosius Senensis, Albert de Saxe, qui fil paraître un traité sur les plantes, les pierres et les minéraux et qui commenta Aristote , Thomas d'Aquin, qu'on suppose avoir été pénétré des doctrines de son maître. On attribue à ce dernier, sur l'autorité de Pic de la Mirandole , un ouvrage d'alchimie, intitulé De re metallîcâ; ce travail, s'il en était l'auteur, ferait plus d'honneur à son jugement que sa fameuse Somme théologique. Parmi ses plus illustres contemporains, se trouvent Vincent de Beauvais, dont le Miroir doctrinal renferme l'idée d'une classification méthodique des sciences , sur lesquelles il donne de précieux détails ; Pierre d'Abano , philosophi3 et médecin , et Conrad d'Halberstadt qui écrivit sur l'ensemble des sciences naturelles avec beaucoup de succès. On cite encore un frère prêcheur, nommé Théodoric, qui expliqua la cause des arcs-en-ciel aussi bien que le fit plus tard Antoine Dominis.
A la fin de ce siècle brillent les Trouvères dont les chants annoncent le réveil de l'intelligence, et favorisent les progrès des lumières en donnant aux langues de l'Europe une forme plus arrêtée.
Les républiques italiennes. Gênes et Venise surtout, contribuèrentpar l'étendue de leur commerce à la diffusion des lumières et aux progrès de la géographie. Quelques voyageurs visitèrent l'Asie. Guillaume Ruysbroek ou Rubruquis, moine franciscain, fut envoyé en 1258, par le roi Louis IX, au Khan des Tarlares , qui voulait, disait-on, se convertir à la foi chrétienne, et la relation qu'il publia de son voyage fit connaître l'Orient. Marco Polo visita le Japon et quelques provinces de la Chine, où personne n'avait pénétré avant lui. Ce voyage est d'un grand intérêt pour la science; car Marco Polo était un homme d'un profond savoir, et ses observations sur les productions naturelles des pays qu'il a parcourus sont d'une exactitude remarquable.
Frédéric II, le puissant empereur d'Allemagne (1250), lut uo des plus ardents protecteurs de la science. Il établit plusieurs écoles ea
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Sicile, aiigmenia l'éclat de celles de Salerne et du Monl-Cassin et fonda à Palerme une académie poétique, dans laquelle il sollicita la faveur d'être admis avec ses fils. Il composa sur lâchasse à l'oiseau un ouvrage qui traite des oiseaux de terre, d'eau et de passage, de leur structure, de leur vol et de leurs mœurs.
Sous le règne de ce prince , les mines d'Allemagne furent exploitées avec une grande activité. Il favorisa beaucoup la médecine, recomoianda l'étude d'Hippocrate et défendit de pratiquer à ceux qui ignoraient l'anatomie humaine. Il ordonna le premier des dissections dans les écoles de l'empire ; mais, pour obtenir l'autorisation d'en faire une seule par an , il fallait une bulle du pape, ce qui dura jusqu'à la fin du" xv* siècle. Comme il ne pouvait retrouver le texte grec de lalmageste de Ptolémée, il en fit traduire en latin la traduction arabe.
Au xiv' siècle appartiennent un grand nombre d'alchimistes, parmi lesquels nous citerons Nicolas Flamel, maître écrivain de Paris, qui fut en outre peintre, architecte, poète, philosophe et mathématicien. Il raconte, dans son liwe des, hiéroglyphes, qu'en faisant des inventaires pour gagner sa vie, il lui tomba sous la main un ouvrage d'alchimie ayant appartenu à des Juifs et contenant le secret de la pierre philosophale. Ne comprenant pas les caractères mystérieux dont ce livre était rempli , il fit le voyage d'Espagne et alla trouver un rabbin qui lui apprit que ce livre était du célèbre Abraham le Juif, et lui en expliqua le sens. A partir de cette époque, Flamel acquit de grandes richesses que l'ignorance publique attribua à l'alchimie, mais dont l'origine est inconnue. On croit qu'il fut chargé par les Juifs encore exilés de France du recouvrement de leurs créances; et, si ce fait est exact, les causes de sa fortune seraient moins douteuses.
Nous mentionnerons aussi un certain Riplée, qui donne dans ses œuvres la recette de la pierre philosophale, recette que nous citerons en entier comme un des monuments les plus curieux de la science du moyen âge. « Pour faire, dit-il, Vélixir des sages, la pierre philosophale, il faut prendre, mon fils, le tnercure des philosophes (plomb), et le calciner jusqu'à ce qu'il soit transformé en lion zjerf (massicot). Après qu'il aura subi cette transformation, tu le calcineras davantage et il se changera en lio?i rouge (minium). Fais digérer au bain de sable ce lio?i rouge avec V esprit aigre des raisins (vinaigre), évapore ce produit, et le mercure se prendra en une espèce de gomme qui se coupe au couteau (acétate de plomb). Mets cette matière gommeuse dans une cucurbile lutée, et coo-
duis la distillation avec lenteur. Recueille séparément les liqueurs qui le paraîtront de diverses natures. Tu obtiendras d'abord un flegme insipide, puis de l'esprit, puis des gouttes rouges. Les ombres cymériennes couvriront lacucurbite de leur voile sombre , et tu trouveras dans l'intérieur un véritable dragon ; car il mange sa queue. Prends ce dragon noir, broie-le sur une pierre, louche-le ensuite avec un charbon rouga il s'enflammera , et prenant bientôt une couleur citrine glorieuse , il reproduira le lion vert. Fais qu'il avale sa queue et distille de nouveau le produit ; enfin, mon fils, rectifie soigneusement, et tu verras paraître ïeau ardente et le sang humain (acide pyroacétique brut). » On voit que le langage mystique des alchimistes, la singularité des transformations qu'ils ne pouvaient comprendre, ont dû longtemps exciter la curiosité et l'admiration des ignorants.
En 1345, les navigateurs génois et catalans retrouvèrent les îles des Canaries, bien connues des Phéniciens et dés Carthaginois. Cette découverte donna une nouvelle activité au commerce , et favorisa les progrès des études en multipliant les relations des peuples.
Ce siècle vit paraître un traité d'anatomie , resté classique jusqu'en 1500 ; c'est celui de Mundinus, de Bologne, qui avait emprunté ses coiv naissances à la science informe des Arabes. Il y avait cependant ajouté quelques observations directes; mais elles devaient être bien peu nombreuses, puisque, dans le cours de onze années, il ne disséqua que trois corps. Nous trouvons aussi, parmi les botanistes de cette époque, Giacopo di Dondis, médecin de Padoue , qui inventa une horloge indiquant les jours , les mois , les fêtes de l'année , le cours du soleil et les phases lunaires. Il fit paraître, sous le titre d^ Herbier vulgaire ^ un traité de botanique descriptive qui n'est qu'une compilation , à laquelle sont ajoutées, pour les plantes naturelles de l'Italie, des descriptions plus exactes que celles qui avaient été faites avant lui.
Le xv** siècle fut un des plus féconds en événements propres à influer sur les progrès de l'esprit humain. En li31, Gultenberg découvre l'imprimerie, et vient ainsi en aide aux esprits qui, de toutes parts, se montraient plus que jamais avides de lumières. Les chefs-d'œuvre antiques, écrits sur du papyrus ou du parchemin , et reproduits en petit nombre par des copistes inexacts ou ignorants , avaient presque entièrement disparu dans les commotions du moyen-âge ; l'art typographique, en en facilitant la reproduction, les garantit d'une ruine complète , et mit les trésors de la science à la portée de tous les hommes.
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Bienlul ce ne furent plus seulement les rois et les seigneurs qui purenl avoir des livres ; le peuple commença à jouir des bienfaits de l'instruction, et les belles intelligences, restées stériles faute de culture, vinrent puiser à celle nouvelle source de précieuses connaissances qu'elles accrurent à leur tour.
Le Bas-Empire, sans cesse menacé par les Ottomans et livré au scandale de la plus honteuse dépravation, finit par succomber. En 1653, Constantinople tomba sous le joug de Mahomet II; et les savants grecs, chassés de leur pairie par le vainqueur, cherchèrent un refuge en Europe, où ils répandirent les sciences de l'antiquité et firent mieux connaître la langue d'Arislote. Au xiii" siècle, un concile avait anaihémaiisé les écrits du philosophe de Siagyre, en en défendant la lecture sous peine d'excommunication ; mais, trente ans à peine après la proscription de ses œuvres, une réaction s'était opérée en sa faveur dans la partie éclairée du clergé; il devint l'idole du xv«, l'oracle de la philosophie; et le pape Nicolas V ordonna de traduire ses ouvrages en latin. Quand on songe aux discussions puériles, aux conceptions étroites, aux querelles intolérantes dont le nom d'Aristote était devenu l'occasic n ou le prétexte, on s'étonne de voir l'émancipaleur de la pensée devenu, après deux mille ans, un obstacle à l'affranchissement de l'esprit.
L'Amérique , connue des anciens Scandinaves depuis plus de quatre siècles, sans que le souvenir de sa découverte eût été conservé par l'Europe, est retrouvée, en 1492, par Christophe Colomb qui cherchait un passage pour aller aux Indes. Le nouveau continent, en ajoutant un monde à celui que connaissaient les anciens, fut pour les sciences physiques une nouvelle cause de progrès , pour l'histoire naturelle une mine féconde par la nouveauté de ses productions, et un heureux stimulant pour les esprits. La cupidité des Portugais , enflammée par le succès des navigateurs espagnols, leur fil braver les dangers d'une traversée longue et périlleuse, afin de découvrir des pays inconnus. La fortune sourit à ces audacieux aventuriers. Vasco de Gama osa le premier parcourir l'immense étendue des côtes de l'Afrique, doubla le cap de Bonne-Espérance; 21, après des fatigues sans nombre , fit connaître à l'Europe la roule des Indes. Ces nouvelles voies ouvertes à l'humanilé ne furent d'abord fréquentées que par des hommes avides de richesses; mais ceux-ci firent bientôt place à des observateurs, qui les parcoururent en tous seiis, au grand avantage de la science.
Les œuvres des naturalistes anciens, regardées alors comme inHiil-
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libles et dispcnsaiii de loiile observation, furent en i)ariie traduites dans le cours de ce siècle et trouvèrent de nombreux conimenlaieurs , dont les plus célèbres sont : Théodore Gaza , qui traduisit en latin l'histoire des animaux d'Arislote, celle des plantes de Théophrasle, et les aphorismes d'Hippocrate; George Valla, médecin de Venise, célèbre par son livre De expetendis et fugiendis rebus; Hermolaiis Barbaro , patriarche d'Aquilée, qui a laissé nne traduction de Dioscoridc, des paia* phrases sur Aristole et une édition de Pline le naturaliste, dans laquelle il corrigea cinq mille passages, en substituant cependant quelques erl'curs à celles qu'il faisait disparaître. Jean de Cuba i)ublia, sous le litre de Jardin de la saute, un traité de botanique médicale, qu'il accompagna de figures sur bois.
La chimie, que nous avons vue naître à Constantinople, puis cultivée par les Arabes d'Espagne qui la transmirent à l'Europe, se répandit au commencement du XV' siècle en Italie et en Allemagne, où ses applications métallurgiques la firent accueillir favorablement ; elle y arriva mêlée à de grossières superstitions; mais ce furent ces erreurs même qui la firent adopter par les amis du merveilleux. La transmutation des métaux , la recherche de la pierre philosophale et de la panacée univeiselle devinrent pour cette science autant de causes de progrès. Les peuples ignorants s'inclinèrent avec respect devant l'appareil mystérieux et imposant dont s'entouraient les alchimistes, et les princes se déclarèrent les protecteurs d'une science qui l(!ur promettait de faciles richesses.
La véritable science naît cependant de ces creuses rêveries ; et les ouvrages de Basile Valentin, qu'on suppose avoir été un bénédictin d'Erfurt, ont fait connaître les propriétés pharmaceutiques de l'antimoine ainsi que certaines préparations médicinales encore en usage de iios jours, et dont le nom vulgaire s'est même conservé. Sa théorie chimique n'est qu'une reproduction de celle des trois principes , adoptée par les Arabes d'Espagne, et les manipulations chimiques qu'il avait décrites, conservèrent la même formé jusqu'au xvii'' siècle.
Les astronomes les plus célèbres de ce temps furent George van Purbach et Jean Millier, son disciple, plus connu sous le nom de Régiomontanus ; ils préparèrent la grande réforme que Copernic devait accomplir. Ce furent aussi d'habiles physiciens ; ils laissèrent des ouvrages estimés sur les poids et mesures, la conduite des eaux, les miroirs ardents, etc.; et Walther, un de leurs contemporains, étudia les effets de la réfraction. Ce fut à celle époque (lii56) que parut la fameuse comète
dont la périodicité a été constatée, et qui a reparu en 1835. Son apparition répandit dans toute l'Europe la plus profonde consternation, et fut considérée comme le présage de grandes calamités publiques.
Ici finit le moyen âge et commence l'époque moderne. Nous y verrons la science se créer lentement, sans secousses, sans perturbations violentes; et, après de nombreuses transformations, de longues et pénibles études, devenir ce qu'elle est aujourd'hui ; c'est-à-dire riche en faits, riche en expérience, et non plus fondée sur des hypothèses.