‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelleChapitre 15 sur 129 · TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

TEMPS MODERNES

Histoire des sciences naturelles depuis le xvz' siècle jusqu'à nos joun.

Les temps modei^nes dont les premiers âges se lient d'une manière presque immédiate à l'antiquité, où ils cherchent à puiser de nouvelles connaissances, succédèrent à une longue et ténébreuse époque qui n'avait guère laissé dans la science que de vagues souvenirs, des réminiscences incomplètes et des erreurs sans nombre. Par l'effet d'une sorte de prédestination qui semble être le résultat de la tendance de l'homme au progrès, les études, enchaînées l'une à l'autre par des liens étroits, se développent dans l'ordre nécessaire de leur importance ou en raison inverse des entraves qui les ont comprimées. Chaque siècle est dominé par une série d'études qui absorbent toutes les autres, jusqu'à ce qu'au milieu de commotions politiques , religieuses ou sociales qui sont autant d'excitations nouvelles , les sciences qui composent le savoir humain , ayant acquis un égal degré de développement et se servant mutuellement d'auxiliaires, finissent par former un réseau tellement étroit qu'on ne peut se renfermer dans une spécialité sans d'evenir incomplet.

L'histoire des siècles précédents a un caractère scientifique négatif, et

se trouve mêlée à des faits qui intéressent le perfeclionnemeni général de l'humanité; mais dans l'histoire des trois derniers siècles nous n'aurons pas besoin de beaucoup de digressions pour lier entre elles les diverses époques , la science seule suffira pour opérer cette liaison et nous ne mentionnerons les grands événements extérieurs qu'autant qu'ils pourront nous en expliquer les progrès.

GHâFS^ll FllMIÏll,.

État des sciences naturelles au XVI^ siècle.

Le xvi* siècle riche des découvertes du xv', stimulé par les conquêtes transocéaniennes de l'Europe et violemment agité par les ardentes querelles de la réformation , ne resta pas oisif au milieu des trésors qui l'environnaient de toutes parts et sollicitaient son activité ; mais son émancipation était de trop fraîche date pour qu'il pût se délivrer de toutes ses entraves; aussi fut-il longtemps soumis à l'autorité des anciens dont les travaux incomplets servaient de texte à mille commentaires , et soulevaient d'acres controverses. Peu-à-peu cependant l'autorité s'ébranla; les hommes de science ne se contentèrent plus de croire sur parole des auteurs dont les œuvres avaient été mutilées par les copistes ou qui s'étaient trompés eux-mêmes; les défenseurs de l'antiquité furent obligés de s'avouer vaincus et de reconnaître qu'en fait de science il n'y a pas de révélation , et que l'expérience est l'unique source du savoir.

L'astronomie, cultivée avec éclat par les Arabes d'Espagne, passa en Europe sous la forme dont ils l'avaient revêtue, et jusqu'au xvi^ siècle on suivit Ptolémée, sans songer à le réformer.

Copernic, qui appartient plus au xvi® siècle qu'au xv^, fut choqué de la contradiction que le système de Ptolémée présentait avec les lois physiques, en faisant tourner les planètes autour de la terre. Il renouvela le système des pythagoriciens, plaça le soleil immobile au centre du monde , et fit de la terre une planète, qui se meut comme les autres autour de l'astre central. Il détermina les dimensions des orbes décrits par

les corps planétaires , et réduisit la révolution diurne du ciel à unesinipie illusion d'optique.

Ce système, si simple et si logique, rencontra cependant des contradicteurs. Tycho-Brahé , auquel la science doit de grandes découvertes, telles que la variation de la lune, le mouvement de ses nœuds, l'inclinaison de son orbite, etc., ne l'adopta pas. Tout en avouant les vices de celui de Ptolémée, il ne voulut pas reconnaître au soleil sa place au centre du monde. Il y mit la terre, autour de laquelle il fit tourner le soleil, entraînant avec lui les planètes dans sa révolution annuelle. Ce système, contraire aux lois de la saine physique, mais qui ne change pas l'apparence des phénomènes, fut soutenu avec chaleur par Longomonlanus, Morin et Riccioli.

En 1519, le voyage autour du monde , commencé par Magellan et terminé par son lieutenant, mit hors de doute la sphéricité de la terre; et à la fin du xvf siècle, sous le pontificat de Grégoire XIII, eut lieu la réforme du calendrier, réclamée depuis longtemps avec instance parles astronomes. En \ 5S2, on était de dix jours en retard sur les phénomènes qui règlent le retour des saisons. Pour rentrer dans l'ordre normal , on supprima dix jours au mois d'octobre ; et l'Europe entière, à l'exception des Grecs et des Russes, adopta cette réforme.

Les grands travaux en physique ne sont pas nombreux à cette époque; les connaissances des anciens forment encore le fond de la science, et il n'y fut ajouté que peu de choses. Cependant nous y trouvons l'importante découverte de la déclinaison de l'aiguille aimantée, observée par Sébastien Cabot dans un voyage au nord de l'Amérique, pour chercher un passage qui pîit conduire en Chine. Frascator découvrit le principe de la décomposition du mouvement ; Slévin trouva le véritable rapport qui existe entre la puissance et le poids dans le plan incliné. En 15G0, le Napolitain Porta, qui s'occupait de magie et de sciences occultes, perfectionna la chambre obscure et forma le plan d'une encyclopédie. Maurolicode Messine publia, sur le mécanisme de la vision, une théorie fort avancée qui lui fit découvrir les moyens de remédier aux défauts de la vue, en employant des verres concaves pour les myopes et convexes pour les presbytes. A la fin de ce siècle , Gilbert de Colchester fit paraître un traité sur le magnétisme et l'électricité , et Dominis, évêque de Spalairo, donna une bonne théorie de la formation de l'arc-en-ciel intérieur.

L'alchimie, fondée sur une idée peut-être mal définie plutô t qu'erronée, ftîais sérieusement occupée d'émdns sur l'analyse et la synthèse des corps,

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élail devenue un moyen d'acquérir des richesses aux dépens des hommes crédules; à Basile Valenlin,vérilable chimiste, avaient succédé d'indignes charlatans. Les attaques d'Érasme de Rotterdam et de Ben Johnson contre les alchimistes jetèrent sur leurs recherches un tel ridicule, que Vari de faire de /'or tomba bientôt dans le discrédit. Il n'en fut pas de même delà préparation du remède universel qui occupait toutes les tètes.

Au commencement du xvi* siècle, les Rosecroix parurent en Allemagne. Cette mystérieuse société , bravant le ridicule , s'occupa activement d'alchimie, d'astrologie et de cabale; et, quoiqu'elle ait poussé cette manie jusqu'à une exaltation maladive, elle rendit quelques services à la science.

Cardan, habile mathématicien, dont les découvertes indiquent un vaste génie, se jeta à corps perdu dats les sciences occultes, et y entraîna un grand nombre de savants, surtout parmi les médecins, qui cherchaient alors de bonne foi la panacée universelle et s'évertuaient à préparer des remèdes secrets.

C'est à l'influence de ces idées qu'on dut Paracelse , un des plus célèbres médecins-alchimistes de cette époque. Plutôt aventurier que savant, il courait par les chemins, hantant les cabarets et les bouges, demandant aux vieilles femmes si elles connaissaient des secrets, et travaillant sérieusement au grand œuvre. A travers les absurdités cabalistiques répandues dans ses ouvrages, on trouve de bonnes et saines idées de chimie, noyées dans un langage ridicule. On doit cependant à Paracelse une heureuse innovation, celle des cours publics en langue vulgaire ; ce qui contribua à populariser les études scientifiques.

Il introduisit l'un des premiers dans la thérapeutique des substances préparées chimiquement ; mais un des plus fâcheux résultats de la médecine alchimique fut de faire croire à l'inutilité des études pathologiques. On se contentait de préparer des remèdes secrets; et, comme les malades sont toujours portés à ajouter foi aux promesses des charlatans, la nouvelle médecine eut un succès prodigieux.

A la* renaissance des lettres, l'Italie, qui avait été si longtemps à la tête des nations, reprit son antique renommée ; ce fut dans ce pays que les sciences naturelles, et surtout l'anatomie , furent cultivées avec le plus de succès. '

Zerbis et Achillini (1500 à 1512) se contentèrent de cammenter Mundinus; mais Bérenger de Carpi fit des études sérieuses, et porta par ses travaux un coup terrible à l'autorité de Galien, encore toute

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puissante. A celle époque, les grands arlisles italiens étudiaient l'analomie avec enihousiasme.

Vésale , disciple de Sylvius , fut un des anatomistes les plus célèbres du xvi' siècle. Il s'attacha à relever les erreurs de Galien , et détruisit pour toujours son influence sur les éludes. Il publia, en 1543, sa grande anatomie, remarquable par les planches magnifiques dont elle est ornée. Ses nombreuses observations apportèrent dans la science d'importantes rectifications; mais l'acharnement qu'il mit à attaquer Galien, afin de prouver que les descriptions de ce médecin se rapportent, pour la plupart , à des animaux et non à l'homme , lui valurent de cruelles persécuiions. La fin de Vésale , dont la vie avait été une longue polémique, fui déplorable : ayant ouvert le corps d'un gentilhomme espagnol dont on vit palpiter le cœur sous le scalpel, il fut accusé de l'avoir disséqué vivant et se vit condamner à faire un pèlerinage à la Terre-Sainle. A son retour, il mourut de faim dans l'île de Zanie, où l'avait jeté la tempête.

Après Vésale, dont les travaux régénérèrent la science, tous les anatomistes le prirent pour guide; deux de ses contemporains, Fallope et Eustache , acquirent une juste célébrité. Le premier , successeur de Vésale à l'école de Padoue, a laissé d'excellents travaux sur l'osléologie du fœtus et sur la structure de l'oreille interne. Un des mérites de cet anatomiste est d'avoir discuté avec une modération et une bonne foi inconnues à celte époque. On trouve dans ses écrits que le grand-duc de Toscane livrait aux anatomistes des criminels, pour qu'ils les missent à mort comme ils le jugeraient convenable et en fissent le sujet d'observations. Princeps j'ubet, dit-il, ut nobis dent ho~ minem quetn nostro modo interficimus et illum, anatomisamus .

Eustache se livra à des travaux spéciaux sur diverses parties de l'organisme ; et, quoique ses recherches sur l'organe de l'ouïe laissent encore dans le doute sur certaines découvertes qu'on lui ailribue , on a donné le nom de trompe d' Eustache au canal qui va de l'oreille interne à l'arrière-bouche. Il s'occupa avec beaucoup de succès d'analomie comparée, et il est certain qu'il avait découvert et décrit le canal ihoracique du cheval, retrouvé chez l'homme par Pecquet, et qui porte le nom de cet anatomiste. Par suite d'une fatalité qui nuisit à la science et à la gloire de ce grand homme , son traité d'analomie est resté inédit jusqu'au commencement du xviii^ siècle ; de sorte que , pendant un siècle et demi , il perdit le droit de priorité pour ses propres découvertes. Eustache eut le défaut de discuter avec aigreur , et montra, dans la polémique qu'il

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soutint contre Vésale, un acharnement indigne d'un homme supérieur.

Fabrizio d'Aquapendente s'occupa avec succès d'anatomie comparée, bt n'isola pas , comme l'avaient fait Vésale et Sylvius , l'homme des autres mammifères. Il étudia avec soin la structure des veines, sans découvrir le phénomène de la circulation ; mais il facilita beaucoup celte découverte , et ce furent ses travaux qui mirent Harvey sur la voie. Il a laissé un beau travail, accompagné de planches, sur le développement du poulet, et il avait dessiné trois cents planches d'anatomie com*' parée, qui ont été perdues après sa mort. Casserius et Spiegel furent les derniers professeurs de l'école de Padoue qui, après eux, tomba en décadence.

Ingrassias de Palerme fut célèbre par ses connaissances générales en anatomie, et particulièrement par ses descriptions ostéologiques ; on lui doit l'institution des lazarets. Botal d'Asti décrivit le premier avec exactitude la perforation du cœur dans le fœtus, déjà connue de Galien ; et l'on a, par reconnaissance, donné le nom de trou de Botal à cette disposition organique. Varole , professeur de Bologne, a laissé, dans son livre de Resolutione corporis humatii, une méthode nouvelle de disséquer le cerveau : au lieu de le couper , comme les anatomistes de son temps, en tranches horizontales, en commençant par la partie supérieure , il le prend par la base , part de la moelle allongée , et suit les fibres à travers la protubérance annulaire jusqu'aux couches optiques où elle paraît s'épanouir. Colombo et Césalpin se distinguèrent aussi par leurs travaux; tous deux décrivirent la petite circulation, et entrevirent vaguement la grande.

La France peut opposer à ces savants Italiens, Ambroise Paré, le père de la chirurgie, le premi«^r qui se soit occupé d'ostéologie comparée, et qui ait prouvé que dans le squelette de l'oiseau il y a des parties analogues à celles des mammifères.

Servet, un des plus habiles élèves de l'Allemand Giinlher, qui vint à Paris, en 1530, professer l'anatomie, et eut pour élèves les plus célèbres anatomistes du xvi" siècle, a décrit fort nettement la circulation pulmonaire; il eût fait faire un grand pas à la science si, poursuivi par l'implacable Calvin, comme anti-trinitaire , il n'eût été brûlé à Genève, en 1553. Il faut noter encore parmi les hommes distingués de l'école de Gïinther, Charles Etienne, parent des célèbres imprimeurs de ce nom j Dubois d'Amiens, plus connu sous le nom de Sylvius , et cité pour l'éclat de son talent, la brutalité de ses manières et l'âcreté de ses contro-

verses; Dulaurens, médecin d'Henri IV, dont les ouvrages brillent plus par la forme que par le fond, et le célèbre botaniste G. Bauhin, dont on a une excellente description du cerveau.

L'Allemagne est représentée dans les études anatomiques par Leonhard de Tubingue , Plater de Bàle et Coiter de Groningue, qui s'est li- V!c à de grands travaux d'ostéologie comparée.

L'Espagne compte parmi ses anatomistes CoUado, qui s'attribua la découverte de l'étrier de l'oreille, et André de Laguna de Scgovie, commentateur d'Hippocrale, d'Aristote, de Galien, et traducteur de Dioscoride. On voit dans son Anatomîca meihodus qu'il s'était approché de bien près de la découverte de la circulation.

A côté des anatomistes viennent se placer les physiologistes qui cherchent à expliquer par des théories les causes de la vie et le jeu des organes. Argentier introduisit dans cette science la méthode salutaire de soumettre les idées théoriques à la discussion la plus libre, sans recon* naître d'autre autorité que celle de la raison. Il démontra l'absurdité du principe de la pluralité des esprits animaux, et prouva qu'une seule force vitale explique d'une manière satisfaisante l'action des organes.

Paracelse fonda sa physiologie sur les idées cabalistiques. Il dédaigna l'étude, dans la pensée que la contemplation suffît pour acquérir toutes les connaissances. Cette doctrine inintelligente, mais flatteuse pour les esprits paresseux, fit école et trouva beaucoup d'adeptes.

Quoique l'anatomie ait plus spécialement occupé le xvi" siècle, la zoologie eut sa part dans les éludes générales ; et c'est encore en Italie qu'on en publia les premiers travaux. En 1524, Paul Jove, de Côme, donna une description des poissons qui se trouvent sur les marches d'Italie; mais son ouvrage n'offre d'intérêt que comme nomenclature. Dans le même temps, Massaria, médecin vénitien, écrivait un commentaire sur le 9* livre de Pline ; et Pierre Gilles, d'Alby, voyageur instruit et intelligent, à qui l'on doit quelques travaux monographiques, mettait Élien en ordre.

Ces premiers essais servirent de guide à l'Anglais Edouard Wotton , qui écrivit un traité de zoologie particulière et comparée , dans lequel il prit Aristote pour guide.

Bientôt parurent des ouvrages plus importants. Pierre Belon, du Mans, écrivit une histoire naturelle des poissons marins, dont les figures furent empruntées à Daniel Barbaro, ambassadeur de Venise à la cour d'Angle-

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teire et palriarclie d'Aquiléc, qui avait fait peindre irois cenls poissons Je l'Adrialique. Belon inséra dans les relations de ses voyages en Oiient ei en Grèce de nombreuses descriptions d'animaux , et publia, en 1555, une histoire naturelle des oiseaux, dédiée à Henri II , avec un iraiié de la chasse à l'oiseau de proie , alors fort en vogue. II s'occupait de la traduction de Théophrasic et de Dioscoride, lorsqu'il fut assassiné en ! 566, sur la roule du bois de Boulogne, où il habitait le château de Madrid. Belon est un écrivain d'une nxiïvelé remarquable; ses travaux portent toutefois le cachet d'une critique fort saine, pour l'époque où iï écrivait. Il peut être regardé comme ayant le premier ouvert la voie aux anatomisies philosophes par ses observations comparatives sur les organes des animaux.

Salviani, de Rome, écrivit aussi sur l'ichthyologie, et accompagna son ouvrage de planches assez bonnes comme exécution , mais d'une extrême faiblesse sous le rapport de la précision des caractères.

Rondelet, de Montpellier, contemporain de ces deux naturalistes, fuî un des hommes les plus érudils de son temps. Il publia, en même temps que Belon et Salviani, un ouvrage d'ichthyologie, accompagné de plan ches d'une grande perfection sous le rapport des caractères. Son texte est savant, et ses descriptions sont très exactes, surtout pour les poissons de la Méditerranée. On trouve dans Rondelet, qui avait des connaissances anaiomiques assez étendues, une ébauche de méthode naturelle : il avait établi ses coupes sur les rapports existant entre les espèces. Son ouvrage, classique jusqu'à la moitié du xviii" siècle, peut encore être consulté avec avantage.

A la même époque, Longolius, d'Ulrecht, et Turner, de Morpclh, écrivirent de petits traités d'ornithologie, dénués d'importance.

Le flambeau du xvi' siècle est Conrad Gessner, de Zurich, homme d'une érudition profonde. Après avoir passé sa jeunesse dans une misère qui le força de recourir à la charité des chanoines de Zurich et d'un Bernois, son ami, il s'occupa d'études médicales, d'histoire naturelle, de bibliographie, de philologie et de géographie descriptive ; il traduisit du grec et de l'arabe des ouvrages de botanique et de médecine ; mais son œuvre capitale est son histoire des animaux, en 5 volumes in-folio. C'est un traité de zoologie générale comprenant la synonymie, des descriptions, des détails physiologiques, anaiomiques, nosologiques et ethnographiques qiw supposent des recheichcs immenses. On n'a de lui que des rapprochemenis et pas de crassiflcaiionj mais il indique avec précision les rapports.

sur lesquels elle peut être établie. Gessner brille par la justesse de son esprit. C'est un compilateur habile, un critique plein de finesse et de sagacité ; aussi son ouvrage doit-il être souvent consulté.

Aldrovande, d'une famille patricienne de Bologne, fut contemporain de Gessner. Il publia une longue série de travaux sur les sciences naturelles. Ses écrits indiquent une grande facilité, mais il n'a pas la sagacité de Gessner, et il a moins observé par lui-même. Uterverius, deDelft, successeur d' Aldrovande ; Barthélémy Ambrosinus et Thomas Dunster, professeur de Bologne , publièrent, après sa mort, aux frais de la ville, les dix volumes in-folio qui forment le complément des quatre qu'il avait fait paraître pendant sa vie, et dans lesquels leurs travaux sont mêlés aux siens. On ne voit pas de traces de méthode dans Aldrovande; il suit l'ordre adopté par Aristote, et n'a fait un essai de classification que pour les insectes ; encore a-t-il pris ce philosophe pour guide.

L'apparition de ces deux célèbres zoologistes contribua beaucoup aux progrès des études zoologiques, dont ils furent les plus intelligenls promoteurs.

Olaïis Magnus a donné , dans son histoire des nations septentrionales, des détails fort curieux sur la zoologie du Nord. On trouve cependant encore dans son livre des préjugés empruntés aux anciens. Il parle, entre autres animaux fabuleux, du Kraken, poulpe gigantesque qui de se? longs bras enlace les navires et les entraîne dans l'abîme. Cet écrivain n'est pas très scrupuleux ; car il donne comme résultat d'obsqrvations personnelles des faits empruntés à Gessner et à Aldrovande.

Clusius (DeTÉcluse), d'Arras, quoique n'ayant jamais quitté son cabinet, a écrit, sous le titre àiExoticorum lihri\, quihus animalium historiœ describuntur, un ouvrage fort intéressant sur toutes les branches des sciences naturelles. On y trouve un grand nombre de faits nouveaux.* Il a décrit le premier la roussette, espèce de chauve-souris à ailes gigantesques.

Nous comptons au nombre des naturalistes les voyageurs que l'Amérique appelait dans ses vastes déserts, et nous citerons, parmi ceux qui ont laissé une relation de leurs observations , Gonzalès , d'Oviédo , d'Acosta et Hernandez. Nous y joindrons Bernard de Breidenbach , Guilandinus et Rauwolf qui ont visité le Levant, et ont consigné dans la relation de leurs voyages des détails fort curieux sur l'histoire naturelle de ces contrées. Ce dernier a laissé un herbier très précieux des plantes recueillies par lui dans ses excursions; cet herbier se voit encore aujour-

d'hui à Leyde. Prosper Alpin a donné une histoire naturelle de l'Egypte. L'Europe septentrionale, où se répandait la civilisation, ayant assez adouci ses mœurs pour qu'on pût la visiter, Herberstein et Possevin parcoururent la Moscovie et les pays du nord , et en firent les premiers connaître les productions naturelles.

A cette époque si voisine encore de la découverte du Nouveau-Monde et de celle de la route des Indes orientales, la manie des colonisations s'était emparée de tous les esprits. Elle ne tarda pas à gagner les Français. En 1555, l'amiral Coligny favorisa l'émigration au Brésil de quelques familles protestantes. Cet établissement, qui n'eut qu'une courte durée, produisit deux ouvrages d'histoire naturelle, ceux deThevet et de Jean deLéry.

Ici s'arrêtent les travaux zoologiques de ce siècle. Nous passerons rapidement en revue les botanistes qui sont plus nombreux, la phytologie descriptive étant d'une observation beaucoup plus facile, parce que les plantes peuvent être transportées dans des jardins où elles s'acclimatent et que leur dépouille se conserve sans autant d'altération.

L'Italie, qui avait produit les premiers anatomistes , eut la gloire de fournir aussi les premiers botanistes. Leonicenus, Monardus et Brasavola, plus connu sous le nom d'Antonius Musa, sont de simples commentateurs des auteurs anciens. Ce dernier posséda le premier, depuis Théophraste, un jardin botanique.

Matihiole, de Sienne (1550), célèbre commentateur de Dioscoride, a publié un nombre considérable de figures ombrées assez exactes ; mais on n'avait pas encore songé à faire connaître les caractères botaniques des plantes 3 on ne les représentait que sous leur aspect général. Dodoens Rembert, professeur à Leyde, est encore un commentateur de Dioscoride. Ruel, qui vivait au commencement du xvi^ siècle, publia une compilation des botanistes anciens, et il confondit souvent les plantes décrites par ces auteurs avec celles qui croissent en France. Son traité De naturâ stirpium est l'un des plus volumineux ouvrages de botanique publiés à cette époque.

L'Allemagne comptait alors plusieurs botanistes distingués : Brunfels , auteur d'une iconographie végétale ; Tragus , les deux Cordus et Fuchs, qui joignirent à leurs commentaires sur les anciens des descriptions résultant de leurs observations, et accompagnèrent leurs ouvrages de figures au trait gravées avec beaucoup de soin.

L'exploration des Indes orientales par les Portugais donna naissance

à (les travaux botaniques d'un grand intérêt. Garcias publia à Goa , en lûG3, une histoire des plantes médicinales des Indes. Acosta en fît autant et y joignit une bonne description de la sensilive.

Oviédoet Monardès, deSéville, firent connaître la Flore des Indes occidentales; ce dernier retraça l'histoire du tabac, plante dont les jongleurs indiens usaient souvent pour se procurer une ivresse prophétique; oi> trouve aussi dans son ouvrage la description du haricot , inconnu des anciens.

Clusius fit connaître plusieurs plantes d'Amérique et donna le premier la figuredela pomme de terre. Nous ferons remarquer à cette occasion que cette plante, dont on a attribué l'imporiaiion àRaleigh, en 1585, était déjà très répandue en Italie en 1586 , et qu'elle y servait à la nourriture des hommes et des animaux. 11 est évident que ce sont les Espagnols qui l'ont apportée en Italie. Gomara, écrivain espagnol, nous apprend que ce précieux tubercule était employé comme plante alimentaire chez les habitants du Pérou septentrional.

Au XVI* siècle, des jardins botaniques s'établirent en Europe et le goût de rhorlicuiture commença à s'y répandi'e. Il se forma des jardins en Italie, en Allemagne et eu France. Jusqu'à celte époque, ce n'avaient été que des établissements particuliers; mais le grand-duc Cômo I*''en créa un public, à Pise, en 1543. d'après les conseils de Luc Ghini. Padoue, Fcrrare, Florence et Bologne eurent bientôt les leurs. La ville de Leyde suivit cet exemple; en 1597 seulement, l'universiié de Montpellier en eut un qui tomba bientôt faute de protection.

Dès que ces élablissemenls eurent été créés, on délaissa les ouvrages si obsciu's et si incomplets des anciens, pour étudier les plantes sur la nature. Conrad Gessner, déjà célèbre par ses travaux en zoologie, fut le premier à poser en principe que c'est dans les organes de la fructification, les seuls vraiment caractéristiques, qu'on doit chercher la base de la méthode de classification des végétaux. Ce principe si fécond en applications utiles ne fut cependant pas adopté. On continua à classer les plantes d'après certaines méthodes artificielles qui les groupaient en raison de leur ressemblance extérieure. Les figures des plantes que ce botaniste avait fait graver suivant son système furent publiées par Camerarius, savant directeur du jardin botanique d'Altorf, qui les mit dans un abrégé de Mallhiole, qu'il édila en 158G.

Lobel , médecin du prince d'Orange, puis botaniste de Jacques F"^» publia, en 1581, un ouvrage dans lequel on reconnaît, pour la première

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fois, quelquds familles naiincllcs, telles que les graminées, les uiuusses, les orchidées, les labiées, les ombellifères, elc. Il a séparé d'une manière neliement irancliée les monocolylédones des dicotylédones. Zaluzianski entrevit le premier les organes sexuels des végétaux,

Césalpin, d'Arezzo(1583), suivit la méthode expérimentale d'Aristole et fui le créateur d'un système de botanique complet, avec des divisions vicieuses encore, mais qui cependant furent un acheminement vers la méthode naturelle. On doit d'autant plus s'étonner que Césalpin ait pu ëiablir un tel système, qu'il n'avait, pour faciliter ses études, qu'un faible herbier de quinze cents piaules, dont sept à huit cenls avaient été recueillies par lui-même.

Dalechamps, Desmoulins son continuateur, etTabernœmontanus sont des botanistes routiniers, serviles imitateurs de l'ancienne méthode. Jean Bauhin donna, dans son histoire générale des plantes, un travail de synonymie encore utile à consulter; mais Gaspard Bauhin , son frère, rendit à la science phytologique un plus grand service en publiant son Pinax theatri hotavici^ composé sur le même plan que l'ouvrage de Jean, et qui lui avait coûté plus de quarante ans de travail. On ne trouve pas, il est vrai, dans Bauhin un système complet de classification, mais il contient un essai de classement par genres qui ne manque pas d'intérêt. Ce botaniste a le mérite d'avoir essayé de fixer par un travail d'une critique judicieuse, la synonymie, déjà si multipliée , et il mit au dessous du nom de chaque espèce une petite phrase caractéristique ré digée avec soin. Son ouvrage, qui contient la description de près de six mille espèces de plantes, fit oublier tous ceux qui l'avaient précédé ; et, jusqu'à Linné il servit de guide aux botanistes.

Nous citerons, à la suite des botanistes, l'agronome Olivier de Serres, à qui l'on doit la propagation du mûrier et des vers à soie.

C'est encore en Italie que la science des minéraux prit naissance ; mais elle n'y fut qu'ébauchée. En 1502, Leonardi, de Pesarro, écrivit un ouvrage sur les minéraux ; imbu des préjugés de l'époque, il a rempli son livre d'erreurs et de fables sur les pierres gravées , ainsi que sur leurs vertus. Scudalupi et Stella suivirent ses traces.

L'Allemagne , si riche en gisements métallifères, dont les trésors excitaient la cupidité des princes, fut bientôt à la tête de la science et lui fit faire de grands progrès.

Le premier qui s'occupa avec succès de minéralogie fut Bauer, plus connu sous le nom d'Agricola. Son ouvrage De re metallieâ (1546)

resta longtemps classique sans être exempt de bien des' erreurs ; il consacre un long chapitre à la baguette divinatoire , au moyen de laquelle on découvre les eaux et les trésors cachés. Cette croyance a été longtemps répandue, et nous trouvons encore dans nos campagnes des ignorants qui y ajoutent foi. Cet ouvrage est plutôt un traité de métallurgie que de minéralogie; mais il n'en est pas de même de son livre sur la nature des fossiles, mot par lequel il désigne tous les minéraux ; c'est un véritable traité systématique de minéralogie, et la méthode qu'il y suit domina la science jusqu'à l'époque où les substances minérales furent classées d'après leurs propriétés chimiques.

L'ouvrage d'Encelius (1557), De re metallicâ, est mêlé à des idées d'alchimie sur la composition des minéraux; mais on y rencontre des vues de classification générale fort judicieuses.

Nous retrouvons le célèbre Gessner parmi les minéralogistes ; il peut être regardé comme le premier qui ait écrit sur la cristallographie. A cette époque , on croyait généralement que les fossiles se forment naturellement au sein des masses minérales. Gessner n'avait pas adopté l'opinion vulgaire ; il admettait comme possible que ces dépouilles eussent appartenu à des êtres vivants.

La France a eu la gloire de donner le jour au célèbre Bernard Palissy, créateur de la géologie, mais plus connu comme auteur de ces charmantes faïences à figures en relief encore recherchées de nos jours. PaIissy,dont le nom doit être cher aux sciences, n'était qu'un pauvre artisan sans études qui s'était formé seul ; aussi ne le voyons-nous pas entiché des préjugés dominants parmi les savants de son époque. Chez lui la science a toujours un côté pratique ; il est avant tout applicateur, et ses ouvrages sont exempts de ces formes ambitieuses qui hérissent l'élude de difficultés inutiles.

Nous trouvons Palissy, dans sa jeunesse, forcé de faire pour vivre divers métiers, et parcourant la France, tantôt comme arpenteur, tantôt comme dessinateur et peintre d'images. Dans ses longues excursions, il avait recueilli un grand nombre de pétrifications. En 1575, il fit à Paris un cours de minéralogie, et combattit l'idée que les fossiles fussent de simples jeux de la nature. Il soutint que les coquilles qui se trouvent au sommet des montagnes sont des restes d'animaux marins , et que les mers ont jadis couvert les continents, vérité dès ce moment acquise à la science, maisdonll'établissementrencontrade grands obstacles dans les préjugés existants. C'est à lui que l'agriculture doit l'emploi de la marne comme

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ameiidemenl. Ses ouvrages renferment beaucoup de choses restées longtemps inconnues, et leur lecture excite encore l'intérêt.

Césalpin, le bolanisle, et Sclnvenckfeld, de Silésie, ont publié des essais de classification minéralogique assez satisfaisants pour une époque où la chimie était fort peu avancée.

On voit que le wf siècle , si rapproché des temps d'ignorance profonde, a produit, dans presque toutes les branches des sciences, des travaux d'une haute importance et que déjà les naturalistes de l'antiquité avaient été laissés en arrière sous beaucoup de rapports j aussi n'auronsnous plus que des progrès à signaler, et les siècles suivants ne feront souvent que confirmer les savantes prévisions des hommes de génie qui ont ouvert à l'humanité les portes de la science.

État des sciences naturelles au XV!!"^ siècle.

Le xvi« siècle, absorbé tout entier dans des travaux d'analyse, occup • de sa lutte contre l'autorité despotique des anciens, n'a créé aucune théorie. Si l'on en excepte l'astronomie, qui était plus avancée que les autres sciences, on ne trouve nulle part de synthèse. Cependant l'impulsion était donnée : sur tous les points les études renaissaient et trouvaient dans les souverains un salutaire appui. Il restait néanmoins à combattre une ennemie redoutable dont l'existence était un obstacle au progrès : nous voulons parler de l'autorité dont la philosophie «colastique était la représentante. Renfermée dans le cercle étroit d'un dogmatisme sans portée, étouffée par les formes verbeuses et décolorées de sa méthode syllogistique, elle s'opposait à toute pensée qui ne rentrait pas dans le cadre de ses théories. Argentier l'avait bien attaquée en refusant de reconnaître d'autre autorité que celle de la raison; mais sa voix n'était pas assez puissante pour donner le signal de la réforme ; il fallait pour cela un homme d'un génie supérieur; et, comme dans l'humanité il n'est pas un cri qui ne soit entendu, Bacon, le réformateur des sciences, le créateur de la physique et de la philosophie, vint porter

les premiers coups à la scolasiique. Il publia dans ce but , en 160& et 1620, les deux parties d'un même ouvrage composé sous le titre général à' Instauraiio magna,- la première, De dignitate et augmentis scientiarum , est une classification méthodique des sciences , destinée à montrer qu'elles découlent les unes des autres et ont entre elles une connexion intime; la deuxième, JSovum organum scientia-^ rum, est la méthode philosophique à employer pour arriver à la vérité. Bacon procède par induction, c'est-à-dire qu'il n'arrive à la généralisation qu'après avoir rassemblé des faits assez nombreux pour qu'il soit permis d'en tirer des conséquences. Sa méthode est toute expérimentale ; et l'on remarque dans ses écrits une foule d'aperçus profonds ou ingénieux qui l'ont fait regarder comme le prophète des vérités démontrées par Newton. Cependant il n'a pas toujours été heureux en application ; ses ouvrages sur les vents, et sur la vie et la mort, sont pleins d'erreurs. Sans s'en apercevoir, il s'est appuyé sur l'autorité qu'il avait si victorieusement combattue ; car il y a reproduit sans choix l'opinion d'autres auteurs, et non le résultat de ses propres observations.

Sa ISova Atlantis est la description d'un établissement consacré au perfectionnement des sciences naturelles, et son Sylva stjlvarum sive Historia naturalis , un recueil d'observations et d'expériences dont les unes lui sont personnelles et les autres étrangères. Cet ouvrage a été publié après sa mort.

René Descartes, né en 1596, est encore un des principaux instigateurs de la grande révolution du xvii* siècle; ce fut un habile mathémaii- "Jen, un philosophe d'une haute intelligence ; il rendit aux sciences de grands services, en achevant de secouer le joug de l'autorité scolastique^ et en conseillant , dans sa méthode pour arriver à la connaissance de la vérité, de prendre le doute pourpoint de départ. Cependant il semblerait avoir cessé de reconnaître la vérité dès qu'elle ne revêtit plus les formes absolues et infaillibles du calcul. Lui, à qui l'on doit l'admirable simplicité du langage algébrique, et qui enrichit l'application de l'algèbre à la géométrie de si heureuses découvertes; lui , le créateur d'une méthode philosophique où l'erreur est impossible, il ne fit pourtant, faute de s'être appuyé sur l'expérience, qu'imprimer aux esprits un mouvement salutaire. Ses travaux en physiologie, entachés des plus graves erreurs, ne lui ont pas survécu, non plus que la théorie qu'il inventa pour expliquer le secret du mécanisme planétaire. On peut lui repro-

DISCOURS PKÈI.IMINAIRE. 91

cher 1 enlêlement qui l'empêcha de rendre justice à Galilée, et le porta à répandre le faux système de Tyclio-Brahé. Substituant des hypothèses à celles qu'il avait contribué à détruire , il introduisit dans la science des erreurs nouvelles. On lui doit néanmoins la découverte de la force centrifuge, l'explication de la réfraction de la lumière, un excellent traité de dioplrique et une bonne explication de l'arc-en-ciel intérieur, mal décrit par Dominis. C'est en modifiant la théorie de Descartes sur la production de la lumière, qu'Huyghens créa celle des vibrations aujourd'hui adoptée. Descartes fit école, et sa doctrine, longtemps répandue sous le nom de cartésianisme, compta de nombreux disciples.

Pendant tout le cours du xvif siècle, la physique et l'astronomie furent cultivées avec ardeur.

Galilée, de Pise, contemporain de Bacon, fut comme lui l'un des plus redoutables adversaires de la philosophie scolastique , et l'un des plus habiles astronomes de cette époque. Il étudia, avec la profondeur d'un homme de génie, la mécanique céleste ; et la découverte qu'il fit du mouvement accéléré , des satellites de Jupiter, de l'anneau de Saturne , des phases de Vénus, et des mouvements de celte planète, lui firent adopter le système de Copernic. Ses fameux dialogues dans lesquels il développe ce système furent publiés à Florence en 1617 , malgré l'improbaiion des théologiens. Il l'enseigna depuis à ses élèves et en devint un des plus ardents propagateurs. Il se vit , à soixante-dix ans , obligé de faire amende honorable pour avoir osé démontrer le mouvement de la terre, que les livre* saints regardaient comme immobile au centre du monde, et fut contraint d'abjurer sa doctrine taxée d'hérésie. Il fit connaître les taches du soleil , les inégalités de la lune , sa ressemblance avec la terre, etc. Ses découvertes en physique sont également importantes; on lui doit la connaissance des propriétés du pendule , la balance hydrostatique et le perfectionnement du télescope.

Kepler, élève de Tycho-Brahé, physicien d'une haute inlelligence, dont les recherches portent sur les points élevés de la science, s'occupa avec succès d'optique et d'astronomie ; il détermina la véritable nature de la courbe que les planètes décrivent, découvrit les lois générales auxquelles leurs mouvements sont soumis, et démontra que les orbites planétaires sont des ellipses dont le soleil occupe l'un des foyers. La théorie des planètes, contenue dans les trois propositions qui portent le nom de iois de Kepler, expliquait déjà uae partie des phénomènes célestes; il ne restait plus qu'à découvrir le principe des lois qui régissent le mou-

vement des corps planétaires ; et il le fil presque en attribuant au soleil une force motrice qui les anime tous et une puissance qui les retient dans leurs orbites. Il expliquait les irrégularités de la lune par les actions combinées du soleil et de la terre, et les marées par l'attraction lunaire ; b}'pothèses dont une seule eiît suffi à la gloire d'un physicien. Les découvertes de Kepler ruinèrent le système de Tycho-Brahé et répandirent les idées de Copernic.

Stévin, de Bruges, se livra à des travaux importants sur l'hydrosiallque et découvrit l'égale pression des fluides dans tous les sens. En 1621, Drebbel inventa le premier thermomètre, construit, non pas comme les nôtres, avec de l'alcool ou du mercure ; mais consistant simplement en un tube plongé dans l'eau, et contenant de l'air dans sa partie supérieure. On attribue à Zacharie Jan et à Jean Lapprey, opticiens de Middelbourg, la découverte du microscope et celle du télescope.

Salomon, de Caus, mort à Bicètre, jeta les premières idées de l'emploi de la vapeur comme force mécanique, dans son ouvrage intitulé : Raison des forces mouvantes. En 1629, le physicien italien Branca donna la description d'un éolipyle, dont lejet de vapeur faisait mouvoir une roue horizontale. En 1663, le marquis de Worcestcr décrivit un appareil regardé par les Anglais comme la première machine à vapeur, mais doiit on suppose que l'idée a été empruntée à Salomon de Caus; et, en 1690 , le Français Papin inventa la première machine à vapeur fonctionnant avec un piston.

Toricelli, disciple de Galilée, en démontrant la pesanteur de l'air, détruisit l'idée absurde de l'horreur du vide, encore professée dans les écoles. Il donna aussi la théorie du baromètre dont Pascal devait faire une heureuse application à la mesure des hauteurs, et posa les bases de la théorie du mouvement des fluides.

L'académie del Cimento confirma quelques années après, par de noitvelles expériences, les découvertes de Toricelli.

Gassendi , qui fit école comme Descartes , s'occupa de l'élude de la lumière et expliqua avec bonheur quelques-uns des phénomènes qu'elle présente. Il contribua aussi aux progrès de l'acoustique.

Otto de Guerike, que son désintéressement place au nombre des savants les plus honorables du xvii" siècle, s'occupa d'hydrostatique,, d'électricité et de magnétisme. Tous ses travaux indiquent une sagacité prodigieuse. Sa découverte de la machine pneumatique et ses expériences sur l'électricité, pour la production de laquelle il se servit d'un globe

de soufre , avancèrent beaucoup la physique. La première de ces inventions devint pour Boyle, qui la perfecliojuna , la source d'une foule d'expériences ingénieuses.

Le jésuite Kircher s'occupa avec succès de catoplrique, inventa la lanterne magique et plusieurs autres machines ayant un même principe. Il établit d'une manière incontestable la possibilité de faire des miroirs ardents, substitua au porte voix un miroir parabolique qui renvoie les sons à une grande distance, et fit faire quelques progrès à cette partie si obscure de la science concernant la déclinaison de l'aiguille aimantée.

Huyghens appliqua le pendule aux horloges, calcula les lois de la force centrifuge , inventa le micromètre , perfectionna le baromètre , et confirma la découverte faite par Galilée de l'anneau de Saturne et des satellites de Jupiter. On lui doit l'ingénieuse théorie des vibrations de la lumière, dont l'idée est due à Descartes.

Hook de Fi-eshwater perfectionna le microscope, inventa le baromètre à cadran et le ressort en spirale qui sert à régler les montres ; il découvrit les taches de Jupiter et de Mars , et soupçonna le mouvement de rotation de ces planètes. Wall s'occupa d "électricité et proposa, comme un moyen facile de développer ce fluide, les morceaux de drap et les peaux d'animaux.

Cassini, conquis à la France, comme Huyghens, par la munificence de Louis XIV, fit faire de grands progrès à toutes les branches de l'astronomie; il établit la théorie du mouvement des satellites de Jupiter, compléta la découverte de ceux de Saturne , et calcula la vitesse du temps que la lumière met à parvenir du soleil jusqu'à nous. Il construisit la célèbre méridienne de Bologne.

Mariette, physicien d'une haute sagacité, détermina dans quelles proportions l'air peut se dilater et se condenser; il fit voir, à l'aide de la machine pneumatique, que la pesanteur de fair retarde l'ébullilion de l'eau, et s'occupa de la loi des vitesses dans l'écoulement des fluides. Rômer. de Copenhague, découvrit le mode de propagation de la lumière. Picard mesura un degré terrestre, qu'il trouva équivalent à 25 lieues, et en conclut que le diamètre de la terre est de 2,864 lieues.

Newton fit une révolution dans la science par ses admirables découvertes sur la gravitation et la lumière. On sait qu'en 1665, la peste ayant éclaté à Londres, Newton, alors âgé de 24 ans, se retira à Woolslrop, et que ce fut là qu'une pomme lui étant tombée sur le visage, il se demanda pourquoi la puissance d'attraction qui déterminait celle chute ne s'éiei'-

94 DISCOURS préliminau'lE.

drait pas aux corps planéiaires , et si la loi de la pesanteur qui les attire vers le soleil, ne suffisait pas pour les retenir dans leurs orbites. De cette idée, il fut conduit à la théorie de la tendance des molécules à se rapprocher, ou de la gravitation moléculaire. Il découvrit la cause de l'élasticité de l'air atmosphérique , donna à l'étude de la lumière une étendue et une précision nouvelles , et démontra , au moyen du spectre solaire , que chaque rayon lumineux est composé d'un faisceau de rayons diversement colorés et réfrangibles à un degré différent; il expliqua les phénomènes de la réfraction , ceux de la réflexion et créa la théorie de l'émàssion, opposée à celle des ondulations , qu'elle balança longtemps. Ses travaux sur la théorie des interférences datent de 167^. Les opinions de Newton rencontrèrent des contradicteurs , et ne furent admises qu'au milieu du xviii*' siècle. La méthode dont il se servit est empreinte d'une profonde sagesse ; il découvre la loi de la pesanteur, qui, combinée avec la force de projection des corps célestes , leur fait décrire une courbe elliptique ; mais il ne connaît pas la cause de cette pesanteur, non plus que l'origine de la projection des corps planétaires; et, comme il ne veut pas devancer l'expérience, il ne cherche point à expliquer ces phénomènes par des hypothèses.

Leibnitz, contemporain de Newton, fut la gloire de l'Allemagne. A vingt-deux ans il publia un traité complet de physique générale qui dénoie une perspicacité admirable, mais qui est rempli de subtilités métaphysiques pour lesquelles l'auteur avait un penchant décidé.

Vers le même temps , plusieurs physiciens s'occupèrent d'hygrométrie, et c'est au père Mersenne qu'on doit les hygromètres en corde à boyau. Flamsteed augmenta considérablement ki liste des étoiles visibles connues et détermina leur position.

Hauksbée perfectionna la pompe de Boyle et la machine de Papin, et acheva de détruire le préjugé de l'horreur du vide qui existait encore dans quelques esprits. Il s'occupa avec succès d'électricité , et substitua au globe de soufre d'Otto de Guerike d'abord un tube , puis un globe de verre. Ce fut lui qui vit jaillir la première étincelle électrique, et en ressentit lacommoiion. II découvrit aussi la phosphorescence électrique.

Appliquant la méthode de Newton à la détermination des orbites pa raboliques des comètes, Halley prédit le retour, en 1758 ou 1759, de la comète observée en 1531 , en 1607 et en 1682. Clairautpn fixa l'apparition pour le mois d'avril ; mais il commit une erreur de calcul et la comète ne parut que dans les premiers jours de mai. Bernouilli observa

aussi la marche des comètes, et annonça le retour de celle de 1680 pour 1719. Il développa les principes de Leibnitz sur le calcul diflërenliel, et présenta les premiers exemples de calcul intégral. Son frère Jean contribua au perfectionnement des découvertes de Leibnitz. Amontons composa un traité sur la théorie des frottements, et donna les premières idées sur la construction du télégraphe.

Paracelse, en enseignant publiquement la chimie , avait répandu le goût de cette science et en avait assuré les progrès. Les luttes ouvertes auxquelles elle donnait lieu devenaient pour elle une cause de durée. A mesure qu'elle se dépouillait de sa forme mystique, les préjugés disparaissaient; cependant l'idée de la transmutation des métaux resta dans quelques esprits , mais sous une forme scientifique. Cette idée subsiste encore de nos jours, et peut-être n'est-ce pas sans raison, car on ne peut dire absolument que les corps considérés comme simples soient véritablement élémentaires ; et qui sait si ces corps indécomposables ne sont pas seulement des corps indécomposés?

Van Helmont, grand partisan de Paracelse, est encore un alchimiste , ou plutôt , comme ce dernier , un médecin-chimiste, travaillant à la recherche de la panacée universelle. Cet homme , qui possédait une vaste érudition, rendit de grands services à la chimie; il créa le mot de gaz^ resté dans la science, et qu'il appliqua d'abord à la vapeur d'eau ; mais ensuite il donna le même nom à l'acide carbonique qu'il appelait gaz sylvestre et au gaz hydrogène. Plusieurs des grandes vérités de la chimie moderne lui étaient connues , mafs confusément; de sorte qu'il n'a pu les développer.

En. Allemagne les Rosecroix continuaient à travailler avec persévérance à la recherche de la pierre philosophale ; et en 1614, ils annoncèrent qu'ils devaient régénérer le monde en s'emparant de l'esprit des princes , au moyen des trésors que leur procurerait cette découverte. Oughtred parle dans ses ouvrages de la préparation de la terrevierge destinée à faire la pierre philosophale, par l'évaporation de I eau pure. A côté d'eux, nous trouvons des hommes qui cherchent, véritablement à s'éclairer, et ne considèrent plus le secret de la transmutation comme le but de leurs efforts; tels sont : Cassius, Libavius et Glauber dont le sulfate de soude a conservé le nom ; Crollius , Rivère , Barner et Bohnius, déjà les représentants de la science expérimentale ; Kunckel qui, en cherchant encore la pierre philosophale, retrouva le phosphore dont Brand avait emporté le secret dans la tombe, et publia

gg DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

un ouvrage fort estimé sur l'art de faire le verre ; Bêcher qui, toujours un des zélés partisans de la doctrine deParacelse, jeta, par la publication qu'il fit en 1669 de sa Physica suhteiianea , les premiers fondements de la science ; Bôtticher enfin, qui, sur le bruit qu'il connaissait le secret du grand-œuvre, fut renfermé par l'électeur de Saxe jusqu'à ce qu'il eût transmué des métaux; en découvrant la porcelaine, il dota la Saxe d'une industrie plus précieuse que l'art de faire de l'or. La plupart de ces chimistes connaissaient Boyle, et l'on doit s'étonner qu'aucun d'eux n'ait abandonné les doctrines alchimiques pour adopter une théorie plus conforme à la vérité.

Le paracelsisme fut sinon introduit , du moins répandu en France par Joseph Duchène , médecin de Henri IV, et y trouva un grand nombre de partisans. Riolan, qui s'était déclaré l'antagoniste de toutes les idées nouvelles, ne manqua pas d'attaquer la thérapeutique de Paracelse. Il combattit, avec son emportement ordinaire, l'emploi des préparations pharmaceutiques empruntées au règne minéral, et son influence était si grande qu'il fit interdire par la faculté un médecin paracelsiste', nommé Mayerne, et obtint du parlement la déclaration que, dans tous les cas, l'antimoine est un poison.

Les paracelsistes n'étaient cependant pas tous exclusifs; il y avait parmi eux beaucoup d'hommes vraiment instruits , et la France peut revendiquer l'honneur d'avoir vu naître ou d'avoir accueilli dans son sein Béguin, Davidson, Lefèvre, dont les ouvrages jouirent d'un succès mérité ; Sylvius , Digby, Glazer et Lemery, son élève. Ce dernier chimiste, quoique fondant ses explications sur le paracelsisme et sur le cartésia nisme , fut longtemps classique; et Homberg, tout en suivant la même voie, fut plus savant que ses prédécesseurs.

Jean Rey, médecin du Périgord, écrivit, en 1630, une petite brochure, dans laquelle il expliqua , par une théorie semblable à celle de Lavoisier, la cause de l'augmentation du poids des métaux par la calcination ; aussi lorsque ce dernier publia sa découverte, lui opposa-t-on la théoria de Rey.

En Angleterre, nous trouvons à la tète de la science Boyle , qui ap* pliqua à la chimie la méthode expérimentale de Bacon , c'est-à-dire qu'il commença par de nombreuses expériences peur en tirer des déductions. Il s'occupa de l'influence de l'air dans la respiration et la combustion, et fit servir à ses expériences la cuve pneumato-chimique ; il reconnut l'augmentation du poids des métaux par la calcination, sans se rendre un

compte exact cfc ce phénomène , qu'il allribuail à la fixation du feu et de la flamme rendus pondérables; mais ses travaux firent à peine sensation à l'époque où ils parurent; et la chimie suivit son ancienne routine. Cependant l'école anglaise était dans la meilleure voie ; et si tous les chimistes en eussent suivi les traces avec persévérance, il en fût résulté une régénération complète de la science.

Mayow, enlevé aux sciences à la fleur de son âge, a laissé dans ses écrits la relation d'expériences fort intéressantes sur le rôle de l'aii dans la combustion et la respiration, phénomènes qu'il attribuait à un principe appelé par lui sel nitro-aerien ^ correspondant à l'oxygène, et qu'il considérait comme la cause de la formation des acides, de la combustion et de la motilité animale.

Dans le cours du xvi* siècle, l'anaiomie descriptive avait fait de rap'ides progrès. Afiranchie des erreurs du galénisme, cette science avait marché à pas de géant dans la voie des découvertes ; mais le xvii* préluda par une conquête qui forme dans la science une ère nouvelle : nous voulons parler de la circulation du sang.

L'Angleterre, qui n'avait joué jusqu'alors qu'un rôle secondaire dans les révolutions scientifiques de l'Europe , se trouva tout-à-coup illustrée par la grande découverte d'Harvey. Ce célèbre anatomiste, élève de Fabrizio d'Aquapendente , avait assisté son maître dans ses recherches sur les valvules des veines; il fut frappé de la direction constante de ces valvules vers le cœur, et en conclut qu'elles servaient à diriger le sang vers cet organe. Le premier pas fait , la seule inspection des valvules qui garnissent les artères à leur départ du cœur lui prouva que le sang est porté de celui-ci dans les vaisseaux artériels. Le principe de la circulation démontré par Harvey avait déjà été entrevu par l'infortuné Servei, par Colombo, par Césalpin ; mais ces auteurs n'en avaient qu'une idée vague, confuse, qu'il eut la gloire de développer. L'envie se déchaîna contre lui, plusieurs anatomistes cherchèrent à lui enlever le mérite de ses observations. Ses contradicteurs luttèrent en vain ; il? ne tardèrent pas à- se voir condamnés au silence, et sa découverte fut unanimement adoptée.

Harvey compléta les travaux de Fabrizio sur le développement di poulet dans l'œuf ; il avait écrit sur l'embryologie un traité plein d'idée; neuves qui eiit suffi à son illuslralion. On trouve dans ses écrits les pre mières lueurs de la théorie des inégalités de développement. Il avait composé un ouvrage sur la génératioi des insectes; mais cet ouvrage

98 DISCOIUS IKKIJ.MINAIRE.

fut perdu dans le pillage de sa maison, à la cliiile de Cliarles T', dont I! éiail devenu le médecin, ei qui l'avait beaucoup favorisé. Harvey, trop âgé pour recommencer ses travaux, ne put réparer cette perle.

La France comptait alors parmi ses analomistes le célèbre Riolan qui passa toute sa vie à lutter contre les modernes, en faveur des anciens, cl contredit, non par ignorance mais par envie, la découverte d'Harvey. Ne pouvant contester un fait admis par tous les savants, il nia qu'il y eut une ciiculation dans les vaisseaux capillaires ; question qui, du reste, n'est pas encore résolue.

Jacques Primerose , élève de Riolan , fut un des antagonistes les plus acharnés de Ilarvey. Les défenseurs de la circulation , Georges Eut el Willis, contribuèrent beaucoup à faire adopter les doctrines de l'anatomistc anglais.

Les autres découvertes de ce siècle ne sont pas moins importantes : Aselius retrouva dans l'homme les vaisseaux lactés, dont le souvenir s'était perdu depuis Érasislraie ; Wirsung fit connaître le canal pancréatique. En 1650, Pecquel rectifia les fausses idées de son époque en démontrant que le sang ne se forme pas dans le foie, el que le chyle est conduit aux veines par le canal Ihoracique, réunion de tous les vaisseaux laclés, pour être de là conduit par la veine sous-clavière au cœur et non au foie, ainsi qu'on le croyait alors. Riolan attaqua encore 'a découverte de Pecquel; mais les expériences de Van Horn la confii-mèrent.

Olaïis liudbeck et Th. Barlholin, tous deux médecins suédois, se disputèrent la découverte des vaisseaux lymphatiques du foie, du thorax, des lombes et du rései'voir du chyle , ainsi que celle de la circulation de la lymphe dans l'économie animale. On croit devoir rendre à Rudbeck l'honneur de celte découverte, et l'on suppose que Barlholin en avail eu connaissance par un de ses élèves,

Sténon, disciple de Th. Barlholin, continua d'éiendre la découverte des vaisseaux lymphatiques, et essaya le premier de calculer les forces mécaniques des muscles. Il fit connaître les ossements fossiles qui se trouvent en abondance dans levai d'Arno.

Le système nerveux, à peine connu des anciens, étudié d'une manière superficielle par les anatomislcs du moyen-âge et du xvi^ siècle', le fut plus sérieusement vers le milieu du xvII^ Wepfer et Schneider (de 1G58 à ICGS) rectifièrent les idées des anciens sur la prétendue communication du cerveau avec la cavilé nasale, sur la naiuro du nerf olfactif, et

UISCOUUS l'IlhLIMINAIRK. 99'

sur l'usage des vciUrieulos du cerveau qu'ils regarJaienl comme le siège de lame.

Willis étudia le cerveau avec beaucoup de soin , en perfecliounaul la méiliode de Vamle. Ses idées sur les fonctions de cet organe se rapprochent de celles de Gall ; non-seulement il le considère comme le siège de l'intelligence, mais encore il localise les facultés, met la mémoire danslesreplis des hémisphères, l'imagination dans le corps calleux et la perception dans le corps strié. Il a donné une figure de l'appareil nerveux bien supérieure à celle de Vésale.

Vieussens", médecin de Montpellier, consigna ses découvertes sur le système nerveux dans un ouvrage intitulé : Nevrographia universalis. Il avait une méthode de dissection préférable à celle de Willis. Cet anatomiste était partisan des idées physiologico-chimiques de Sylvius.

Malpighi , professeur à Bologne et à Pise, quoique attaché encore ù l'école de Sylvius, fit faire un pas immense à la science enappliquant le microscope à l'étude de la structure intime des organes ; mais, par suite d'une erreur diflicile à comprendre, il croyait tous les tissus composés de petites glandes; et cette opinion domine tous ses écrits. Ses travaux sur les poumons, les systèmes nerveux et veineux, le tissu légumentaire et les viscères, s'appliquent à divers animaux aussi bien qu'à l'homme. Il publia le premier une anatomie du ver à soie et de son insecte parfait; il fit connaître que, dans les animaux de cette classe, la respiration a lieu par des stigmates aboutissant à des vaisseaux contournés en spirale, appelés //y/6'A<?W.v, et que l'air, au lieude se rendre dans un réservoir commun, est distribué dans toutes les parties du corps. Il suivit avec une patience admirable ce même insecte dans ses métamorphoses, et fit l'anatomie des organes qui se développent successivement dans le papillon, pendant ses transformations. Il appliqua le microscope à l'ûbservation du développement du poulet dans l'œuf, et en donna une représentation exacte.

Ruysch, professeur d'anatomie à Amsterdam en 16G5, contribua aux l^rogrès de la science par ses admirables injections dont il emporta le secret dans la tombe. On a de lui des travaux monographiques estimés, sur des questions isolées d'anatomie. Il fit plusieurs découvertes sur la structure intime des organes, constata le premier que dans l'homme, destiné à se tenir debout, la distribution des vaisseaux sanguins est différente de celle des animaux dont la staiiou est horizontale , et il découvrit, au moyen des injections, que la substance cor'icale Ju cerveau

est un lacis de vaisseaux et non une masse glanduleuse, ainsi que le prétendait Malpighi; aussi fut-il un des plus ardents antagonistes du système de cet auteur, qu'il attaqua dans toutes les occasions. On peut le considérer comme une des illustrations du xvii^ siècle.

Leuwenhoek, né à Delft en 1638, était un homme de peu d'instruction, mais doué d'une patience qui lui permit de faire les observations les plus minutieuses, au moyen de lentilles qu'il polissait avec une perfection admirable. Il fit connaître la composition globuleuse des fluides animaux, révéla à la science les innombrables animalcules qui les peuplent, étudia la structure des poils, celle de la fibre musculaire, découvrit les pores de l'épiderme, observa la circulation dans les animaux transparents, et connut la multiplication de plusieurs générations de puceions par une seule fécondation et celle des polypes par bourgeons.

Toutes ses observations indiquent une patience infatigable; mais il s'est plusieurs fois laissé entraîner par son imagination; ce qui arrive trop souvent aux micrographes.

Redi, d'Arezzo, publia, en 1664, de belles recherches sur le venin des vipères; mais son travail capital a pour objet le développement spontané des insecles dans les substances putréfiées et des helminthes dans le corps des animaux. Il se prononça pour la négative, et son opinion fut adoptée par la plupart des savants , quoique la grave question des généralions équivoques soit encore un mystère pour tous les hommes qui recherchent la vérité sans se laisser égarer par des hypothèses. Tous les travaux de Redi sur les questions d'anatomie et de physiologie indiquent un esprit judicieux et un bon observateur. Grew est un anatomiste comparateur, dont les travaux ont servi de base aux diverses théories proposées de son temps sur la digestion.

Needham, Nuck, Warton, Graaf, Drelincourt et Bidloo, sont encore des anatomisles de celte époque. L'ouvrage de ce dernier est accompagné de belles planches dessinées par Guillaume de Lairesse. Perrault, le célèbre architecte à qui l'on doit la colonnade du Louvre , a publié quelques travaux anatomiques qui font voir qu'il était animiste, et considérait lejeu des organes sous le point de vue physique et mécanique. Lorenzini de Florence, Caldesi, médecin toscan, Tyson, de Londres, Muralto , de Zurich , et Schellhammer, de Helmsladt , se sont occupés de monographies anatomiques. C'est alors seulement qu'a commencé l'élude sérieuse des animaux invertébrés. Martin Lister, médecin de la reine Anne, a laissé, sous le titre à' Exercilatio anatomica , des re-

cherches analomiques sur certaines espèces de mollusques nus ou à coquille.

Swammerdam est un des plus habiles observateurs du xvii* siècle. Il a écrit une histoire générale des insectes, pleine de recherches intéressantes sur la structure intime de ces animaux, dont il a suivi les métamorphoses avec une étonnante sagacité. On a de lui une anatomie du pou, du limaçon, que de son temps on comptait encore parmi les insectes, du scarabée nasicorne, de l'abeille, du taon, etc. Les travaux de Swammerdam sur la chenille et le papillon sont admirables. En suivant les métamorphoses des insectes , il a, le premier, démontré que la chrysalide existe toute formée dans la chenille, à l'époque où doit s'opérer sa métamorphose, et que le papillon existe dans la chrysalide avec les organes qui lui sont propres. Cette observation eut une grande influence sur les idées relatives à la génération , et jeta les fondements du système de l'évolution. On a aussi de lui quelques traités séparés d'anatomie liumaine.

Aces travaux d'observations, presque toujours dominés par les théories de l'époque, s'unissent des travaux spéciaux dans un but philosophique.

Sylvius Leboë, professeur de médecine à Leyde en 1658, fut le créateur d'une application à la physiologie de la chimie, étudiée d'après les principes de Descartes. Il réduit tous les phénomènes à de la chimie pure, e< n*^, voit dans les fonctions des viscères que des opérations semblables à celles qui ont lieu dans un laboratoire. Son système fut longtemps à la mode ; et, en le simplifiant, Otto Tackenius, un de ses élèves, perpétua ses erreurs dans les écoles de médecine, jusqu'à la moitié du xviii* siècle.

Glisson , médecin anglais , rejeta la théorie purement physique dii mouvement des muscles, et leur reconnut la propriété qu'il appela irritahilite\ nom qui a été conservé à ce phénomène. Il étudia avec soin les contractions musculaires tant extérieures qu'intérieures.

Borelli de Florence publia, en 1681, un ouvrage sur les fonctions physiques des muscles , travail remarquable , en ce qu'il s'applique aux animaux de toutes les classes. Il reconnaît que, par suite de la position désavantageuse des muscles, il faut, pour exécuter le moindre mouvement et soulever un poids léger, une dépense de force bien supérieure à la résistance à vaincre; mais il montre en même temps que la nature n'a pu procéder autrement. Chaque fois que Borelli sort de la théorie du levier, ses explications perdent de leur justesse, et il avance parfois des

102 DISCOIKS PKLLIMINAIRF,.

idéos élranges; il dil , enireaulres choses, que parTefTelde la volonltj ei de l'habilude nous pourrions maîtriser les mouvements physiques du cœur. Sa théorie de la contraction des muscles n'est pas aussi satisfaisante que la partie puiement mathématique de ses travaux.

Laurent Bellini, disciple de Borelli, et Pitcairne, médecin d'Edim*. bourg et professeur à Leyde, furent aussi des iatro-maihémailciens , mais d'une moindre portée que Boi'elli ; et leurs expériences ne sont nullement concluantes ; ils ne tenaient aucun compte des forces vives des muscles, elles comparaient aux forces mortes. Pitcairne pensait que la chaleur animale est le résultat d'un simple frottement, et que la force vitale n'est autre que celle du cœur. Toutes ces théories pèchent par leur caractère absolu, et les explications qui en découlent sont presque toujours absurdes.

Jusqu'au commencement du dix-septième siècle, les savants avaient travaillé isolément , et ne devaient souvent leur position qu'à la faveur d'un souverain ou d'un prince. Les avantages qui devaient lésulter pour la science, d'une simultanéité d'efforts, les déterminèrent alors à se réunir en sociétés nommées académies. Nous trouvons en Italie l'académie des Lyncées, établie en 1603. Vers 1048, au milieu de la révolution qui précipita Charles P' du trône, se constitua la Société-Royale de Loiïdres, qui, interrompue pendant le paroxisme de la fièvre révolutionnaire, reprit ses travaux à la restauration de Charles IL Un des élèves de Galilée établit à Florence, en 1651, l'académie del Cimento , ou de \ Expérience. En 1652, un médecin de Schweinfurt , nommé Bausch fonda l'académie impériale des Curieux de la JSatui-e^ qui siège aiijour d'hui à Bonn. L'Académie des Sciences de Paris ne fut régulièremen constituée qu'en 1066, mais elle remonte plus haut. Dans ces sociétés, les travaux sont régularisés, et les efforts réunis des savants ont le double avantage de prévenir l'extinction des lumières et d'en amener la diffusion. Comme complément nécessaire de ces créations utiles se présente l'établissement de musées destinés à favoriser les travaux des savants auxquels est refusée la facilité de voyager.

Partout on s'occupe de science, et les terres du Nouveau-Monde, sillonnées pendant un demi-siècle par d'avides conquérants ou d'audacieux aventuriers, deviennent aussi le théâtre d'observations scientifiques.

La colonie formée par les Hollandais dans la province de Pernambouc, au Brésil, produisit un travail d'une haute importance, celui de Marggiaf, qui parut en 1G48, sous le titre ôl Histoire naturelle du Brésil. Pi-

DISCOURS l'RIÎLIMINAIRE. 103

son, médecin do rcxpéditioii, a publié sur le mcmesujel un ouvrage peu niciiiudique. On cul alors pour la première fois la dcscripiion avec figures de l'ananas, du cactus, de la grenadille, du manioc, végétaux d'un grand intérêt à cause de leur nouveauté; l'on joignit aux mammifères connus le fourmilier, le tapir, dont la lèvre supérieure, prolongée en une sorte de pelite trompe, rappelle l'éléphant, le coëndou, le lama, le cabiaï el le jaguar; aux oiseaux, le kamichi, donl les ailes sonl armées d'éperons, lo toucan, au bec monstrueux, etc. L'erpétologie, l'ichlliyologie et l'entomologie s'enrichirent également d'un grand nombre d'espèces nouvelles.

Le prince de Nassau , gouverneur de la colonie, envoya au gouvernement deux recueils de figures, peintes avec soin, qui servirent à illustrer les ouvrages de Marggraf et de Pison.

Un défaut capital dans ces publications, et qui peut avoir de graves inconvénients pour l'élude , c'est que Marggraf, Pison el Laël ont souvent fait servir les mêmes planches pour représenter des objets n'ayant que de la similitude. Laël était directeur de la Compagnie des Indes, et a écrit, avani Marggraf el Pison, un ouvrage sur le même sujet, el digne d'estime quoique moins important.

Bontius (IGol ) a laissé sur les Indes Orientales un travail qui fait connaître le ligi'c royal, le babiroussa aux défenses retroussées, le casoar à crins au lieu de plumes, le rhinocéros de Java, le dronte, oiseau lourd et massif qu'on croit avoir complètement disparu, et l'orang-oulang. On lui doit, en botanique, la description du cannellier, de la noix muscade et du monstrueux coco des Maldives. Son ouvrage, quoique plus faiblement écrit que celui de Marggraf, n'en est pas moins d'un grand inlérêt. Bernier, médecin d'Aurong-Zeb, a consigné dans la relation si intéressante de son séjour en .4sie, des descriptions de plantes el d'anininiaux qui peuvent encore être consultées avec avantage.

Gaspard Schwenkfeld décrivit les animaux de la Silcsie; Merrelt, les produclions naturelles de là Grande-Bretagne ; Wagner, celles delà Suisse. Sibbald écrivit une histoire naturelle de l'Ecosse et un livre très cui'ieux sur les cétacés qui de son temps échouaient fréquemment sur les côtes. Neuhof nous a fait connaître l'histoire naturelle des Indes orientales, et Dutertre, celle des Antilles.

En 1649, Jonston , naturaliste polonais, publia un grand ouvrage où il résume, en les récapitulant, tous les travaux qui ont paru jusqu'au milieu du xvii"^ siècle. C'est un compilateur laborieux, mais d'une

104 DISCOURS FRÉLIMINAIKE.

critique peu sévère; il fait souvent iiieniion d'animaux fabuleux el semble même s'èlre complu à rassembler des faits extraordinaires.

Nieremberg, jésuite espagnol, a, comme Clusius elJonston, écrit un ouvrage dans lequel il résume les connaissances de son époque; mais on lui doit de plus la description de plantes et d'animaux nouveaux.

Après lui paraît Fabius Colonna, devenu naturaliste et médecin , par suite de l'idée qu'il se guérirait d'une épilepsie qui le tourmentait beaucoup , s'il retrouvait la plante que les anciens considéraient comme un spécifique contre cette maladie. Il commença par étudier la botanique, puis la zoologie, et il a laissé sur les mollusques un travail très remarquable pour son temps. Les planches qui accompagnent son texte sont fort belles, comme toutes celles de cette époque.

Olina était un ornithologiste d'un grand mérite , dont l'ouvrage est fort estimé sous le rapport graphique. Un médecin anglais. Th. Moufet. s'est occupé avec succès d'entomologie. On a de lui le Theatrum insectoj'um, qui ne fut publié qu'après sa mort. Sa classification est judicieuse; mais la science était trop neuve encore pour qu'on pût espérer un travail parfait; cependant on trouve dans Moufet d'excellents renseignements.

La fin du xvii° siècle ne nous offre comme naturalistes classificateurs d'une haute portée que Jean Ray et François Willughby, qui ont toujours travaillé en commun.

Jean Ray est le premier naturaliste qui ait modifié la classificaiion d'Arisloie, et sa méthode a servi de modèle à tous les classificateurs venus après lui. II partit du même point que le Stagjrite, en adoptant pour caractéristique d'une partie des mammifères la forme des pieds; mais il y joignit les caractères tirés des dents. Sa distribution des quadrupèdes ovipares est encore suivie aujourd'hui; seule ment il réunit les salamandres aux lézards au lieu de les rapporter aux grenouilles.

Willughby, dont les ouvrages ont été publiés par Ray qui y avait apl>liqué sa méthode, fit pour les oiseaux ce que son ami avait fait pour les mammifères; mais on trouve dans cet ouvrage peu d'observations qui appartiennent à l'auteur. Il jeta les bases d'une classification fondée sur la forme du bec et des ongles pour les oiseaux terrestres, et sur celle des jambes et des pieds pour les oiseaux aquatiques. Linné n'y apporta que quelques modifications insignifiantes; et, jusqu'à ce jour^. les Anglais ont conservé la méthode de Ray.

DISCOURS PRÉLmiNAlRE. 105

AVilIii|^Iiby s'occupa iuissi d'ichiliyologic; et, en 1G86, la Sociélc royale de Londres publia son Hisluria pischnn dont la mise en ordre appariient î» Ray. Cet ouvrage est bien au-dessus de son ornithologie, en ce qu'il a beaucoup observé par lui-même. Il joignit aux figures empruntées aux iclilliyologisles anciens, tels que Rondelet, Aldrovande, Belon et Marc- £[rav, un grand nombre de planches qui lui appartiennent. Sa classilication , la seule suivie jusqu'à ce jour, n'a subi d'autres modifications qu'un simple changement dans les noms : ses cartilagineux sont les ■cliotidroptérygiens; ses osseux sont divisés d'après leur (orme : les ronds sont les anguilli formes, et les plats avec une nageoire ventrale sont les malacopte'rygiens ou à rayons mous, et \es acantJwpténjgtetis on il rayons épineux. Willughby avait seulement, suivant la coutume, rapproché les cétacés des poissons. Son ichthyologic a été compilée, jusqu'à Cuvier, par tous ceux qui ont écrit sur celle matière.

Nous avons parlé avec éloge de Swammerdam comme anatomiste ; mais, comme classificateur, il est fort incomplet, et l'on ne trouve de méthode générale de classification des insectes que dans Ray, dont le travail fut publié en 1710. Sa méthode entomologique porte le même caractère cle précision que ses autres travaux, et a servi de base à notre classification actuelle.

Nous voyons que les sciences abandonnent peu à peu l'Italie pour se répandre en Europe, et que la France et l'Angleterre, malgré les guerres qu'elles eurent à soutenir, prennent une large part aux travaux généraux de l'époque. L'Allemagne, déchirée par des guerres intestines, ne paraît qu'à de rares intervalles sur la scène scientifique. Quant à l'Espagne et au Portugal, courbés sous le joug du despotisme inquisilorial et de la superstition , ils restent étrangers au mouvement des esprits.

La botanique, qui, dans le cours du xvi* siècle, comptait beaucoup de descripteurs, n'avait fait que peu de progrès sous le rapport de la connaissance de la structure intime des plantes. L'anatomie végétale attendait, pour sortir du néant, l'invention du microscope. En IGGl, Henshaw, de la Société royale de Londres, découvrit les trachées des végétaux à l'aide de cet instrument perfectionné par Hook; mais les essais de cet observaieui- ne furent que le prélude de découvertes importantes , dues surtout à Grew et à Malpighi,

En 1682, Grew publia un traité de l'anatomie des plantes, dans lequel il indiqua le tissu végétal comme composé de cellules qui en forment le fond. Il reconnut les vaisseaux et les fibres qui le traversent,

ainsi que les vaisseaux propres où s'élaborent les sucs nécessaires à lavie de la plante; il confirma l'existence des trachées, et découvrit les pores corticaux. Malpighi étudia avec succès la structure intime des végétaux et surtout la germination ; il connut fort bien le mode d'accroissement du tissu ligneux; mais, entraîné par la similitude des trachéesdes plantes avec celles des insectes, il les prit pour des organes de respiration. Ses opinions erronées en physiologie végétale viennent de ce qu'il cherchait un rapprochement entre la structure des végétaux et celle des animaux.

Une découverte d'un plus grand intérêt encore fut celle du sexe des plantes, entrevu par Zaluzianski dans le cours du siècle précédent, mais dont les premières idées formelles appartiennent aux Anglais. Miliington, professeur à Oxford, l'avait déjà indiqué; Grew avait défendu l'importance des anthères comme organes fécondateurs ; Bobart l'avait mise hors de doute par des expériences sur le Lychnis dioica . En 16S5, Ray appuya de l'autorité de son nom la théorie du sexe des plantes. Depuis que cette vérité eut pénétré dans la science, les botanistes de tous les pays s'occupèrent d'expériences tendant à la confirmer. En 1694, Camerarius, professeur à Tubingue, en parla dans une thèse, et vérifia la nouvelle découverte par de nombreuses expériences sur la fécondation du chanvre. En 1G97, Boccone, naturaliste sicilien, en fit autant pour le palmier. Tournefort et Malpighi repoussèrent cependant cette doctrine ; ce dernier considérait les étamines et les anthères comme de simples organes excrétoires. Malgré son erreur, le naturaliste de Bologne n'en est pas moins l'un des plus savants phytologistes de la fin de ce siècle.

On doit à Leuwenhoek d'excellents travaux micrographiques sur l'anatomie végétale. Il avait aperçu, mais mal formulé, la distinction, aujourd'hui fondamentale en botanique, des végétaux à fibres longitudinales et éparses qui correspondent à nos monocotylédones, et à fibres rangées par cercles concentriques qui sont nos cotylédones. Sa théorie de l'évolution des plantes ne fut point adoptée, faute de développements coavenables. Un grand tort de Leuwenhoek est de n'avoirpas coordonné ses observations , qu'il faut chercher éparses dans ses lettres à la Société royale de Londres.

Claude Perrault confirma Texistence de la sève descendante. Dodart chercha sans succès la loi en vertu de laquelle le végétal dirige toujours ses liges vers le ciel et s^s. racines vers le centre de la terre;;

il essaya d'analyser les végétaux par le feu ; mais Marioite mil fin à ces essais inutiles, en démontrant aux botanistes que celle méthode ne pouvait les conduire à aucun résultai.

Woodward répéta les expériences de Van Helmont , qui lendaient à prouver que les végétaux subsistent avec de l'air et de l'eau seulement ; ou, en d'autres termes, que la plante décompose l'eau et l'acide carbonique, pour en extraire le carbone et l'hydrogène.

Nous avons vu , dans la partie de ce travail relative à la zoologie, que Ray avait établi une méthode sur tous les embranchements des sciences naturelles. Il vint tirer la science taxonomique du chaos dans lequel elle était plongée , et il se place encore à la tête des classificateurs du xvn* siècle; car nous ne trouvons, après l'essai de Bauhin, d'autres systèmes botaniques que ceux encore bien arbitraires de Johnslon et de Morison. On reconnaît dans sa méthode le principe dichotomique ; il prend pour base de ses divisions le nombre et la forme des pétales, la quantité des semences, la nature du péricarpe, etc. ; mais, entraîné parla routine, il sépare encore les végétaux ligneux des plantes herbacées.

Magnol développa avec sagacité, dans son Prodrome d'une histoire générale des plantes, les principes sur lesquels doit êire établie une méthode naturelle; mais, dans l'application, il s'en écarta sans cesse, et longtemps après il publia un système tout artificiel.

Malgré l'imperfection de son système, Rivin fut le seul botaniste de son temps qui ne séparât pas les végétaux ligneux des plantes herbacées ; ce qui était déjà un grand progrès. La simplicité de sa méthode la fil adopter par un grand nombre d'auteurs, surtout en Allemagne.

Pitton de Tournefort publia, en 1694, ^es InstUutiones rei herhariœ, dans lesquelles il donna un système entièrement fondé sur l'absence ou la présence de la corolle, sa configuration, le nombre de ses divisions et son mode d'inflorescence ; on y trouve un certain nombre de familles naturelles. Malheureusement, il ne donna aucune importance aux affinités qui unissent les plantes herbacées aux végétaux ligneux, et il en forma deux groupes distincts. Le petit nombre de plantes qu'il connaissaitl'empêcha de perfectionner son système, dans lequel ne peuvent enlrer la plupart de celles qui ont élc récemment découvertes. La forme attrayante des ouvrages de Tournefort et la lucidité de ses démonstrations lui valurent une réputation qu'éclipsèrent à peine les admirables travaux des 4)hylologisles du xviii^siècle; car la plupart des botanistes adoptèrent

108 DISCOURS l'IlVXKMINAir.E.

ses idées, et jusqu'en 17^0, l'Académie les suivit dans ses Mémoires^. Tournefort eut, en outre, le mérite d'avoir le premier fixé l'idée des genres en botanique et d'en avoir donné d'excellents modèles dans ses Institutiones rei herbariœ.

La botanique s'enrichit , dans le cours de ce siècle , des découvertes faites par les voyageurs. Hermann décrivit les plantes du Cap de Bonne- Espérance et de Ceylan ; Kœmpfer rassembla dans ses Aniœnitates ecco ticœ le résultat de ses observations faites au Japon et en Asie. Toup nefort et Shérard parcoururent, surtout en botanistes, la Grèce el l'Asie-Mineure; Banister visita l'Amérique; Van Rheede décrivit les plantes des Moluqueset celles du Malabar, et Rumph celles d'Amboiiie. Plumier fit connaître les végétaux des Antilles. Sloane parcourut lu Jamaïque, et en rapporta une nombreuse colleciion de plantes; on vil paraître des flores générales et particulièi-es de toutes les parties de l'Europe. Barrelier publia une flore du midi de l'Europe, conienani environ 1400 végétaux, et Lœsel, une flore de Prusse. Ce fut lui qui employa le premier le nom de floi-e.

Les jardins botaniques, ces puissants auxiliaires de la science, étaient nombreux en Italie el en Hollande. Monlpcllier avait eu le sien; mai* Paris en manquait ; ce ne fut qu'en 1634, après huit années d'instances, que Guy de la Brosse y en établit un, qui, par des agrandissements successifs, est devenu notre célèbre Jardin des Plantes. L'Allemagne cm fonda aussi quelques-uns, ainsi que l'Espagne et le Portugal.

Vers la fin du xv'n^ siècle, nous avons peu de progrès à signaler en minéralogie et en géologie.

Scilla, peintre napolitain , défendit en 1670 , dans un ouvrage fort remarquable, l'opinion de Bernard Palissy sur les coquilles fossiles , ci trouva pour contradicteurs le célèbre concliyliologisle Martin Lister, et Edouard Lhuyde.

Ccsius, Georgius de Stockholm et AIdrovande ont écrit sur la minéralogie en classificaleurs. Ils divisent les minéraux en terres, sucs concrets^ l)icrres et métaux ; leurs idées souvent raisonnables sont mêlées aux. erreurs de l'alchimie el de la cabale.

Ce siècle , qui avait si bien commencé à secouer le joug qui écrasait Vct pensée, s'était peu à peu assez émancipé pour laisser un libre cours à soin imagination ; et, quoique la minéralogie fût dans l'enfance , que la géo logie n'existât pour ainsi dire pas, nous trouvons plusieurs théories sur l'origine de la terre. Thomas Burnci et Jean Ray i)ublient deux théories:

Discoi KS p^,^:l.I,^;l^AIKK. lOg

gonésiaquos, dans lesquelles ils clierelieiit à e>qiliqucr ie déluge el la L'onflagraiion du globe à la fin des sièeles.

Leibnilz, parlaul do l'opinion de Desearles, qui faisait de noire planète un soleil éteint, admit dans son Prologea que la leii'e, enveloppée d'une croûte épaisse dont la chaleur centrale ne pouvait <mpêcher le refroidissement, avait vu les eaux se formel- à sa surface par suite de la condensation des vapeurs qui l'entouraient à l'époque de son incajdescence; il suppose qu'attaquant les diverses parties du noyau vitrifiable, elles changèrent successivement de nature, et déposèrent les montagnes secondaires. Suivant cet auteur, c'est dans les profondeurs des mers qu'auraient vécu les animaux dont nous trouvons les i-estes dans les dépôts de seconde formation.

A Leibnilz succéda Whiston, qui publia aussi, en 1698, une théorie de la terre. Quoiqu'il se renferme dans le même cercle d'idées que Buruet, il se montre plus rationnel. D'après lui, la terre, née de l'atmosphère d'une comète, ne vit les êtres organisés s'établir à sa surface qu'après iivoir été retenue dans une orbite qui en égalisa les saisons. Les matières qui constituent le globe et son atmosphère sortirent alors du chaos et se rangèrent dans l'ordre de leur pesanteur. Il donne pour cause au déluge la rencontre de la terre avec la queue d'une comète qui noya tous les êtres vivants, et il expliqne la disparition des eaux par de larges ouvertures qui se formèrent dans la croule terrestre et les absorbèrent.

Woodward fut le dernier géologue de ce siècle. Son hypothèse, toute génésiaque, est insoutenable; mais il a le mérite d'avoir développé mieux que ses prédécesseurs l'hisloire des couches de la terre.

On n'a pas rendu au xv!!*" siècle la justice qui lui est due, et l'on attribue au xviii*" une influence sur le développement de la pensée qui ne fut que le résultat des iravaux du siècle antérieur. C'est dans le cours de ce siècle encore absorbé par les travaux d'analyse , mais qui a déjà ouvert les portes de la synthèse, que les théories scientifiques, fécondées par les plus heureuses découvertes, prennent une forme plus positive, et que se préparent tous les travaux qui font la gloire du siècle présent.

ÏIO DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

(SIEâ.1?2Tll nSo

£tat des sciences naturelles depuis le comnaencement du XVIII'' si^ jusqu'en 1789.

Plus nous approchons de 1 époque conlemporaine, plus l'analyse des travaux en histoire naturelle devient difficile. Non seulement toutes les branches de la science se perfeclionrent, mais encore le champ s'en agrandit, et ''on en voit se développer dont nous avons à peine entrevu le germe. Lt Viir siècle est pour les sciences une des époques les plus fécondes. Une tetivité fébrile s'est emparée de tous les esprits : dans le silence du cabinet, dans les académies, dans les laboratoires, dans les champs, dans les forêts, au sein des mines, sur les eaux, des hommes laborieux travaillent avec un accord admirable au grand-œuvre, à l'union des peuples par la science. D'intrépides voyageurs parcourent toutes les parties du globe : les uns gravissent les sommets glacés des montagnes pour en mesurer les hauteurs ; les autres s'égarent dans les forêts vierges , dans' les savanes du Nouveau-Monde , ou dans les steppes inhospitalières de la Tartarie; d'autres encore bravent les climats brûlants et meurtriers des tropiques, les âpres frimas du nord, ou les dangers d'une longue navigation dans des parages inconnus ; tous veulent emichir la science de leurs découvertes.

Anson, Wallis, Carteret, Vancouver, Cook, Bougainville, Lapeyrouse, parcourent les mers et découvrent des terres et des productions nouvelles. Pallas, Gmelin, Messerschmidt, Steller, explorent la Russie et la Sibérie ; Gulden, le Caucase; G. Shaw, la Nouvelle-Hollande; le père Labat, les Antilles; Osbeck, la Chine; Olivier et Chardin, la Perse; Sonnerat, la Nouvelle-Guinée et les Indes-Orientales; Hasselquist, Forskal, l'Arabie et la Syrie; Levaillant, Sparrmann, l'Afrique méridionale; Adanson, le Sénégal ; Olafsen, l'Islande; Thunberg, le Japon ; Bruce, l'Abyssinie, etc.

Les collections s'augmentent et se multiplient; les musées, les ménageries s'établissent ; on crée de nouveaux jardins botaniques, et partout les corps savants s'organisent.

Les souverains eux-mêmes prennent part à l'activité générale

DISCOUKS PRÉLIMINAIRE. HT

Louis XIV et ses successeurs se déclarent protecteurs des sciences, el leur exemple est suivi par les autres princes de l'Europe. En Angleterre, Charles II encourage la Société de Londres, établie pendant les troubles de la révolution. George III ordonne des circumnavigations, et crée l'un des plus beaux jardins botaniques de l'Europe. En Suède, Christine accueille les savants , encourage leurs efforts , et la science récompense généreusement son hospitalité. En Danemark, Frédéric V fait exécuter des voyages de découvertes. La Russie, elle-niême, apparaît pour la première fois sur la scène, et se mêle avec intelligence aux travaux scientifiques de celte époque. Pierre I" établit à Saint-Pétersbourg une académie ; et , comme il ne trouve pas parmi son peuple d'hommes capables d'y siéger, il y appelle des étrangers. L'impératrice Anne el Catherine II continuent à encourager les sciences ; et c'est d'après leurs ordres que Gmelin el Pallas font connaître au monde savant les productions naturelles de la Sibérie. En Prusse, Frédéric I" établit l'académie de Berlin qui , sous Frédéric II , obtient de grands encouragements. En Autriche, François I" et Marie-Thérèse favorisent les progrès des sciences, et la Hollande met à leur service ses plus grands artistes.

Le caractère le plus frappant du xviii* siècle, héritier des travaux du siècle précédent, est son allure libre el dégagée. Il accepte avec empressement l'émancipation que lui a léguée son devancier; et, sans se laisser arrêter par une autorité dont il ne connaît plus la voix, il pénètre au fond de toutes les questions et sonde tous les mystères ; aussi le voyons-nous, dès ses premiers pas, reviser la cosmogonie génésiaque, faiblement défendue par les hommes de science, et que les orthodoxes eux-mêmes cherchent à faire concorder avec les connaissances de leur époque. Des cosmogonies, auxquelles la tradition n'a nulle part, surgissent de tous côtés; l'homme cherche à pénétrer le mystère de son origine, en interrogeant les monuments du passé. Les physiologistes, élevés à l'école du doute, ne se contentent plus des vaines hypothèses par lesquelles on a cru, jusqu'à ce moment, expliquer le phénomène de !a vie ; ils ont pénétré dans les profondeurs de l'organisation ; et, sous le nom ^'animistes , ils attribuent à une force particulière le phénomène des mouvements involontaires non perçus par l'intelligence ou, sous lelui de solidistes , ils en cherchent la cause dans la contractilité muslulaire. Peu-à-peu le doute se formule et s'élève à l'état de doctrine : son expression la plus élevée est l'encyclopédie, qui paraît vers le milieu du

112 DISCOURS PhÉLIMINAlRE.

xviii' siècle Cl fui le triomphe des penseurs. De profonds philosophes la dirigent cl lui impriment un grand caractère d'unité. Enfin tous les travaux viennent se résumer dans une vaste et puissante synthèse qui domine la science.

L'abondance des matériaux ne nous permet pas de donner une esquisse étendue des travaux de ce siècle. Nous nous contenterons donc de tracer à grands traits les progrès des sciences, et nous ne nous arrêterons qu'à leurs plus brillants interprètes.

Astronomie. — L'astronomie, à laquelle les découvertes de Newton vivaient imprimé une impulsion nouvelle , s'enrichit d'observations qui en augmentent l'exactitude. Keill, émule de Locke, professe publiquement, en 1704, la physique de Newton, et popularise ainsi les vérités répandues dans les ouvrages de ce grand homme, mais combattues par les ignorants et les envieux. Cette doctrine eut bientôt dans toute l'Europe lopins grand retentissement; cependant jusqu'au milieu du xviii" siècle, le cartésianisme en paralysa l'influence.

Flamsteed publie en 1712 son Catalogue Britannique contenant 2884 étoiles observées par lui à Grecnwich.

Halley détermine les positions de 3G0 étoiles australes ; puis il observe le passage de Mercure sur le soleil ; il développe la théorie de Newton sur les comètes, et en fait l'application à celle de 1G82 dont il constate la périodicité. Bradley fait connaître, en 1727, la cause de l'aberration de la lumière ; quelques années plus tard, il explique le phénomène de la nulation de l'axe terrestre et publie de nombreuses observations sur les étoiles. Maskelyne calcule la densité de la terre et trouve qu'elle n'est supérieure à celle de l'eau que de quatre fois et demie. Euler et Bernouilli, tous deux géomètres habiles, portent la lumière dans plusieurs parties obscures de la science. En 1736, La Condamine, Godin, et Bouguer mesurent un degré du méridien sous l'équalcur ; Maupcriuis, Clairaut, Camus et Lemonnier font le môme travail au pôle arctique. D'Aiembert publie ses recherches sur la précession des équinoxes.

Eontenelle, quoique n'étant ni physicien, ni astronome, fait pour les sciences physiques ce que BufTon fit pour les sciences naturelles ; il en l'ait disparaître l'aridité et sait les populariser en les rendant aimables.

De 1750 à 1756, Lacaille séjourne au cap de Bonne-Espéraucc, où il détermine la position de 9,800 étoiles situées autour du pôle austral

DISCOURS PRÉLIMINAIKE. 113

En 17S0, Ilerschell calcule, d'après les observaiions faites avec son immense télescope, la hauteur des montagnes de la lune. Un an après, il découvre la planète Uranus, et aperçoit, en 1785, deuxnouveaux satellites deSalurne.il étudie les étoiles, surtout celles qu'on nomme doit blés ^t nébuleuses , la nature du soleil, la formation des corps célestes, etc. Les découvertes que Newton avait léguées à ses successeurs étaient immenses : il leur avait laissé le soin de déduire les conséquences de la ci de gravitation; de rendre compte de toutes les inégalités des mouvements des planètes et de ceux de la lune, de trouver une démontration de la stabilité et de la permanence de notre système , au miieu des influences qu'exercent sur lui les perturbations auxquelles 1 est sujet. Ce travail et la gloire qui s'y rattachait étaient réservés ju xviir siècle et furent successivement partagés par Clairaui, d'Alembert, Euler, Lagrange, Herschell, Laplace, etc. Les recherches de Laplace et celles de Lagrange ont, entre autres, mis hors de doute que la distance- moyenne de chaque planète au soleil et par conséquent la durée moyenne de ses révolutions périodiques sont absolument invariables. Par la suite, nous mentionnerons d'autres découvertes faites par ces savants qui appartiennent à la fois aux xviii^ et xix^ siècles

Météorologie . — La météorologie se lie intimement aux études de physique générale; mais les travaux spéciaux sur celte branche des sciences d'observations ont, pendant longtemps, été peu nombreux. Cependant, vers le milieu duxviii" siècle, nous voyons les expériences se régulariser et la météorologie prendre place dans la science en se séparant de la physique. Demaison étudia les phénomènes de la congélation, et expliqua, d'une manière satisfaisante, l'augmentation de volume de l'eau solidifiée. Saussure se livra à des travaux intéressants sur la pluie les nuages et la formation des vapeurs. Franklin et Mairan observ rent les aurores boréales. Le premier découvrit l'identité de la foudre et de l'électricité. Il soutira aux nuages des étincelles électriques au moyen d'un cerf-volant, à la queue duquel était un fil de fer terminé en pointe. Il répéta les expériences faites avant lui, par Dalibard et Romas, sur le pouvoir des barreaux de fer pointus pour souiirer i'élec tricité des nuages orageux; mais c'est à lui qu'on doit la précieuse application de cette propriété à la préservation de nos édifices. Voila étudia la formation de la grêle ; Dufay celle de la rosée ; et Kraaf la vitesse des vents , et Hallev, les effets du mouvement de la terre sur les

vents. Pugh et Kirwan publièrent des travaux sur la température, et le dernier donna un essai sur les variations de l'atmosphère. Toaido, Van Swinden, Réaumur, Mairan, Gautier, de Lalande, Mercier, Dampier, etc., s'occupèrent d'observations météorologiques. Duhamel du Monceau publia ses observations botanico-météorologiques ; Malouin s'occupa de travaux médico-météorologiques ; le P. Cotte fit de nombreux mémoires sur celte science , et se distingua par la précision de sa méthode. En France et en Angleterre, des registres soigneusement tenus apportèrent de la régularité dans les observations ; enfin il s'établit sur plusieurs points des Sociétés de météorologie.

Physique. — Les progrès de la physique furent rapides dans le xviii* siècle ; mais, de tontes les branches de cette science, l'électricité et le magnétisme furent celles qui se perfectionnèrent le plus. En 1729, Gray fit connaître un plus grand nombre de corps électrisables par le frottement; il découvrit les bons et les mauvais conducteurs de ce fluide, ainsi que le moyen de le développer dans les corps organiques. Wheeler partagea ses travaux. Desaguliers donna le premier le nom de conducteurs aux corps qui s'électrisent par communication, et Dufay reconnut deux sortes d'électricités; il appela l'une vitrée, parce qu'elle correspond à /'état électrique du verre , et l'autre résineuse, parce qu'elle se dégage de la résine. En 1746, Cuneus découvrit la bouteille de Leyde, et répéta ses expériences avec Musschenbroek ; ce dernier alors compara la commotion produite par 'cette bouteille aux secousses vives que iroduisent la torpille, le gymnote et divers autres poissons; bientôt cet instrument fut perfectionné par Wilson ; Waison et Bevis furent les premiers qui le. garnirent à sa surface d'une feuille métallique, et qui imaginèrent les jarres électriques.

Boze , professeur à Wiltemberg , perfectionna la machine électrique, en substituant un globe de verre au tube employé par Hawkesbee , et en y adaptant un conducteur métallique. Klingstierna et Stroema y ajoutèrent des frottoirs.

Nollet, expérimentateur intelligent, qui popularisa la physique générale, répéta le premier en France l'expérience de la bouteille de Leyde sur cent quatre-vingts personnes qui se donnaient la main. Il fit voir que le fluide électrique, auquel on avait reconnu la propriété d'accé lérer le mouvement des fluides jaillissants et d'activer la végétation, augmentait aussi la transpiration cutanée ; il inventa uu électromètre^

perfectionné d'abord par Waitz , puis laissé en arrière par celui de Coulomb. Watson essaya de calculer la rapidité de la marche de réiin« celle électrique ; mais ne put constater que son instantanéité.

Cependant, maigre les perfectionnements de cette science dans sa partie expérimentale, la partie théorique était resiée slalionnaire; et, jusqu'à Franklin, on n'eut que des idées vagues sur la nature de l'éleciricité. Le philosophe de Philadelphie , frappé des phénomènes de la bouteille de Leyde, fit de l'électricité l'objet spécial de ses études. Il admit qu'un fluide électrique existe partout ; que tous les coips en sont plus ou moins chargés; qu'aussitôt qu'on les frotte, l'équilibre électrique est rompu; que de cette quantité en plus ou en moins il résulte deux états électriques différents : l'un, qu'il appelle électricité négative^ et l'autre qu'il nomme électricité positive; ce qui répond aux électricités vitrée et résineuse de Dufay.

OEpinus , physicien russe , fit des expériences sur l'électricité , et expliqua, par une hypothèse ingénieuse, le phénomène de répulsion que présentent deux corps doués d'électricité de même nature.

Jusqu'à Symmer, les physiciens admettaient qu'il n'existe qu'un seul fluide électrique susceptible de changer d'état; il admit le premier l'existence de deux fluides , et son hypothèse a obtenu la préférence Beccaria, Richman, Canton , Ammersin s'occupèrent encore d'électricité , et Ramsden construisit sur un plan nouveau la machine à plateau de glace en usage aujourd'hui.

L'existence du fluide galvanique, indiquée, en 1767, par Sulzer, et, en 1786, par Cotugno, fut confirmée par Galvani, qui crut y voir un fluide particulier; mais Volta, professeur de Pavie, renversa bientôt la théorie de Galvani, en rétablissant l'identité du galvanisme avec le fluide électrique.

Le magnétisme, qui avait peu occupé les physiciens dans le siècle précédent, devint l'objet d'études suivies. Halley observa, à Sainte-Hélène, les variations de l'aiguille aimantée ; Taylor détermina, de concert avec Hawkesbee, la décroissance de l'intensité de la force magnétique en raison des distances; Musschenbroek se livra aux mêmes recherches et inventa le tribomètre.

En 1766 , Knight perfectionna les aimants artificiels et tint son procédé secret, ce qui n'empêcha pas Duhamel et Antheaume, en France, de composer des barreaux magnétiques. Michell, en Angleterre, arriva au même résultat et calcula le décroissement de la force magnétique.

116 DISCOURS PRÉLIMINAIKE.

OEpiniis apporta des perfectionnements à la méthode de Michell pour l'aimantation des barreaux d'acier.

Jusqu'à Coulomb, on avait cru que le fer seul était atlirable à l'aimant. Ce physicien écrivit que tous les corps terrestres sont doués de la même propriété, mais à des degrés inégaux. II perfectionna la méthode d'aimantation, et admit que le phénomène magnétique est dû à un fluide analogue à celui de l'électricité. Ce fut lui qui indiqua d'une manière précise les dimensions que doit avoir l'aiguille aimantée pour recevoir avec la plus grande intensité possible la vertu magnétique.

Au milieu du xvii' siècle, François de Lana et, plus lard, le père Galiani avaient admis la possibilité de former des corps plus légers que l'air. Cavendish et Black, ayant reconnu la légèreté de l'air inflammable, supposèrent qu'en en remplissant une vessie elle s'élèverait en l'air. En 1782, les frères Montgolfier d'Annonay, auxquels on doit le béliei* hydraulique, enlevèrent les premiers un ballon de papier contenant de l'air raréfié. Pilastre Desrosiers et d'Arlande osèrent monter dans cet appareil. Peu de temps après, Charles substitua avantageusement le gaz hydrogène à l'air raréfié.

En 1769, Watt perfectionna la machine à vapeur de Newcomen et do Saveiy, et imagina le condensateur isolé. De 1775 à 1781 divers essais eurent lieu en France pour appliquer la vapeur à la navigation; essais qui ne furent répétés que plus tard aux Etals-Unis, mais avec plus de succès- Iléaumur et Haies construisirent des thermomètres à alcool, et Fahrenheit inventa, en 172i, le thermomètre à mercure; il donna à cet instrument deux termes fixes à l'aide d'une solution d'hydrochloraie d'ammoniaque et d'eau bouillante. Delisle en construisit un n'ayant qu'un terme fixe, celui de l'eau bouillante. Malgré leur imperfection, ces instruments sont encore de pratique usuelle. Pour apprécier les hautes températures, Musschenbroek construisit un pyromètre qui fut pendant longtemps le seul. Wedgwood en donna un d'argile, bien supérieur à celui de .Musschenbroek, et Guyton-Morveau en fit un de platine, plus sensible encore que celui de Wedgwood.

Stahl , Crawford, Wilkes et Black démontrèrent l'existence du calorique latent. Hawkesbee étudia le poids spécifique des corps et reconnut les différents degrés de dilatation que la chaleur fait éprouver à l'air atmosphérique.

Amontons, auquel appartient la première idée du télégraphe , construisit un hygromètre de corne, qui fut bientôt abandonné ; l'hygrtH

mélrie doit surlout ses progrès à Saussure, observateur ailenlif, qui construisit le premier un liygromèlre à cheveu , et étudia tous les phénomènes que présentent les vapeurs en se répandant dans l'atmosphère. Halley et Hawkesbee éiudièrentla réfraction des rayons lumineux à leur passage du vide dans l'atmosphère. Euler, physicien habile et plein de sagacité, parlant des idées et des travaux de Descaries et d'Huyghens. chercha à substituer à la théorie de Newton sur l'origine de la lumière une autre théorie, fondée sur l'analogie du mode de transmission des sons et du fluide lumineux ; mais elle eut peu de succès. Il construisit, à force de soins et d'expériences, des lunetles achromatiques; mais il ne réussit pas entièrement. Son invention fut perfectionnée par Dollond, qui obtint un achromatisme complet, en combinant ensemble des lentilles de flintglass et de crownglass. Rochon et Herschell analysèrent les propriétés des rayons lumineux. Ce dernier confirma l'opinion de Newton, que tous les rayons ne chauffent pas avec la même intensité ; que les jaunes possèdent la plus haute puissance calorifique ; que quelques-uns donnent de la chaleur et d'autres seulement de la lumière.

Buffon fut, avec le cardinal de Polignac, Sigorgue et Mauperluis, le propagateur de la philosophie de Newton ; il construisit des miroirs ardents et fit des expériences intéressantes sur les ombres coloriées.

Vossius, Borelli, Hawkesbee, Carré et Clairaut cherchèrent sans succès à expliquer le phénomène de la capillarité. Weibrechl en donna une explication pins simple et plus satisfaisante, fondée sur l'atlraclion moléculaire de l'eau sur elle-même et par le verre. A la fin de ce siècle, Laplace fit, sur le même phénomène, des observations dont il conclut que tout liquide renfermé dans un tube a de l'aclion sur lui-même, et que la capillarité est due à cette cause et non à l'attraction des molécules du liquide par le verre.

L'Académie des sciences entreprit des expériences d'acoustique. Taylor, à qui l'on doit des travaux sur le magnétisme, appliqua l'analyse au mouvement vibratoire des corps sonores et créa la théorie des sons. Sauveur découvrit les nœuds de vibration. Tarlini et Bernouilli ont auss» rendu de grands services à l'acoustique.

Chimie. — Venàdinl le xviu^ siècle, la chimie fit de rapides progrès; mais ce fut surtout vers sa fin qu'elle subit une métamorphose complète. L'empirisme en fut banni, les théories anciennes furent repoussées, et les nouvelles furent assises sur des découvertes confirmées par tous les

chimistes. Dépouillée de ses vieux préjugés, la science put alors mar* cher à grands pas. La méthode de Bacon, la seule capable de conduire à la vérité, devint générale. On cessa de compter les écoles; jl n'y en eut plus qu'une, celle de l'expérience. La France, l'Allemagne, l'Angleterre oubliaient leurs rivalités quand il s'agissait de science j et il y avait, pour ainsi dire, solidarité entre tous let savants de l'Europe. Malgré ses doctrines erronées, nous mettrons en tête des hommes qui imprimèrent un grand mouvement à la chimie Stahl , le commentateur de Bêcher , le créateur d'une philosophie chimique, et de la théorie du phlogistique , vaste généralisation qui em- Drassait la science entière. Par malheur pour les progrès de la chimie , Stahl, dont les ouvrages indiquent une grande sagacité, partit d'une base fausse en considérant les oxydes comme des corps simples et les métaux comme des corps composés. De là toutes ses erreurs. D'après sa théorie, les métaux sont formés de l'union du phlogistique avec les terres €t les oxydes, et la combustion n'est autre chose que le dégagement du phlogistique ; il s'en dégage d'autant plus que le corps est plus inflammable. Le phénomène de l'oxydation n'était alors, suivant Stahl, que l'effet d'un métal qui se déphlogistiquait. Ce renversement de toutes les idées rationnelles entrava les progrès de la science , en substituant une fausse explication à la théorie véritable , qui avait pour base les faits observés; et, pendant tout le xviii" siècle , la théorie du phlogistique compta de nombreux partisans. Le célèbre Boerhaave, de Leyde , marcha sur les pas de Stahl ; malgré ses erreurs , il contribua à la création de la chimie philosophique. Ses expériences, quoique neuves et habilement conduites , restèrent presque sans résultat par suite de ses fausses idées sur le calorique , sur la constitution de l'air atmosphérique et de son ignorance complète de la diversité des gaz. Haies, inventeur d'appareils ingénieux, est faussement considéré comme le créateur de la chimie pneumatique ; car il ne connaissait point la constitution des gaz , qu'il regardait comme de simples moditications de l'air atmosphérique. Haies et Venel n'avaient d'abord vu que de l'air dans les fluides élastiques dégagés par la distillation. Malgré cette lenteur dans la marche des études, les idées se rectifiaient peu à peu, et l'on était à la veille d'une réforme, dont les premiers essais sont dus à Black, l'illustre professeur d'Edimbourg, qui, loin de chercher à voiler la science sous une phraséologie ambitieuse , s'efforça au contraire, de la populariser par la clarté de sa méthode d'expo-

DISCOURS PRÉLIMINAmE. 119

fition . el sut la rendre attrayante par le charme dont il l'entoura. Il découvrit, après Van Helmont, le gaz acide carbo?iique, auquel il donna le nom d'air fixe, en le distinguant de l'air atmosphérique où néanmoins il le retrouvait comme partie constituante; il fit de nombreuses et savantes expériences sur les gaz ; il découvrit aussi le calorique latent (1762), qui fait passer les corps solides à l'état de fluidité et vice versa, sans que leur température en soit sensiblement changée.

En 1764, Mac-Bride généralisa les propriétés de l'air fixe , et en fit une ingénieuse application à la médecine. Meyer d'Osnabrïick, cherchant à expliquer le principe de la chaux et des alcalis, fit de l'air fixe de Black un être de raison qu'il appela causticum ou acidum pingue. Cette prétendue découverte causa un schisme parmi les chimistes; mais les expériences successives de Jacquin , de Venel et de Cavendish firent triompher la doctrine de Black. Cavendish alla plus loin que le chimiste d'Edimbourg. En 1766, il présenta à la Société royale un mémoire dans lequel il disait positivement « que l'air n'est pas un élément et qu'il existe plusieurs espèces d'airs. » Il reconnut que l'air fixe est plus pesant que l'air atmosphérique et qu'il est dégagé par la combustion du charbon. Il ajouta à cette découverte celle du gaz acide hydrochlorique, fit connaître le premier les propriétés de l'air inflammable (hydrogène) , ainsi que la composition de l'acide nitrique. Dans ses Expériences sur l'air, présentées à la Société royale, en 1784, il annonça qu'il avait brûlé par l'étincelle électrique de l'air inflammable en vase clos, en le mêlant avec de l'air respirable, et qu'il avait vu le tout se résoudre en une quantité d'eau égale au poids des airs absorbés.

Cette expérience, dont le résultat eut un grand retentissement porta les chimistes à s'occuper de la décomposition de l'eau, et les mit sur la voie des transformations des corps organisés et inorganiques.

Un contemporain de Cavendish , non moins célèbre que lui , est le modeste Schèele, l'habile et patient expérimentateur, qui résolvait les problèmes les plus obscurs de la chimie et de la physique, avec les instruments les plus simples. Son Traite de l'air et du feu (1780) con tient des idées d'une grande profondeur sur la composition de l'air et sur la théorie de la chaleur. On peut cependant lui opposer l'étrangeié de ses conclusions qui font ombre à ses admirables talents comme observateur. Il fit la découverte d'un grand nombre d'acides organiques et de quelques corps,simples.

Prieslley fut encore un chimiste profond. Il étudia les gaz avec une

J20 DISCOURS l'RELIMINAIKE.

grande habileté, cl découvrit, en 1774, l'oxygène qu'il nomma air déphlugistiqué , l'acide sulfureux, l'azote , le protoxyde et le bioxyde d'azote et le gaz oxyde de carbone; mais, malgré ses grandes découvertes, on le trouve, à cause de son attachement à la théorie chimique de Siahl, incertain dans ses principes et cherchant partout le phlogistique.

Bergmann, le généreux protecteur de Schèele, celui qui reconnut un grand chimiste dans l'obscur préparateur d'un pharmacien, démontra que l'air fixe est un acide, et l'appela acide aérien. Il découvrit l'acide oxalique et plusieurs acides végétaux et métalliques; il fit de nombreuses expériences sur la chaleur et la lumière. La théorie qu'il essaya de substituer à celle de Stahl n'eut aucun succès à cause de sa bizarrerie.

A ces savants, on doit joindre Smilh, qui essaya de classer les différentes espèces d'air qu'il nomma gaz, à l'exemple de Van Helmont ; Woolfe, qui perfectionna les opérations de la chimie, en améliorant les appareils; Rouelle, savant chimiste et habile praticien . le maître de Lavoisier, qui s'occupa de recherches sur les gaz et les sels, et auquel il ne manqua, pour tirer plus de parti de ses expériences, que de les avoir faites la balance à la main ; Bayen (1774), qui avait obtenu l'oxygène suis en avoir reconnu les propriétés, et qui attaqua la théorie de Stahl, en démontrant l'inutilité du phlogistique dans la réduction des chaux métalliques, etWenzel, qui publia, à Dresde, en 1777, une théorie sur l'affinité des corps, dans laquelle il expliqua l'action réciproque des sels neutres. Ce fut Wenzel qui le premier se servit de balances dans ses analyses; il se distingua, parmi les chimistes de son temps, par la précision des résultats numériques de ses expériences. Le tableau des affinités chimiques, publié par Geoffroy, en 1778, est encore un des ouvrages qui ont fait époque dans la science.

Le plus illustre chimiste du xviii^ siècle fut Lavoisier, l'élève de Rouelle, et dont la vie, malheureusement trop courte, fut une suite de découvertes. Il renversa la doctrine chimique de Stahl, en déclarant que le phlogistique n'existe pas, que l'air déphlogistiqué est un corps simple; que cet air se combine avec les métaux dans la calcination, qu'il convertit en acide le soufre, le phosphore elle charbon, qu'il entretient {a combustion et la vie, qu'il forme les parties essentielles de la croûte du globe, de l'eau, des plantes et des animaux. 11 répéta les expériences de Black sur les gaz, démontra la combustibilité du diamant et les produits qui en résultent, et fitconnaîlre la nature de l'aoide carbonique; il étudia les phénomènes de la respiration et de la combustion , analysa

l'eau et la recomposa. Les chimistes, attachés aux anciennes idées, ne les abandonnèrent pas sans combattre le hardi novateur , et Lavoisier eut à soutenir «ne rude polémique; mais, malgré l'opposition que la doctrine pneumatique rencontra surtout en Allemagne et en Angleterre, elle se répandit dans toute l'Europe.

Berlhollet , l'habile applicateur de la science à l'industrie , abandonna le premier la doctrine du phlogistique pour embrasser celle de Lavoisier.

Fourcroy, dont la carrière scientifique appartient plus au xviii* siècle qu'au xix^, fut un digne émule de Lavoisier; la science lui doit de nombreuses expériences sur les combinaisons salines , sur la combustion de l'air inflammable ; et aussi de vastes essais de chimie animale ; ce fut en 1792, qu'associé à Vauquelin et à Séguin, il obtint de l'eau composée de toutes pièces.

La science était devenue assez riche en découvertes; mais sa langue, empreinte des formes de l'alchimie , manquait encore de précision ; c'était un mélange incohérent de noms bizarres, n'indiquant jamais les relations des corps constituants. Nous citerons entre autres la laine philosophique (oxyde de zinc), et la lune cornée (chlorhydrure d'argent).

Sur un travail et d'après les idées de Guyton-Morveau, Lavoisier, Berthollet et Fourcroy changèrent la nomenclature chimique. Les noms se simplifièrent et eurent une signification arrêtée. Un petit nombre de terminaisons unies aux radicaux suffirent pour faire connaître la composition des substances. Il y eut une même terminaison pour les acides; on appela oxydes les corps combinés avec l'oxygène sans acidité ; les alcalis et les corps terreux eurent des noms féminins et les métaux des noms masculins. On désigna par des noms du même genre les substances de nature semblable. Il en résulta pour l'étude un avantage immense ; aussi tous les savants s'empressèrent-ils d'adopter la nouvelle nomenclature; mais, plus lard, cette langue, qu'on avait cru pouvoir toujours suffire aux besoins de la science , subit d'importantes modifications, et de nos jours elle en exige beaucoup encore.

Les dernières années du xviii® siècle virent la chimie se perfectionner surtout en ce qui concerne son application aux arts et à l'industrie. La minéralogie et la géologie ne pouvaient marcher sans elle ; la science des êtres organisés y puisait des connaissances précieuses ; enfin, on reconnut qu'elle sert de lien à toutes les sciences naturelles ; aussi lui assigna-t-on la première place parmi les autres sciences , et

les progrès du xix<= siècle ont, à cet égard, confirmé le jugement du xviir.

Anatomie. —Dans le cours du xviii' siècle, les analomisles furent ,rès nombreux. Nous ne citerons que les plus éminenls. Le premier dans l'ordre chronologique est Heister, le professeur d'Altorf , qui publia un Compendiiun analomîcum. Après lui vient le célèbre Winslow, qui doit sa gloire à la France, et qui fit paraître, en 1732, son Exposition anaiomiqiie de la structure du corps humain. Dans cet ouvrage, traduit en plusieurs langues, il laissa derrière lui tous les analomisles qui l'avaient précédé, sous le rapport de la perfection de ses travaux eu osléologie, en angéiologie, en névrologie et en splanchuologie. Il n'a été surpassé en myologie que par Albinus.

Ce dernier (dont le véritable nom est Weiss), professeur à Leyde en 1719 , où il occupa la chaire d'anatomie pendant cinquante années , contribua aux progrès de la science non seulement par ses éludes personnelles, car on lui doit entre autres travaux un recueil de planches de myologie et d'osléologie d'une perfection admirable, mais encore en publiant les travaux des analomisles du siècle anlérieur, et en publiant aussi, de concert avec Boerhaave, de belles éditions de Vésale, d'Harvey et de Fabrizio d'Aquapendente.

Haller, de Berne, disciple de Boerhaave et d'Albinus, un des hommes les plus distingués du xviii^ siècle, est celui dont les connaissances étaient à la fois le plus variées et le plus profondes. Il commença, en 1729, par commenter les inslitutes de Boerhaave; et, pour s'aider dans son travail, il fit de nombreuses dissections de cadavres d'hommes et d'animaux. On a de lui des travaux étendus sur toutes les parties de la science de l'organisation ; il ne se contenta pas d'observer il critiqua, scruta, pesa toutes les découvertes , et son jugement fut conslammeni celui d'un homme supérieur.

En 1753, il abandonna l'université de Goeltingue, et se relira à Berne, où, faute de cadavres humains, il fit des expériences sur les animaux vivants. Il recueillit des observations imporlanles sur les mouvements du cœur et la respiration , sur la circulation dans les animaux invertébrés, sur la formation du poulet, et sur celle des os dans les mammifères.

Il avait des idées particulières sur l'irrilabililé, qu'il distinguait expressément de la sensibilité; ainsi il niait l'irritabilité des nerfs, qu'il regardait seulement comme sensibles, et ne reconnaissait d'irritables

DISCOURS PRÉLIMIINAIIî.E. 123

que la fibre niiisculairo , et surioiil le cœur. Il souiinl, à l'occasion de sa doclrine, une polémique très vive contre les Slahlicns. Il comballit aussi, dans un grand ouvrage sur le développement du fœtus, le système de Buffon sur la génération ; et, s'il ne le détruisit pas, il l'ébraula fortement.

Santorini, médecin de la république de Venise, fut un des anatomisles dont les travaux en myologie ont le plus de délicatesse. Morgagni (1740) s'occupa également avec talent de la dissection des parties les plus ténues de l'organisme, et réhabilita l'anatomie. Nous devons citer encore counne anatomisles d'une grande distinction Lieulaud et Sabaiier.

Monro, Berlin, Hunauld, se sont occupés d'osléologie ; Douglas, Parsons, Dupelil, Josué, de myologie; Porterfield et Hovius ont écrit sur l'œil ; Cassebohm, sur l'oreille interne. Valsalva, professeur de Bologne, a publié, sur l'ouïe humaine, un traité qui lui coûta seize années de travail et la dissection de mille têtes. Vieussens décrivit le cerveau avec un talent remarquable; Sénac fît connaître l'anatomie et la physiologie du cœur ; Dodart et Ferrcin ont publié chacun un système sur le mécanisme de la voix; Pecquet et Aslruc ont étudié la digestion, et Lieberkiihn a observé la structure des organes servant à cette fonction.

Anatomie comparée. — Pendant les deux tiers du xYiif siècle, l'anatomie descriptive fut la seule cultivée.- et, vers sa fin, on recommençai cultiver l'anatomie comparée, que Boerhaave avait attaquée comme loulà-fait inutile. Jusqu'alors elle n'avait pas eu un caractère bien arrêté ; les anatomisles se livraient à des travaux comparatifs, mais trop incomplets pour que cette science pût se régulariser. Cependant le xviii" siècle compta un assez grand nombre d'analomisles comparateurs.

Duverney, professeur d'anatomie au Jardin du roi depuis 1679 jusqu'en 1730, se livra à des travaux considérables sur l'anatomie comparée. Il publia d'abord l'anatomie des animaux de la ménagerie de Versailles, fît connaître la structure des organes de la respiration chez les poissons, et surtoutchez la carpe, où son étonnante complication est une merveille. Il compara différentes parties du corps humain aux parties correspondames chez les animaux. Pour expliquer les phénomènes de la circulation du fœtus , dans lequel elle a lieu d'une manière analogue à celle des reptiles , il fit la dissection d'une tortue et d'un crocodile. Sa Ihéorie l'exposa à de vives attaques de la part de Méry, qui s'occupait du même sujet. Douglas et Garengeot composèrent une myographie

dans laquelle le chien est comparé à l'homme. Pourfour-Dupeiit publia un mémoire comparatif sur l'organe visuel de tous les vertébrés, et un travail sur le cerveau ; Cheselden est l'auteur d'une ostéographie qui contient les squelettes de différents animaux ; Haller, à qui l'on doit tant de travaux comparatifs, s'occupa de recherches sur l'appareil visuel et l'encéphale des poissons, en essayant de déterminer les rapports qui existent entre leur cerveau et le nôtre. Scarpa, Comparetii, publièrent de beaux .ravaux sur l'ouïe ; Ebel fit paraître des observations de névrologie comparée d'un grand intérêt. Monro père et Valentini essayèrent de petits traités d'anatomie comparée. On doit à Monro fils trois ouvrages capitaux, sur le système nerveux, sur l'anatomie, sur la physiologie des poissons comparés aux autres vertébrés, et sur l'organe de l'ouie dans les animaux supérieurs, William Hunter s'occupa avec succès de travaux anatomiques, et étudia la structure des dents chez différentes classes d'animaux, Blair donna une ostéologie de l'éléphant; Sarrasin, l'anatomie du castor et du porc-épic; Bertin Bourgelat, celle du cheval. Cavolini étudia la génération des poissons et des crustacés. On doit à Morgagni l'anatomie du lombric; Abildgaard et Neergaard se livrèrent à de sérieuses études sur les intestins des mammifères et des oiseaux; Réaumur observa les phénomènes de la digestion chez les granivores et les propriétés électriques de la torpille; Albert de Brème fit connaître la structure anatomique du phoque; Townson étudia la respiration des reptiles; Hachett, la structure des os et des coquilles ; Broussonnet, celle des écailles de poissons, le mode de respiration de ces animaux et leur reproduction. Richer. Walsh, Allamand et Patterson s'occupèrent des poissons électriques. Pierre Camper , élève d'Albinus , laissa d'admirables travaux sur l'organisation des animaux. On a de lui une anatomie de l'éléphant, de l'orang-outang, de plusieurs espèces de cétacés, d'oiseaux, de crapauds, etc. On lui doit aussi des observations sur l'angle facial quia servi de base à une classification des races humaines,

Daubenton, l'un des illustres collaborateurs de Buffon, est l'auteur de tous les travaux d'anatomie comparée qui accompagnent les œuvres du grand naturaliste, et il contribua ainsi à leur donner plus d'importance. Pallas, qui s'occupa avec tant de succès de toutes les branches de l'histoire naturelle, concourut également aux progrès de l'anatomie comparée, en démontrant son utilité pour la partie caractéristique, Vicq d'Azyr, écrivain aussi disert qu'habile anatomiste, l'aurait sans doute élevée à la hauteur qu'elle atteignit au commencement du siècle suivant, si

•ne mort prématurée ne l'eût enlevé aux sciences avant qu'il eût pu réaliser le projet de donner une anatomie et une physiologie complètes. On lui doit un excellent mémoire sur l'analogie qui exisie entre les membres inférieurs et supérieurs chez l'homme et les animaux, de même qu'un travail complet sur l'anatomie du cerveau, science dont il peut être considéré comme le créateur; 11 fit aussi plusieurs découvertes sur la structure des poissons et sur celle des oiseaux. Sa classification des mammifères, tout artificielle et non fondée sur l'organisation, n'est pas digne de lui.

Physiologie. — Nous avons vu qu'à la fin du xvii* siècle, les médecins mathématiciens avaient cherché à appliquer le calcul à la physiologie ; mais cette écde ne larda pas à tomber dans le discrédit; car, tandis que Borelli portait à cent trente-cinq mille livres la puissance du cœur, Keill, professeur d'anatomie à Oxford, ne l'évaluait qu'à cinq onces. A côté de ce calcul, qui atténue si singulièrement celui de Borelli, Keill estimait à cinq mille deux cent trente-trois pieds par minute la vitesse du sang dans l'aorte. Ces contradictions résultant de ce qu'il manquait aux calculs des bases suffisantes, et de ce que les assenions devançaient l'expérience, causèrent la ruine de l'école iatro-mathémaiique.

Baglivi, sans appartenir positivement à cette école , s'en rapproche cependant en ce qu'il admet, comme une vérité absolue, l'action impulsive des solides dans les phénomènes vitaux ; ce qui donna lieu à une secte médicale nommée solidiste. Il est tombé dans de graves erreurs €n faisant de la dure-mère un centre de mouvement antagoniste du cœur.

Boerhaave, un des plus célèbres médecins de celte époque, se rattacha encore à l'école mathématique et chercha à expliquer certains phénomènes morbides par des actions mécaniques. Il avait peu disséqué par lui-même; mais il suivait, pour ses études personnelles, les travaux anatomiques de Ruysch. Cependant il adopta les opinions de Malpighi. Bernouilli, Michelotti. Haies, sont encore des iatro-mathématiciens ; mais moins célèbres.

Stahl, que nous avons vu en chimie créer le phlogistique, est l'auteur d'une théorie psychique qui a beaucoup occupé les physiologistes: il substitua aux esprits animaux de Descartes une âme présidant à la formation du corps et à tous les actes vitaux, et se servant comme agent de la tonicité qui en émane.

Parmi les disciples de Slahi, il faut distinguer Gohl, Juncker et Alberli, qui adoptèrent sans examen la doctrine de leur maître ; Shell, qui plaça l'âme à l'origine du système nerveux, auquel elle transmet sa volonté, et enfin François Nichols, le plus extravagant de tous, qui personnifia l'âme et lui donna des volontés entièrement indépendantes de l'action des organes.

Porterfield et Robert Wliite adoptèrent ces idées avec plus de réserve ; et ce dernier s'en écarta sous plusieurs rapports. La théorie de Stahl ne pénétra pas en France dans sa forme primitive. Vers le milieu du xviii* siècle, le célèbre Sauvages,professeur à Montpellier, adopta les principes de Whiie sur l'aclion de l'âme dans les mouvements involontaires, et modifia le système de Siahl, en admettant l'intermédiiaire des nerfs dans les mouvemenis physiologiques. ,

Bordeu, siahlien comme Sauvages, répandit, dans ses ouvrages, l'idée que chaque organe est doué d'une sensibilité spéciale, et que du concours de ces sensibilités particulières et des volontés propres à chaque organe, émane la volonté physiologique qui est sans relation avec le centre nerveux.

Lacaze, médecin de Louis XV, ajouta à la théorie de Bordeu l'idée d'un centre nerveux particulier pour les mouvemenis involontaires; il choisit le diaphragme, en faveur duquel il dépouilla le cerveau de .ses prérogatives. Lecat, fondateur de l'académie des sciences de Rouen, attribua les mouvements involontaires aux ganglions, qu'il se représentait comme autant de petits cerveaux agissant sans la participation de l'encéphale, en vertu d'une espèce de spontanéité qui leur est propre.

Le dernier stahlien est Barthez (1773), chancelier de la faculté de médecine de Montpellier; il admit un principe vital différent de l'âme, et exécutant les mouvements involontaires.

On voit que ces théories sont fondées sur l'idée que les mouvements physiologiques, n'étant pas perçus par le cerveau, n'en peuvent émaner. Cet embarras vient évidemment des difficultés que présentait, à une époque peu avancée de la science, l'accord des idées psychologiques avec les phénomènes vitaux.

A côté de l'école de Stahl il en existait une autre qui, pendant tout le xviu^ siècle, a fait beaucoup de bruit sous le nom dUrrilabiliste ; elle attribuait les phénomènes physiologiques à une âme sensitive dont l'agent était le fluide nerveux. Cette école eut pour créateur Glisson, pour promoteur Hoffmann» «t pour disciples, Gorier, Gaubius, Kaau, Hari-

ley, el Ilaller, qui l'ëclaira en considéranl rirrilabililé comme une piopriélc de la fibre musculaire, entretenue par les nerfs et difTéranl de leur action.

A la physiologie se rattachent les divers systèmes sui- la génération Vallisnicri voulait que le fœtus préexistât dans l'œuf; Hartsoeker ci Leuwenhoek admirent la préexistence des germes dans le sperme, par suite de la découverte des animalcules qu'il contient, et ils représentent la théorie de l'emboîtement des germes, comme Mauperluis et Buffon représentent celle de l'épigénèse ou de la formation des corps par juxla-position. Plus tard, le système des germes fut reproduit par Haller, Bonnet et Spallanzani, dernier auteur auquel on doit des expériences pleines d'intérêt.

Ces théories générales, qui i>e sont pour les savants qu'un délassement de l'esprit, et indiquent l'insatiable tendance de l'humanité vers le perfectionnement de son intelligence , n'entravèrent pas les travaux de l'anatomie d'observation , bien que Stahl et tous les physiologistes affectassent de la mépriser. Le xvii^ siècle avait glorieusement acquis à la science des vérités incontestables ; il ne restait au xviii% possesseur d'instruments plus parfaits, qu'à terminer ce qui avait été commencé.

Zoologie générale. — Nous mettrons à la tête des zoologistes du xviii" siècle, Linné et Buffon, qui en furent le plus bel ornement ; ils donnèrent tous deux aux études de cette époque le caractère qui leur est propre. Le premier, homme d'analyse, plein de patience et de sagacité, étudia les faits avec une méthode lente mais sûre, les coordonna sans précipitation, sans illusion, et ne se permit pas, comme son rival, de brillantes hypothèses; il éleva sans bruit, avec une simplicité et une modération admirables, l'édifice de la science dont il embrassait l'ensemble. Son Systema natiirœ, qui, pendant sa vie, eut douze éditions, exerça ui^e grande influence sur l'étude des êtres organisés. Il substitua vciésordre des méthodes une classification fondée sur les véritables caractères , et qui a servi de base à celles qui ont été créées depuis.

Un autre mérite de Linné est d'avoir réformé la nomenclature , et substitué à ces longues phrases descriptives , difficiles à conserver dans la mémoire , un double nom , l'un générique, exprimant les caractères généraux qui lient les êtres entre eux, et l'autre spécifique^ énonçant les qualités par lesquelles ils diffèrent les uns des autres.

Le Systema naturœ, qui apportait dans la science une véritable r^

forme, fui critiqué, lors de sa publication, avec une aigreur sans égale. Buffon et Haller, les deux plus célèbres contemporains de Linné, le traitèrent avec injustice ; mais son triomphe, fondé sur la raison, ne se fit pas attendre, et condamna au silence' tous ses détracteurs.

Buffon, l'émule de Linné, encore regardé comme l'oracle de la nature fut un généralisateur hardi et brillant, doué d'une pénétration prodigieuse. Dédaignant les méthodes et l'aridité des descriptions scientifiques, il ne s'arrêta pas à la froide observation de chaque objet: il contempla la nature dans son ensemble, s'éleva, avec l'audace du géùie, à des conceptions sublimes et devina souvent ce qu'il n'avait pas vu. Sa Théorie de la terre et ses Époqites de fa nature^ qui datent de la moitié du xviii^ siècle, eurent un succès prodigieux ; son histoire de l'homme et celle des mammifères et des oiseaux sont des chefs-d'œuvre de style , pleins d'observations, où il fait briller sa sagacité et son érudition. Ses travaux eurent pour résultat de réconcilier avec les sciences naturelles les hommes du monde, que l'aridité des écrivains antérieurs en avait détournés, et ses écrits resteront comme des modèles de description.

Après ces deux grands hommes vient Bonijet, qui contribua, par ses découvertes, aux progrès de la science. Son ouvrage le plus remarquable sur la philosophie des sciences naturelles est sa Contemplatioii^ de la nature , dans lequel il présenta sa célèbre hypothèse de l'emboîtement des germes, théorie plus ingénieuse que vraie de la reproduction des êtres. Ce même écrivain, pénétré de la pensée que, dans ses créations, la nature procède régulièrement, avait établi une échelle de dégradation naturelle des animaux, destinée à représenter l'ordre dans lequel ils s'enchaînent entre eux.

Hermann publia une Table des affinités des animaux. Il prétend, dans cet ouvrage, que chaque espèce se rapproche, par quelques détails organiques, d'espèces quelquefois fort éloignées. On a de lui de nombreux mémoires ; mais il s'est surtout occupé de mammalogie. Darwin fit connaître, dans sa Zoononu'e, les lois de la nature organique.

Aux zoologistes généraux appartiennent Réaumur, qui embrassa dans ses minutieuses observations des animaux de toutes les classes: Needham, dont les travaux, quoique moins étendus, sont aussi variés, et Sarrasin , qui a publié quelques observations sur les animaux d'Amérique.

De 1751 à 1756, Klein et Brisson publièrent chacun un système du

DISCOURS l'REUMINAlRE. 129

fèjriie animal différtMil de celui de Linné. Brisson sépara le premier les «élacés des poissons, et les mil à la suite des quadrupèdes vivipares. En 1777, Erxleben compléta la synonymie, en cilanl l'histoire de chaque animal.

31a?nmalogie. — Le premier auteur de ce siècle qui ail écrit sur la inamnialogie est Séba, dont l'ouvrage indigeste a néanmoins le mérite de renfermer de bonnes figures. Tous les travaux antérieurs furent éclipsés par la publication du Systenia naturce, qui fixait les véritables rapports réciproques des mammifères, A ce traité succéda la magnifique histoire de Buffon qui, par le charme et la poésie de ses descriptions, vint compléter l'œuvre de Linné.

Storr établit ensuite un système fondé sur les organes de sustentation. Boddaert modifia sans avantage le système do Linné; Gmelin en publia aussi une édition avec de bonnes additions ; Blumenbach fil paraître un traité d'histoire naturelle qui eut un immense succès : il sépara le premier, sous le nom de bimane, l'homme du singe, en se fondant sur la disposition du pouce du pied, opposable chez l'un, tandis que chez l'autre il n'a que le mouvement commun des doigts. Il décrivit pour la première fois l'ornithorhynque, ce singulier quadrupède à bec de canard.. Zimmermann essaya de présenter un tableau de la distribution géographique des mammifères ; première tentative encore imparfaite, mais qui fut le point de départ d'une série de travaux d'une haute importance sur ia même matière.

Ornithologie. — Les progrès de l'ornithologie furent plus rapides que ceux de la mammalogie. En 1707, Sloane décrivit des oiseaux américains inconnus jusqu'à lui; Marsigli donna, en 1728, une monographie des oiseaux du Danube; Calesby fit paraître, en 1731, une ornithologie de l'Amérique septentrionale. .

Albin publia, vers la même époque, une histoire des oiseaux classés d'après le système de Willughby ; mais il ne rectifia pas les erreurs de son modèle.

En 17o'i, Frisch, naiuralisle allemand, observateur philosophe, con> mença la publication d'une histoire naturelle dos oiseaux de TEurope centrale, qui no fut terminée que trente années après. La méthode suivie par le naturaliste de Berlin est inférieure à celle de Ray.

Séba prend place parmi les ornithologistes, mais seulement à cause

de la beauté des figures qui ornent son ouvrage , car son texte est en général d'une grande inexactitude.

Barrère publia , en 1745, à l'époque où le nom de Linné était tout puissant dans la science, un essai de classification ornithologique exclusivement fondée sur la structure des pieds. Son système, mis en tête de son Histoire naturelle de la France équinoxiale^ ne fut pas adopté.

L'histoire des oiseaux d'Edwards, publiée à Londres, contient la description et la figure de beaucoup d'espèces nouvelles.

Les systèmes donnés, en 1750 et 1752, par Klein et par Mœhring, ont le défaut d'être purement artificiels et de faire reculer la science de plus d'un siècle. Il n'en est pas de même de la méthode de Brisson publiée, en 1760 , dans son ornithologie ; elle est fondée sur la forme du bec et des pieds, sur le nombre des doigts et leur mode d'union. L'ouvrage de Brisson, qui a devancé notre époque en établissant beaucoup de coupesgénériques admises aujourd'hui, est encore fort estimé pour l'exactitude des descriptions.

Le système ornithologique de Linné, dans lequel les caractères sont établis avec précision, quoiqu'il s'appuie également, comme signes caractéristiques de première importance , sur la forme du bec et sur celle des pieds, éclipsa tous ceux qui l'avaient précédé ou qui étaient contemporains de son Systema naturœ. Les vrais principes de classification naturelle se retrouvent dans ce système, qui, encore aujourd'hui, est le plus suivi sous le rapport des divisions principales.

Schfeffer essaya une méthode incertaine , fondée sur la forme des pattes. Scopoli (1777) ne prit pour base de sa distribution systématique des oiseaux que les écailles qui leur couvrent les pieds. Ce système, fort incomplet et d'une étude peu facile, n'eut aucun succès.

Le Synopsis général de Latham est une description systématique à peine différente de celle de Linné, çt à laquelle ont été ajoutés quelques genres nouveaux. Il publia plus tard son Index ornithologicus, qui est une judicieuse épuration du premier ouvrage.

Mauduit , chargé de la rédaction de la partie ornithologique de TEncyclopédie, adopta un système de classification imaginé par Bonnaterre, mais bien inférieur à celui de Brisson.

Ces divers travaux ne sont pas de stériles nomenclatures , fondées sur un déplacement arbitraire et plus ou moins heureux des oiseaux; ce sont toujours des travaux d'ensemole , généralement enrichis de nouveaux

genres, ei que les méthodistes ont cherché à classer de manière à éviter les fautes dans lesquelles sont tombés les auteurs précédents.

Buffon, en se servant desobsenaiions de ses devanciers et de ses contemporains, peignit, avec son magique pinceau, les couleurs brillantes des oiseaux, leurs mœurs, tous les phénomènes, jusqu'alors imparfaitement connus, de leur existence , et initia les hommes du monde à cette partie si intéressante de l'histoire de la nature ; mais il procéda pour eux comme pour les mammifères ; aussi n'exerça-t-il aucune influence sur le cours des études systématologiques. Il fut assisté dans ses travaux par Guéneau de Montbéliard qui, dans ses descriptions, emprunta quelquefois le pinceau de son maître.

Erpétologie. — L'erpétologie, informe au temps de Ray, ne reçut point de Linné une impulsion nouvelle. Son système de classification esi fautif, et la dernière édition du Systema naturœ , publiée par Gmelin, tout en y ayant apporté de grandes modifications, par suite des progrès toujours croissants de la science erpétologique , renferme encore un grand nombre d'erreurs. Le premier auteur méthodiste auquel l'erpétologie doit ses véritables progrès est Laurenti, naturaliste autrichien, qui, par la publication de son Systema reptilium emendatum, apporta, dans la méthode encore imparfaite de Linné, des modifications qui ont servi de base à tous les travaux postérieurs. Il ne désigna plus les animaux de cette classe sous le nom d'amphibies, mais sous celui de reptiles; il omit néanmoins dans son système le genre tortue. Scopoli essaya, en 1777, une classification qui ne mérite aucune attention.

Nous ne trouvons guère d'autres travaux généraux sur les reptiles ; mais de bonnes observations sur des genres et des familles appartenant à cette classe ; ainsi Vallisnieri publia un excellent mémoire sur le caméléon ; Dufay, un ouvrage remarquable sur les salamandres. On doit à Calesby de très bonnes figures de divers ordres de reptiles , insérées dans son histoire naturelle de la Caroline; Levin Vincent a décrit le vipa et son singulier mode de propagation ; Scheuchzer, dans sa Physica sacra, a donné de bonnes figures d'ophidiens.

Rœsel, l'un des observateurs les plus attentifs de cette époque, publia un travail monographique sur les grenouilles d'Europe, et Schneider, une monographie des tortues. Daubenton, quoiqu'on puisse lui reprocher de manquer souvent de coup d'œil , s'acquitta avec sa précision ordinaire de la rédaction de la partie erpétologique de l'Encyclopcdie.

Ichthyohgie. — Nous avons vu, dans le xvii« siècle, Willughby s'occuper avec succès d'iclithyologie , tant descriptive que systématique , et ouvrir la voie à ses successeurs. L'écrivain le plus distingué du xvin" siècle, sur l'iclilhyologie , est P. Artedi, l'ami de Linné, qui commença à poser les principes qu'on suit encore dans l'élude de cette science. Il indiqua les véritables caractères d'après lesquels les groupes doivent être établis. II avait, seulement confondu, parmi les poissons, sous \f nom de plagiures ou poissons à queue plate, les giands mammifères aquatiques.

Artedi ayant été enlevé à la science avant d'avoir pu terminer ^r^n ouvrage, ce fut Linné qui publia sa Bibliotheca ichthyologica, histoire complète de l'iclilhyologie, et sa Philosophia ichlhyologica , qui établit les bases sur lesquelles elle est fondée.

Linné, dans les premières éditions de son Systema nafurœ, avait aaoplé la classification d'Arledi; mais, dans la dixième (1758), il changea complètement de système, et créa une méthode ichthyologique nouvelle ; il abandonna les divisions établies par son prédécesseur, sous les noms d'acanlhoptérygiens, de malacoplérygiens , de chondroptérygiens et de branchiostéges. Il tira les caractères d'après lesquels il forma ses divisions, de la présence ou de l'absence des nageoires ventrales, et de leur position relativement à celle des pectorales. Il fit la faute de transporter dans la classe des reptiles, sous le nom d'amphibies nageurs, plusieurs genres qui ne peuvent être séparés des poissons.

Gmelin apporta au système de Linné des modifications importantes, en rétablissant les branchiostéges et les chondroptérygiens ; Klein (1750) , l'adversaire de Linné , Gronow et Brïinnich (1752) proposèrent des classifications qui eurent peu de succès ou de durée. En 1770, Gouan publia un système dans lequel il combina les caractères d'Artedi et ceux de Linné. Son travail l'emporte sur celui de ses devanciers. Scopoli (1777) prit pour base de son système la position de l'anus ; ii lira les caractères secondaires de Gouan et les tertiaires de Linné.

Après ces ichthyologistes méthodistes, les auteurs qui, dans ce siècle» se sont occupés d'ichthyologie sonl très nombreux. Nous citerons, parmi les plus célèbres, Bloch, qui a publié, sur l'histoire générale et particulière dfes poissons, douze volumes in-folio, contenant des descriptions exactes et des figures dessinées avec soin. C'est encore un des auteurs les plus recherchés ; il a suivi le système de Linné. Le troisième vo- (ume du Thésaurus naturœ de Séba est consacré à l'iconographie d'un

^and nombre de poissons des Indes. Louis Renard a publié , en 175^i, une iconographie ichlhyologique des Indes orientales; Cornide, une histoire des poissons de la côte de Galice ; Pana, un travail sur l'ichthyologie du golfe du Mexique. Les faunes iclilhyologiques de Wull'. Fischer ,Birkholz, Seetzen pour l'Allemagne; d'Ascanius pour le Danemark ; deBrimnich pour la Méditerranée ; de Meidinger pour l'Autriche ; de Garden, de Schœpf et de Forster pour l'Amérique du Nord; de Pennant pour tout le nord du globe, méritent d'être citées en raison de leur exactitude.

Conchyliologie. — Dans le cours du siècle précédent , Columna , Lister, Welles et Swammerdam s'étaient occupés de conchyliologie; mais n'avaient laissé que des descriptions isolées et pas de travail d'ensemble. Au commencement du xviii' siècle , Petiver , Sloane et Rumph donnèrent de bonnes observations , et les naturalistes sentirent le besoin de systématiser la conchyliologie. On vit alors (Ylk'i) Guallicri appliquer aux coquilles la méthode de Tournefort, en prenant le test pour base de son système. D'Argenville, Klein, Martini, Cheinnitz, Born, Walch et Knorr, Schrœter, Spengler , etc., suivirent cet exemple. On n'avait pas encore compris la nécessité d'établir la classification des coquilles sur la structure de l'animal ; mais bientôt des essais furent faits dans cette voie : en 17^3 , Daubenton lui à l'Académie des sciences un mémoire sur la nécessité d'étudier les animaux pour former un système complet de conchyliologie; mais il ne présenta pas de classification. En 1756, Guetiard mit ce principe en pratique, et établit certains genres sur le double caractère de la coquille et de l'animal. Réaumur, Adanson, Geoffroy, Mtiller et Pallas appuyèrent ces idées de réformation qui ne furent adoptées qu'à la fin du xviii" siècle; car la classification artificielle de Linné, fondée sur la coquille, fut indistinctement admise par tous les conchyliologisles jusqu'à Bruguière, qui, le premier, essaya pourtant d'apporter une réforme dans les genres établis par Linné.

Nous comptons, parmi les travaux i)articuliers, ceux de Rumph, sur les coquilles de la mer des Indes; de Breynius, sur les coquilles chambrées ; de Deslandes , de Roussel et de Sellius , sur les tarels ; le travail de Mœhring, sur l'animal des moules j les expériences de Duhamel du Monceau sur la pourpre; les observations d'Admann, sur les huîtres ; les travaux importants de Plancus et de Soldani, sur les co(j[uilles microscopiques ; de Ginnani, sur les coquilles marines de l'A'

134 DISCOURS PRELIMILSAIRE.

driaiique, et sur les coquilles terrestres et fluviatlles des environs de Havenne ; de Bohadsch, sur certains mollusques dont il décrit les animaux ; de Geoffroy, sur les coquilles des environs de Paris; de Forskal , sur les mollusques des mers d'Orient ; de Fabricius, sur ceux du Groenland, et d'Adanson sur les coquilles du Sénégal.

^w/omo%t^. — L'entomologie, qui, sous le rapport de l'élude microscopique, avait fait des progrès sensibles pendant le xvii" siècle , prit, dans le xviu*, un essor extraordinaire, et compta dans toutes ses parties des hommes remarquables. Cette période nous offre des observateurs minutieux qui passent leur vie à étudier les mœurs de quelques genres ; et, à côté d'eux, des descripteurs et des méthodistes . on peut donc dire que cette branche de la science lui appartient tout entière. Vallisnieri, Petiver, Hans-Sloane et Albin sont les premiers entomologistes du xviii' siècle. On leur doit des observations et des recueils iconographiques ; mais leurs travaux ne firent point époque. Avec Linné s'ouvre une nouvelle ère pour l'entomologie ; les insectes sont par lui divisés en ordres qui, presque tous, subsistent encore aujourd'hui. Il désigne et caractérise, pour la première fois, d'une manière claire et rigoureuse, les groupes , les genres , les espèces.

Réaumur fut un des observateurs les plus sagaces et celui qui contribua le plus à populariser le goût de l'entomologie. Personne ne le surpassa pour la patience avec laquelle il préparait et suivait ses expériences; maison peut souvent lui reprocher sa prolixité et son profond dédain de toute méthode ; ce qui a rendu plusieurs parties de ses travaux inutiles ; car on ne sait pas toujours à quelles espèces d'insectes les rapporter. On lui doit une foule d'observations curieuses sur les mœurs des insectes , sur leur structure et sur leur industrie, consignées dans ses Mémoires pour servir à T histoire des insectes.

Un de ses con4.emporains, comme lui contempteur des méthodes, est le célèbre Bonnet, de Genève. Observateur aussi minutieux, mais penseur plus profond, il a consigné dans ses nombreux écrits le résultai de ses longues études. On lui doit la découverte de la fécondation des pucerons sans accouplement pour plusieurs générations. Son Traite d'insectologie est d'un grand intérêt; mais il est dans les détails d'une prolixité souvent fatigante.

Nous mettrons sur la même ligne que ces deux observateurs Lyonnet, qui a laissé, comme l'un des monuments les plus admirables de la saga-

cité humaine, son anatomie de la chenille du saule (1760), de beaucoup supérieure aux meilleurs travaux de Swammerdam , surtout pour la niyologie qui était à créer. Toutefois, Lyonnet ayant borné ses études à une seule espèce , son travail n'a pas fait beaucoup avancer la science. Cet auteur avait laissé, sur les métamorphoses des insectes, un grand nombre de notes manuscrites qui ont été publiées, il y a peu d'années, par les soins de M. de Haan, dans les mémoires du Muséum.

Rœsel a donné des observations intéressantes sur les insectes, mais sans aucune méthode. Son ouvrage est accompagné de planches admirablement exécutées pour le temps.

De Geer, entomologiste suédois, l'emporte sur les observateurs que nous venons de citer par son esprit méthodique. On a de lui une classification des insectes, inférieure à celle de Linné, à cause de leur enchaînement peu naturel et de l'attention trop minutieuse qu'il apporte aux modifications de leurs ailes ; mais on lui doit d'avoir séparé les hémiptères des orthoptères, avec lesquels Linné les avait confondus, et d'avoir le premier fait usage des caractères pris de la forme des parties de la bouche, dont il n'a toutefois tiré qu'un parti médiocre.

En 1762, Geoffroy publia la Faune entomologique des environs de Paris^ avec un essai de classification , qui n'est qu'une modification peu importante du système de Linné. Il classa le premier les coléoptères par le nombre des articles des tarses. Ce moyen, plus artificiel que naturel, n'a été adopté en France que parce que Latreille l'a employé dans ses ouvrages; mais il n'est guère en usage ailleurs. Cependant l'entomologie en a tiré un grand parti, et la mélliode tarsienne^ quoique peu naturelle, est encore loin d'être abandonnée.

A ces hommes succéda Fabricius, qui introduisit dans la science une classification fondée sur les caractères de la bouche. Pendant toute sa vie, il poursuivit cette idée, dont l'inconvénient est d'apporter une grande hétérogénéité dans les insectes qui composent la plupart des groupes , par suite de l'unité absolue de caractère, prise pour base du système; mais il n'en a pas moins rendu de grands services à l'entomologie , en faisant connaître tout le parti qu'on en peut tirer.

Fabricius joignit à ces travaux systématiques des traités séparés sur chacun des ordres qu'il avait créés , et décrivit un nombre considérable d'espèces nouvelles. Ses descriptions , habilement imitées de Linné, pèchent cependant par un excès de concision. Il est le seul jusqu'à nos jours qui ait présenté des specîes généraux des divers ordres

d'inseclcs; et, quoique aujourd'hui ses ouvrages ne soienlplus au niveau des connaissanees, ils n'en sont pas moins la base de tout travail descriptif. Ses principaux ouvrages datent des dernières années du xviii^ siècle et des premières du xix%

A ces hommes distingués soit comme classificateurs, soit comme descripteurs, s'enjoignent d'autres qui traitèrent de la science en général, ou publièrent des descriptions et des monographies. M^e Sybille de Merlan est l'auteur d'une iconographie des insectes de Surinam; Frisch a décrit ceux de l'Allemagne ; Wilkes a écrit sur les lépidoptères de l'Angleterre ; Clerck a traité le même sujet dans un ouvrage fort rare aujourd'hui ; Sepp a laissé une faune des insectes de la Hollande; Ladmiral est l'auteur d'un recueil d'observations curieuses sur les métamorphoses des insectes; Scopoli a publié l'entomologie de la Carniole ; Schœffer, celle de Ralisbonne ; Schrank, celle de Bavière; Pallas, l'entomologie de la Russie et de la Sibérie; Laichartinga fait connaître les insectes du Tyrol ; Paykull, les coléoptères de Suède; Illiger, ceux de Prusse ; et, de plus, cet auteur a cherché à combiner le système de Fabricius avec celui de Linné. Denis et Schiffermiiller , en publiant leur catalogue systématique des lépidoptères des environs de Vienne, ont fait faire de grands progrès à l'histoire des papillons.

De toutes parts on publia des faunes entomologiques; chaque pays eut bientôt la sienne; et si la science n'était pas faite à celle époque, tout du moins annonçait qu'elle était près de l'être.

Actinologie . — L'aclinologie resta dans l'enfance jusqu'au xviii* siècle. Tous les botanistes réclamaient les polypiers comme appartenant au règne végétal. Marsigli décrivit la prétendue inflorescence des coraux ; Tourneforl publia, en 1700, un mémoire ayant pour objet d'établir les différences qui existent entre les plantes marines et les plantes maritimes, et il y expliquait la manière dont il supposait que croissent les madrépores. Cependant quelques auteurs commencèrent à entrevoir celle erreur : Rumph démontra, le premier, la nature animale des coraux; mais ce ne fut qu'en 1727 que Réaumur fit connaître à l'Académie des sciences la découverte faite, par Peysonnel, de l'animalité des lilhophyles, en assurant que les piéiendues fleurs du corail, figurées par Marsigli, sont des animaux agrégés, et que les madrépores, les millépores et tous les lilhophytes sont des tests agglomérés, qui semblent servir d'habitation à ces animaux. Toutefois Réaumur n'adopta pas cette opinion, el

publia un mémoire sur la manière dont peuvent végéter les coraux. Linné hésita longtemps à l'adopter, et Shaw décrivit la croissance du madrépore rameux ; mais la découverte des polypes d'eau douce, publiée par Trembley, en 1740, triompha des répugnances des naturalistes, et l'on reconnut que ces polypes sont le type nu des animaux des coraux. En 1742, Bernard de Jussieu constata l'animalité de divers êtres rangés jusqu'alors parmi les fucus, et il adopta le nom de polype pour désigner ces petits animaux. Réaumur finit par se rendre à l'évidence; il reconnut l'exactitude de la découverte de Peysonnel, et créa le nom de polypier, adopté depuis pour désigner la partie solide des zoophytes. Dès ce moment, les polypes furent rapportés à la classe des animaux. Linné suivit l'exemple général ; dans la sixième édition de son Systema naturœ, il comprit les coraux dans le règne animal ; mais il rompit les rapports naturels qui unissent les divers genres des zoophytes, en les séparant par son ordre des vermes testacei.

Le premier auteur systématique est Hill,bien que son travail soit très diffus. Dans les éditions du Systema naturœ, qui suivirent la sixième, Linné fit peu de changements à sa classification première, et laissa les zoophytes parmi les vers. Pallas publia, sur le même sujet, un ouvrage aussi remarquable que tous ceux qu'on doit a cet homme célèbre j ses genres sont bien établis; mais il les a rangés entre eux presque au hasard, et il a laissé les corallines parmi les végétaux. Roques de Maumont , dans son mémoire sur les polypiers de mer, a exposé d'une manière convenable le système de Pallas. Olhon Mùller a également beaucoup contribué aux progrès de la zoophytologie , surtout sous le rapport de l'étude micrographique de ces animaux; et son ouvrage, quoique contenant un grand nombre d'erreurs, est encore regardé «omme classique. Scopoli fit quelques heureuses modifications au système de Linné, sans néanmoins rien ajouter à la science. Blumenbach et Batch firent un essai semblable, quoique moins heureux.

Les auteurs les plus célèbres en actinologie sont : Ellis, dont l'ouvrage , terminé plus tard par Solander , offre de bonnes descriptions Dt d'excellentes figures de polypiers ; Forskal, qui a donné, dans son voyage en Orient, des détails intéressants sur les zoophytes, et qui a fait âonnaître plusieurs genres nouveaux ; Vitali et Donati, qui décrivirent un grand nombre de polypiers; Cavolini, auquel on doit un bon mémoire âur les polypes , travail remarquable sur les madrépores , les coraux , les lithophytes, distribués d'après l'étude des animaux. Esper, Link,

Blanchi, Klein, Boliadsch, les voyageurs Sloane, Brown et Lœffling con tribuèrenl aussi par leurs travaux, tant descriptifs qu'iconographiques, aux progrès de cette science qui, née dans la première moitié du xviii* siècle, avait, cinquante ans après, une forme arrêtée.

Botanique. — Si, dans le cours du xviii^ siècle, la zoologie fit des progrès dans toutes ses parties, la botanique, toujours plus avancée, ne s'arrêta pas, et ses plus grands perfectionnements datent de cette époque.

La physiologie végétale , qui devait son premier essor aux travaux micrographiques de Grew, de Malpighi et de Leinvenhoek, avait encore beaucoup a faire pour éclairer certains points de la vie des végétaux. Le xviii^ siècle ne manqua pas d'observateurs attentifs qui se livrèrent exclusivement à l'élude des phénomènes organiques propres aux végétaux. Woodward constata que les plantes absorbent l'eau ; Wolff vit que les fibres se composent de cellules, reconnut la circulation ascendante et descendante de la sève, et fit voir par des expériences, au moyen de la pompe pneumatique, que les trachées contiennent de l'air.

Haies publia à Londres, en 1727, ssl Statique des végétaux, qui valut à son auteur une réputation justement méritée, par la précision de ses expériences sur la nutrition des plantes, sur les phénomènes de la transpiration et de l'exhalaison, et sur la puissance ascensionnelle de la sève. Les expériences de ce physiologiste ont toujours été fort estimées; tous les auteui^s qui lui ont succédé les ont mentionnées avec éloge.

En 1733, Sarba, plus connu sous le pseudonyme de La Baisse, démontra que la sève monte par le corps /igneux, et non par la moelle et par l'écorce. Duhamel, dans sa physique des arbres (1758) , répéta avec succès les expériences de La Baisse. Guettard, en reproduisant de son côté celles de Haies, reconnut l'influence de la lumière solaire sur la production du phénomène de la transpiration. Ses travaux sur les organes excrétoires ont un grand intérêt. Seligmann suivit la marche de la sève dans les feuilles ; Bœhmer étudia le tissu cellulaire ; Bonnet fit de nombreuses expériences sur l'exhalaison des feuilles et sur leur mode d'absorption. H. de Saussure (1762) multiplia les observations sur l'usage de l'épidcrme des feuilles et des pétales; il enrichit la science d'un fait important, en démontrant que l'exhalaison a lieu par des pores nommés stomates. Martin van Marum (1773) étudia le mouvement des fluides dans les végétaux, et le compara avec ceux des animaux. Corti (1775) observa la circulation dans les plantes

aquatiques. A la même époque, Kœlreuler éclaircit, par de nombreuse? expériences, la théorie de l'hybridité chez les végétaux. En 1780, Priesl- Icy découvrit que les parties vertes des plantes versent dans l'air du gaz oxygène , sous l'influence de l'action solaire. Mustel publia, en 1781, un traité théorique de la végétation; Gleichen et Ludwi g observèrent le pollen; Sennebier, expérimentateur précis et intelligent, fit connaître le résultat de ses observations relativement à l'action de la lumière sur les végétaux. Hedvs^ig, un des plus célèbres botanistes de la fin du wiii" siècle, a enrichi la science de ses immortels travaux sur J'anatomie des cryptogames ; mais il s'est peu occupé des phanérogames.

L'étude de la structure des organes des végétaux et de leurs fonctions, malgré son importance, n'occupait cependant pas aussi généralement les phytologistes que la botanique descriptive et la méthodologie. Nous avons vu qu'à la fin du xvii^ siècle, Tournefort avait établi un système de classification fondé sur certains rapports naturels, et que les défauts de sa méthode viennent de ce qu'il a omis des caractères d'une véritable importance pour leur en substituer qui en ont une beaucoup moindre. Sa réputation fut éclipsée par Linné, qui, non moins célèbre en botanique qu'en histoire naturelle générale, changea la face de cette science. Les uns exaltèrent ses travaux, et cherchèrent jusque dans ses fautes un sujet d'admiration; les autres furent à son égard d'injustes détracteurs. Sa méthode de classification, fondée sur le nombre des organes sexuels, sur les rapports réciproques de ces organes et leur réunion dans un même individu, ou leur séparation çur deux individus différents, est entièrement artificielle; elle a l'inconvénient de séparer des plantes liées entre elles par les plus étroites affinités, de présenter des anomalies dans le nombre des organes pris pour caractère unique, et de comprendre dans une même classe un nombre trop considérable de végétaux. Ce système est pourtant le plus commode, et celui dont l'étude permet à l'élève de rapporter le plus facilement les plantes à des classes déterminées. Il appliqua aux végétaux le même mode de- nomenclature binaire qu'aux animaux , joignait au nom de chaque plante une phrase concise, qui en contient la description succincte.

Quoique Linné ait attaché une grande importance à la propagation de son système artificiel , il regardait la méthode naturelle comme le dernier mot de la science; il en publiait des fragments, l'enseignait à ses plus chers élèves, et professait l'admiration la plus profonde pour Bernard de Jussieu.

140 DISCOURS PRELLMINAIRE.

Haller, aussi habile botaniste qu'anatomisie profond, n'adopta pas le système de Linné, qu'il attaqua avec aigreur; et, comme la méthode naturelle, qui n'était encore qu'ébauchée, ne présentait pas un ensemble satisfaisant, il proposa dans ses ouvrages une méthode particulière, mais dont l'insignifiance est telle qu'elle ne mérite aucun développement.

En 1753, époque du plus grand triomphe de Linné, Adanson établit ses familles naturelles et chercha à délivrer la botanique des classifications arbitraires , pour ne suivre que les indications de la nature. Il divisa les végétaux en cinquante-huit groupes ou familles, subdivisées en seize cent quinze genres qu'il s'efforça de ranger dans un ordre tel que ceux qui commençaient une famille fussent liés par l'analogie à ceux qui terminaient la famille précédente. Ce système, qui semble, au premier coup d'œil, remplir toutes les conditions d'exactitude, a le grave inconvénient de ne tenir aucun compte de la subordination des caractères, en donnant une égale importance à tous les organes, tandis qu'il s'en faut de beaucoup qu'il en soit ainsi. Adanson réforma la nomenclature, mais d'une manière trop arbitraire pour être adoptée. Son ouvrage est conçu sur un plan lai-ge et empreint d'une profonde philosophie; cependant il ne put luôler contre la méthode artificielle de Linné ; et il n'eut qu'un médiocre succès, quoiqu'il puisse toujours être consulté avec fruit.

Le savant et modeste Bernard de Jussieu, qui s'occupait dans la retraite du perfectionnement du système naturel existant déjà en germe dans les bons esprits, et qui le répandait parmi ses élèves, n'eût jamais osé le présenter au public, s'il n'avait été chargé par LouisXV, en 1759, de disposer à Trianon un jardin botanique, qui n'eut qu'une existence éphémère. Cet essai eut peu de retentissement, et la véritable divulgation de la méthode naturelle est due à Antoine-Laurent de Jussieu. Ce dernier rangea, d'après cette méthode, le Jardin des plantes de Paris; il fit paraître, en 1789, le Gênera plantarum ^ immortel ouvrage, qui, suivant le témoignage de Cuvier, a eu la même influence sur les sciences naturelles que les travaux de Lavoisier sur les sciences physiques. Il comprend cent ordres naturels, divisés en quinze classes, et présentant un ensemble de dix-sept cents genres. On a rejeté à la fin, comme incertce sedis, un certain nombre de genres qui n'ont pu trouver plac€ dans les ordres. Ce travail était un résumé complet , quoique succinct, de tout ce qu'on connaissait sur les végétaux à cette époque.

Ludwig contribua puissamment à la réforme de la phylologie. Après la philosophie botanique de Linné, les Institutiones historïœ p/iysi-

cœ regni vegetabilis de Ludwig sont un des ouvrages les plus profonds sur cette science.

J.-J. Rousseau a consacré quelques pages éloquentes à la botanique. Il a voulu ainsi venger cette science aimable du reproche qu'on lui faisait de n'être qu'une nomenclature aride.

Lamarck publia, en 1778, un système dichotomique, au moyen duquel on arrive à la connaissance du nom de la plante, par une série de questions et sans aucune opération complexe de l'intelligence. Ce système fut modifié et simplifié quelques années plus tard par Lestiboudois.

Gaertner publia, en 1789, sa Carpologie, dans laquelle il examina et décrivit avec une patience admirable la structure de la graine et du fruit. Son ouvrage fut d'un intérêt tout particulier pour la méthode naturelle qui tire ses caractères principaux de la structure de la graine, et il jouit encore de toute l'estime des botanistes modernes.

Lamarck et Jacquin s'occupèrent avec succès de botanique descriptive. Le premier rédigea la partie botanique de l'Encyclopédie ; et Jacquin fit paraître un grand nombre de figures de plantes, dessinées avec un talent remarquable. L'Héritier, Willdenow, Cavanilles, Duchesne, etc., publièrent des recueils de descriptions d'une grande exactitude. Michéli, Dillwin, Hedwig, Gmelin, Bulliard étudièrent les cryptogames.

A ces travaux, qui embrassent l'ensemble et les détails de la science, se joignent les flores, plus nombreuses pendant ce siècle qu'à toutes les époques précédentes. Pontedera décrivit les plantes d'Italie ; Giedilsch, celles des environs de Leipzig; OEder, celles du Danemark; Jacquin, celles d'Autriche; Allioni, celles du Piémont; Smith, celles d'Angleterre; Lamarck et De CandoUe firent paraître leur Flore française.

Géologie. — La direction que les éludes antérieures avaient donnée à la pensée eut une influence bien prononcée sur les travaux du xviii" siècle. On s'y occupa beaucoup de géogénie, et la manie des théories cosmogoniques y fut poussée si loin que chaque savant se crut obligé d'en inventer une. Loin d'arrêter cette tendance , les progrès de la géologie, en jetant quelques lumières sur l'histoire primitive du globe , furent, pour les géologues, la cause d'hypothèses nouvelles.

Vallisnieri, qui donna l'un des premiers (1721) une esquisse générale des dépôts marins de l'Italie, fut tellement frappé de la continuité de ces terrains, dans toute cette presqu'île, qu'il arriva à conclure que l'Océan avait primitivement recouvert la terre tout entière pendant un très

long espace de lemps, et que son niveau s'éiaii ensuite graduellement abaissé.

De Maillet publia, en 1735, sous le litre de TelUamed, ses idées sur les révolutions de notre planète. II partit du principe que le globe a été originairement couvert par des eaux marines qui, par leur diminution progressive, formèrent les terrains d'alluvion, et abandonnèrent sur les hautes montagnes les coquilles qu'on y rencontre. Étranger aux idées de soulèvement, ne voyant, dans tous les phénomènes géogéniques, que le résultat de l'action des eaux, il veut que les reliefs du globe aient été lentement accumulés au fond de la mer par des courants chargés de limon , et il ne voit pas d'autres révolutions. Ces explications forcées le conduisirent à des résultats plus extraordinaires encore pour expliquer la présence des plantes et des animaux. Comme il donne une origine aquatique à tout ce qui existe, il voit les végétaux marins, mis à découvert par la retraite des eaux, devenir des végétaux terrestres. Il en est de même des animaux qui, d'après lui, se modifièrent à mesure que changea le milieu dans lequel ils vivaient; ainsi, les poissons, restés à sec sur des roseaux, se métamorphosèrent en oiseaux; leurs nageoires devinrent des ailes et leurs écailles des plumes; tandis que ceux qui étaient restés sur les hauts fonds prirent la forme d'animaux terrestres. Pour appuyer son système , De Maillet ne recule pas devant les exagérations les plus grossières; il accueille toutes les fables, se complaît dans des détails absurdes, et raconte avec une étonnante naïveté les aventures d'hommes marins ou devenus tels par accident; aventures qui occupèrent les esprits ciédules du xviii*' siècle et amusèrent encore notre enfance.

Cet auteur n'est guèi-e , au reste , que le reproducteur du système d'Anaxagore, qui ne voyait dans tous les animaux que des poissons transformés; et ses idées sur le rôle des eaux dans les révolutions du globe sont celles qui ont dominé de tout temps. Scheuchzer, l'un des plus ardents défenseurs des idées diluviennes, chercha à soutenir celte théorie par des suppositions prises en dehoi's de la science. Il rendit cependant de grands services à la géologie, en publiant un catalogue raisonné des fossiles qu'il avait déterminés, quoique souvent d'une manière erronée ; car on y trouve Vhomo dîluvîi testis, reconnu depuis, par Cuvier, pour les restes d'une salamandre gigantesque.

L'habile minéralogiste Henckel essaya, dans sa Pyritulogi (1725), d'expliquer les faits consignés dans la Genèse; mais sa théorie est vide

DISCOURS PhÉLIMINAIRE. 143

ei fausse ; seulement, en sa qualité de minéralogiste, il a donné de bons renseignements sur la direction des filons métalliques.

Lazaro Morro (17^0) est l'auteur d'une théorie géogénique fort ingénieuse. Il admet le soulèvement de montagnes primitives et secondaires par l'action des feux souterrains ; les premières, avant l'existence des êtres organisés ; les secondes, après leur apparition , ce qui explique leur présence sur le sommet de ces dernières montagnes.

Fontenelle reproduisit en partie l'op-inion de Leibnitz dont nous avons parlé plus haut.

Linné, tout positif qu'il était, fit aussi sa cosmogonie; mais son système géogénique porte la trace de l'imperfection de ses études primitives, bornées à l'observation des phénomènes géologiques naturels qui se manifestent en Suède. Il ne connaissait pas suffisamment la disposition des roches et ne pouvait demander de lumières à la minéralogie pour en déterminer la nature. Il admettait l'inondation primitive du globe et la formation des continents par la retraite successive des eaux.

Linné déclare que, malgré toutes ses recherches, il n'a pu découvrir de trace du déluge. Suivant cet auteur, les roches quartzeuses, quelquefois les gneiss, déposées par les eaux, forment l'assise la plus profonde du globe ; puis viennent les schistes , devant leur origine à la destruction des plantes marines accumulées au fond des eaux ; la troisième assise, composée de substances calcaires et de matières animales fossiles, est formée par les mollusques, les zoophytes et les animaux marins; la quatrième est encore de nature schisteuse ; la cinquième est formée de roches dures , composées de parties hétérogènes , réunies par un ciment; la sixième et la septième, de nature siliceuse ou argileuse, ont recouvert les débris animaux et constitué les vastes plages marines sur lesquelles s'accumulent les fucus, dont la destruction forme la terre, quand ils sont pulvérulents, et les roches quand ils sont réunis par ua ciment. Ses idées théoriques ont beaucoup influé sur sa classification des minéraux. On reconnaît dans ce système, en le comparant à celui de Buffon , la différence de méthode qui séparait ces deux grands hommes, Linné toujours analyste, Buffon synthétiste audacieux.

Ce dernier, chez lequel la fécondité de l'imagination s'unissait à une grande puissance de déduction , ne put résister au désir de créer une théorie géogénique , et il écrivit ses Époques de la nature; tonceplion liardie , souvent juste , cl monument précieux de littérature. Il admet que notre planète , détachée du soleil dans un état d'incandescence ,

s'aplatit sur les pôles , pendant sa période de fluidité, et que, s'élant peu à peu refroidie, elle se couvrit d'eau par suite de la condensation des vapeurs que finirent par absorber les cavités intérieures. Après quarante-trois mille années de refroidissement qui n'éteignirent pas le feu central , mais qui recouvrirent le globe d'une croûte possédant une chaleur tempérée, les végétaux et les animaux se produisirent à sa surface. Vinrent ensuite les formations secondaires. Pendant cette longue période eurent lieu de nouvelles révolutions et les reliefs du globe se formèrent. Les courants, les éruptions volcaniques et d'autres phénomènes déterminèrent les montagnes, creusèrent les vallées et donnèrent lieu aux différents mouvements de terrain. Buffon n'a point admis la théorie de la formation des montagnes par soulèvement ; il pensait que toutes les causes modificatrices de la surface du globe se produisaient au sein des mers, dont le déplacement laissait à la nature organique le moyen de se développer. Un des principaux mérites de Buffon, comme géologue, est d'avoir inspiré le goût de celte science par le charme répandu dans ses écrits.

Vallerius, compatriote et contemporain de Linné, admet que les inégalités de la surface du globe sont dues à l'action du déluge et à la puissance érosive des eaux.

Guettard dressa le premier, en 1746, des cartes géologiques, destinées à représenter la nature des terrains. Il divisa la terre en trois bandes : la bande schisteuse, correspondant aux formations primitives et intermédiaires ; la bande marneuse comprenant nos terrains secondaires ; et la bande .sublo/ineuse ou formation tertiaire. On lui doit les premières études attentives du bassin parisien.

Needham (1769) admet la formation, par soulèvement, des montagnes dont les couches étaient originairement horizontales, et il trouve une preuve de leur o-rigine neptunienne dans la présence des corps organisés qui s'y rencontrent.

Sulzèr attribue les diverses modifications de la surface du globe à des cataclysmes successifs dont l'un, qui eut lieu à l'époque où la nature était organisée, est le déluge universel.

Rouelle, dont les opinions géogéniques nous ont été transmises par Desmarest, son disciple, a divisé l'écorce du globe en deux groupes, qu'il appelle l'ancienne et la nouvelle terre, séparées par un massif intermédiaire composé des masses argileuses et schisteuses, au sein desquelles il place les houillères. Dans le premier se trouvent le gra-

DISCOURS PRÉr.IMINAiRE. I45

niie, le gneiss, etc. ; dans le second, il place les divers dépôts calcaires marneux, argileux, quarlzeux, elc. , divisés depuis en terrains secondaires et tertiaires. Cet habile chimisle possédait des connaissances paléontologiques assez exactes; il avait remarqué que la plupart des empreintes des végétaux qui se trouvent dans les houillères n'ont leurs analogues que dans des climats éloignés. Voyant qu'il en était de même pour les débris d'éléphants et d'une multitude d'autres mammifères qu'on trouve dans les terrains diluviens, il crut pouvoir en conclure c déplacement graduel de l'axe de notre planète,

La théorie de Lehmann (1759) est à peu près celle de Rouelle; mais ine erreur de ce géologue est d'avoir cru que, de l'étude géognostique jcs montagnes du Harz et de la chaîne de l'Erzgebirge , il pouvait déduire la structure de toute l'écorce du globe.

Michell, Whitehurst et Kier firent des études géologiques attentives sur les diverses formations des Iles Britanniques. On doit aux deux derniers des travaux intéressants sur les calcaires carbonifères.

Robiquet (1761), dépourvu de connaissances scientifiques, tenta d'expliquer la formation de l'homme comme fin dernière de la nature ; il emprunta une partie de ses idées à De Maillet, et les accompagna des extravagances les plus puériles.

En 1772, Bergmann, neptunien comme presque tous les géologues de son époque , exposa avec une grande justesse d'observation , dans sa géographie physique , les changements successifs que la terre a éprouvés depuis sa solidification. Il connaissait un grand nombre de faits relatifs à l'histoire paléontologique du globe.

La Théorie de la terre, publiée par Hutton, en 1785, eut une grande influence sur la géologie. Cet auteur repoussa une partie des hypothèses qui attribuaient à l'eau l'origine de certaines roches ; il expliqua par l'action du feu central, non seulement la formation d'une foule de roches et de minéraux, mais aussi celle de nos continents, qu'il considère comme soulevés du fond des eaux. Les raisonnements de Hutton ont souvent une grande solidité ; mais quelquefois aussi ce géologue se perd dans les hypothèses ; ce qui détruit l'impression favorable produite par ses assertions sérieuses. Il fut le chef de l'école des vulcanistes.

A ces géologues succéda Werner, dont le système éclipsa ceux qui ^'avaient précédé. En 1787, il publia sa théorie qui, jusqu'en 1796, reçut de grands perfectionnements. Il distingua, comme Lehmann, les terrains en plusieurs époques: il appela jor//nîV/7À- ou à filons, les terrains

granitiques; secondaires ou à couches, les terrains stratifiés d'origine plus récente et présentant des restes organiques. Plus tard, il désigna, sous le nom de terrains intermédiaires ou de transition , des dépôts intercalés entre les terrains primitifs et secondaires, et présentant certains caractères particuliers. Il eut, comme Lehmann, le tort de croire que les montagnes du Harz offrent le type de toutes celles de la terre, et il tomba dans l'erreur opposée à celle d'Hutton , en attribuant toutes les formations au fluide aqueux; d'où le nom de neptunistes donné à ses disciples.

Werner dut son influence à la forme arrêtée de son système, et surtout au talent avec lequel il enseigna à déterminer la composition minéralogique des roches; mais, comme tous les hommes à conceptions élevées, il inspira à ses disciples, non pas cette vénération indépendante qui doit caractériser les vrais savants, mais l'admiration fanatique qui préconise jusqu'aux plus grossières erreurs. Ce servilisme scientifique nuisit beaucoup aux progrès de la géologie.

De Saussure et Pallas, dont l'un explora les Alpes et l'autre les monts Ourals et la Sibérie, contribuèrent aux progrès de la science par leurs nombreuses observations. Ils s'accordèrent à reconnaître la formation des montagnes par l'action du feu ou des autres fluides élastiques, qui, renfermés dans l'intérieur du globe, en soulevèrent la masse.

On voit, malgré la diversité des théories géogéniques de cette époque, qu'à mesure que nous approchons du xix^ siècle, les systèmes acquièrent quelques degrés de certitude de plus, et que les théoriciens, même les plus hardis, ne se croient pas dispensés de l'observation ; aussi les progrès de la géologie se trouvèrent-ils préparés par la nombreuse collection de faits que nos pères avaient amassés.

Minéralogie. — La minéralogie , cette compagne inséparable de lu géologie, existait à peine au commencement du xviii^ siècle. Son caraciîère purement descriptif, favorisant peu les hypothèses , n'avait au cun attrait pour les créateurs de systèmes ; mais on reconnut bientôt les étroites relations qui l'unissent à l'étude des masses inorganiques, et lej> recherches, dirigées dans cette voie, amenèrent d'heureuses découvertes. Ce fut alors que parurent les premiers essais tentes pour systématiser cette science ; essais qui allèrent toujours en se perfectionnant.

Bromel (en 1730) fut le premier des auteurs méthodiques qui divisa les minéraux d'après leurs caractères pyrognostiques, combinés avec

DISCOURS PRéLIMINAIRE. l47

leurs caractères extérieurs. Quelques années après, Linné, qui porta le même esprit d'investigation sur toutes les branches des sciences naturelles , introduisit , dans la classification des minéraux , l'importante considération de la forme cristalline. Malgré l'imperfection de son système, qui tient à la nature de ses idées cristallogéniques, il peut être considéré comme l'un des fondateurs de l'école géométrique, qui a pris un développement si marqué vers la fin du xviii* siècle. Déjà, cependant, Sténon et Capeller avaient émis, sur les cristaux, des idées dignes de fixer l'attention des physiciens.

Le mode de division proposé par Bromel fut adopté, à quelques modifications près, par Cramer, Waltersdorff, Gellert, Cartheuseret Wallerius. L'ouvrage de ce dernier atteste un véritable progrès, sous le double rapport du choix des caractères et de la précision de la nomenclature.

L'élan était donné, et la minéralogie allait enfin sortir de l'enfance. En 1758 commença pour celte science une nouvelle période : Cronstedt eut recours à un principe de classification inconnu jusqu'alors, auquel il subordonna tous les caractères ; le premier , il prit en considération la composition élémentaire des minéraux ; il fut suivi dans cette voie p. . ■ Bergmann, de Born et Karsten. Après lui, Kirwan, Wenzel et Bichter firent sentir la nécessité de déterminer avec soin les proportions des éléments. Buffon (1755), qui répandait tant de charmes sur les sujets les plus arides, s'occupa aussi de minéralogie ; mais l'élat peu avancé de la science ne lui permit pas de s'élever à la même hauteur que pour les autres branches de l'histoire naturelle.

En 1774, Werner, le célèbre fondateur de l'école de Freyberg, entreprit de ramener à des principes réguliers la détermination empirique des espèces minérales, et il en définit les caractères extérieurs avec une précision inconnue avant lui.

Vers le même temps, Bomé de Lille publia son Essai de crtstallogi'aphie,- dans lequel il établit le principe de la constance des angles dans les cristaux, et celui de la dépendance mutuelle des formes cristallines dans la même espèce. En 1779 et 1780 , Monnet et Fourcroy établirent chacun une classification des minéraux, fondée sur leur composition chimique Daubenton (1784) essaya un système de cristallisation qui fut bientôt oublié. Haùy, son élève, le véritable créateur de la cristallographie, fut plus heureux; il fit concourir à la distinction des substances minérales les caractères géométriques, physiques et chimiques; il donna le premier une définition rigoureuse de l'espèce mi-

J/'lS DISCOURS PUÉMMINAIKE.

néralc ; et la science eut des lois pour diriger sa marche, des règles fixes, des principes solides ei inconlesiables.

Lef) études sérieuses auxquelles se livrèrent les minéralogistes, guidés clans leurs recherches par les lumières de la chimie, firent chaque jour décotvrirde nouvelles substances; ainsi, en 1723, Brandi avait fait connaître l'arsenic , et Wood , le platine ; en 1730 , Delnyard découvrit le tungstène; Grégor, le titane; Millier, le tellure; Hielm, le molybdène; Bergmann , la magnésie et la baryte ; Richter essaya de déterminer la saturation des acides et des bases.

On voit, par ce rapide exposé des vastes travaux du xviii'^ siècle, que l'esprit humain, se dégageant peu à peu de ses entraves, n'était plus enchaîné, comme dans les siècles précédents, par l'autorité des maîtres de la science; que la parole desHaller, des Linné, des Buffon, quelque puissante et quelque respectée qu'elle fîic, ne pouvait plus arrêter le progrès, et que chaque jour une découverte , une révision nouvelles, apportaient, dans les systèmes les plus goûtés, des modifications tantôt îieureuses, tantôt simplement hardies, ou les renversaient sans pitié. Le xviii* siècle a donc ouvert aux sciences la voie de la vérité, et Je XIX* n'a pas déserté les larges routes qui lui étaient frayées.

£tat des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'à nos jours.

Les doctrines philosophiques du xvin^ siècle, l'indépendance née de l'esprit d'observation, affranchi du joug de toute autorité que n'avouait pas la raison, avaient répandu partout une vague inquiétude, avantcourrière d'une crise prochaine. Les éludes générales n'absorbaient plus l'attention des esprits méditatifs; chacun prenait part aux agitations de la politique, comme, dans le siècle précédent, les savanis avaient mêlé à leurs travaux de vastes questions sociales. Cette sourde fermentation devenait sans cesse plus active. D'un côté, mouvement, agitation; de l'autre, compression, résistance. De ce choc d'intérêts ei <î*opinions résulta la plus grande commotion politique qui ait ébranlé le

D1SC01;RS PRELIMINAIRE. ].jg

monde. La révolution française portait dans son sein le germe de la guerre, et bientôt toute l'Europe fut embrasée. Pendant près de vingt-cinq ans, il y eut dans les sciences une perturbation violente. Le commerce entre les savants fut interrompu , les communications des peuples perdirent tout caractère pacifique, les souverains n'eurent plus le loisir de s'occuper de science , et tous les esprits parurent agités du souflïe révolutionnaire, qui se mêlait môme à la vie intime. Les savants étrangers se trouvèrent d'abord dans une position plus favorable que les savants français; mais bientôt la science, plus puissante chez nous que tous les obstacles, anima de son esprit des hommes dignes d'elle.

Au milieu de la tourmente, à l'époque où l'Europe entière armée contre nous semblait avoir concentré l'énergie nationale dans le sentiment exclusif de la défense, les sciences trouvèrent encore des représenlanls que n'effrayèrent ni le tumulte des armes, ni la vie des camps, ni les hasards d'une lutte acharnée. Nous voyons notre glorieuse expédition d'Orient devenir une nouvelle occasion d'études. Des géographes , des astronomes , des naturalistes, se pressent à l'envi sur les pas de nos guerriers. Savigny, Geoffroy Saint-Hilaire, Cordier, Delille, dressent l'inventaire des richesses naturelles de l'Egypte. Des expéditions loinlaines ont lieu dans le même but : d'Entrecasteaux vole à la recherche de l'infortuné La Pérouse, et La Billardière rapporte de ce voyage des plantes et des animaux nouveaux; Baudin visite les Antilles, la Nouvelle- Hollande et l'archipel indien; et, grâce au zèle infatigable de Pérou et de Lesueur, ce voyage ne reste point stérile pour la science ; Bosc visite l'Amérique; Bernardin de Saint-Pierre, l'Ile-de-France; Olivier, le Levant; Palisot de Beauvois , la Guinée et Saint-Domingue; Poiteau et Turpin explorent aussi cette dernière colonie; Desfontaines et Poiret parcourent la Barbarie ; Levaillant et Delalande, l'Afrique et le Cap ; La Billardière, la Syrie; Michaux, Cayenne et l'Ile-de-France; Sonnerat Commerson et Dombey enrichissent nos musées du fruit de leurs pénibles recherches. Les étrangers ne nous le cèdent pas en activité : les Portugais Loureiro et Vellozo visitent, l'un la Cochinchine, l'autre le Brésil; les Espagnols Ruiz et Pavon , le Chili et le Pérou ; Mocéran, le Mexique. Les Anglais, mettant à profit leur puissance, visitent leurs vastes colonies dans un intérêt scientifique ; Roxburgh parcourt l'Iade ; jMasson, le Cap ; Smilh et Shaw, la Nouvelle-Hollande, si riche en animaux inconnus.

Les résultats obtenus par les divers voyages antérieurs, l'accumula-

150 DISCOURS PRÉMMINAIRK.

lion des trésors dont nos musées sont le vasie dépôt , le goût toujours croissant des sciences naturelles, excitent le zèle des voyageurs. Différentes contrées sont plus soigneusement explorées. L'Amérique septentrionale est successivement parcourue par le prince Paul de Wurtemberg ; par les Français Milbert , Lesueur, Michaux , de la Pylaie, Charles Bonaparte ; parles Anglais Lyon, Franklin , Richardson, Sabine; par les Américains Mitchill , Lewis , Clarke , Harlan , Bertram, Say et Wllson, qui s'avancent jusque dans les parties les plus reculées de ce continent.

Rengger visite le Paraguay, que la jalouse défiance du docteur Francia ferme aux voyageurs ; Bertero et Jurieu explorent le Chili ; Aug. Saint-Hilaire , Spix, Martius, Pohl, le prince de Neuwied , le Brésil de Humboldt , Bonpland , Boussingault , Boulin , Alcide d'Orbigny Lacordaire, Pœppig, parcourent les nouvelles républiques de l'Ame lique méridionale; Descourtilz, Moreau de Jonnès, Lachesnaye, Pley Ricord et Poey nous font connaître les richesses naturelles des Antilles

Russel, Buchanan, Baffles, Leschenault, Diard, Duvaucel, Jacquemont Dussumier, Ad. Delessert , visitent les Indes , Sumatra , les îles de la Sonde; Blumhofet Siébold, le Japon; Reinwardt, Blum , Kuhl , Van Hasselt, affrontent le climat mortel de Java. Ehrenberg, Hemprich, Rûppel et Schimper choisissent l'Egypte, la Nubie, i'Abyssinie, la Syrie, l'Arabie, pour théâtre de leurs explorations scientifiques; Mungo-Park, Denham , Clapperton , Caillé, pénètrent dans l'intérieur de l'Afrique; Webb et Berihelot visitent les Canaries ; Durville et Gauthier, les côtes de la mer Noire. Le vaste empire de Russie est parcouru par Klaproth , Parrot , Fischer et Vrangel. Ehrenberg et Rose explorent, en compagnie de de Humboldt, les régions de l'Oural et de l'Altaï.

A chaque expédition s'attachent des naturalistes. Des explorations scientifiques sont même organisées par les gouvernements. Krusensiern et Kolzebue font les premiers voyages de circumnavigation entrepris par la Russie , et sont accompagnés par Tilesius et Chamisso ; Parry , Ross^ Back, visitent les mers arctiques; Freycinet, Duperrey, Dumont d'Urville, Laplace, accompagnés des naturalistes Quoy, Gaimard , Gaudichaud, Garnot, Lesson, Eydoux, nous font successivement connaître, avec plus de détails, les îles de l'Océanie , découvrent de nouvelles terres et rapportent de précieuses collections d'histoire naturelle.

En 1829, une commission scientifique parcourt la Morée. Quelques années plus tard, le voyage de circumnavigation delà Bonite fournit à

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Eydoux, Souley, Gaiidicbaud et Chevalier, l'occasion de recueillir d'importantes observations sur les trois règnes et de rapporter de nombreuses collections. Nos nouvelles conquêtes d'Afrique, explorées en premier lieu par le capitaine Rozet et , plus tard , par Maurice Wagner, sont visitées en ce moment par une commission scientifique. Dumont d'Urville et Dupetit-Thouars reviennent riches d'abondantes récoltes de leur dernier voyage au pôle austral ; et à peine deux ans se sont écoulés depuis qu'une expédition a visité, sous la direction de Gaimard, l'Islande, le Groenland, les îles Féroë et la Scandinavie.

Parmi ces nombreux voyageurs , à qui nous devons de si précieuses découvertes, on compte un grand nombre de martyrs. Delalande meurt à Madagascar ; Godefroy, à Manille ; Noël de La Morinière , en Norwége; Bowdich, sur la Gambie; Mungo-Park sur le Niger; les cendres de Kuhl et de Van Hasselt reposent dans l'île de Java ; Duvaucel, Jacquemont et Roux sont dévorés par le climat brûlant de l'Inde; Pley, Leschenault, Eydoux et d'autres encore périssent victimes de leur zèle. Honneur à leur mémoire ! Leurs noms ne périront pas ; ils figureront glorieusement dans le martyrologe de la science.

L'analyse des travaux de ce siècle, quelque rapide qu'elle soit, nous forcera d'entrer dans des détails que nous avons dîi négliger en parlant des époques antérieures. Nous parlerons moins des hommes qui, depuis quarante années, enrichissent la science du fruit de leurs laborieuses recherches , que de l'état des connaissances actuelles , afin qu'on puisse mieux apprécier les résultats obtenus par quatre siècles d'études sérieuses.

Astronomie, — Les progrès de l'astronomie ne dépendent plus aujourd'hui, comme ceux des autres sciences, de nombreuses et fréquentes découvertes, appuyées sur des théories se renouvelant sans cesse. Ses bases ont été irrévocablement posées ; et toutes les recherches, toutes les observations, ne sauraient plus tendre qu'à les confirmer; aussi l'étude des phénomènes restés sans explication, celle des mouvements anomaux vdes corps célestes est-elle l'objet spécial et presque exclusif de tous les efforts. Le système de Copernic , vérifié par les travaux de Galilée, de Kepler, de Newton, d'Êuler, etc., avait atteint, au commencement du XIX* siècle, un degré de certitude qui ne laissait de place à aucun douie ; l'astronomie mathématique se perfectionnait chaque jour. En 1789, Laplace publia sa mécanique céleste; et, en 1800, son système du

monde. En 1801 , Piazzi découvrit Cérès ; Olbers, en 1803, aperçut Pallas; en 1807, Vesta; en 1811, Harding signala Junon. Ces découvertes, paraissent avoir complété le système des planètes qui gravitent autour du soleil.

Les différents arcs du méridien, mesurés en France, en Angleterre, au Pérou, au cap de Bonne-Espérance , aux Indes-Orientales et en Pensylvanie; les perpendiculaires à la méridienne, imaginées pour arriver au même but, l'observation des irrégularités du mouvement de la lune, la comparaison des variations locales de la longueur du pendule , ont fait connaître que la figure de la terre se rapproche d'un ellipsoïde de révolution autour de l'axe qui passe par les pôles ; l'un des avantages pratiques de ces travaux est d'avoir fourni la base du système métrique.

Les comètes que Newton et Halley avaient ramenées aux conditions générales du système planétaire ont été étudiées de nouveau par Laplace. Olbers a donné un catalogue complet de celles dont on a pu calculer la marche, et qui sont aujourd'hui fort nombreuses, par suite des découvertes récentes. Néanmoins il n'y en a que trois, celles de Halley, d'Enke et de Gambart, dont on puisse prédire le retour avec certitude. On doit à M. Lambert, géomètre prussien, et à M. Cournot, des recherches curieuses sur la distribution des comètes dans l'espace. M. Valz a reconnu que le diamètre de la comète à courte période allait en diminuant à mesure qu'elle s'approchait du soleil ; M. Arago , dont les études ont embrassé toutes les parties de la science , a composé sur les comètes une notice pleine d'intérêt.

Plusieurs astronomes ont dressé des catalogues d'étoiles bien supérieurs à ceux des anciens ; mais, jusqu'à ce jour, on a vainement essayé d'en déterminer la parallaxe. Leur mouvement, découvert par Halley, avait d'abord été considéré par MM. Herschel et Prévost comme dénué de réalité; mais ce point de la science a été mis hors de doute par MM. Piazzi, Bessel-Slruve, Argelunder et par tous les observateurs modernes. Les travaux importants de Bradley sur les étoiles ont servi à M. Bessel de Kœnigsberg à établir un des meilleurs catalogues que nous possédions. MM. Piazzi, Herschel, Slruve et South ont étudié avec succès les étoiles composées, et réuni sur ces astres une longue série d'observations. Le catalogue d'Herschel, continué par son fils, contient l'énuméraiion de 2500 nébuleuses. M. Arago a présenté , il y a un an, une théorie fort ingénieuse pour expliquer la scintillation des étoiles. MM. Arago, Mathieu et Bessel ont calculé la distance de

DISCOURS PRËUMINAIRE. I53

l'étoile du Cygne à la terre ; et ils ont trouvé que sa lumière met dix ans pour arriver jusqu'à nous.

Le globe lunaire a été l'objet d'observations pleines d'intérêt. Lagrange a découvert la cause physique qui fait que la lune nous présente toujours la même face ; MM.Olbers, Brandes, Rode, Lamarck, ont étudié son influence sur notre planète ; M. Schrœter a mesuré la hauteur de ses montagnes, que M. Êlie de Beaumont a essayé de classer comme il l'a fait pour celles de la terre; MM. Riccioli et Gruithuisen ont observé la configuration de cet astre avec une patience infatigable, et M. Béer en a donné une des meilleures cartes.

M. Schrœter a étudié Vénus, dont la surface est hérissée de montagnes élevées. Mercure l'a été avec le même soin. Les astronomes romains ont cru remarquer plusieurs anneaux autour de Saturne. Il reste à vérifier si ce fait est réel ou si ces anneaux multiples ne sont effectivement que des zones noires placées sur la masse de l'anneau.

Les étoiles filantes occupent depuis quelques années l'attention de nos astronomes. On a remarqué que ces phénomènes sont plus fréquents à certaines époques, surtout au 10 août et du 10 au 13 novembre. M. Erman, de Berlin, explique les étoiles filantes par la présence d'une multitude de petits bolides circulant autour du soleil, et ne devenant visibles qu'au moment où ils s'enflamment , en pénétrant dans notre atmosphère. Cette théorie n'est pas généralement admise, et l'on y fait plusieurs objections auxquelles il est difficile de répondre.

Il reste à l'astronomie à nous apprendre , comme fait d'observation directe , si Uranus est la limite de notre système planétaire , s'il n'existe rien au-delà; et^ comme résultat d'études plus profondes, si les théories d'Herschel sont confirmées par l'observation, et si la force qui enchaîne les globes dans l'espace est le résultat d'une impulsion première ou d'un fluide universellement répandu; mais, arrivée à ce point, c'est à la physique que l'astronomie doit avoir recours pour trouver ''explication de ces derniers phénomènes.

Météorologie. — La météorologie est la branche des sciences physiques qui laisse le plus à désirer, et celle dans laquelle les lacunes sont les plus nombreuses. L'étude des phénomènes atmosphériques a, de tout temps, été pour l'homme d'un hauî. mtérêt; et, quoique les premières observations remontent à une époque fort reculée , il règne encore dans plusieurs parties une obscurité profonde ; certains météores ne

sont même pas mieux connus que du temps d'Aiislole. Les faibles progrès de cette science ne proviennent pas Je l'indifférence qu'elle inspire, mais des difficultés qui l'entourent, et, le plus souvent même, de l'impuissance des moyens d'exploration.

Toutes les parties de la météorologie ne présentent pas les MÔmes difficultés; ainsi les observations barométriques, thermométriques, et celles du magnétisme terrestre , se font avec succès ; mais la mesure précise des vapeurs contenues dans l'atmosphère attend encore un instrument exact, et les météores ignés n'ont été que très imparfaitement étudiés. Dans ces derniers temps, on a institué en Europe des observalions réglées; des correspondances se sont établies entre les observateurs ; on peut donc espérer que la météorologie, sortant enfin de l'en, fance, pourra diminuer le mal que causent les intempéries des saisons et les désastres qu'entraînent avec eux les ouragans et les tempêtes.

MM. Leslie, Fourier, Brewster, Arago, Cordier, de Humboldt, Prévost, Six, Legrand et Walferdin , ont recherché les lois de la température dans les diverses régions , à différentes hauteurs , et jusque dans les profondeurs de la croûte terrestre et des bassins des mers.

Depuis Bacon jusqu'à Horsburg, la théorie des vents réguliers a été bien étudiée et bien établie. D'Alembert, Ramond, Dunbar, MM, de Humboldt, Bouvard, Morin, Capper, etc., se sont occupés de cet intéressant sujet; mais il n'en est pas de même des bourrasques et des rafales qu'on a voulu à tort expliquer par des changements de température, qui ne produisent que les vents réglés, les brises et les moussons. Une telle cause ne peut convenir à ces coups de vent, dont la brusque énergie est précédée et suivie d'un calme presque complet, pour reparaître soudainement, après quelques instants de repos ; elle ne peut pro duire ces grains blancs dévastateurs , dont la subite apparition ne laisse pas même le temps de carguer les voiles d'un navire. M. Peltier a commencé à publier sur ce sujet une suite d'observations et d'expériences, au moyen desquelles il rattache la cause de ces actions brusques et capricieuses à la puissante tension électrique des masses de vapeurs opaques ou diaphanes qui nagent dans l'espace.

Les météores aqueux ont été observés par MM. DaltonelGay-Lussac, qui ont déterminé les lois des vapeurs. M. Daniel, en étudiant les lois de l'évaporation dans l'air, a cherché à appliquer les résultats de ses observations à l'horticulture.

MM. Howard, Th. Forsicr et divers autres on' classé les nuages

d'après certaines formes qu'ils revêtenl. MM. Leslie, Dallon, et surioiil II. Davy, onl donné une bonne théorie des brouillards. MM. Dallon et Bouvard se sont occupés des quantités d'eau pluviale qui tombent sur différents points, et M. Kœnilz a rassemblé les résultats de ces observations dans sa Méle'orologie.

De toutes les théories de la grêle, c'est celle de Volta qui résista le plus au temps, quoiqu'elle ne put répondre d'une manière satisfaisante ni à la cause du froid, ni à la formation des épines ou des crêtes des grêlons, ni au bruit qui précède leur chute. M. Peliier ayant rempli ces lacunes, celte théorie rend compte maintenant de toutes les parties du phénomène.

Malgré les expériences contradictoires de de Saussure, de Gulhrie et d'Erman, on persistait à considérer l'air comme le réceptacle d'une quantité prodigieuse d'électricité, lorsque M. Peliier est venu démontrer que, sous un ciel serein, on n'obtenait qu'une électricité d'influence transitoire et non permanente, dans laquelle la terre jouait le rôle d'un corps chargé d'une puissante éleclriciié négative. Depuis Volta, Laplace et Lavoisier, on avait pensé que l'électricité des nuages provenait d'une évaporation spontanée à la surface du globe ; cette hypothèse régnait sans contrôle, malgré l'observation judicieuse de Gulhrie; mais M. Peliier a fait voir que la vapeur produite par une température au-dessous de 110 degrés, ne s'échappe pas assez promplement pour conserver de l'électricité libre, et que celle qu'on trouve dans les nuages est emportée par les vapeurs, lorsqu'elles se forment sous l'influence de l'électricité positive de l'espace, et de l'électricité négative du globe terrestre.

C'est le D" Wells qui a donné la véritable théorie de la rosée, fondée sur les lois du rayonnement de la chaleur.

M. Arago a jeté beaucoup de jour sur un grand nombre de ces questions, et le magnétisme terrestre lui devra une partie de ses progrès, ainsi qu'à MM. Hansteen, Biol, Duperrey et Gauss. Les expériences de ce dernier ont constaté que le fluide magnétique est dans un état con^ slant et incessant d'agitation, ce qui en rend l'étude difficile. - Les halos, lesparhélies, les couronnes, ont été étudiés par MM. Leslie, Young, Wollaslon, Frauenhœfer, Babinet, Arago ; les phénomènes du mirage ont élé complètement éclaircis par les observations de Monge, dans la campagne d'Egypte. M. Chladni a fait de fort beaux travaux sus les aérolilhes, et M. ÎMoreau de Jonnès, de nombreuses recherches sur les

ouragans, les tremblemenls de terre, et sur le résultat des déboisements. Les ouragans sont, dans ce moment, uû grand sujet de discussions entre MM. Bâche, Redfield, Espy, Pellier, etc.; mais ce sujet présente de telles difficultés, qu'on ne peut encore entrevoir l'époque de sa solution.

Physique. — La physique, suivant l'impulsion que lui avait imprimée le xviii* siècle, n'est point demeurée siationnaire. Quelques génies privilégiés ont pu seuls, il est vrai, en embrasser le vaste ensemble ; mais la plupart des savants, en en étudiant les diverses parties, ont recueilli de nombreuses observations et reculé les limites de la science.

L'étude des propriétés générales des corps a fait de grands progrès ; les lois en sont mieux connues et les théories établies sur des bases plus solides. Depuis le commencement de ce siècle, d'immenses recherches ont été faites pour trouver l'explication des phénomènes qui se reproduisent à chaque instant sous nos yeux. Nous voyons Laplace étudier la physique générale; après lui, MM. Lehot, Dubuat, Bossul, Prony, se livrent à l'étude de l'écoulement des fluides; Coulomb explique les propriétés des corps, appelées élasticité, ressort, vibration, ébranlement ; M. Brunacci publie un travail sur la théorie des tubes capillaires ; M. Girard calcule la résistance des cylindres creux métalliques, et recherche la loi de l'écoulement uniforme de l'air atmosphérique et de l'hydrogène, dans des tuyaux de conduite. M. Navier donne un mémoire sur la flexion des lames élastiques, théorie d'une application si importante dans les arts; plus tard, il fait connaître le résultat de ses recherches sur la résistance de diverses substances à la rupture causée par une tension longitudinale. M. Vicat publie ses observations sur la rupture des corps ; et aux deux résistances admises par les physiciens, il en ajoute une troisième , qu'il appelle résistance iransverse. Poisson se livre à des recherches sur l'équilibre et le mouvement des corps élastiques; M. Morin étudie le frottement et Je choc des corps. MM. Savary, Cauchy et Ampère nous donnent des idées nouvelles sur leur constitution intime; MM. Poncelet et Piobert font de nombreuses expériences sur la mécanique.

L'acoustique, créée par Bacon de Vérulam, qui découvrit la propagation et la réflexion du son, sans en connaître la loi, a reçu d'Eu- 1er sa forme actuelle. MM. Cagniard-Latour , Chladni , Paradisi , Cftlrsted, Delaroche , Biot et Savart, s'en sont beaucoup occupés; mais c'est principalement ce dernier qui l'a enrichie d'une foule de recher-

elles qui recUfienl les théories, el établissent sur des bases mieux constatées cette branche encore si neuve de la physique.

L'optique , quoique moins connue , a fait d'immenses progrès. La théorie des ondulations , créée par Huyghens, perfectionnée par Her^ schel, Laplace, MM. Younget Fresnel, confirmée par les expériences des plus habiles physiciens , l'a emporté sur celle de l'émission, à laquelle la théorie des interférences et celle des équivalents optiques, établie par M. Arago, a porté le dernier coup. La coloration des corps, opposée comme une objection au système des vibrations, paraît expliquée d'une manière satisfaisante par M. Young, qui l'attribue à l'inégalité de propagation des ondes dans les corps imparfaitement élastiques.

Les physiciens qui ont succédé à Newton ont donné une grande attention à la décomposition de la lumière TDianche par le prisme, et ont bien déterminé le rapport de la longueur des ondulations dans chaque couleur. M. Wolïaston a étudié les propriétés chimiques des rayons lumineux, el M. Frauenhœfer les lignes transversales qui les coupent. MM. Herschel et Leslie ont pensé que les rayons calorifiques correspondaient au rayon rouge et les rayons chimiques, au rayon violet ; mais les beaux travaux de M. Melloni ont fait voir que ie maximum de chaleur varie avec la source et la substance du prisme.

C'est à la puissance des rayons chimiques qu'on doit \sl photographie (fixation des images par la lumière, au moyen du daguerréotype), découverte si favorablement accueillie par les savants, et qui n'est sans doute qu'un premier pas vers des applications plus parfaites.

La diffraction de la lumière, découverte par Grimaldi, que NcAvlon chercha vainement à expliquer, et qui donna lieu seulement à quelques hypothèses de S'Gravesand, de Marat, de Brougham et de Mairan, avait reçu une nouvelle impulsion des études de MM. Flaugergues, Biot, Pouillet et Parrot; mais il était réservé à MM. Young et Fresnel de mettre fin à ces hésitations, en proclamant le principe des interférences, qui montre que deux rayons lumineux émanant d'une même source , sous une faible obliquité , ont pour résultat de s'entredétruire lorsque le mouvement des ondes a lieu en sens contraire , ou de produire une clarté plus intense lorsqu'il a lieu dans le même sens. Les expériences les'pliis concluantes des physiciens modernes ont confirmé cette théorie, et c'est dans ce phénomène que M. Arago a cherché l'explication de la scintillation des étoiles

Newton avait reconnu que la plupart des corps combustibles jouis-

158 DISCOURS PRÉLIiVIINAIRE,

senl d'une grande réfrangibililé ; par suile de celle observaiion, il soupçonna la combuslibililé du diamant, et l'exislence, dans l'eau, d'un principe combustible. Des études plus profondes sur la loi de la réfraclion ont fait reconnaître que le pouvoir réfringent des différents corps est très variable; qu'il n'est en raison de la densité que dans un milieu homogène; mais que néanmoins il est en rapport avec les proportions des parties constituantes ; d'où il résulte que, par cette voie, on peut se faire une idée de la composition des corps.

La double réfraction dont la loi, découverte par Huyghens, fut rejetée par tous les physiciens, jusqu'à ce que Malus et WoUaston en eussent démontré l'exactitude , a été confirmée par les travaux de MM. Biot , Arago , Brewster et Fresnel. Les modifications qu'éprouve la lumière dans la double réfraction et dans la réflexion sous certains angles, phénomènes inconnus avant Malus, qui leur donna le nom de polarnsation^ ont pris, dans ces derniers temps, de grande développements. Les plus savants physiciens en ont, en partie, déterminé les lois par des expériences multipliées. M. Biot a donné d'excellents travaux sur la polarisation des liquides et des cristaux; il a continué les lecherches de M. Fresnel sur l'analyse chimique, au moyen de la polarisation de la lumière. Ces nombreuses études, si ferliles en découvertes, ont déterminé, dans la construction des instruments d'optique, d'Importantes améliorations qui, à leur tour, ont donné lieu à de nouveaux progrès. Les plus habiles physiciens n'ont pas dédaigné de s'occuper de l'application de l'opliquc aux besoins usuels ou à la confection d'instruments de pur agrément. M. Fresnel a appliqué la loi des réfractions à la construction des phares. Les microscopes simples ou composés ont pu être perfectionnés , grâce aux verres achromatiques dus à Dollond. Les télescopes ont également été modifiés; celui d'Herschel, avec lequel ce savant astronome a fait les plus belles découvertes, possède un pouvoir amplifiant de six cents fois. La caméra lacîda, plus commode que la chambre 7ioh-c , a été inventée par Wollaston.

La chaleur est un phénomène d'un trop haut intérêt pour qu'on n'ait pas recherché les lois de sa propagation , ainsi que les modifications qu'elle éprouve et fait éprouver aux corps qu'elle pénètre ou abandonne. La nature n'en est pas encore connue avec certitude, bien que ce problème ait exercé la sagacité de la plupart des physiciens. Herschel, Lamarck et Thompson n'y ont vu qu'une simple modification de la lumière , conformément à la théorie des ondulations; Rumford et .Scherer,

au contraire, l'ont considérée comme un mouvement intérieur déterminant le rapprochement ou l'éloignement des molécules des corps. Rumford et Davy ont étudié la production du calorique par le frottement. MM. Dulong- et Petit ont clierché à en établir l'analogie avec les phénomènes galvaniques ou électriques; et M. Pellier a démontré le rapport existant entre un courant et là température qu'il produit. On sait aujourd'hui que les rayons solaires et la combustion ne sont plus les uniques sources de chaleur; que le frottement, la percussion et les combinaisons chimiques sont accompagnés d'émission de calorique. M. Herschel a également constaté que les rayons du calorique sont susceptibles de réfraction, et, comme les rayons lumineux, inégalement réfrangibles ; 31. Bérard a cru reconnaître qu'ils peuvent aussi se polariser; mais ce fait important n'a encore été démontré que par M. Melloni et presque en même temps par M. Forbes. Ainsi, le calorique reproduisant les mêmes phénomènes que la lumière, ayant ses corps opaques et ses corps diaphanes, se polarisant, se diffractant et se dispersant comme elle , on en a conclu qu'il n'a pas plus qu'elle de substance spéciale, et qu'il n'est qu'une des modifications que peut subir la substance impondérée qui remplit les espaces et qu'on nomme éther.

Les lois de la distribution du calorique et ses divers modes de transmission ont été étudiés avec soin par MM. Leslie, Bérard, Arago, et réduits par M. Prévost en une théorie satisfaisante qu'il a nommée Doctrine des échanges. Suivant son opinion, généralement admise, le rayonnement du calorique est soumis aux mêmes lois que la lumière; celte observation a servi au docteur Wells à établir la théorie de la rosée et de la gelée blanche, et à M.' Arago, à expliquer certains phénomènes météorologiques. Il est aujourd'hui bien démontré que , contrairement à la théorie de Newton, le refroidissement ne s'opère pas en proportion géométrique décroissante.

MM. Despretz, Fourier et Poisson ont étudié la transmission du calorique à travers les corps non élastiques ; MM. Nicholson, Pictet et Murray ont établi par des expériences réitérées la propriété conductrice des liquides.

La capacité des corps pour le calorique, établie par Black, développée par Wilkes, a été savamment calculée par Dulong et M. Petit, M. Dalton a prouvé que cette propriété augmente avec la température.

La détermination de la chaleur latente et spécifique a occupé beau- :oup de physiciens. MM. Leslie, Delaroche, Bérard, Bussy, Duloîig

et Petit l'ont étudiée avec soin, sans être arrives à des résultais bien décisifs; tout récemment, M. Regnault a publié un beau travail sur le calorique spécifique des corps. La chaleur spécifique des gaz a occupé MM. IMarcet, de La Rive, et Bérard, dont les travaux ont été perfectionnés par MM. Gay-Lussac, Dulong, Petit, Clément Desormes et Haycraft. M. Gay-Lussac a également étudié les phénomènes que présente le calorique dans le vide.

On doit à M. Melloni, de Parme, et à M. Forbes, d'Edimbourg, la connaissance des lois du calorique rayonnant ; ces importantes découvertes sur les propriétés calorifiques des rayons solaires et des autres sources de chaleur ont été faites au moyen de la pile thermo-électrique inventée par Nobili. Le premier a également fait des recherches pleines d'intérêt sur les corps diathermaux et athermaux.

Le phénomène de la dilatabilité des corps a été l'objet de nombreux travaux: Ramsden, Dulong et M. Petit, s'en sont occupés avec succès. >s deux derniers ont employé , pour déterminer cette propriété , une méthode fondée sur l'observation de la durée du temps nécessaire au refroidissement des corps. En combinant leurs recherches avec la théorie chimique, ils sont arrivés à plus de précision qu'aucun de leurs devanciers. La construction des pyromètres repose sur ce principe.

Le phénomène de la caléfaction, en vertu duquel une goutte d'eau, projetée sur une plaque métallique chaude, conserve longtemps sa forme globuleuse avant de s'évaporer, et sans mouiller la plaque, a été étudié par divers savants, surtout par M. Boutigny ; mais la cause de ce phénomène est encore inconnue.

L'étude de l'expansion des gaz et des liquides a conduit au perfectionnement du thermomètre. MM. Leslie, Rumford, Howard, ont construil avec l'air, la vapeur d'eau, l'alcool ou l'éther, un thermomètre différentiel et le thermoscope. M. Gay-Lussac est l'inventeur des thermomètres à mhnmâel à maxi7nâ/MM.. Rietsen, Houriel et Bréguetont construit des thermomètres métalliques. Dans ces derniers temps, MM. Roih et Walferdin ont apporté dans la construction du thermomètre centigrade une précision extraordinaire; ce dernier a construit un thermomètre à déversoir très utile pour l'appréciation de la température des profondeurs , et il a commencé une série d'expériences tendant à substituer le thermomètre au baromètre , dans la mesure des hauteurs.

Deluc, à qui l'on doit le perfectionnement de plusieurs instruments, substitua la baleine au cheveu dans la construction de l'hygromètre.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. jgl

MM. Wilson, Leslie elBabin, ont cherché à rendre cet instrument moins irrégulicr dans ses effets.

MM. Dal ion et Gay-Lussac ont trouvé la loi de la dilatation des gaz, sur laquelle repose le principe des aérostats.

Les tensions des vapeurs, sous des pressions différentes, ont été déterminées avec soin par MM. OErsied et Perkins, Dulong, Arago, de Humboldt , etc. On connaît l'application de cette étude à l'art du chauffage en général, à la mise en mouvement des machines, des voilures, à la navigation , et même à l'émission des projectiles.

Les études du xviii^ siècle avaient fait faire de grands progrès à ia science de l'électricité; toutes les expériences, toutes les découvertes étaient un pas de plus vers la connaissance des innombrables eff*ts de ce fluide si subtil et si puissant à la fois. Franklin , en découvrant l'identité de l'étincelle électrique et de la foudre, inventa le paratonnerre, essayé pour la première fois en France par Dalibard. Romas et Richmann répétèrent les expériences du philosophe américain sur l'électricité des nuages ; le dernier même périt victime de son ardeur pour la science. La théorie de Dufay sur l'existence de deux fluides distincts, systématisée par Symmer , fut d'abord accueillie peu favorablement par les savants ; mais bientôt elle remplaça en France celle de Franklin. Les appareils destinés à produire l'électricité furent perfectionnés. La machine électrique reçut différentes modifications de MM. Nicholson, Adams, Wildt, Kohlreif, Ramsden et Van Marum. MM. Henley, Bohnenberger et Brooke, apportèrent à la bouteille de Leyde d'heureux perfectionnements. Wilkes découvrit l'éleclrophore ; Bergmann constala la nature électrique de la tourmaline ; Henley inventa l'éleclromètre ; Volta, le condensateur; Coulomb, la balance de torsion; Bennel, l'électromètre condensateur statique ; Cavallo, le multiplicateur et le doubleur, que perfectionnèrent MM. Nicholson et Bohnenberger.

Volta, qui, comme Galvani, n'avait vu d'abord dans le galvanisme qu'une électricité animale, en reconnut bientôt l'identité avec le fluide électrique, et ne trouva de différence que dans le mode d'excitation ; il construisit l'appareil nommé, d'après son inventeur, pile de Folta, appareil qui a si puissamment contribué aux progrès de la science.

Cruikshanks , voulant remédier aux vices de la pile à colonne, inventa la pile à auge. Plus tard, Wollaston en doubla l'effet, en entourant l'élément positif par l'élément négatif. Après la découverte vinrent les applicatio.ns : Banks et Nicholson constatèrent que la pile

162 DISCOURS PRELIMINAIKK.

de Voila possède la propriété de décomposer l'eau; Cruikshanks obiiiil îe môme résultat pour les sels. MM. Tromsdorf , Van Marum , Pfalï, Qiildren, Erman, etc. , s'en servirent pour brûler des métaux. Les chimistes Davy, Berzelius, Gay-Lussac, Thenard, et beaucoup d'autres encore , ont changé la face de la chimie par la découverte des métaux alcalins et terreux, ainsi qu'on le verra en parlant des progrès de celte science. Bichat, Nyslen, Legallois, MM. Nobili, Prévost, Dumas, Bresclîci, Magendic, Donné, ont expérimenté les effets physiologiques de la pile. M. Becquerel , un des physiciens français qui s'occupent le plus spécialement d'électricité, a cherché les lois qui président au développement de l'électricité par la pression , en a étudié le développement et l'effet dans les actions chimiques, a appliqué la théorie électro-chimique aux phénomènes de combinaison des corps, et a cherché le rôle que joue ce fluide dans les grandes combinaisons naturelles. Comme toutes les piles humides ont l'inconvénient de se détruire promptemeni, Désormes et Hachette imaginèrent les premiers une pile sèche ; Deluc en construisit une d'une autre sorte, qu'il appela colonne électrique ; Zamboni répéta avec succès ces expériences, et Bohnenberger se servit de cet appareil pour constiuire un électroscope.

La connaissance de l'identité du magnétisme et de l'électricité ne remonte qu'à l'époque de la découverte de l'électro - magnétisme ; mais depuis , cette science a fait de si rapides progrès , que les travaux dont elle a été l'objet sont innombrables ; aussi ne citerons-nous que les principaux. L'action des courants électriques n'avait pas été assez étudiée pour qu'on ait pu sortir du cercle des faits connus : les travaux de Flinders, de Sabine, de Barlow, de Coulomb, avaient été sans succès; ]\DL OEpinus, Prévost, Eschenmayer, Hansleen, avaient vainement essayé de jeter du jour sur les points obscurs de la science; aussi la nature du fluide magnétique était-elle toujours un mystère , lorsque M. OEiSted, qui étudiait depuis vingt années les questions de haute physique, et qui avait annoncé, en 1807, qu'il voulait vérifier si l'électricité, dans son état le plus latent, n'a pas une action sur l'aiguille aimantée, découvrit, en 1819, que le courant qui se dégage de l'appareil vollaïque exerce sur elle une influence sensible, et que la déclinaison dépend de la position du fd conducteur relativement à l'aiguille. La découverte du savant danois fut, sur tous les points de l'Europe, le signal de nombreux travaux. Amp; re , qui avait étudié avec une infatigable persévérance les phénomènes électro-dynamiques , et à qui cette science est redevable

d'uiîc pallie de ses progrès, reconnut que les couranis éleclriques agissent les uns sur les autres comme des aimants ; qu'ils s'attirent ou se repoussent, suivant qu'ils ont lieu dans le môme sens ou en sens opposé. M. Bej-zclius vérifia la découverte d'OErsied et d'Ampère; MM. de La Rive, Ferré et Faraday, se livrèrent à l'étude de ces phénomènes ; dès ce moment, une nouvelle période scientifique commença. M. Schweigger inventa le muliiplicateui' au moyen duquel M. Becquerel constata qu'il y a production de couranis éleclriques dans toutes les aciions chimiques. La brillante découverte de M. OErsled fut suivie de celle du magnétisme de rotation par M. Arago, qui parvint à aimanter des barreaux d'acier, en les soumettant soit aux courants d'un conducteur en spirale, soit aux décharges successives de la bouteille de Leyde. Ces expériences démontrèrent complètement l'identité de l'électricité et du magnétisme. Seebeck, en reconnaissant qu'on peut établir un courant électrique dans les métaux par la seule action de la chaleur, donna une nouvelle preuve de l'identité de l'électricité, du calorique et de la lumière. INI . Kupiïer, professeur à l'Université de Casan, s'est occupé de la détermination de l'influence que la chaleur exerce sur la distribution du magnétisme libre des aiguilles ; en 1828, il a été construit pour la première fois des aimants électro-dynamiques. MM. Moll, Lardner, Webster, Hare, Henri et Ten-Eyck, se sont aussi occupés de cette question.

Jusqu'ici la science de l'électricité porte les marques de son enfance ; elle s'appuie encore sur un ou deux fluides spéciaux ; mais tout fait espérer qu'il en sera de l'électricité comme de la lumière et de la chaleur; que sa cause sera ramenée à une modification particulière de VEtlier. Déjà nous savons produire les phénomènes de lumière et de chaleur, et nous croyons qu'on arrivera aussi à simplifier cette dernière partie de la science ; c'est du moins ce que les travaux actuels de M. Pellier laissent entrevoir, lorsqu'il produit à volonté du froid ou de la chaleur avec le même courant, et qu'il démontre que toute perturbation moléculaire, de quelque nature qu'elle soit, fait naître un phénomène électrique.

Les applications usuelles du fluide électrique sont encore peu nombreuses ; cependant M. Jacobi s'en est servi comme d'une force motrice, qu'on a déjà appliquée à des machines d'une certaine puissance. Le même savant est le créateur de la galvano-plastique, au moyen de laquelle on obtient des reliefs en cuivre d'une pureté admirable. Ce procédé, en se perfectionnant, a produit des applications utiles; car on s'en est servi pour faire des caractères d'imprimerie , et M. de La Rive en a fait usage

dans la dorure des méiaux, que l'emploi du mercure rend si funeste aux ouvriers. On a même fait plusieurs essais fort ingénieux sur les télégraphes électriques.

La physique n'est pas, sans doute, encore arrivée au plus haut point de perfection : il lui reste beaucoup à faire pour découvrir les vérités les plus importantes de la science ; mais, si les travaux de la fin de ce siècle répondent à ceux de ses quarante premières années, nous touchons de bien près à la solution de questions d'une grande importance en philosophie naturelle.

Chimie. — La chimie pneumatique, qui avait renversé le phlogistique de Stahl, contribua à de nouveaux progrès j mais, comme elle se montrait absolue, exclusive, en faisant de l'oxygène l'unique cause de l'acidification et de la combustion, elle fut fortement ébranlée par les découvertes nouvelles. Nous savons nnaintenant que ce n'est pas l'oxygène seul qui produit de la chaleur etdes acides en se combinant avec un corps, mais que tous les corps dégagent de la chaleur et quelquefois même de la lumière, en se combinant entre eux, et qu'en outre un grand nombre de ces corps peuvent former des acides. Après la découverte de la pile deVolta, on avait soupçonné que réleclricité joue un rôle dans la combinaison des corps. Nicholson etCarlisle avaient décomposé l'eau par la pile vollaïque; Cruikshanks, après eux, décomposa les hydrochlorates de magnésie, de soude, etc. MM. Hisinger et Berzelius découvrirent que les solutions alcalines neutres sont décomposées par l'électricité; mais ce fut Davy, qui, depuis 1800, poursuivant ces expériences , embrassa le premier l'ensemble des phénomènes de décomposition des corps parla pile vollaïque, et établit la connexion intime qui existe entre les effets électriques et les changements chimiques qui ont lieu par la pile. On avait vu que l'eau, soumise à l'action d'une pile électrique, se décompose; que l'hydrogène est attiré au pôle négatif et l'oxygène au pôle positif. Par suite de ses travaux, ï)avy reconnut que tous les corps composés se comportent de la môme manière ; il parvint à isoler les méîauxde la potasse et de la soude, qu'on avait jusque-là considérées comme des corps simples, et il indiqua ainsi la voie d'une série de découvertes intéressantes. D'autres savants reconnurent que l'acidité n'est pas une qualité absolue , mais relative , et qu'il existe des substances qui, combinées avec certains corps, jouent le rôle d'acide, et, avec d'autres, celui de base. Les admirables résultats, dus à l'introduction de

f usage de la pile voliaïque dans la science, y déterminèrent une révolution complète ; M. Berzelius, qui n'avait pas interrompu ses travaux sur cette importante matière, posa, en 1813, les bases de la théorie électrochimique, à l'infaillibilité de laquelle on crut pendant quelque temps; mais qui cependant ne devait avoir qu'une existence éphémère.

Depuis que les études chimiques se sont étendues, on a découvert des lois qui ne sont encore, il est vrai, que les premiers pas de la science vers des vérités nouvelles, mais qui n'en constituent pas moins des découvertes d'une haute importance. Ce sont: Xisomérisme, loi encore vague et assez douteuse , en vertu de laquelle des corps ayant une même constitution moléculaire et un même poids atomique, ont des propriétés physiques différentes ; Viso?norphisme, si important en chimie, en géologie et en minéralogie, et dont il résulte qu'un nombre égal d'atomes, se combinant de la même manière, peuvent donner naissance à des formes cristallines semblables, bien que les éléments constituants soient de nature différente ; la loi des équivalents , d'après laquelle les corps se combinent entre eux en des quantités constantes et invariables, et qui tend, depuis quelques années, à remplacer la théorie atomique, dont les bases avaient d'abord été posées par Wenzel et Bergmann ; plus tard, cette théorie fut confirmée par les expériences de Berthollet et de Proust; mais elle ne pénétra dans le domaine de la science, qu'après que M. Dalton l'eût formulée; enfin, la loi des guhslitutions , appelée à tort peut-être théorie des substitutions , qui fait voir que les éléments constituants se substituent les uns aux autres, sans qu'il en résulte de changement dans la nature du composé. Cette loi , découverte par M. Dumas , et qui n'est peut-être qu'un cas particidier de la loi des équivalents, a porté un coup mortel à la théorie électro-chimique de M. Berzelius, en ce qu'on voit des corps électro-positifs se substituer à des corps éleclro-négaiifs et vice versa. Une autre cause de ruine pour cette dernière théorie, c'est qu'on a reconnu qu'il est impossible de dégager de l'électricité en mettant deux corps en contact , et que c'est à leur combinaison avec les corps ambiants qu'il faut attribuer les phénomènes électriques qui se manifesieni dans la plupart des cas. Les expériences de Zamboni sur la pile sèche ont constaté cette vérité; de sorte qu'aujourd'hui l'on en revient à l'affinité, loi en vertu de laquelle des atomes différents s'unissent avec émission de chaleur, de lumière et d'électricité, l'électricité n'(> tant alors que l'effet et non la cause de la combinaison.

I6fi DISCOURS PRELIMINAIRE.

Pour simplifier leur langage, les chimistes ont adopté des formules, espèce d'algèbre chimique , qui , comme formule empirique, indiquent la quantité des éléments qui entrent dans un composé; ou, comme formule rationnelle , cherchent en même temps à icndre raison de la manière dont a eu lieu la combinaison des éléments.

Les méthodes de classification suivies par les chimistes ayant été reconnues fausses, on a, depuis quelques années, sérieusement songé à adopter une méthode naturelle. MM. Ampère et Despretz, pénétrés de celle vérité, ont essayé de donner une meilleure classification des corps chimiques, M. Hœfer, dans les éléments de chimie minérale qui viennent de paraître, a présenté une classification naturelle, fondée sur l'isomorphisme et les propriétés chimiques des corps. Tous les travaux des chimistes les plus distingués d'Allemagne et d'Angleterre tendent vers ce but.

Par suite de ces' nombreux elTorts, la chimie s'est enrichie de nouveaux corps élémentaires. En 1787, nous ne connaissions que dix-sept coips simples; en 1802, nous en comptions vingt-huit, et aujourd'hui nous en avons cinquante-cinq. Il n'est pas certain cependant que le dernier coips annoncé par M. Mosander soit réellement simple. Toutefois , on peut dire qu'un grand nombre de corps réputés simples ne sont que des corps composés, qui jusqu'à présent ont résisté à nos moyens d'analyse , mais que des instruments plus parfaits , des réactifs plus puissanis, mettront probablement à découvert.

Les découverles en chimie minérale se sont multipliées à un tel poin qu'il serait impossible d'en faire l'éjuiméraiion : nous ne citerons donc que les plus importâmes. Fourcroy et Vauquelin trouvèrent le moyen de distinguer et d'oblcnir à l'état de pureté la baryte et la strontiane, et firent d'immenses recherches sur les combinaisons salines. Vauquelin découvrit la glucne et le chrome; le zirconium, le titane, l'urane (décomposé récemment, par M. Pcligot, en oxygène et uranium), le tellure, sont découverts par MM. Klaprolh, Berzelius et Grégor ; Tennant et Wollaslon isolent du plaiine quatre corps nouveaux dont un seul, le palladium, possède les propi-iétés d'un métal ductile et malléable; Del Rio découvre l'érythronium, retrouvé en 1830 pai- Selfsirœm, qui l'appelle vanadium. En ISOi, le chlorure de soufre est décrit pour la première fois par Thompson ; le cérium est découvert , au moyen de la pile, par ]\I. Ilisinger, dans le cours de ses expériences avec M. Berzelius. En 1805, MM. de Humboldt et Gay-Lussac donnent l'analyse de l'air;

DISCOURS PRKLIIMIXAIKE. 167

ils démonlrent que l'hydrogène el l'oxygène se combinenl dans le rapport de deux volumes à un. M. Gay-Lussac fait connaître sa belle loi sur la combinaison des gaz en rapports simples. En 1807, Davy obtient, par l'emploi de la pile, les éléments des alcalis et des terres, et le potassium, le sodium, le barium, le strontium et le calcium, e:itrent dans la nomenclature des corps simples. En 1808 , IMM. Gay-Lussac et Thenard démontrent que le chlore est un corps simple ; ces mêmes chimistes isolent, les premiers, le bore de l'acide borique ; M. Gay- Lussac découvre de plus le cyanogène el M. Thenard l'eau oxygénée ; M. Th. de Saussure donne l'analyse du gaz oléfiantj et, en 1812, il examine la propriété que possède le charbon d'absorber les gaz. En 1813, M. Gay-Lussac fait de beaux travaux sur l'iode découvert par Courtois; l'année suivante, ces travaux sont complétés par ceux de MM. Sérulias, Colin et Gaultier de Claubry. Davy publie le résultat de ses expériences sur les lluorures.

En 1816, M. Berzelius découvre le sélénium; M. Slromeyer, en même temps que MM. Roloff et Hermann , le cadmium , dont il fait connaître les propriétés. M. Robiquet étudie l'acide borique. M. Arfwedson annonce la découverte du lithium ; MM. Dulong et Berzelius déterminent, avec plus de précision, la composition de l'eau. En 182^'i , MM. Liebig el Gay-Lussac obtiennent l'acide fulminique. M. Berzelius continue SOS recherches sur l'acide fluoriquc. En 1826, M. Balard découvre le brome. En 1827, ]\LMitscherlich fait connaître l'acide sélénique. M. Wœhler opère la réduction de l'alumine et de la glucyne, et M. Bussy celle de la magnésie. Depuis cette époque, M. Dumas fait des recherches sur les sels de phosphore; M. Pelouze démontre l'existence d'un seul oxyde de phosphore; M. Thilorier liquéfie et solidifie l'acide carbonique; M. Kullman compose de l'acide azotique au moyen d'ammoniaque soumis à l'aciion de l'éponge de platine et vice versa. M. Gaudin étudie la cristallisation de certaines pierres précieuses ; il observe l'aciion lumineuse d'un courant de gaz oxygène et d'hydrogène sur un globule de chaux vive ; il découvre la lumière sidérale et trouve le moyen de filer le quartz. Enfin nous devons citer encore, comme ayant contribui; aux progrès de la chimie, MM. Thenard, Orfila, Berthier, Régnaull, Baudrimont, Laurent, Faraday, Person, etc., etc.

La chimie organique, qui n'était, il y a quelques années, qu'une branche peu importante de la chimie générale, a tout récemment acquis de grands perfectionnements ; néanmoins elle attend encore un système qui unisse

entre elles les lois isolées que nous connaissons. La plupart des chimistes du commencement de ce siècle s'étaient occupés de la décomposition empirique des corps organisés, et, jusqu'en 1835, on avait suivi les mêmes errements que les premiers observateurs. M. Raspail publia alors une nouvelle théorie de la chimie organique, dans laquelle il rectifia beaucoup d'erreurs, el qui fit faire un grand pas à cette science. M. Liebig a publié, l'année dernière, une chimie organique fondée sur un certain nombre de radicaux coinposès encore hypothétiques; mais tous les savants ont pris pour bases de la chimie organique les formules rationnelles qui conduisent à la connaissance des radicaux composés, et ils ont joint, à la méthode ordinaire d'analyse, le microscope, qui fait connaître la structure intime des corps.

Les travaux en chimie organique remontent, pour cette dernière période, à Fourcroy, qui étudia, avec une merveilleuse sagacité, les substances organiques, isola la gélatine, l'albumine et l'urée, et associa à ses travaux le célèbre Vauquelin. En 1812, M. Boullay découvre la picrotoxine; Vauquelin et Parmenlier font connaître leurs expériences sur le sucre de betterave; M. Lecoq analyse l'orseille, et M. Robiquet le kermès. M. Berzelius fait connaître, en 1813, ses travaux sur les fluides animaux; MM. Pelletier, Robiquet et Séguin font de nombreuses expériences sur l'opium et le quinquina. En 1815, M. Chevreul commence ses travaux sur les corps gras et découvre la stéarine, la margarine, l'oléine et les acides gras produits par la saponification , dont il explique la théorie, et il donne le nom de glycérine au corps appelé par Schéele , principe doux des huiles; plus lard, il reconnaît en même temps trois acides volatils dans le beurre , un dans la graisse de marsouin, etc. En 1817, M. Sertuerner trouve dans l'opium l'alcali végétal qu'il appelle morphine; en 1819, MM. Pelletier et Caventou réussissent à extraire de nouveaux alcalis végétaux de la noix vomique et du quinquina. Vauquelin, pendant sa longue carrière, fait d'importantes expériences sur les corps organiques, et une foule de combinaisons nouvelles enrichissent la science. En 182G , MM. Robiquet et Colin publient leurs observations sur la garance dont ils extraient l'alizarine ; M. Pelouze distingue pour la première fois les périodes successives dans l'action de la chaleur sur les corps organiques; il découvre les acides pyrogènes et établit les lois de leur production. De 1820 à 1830, MM. Pelletier et Caventou, OErsied et Robiquet, découvrent de nouveaux alcalis végétaux, tels que la vératrine, la pipérine,

la caféine, eic. En 1833, MM. Biot, Person el Payen font d'intérestants travaux sur la dextrine et la diaslase. La science doit aussi à M. Dumas une foule d'observations et de découvertes importantes en chimie organique.

Malgré tous ces travaux, nous n'avons encore aucune idée de la manière dont la nature opère ses diverses transformations. Nous connaissons la vie, mais rien de plus, et nous ignorons comment, par suite de la divergence des espèces , il existe des végétaux ou des animaux qui , croissant et vivant dans des conditions semblables, présentent des dilTérences tranchées dans leur nature , leur forme et leurs propriétés. Nous avons bien pu former artificiellement quelques produits semblables à ceux de l'organisme, tels, par exemple, que l'urée, l'acide prussique, eic, qu'on peut produire en partant de leurs principes conslituaiiis auxquels on fait subir diverses transformations successives ; mais la synthèse de la chimie vivante nous est impossible : aussi cette science, qui louche aux plus hautes questions, est-elle encore dans un étal d'impuissance qui appelle de nouveaux eflbrls.

Depuis un demi-siècle, la chimie a marché plus vite que toutes les autres sciences ensemble, sous le rapport de ses applications aux arts et aux besoins sociaux ; elle doit une partie de ces résultats aux guerres de la république el à la séquestration à laquelle nous avait réduits le blocus continental.

A l'époque oîi les armées républicaines se portaient aux frontières pour repousser les coalisés , la poudre manquait, faute de salpêtre. La Convention ordonna la démolition des vieux édifices, l'enlèvement des terres des caves et des écuries, et leur lixiviation en fournit d'énoi mes quantités. Les canons étaient rares, et les cloches des églises, devenues inutiles par suite de l'abolition du culte, contenaient trop d'éiain pour être employées à la fabrication des pièces d'artillerie : on découvrit des procédés propres à séparer l'étain du cuivre , et nos parcs se remontèrent. La plupart de nos soldats n'avaient pas de chaussures, el l'ancien procédé exigeait plus d'une année pour la préparation du cuir, Séguin irouva le moyen de le tanner en un mois.

Plus lard , lorsque la marine anglaise nous eut fermé le chemin de nos colonies, on vint à manquer de sucre, substance devenue de premièj e nécessité. Parmentier fit de nombreux essais pour obtenir du sucre de fruits; Proust obtint le sucre de raisins ; et le sucre de betterave, découvert par Marcgraf, fut bientôt fabriqué. On perfectionna les procédés de

fabrication du fer et de l'acier. On découvrit le moyen de se procurer la soude artificielle, les matières tinctoriales, etc. Quand le retour de la paix eut rétabli les relations avec les pays qui nous avaient été s; longtemps fermés, on conserva la plupart des procédés dont la nécessité avait doté notre industrie. Ils sont encore en usage maintenant ; et les hommes éminenls dans la science font toujours de leur perfectionnement l'objet de leurs recherches.

Toutes les applications de la science à l'industrie datent de cette époque. M. Chevreul perfectionne les procédés de saponification ; Vauquelin introduit le jaune de chrome dans la teinture; Chaptal, Davy , Boussingault, Payen, etc., appliquent la chimie à l'agriculture j Molierat purifie les vinaigres provenant de la distillation du bois ; Lampadius , Bréant , Berihier , Karsten , Fournet , etc. , perfectionnent les procédés métallurgiques. On parvient à affiner la fonte avec les gaz perdus qui s'échappent des gueulards des hauts fourneaux ; le platine est rendu malléable et laminé comme les autres métaux. On découvre un grand nombre d'alliages; Deyeux, Pelletier, Hagen, s'appliquent à la préparation des substances pharmaceutiques, etc.

Ajoutez à ces services éminenls l'application à l'éclairage des villes du gaz hydrogène tiré de la houille, de l'huile, de la résine, des bitumes, des matières animales, de l'eau, etc.; la préparation des couleurs propres à la teinture des tissus; l'extraction de l'indigo ànpohjgonum tinctorium; l'admirable découverte de Senefelder, la lithographie, devenue le signal d'une ère nouvelle pour les arts graphiques; la substitution des amorces fulminantes au silex, dans les armes à feu; l'emploi du chlore comme moyen de désinfection et de blanchiment ; l'invention et le perfectionnement de la lampe de Davy, pour empêcher rex})losion de l'hydrogène carboné dans nos houillères ; la saccharificalion de la fécule et l'emploi de ce produit à la fabrication de la bière ; la substitution de la soude à le potasse, dans la fabrication du verre ; la conversion des substances organiques en engrais inodores ; la préparation de l'acide stéarique, qui sert à la confection de bougies aussi belles que la cire ; l'emploi du caoutchouc, si longtemps resté inutile, pour la préparation de tissus imperméables; la fabrication des alliages; l'emploi de réactifs pour reconnaître la sophistication des substances alimentaires; l'emploi du galvanisme pour préserver le fer de l'oxydation, et la nouvelle découverte de M. Boucherie pour rendre les bois inaltérables , etc.

Nous avons, à côté de ces applications générales, une science toui'

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. l'/i

■nouvelle, la chimie légale, dont les résultats sont trop incertains encore pour que nous fassions autre chose que la mentionner.

Nous ne saurions dire quelles découvertes le temps réserve à la chimie; mais elle a déjà rendu d'assez grands services, et éclairé assez de questions obscures, pour qu'il soit permis de la proclamer la première des sciences.

Minéralogie. — L'école géométrique, créée par Haïiy, avait fait connaître d'une manière plus parfaite la structure crislallographique des minéraux; elle complétait ainsi tous les éléments des méthodes jusque-là fondées sur les caractères extérieurs et la composition chimique ; mais la science avait un pas de plus à faire. Les progrès de la chimie, en faci^' litant les analyses, avaient procuré la connaissance de nouveaux corps, Au commencement du xix* siècle, Vauquelin avait découvert le chrome- Hatchett, le colombium ; Wollaston, le palladium et le rhodium ; Descotils, l'iridium; Tennant, l'osmium. Peu après, M. Berzelius fit connaître le cerium, le sélénium et le thorium; Courtois, l'iode; M. Arfwedson, le lithium; M. Siromeyer, le cadmium; M. Balard, le brome; M. Selfstrœm, le vanadium. En même temps que le nombre des éléments chimiques augmentait, celui des espèces minérales s'accroissait, et la minéralogie subissait une révolution complète dans ses principes de classification.

Davy, qui avait compris l'importance de la pile comme moyen de dé ■composition des minéraux, obtint les éléments des alcalis et des terres ; le potassium, le sodium, le calcium, etc., entrèrent dans la science comme éléments nouveaux. M. Berzelius reconnut les lois de la combinaison mutuelle des terres ; et, dès ce moment, la silice, ce principe si commun dans les composés naturels, prit rang parmi les acides. En même temps, l'analyse chimique se perfectionnait par les nombreux travaux de Klaproih, de Vauquelin, de Laugier, de M. Berzelius et de plusieurs autres chimistes encore vivants. Les simples essais de minéraux par la voie sèche ou par la voie humide acquéraient une merveilleuse précision entre les mains de Wollaston et celles du célèbre chimiste suédois

Bientôt, s'appuyant sur les idées de Dalton, et sur la doctrine des proportions définies, M. Berzelius développa les principes de la théorie atomique, et introduisit dans la science l'usage des formules pour représenter, d'une manière simple et rigoureuse, la composition des corps En 1819 , il proposa une nouvelle classification des minéraux, fondée ftur les propriétés électro-chimiques des corps. M. Mitscheiiich, de son

«îôté, faisail faire un pas immense à la science, en publiant sa belle loi de l'isomorphisme (1820), qui amena bientôt une réforme dans les méiliodes minéralogiques. M. Berzelius avait choisi pour base du genre, dans sa classificaiion, l'élément électro-positif; M. Beudani, s'appuyani sur les travaux de MM. Mitsclierlicli, Rose, BonsdorfC, Wachtmeistcr, etc., comprit qu'il y avait plus d'avantage à adopter l'élément élcclronégatif, et M. Berzelius ne tarda pas à se rendre à cette opinion. Peu de lemps après, ce chimiste enrichit la science d'un nouveau principe im portant, celui de l'isomérisme, et M. Mitscherlich signala de nombreux exemples d'un autre fait, déjà connu , le dimorphisme , qui n'est peutêtre qu'une manière d'èire particulière de l'isomérisme.

Pendant que s'opérait cette grande révolution dans les principes de la science et dans la marche des méthodes , la cristallographie et la physique des minéraux ne demeuraient pas slalionnaires. Woîlaston avait doté les cristallographes d'un instrument précieux, le goniomètre, qui porte son nom. M. Weiss avait fait valoir l'importance de la considération des axes dans les cristaux, en établissant sur cette considération la distinction et la classification des systèmes cristallins; il aval publié une théorie des zones, propre à faciliter le développement d.'s formes composées, et qui a servi de base à certaines représentaiions gi"-.phiques des cristaux, proposées par deux de ses élèves, MM. Neumanu etQuenstedt. M. Mohs, de son côté, donna un nouvel exposé des principes de la cristallographie, et publia une classification remarquable des minéraux, fondée uniquement sur leurs caractères physiques et extérieurs. Il fut suivi dans cette voie par MM. Breithaupt, Haidinger et Zippe. M. Neumann proposa une noirvelle notation des formes cristallines, beaucoup plus simple que celles de Weiss et de Mohs ; publia, en 1830, un traité de cristallographie, l'ouvrage le plus savant eî le plus complet qu'on ait sur cette matière.

Les faits si importants de la polarisation et de la double réfraction de la lumière ont été reconnus par Malus, Woîlaston, ainsi que par MM. Biot et Brewster, qui ont donné les moyens de reconnaître le nombre et les caractères particuliers des axes de réfraction ; le dernier a signalé la dépendance mutuelle qui existe entre les propriétés optiques et les formes cristallines. M. Mitscherlich a déterminé l'in- Huence de la chaleur sur les variations de la forme des cristaux ; M.M. Frankenhei'm et Savart ont étudié, l'un les modifications delà durcie dans le même cristal, l'autre celles de l'élasticité. Plusieurs au-

DISCOURS PllÉLlMINAIRE. 173

très savanls ont eniichi la science d'observaiions neuves et imporlanlcs; et la minéralogie, qui a dû tant de progrès à MM. Brongniarl, DuCrénoy, Delafosse, Haidinger, KupfTer, G. Rose, etc., attend encore d'eux de nouveaux perfectionnements.

Jnatomie. — Le xviii* siècle n'avait pas cessé de mettre à profil les travaux des siècles précédents déjà riches en découvertes , et ses efforts avaient été couronnés de succès; car la connaissance de la structure particulière des organes était arrivée à un haut degré de perfection; mais, jusque-là tous les travaux n'avaient eu pour but que l'anatomie descriptive, et l'on peut diie qwe l'anatomie générale n'existait pas, bien que quelques points de cette science eussent été entrevus par les anciens. Bichat, élève de Pinel, qui, dans sa nosographie philosophique, avait classé les maladies d'après l'analogie des tissus, développa l'idée de son maître et eut la gloire de donner aux études anatomiques une direction nouvelle. Après avoir étudié isolément les divers tissus, il les compara entre eux et les groupa suivant leur affinité ; il comptait jusqu'à vingt-el-un tissus élémentaires , quoique la plupart paraissent dériver du tissu cellulaire. La mort l'empêcha de mettre la dernière main à celle puissante création ; mais ses travaux ne furent pas stériles , et les routes qu'il ouvrit à la science sont les seules aujourd'hui suivies.

L'élude de la structure intime des organes avait beaucoup plus de progiès à accomplir que l'anatomie générale, et notre siècle n'a point manqué d'hommes capables de descendre jusque dans les particularités de rorganisaiion. Sans faire précisément des découvertes nouvelles, ils ont beaucoup contribué au perfectionnement de la science de l'organisme. Nous citerons, parmi ceux qui se sont le plus occupés d'analomie générale et descriptive, MM. Chaussier, Boyer, Marjolin, J. et H. Cloquet, Meckel, Serres, Lauth, Tiedemann, Magendie, Bourgery, Jacob, Gerdy, Treviranus, Arnol, etc. A ces noms peuvent se joindre ceux des savanls qui se sont occupés de zooiomie, et qui ont répandu, sur les connaissances d'anatomie générale, un intérêt qui ne pouvait naître que d'un vaste point de vue comparateur. Nous passerons légèrement sur l'anatomie des régions, créée par Béclard , qu'une fin prématurée empêcha de réaliser complètement son idée, et qui eut pour interprètes MM. Velpeau et Blandin. Nous ne mentionnerons pas ici les travaux des hommes distingués qui se sont occupés et s'occupent encore d'anatomie pathologique, parce que celte science, malî^ré son iiitérèi

et la rcpuialion justement méritée de Morgagni , Mascagni, Lieutaud, Scarpa, Corvisart, Laënnec, Broussais, de MM. Andral, Cruveilhier, etc., n'entre point dans le cadre de notre travail.

Analomie comparée. — Dans le xviii' siècle, l'anatomie comparée, alors à ses premiers essais, avait trouvé pour défenseurs les naturalistes les plus célèbres qui l'avaient sauvée du dédain et de l'oubli. Vicq-d'Azyr, le savant et brillant anatomiste, avait conçu le plan d'une anatomie comparée qui devait embrasser tous les faits relatifs à l'organisation des êtres. Ce projet, ajourné par la mort de son auteur, fut réalisé par G.Cuvier qui, en 1795, fut adjoint à la chaire d'anatomie comparée du Muséum national. Dès ses premières leçons on comprit ce qu'il y avait, enlre ses mains, d'avenir pour cette science. Employant tour à tour l'analyse et la synthèse, il arrivait à la classification des animaux par l'étude de leurs organes, et à la division de leurs fonctions par l'élude des actes qu'ils accomplissent ; il rangeait ces fonctions dans l'ordre de leur successioa naturelle; car l'animal a deux grandes fins à remplir, sa conservation propre et celle de son espèce; c'est ainsi qu'un lien de perpétuité rattache les générations les unes aux autres. Guidé par ces hautes considérations, il disposa les faits dans un ordre tel que de leur simple rapprochement sortirent ces lois admii'ables qui donnèrent à l'anatomie comparée une certitude presque mathématique. En 1800 et 1805, ses leçons, publiées par les soins et la collaboration de MM. Duméril et Duvernoy , furent pour la science une époque non seulement de régénération , mais encore de création , puisqu'elles l'embrassèrent dans toutes ses parties, et que les principes qui y étaient renfermés devinrent les régulateurs de toutes les études qui ont pour objet la connaissance des êtres organisés. Ce précieux monument scientifique n'a pas perdu de sa valeur: car, depuis 1835 , M. Duvernoy surtout s'occupe de mettre à la hauteur de la science les leçons d'anatomie comparée de Cuvier, dont le l"' volume avait été revu par lui-même. M. Laurillard a coopéré pour une part importante à cette nouvelle édition.

L'anatomie comparée a pris une telle importance, qu'elle forme aujourd'hui la base des éludes de tous les hommes qui s'occupent de la science des êtres. Dans tous les pays il en a été entrepris des iraiiés complets : Blumenbach, MM. de Blainville, Meckel , Carus, Treviranus, Jacobi, Home, Wagner, Wilbrand, Grant, ont publié, sur son ensemble, des traités généraux plus ou moins satisfaisants ; mais tous ces travaus

Il ont pas ëlé terminés, et nous devons regretter surtout celui que la mort de Meckel laisse incomplet. Les mêmes auteurs , auxquels nous joindrons MM. Dumcril, Rudolphi , Albers, Oken, Kuhl, Délie Chiaje, ont publié des mélanges d'anatomie et de physiologie comparées qui sont pour la science autant de conquêtes nouvelles.

Pour des travaux plus spéciaux encore, se groupent une foule d'auteurs. MM. Rudolphi, Home, Duméril, Lherminier, Girou de Buzafeingues, Spix, Mayer, Oken, Meckel, Nitzsch, etc., se sont occupés d'osiéologie générale et comparée. La structure et le développement des os ont été l'objet des études de MM. Béclard, Serres, Bailly, Slcinmiillen, etc. L'application de l'ostéologie comparée à la paléontologie, déjà ïntrevue par P. Camper et si bien démontrée par les beaux travaux de G. Cuvier, a été reprise, dans ces derniers temps, par M. de Blainville. MM. Schreger et Ilg ont étudié la syndesmologie ; nous trouvons en myologie, MM. Hauch et Millier.

La névrologie, qui met sur la voie des mystères de la sensibilité et de l'intelligence, a occupé un grand nombre d'anatomistes. Nous citerons, parmi les plus célèbres, MM. G. Cuvier, Gall et Spurzheim, Bell, Desmoulins, Rolando, Bailly, Magendie, Treviranus, Both, etc.

MM. E. Geoffroy Saint-Hilaire , Foville, Serres, Vimont, Flourens, Tiedemann, Burdach, Rolando, Bellingieri, ont fait une étude spéciale du cerveau et de ses dépendances.

La structure et la distribution des nerfs ont occupé MM. Baspail et Breschet, Prost, Girard, Jacobson, Kilian, Lobstein, Hirzel, Weber, Canaveri, etc. Nous citerons, en parlant de chaque branche de la zoologie , les travaux qui se rapportent spécialement à chaque classe d'êtres.

'L'anthropologie ou la connaissance des races humaines est une science due tout entière aux travaux de ce siècle, et trop jeune encore pour mériter une longue mcniion. En effet, soit résultat de l'influence des milieux, soit dissemblance originelle dans les races, il existe entre les peuples qui couvrent la surface du globe une diversité sur laquelle devait se porter l'attention des savants ; il en est résulté plusieurs sys^ tèmes de classification qui, sans satisfaire pleinement la raison, servent, comme toutes les méthodes, à ne pas s'égarer dans le dédale de la science. Les principaux auteurs qui se sont occupés d'anthropologie sont : MM. Rudolphi, Yirey, Edwards, Bory de Saint-Vincent, Lessoo.

Desmoulins, Piichard, Alcide d'Orbigny, d'Omalius d'Halloy, Kiior, Roussel, Gruilhuisen, elc.

^natomte philosophique. — Porté naturellement à la généralisation, notre siècle a vu naître une science belle, attrayante, heureux résultat de l'union de l'étude des faits et de la philosophie ; nous voulons parler de l'anatomie et de la zoologie philosophiques, dont les éléments, entrevus de siècle en siècle par divers naturalistes, n'ont été réunis en corps de doctrine que dans le nôtre. Aristote avait vaguement pressenti l'unité décomposition organique j en 1555, Belon compara l'homme à l'oiseau ; en 1704, NcAvton , frappé de l'uniformité des lois qui régissent les masses du système planétaire, avait pensé que le même mode d'uniformité devait régner chez les animaux ; en 1756, Bufibn formula, le premier, avec netteté, le principe de l'unité de composition ; Herder, le grand philosophe , était persuadé que, dans '.ous les êtres, il domine une conformité d'organisation qui, formant /in type exemplaire , se modifie à l'infini. En 1786, Vicq-d'Azyr proclama la même loi , et reconnut dans la nature un modèle primitif et général qu'on retrouve partout. Camper, un morceau de craie à la main, métamorphosait un chien en cheval, un cheval en homme, elc. ; mais le grand développement de celte idée est dû, en zoologie, à M. Geoffroy Saint-Hilaire, et, en botanique, à Goethe.

M. Geoffroy Saint-Hilaire , collaborateur de G. Cuvior, avait publié avec lui la classification des mammifères. Frappé, dans le cours de ce travail, de l'arbitraire qui régnait dans la division des groupes, il abandonna, dès lors, toutes les études de nomenclature pour se livrer à celles du rapport des êtres entre eux. Une fois dans celte route, il repassa dans son esprit ses impressions antérieures; il fit des observations nouvelles, et vit que des animaux, considérés comme différents, ne se distinguent que par des modifications dans la forme, la proportion, la disposition, et, d'une manière générale, dans le degré de développement de parties qui, au fond, restent les mêmes. Ainsi ont lieu des variations infinies dans l'arrangement, et par conséquent dans le jeu des organes, sans que les rapports essentiels soient changés ; de là l'idée de l'unité de composition dans les êtres organisés. Partant de ce principe, il reconnui que les os élémentaires des membres antérieurs se retrouvent dans les nageoires pectorales des poissons , que la tête des vertébrés est formée chez tous de parties analogues, et que., chez les poissons, l'opercula

DîSCOUKS PREI.IMINAIIIE. 177

de l'ouïe n'est que la série des osselets de cet organe, poussés au dehors pour servir à d'autres usages. Une découverte fort remarquable, et qu'il avait en partie prévue depuis longtemps, est cellequ'il fit, en 1821, d'un véritable système dentaire chez les jeunes oiseaux. Par suite d'études faites dans une direction semblable, il fut constaté que, dans toutes les classes des vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles ou poissons), il y a un type de formation primitive pour les membres antérieurs: ainsi, chez les mammifères terrestres , ce sont des organes de préhension ou de locomotion ; ensevelis dans l'iiilérieur des chairs, comme chez les mammifères aquatiques, il n'en sort que la main pour fendre l'eau ; chez les oiseaux, ce sont des leviers destinés à frapper l'air j chez les poissons, des nageoires ayant pour fonction de faciliter les mouvements de progression. Cette identité est si rigoureuse, que, chez les mammifères dont le pied est enveloppé d'une corne , on reconnaît les os du métatarse et ceux des doigts réunis dans le sabot. Il en est de même de la colonne vertébrale qu'on retrouve toujours, avec des modifications corrélatives, suivant les différentes classes d'animaux et la diversité de leurs conditions d'existence, et dont le développement résulte de la prépondérance plus ou moins gi^ande du système sanguin ou du sjstème cérébro-spinal.

La même loi s'applique encore aux articulés: l'insecte, le cruslacé, vivent au dedans de leur colonne vertébrale, dont les pièces différentes sont représentées par leurs divers anneaux. Nous trouvons dans les tortues, parmi les vertébrés, un exemple de cette singularité de structure ; et l'on peut comparer les segments articulés du homard et de la scolopendre à une série de vertèbres constituant une colonne vertébrale, dont les pattes figurent les côtes; mais, pour continuer l'analogie et la trouver jusque dans les organes intérieurs, il faut renverser ces animaux 5ur le dos, si l'on veut placer dans le môme ordre les systèmes nerveux et sanguin; car, chez eux, le système viscéral est en dessus, et c'est sous le ventre que se trouvent les ganglions qui remplacent la moelle épinière et le cerveau. Chez eux comme chez les vertébrés, ces ganglions donnent naissance aux nerfs sensitifs ; et, ce qui rend plus frappante l'idée d'unité de plan, c'est que les vertébrés, encore dans l'œuf, sont fixés par le ventre au vitellus, tandis que les insectes le sont par le dos.

Après cette grande découverte de l'unité de plan du système osseux vient, comme complément indispensable, celle du balancement des organes , cause inépuisable de diversité dans les êtres. Parmi tant de

178 DISCOURS PRÉLÎMINAIKE.

faiis d'une si admirable fécondité pour l'explicalion des données philosophiques, nous citerons seulement celui de l'évolution du fœtus, quà, avant d'arriver à l'état que lui assigne son origine, passe, pour ainsi dire, parla forme des animaux des classes inférieures. L'idée du plan unique remonte à 1796 ; en 1807, elle avait une forme plus arrêtée ; depuis, son auteur n'a pas cessé d'en poursuivre la démonstration avec une patience infatigable. Il a recherché les analogies non seulement dans la comparaison des organes, mais encore dans leurs éléments, ne négligeant pas plus ceux qui restent à l'état rudimentaire que ceux qui acquièrent le plus grand développement.

Pendant que cette science se créait en France, l'illustre Goethe préludait, en 1792, à une semblable découverte, par son ouvrage sur les métamorphoses des plantes, écrit dans la même pensée. Bientôt après , il démontra la nécessité de fondre ensemble l'anatomie humaine et l'anatomie comparée ; et, pour donner à la science une base plus certaine, d'établir, d'après les fonctions, un type anatomique, un modèle universel, qui piît servir de guide dans l'étude des animaux. Les travaux de ce grand philosophe, mal compris de ceux à qui il les avait soumis, ne parurent qu'en 1820, quoiqu'ils eussent été terminés en 1796-

En 1807 et 1808, M. Oken en Allemagne et M. Duméril en France, furent conduits, par des considérations différentes, à l'idée de la composition vertébrale de la tête, que Goethe avait entrevue, plusieurs années auparavant, d'après le témoignage de quelques auteurs allemands. Cette théorie est aujourd'hui généralement admise en principe; et les auteurs les plus opposés à l'anatomie philosophique reconnaissent que la tête est composée , sinon de vertèbres agrandies , au moins de ceintures osseuses, comparables à des vertèbres. MM. de Blainville, Geoffroy Saint-Hilaire , Spix, Carus et Meckel, ont contribué au développement de la première idée , mais ils n'ont pas encore pu s'entendre sur le nombre des vertèbres crâniennes. Une autre question . moins importante , il est vrai , mais à la solution de laquelle Goethe fit faire un grand pas , est la démonstration de l'existence de l'os intermaxillaire chez l'homme. Cette découverte a fait disparaître la différence établie par Blumenbach entre l'homme et le singe. A la même époque, Vicqd'Azyr constata le même fait.

A peine cette voie fut-elle ouverte, qu'un grand nombre de savants dirigèrent leurs recherches dans le but de pousser plus loin les découvertes récentes; dans l'article Mammifères à\x Dictionnaire de Déterville,

DISCOURS PRELIMINAIKE. 179

M. deBlainville posa les bases d'une morphologie rationnelle des animaux supérieurs ; M. Serres contribua aux progrès de cette science par ses ouvrages sur les Lois de l'ostéogénie, et sur VAnatomie comparative du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés. Le, point de vue de M. Serres est le développement centripète de l'organisme, d'après lequel on voit tout tendre de la circonférence au centre. Partant de cette base, l'auteur poursuit, à travers la modification infinie des formes, la concordance des parties analogues; mais l'Allemagne, dont les esprits sont si propres aux spéculations, a fourni les conceptions les plus hardies. En 1821, M. Oken publia, sous le titre de Système d'atiatomie, de physiologie et d'histoire îiaiurelley un exposé de ses vues d'unité , dans lequel la nature entier est l'objet de ses méditations. Il prend pourpoint de départ les quatr éléments des anciens, l'air, le feu, l'eau et la terre, dont il expliqua toutefois la nature ; il trouve quatre classes correspondantes pour le règne minéral , trois pour le règne végétal , quatre pour le règne animal. Dans les animaux, les parties organiques élémentaires sont les intestins, les veines, les trachées ou poumons, et les organes de la vie de relation, qui sont eux-mêmes des répétitions des éléments typiques, et passent à travers cette répétition de parties organiques. Il montre ensuite, comme conséquence de ce principe, que le règne animal s'est développé dans le même ordre que les organes dans le corps des animaux. Ce sont , d'après lui , ces organes qui caractérisent les classes, et il y a autant de classes d'animaux qu'il y a d'organes ; en conséquence ses trois grandes divisions sont : les animaux à viscères qui forment les invertébrés ; les animaux à chair ou les poissons, les reptiles et les oiseaux, enfin les animaux à sens ou les mammifères. Cesmêmes caractères, se retrouvent dans les différentes classes. Ce système, dont les idées paraissent étranges au premier abord, est d'une grande profondeur philosophique.

IM. Carus prend l'œuf ou la sphère creuse, figure des êtres les plus élémentaires, comme la base de tout le développement de l'organisme. D'après ses idées, la partie molle de la sphère tend à conserver sa forme, tandis que la partie solide ou l'axe , susceptible de déplacement, tend à produire des figures terminées par des lignes droites qui modifient la forme de la sphère.

M. Spix a suivi une voie semblable, c'est-à-dire qu'il s'est lance dans \e champ des abslraciions : aussi son système est-il peu en harmonie avec

nos idées positives. La marche de l'anatomie philosophique française esi toute différente: elle déduit plus froidement, et remonte des faits à la généralisation, au lieu de prendre l'inconnu pour point de départ.

Cette grande et puissante création, à laquelle il ne reste qu'à se développer par l'observation , n'a pas trouvé partout des partisans ; eu effet, elle a encore à répondre à des objections puissantes. G. Cuvier se montra l'un de ses antagonistes les plus sévères ; il admettait que les êtres organisés, loin de former une ligne continue, sans interruptions, en forment plusieurs marchant parallèlement ; qu'alors un seul plan ne suffit plus, et qu'il en faut plusieurs, puisqu'il y a plusieurs gradations parallèles. Il disait que les zoologistes philosophes cherchaient en vain l'unité dans les organes ; qu'elle réside dans les fonctions générales et essentielles , qui sont les conditions absolues de l'animalité. La divergence qui sépare les deux écoles existe encore, et ce n'est pas à nous de décider la question : nous dirons seulement de l'anatomie philosophique que si , comme les théories générales, elle a procédé d'une manière peut-être trop absolue, elle renferme assez de vérités pour qu'on ne puisse la repousser sans examen.

Physiologie. — Nous avons vu, dans les siècles précédents, la physiologie soumise aux hypothèses des sectes chimiques et mécaniques, ou allant puiser, dans des théories plus ou moins spécieuses, l'explication des phénomènes de la vie. Les progrès des sciences ne lui ont pas encore, il est vrai, permis d'asseoir ses explications sur des démonstrations toujours rigoureuses; mais elle a cessé d'être l'esclave des systèmes dominants en philosophie et dans les sciences physiques, et elle domine toutes celles qui ont pour but la connaissance de l'être et de ses fonctions : aussi la métaphysiqueel la philosophie transcendante, qui s'épuisent en vains efforts pour trouver, dans des hypothèses, l'explicaiiou des faits de l'ordre le plus élevé, sont-elles obligées de venir demander à la physiologie les lumières qui leur manquent. Celle science intéresse donc profondément tous ceux qui voient dans l'élude de la nature l'unique base de la certitude humaine; et la société civile elle-même peut en attendre des modifications importantes dans sa constitution organique.

A la tête des hommes du siècle qui ont rendu le plus de services à la physiologie , se place naturellement Bichat. Observateur judicieux, sachant tirer des inductions profondes de simples rapprochemenls ou

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. I8l

de simples analogies , il rapporte lous les phénomènes de la vie à des propriétés dont les unes résident dans les organes, tandis que les auiies sont répandues dans le reste de l'économie vivante. Les distinctions qu'il fait entre les tissus et leur rôle dans l'état normal et pathologique sont devenues la source des révolutions qui , depuis le commencement de ce siècle, ont régénéré la médecine.

La physiologie touche de si près aux phénomènes appelés psychologiques, que presque tous les physiologistes ont abordé cette grande question. L'un des plus célèbres sous ce rapport, Cabanis, fit principalement servir ses vastes connaissances à l'explication des phénomènes de l'intelligence; dans son éloquent ouvrage sur le rapport du physique et du moral de l'homme, il remplit la lacune laissée par les philosophes sensualisles dans l'explication du mécanisme mystérieux de la pensée. De Laméthric, Priesiley et Darwin, ne virent dans les phénomènes de l'économie vivante que des propriétés de la matière organique. Baumes, Ackermann, suivant la même voie, rentrèrent dans les théories des physiologistes chimistes et mécaniciens, tandis que d'autres y cher- <;liaient des explications prises en dehors de la science. Nous ne sommes pas tout à fait affranchis de ces idées exclusives ; chacun explique encore par une théorie, résultat de ses études, de ses cr-oyances ou de ses préjugés, les phénomènes de la vie ; mais il n'en résulte pas moins des travaux de ce siècle que chacun contribue , par ses recherches laborieuses, à enrichir la science de faits nouveaux, abstraction faite de toute théorie,

MM. Buisson, Grimaud, Magendie, Bicherand, Adelon , Dumas, Broussais, Breschct, Bourdon, Sprengel, Burdach, de Blainville, Dugès, Millier, ont écrit des traités généraux qui se rapportent aussi bien aux animaux qu'à l'homme, et embrassant l'ensemble de la science; mais ces grands travaux n'ont pas empêché les éludes spéciales , et les fonctions particulières des organes ont été observées avec soin. MM. Leroy, Dhéré, Dnncan , Edwards, etc. , ont étudié les phénomènes de la nutrition en général ; MM. Chaussier, Monlègre, Magendie, Tiedemann, Gmelin, Schwann, ceux de la digestion; MM. Barry, Legallois, Davy, Allen, Edwards, Martin Saint-Ange, Goodwyn, Pépys,ont fait de nombreuses recherches sur la respiration et la circulation ; M. Poiseuille » calculé la force impulsive du cœur sur le fluide sanguin ; MM. Legallois, Prévost, Dumas, Donné. Schultz, Kaltenbrunner, Wilson, Millier, Andral, etc., ont réuni un grand nombre d'observations sur le

sang; Bichat, MM. Magendie, Fohmann, Tiedemann, Gmeliii, Lippi, Panizza, Anlomarchî, Bell, Parsons, Configliachi, ont iraité des sécrétions et des excrétions dans des ouvrages généraux ou des mémoires particuliers; MM. Desprelz, Coulanceau, Brodie et Chossat, se sont occupés de la chaleur animale; MM. Breschet et Becquerel ont déterminé, par des expériences délicates, la température des tissus animaux; MM. Duirochet, Fodera, Home, Tiedemann, Carlisle, Laulh, Meckel, Blainville, Tilesius , Séguin , etc. , ont fait de nombreuses recherches sur l'absorption; MM. Scarpa , Gaillardi, Fiourens et Serres, sur la formation des os; M. Fiourens s'est livré à des expériences pleines d'intérêt sur la coloration des os par la garance; MM. Dumas, Prévost, Prochaska, Carlisle, ont étudié le mouvement musculaire ; MM. Gautier, de Blainville, Délie Chiaje, Mojon, Breschet, Roussel de Vauzème et Fiourens, ont donné des travaux intéressants sur la structure de la peau; MM. Pinel, Gall , Spurzheim , Broussais , Legallois, Jacobson, Rolando, Bell, Béclard, Desmoulins, Fiourens, Burdach , Bouillaud , Adelon, Bailli, Breschet, ont fait une profonde étude du système nerveux. Gall est le créateur de la phre'nologie, science nouvelle, entrevue, il est vrai, par plusieurs physiologistes anciens, mais qui s'est, de nos jours, établie comme doctrine philosophique au milieu des théories existantes , et qui attend de ses laborieux sectateurs la confirmation des premières vérités dont elle a posé les bases. MM. Cuvier, de Blainville , Duméril, Home, Froriep, Lehmann , Knox , Houston , Broussais, Breschet, Fiourens, Cloquet, Dugès, Millier, etc., ont éludi spécialement les organes des sens.

Les fonctions si complexes de la génération ont occupé un grand nombre de physiologistes ; mais les premiers travaux entrepris dans cette direction se sont bornés à des recherches plus ou moins spéciales. Nous citerons, parmi les hommes qui s'y sont livrés, MM. Pander, Baër, Meckel, Ralhke, Tiedemann, Bojanus, Purkinje, Huschke, Cuvier, Dutrochet, Serres, Weber, Breschet, Prévost, Dumas, Velpeau, Fiourens, Martin Saint-Ange, etc. D'autres physiologistes ont étendu leurs études à toute la série animale , et des traités spéciaux ont été publiés sur cette matière par MM. Burdach, Millier, Valentin, etc., en France, M. Costa a fait de l'embryogénie et de l'ovologie comparée l'objet d'un enseignement dans la chaire d'anaiomie comparée de M. de Blainville, au Jardin du Roi. Un bnllanl avenir est promis à celte partie de la science.

TI est une autre branche de la science physiologique qui , de nos jours, vient se heurter contre un scepticisme bien naturel , mais poussé trop loin, sans doute : c'est le somnambulisme magnétique , qui a occupé MM. Deleuze, Bertrand, Puységur, Frappart, Teste, Ricard, etc., et qui compte encore un grand nombre d'adeptes. Depuis les mystifications de Mesmer, l'Académie des sciences et celle de médecine sont intervenues, par intervalle, dans cette question, chaque fois qu'il s'est présenté des magnétiseurs annonçant de nouveaux prodiges j jusqu'à ce jour, le problème n'est pas résolu} ce qui vient peut-être de ce qu'on cherche dans un phénomène réel des effets imaginaires.

Tératologie. — Une nouvelle branche de la science , d'un puissant intérêt et destinée à révéler les mystères de l'évolution des êtres, est la tératologie^ qui repose sur le principe dont il a été question en traitant de l'anatomie philosophique, c'est-à-dire que les embryons passent, dans le cours de leur développement, par la forme des animaux des classes inférieures. II résulte de ce principe que, s'il survient un temps d'arrêt, il naît un être incomplet dans son espèce.

Les anciens tératologisies ( si l'on peut donner ce nom à des hommes qui n'ont recueilli que des faits mal vérifiés , au lieu d'aller chercher dans un principe siîr les causes de ces anomalies) voyaient, dans tous ces monstres , les fruits de l'œuvre du démon ou d'unions antinaturelles : Montaigne et Bacon , doués d'une raison plus froide, ne virent dans les êtres anomaux que les résultats de lois différentes de celles qui sont communes à l'espèce. Au xviii^ siècle, la tératologie prit une marche plus rationnelle ; mais avant Haller, le régénérateur de cette importante partie de la science , on ne trouve qu'à glaner parmi des absurdités ; ou, si quelques faits vraisemblables se présentent , on flotte entre l'affirmation des uns et la négation des autres. Ce fut ce savant anatomiste qui démontra l'utilité de l'étude des anomalies organiques pour le progrès de la physiologie.

Les anatomiste» philosophes ont cherché dans les inégalités de développement de l'embryon l'explication des phénomènes tératologiques. MM. Meckel, Geoffroy Saint-Hilaire , Serres et Isidore Geoffroy, ont démontré, à l'aide dun grand nombre de faits, que les anomalies résultent presque toujours d'un arrêt survenu dans le développemcEt d un certain nombre d'organes, ayant conservé jusqu'à la naissance les caractères qui cessent ordinairement d'exister pendant les premtè

res périodes fœlales ou même embryonnaires. Il suit de là que la monstruosité n'est pas un aveugle désordre, mais un ordre régulier, soumis à des lois précises, à des règles constantes. Toute loi tératologique a sa loi correspondante dans l'ordre normal, et les monstres peuvent être classés d'après le principe des méthodes linnéennes; il existe donc un rapprochement forcé entre les divers degrés de monstruosité et ceux de l'échelle animale. Celle idée de classificaiion, due à M. Geoffroy Sainl-Hilaire, a été développée et complétée par M. Isidore Geoffroy. En l'étendant à tous les groupes, et en les échelonnant suivant le principe de la subordination des caractères, il a rendu la classifi(;alion téralologique plus régulière que la classification zoologique.

Il existe à notre époque de nombreux travaux téraiologiques : MM. Geoffroy Saint-Hilaire père et tils, Meckel , Serres et Otto, ont écrit des traités généraux. MM. Délie Chiaje, Meckel, Ollo , Antomarchi, Burkard, Herold, ont étudié les monstres doubles et simples.

L'hermaphrodisme et l'hémilérie ont occupé MM. Jacobi, Martin Sainl-Ange, Weese, Slampini, Nicati, etc. MM. Breschet et Geoffroy, Orth et Himly, ont recherché les lois des monstruosités par inclusioii.

Zoologie générale. — La zoologie , cultivée avec un succès toujours croissant depuis la renaissance des lettres, ne prit un véritable caractère de stabilité qu'après que le génie de Linné eut jelé les bases de la méthode naturelle; mais les travaux de l'illustre Suédois et les perfectionnements successifs qu'il avait apportés à sa classification dans les diverses éditions de son Systema iiaturœ, n'avaient pas empêché les essais d'autres méthodistes. G. Cuvierqui, pendant longtemps, résuma toute la science française, ou, pour mieux dire, fut la plus haute expression scientifique du commencement de ce siècle, commença par réviser, en 1795, de concert avec M. Geoffroy Saint-Hilaire, la classificaiion des mammifères , puis il fit des études semblables sur les êtres de la série animale , et partout il apporta une réforme depuis longtemps désirée. Linné avait formé sans choix sa classe des vers de tous les animaux qui n'avaient pu trouver place dans les classes précédentes ; cette classification vicieuse réclamait d'importantes modifications. Cuvier, qu'un séjour sur les côtes de Normandie mit à portée d'étudier les animaux marins, prépara, de 1790 à 1795, pour la classe des vers, un nouveau mode de classification , qui, dès sa publication (1795), obtint l'adhésion

DISCOUKS PlUiLIMINAIRE. Igg

de tous les naturalistes. Ce grand et beau travail remplit toutes l«»s conditions d'une méthode naturelle, quelle que soit la dispositîon des groupes intermédiaires; mais il a déjà subi d'inévitables perl'ecvionnenients, par suite des progrès qu'ont amenés des éludes de plus en plus profondes sur les êtres des diverses classes. En 1797, Cuvier publia -son tableau élémentaire de l'hisloire naturelle des animaux; il présenta» en 1817 et en 1830, dans la 2^ édition du R'ègne a?ù?naly ouvrage aussi capital dans la science que le Systema naturœ de Linné, une classification complète de tous les animaux, fondée sur leur organisation, d'après le principe des affinités naturelles.

Le système de Cuvier est fondé sur l'ordre descendant, c'est-à-dire qu'on y trouve le type le plus complexe au sommet et le plus simple à la base; il à été adopté par la plupart des naturalistes, comme le mieux approprié aux besoins de l'étude , en ce qu'il va du connu à l'inconnu. Cependant tous les zoologistes n'ont pas accepté ce système ; ils ont fait des efforts constants pour arriver à une classification plus parfaite et plus philosophique encore; et, si leurs tentatives n'ont pas toujours été accompagnées de succès, du moins ont-elles contribué au progrès de 7a science , en variant les points de vue. Lamarck, porté par sa nature à l'abstraction, a adopté l'ordre inverse de Cuvier ; il a établi un système général de classification des animaux, en suivant l'ordre ascendant, comme celui qui répondait le mieux à la théorie de la génération successive des êtres.

Toutefois, ce renversement de l'ordre de classification générale n'a pas exercé une bien grande influence sur les divisions des groupes fondamentaux, et la méthode naturelle a triomphé de toutes les tentatives faites en dehors de ses principes. Différentes modifications y ont été apportées par plusieurs auteurs, sans l'altérer profondément ; mais M. de Blainville est venu, avec l'autorité de son profond savoir, proposer de nouvelles bases de classification, en opposition avec celles de Cuvier. Selon cet auteur, le règne animal doit être partagé en trois groupes primordiaux seulement, fondés sur les formes générales des animaux et sur leur relation avec la disposition du système nerveux. Plusieurs des hommes éminents dans la science inclinent vers l'opinion de M. de Blainville, et quoique son système n'ait pas obtenu une adhésion générale , la plupart des naturalistes tlotlent entre les deux systèmes Qui se disputent la prééminence.

Il est une autre manière d'envisager la connexion des êtres vivants*

c'est celle de MM. Oken et Mac-Leay. Nous avons fuit connaîtra Ips idées du premier, en pailanl de l'anaiomie philosopliique; il nous rere à exposer la méthode de Mac-Leay : cet auteur base son système sui ce principe déduit des affinités naturelles des êtres , que tous les groupes organiques affectent la forme circulaire ; d'après son arrangement, chacun de ces cercles contient cinq autres groupes formant un. nouveau cercle ; aux points où ces cercles se touchent par leur rirconférence, se trouvent des groupes intermédiaires qui les lient entre eux. Ainsi, il y a affinité entre les êtres d'un même cercle, et analogie seu-' lement enlre ceux de deux cercles différents. D'après ce système, tous les êtres organisés sont divisés en deux grands cercles comprenant. l'un le règne végétal, l'autre le règne animal, et chacun d'eux est ensuite partagé en groupes secondaires. Ce mode de classification, appelé système quinaire et exposé dans [esBorœ entoïnologicœ, publiées de 1819 à 1821, a été étendu et appliqué à tout le règne animal par plusieurs naturalistes anglais, et enlre autres par M. Swainson.

Après les ouvrages systématiques, résultats des efforts des maîtres de la science, viennent ceux des naturalistes qui, sans créer de systèmes, acceptent les méthodes généralement admises, ou se contentent de modifications de peu d'importance. Nous citerons les éléments de zoologie générale de MM. Latreille, Duméril, Milne Edwards, Pouchet, Van-der Hœven, Grant, Hollard, Hemprich, Kaup, Munck, Reichenbach; mais il manque un Systema auimalium, contenant l'indication de tous les animaux décrits ou renfermés dans les collections et les traités séparés.

Mammalogie. — Le nombre toujours croissant des animaux dont se sont enrichis les collections a nécessité la division de la zoologie en plusieurs branches. En tête, se trouve la mammalogie. Cette science, perfectionnée sous le rapport de la méthode par les classifîcateurs généraux, a vu le système de G. Cuvier modifié par MM. Desmarest, Duméril, Duvernoy. Latreille, Ranzani, Desmoulins, Fréd. Cuvier et Van-der Hœven, qui tous sont partis d'un point de vue commun, fondé sur les principes de la méthode naturelle ; mais, comme la science n'arrive pas d'un seul coup à un degré de certitude tel que toute contradiction soit impossible, d'autres essais ont eu lieu pour donner une classification plus parfaite des mammifères. En 1811, Illiger publia son Prodromus systetnatis mammalium , qui contenaii une nouvelle méthode, foncée sur les organes de préhension et de sustentation j ce travail, quoique

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\ emarquable sous plusieurs nippons, a le défaut d'èlre empreint d'un néologisme qui ajoute à l'élude des difficultés nouvelles. M. de Blain- Vi^ie a publié, en 1816, une classification différente de celle de Cuvicr, et basée sur l'unité ou la dualité de l'utérus, ainsi que sur une appréciation rigoureuse de la valeur des principaux caractères niammalog'iqucs. M. Desmoulins a cherché, en 1825, à concilier le système de Cuvier et celui de M. de Blainville, sans que celte modification ait été adoptée. M. Isidore Geoffroy a divisé les mammifères en trois séries parallèles, commençant, chacune, par les êtres les plus complets et descendant jusqu'aux plus simples. Le prince Charles Bonaparte a également établi une classification naturelle dans laquelle on retrouve la plupart des ordres de Linné, mais qui est divisée en deux séries fondées sur le mode de reproduction des mammifères. Dans son état actuel, la méthode mammalogique doit subir les perfectionnements depuis longtemps proposés par les zoologistes , et qui tendent à séparer ou à unir certains ordres ou certaines familles dont la structure et les détails d'organisation sont aujourd'hui mieux connus. Les travaux généraux sur les mammifcM-cs sont fort nombreux. Les ouvrages de Buffon , malgré leur charme, sont aujourd'hui surannés et ne sont plus en harmonie avec la forme séi-ieuse qui, à notre époque, domine toutes les éludes. Les ouvrages généraux renferment tous l'histoire des mammifères; mais il y a aussi quelques traités spéciaux : tels que ceux de Desmarest , de MM. Lesson et .Schin/; la grande histoire naturelle des mammifères par M. Geoffroy Saint-Hilaire et F. Cuvier, un des plus précieux monuments de la science mammalogique, et le Systema mainmaliian de M. Fischer, encore incomplet, peut-être, à cause des progrès rapides de la science, mais qui peut donner une idée des espèces connues. On doit compter parmi les travaux qui ont contribué le plus puissamment à faire avancer la mammalogie, les monographies et les faunes, parmi lesquelles nous citerons celles de MM. d'Audebert, Geoffroy père el tils, Temminck, Lichlenstein, de Blainville, Desmarest, F. Cuvier, Du- \ernoy, Bennetl, Gray, Bengger, le prince Maximilien de Nemvled, :Roulin, Savi, Spix , Bowdich, Ritgen, Waterhouse, etc.

On a, de tout temps, attaché une grande importance à l'élude de /a structure des mammifères ; mais, de nos jours plus que iamais, des recherches spéciales ont été faites pour arriver à une connaissance plus intime de l'organisation des grands vertébrés. M. Mecke' a publié une monographie analomique de l'ornithorhynque et de I*é-

chidné ; MM. E. Home, Georges Cuvier, de Blainville , ont trailé ia même sujet. F. Cuvier a composé, sur les dénis des mammifères, considérées comme caractère zoologique , un ouvrage destiné à faire apprécier l'importance du système dentaire dans les diverses familles du règne animal; M. Rousseau en a fait connaître le développement dans les différents âges chez plusieurs espèces. MM. Relzius, de Stock holm, Owen et Dujardin, en ont étudié la structure intime. G. Cuviei a rédigé un grand nombre de mémoires sur des particularités organiques propres à certains ordres ou à certains genres, entre autres sur l'oreille interne des cétacés, sur les narines des mêmes animaux, sur la rate des marsouins, sur l'ostéologie des hippopotames, des paresseux, et sarcelle des mammifères en général. M. Fischer a donné une anatomie des makis j MM. Pander et Dalton ont publié un traité d'osléologie des mammifères; M. Weber a contribué, par ses travaux, à la connaissance de leur charpente osseuse. M. Wolf a étudié la production de la voix dans les animaux de cette classe; M. Gurtl a donné une anatomie des animaux domestiques, ainsi qu'un beau travail sur les glandes des canaux sudorifères, sur les glandes sébacées de la peau dans les animaux domestiques , et sur la structure des ongles et des cornes. M. Walch a traité de l'organisme animal dans les mammifères. MM.Lobslein et Duvernoy ont publié des détails fort intéressants sur l'anatomie des phoques, et M. Rapp, sur celle des cétacés. M. Otto a étudié la disposition particulière des artères encéphaliques dans les animaux hibernants; il a découvert, dans une espèce de singe, une disposition particulière de l'estomac, que les travaux de MM. Owen etDuvernoy ont démontré caractériser les semnopithèques. Le premier a découvert le sphincter œsophagien du diaphragme dans les mammifères grimpeurs. MM. Breschet et Roussel de Vauzème ont étudié l'appareil tégumenlaire des mammifères. MM. Meckel, Lauth, Savarl, Gerdy, Bennati, Cagniard-Latoui; et surtout J. Millier, le savant professeur de Berlin, ont avancé, par leurs travaux, la théorie de la voix dans l'homme et dans les autres vertébrés à mammelles. MM. Flourens, Henle, Bischof et Turpin, ont étudié les membranes muqueuses ; MM. E. Geoffroy Sainl-Hilaire, de Blainville, Owen et plusieurs autres ont fait des recherches sur le mode cle génération des marsupiaux et des monolrêmes. M. Martin Saint- Ange a fait des villosités du chorion des mammifères le sujet d'un grand mémoire. MM. Coste, Eschricht, Gluge, se sont occupés du même sujet. MM. Baër et Rathke ont recueilli des observations sur l'embryogéaie

des mammifère-s MM. Dujardin et Verger ont entrepris des recherches sur la structure intime du foie de ces animaux. MM. Raihke, Baër Weber et •'. Midler, se sont servis du microscope pour étudier la siruciure des organes des sécrétions. MM. Ehrenberg, Th. Schwann, A'alenlin, Burdach et Mandl, ont exercé leur sagacité sur l'anaiomie nicroscopique des nerfs.

M. Roulin, continuant les observations d'Azara sur les mœurs des animaux de l'ancien monde, transportés en Amérique, s'est occupé des changements qu'ont produits sur les espèces les nouvelles circonstances dans lesquelles elles se sont trouvées.

L'histoire des mœurs des mammifères est la partie la moins étudiée et par conséquent celle sur laquelle il règne le plus d'obscurité. Nous trouvons bien, dans les relations des voyageurs, des détails épars sur <iertaines particularités concernant la manière de vivre des animaux qu'ils ont observés; mais nous ne connaissons d'ouvrage complet, sous ce rapport, que l'histoire naturelle des mammifères dont il a été question plus haut, et pour laquelle F. Cuvier a observé à l'état vivant la plupart des animaux qu'il a décrits. M. Fiourens a publié un résumé plein <l'intérêt des nombreux travaux de F. Cuvier sur le moral des animaux et sur leurs caratères zoologiques. MM. d'Obsonville, Leroy, Virey et Pougens, se sont aussi occupés de l'instinct des animaux. MM. Bureau de La Malle et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ont traité, après Buffon et F. Cuvier, de leur domestication.

L'appréciation des phénomènes intellectuels, entreprise d'abord par Buffon , a occupé l'attention de Dupont de Nemours et plus récemment de F. Cuvier. Depuis, les phrénologistes ont essayé de vérifier leur doctrine, en cherchant, dans la structure du crâne des mammifères, l'indication de leurs penchants et de leurs facultés.

Or/«VAo%ee.— L'ornithologie n'est pas moins cultivée que les autres branches de l'histoire naturelle. Quoique les hommes spéciaux dans cette science soient généralement peu nombreux, les travaux systématologiques ont occupé plusieurs savants qui, presque tous, ont pris pour base la classification linnéenne, la plus naturelle de toutes. En 1790, Latham fit paraître son Index ormthologicus, remarquable par sa clarté et sa précision. Cuvier vint ensuite et fit, pour la classification des oiseaux, ce qu'il avait fait pour toutes les autres classes duiègne animal, c'est-à-dire qu'il commença par éhauciier un système appelé,

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»:\)iuiiie sf S autres travaux , à faire époque dans la science ; il le perifc<;iioiMia plus tard , en mettant à profit ses propres observations el i*is eiudes des autres ornithologistes. Lac('pède, Illiger, M. Duméril, ont attaché aussi à leurs travaux ornithologiques une méthode de Classification particulière, fondée, comme toutes celles de l'époque, sur les caractères tirés du bec et des pattes. En 1812 , M. de Blainville parla, pour la première fois, de l'avantage de l'étude de l'appareil slernal dans la distribution systématique des oiseaux. Cette idée fut mise à profit par le docteur Lherminier, qui la prit pour base d'un système ornithologique. M. Merrem est arrivé en même temps que M. de Blainville à un résultat semblable dans son Tentamen systematis naturfflis avium. Les deux classes fondamentales de sa méthode sont basées sur la présence ou l'absence du bréchet. M. Ranzani de Bologne a également eu égard aux caractères résultant de la forme de l'appareil sicrnal, dans la classification des oiseaux faisant partie de ses éléments de zoologie. Vieillot, Latreille,MM. Kuhl, Hursfield,Vigors, Swainson, Ch. Bonaparte, Temminck, Isidore Geoffroy Saint-Hilaireet Wagler, ont aussi joint à leurs descriptions une classification systématique ; nous pouvons citer , parmi les ornithologistes qui contribuent par leurs études au perfectionnement de la méthode naturelle, M. de Laficsnaye, qui a publié, dans le Magasin zoologique, un grand nombre d'articles d'ornithologie et plusieurs mémoires fort estimés.

Les travaux descriptifs généraux .d'ornithologie sont moins abondants que les monographies ou les faunes ornithologiques. Buffon, dont les nombreuses éditions se sont chaque fois enrichies des nouvelles découvertes de la science, a toujours été un ouvrage fondamental en ornithologie. Les méthodologisies ont aussi pour la plupart donné un tableau raccourci, mais aussi complet que possible, du nombre des oiseaux connus. Divers manuels d'ornithologie ont été publiés, et les dictionnaires des sciences naturelles sont devenus des répertoires complets.

Les monographies ornithologiques sont d'un haut intérêt, et presque toutes, surtout de nos jours, sont accompagnées de figures d'une grande beauté et d'une parfaite exactitude. Levaillant avait publié, en 1799, une monogiaphie des perroquets; depuis celte époque jusqu'en 1807, on a eu de lui l'histoire des oiseaux de paradis, des rolliers, des toucans, des couroucous, des promerops, des guêpiers, etc.; Desmarets a fait paraître la monographie des tangaras, des manakins et des todiers; Daudin, celle des tangaras, des moucherolles, etc. i Vieillot, celle des oiseaux

chanleurs de la zone lorride; Temminck a donné l'histoire des poissons; M. Lesson, celle des oiseaux-mouches ; M. Gould a publié, dans ces dernières années, la monographie des ramphaslidés, des couroucons et de plusieurs autres genres ou familles; MM. Wagler, Lea et Bourjoi^ïsaint- Hilaire, celle des perroquets; M. Swainson , celle des tyrans d'Amérique. M. Ménétrier est l'auteur d'une monographie des fourmiliers.

Les auteurs de faunes orniihologiques sont très nombreux : Levaiilant a donné l'histoire des oiseaux d'Afrique ; Savigny nous a fait connaître ceux de l'Egypte et de la Syrie ; Shaw, ceux de la Nouvelle- Hollande ; M. Gould a publié une centurie des oiseaux de l'Himalaya ainsi que la faune des oiseaux de la Nouvelle-Hollande; M. Alcide d'Orbigny a publié une partie de l'ornithologie des Antilles; il a commencé et il continue la description des oiseaux de l'Amérique méridionale. MM. Rïippel, Smith, Ehrenberg, ont étudié les oiseaux de l'Afrique; MM. Vieillot, Wilson, Audubon, Ch. Bonaparte, ceux de l'Amérique du Nord; le prince de Neimied et M. Spix, ceux du Brésil ; M. Siebold, ceux du Japon ; M. Sykes, ceux du pays des Mahraites; Sonnerai, ceux des Indes et de la Chine; MM. Temminck, Brehm, Gould, etc., ont publié l'histoire naturelle des oiseaux d'Europe; MM.Gérardin, Vieillot, Polydore Roux, Crespon et Degland, la faune orniihologique de la France; MM. Brehm, Schilling, Borkhausen, Spalowsky, Naumann, Meyer et Wolf, celle de l'Allemagne; MM. Lewin, Lord, Bewick,Selby,Pennant,elc., celle de l'Angleterre; MM. Nuccavi, Bonelli, Ch. Bonaparte et Savi, l'orniihologie de l'Italie ; M. Schinz a décrit les oiseaux de la Suisse; M. Meyer, ceux de la Livonie et de l'Esihonie; M. Besecke, ceux de la Courlande. M. Nilson est l'auteur d'une ornithologie suédoise; MM. Rafles, Kuhl et Horsfield ont donné des descriptions d'oiseaux de Java; M. Faber a publié un prodrome des oiseaux de l'Islande et une faune des oiseaux du Nord ; M. Kiltlitz a fait connaître quelques oiseaux du Chili. La plupartdes voyageurs , tels que MM. Quoy, Gaimard, Lesson, Bellanger, Garnot, et en général tous les circumnavigateurs, ont consacré, dans leurs relations, une place importante à .a description des oiseaux.

Nous ne connaissons que fort peu de savants qui se soient spécialement occupés d'ornithotomie. Nous ne trouvons guère que M. Tiedemann qui en ait fait l'objet d'études particulières ; nous ajouterons seulement que les plus célèbres anatomistes comparateurs se sont t«ccupés de la structure des oiseaux. G. Cuvîer a fait connaître leur

larynx inférieur, et a publié un mémoire sur l'ossificaiion du sternum dans Ici animaux de celle classe; M. Geoffroy Saini-Hilaire s'est livré à de nombreux travaux sur leur squelette et sur leurs organes reproducteurs; M. Breschet a étudié chez eux l'organe de l'ouïe; M. Brandt, de Saint- Péiersbourg, a publié un grand travail, avec iconographie, sur leur ostéologie. MM. Laulh, Millier et Duvernoy ont découvert les tissus élastiques qui, dans l'aile des oiseaux en général et dans la poche sous-mandibulaire du pélican en particulier, remplissent la même fonction que les ligaments dénués de force vive. Le dernier de ces anatomistes a décrit les nombreuses modifications osseuses et musculaires que présente la langue des oiseaux. MM. Cuvier, Dulrochet, Flourens et Coste, ont cherché les analogies qui existent entre l'œuf de l'ovipare et celui du mammifère ; M. Richard Owen a donné l'anatomie zoologique de plusieurs espèces; M. Nitzsch a étudié les pennes des oiseaux; M. Thienemann a fait l'histoire de la reproduction des oiseaux d'Europej^ M. Schinz est l'auteur d'un travail sur leurs nids et leurs œufs, etc., etc. Une partie bien importante et encore peu connue de l'ornithologie, est la partie ethnographique. On peut dire que, sous ce rapport, la science ornilhologique présente une grande lacune que le temps seul pourra remplir. Les migrations des oiseaux ont bien été l'objet des études de quelques observateurs; mais nos connaissances à ce sujet sont encore fort incertaines.

Erpétologie. — Nous avons vu la science erpétologique naître at. XVIII» siècle sous l'inspiration de Laurenti ; depuis elle a grandi, et le XIX* siècle est riche en observations de toutes sortes. Nous passerons rapidement en revue les méthodologistes qui sont très nombreux. Lacépède, le premier dans l'ordre chronologique, a donné, dans sa continuation des œuvres de Buffon, une histoire naturelle des quadrupèdes ovipares et des serpents; il a fondé sa classification, poulies premiers, sur la présence ou l'absence de la queue, pour les autres sur la présence ou l'absence des pieds. En 1799, M. Brongniart a publié un arrangement systématique des reptiles, fondé sur les caractères anatomiques , affranchissant ainsi la science des entraves d'une étroite routine. Laireille n'a donné qu'une modification du système de Lacépède; Daudin a fait paraître, en 1802 et 1803, une histoire générale des reptiles, où il a suivi la méthode de M. Brongniart. Il est à regretter que ce iiavail, fait avec rapidité, soit quelquefois inexact. G. Cuvier a

î)ublic,cn 1798, dans son Tableau éicmenlairc de l'hisloire naiurelle des animaux , une classificalion qui se rapproche de celle de Lacépède. Il adopta, plus lard, celle de M. Brongniari; et, vingt années après, il publia <in nouvel arrangement des reptiles fondé sur la subordination des ca- 4actères. M. Duméril, qui a succédé à Lacépède, et qui, depuis près <le quarante années , occupe la chaire d'erpétologie , a successivement' perfectionné la méthode naturelle qu'il a suivie dans les nouvelles suites 4» Buffon, publiées en 183^^:, conjointement avec M. Bibron. Oppcl, natunulisle bavarois, a fait paraître, en 1811, un travail systématique sur des reptiles. M. Merrema donné, en 1820, son Tentamen systematis amphibiorian ; cet ouvrage, peu au courant de la science, n'est que la re- 4»roduction d'un autre qui lui est antérieur ; le système qu'il a suivi est presque celui d'Oppel. M. de Blainville a apporté, dans sa classification, ia science et la sagacité qui le distinguent. M. Gray a publié plusieurs <}ssais de classification qui n'ont pas été adoptés. Le docteur Harlan est Fauteur d'une faune erpétologique de l'Amérique du Nord, dans laquelle il propose un système de classificalion fondé sur les organes respiratoires. On distingue surtout dans son travail la partie relulive aux genres grenouille, rainette et crapaud. M. Haworth a proposé un système dichotomique de la classe des reptiles, emprunté en partie à Merrem. M. Filzinger, auteur doué d'une saine critique, a .proposé un nouvel arrangement systématique, dans son catalogue des reptiles que renferme le musée zoologique de Vienne. M. Rilgen est l'auteur d'une méthode inadmissible , par suite des nombreuses particularités qu'il y a introduites. Il nous reste à citer avec éloge le travail de M. Wagler sur la classification des reptiles, comme étant conforme aux vrais principes de la méthode naturelle. On voit que les travaux systématiques relatifs aux animaux de cette classe ont beaucoup exercé la sagacité des naturalistes, à cause des modifications nombreuses que présente leur organisation. Chacun des auteurs que nous venons de citer ne s'est point contenté d'un simple travail de nomenclature; mais il y a joint des descriptions augmentées, chaque fois, des genres nouveaux dont la science s'était enrichie. L'erpétologie compte aussi , au nombre de ses historiens, INIM. Meyer, Kaup, Reuss, en Allemagne; Lichtentein, Gravenhorst et Wiegmann, en Prusse; Schlegel, Boié, en Hollande; Bell, en Angleterre; RusconietCh. Bonaparte, en Italie; Cocteau, en France, etc. Les travaux d'anatomie relatifs aux reptiles sont nombreux, et ont puissamment contribué au perfectionnement des méthodes. En 179/4 el

1795, Townson a publié des observations physiologiques sur la respiralion de ces animaux. M. Geoffroy Saint-Hilaire père, dans sa philosophie anaiomique, a décrit leurs organes respiratoires ; il a fait aussi une étude comparative des organes dej'ouïe chez les repiiles, chez l'homme et chez les poissons. M. Windischmann a fait paraître , en 1831 , un traité sur la structure de l'oreille dans les amphibies. En 1832, M. Breschet a publié un travail semblable. M. Jacobson a donné des recherches sur un système veineux particulier aux reptiles. Nous devons à M.Martin Saint-Ange un travail comparatif sur la circulation des quatre classes des animaux vertébrés. M. Panizza, de Pavie, a étudié leur système lymphatique. MM. Schœpf, Schneider et Bojanus, ont publié l'anatomie de& tortues; MM. Jules Cloquet et Meckel , celle des glandes lacrymales et venimeuses des serpents. En 1832, le professeur Mïiller, de Bonn, a donné, sur les ordres des batraciens et des serpents, un excellent travail anaiomique et descriptif. M.Meyer a découvert, dans plusieurs espèces de ces ordres, des rudiments de membres postérieurs; M. Serres a publié une anatomie du cerveau des reptiles, comparé à celui des autres classes des vertébrés. Un travail semblable est dû à M. Treviranus. Dumoulin et M.Bischopf ont fait connaître le système nerveux de ces animaux. Les mémoires de l'Académie des sciences de Naples contiennent un travail de Cavolini sur la génération des amphibies. On doit à M. Dutrochet des observations très intéressantes sur l'œuf des reptiles et sur les enveloppes du fœtus dans les êtres de cette classe. M. Fricket nous en a fait connaître l'organe de la vue. M. Dugès est l'auteur d'un travail sur leur mode de déglutition; M. Schlegel, de Leyde,. a publié le résultat de ses recherches sur les glandes salivaires des serpents venimeux et non venimeux; M. Duvernoy a composé un mémoire sur les caractères anatomiques qui distinguent les premiers de ces animaux des seconds. M. Rusconi a étudié le développement de l'œuf des grenouilles. M. Sébastien a donné une anatomie du lézard, appelé dragon par Linné. MM. Siebold, Funcket Rusconi, ont publié des mémoires pleins d'intérêt sur l'organisation des salamandres. MM. Isidore Geoffroy Saini-IIilaire et Martin Saint-Ange ont découvert, dans le crocodile^ \es canaux péiitonéaux, déjà obseï véspar M. Duvernoy dans les tortues. MM. Emmert, Weber, Tiedemann et Gravenhorst, ont contribué, par leurs travaux, à la connaissance de l'organisation des reptiles.

Nous possédons aujourd'hui un grand nombre de faunes erpétologi- [jues, intéressantes sous le double rapport de l'histoire naturelle des

DISCOURS TRÉLIMINAIRE. 195

replilcs et de leur dislribiition géographique. Ruhl, Vau Hasselt et Boié, morts à Java, ont laissé, sur l'erpétologie de cette île, des manuscrits dont on a publié plusieurs extraits dans divers journaux alK mands et particulièrement dans l'Isis. M. Russel a enrichi l'iconogra phie de magnifiques gravures représentant plus de vingt espèces d serpents du Bengale. On doit au D' Green la description de beaucoup d'espèces de reptiles de l'Amérique du Nord. M. Lesson a publié la partie erpétologique du voyage de Bélanger aux Indes orientales ; il a donné la description des reptiles apportés des Indes et de l'Afrique par M. Lamare-Piquot , et rédigé l'erpétologie du voyage de la Coquille. M. Lindaker est l'auteur d'une faune erpétologique de la Bohême ; M. Risso a publié celle des environs de Nice ; M. Van Hayden, celle du nord de l'Afrique. MiM. Spix de Munich, Roddi de Pise, nous ont fait connaître diverses espèces nouvelles de tortues et de grenouilles propres au Brésil. Le prince Maximilien de Neuwied a aussi doté la science de nombreuses découvertes faites par lui-même dans cette partie de l'Amérique méridionale. Nous ne parlerons pas ici des relations de voyages, renfermant des descriptions de zoologie générale, et dans lesquelles la classe des reptiles se trouve naturellement comprise.

lehthyologie. — A l'époque où les études d'analomie comparée vinrent apporter à la science les lumières dont elle était privée, l'ichlhyologie était sèche et aride, et l'histoire naturelle générale des poissons se bornait presque à leur classification. Néanmoins, dans le cours du xviii^ siècle, surtout vers sa fin, il avait paru des ouvrages d'une haute importance ; et les anatomistes comparateurs avaient réuni , sur les particularités de la structure des poissons , des observations assez nombreuses, pour que les progrès de notre siècle fussent faciles à prévoir. Lacépède comprit qu'il était possible de rendre la science plus attrayante, sans lui rien ôter de sa précision ; dans l'ichthyologie qui fait suite aux œuvres de Buffon, il décrivit la structure, les mœurs et les migrations des poissons dans un style souvent aussi riche que celui de son modèle. Malheureusement la méthode qu'il a suivie, quoique simple, régulière, et permettant de classer sans peine tous les genres nouveaux, est purement artificielle, et son travail présente au moins deux cents doubles emplois, ce qui vient du trop de confiance qu'il avait eue en ses devanciers; mais celte histoire, malgré ses imperfections, a servi de base à tous les travaux qui, jusqu'à ce jour, ont été faits sur celte science.

Sonnini deManoncourt a publié, dans son édition de Buffon, la panière» laiive aux poissons, qui n'est qu'une copie de Lacépède. On peut encore considérer comme conçus sous son influence, la partie ichthyologique de la zoologie générale de Shaw et les ouvrages élémentaires de M. Diiméril, dans lesquels le système de Lacépède est cependant présenté avec plus d'ordre, et qui sont enrichis de toutes les acquisitions successives de la science. Beaucoup de nomenclateurs ont encore suivi ce système ; M. Raffinesque a successivement fait paraître, en 1810 et 1815, un catalogue des poissons de la Sicile, dans lequel la méthode qu'il a adoptée, tout en s'écartant de celle de Lacépède, est fondée sur les mêmes principes.

G. Cuvier a publié une classification qui reçut son perfectionnement en 1817, et qui se distingue, comme tous les travaux de ce naturaliste, par la supériorité de sa méthode, basée sur la subordination des caractères. Schneider a donné, en 1820, sous le titre de Systema ichthyologiœ Blochii, un essai de classification trop bizarre pour qu'on ait pu l'adopter. Le système de M. de Blainville, publié en 1816, se rapproche beaucoup de celui de Gmelin, sous le rapport des caractères généraux des grandes classes, et de celui de Linné, pour le reste des subdivisions. MM. Goldfuss et Risso ont également pris pour modèle de classification, dans des ouvrages récents, le système de Gmelin, auquel ils ont fait quelques modifications peu importantes. M. Oken, dont nous avons exposé les principes en parlant de l'anatomie philosophique,, a appliqué son système général à la classification des poissons; il a publié, en 1822, sa quatrième distribution ichlhyologique, plus essentiellement fondée sur les principes qu'il suppose dominer dans les èlres des.' diverses classes; en 1837, le prince Charles Bonaparte a lu à la Société linnéenne de Londres, un travail systématique comprenant les quatre classes de vertébrés. Dans sa classification des poissons, il a pria pour base de ses trois grandes divisions la structure des branchies, et il a apporté quelques modifications dans l'ordre des genres entre eux.

L'anatomie et la physiologie des poissons ont, de tout temps, été l'objet des études des naturalistes : nous trouvons le xviii'' siècle déjà riche en observations; cependant, la zoologie de celte classe existait à peine au commencement du xix* siècle; les plus grands travaux sur ce sujet sont dus à la fois aux anatomistes comparateurs et philosophes. En 1800, M. Autenrieih donna une anatomie de la plie; en 1807,. M. Geoffroy Saint-Hilaire publia des travaux comparatifs sur l'ana-

Jogie des os qui portent la nageoire pectorale avec ceux qui, dans les autres vertébrés, soutiennent les membres antérieurs. De 1811 à 1818, cet anatomisle arriva au même résultat que M. Spix, sur la correspondance des pièces operculaires avec les osselets de l'oreille, et sur l'analogie de l'appareil des branchies avec le sternum, los hyoïde, le larynx, la trachée et les bronches. En 1824 et 1825, après de nouvelles observations, M. Geoffroy reproduisit son travail sur les opercules. en y joignant sa théorie générale sur la composition de la vertèbre. De 1811 à 1822, M. Rosenihal a publié de beaux travaux sur l'osléologie des poissons: de 1812 à 1817, G. Cuvier, qui s'était beaucoup occupé de ce sujet (il avait déjà rassemblé plus de trois cents squelettes de poissons), publia ses idées sur l'osléologie de la têle. Au commencement du xix^ siècle, M. Duméril découvrit les rapports du crâne avec les vertèbres. Les anaiomisles philosophes s'élant emparés de cette donnée nouvelle pour l'appliquer à la structure de la tète des animaux, M. Spix la développa dans sa Cep h a lo g ehesie, publiée à Munich, en 1815; il avança le premier l'opinion, adoptée depuis, sur la signification des pièces operculaires. MM. Bojanus, Fenner, Carus, Weber, Van der Hœven, Bakker et Meckel, ont fait aussi de grands travaux sur Tostéologie ichihyologique. Nous ne trouvons que G. Cuvier et M. Carus pour la myologie des poissons; mais leur névrologie a été l'objet d'études plus nombreuses. MM. Weber, Kuhl, Fenner, Sœmmering, Apostole-Arsaki, Desmoulins, Duméril, Serres, Magendie, s'en sont occupés avec succès; MM. d'Alton et Schlemme ont fait un beau travail, accompagné de planches, sur le système nerveux du saumon. Les descripiions particulières, relatives aux autres détails analomiques des poissons, ne manquent pas non plus. MM. Home et de Blainville se sont occupés de la splanchnologie de celte classe; MM. Duméril et Ralhke ont donné celle des lamproies. M. Ralhke a publié, en 1824 et 1825, des travaux du plus haut intérêt sur le système circulatoire et digestif, et sur les organes génitaux des poissons. M. Breschet a composé un mémoire sur l'organe de l'audition dans ces animaux; MM. Tiedemann elDœllinger ont particulièrement étudié leur cœur, et M. Fohmann a fait une élude spéciale de leurs vaisseaux lymphatiques ; M. Rosenihal a fait des recherches sur la structure de leurs branchies, et M. Flourens sur le mécanisme de leur respiration.

Les autres particularités relatives aux animaux de cette classe n'ont pas été moins observées. Bailly a fait connaître le mécanisme des fileta

198 DISCOUKS PRELIMINAIRE.

de la baudroie. MM. Geoffroy, de Humboldt, Riidolphi el Valenciennes ont étudié les organes qui, cliez les poissons éleclriqucs, développent d.". réleclricilé. MM. Biot, Tieviianus, G. Cuvier, ont réuni de nombreuses observations sur la vessie natatoire des poissons ; l'air qu'elle renferme a été l'objet d'expériences particulières. ]\iM. Kunzmann et Agassiz ont publié le résultat de leurs recherches sur les différences de forme et de structure que présentent leurs écailles. Quelques expériences ont eu lieu sur la composition chimique des divers organes de ces animaux. Les faunes et les travaux descriptifs sont nombreux : De la Roche a publié, en 1809, l'ichthyologie des Baléares; M. Risso, celle de Nice; M. Yarrell, celle d'Angleterre; M. Thompson, celle d'Irlande ; M. Nilson, celle de la Suède; MM. Fries et Eskstrœm, celle de la Norwège; M. Raffinesque-Schmaltz , un catalogue d'ichthyologie sicilienne. MM. Otto, Bonelli, Ranzani, Giorna, etc., ont contribué à faire connaître les poissons de la Méditerranée; MM. Naccariet Nardo ont décrit ceux de l'Adriatique. On doit à M. Low une faune des Orcades et la description de quelques poissons de la mer du Nord; M. Montagu a décrit plusieurs espèces rares des côtes méridionales de la Grande-Bretagne ; MM. Geoffroy Saint-Hilaire, Ehrenberg et Riippell, nous ont fait connaître les poissons du Nil et de la mer Rouge ; M. Tilesius, ceux de la mer du Kamschatka. M. Mitchill a donné une histoire des poissons qui se pèchent aux environs de New-York. Lesueur et Raffinesque ont publié de nouveaux détails sur l'ichthyologie des Étals-Unis. M. Buchanan nous a fait connaître les poissons du Gange; M. Russel ceux du Bengale; M. John M'Clelland, les cyprins de l'Inde, et M. Heckel les poissons de Kashmir; M. Bailli a exploré la Grèce sous le rapport ichthyologique. Les diverses expéditions autour du monde et les explorations des voyageurs ont également enrichi nos collections de genres nouveaux ou incomplètement connus. Un assez grand nombre d'amateurs d'ichthyologie ont réuni les poissons de leurs côtes ou de leurs localités, pour contribuer à compléter celte partie si intéressante de l'histoire des animaux. Les Dictionnaires d'histoire naturelle qui ont paru depuis le commencement du siècle, contiennent tous, à mesure qu'ils se rapprochent de notre époque, des descriptions plus fidèles, des figures plus exactes, ainsi que des indications de genres nouveaux; mais le travail le plus grand et le plus beau qui ait paru sur cette science, et qui en renferme à-la-fois l'ensemble et les détails, est l'histoire naturelle des poissons , commencée par G. Cuvier, conjointement avec

M. Valenciennes, qui l'a continuée, après la mort de son illustre collaborateur.

Une partie, moins connue et récente encore, est richthyologie fossile, dont M. Agassiz s'est occupé avec beaucoup de succès, et à laquelle il faut joindre les essais de MM. de Blainville, Buckland, Sedgwick, Murcliison, Valenciennes, Bronn, etc.

Conchyliologie. — A la fin du xviii^ siècle, la conchyliologie sortait à peine du chaos. Les coquilles, assez bien connues, étaient considérées, par la plupart des auteurs, comme offrant les seuls caractères propres à établir la classification ; mais quelques savants de premier ordre, aussi bons observateurs que philosophes profonds, avaient reconnu que les véritables caractères sur lesquels doit être fondée la classification naturelle des mollusques, ne se trouvent pas dans le test, mais dans les animaux. Cependant, tous les auteurs ne crurent pas devoir abandonner le système linnéen, et la modification qu'y avait apportée Bruguière, fut encore adoptée par Bosc dans les suppléments à Buflbn.

L'histoire des testacés des Deux-Siciles par Poli, publiée en 1791, donna une impulsion nouvelle à la conchyliologie. Les trois groupes établis par lui, sur la considération de l'animal, abstraction faite de la coquille , ont été admis par tous les naturalistes, quoique, dans ce système, il y ail des rapprochements peu naturels. En 1798, G. Cuvier s'occupa de la classification des mollusques. Ce nouveau système, dans lequel le grand naturaliste avait mis à profil les travaux des conchyliologistes antérieurs, fut pour la science un progrès de plus; mais, comme tous les hommes supérieurs, et par suite de ce sage point de vue scientifique qui fonde sur l'expérience le perfectionnement ultérieur des méthodes, il ne cessa de travailler à la classification dont il avait jeté les premières bases. Profitant des divers travaux des hommes qui s'occupaient de conchyliologie, il arriva à établir une méthode dont les naturalistes classificalcurs ne se sont que peu écartés. Vers la même époque que lui , mais se fondant toujours sur les principes immuables de la méthode naturelle, Denys deMontfort, Lamarck, Pérou, Daudebard de Férussac père et fils, Lalreille, MM. de Roissy, Duméril, de Blainville, Alcide d'Orbigny, Deshayes, établirent des systèmes de malacologie, qui sont pour la plupart des modifications du système primitif; enfin les travaux particuliers de tous les savants ont mieux fail connaître certains ordres, certains genres, placés d'abord au hasard,

200 DISCOURS PRÉLIiMlNAIRE.

faute d'éludés suffisanles. Ces travaux ont servi à établir les classificar lions généralement adoptées aujourd'hui.

L'Allemagne vit paraître, en 1810, le travail de M. Oken, qui n'inroduisit dans la classification aucun point de vue neuf, et qui ne fil qu'augmenter ou diminuer les genres établis. La classification de M. Raffînesque-Schmaltz est çeu précise et difficile à comprendre. MM. Schweigger et Goldfuss sont encore des compilateurs qui ont plus ou moins heureusement modifié le système de Lamarck et celui de Cuvier. M. Say, en Amérique, le docteur Leach et M. Gray, en Angleterre, ont proposé des modifications dans les genres ou des dénominations nouvelles de peu d'influence sur la classification, mais qui ont néanmoins contribué à perfectionner la science.

Parmi les travaux généraux , nous citerons l'histoire naturelle des animaux sans vertèbres de Lamarck, dont MM. Deshayes et Milne Edwards ont donné une nouvelle édition ; la conchyliologie générale de "Wood; celle des coquilles terrestres et fiuviaiiles de l'Europe par Rossmassler j l'histoire des mollusques terrestres de Fcrussac; la monogi-aphie des hélicines, des porcelaines, etc., de M. Gray; celle des bulimes et d'une foule d'autres genres exotiques de M. Sowerby ; la conchyliologie appliquée à la géognosie que publie M. Deshayes; le beau species général des coquilles marines vivantes entrepris par M. Kiener, etc.

Les conchyliologistes anatomisîes ou descripteurs n'ont pas travaillé avec moins d'ardeur. On trouve naturellement à leur tête tous les savants que nous avons cités plus haut ; nous y joindrons ceux qui, sans avoir fait des travaux de méthodologie, ont publié, soit des iraiiés généraux, soit des observations particulières. Draparnaud modifia, en 1803, dans son grand travail sur les mollusques terrestres et fluviatiles de la France, le mode de description des coquilles , et abandonna le système vicieux suivi par Linné et ses disciples. Cuvier publia successivement, dans les ^finales du Muséum^ depuis 1802 jusqu'en 1810, des travaux très nombreux sur l'anatomie de différents genres de mollusques. En 1813, M. Meckeljeta du jour sur la structure des pleurobranches et des pléropodes. En 1816, M. Home inséra, dans ses Mémoires d'analomie comparée , des observations relatives aux mollusques ; M. Erman a publié un mémoire sur leur sang; WM. Lesueuret Desmai-est ont donné des détails anaioniiques sur la botrylle éloilée; M. Sliebel est l'auteur d'un travail sur la lymnée des étangs. M. de Blainville a le premier donné une juste appréciation des organes respiratoires des

malacozoaires ; il a publié, dans le Diclionnaiie des Sciences naturelles, des détails précieux sur l'anatomie et la physiologie de ces animaux^ 31. Ranzani a fait un mémoire très intéressant sur les mollusques articulés et les acéphales; M. de Haan a étudié les ammonites ei les goniatiles; Alcide d'Orbigny et de Férussac ont donné un travail très étendu sur les céphalopodes. Pérou et Lesueur, voyageurs infatigables, firent paraître d'importants travaux sur divers genres de mollusques recueillis ou observés par eux. Pérou, le premier, et, après lui, Desmarest et M. Savigny , ont fait connaître les mollusques agrégés , sur la structure et la classification desquels M. Milne Edwards a donné tout récemment un travail considérable. MM. Oifers et Leach ont publié des travaux spéciaux sur les genres balaue et anaiife ; M. Martin Saint-Ange s'est occupé de l'anatomie de ces animaux, et MM. Thompson et Burmeister ont fait connaître les métamorphoses qu'ils subissent dans leur jeune âge. MM. Quoyet Gaimard ont étudié, dans leurs longs voyages, les mollusques de plusieurs points du globe. MM. Délie Chiaje, A. d'Orbigny, Richard Owen, Deshayes, Valenciennes, Rang, Milne Edwards, Audouin, VanBeneden, Lesson, Graieloup, Charles Desmoulins, etc. , ont contribué, par leurs laborieuses recherches, au progrès de la conchyliologie ; et , depuis que l'étude de l'animal est devenue la partie la plus importante de la science des mollusques , la plupart des conchyliologistes ont étudié avec soin l'anatomie de ces animaux , dont certaines particularités ont été découvertes par MM. Néry et Bojanus, qui en ont étudié l'appareil générateur, ainsi que par MM. Van Beneden, Siebold, etc.

On compte un grand nombre de faunes conchyliologiques. Geoffroy, le médecin, a réuni, dans un ouvrage, les mollusques de la France, cl surtout ceux des environs de Paris. M. Michaud a continué le travail de Draparnaud sur les coquilles fluviaiiles et terrestres de la France ; MM. Desmoulins, Bouillet, Goupil, Millet, de Gerville, Collard des Chères, Payraudeau, Brard, Pouret, Bouchard, Chanlereaux, d'Orbigny père, Hécart, Dilhvyn, etc., ont rédigé des catalogues dépai-lemeniaux ou laissé de bons travaux sur les mollusques de diverses contrées. M. Nilson a publié une histoire des mollusques terrestres et fluviatiles de la Suède; MM. Pfeiffer, Kleb, Muhlfield, Alter, Gœrlner, en onl fiiil autant pour l'Allemagne; M. Millier a décrit les espèces de Danemark; M.Hartmann, celles de la Suisse; Bowdich, celles de Porio- Santo ; MM. Poli, Costa et Philippi, celles de la Sicile; MM. Montagu,

202 DISCOURS i'!'.ELIMINA!î\E.

•da Costa, Peniiant, Doiiovan, eic, celles de la Grande-Bretagne; M. Des- Jiayes, celles de Morée. MM. Spix, Wagner et Moricand, ont décrit el ligure quelques mollusques terrestres qui habitent le Brésil ; M. Lowe, <:eux de Madère ; M. Rang a fait connaître les mollusques terrestres nouveaux propres à la côte d'Afrique. MM. Say, Isaac Lea, Raffinesque, ont publié une faune malacologique des États-Unis. M. Alcide d'Oib^gny a décrit tous les mollusques qu'il a trouvés dans l'Amérique méridionale, el publié des faunes malacologiques des Antilles el des Canaries ; MM. Elirenberg, Botta, Ri;ippel,onl recueilli les mollusques de la mer Rouge, etc.

Entomologie. — L'entomologie, si jeune encore au xviii* siècle, malgi'é ses brillantes découvertes, et alors si fort dédaignée que Réaumùr croyait devoir se justifier de l'entraînement irrésistible qui l'attirait vers cette science, a fait de rapides progrès depuis 1789. Fabricius , qui, pendant vingt années, avait dominé la science , fui détrôné par Latreille. Dans son Précis des caractèr-es génériques des insectes^ publié en 1796, ce dernier appliqua, pour la première fois, aux animaux articulés, les principes de la méthode naturelle. Cet essai, qui s'écartait du système artificiel de Fabricius, révéla dans son auteur un sentiment profond des affinités ; mais il ne fut perfectionné qu'en 1SÛ6, quand Cuvier eut indiqué la séparation nécessaire entre les insectes et les crustacés, et que Lamarck l'eut réalisée. Pendant toute sa vie, et jusqu'en 1832, Latreille remania son système, et y introduisit successivement la classe des arachnides, créée par Lamarck, et celle des myriapodes , établie par Leach. Le Gênera crustaceomm et insectoritm , son véritable titre de gloire, est admirable pour la manière dont les divers genres s'enchaînent dans chaque ordre, et dont les caractères sont présentés. Dans le Règne animal de Cuvier et notamment dans la seconde édition, dont la partie enlomologique a été éciite par Latreille, ce dernier a encore perfectionné sa méthode, qui ne pèche guère que par les points où toute idée systématique n'a pas complètement disparu. Bien que Latreille fût exclusivement méthodiste et qu'il «e prît aucune part aux travaux des anatomistes et des physiologistes, il sut habilement tirer parti de leurs observations. M. Duméril adonné aussi, dans sa Zoologie analytique (1806), un système de classification des insectes qui ressemble beaucoup à celui de Linné. D'accord avec plusieurs naturalistes , il assigne aux insectes la première place dans la série des invertébrés.

DISCOURS rRKLIMINAIIlK. 205

Leach publia, en 1817, un système dans lequel il prit la mélamorpliose pour point de départ; mais les imperfections de cette classification ht firenl bientôt tomber dans l'oubli. Celle de MM. Kirby et Spence n'est pas fondée, non plus, sur les véritables rapports naturels. Dans ces. derniers temps, MM. Burmeister et Westwood ont donné, l'un dans so» jMonuel d'Entomologie , l'autre dans sa CIassificatio)i des insectes, un anangemenl qu'ils croient devoir se rapprocher le plus de la méthode naiurelle. M. Burmeister pari comme Leach, de la métamorphose incomplète ou complète des insectes, en comprenant, dans la première classe , les espèces qu'on regarde comme n'en subissant ancune; il en résulte deux séries parallèles entièrement indépendantes l'une de l'autre. L'auteur donne, comme un grand pas vers la classification philosophique, la disposition de ses séries, en télé desquelles il met les ordres les moins parfaits sous le rapport de l'organisation, ce qui avait été fait avant lui par Lamarck; on voit du reste dominer chez cet auteur certaines idées systématiques, qui empêcheront sans doute sa méthode d'être généralement adoptée.

L'école philosophique est représentée , en entomologie spéculative, par MM. Oken et Mac-Leay. Le premier, fidèle au syslème que nous avons développé en parlant de sa classification générale des êtres organisés , a disposé les insectes en trois ordres, en lête desquels sontjes. insectes-germes ou à métamorphose imparfaite; les insectes-sexes, à métamorphose complète et à ailes égales, et les insectes-poumons ou a métamorphose complète et à ailes et élytres.

M. Mac-Leay, dont nous avons exposé la théorie en parlant des méihodologistes , a appliqué, dans ses Horœ entomologieœ, le système circulaire à la classification des insectes; sa méthode, qui contient des aperçus souvent profonds , a fait peu de sensation sur le continent; mais elle a obtenu beaucoup de succès en Angleterre.

L'anatomie et la physiologie des insectes, que les travaux de LyonneE étaient venus clore au xviii' siècle, furent reprises par Cuvierdans son mémoire sur la nutrition des articulés, où il montra que cette fonction ne peut avoir lieu que par imbibition. Dans son traité d'anatomie comparée, il présenta le résumé des connaissances de son époque sut .Vorganisation des hexapodes.

A la même époque, Lehmann publia deux dissertations sur l'usage des antennes dans les animaux de celte classe ; M. Possell fit connaître quelques particularités de leur siruciure; MAL Haussmann et Sorg

étudièrent leur mode de respiration ; M. Treviranus s'occupa de leur anaioniie, et publia un mémoire sur leurs organes de succion et d'oifaclion. M. Marcel de Serres composa une série de mémoires sur les yeux lisses et composés des insectes , sur les usages du vaisseau dorsal , sur les organes de l'odorat et le tube intestinal dans les hexapodes. Ramdhor s'est occupé de leur anatomie et de leur système digestif, et M. Strauss a publié un fort beau travail sur l'anatomie du hanneton ; mais c'est à M. Léon Dufour qu'appartiennent les travaux les plus complets sur cette matière. Il avait déjà fait connaître la structure des coléoptères et des hémiptères, et il vient de publier tout récemment l'anatomie des orthoptères, des névroptères et des hyménoptères. Des naturalistes philosophes, tels que MM. Geoffroy Saint-Hilaire et Îlobineau-Desvoidy, n'ont pris part aux travaux des entomologistes que pour rechercher l'unité de plan dans tout le règne animal , tandis que d'autres l'ont cherchée dans la classe des insectes seulement ; ainsi M. Savigny s'est livré dans ce but à des études sur la bouche des hexapodes ; MM. Audouin et Mac-Leay en ont fait sur le thorax de ces animaux; Lalreille sur leurs pattes et leurs ailes , et Newman sur leur osiéologie. C'est au commencement du xix" siècle qu'on a le mieux étudié la structure des ailes , et qu'on s'en est servi comme moyen de classer certains groupes; Jurine est le naturaliste qui a donné le plus grand développement à celte étude, bien qu'il l'ait bornée à l'ordre des hyménoptères.

Nous devrions ajouter à ce qui précède la longue série de travaux spéciaux sur les insectes , ainsi que les faunes entomologiques , etc. ; uous nous bornerons à citer parmi les faunes : l'entomologie helvétique de Clairville ; celle des lépidoptères de Géorgie , par Smith-Abbot ; la description des insectes de la Chine , de l'Inde et de la JVouvelle-Hollande, par Donovan, qui avait précédemment publié la faune entomologique de l'Angleterre ; la faune d'Ingrie par Cederhielm ; celle de Prusse par Illiger et Kugellan ; celle d'Autriche par Duftschmidt et Schrank ; de l'Italie supérieure par Rossi ; des coléoptères de Suède par Paykull, et surtout par Gyllenhall , qui a donné le meilleur ouvrage parmi les faunes; la faune d'Allemagne par Panzer , continuée par MM. Germar et Herrich-Schœffer ; la description des insectes de la Russie et de la Sibérie par M. Fischer; de ceux d'Angleterre par MM. Spence et Curlis; de Laponie par M. Zetierstedt; de Danemark par M. Schiodte; du Brandebourg par M. Erichson; de la Morée par M. Brullé; de l'A-

mérique boréale par M. Say ; la description , publiée par M. Guérin- Méneville, des animaux articulés de l'Australasie et des Iles de la mer du Sud, recueillis pendant le voyage de la Coquille autour du monde; celle des articulés de l'Amérique méridionale, faisant partie du voyage de Spix et Martius, par M. Perly ; la partie entomologique du voyage de M. Alcide d'Orbigny, par MM. Blanchard et Brullé. Parmi les travaux spéciaux sur les divers ordres, nous citerons l'entomologie d'Olivier dont l'ouvrage a été, après les travaux de Fabricius, l'un des plus utiles pour la connaissance des espèces de l'ordre des coléoptères ; les intéressantes observations de M. Duméril sur les insectes; ceux des deux Huber sur les abeilles et les fourmis ; la synonymie des insectes par Schœnherr; la magnifique collection iconographique des papillons indigènes et exotiques parHubner; l'histoire des papillons d'Europe, commencée par Godart et continuée par M. Duponchel ; celle de Treitschke ; le catalogue méthodique des papillons d'Europe par M. Boisduval ; le species et l'iconographie des coléoptères par JM. Dejean, continués par M. Aube ; l'ouvrage de Stoll sur les orthoptères et les hémiptères; ceux de M. Serville sur le premier de ces ordres; de MM. Lepelletier de Saint-Fargeau et Kirby, sur les hyménoptères; de Hahn, sur les hémiptères; de MM. Fallen , Meigen , Wiedemann , Macquart, siu' les diptères; de M. Pictct , sur les névroptères; le Manuel d'entomologie et le Gênera de M. Burmeister ; l'histoire des insectes de M. Brullé; celle des animaux articulés de MM. Laporte, de Castelnau, Brullé, Lucas et Blanchard, présentant un Gênera complet pour tous les ordres ; l'iconographie des coléoptères, par MM. Laporte et Gory; plusieurs grands travaux entomologiques de MM. Guérin-Méneville, Spinoia, etc. Nous devons mentionner aussi l'introduction à l'entomologie de M. Lacordaire, qui, dans cet ouvrage , a présenté, avec beaucoup d'habileté , un ensemble de considérations générales sur toute la classe des insectes.

Il importe encore d'ajouter que c'est à notre époque qu'appartiennent les applications de l'entomologie à l'agriculture ; déjà les plus brillants succès ont été obtenus par MM. Audouin, Ratzebourg, etc.

Arachnides, — L'histoire des animaux articulés compris sous le nom d'arachnides, de crustacés et d'annélides, avait toujours été confondus dans celle des insectes et des vers de Linné, jusqu'au moment où les travaux de Millier, de Fabricius et de Pallas commencèrent à faire com-

prendre que, par suite de leurs rapports naturels, ces animaux devaient lormer une classe distincte dans le règne animal. Jusqu'à Cuvier el Lamarck, on continua de suivre les errements de Linné; ces animaux se trouvaient donc dispersés dans trois divisions de la classe des vers. Lamarck aie premier séparé les arachnides des insectes, pour en former une classe à part; niais c'est à M. Walckenaër que nous devons ies progrès de cette branche de la science. Son tableau des aranéides lut le premier ouvrage important sur cette matière, et son histoire des aptères, faisant partie des suites à Buffon et presque entièrement publiée , est un travail complet sur les araignées. Laireille, dans ses ouvrages, a généralement adopté la méthode de M. Walckenaër, avec peu de modifications. Nous sommes redevables à Hermann père et fds, à Savigny et à Dugès, de travaux importants sur les arachnides inférieures; à M. Ehrenberg, de bonnes études sur les scorpions ; à M. Koch , de la description et de la représentation des arachnides indigènes ; à M. Savigny, de l'iconographie de celles d'Egypte, etc. G. Cuvier, Vincent Amoreux, A. Lepelleiier, Treviranus, Lyonnel, MM. Marcel de Serres, Léon Dufonr, Brandt et Ratzebourg, ont aussi contribué, par leurs recherches anatomiques, à la connaissance de la structure intérieure de ces animaux.

Crustacés. — Linné avait le premier tiré la carcinologie du néant, en indiquant les caractèi-es distinctifs des crustacés; mais sa méthode était défectueuse. Fabricius vint après lui établir les divisions encore en usage aujourd'hui ; mais on doit à G. Cuvier d'avoir assigné à ces animaux le rang qu'ils occupent dans l'ordre naturel des êtres. Lamarck, Latreille et Leach, ont ensuite établi des divisions génériques et contribué à faire connaître ces animaux. Desmarest est l'auteur de considérations générales sur les crustacés, avec la description des espèces qui habitent le littoral de la France. Ilerbst a publié, sur les animaux articulés de cette classe, un ouvrage iconographique encore précieux à consulter, malgré ses nombreuses erreurs. M. Jurine a décrit et étudié les mœurs de plusieurs espèces microscopiques , telles que les monocles d'eau douce; M. Strauss a étudié le développement et l'organisalioi. de quelques crustacés ; M. Risso a fait connaître les espèces de la mer de Nice. M. Savigny a fait représenter les espèces d'Egypte , dont les déterminations sont dues à M. Audouin ; M. Milne Edwards a publié les détails relatifs à leur organisation.

MM. Audouin, Milne Edwnrds et Diivernoy, ont cludié plusieurs points importants de l'organisation des crustacés. On leur doit la connaissance du véritable mode de circulation chez ces animaux. M. Milne Edwards vient de donner, dans les suites à Buffon , une histoire complète des crustacés, dans laquelle il a établi une classification qui paraît reposer sur des bases beaucoup plus naturelles que celles présentées par ses devanciers. Enfin, nous devons citer encore les travaux de M. Bell, qui a représenté et décrit des espèces remarquables, et ceux de M. Hahn, qui a donné la description de celles du Japon.

Annélides. — Lamarck a le premier donné le nom d'annélides à ces animaux, que G. Cuvier avait d'abord désignés sous le nom de vers à sang rouge. Depuis la réforme introduite pai- G. Cuvier, dans la manière de les envisager, et après qu'il en eut formé une classe distincte, plusieurs naturalistes s'en sont occupés avec succès. M. Montègre, dans ses observations sur les lombrics, MM. de Blainville, Caréna, Délie Chiaje, Moquin-Tandon et Thomas, par leurs travaux sur les hiriidinées, en ont mieux fait connaître la structure. Leach, MM. de Blainville, Audouin, Milne Edwards, ont contribué à en perfectionner la connaissance; mais c'est principalement M. Savigny qui, dans son système général des annélides , faisant partie du grand ouvrage sur l'Egypte , en a assuré les progrès; car non-seulement il a augmenté le nombre des espèces, mais il en a décrit avec détail l'organisation extérieure. Les travaux les plus récents sur l'anaiomie de ces animaux sont dus à Dugès, à M. Milne Edwards, et surtout à lAl. Griibe.

Zoophyies. — La connaissance des zoophytes , née des sérieuses études du xviii^ siècle, a reçu, dans le cours du xi\% une partie de la perfection à laquelle elle pouvait atteindre. Non -seulement elle s'^st enrichie de faits nouveaux, mais encore elle a fait des progrès dans sa partie philosophique; il en résulte que le lien qui unit entre eiK les êtres de cette vaste catégorie a été mieux connu.

En 1789, quand Gmelin publia sa nouvelle édition du Systema natures, il profita peu des travaux antérieurs; Bruguière eut le même tort; nous ne trouvons donc, au commencement de celle dernière époque, parmi les zoophylologisles distingués, qu'Olivi , à qui l'on doit beaucoup d'observations nouvelles; il a éclairci l'histoire de plusieurs genres, et a compris que les liihophyles et les zoophyies ne doivent ior^

mer qu'un seul groupe. II avait déjà été produit divers travaux sur cette matière , lorsque G. Cuvier publia son Règne animal , dans lequel on trouve , pour la première fois , les zoopliytes classés d'après leur organisation, avec un coup-d'œil remarquable; aussi , depuis l'apparition de ce travail, la classification n'a-t-elle eu de changements à subir que dans les divisions secondaires; car Lamarck, en y introduisant des modifications qui portaient sur les groupes fondamentaux, a détruit en partie la précision de la classification de Cuvier. Les nouvelles richesses apportées par Péron et Lesueur le portèrent plus tard à réformer son système ; mais il ajouta aux inconvénients de sa première publication au lieu d'y remédier. M. Duméril se borna, dans sa zoologie analytique, à adopter la méthode de Lamarck.

Plusieurs mémoires, parmi lesquels nous distinguerons ceux de MM. Savigny et Meckel , ayant pour objet des genres spéciaux, vinrent ensuite contribuer aux progrès de la science; ils eurent pour résultat, en 1812, le grand travail de Lamouroux, qui, par malheur, est basé sur une méthode tout artificielle. En Allemagne, M. Oken, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, fit un essai de classification naturelle des zoophytes ; mais, dominé par sa théorie, il a présenté des coupes forcées; toutefois il s'éloigne peu de Lamarck, dont i! adopte jusqu'aux erreurs.

Il parut, presque en même temps, une classification de M. de Blainville , fondée sur la considération des animaux, et repoussant de la classe des zoophytes les corallines, comme étant des végétaux et non des animaux. La distribution systématique de Cuvier, dans le dernier volume de son Règne animal qui traite des animaux rayonnes, se rapproche davantage de celle de Lamarck, et est jugée moins naturelle que son premier essai. Le travail de Schweigger , publié en 1819 , et fondé sur le mode d'agrégation de ces animaux, contient quelques familles peu naturelles. Il en est de même de celui de M. Goldfuss ; cet auteur, malgré son éclectisme, n'a pas établi un système propre à contribuer au perfectionnement des méthodes. On pourrait même dire que, loin d'avoir fait avancer la science, il a augmenté l'incertitude qui y régnait. Latreille est dans le même cas; il y a jeté la confusion , en introduisant des mollusques dans la classe des zoophytes. A côté de ces essais systématiques , nous trouvons des études spéciales et attentives sur certaines familles ou sur certains genres. M. Délie Chiaje a donné un travail plein d'intérêt sur les actinies, les oursins, les astéries et lei

holothuries, qu'il a puissamment contribué à faire connaître. M. Gaillon a étudié au microscope les thalassiophytes; M. Bory de Saint-Vincent, les infusoiresj auxquels il a donné le nom de psycliodiaires; il a, en outre, créé un grand nombre de genres nouveaux. M. Nitzsch a jeté du jour sur quelques points obscurs de la science. D'autres genres ont été étudiés par MM. Dutrochet, Leclerc, Losana, etc. M. Miller a fait un travail intéressant sur les encrines dont M. A. d'Orbigny a commencé la monographie complète des espèces vivantes et fossiles; M. Grant s'est livré à des recherches importantes sur les zoophytes du nord de l'Angleterre. En 1828, MM. Audouin et Milne Edwards ont fait connaîtro l'existence de deux orifices digestifs chez certains polypes, et publié un premier essai de classification naturelle de ces animaux, fondée sur leur structure intérieure. M. Rapp a publié, en 1829, une classification des polypes et des actynies, où il a surtout pris pour caractère la forme des animaux des polypiers. La même année, M. Eschschollz a donné une classification des êtres réunis par Cuvier sous le nom d'acalèphes. Aujourd'hui que l'organisation des zoophytes est mieux connue, la méthode de distribution de Cuvier est insuffisante; et ceux qui la suivent encore y ont apporté des modifications que les progrès de la science rendaient indispensables. En 183Zi, M. de Blainville a fait paraître son traité d'actinologie, qui, tout en paraissant n'être qu'une nouvelle édition de l'article Zoophyte du Dictionnaire des sciences naturelles, est un ouvrage complet sur cette matière. M. Milne Edwards a donné une nouvelle édition de la partie zoophytologique des animaux sans vertèbres de Lamarck.

Les ouvrages généraux d'actinologie sont peu nombreux; nous ne citerons que ceux de MM. Esper, Lamarck, Lamouroux, de Blainville et Johnston. Les monographies au contraire sont en grand nombre. Lesueur et Pérou ont les premiers abordé avec succès l'étude des méduses et autres animaux pélagiens observés aujourd'hui avec soin par les naturalistes. MM. de Blainville, Desmoulins, Agassiz, ont écrit sur les oursins; M. Brandt, sur les holothuries; MM. Agassiz, Mûller, Troschel et Gray, sur les astéries; 3IiM. Ehrenberg et Dujardin, sur les intusoires rotateurs; MM. Rudolphi, Nordmann, Siebold, Diesing et Bremser, sur les entozoaires; MM. Quoy et Ehrenberg, sur les polypiers coralUgènes. Il faut noter, de plus, les travaux faits sur les polypiers marins, par MM. Milne Edwards, Lister, etc. ; sur les bryozoaires d'eau douce, par MM. Gervais, Nordmann, etc. M. Grant a donné sur les

épong.sun fort beau iravail relatif à la physiologie des espèces marines; la seule éponge d'eau douce a occupé plus de quinze observateurs qui n'en ont pas encore épuisé l'histoire.

En général, malgré tous ces travaux, l'obscurité règne encore sur les phénomènes physiologiques de l'existence des zoophytes. L'histoire de leurs mœurs, quoique nécessairement très bornée, vu la simplicité de leur structure, est fort peu avancée. Cependant l'étude de ces êtres dont l'existence même a été si longtemps douteuse et qui jouent néanmoins un rôle si important dans la modification de la surface de la terre, est digne de l'attention du philosophe. On sait que les coraux, les madrépores et les millépores, forment des bancs calcaires d'une puissance considérable, des écueils, des îles, et que leur exploitation sert à la construction de villes entières.

Les infusoires ont de nos jours donné naissance au grand ouvrage de M. Ehrenberg. La partie la plus intéressante de ce travail est la découverte de la formation de terrains d'une étendue considérable par le dépôt d'infusoires à carapaces siliceuses, au fond des eaux tranquilles. La plupart des tripolis, et des silex, n'ont pas d'autre origine ; et l'auteur dit avoir reconnu qu'ils sont le résultat de l'agrégation des tests de ces animaux, dont la petitesse est telle que, dans un millimètre cube, on en trouve près de trois millions. On voit se former encore aujourd'hui de semblables dépôts, car ceux qui sont connus sous le nom de farine de montagne, sont dus, d'après M. Retzius, à l'accumulation de cadavres d'infusoires. Néanmoins, dans l'échantillon de farine fossile chinoise adressé à l'Académie des sciences par M. Stanislas Julien, M. Peltier a déclaré n'y en avoir trouvé aucune trace. L'histoire de ces êtres insaisissables a également occupé d'autres naturalistes : M. Dujardin a fait un travail fort intéressant sur les animaux microscopiques; MM. Dujardin et Ehrenberg ont étudié quelques divisions des coquilles foraminifères, que leur structure singulière a fait rapprocher des infusoires homogènes. M. AIcide d'Orbigny, qui a publié sur cette matière plusieurs ouvrages généraux, ainsi que les faunes locales des Antilles, des Canaries, de l'Amérique méridionale, et de la craie blanche du bassin parisien, a reconnu que ces petites coquilles sont si abondantes à l'état fossile , qu'elles forment seules des chaînes de collines et des bancs immenses de pierres à bâtir.

Arrivé à un certain degré de l'échelle animale, l'incertitude commen-

DISCOURS l'Jll LIMlNAlKt. 211

ce; aussi a-l-on mis à la fin des zoopliyles, les pseudozoaircs, lels que les corailines et les némaiophytcs, que MM. Bory deSainl-VincenieiGailion ov^ regardés, l'un, comme appartenant à un règne intermédiaire servant de passage aux végétaux, l'autre, comme des animalcules simples, libres, doués de vie, s'agghuinant de manière à former des filaments sans que pour cela leur animalité cesse ; mais les divers travaux faiis depuis par MM. de Blainville, Marquis, Rennie, Chamisso, Eysenliardt, Leuckart, Ruppcll, Raspail, Frics etTurpin, les ont décidément fait ranger parmi les végétaux.

En dernier lieu se présentent les zoospermes, dont l'histoire se lie intimement à celle de la génération, et qui ont été étudiés avec une attention toute particulière par Spallanzani et par Gleiclien. Depuis, MM. Prévost et Dumas, dont l'opinion est partagée par M. Raspail, ont considéré les zoospermes comme les rudiments du système nerveux s'unissant au système viscéral contenu dans l'œuf de la femelle, ce qui détruisait leur animalité, et Us s'en sont servis pour reconnaître les sexes dans les mollusques acéphales. MM. Dutrochet et de Blainville avaient d'abord cru à la non-animalité des zoospermes ; mais des expériences plus récentes ontporté ces deux observateurs à modifier leur opinion, et à les considérer comme le dernier degré de petitesse auquel puissent se montrer les êtres organisés. En 1832, M. Czerniack a annoncé qu'il regardait les zoospermes comme un élément aussi essentiel à la semence que les globules le sont au sang; cette opinion est aussi celle deM.Treviranus,qui pense que ces animalcules sont aux êtres organisés ce que le pollen est aux plantes; M. Burdach, au contraire , n'y voit que des parasites accidentels de la semence , et il diffère en cela de la plupart des physiologistes, qui ne regardent plus les zoospermes comme des animaux, mais comme des machines destinées à transporter dans Vovule le germe fécondant du mâle. M. Duvernoy a même, depuis plusieurs années, changé le nom de zoospermes en celui de spermazoïdes. Dans ces derniers temps, MM. Wagner, Siebold, Milne Edwards, Peters, etc., ont étudié les zo^spermesdans les animaux inférieurs, et ils ont découvert le sexe mâle dans des zoophytes que jusque-là on en avait cru privés. M. Lallemand vient de publier sur ce sujet un travail d'une haute importance; il considère l'intervention du mâle dans la génération comme ayant lieu par les zoospermes, et celle de la femelle par les orules. Il a cherché la confirmation de son assertion dans les générations anomales ; et , si sa théorie se vérifie , on verra disparaître en

partie Tobscuriié qui règne sur le rôle des zoospermes dans la reproduction des êtres.

Botanique. — L'élude de la botanique, à laquelle la méthode de Tournefort, celle de Linné, et l'ouvrage fondamental de Jussieu, si fécond en heureux résultats, avaient donné de l'éclat, poursuit sa marche progressive dans le xix* siècle.

La botanique descriptive , favorisée par les explorations des voyageurs dans toutes les parties du globe, fait d'abord plus de progrès que les études d'organographie et de physiologie végétales , ce qui s'explique par les difficultés d'étude que présentent à la fois la ténuité des organes intérieurs des plantes , l'emploi du microscope, et la possession si rare d'un bon instrument; toutefois, cette partie de la science ne reste pas stérile. Priestley, Senebier, Tngenhouz, Th. de Saussure, qui appartiennent en grande partie au xix*" siècle, guidés par les lumières de la chimie pneumatique , nous font voir que toutes les parties des végétaux sont formées d'oxygène , d'hydrogène et de carbone , et quelquefois aussi d'une petite quantité d'azote ; que les parties vertes exhalent, pendant la nuit, de l'oxygène et du carbone, sous l'influence de la lumière ; que les plantes décomposent l'acide carbonique contenu dans le milieu ambiant , et que leurs racines s'emparent de celui que le sol récèle; ejifin, que le tissu ligneux doit sa force à l'assimilation du carbone. On avait reconnu que l'électricité, la lumière et la chaleur, jouent un rôle important dans la vie du végétal ; les admirables travaux du siècle précédent sur cette matière sont continués par M. De Candolle. M. de Mirbel, dont la vie tout entière a été consacrée à l'étude de la structure interne des plantes et de leurs conditions d'existence, fait de belles et nombreuses découvertes. Ses premiers travaux donnent lieu à des controverses qui tournent au profit de la science. Daubenton, et principalement Desfontaines, découvrent les diiférences de structure de la lige des monocotylédones et des dicotylédones. Rudolphi, M.\L LinketTreviranus, étudient l'organisation des plantes dans toutes ses parties, et enrichissent l'anatomieet la physiologie de découvertes nouvelles ; mais ils sont souvent en désaccord avec M. de Mirbel, qui leur répond, en 1809, par l'exposilion de sa théorie de l'organisation végétale. A la même époque, paraissent les observations d'Auberl Dupelit-Thouars, de Palisot de Beauvois, de Kieser et Moidenhawer, qui publient différents travaux sur la structure des végétaux. En 1812, la Société Tey-

féncnne de Harlem propose un prix pour le mémoire qui rectifierait les erreurs que renferme l'anatomie végétale ; car la polémique engagée entre les phytolomisles français et allemands durait toujours ; le prix est décerné au mémoire de Kieser. En 1814, M. Nées d'Esenbeck fait connaître la structure des algues d'eau douce; en 1817, il publie son grand travail sur les champignons. En Angleterre, Smith donne un traité de physiologie végétale ; en Allemagne, Kurt Sprengel, Treviranus et Martius, font paraître des traités généraux et spéciaux sur la structure des plantes.

Vers 1815, l'anatomie végétale subit une révolution par suite de remploi général du microscope qui permit de pénétrer plus profondément dans la structure intime des végétaux, et de rectifier beaucoup de fausses idées. Il est vrai que l'emploi de cet instrument est devenu aussi la cause d'erreurs nouvelles; mais les services qu'il a rendus sont incalculables. En 1818, M. Amici de Modène publie, au moyen du microscope perfectionné, un mémoire sur la circulation du chara, ainsi que diverses observations sur les végétaux ; mais ces travaux physiologiques sont éclipsés par ceux de M. Treviranus, qui fait paraître divers mémoires sur le mouvement de la matière verte dans les végétaux, sur l'épiderme des plantes, sur leurs sucs propres et sur la structure des organes de reproduction. M. Meyen publie ses recherches sur la métamorphose des vaisseaux spiraux, et M. Schultz fait connaître , dans un mémoire couronné par l'académie des sciences de Paris, ses observations sur la circulation du latex. M. Eschweiler publie, en 1824 , son mémoire sur les lichens ; M. Guillemin, ses recherches microscopiques sur le pollen ; plus tard, MM. R. Brov\rn, Brongniart, Fritzsche, Mohl et Purkinje, approfondissent et éclaircissent complètement le même sujet. MM. R. Brown, Treviranus, Mirbel et Brongniart, publient des vues nouvelles sur le développement et la structure de l'ovule. M. Dutrochet fait connaître ses ingénieuses théories sur la structure interne des végétaux et sur l'agent immédiat de leur vie, ainsi que ses recherches anatomiques sur la structure intime des animaux et des végétaux et sur leur motilité. M. Raspail publie son mémoire sur le développement de la fécule dans les organes de fructification des céréales, ses analyses microscopiques dé cette substance, et ses recherches chimiques et physiologiques sur la structure et le développement des tissus végétaux. M. Decaisne fait connaître, dans un mémoire couronné par l'académie de Bruxelles , le développement des tissus et du principe colorant de la garance. M. De Can-

dolle, ù qui la science phyiologique doit de si précieux travaux, fait paraîlre, en 1827, son organographie végétale , et, quelques années plus lard, sa physiologie ; M. Brongniarl, son mémoire sur la génération et le développement de l'embryon dans les végétaux phanérogames. M. Agardh, botaniste suédois, dote la science de son travail sur l'anatomie des plantes. En 183i,Turpin l'enrichit de son organographie végétale. En 1836, M. Meneghini fait paraîlre un travail très remarquable sur la tige des monocotylédones. En 1837, M. Gaudichaud publie, sous le titre de JRecherc/ies siiî-Torganographie, la physiologie /-/ l'organogenie des végétaux , un ouvrage dans lequel il développe et agrandit le système de Dupetit-Thouars sur l'influence du bourgeon dans la production du corps ligneux. A la même époque, MM. de Jussiéu et Decaisne fixent railenlion sur la siruclure anomale de quelques liges grimpantes, appartenant à des végétaux dicotylédones. M. Raspail publie un nouveau système de physiologie végétale, dans lequel il attribue la formation successive de toutes les parties du végétal à une vésicule primordiale, envcrtude l'évolulion moléculaire, et explique la modification des organes par transformation. M. Boussingault se livre à des éliides expérimentales, qui ont déjà jeté beaucoup de lumières sur certains points obscurs de la science. Dans une leçon pleine d'intérêt, M. Dumas a récomment résumé le rôle important que joue l'atmosphère dans la végétation. M. Auguste de Saint-Hilaire vient de publier une morphologie végétale. M. Moquin-Tandon, appliquant aux végétaux les idées de MM. Geoffroy Saint-Hilaire, Serres et Isidore Geoffroy, dont il a emprunté la classification et la nomenclature, a donné depuis peu, après M. De Candolle, des éléments de tératologie végétale. On peut prédire , sans crainte de se tromper, que la tératologie animale et végétale tendent à se confondre en une seule et même science, la tératologie comparée.

Des considérations nouvelles sur la disposition spirale des feuilles et des autres organes appendiculaircs ont , dans ces derniers temps exercé la sagacité des savants les plus recommandables. C'est à MM. Schimper et A. Braun qu'on doit les premiers fondements de ces éludes, poursuivies avec succès par nos compatriotes, MM Marlins et Bravais, et d'une autre part, soumises à une ingénieuse critique par M. Sleinheil. Des travaux du plus haut intérêt sur l'inflorescwice sont dus à MM. R. Brown et Rœper.

Pour terminer ce qui a rapport à l'examen de la plante en général, nous parlerons en peu de mots des théories philosophiques qui cher-

chenl à expliquer les phénomènes de l'évolution du végétal. Gœihe. MM.DcCandolle, Brown , Cassini, Turpin , Auguste de Saint-Hilaire, ont adopté la théorie de la métamorphose, entrevue par Linné, qui avait dit dans sa philosophie botanique : Principium florum et foltoru??i idem est,- clic est aujourd'hui admise par la plupart des botanistes, après soixante ans d'incrédulité. D'après cette théorie, tous les organes appendiculaires des végétaux ne sont que la transformation de la feuille. La théorie de la fécondation, qu'on croyait définitivement établie, et dans laquelle l'éiamine joue le rôle de mâle et le pistil le rôle de femelle, n'a pas été à l'abri de la critique. D'après M. Schleiden, c'est le pollen qui contient l'embryon , et l'ovule est l'utérus dans lequel il se développe. Cette théorie qui , sans détruire celle des sexes, change cependant les fonctions des organes, a été combattue par MM. Moyen, Brongniart et Mirbel. MM. Griflith et Decaisne publient des recherches sar la structure anomale de l'ovule des Sanlalacées et Loranthacées. M. Ad. de Jussieu suit, avec le soin qui caractérise chacun de ses travaux, le développement et la structure des embryons des végétaux monocotylédones.

M. Dutrochet avait remarqué, dans une série d'expériences, que, toutes les fois que deux liquides de densité différente sont séparés par ane membrane organique, il s'établit entre eux un courant qui fait que le moins dense, attiré par celui qui l'est le plus, traverse la membrane, et que le mélange a lieu. Ce courant se manifeste de dedans en dehors et de dehors en dedans, suivant que l'un ou l'autre des deux liquides est contenu dans la membrane; dans le premier cas, il a reçu le nom d'i;ndosmose , dans le second celui dJexosmose. C'est sur ces deux faits, qui paraissent être le résultat d'une action électrique , que l'auteur a établi ses principes sur la statique des végétaux; selon lui , l'ascension de la sève est le résultat de ïendosmose. C'est une hypothèse nouvelle à ajouter à toutes celles qui ont déjà été émises sur ce sujet; mais elle ne paraît pas pouvoir expliquer, seule, tous les phénomènes de ce mouvem'înt. Les expériences récentes de M. Boucherie, sur les injections des bois, sont appelées à éclaircir la question encore si obscure et si complexe de la circulation de la sève dans les végétaux.

Les travaux de classification , fondés sur une étude de plus en plus profonde des organes caractéristiques, avaient successivement produit les systèmes de Tournefort, d'Adanson, de Jussieu. Malgré les nombreuses découvertes de 1? hoi.inidup , qui en ont incessamment

agrandi le domaine, la méthodologie n'a éprouvé de changements remarquables , ni dans ses principes ni dans sa direction. A part quelques essais de classification artificielle destinés à faciliter l'étude, le système de Jussieu, ou la méthode rationnelle, qui doit être l'objet de tous les efforts des botanistes , a prévalu et a servi de but à des modi« fications sans nombre. Le célèbre R. Brown, dans ses remarques générales et sa Flore de la Nouvelle-Hollande , a non-seulement fait connaître les plantes de cette contrée , mais il a contribué , par une foule d'observations intéressantes, à fixer les limites des familles et à déterminer les affiiiilés des plantes en général. Nous citerons encore parmi les botanistes qui ont le plus contribué au perfectionnement de la méthode naturelle , MM. De Candolle, A. Richard, Lindley, Bartling, Kunth, Endlicher et Meissner. Par suite de ces travaux , qui sont autant de pas faits vers une méthode plus parfaite, de nombreuses transpositions ont eu lieu dans les familles , ainsi que dans les genres et dans les espèces. Le nombre des familles s'est élevé successivement de cent à plus de deux cents. Ces travaux sont résumés dans deux ouvrages immenses récemment publiés, le frodrorrms de M. De Candolle, et le Gênera plantarum de M. Endlicher. Nous devons mentionner d'autres ouvrages qui, quoique moins étendus, n'en ont pas moins un mérite incontestable. Ainsi nous citerons le travail de M. Spach sur les phanérogames , faisant partie des suites à Buffon , et les ouvrages élémentaires de MM. A. Richard, Bernhardi, Treviranus, Agardh, Moyen, Lindley. Bischoff, A. St.-Hilaire.

Pour mettre un terme à l'instabilité des méthodes, les botanistes font des études complètes sur les diverses familles du règne végétal, afin de mieux établir les rapports qui existent entre elles. M. De Candolle a publié diverses monographies, particulièrement celles des Légumineuses, des Crucifères, des Ombellifères, des Combrétacées et d'un grand nombre d'autres; son fils, M. Alph. De Candolle, celle des Campanuhtcées ; M. Dunal a étudié les Solanées et les Anonacées; M. Adrien de Jussieu, les Rutacées, les Méliacées et les Euphorbiacées ; Cassini et M. Lessing, les Composées; MM. Martius, Mohl, Blume, les Palmiers; M. Nées d'Esenbeck, les Laminées; M, A. Richard, les Rubiacées et les Éléagnées ; M. E. Chavannes , les Aniirrhinées ; M. A. de Saint-Hilaire, les Résédacées , les Sapotées, les Passiflorées et les Cucurbiiacécs ; MM. de Saint-Hilaire et Moquin-Tandon , les Polygalées; MM. Richard et Lindley, les Orchidées; M. Brongniart, les Rham-

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 2lf

nées ; MM. Miquel et Kunlh ont fait connaître les Pipéracées ; M. Moquin-Tandon, les Chénopodiées ; M. Decaisne, les Lardizabalées : M. Gay, les Bytmériacées vraies; MM. Palisot de Beauvois, Raspail, Kunlh et Trinius, les Graminées; M. Kunth, les Mimosées ; M. L.-C. Richard, les Conifères; M. Lemaire, les Cactées ; Lamouroux , MM. Agardh, Meyen, Gréville, Decaisne, les Algues; Persoon, Paulet, Bul- Jiard, MM. Brongniart, Corda, Léveillé, les Champignons ; MM. Montagne, Schwœgrichen, Bruch etSchimper, les Mousses; MM. Acharius, Fries, Fée, les Lichens; MM. Gaudichaud, Presl, Kunze, Schkuhr, Kaulfuss, Hooker et Gréville, les Fougères ; MM. de Brébisson, Moncn, Meneghini, les Algues microscopiques; Lindenberg, Lehmann, Bischoff, les Hépatiques. D'autres ont étudié de simples genres; M. Lambert a publié un travail monographique sur les genres Pinus et Cinchona; M. Bonafous, sur le Maïs; M. Bonpland, sur les Mélastomes et les Rhexia ; M. le prince de Salm-Dyck, sur lesFicoïdes ; M. Jacquin, sur les Oxalis, etc., etc.

La botanique fossile, science nouvelle encore, se fonde sur les études et les découvertes de MM. Ad. Brongniart, Sternberg, comme elle s'enrichit des travaux de MM. Hullon, Lindley, Schlotheim, Schimper, Gœppert, etc.

Les voyageurs et les botanistes sédentaires ont composé des flores, des herbiers, qui facilitent l'étude, et l'iconographie végétale a fait, dans ces derniers temps, de rapides progrès. MM. Walhenberg et Fries ont publié la flore de Suède; M. Ledebour, celle des monts Altaï et de la Russie; MM. Sibthorp et Smith, celle de la Grèce; MM. Schrader, Siurm, Mertens, Koch, Reichenbach, celle d'Allemagne ; MM. Lamarck, De Candolle, Loiseleur-Deslonchamps , celle de France; MM. Lesiiboudois, Lejeune et Courtois, celle de Belgique ; MM. Koch, Suter et Gaudin, celle de Suisse; Smith, Hooker, celle d'Angleterre; MM. Tenore et Bertoloni, celle d'Italie; MM. Presl etGussone, celle de Sicile; MM. Delile, Desfontaines, R. Brown, Perrottet, Guillemin, Palisot de Beauvois, Harvey, nous ont fait connaître les plantes de l'Afrique; "MM. Bojer et Bouton, celles de Madagascar, de Bourbon et de Maurice; MM. Webb et Berthelot, celles des Canaries; M. Low^, celles de Madère; MM. Wallich, Wightet Arnott, Royie et Jacquemont, celles de l'Inde orientale; M. Bennelt et surtout M. Blume, celles des îles de l'Archipel indien; M. Decaisne, celles de Timor; MM. de Humboldl, Bonpland, Kunth, de Jussieu, A. de Saint-Hilaire et Mariius,

JtlS DISCOURS PRELIMINAIRE.

celles de l'Amérique équinoxiale; MM. Nullal, Torrey, Michaux et Asa-Grey, celles des États-Unis ; le docteur Hooker, celles de l'Amérique arctique ; Descourtilz et Swariz, celles des Antilles; MM. Gay et Bertero, celles de Juan-Fernandez. M. d'Urville a composé la flore desîles Malouines; M. Meyer , celle du Labrador; MM. Labiilardière, Brown, celle d'Australie ; M. Endlicher, celle de l'île Norfolk ; M. Guiliemin, celle de Taïti, ou des îles de la Société; MM. Siebold et Zaccharini, celle du Japon; M. Ach. Richard a donné l'essai d'une flore de la Nouvelle-Zélande.

La géographie botanique, qui concourt si bien à la connaissance physique du globe, doit ses premiers fondements à Tournefort et à Linné. Depuis, MM. de Humboldt, De Candolle, Brown, de Mirbel, Walhenbérg, de Buch, Link, Schouw et Meyer, ont donné à cette science une importance qui s'accroît chaque jour.

Géologie. — Nous avons vu, pendant tout le xvin» siècle, la idéologie, encore si près de son berceau, revêtir la forme de théories géogéniques auxquelles l'expérience n'avait nulle part. Cependant, vers la fin de cette période, les diverses formations commencèrent à être mieux connues, et les descriptions de géologie locale remplacèrent les théories générales. Les systèmes ne cessèrent pas pour cela , tant l'homme est porté à substituer à la vérité les rêves de son imagination, tant il lui répugne d'avouer son ignorance ; mais ils prirent un caractère plus positif, et l'on ne voit plus se renouveler les ridicules théories dont De Maillet et Robiquet nous ont laissé des exemples.

De Lamétherie, regardant les faits acquis comme suffisants et assez bien constatés, crut pouvoir essayer l'histoire des révolutions de notre planète, et publia une Théorie de la terre (1791) qui ressemble à la plupart de celles de cette époque.

En 1792, Dolomieu consigna, dans le/(9wr/m/rfe/>//y*2<7J/e, ses opinions sur la formation de notre globe. ïl admit la dissolution de tous les éléments qui en composaient l'écorce dans un liquide où ils s'agglomérèrent par suite d'une cristallisation confuse. Les montagnes et les vallées primitives furent le résultat de mouvements d'élévation et de déchirement dans l'écorce terrestre, et les vallées secondaires furent creusées par d'immenses courants. Il ne croyait pas au séjour de la mer sur nos continents; mais il pensait que le dépôt des couches marines que nous y remarquons était du à des marées d'une hauteur prodigieuse

Dcluc est plus original : il suppose l'état complet de congélation du globe à son origine. De la fonle successive des glaces par le soleil devenu lumineux, résulta la dissolution des terres et autres substances, qui, en se cristallisant, formèrent les terrains primitifs; puis les êtres organisés parurent, et leurs dépouilles vinrent se mêler aux terrains secondaires, qui se déposèrent au fond des eaux. Les glaces continuant à fondre dans la croûte du globe, il se forma d'immenses cavernes dont l'aflfaissement successif fut l'origine des montagnes et des vallées. ' De Saussure, dont nous avons déjà parlé au xviii* siècle, termina, ea 1796, son immortel ouvrage, intitulé : Voxjage dans les Alpes; mai dans lequel il traite, en outre, de toutes les parties de la science géolo gique. Il y donne l'exemple d'une précision remarquable dans sa description de la structure et de la composition des terrains.

Faiijas de Saint-Fond, dont les travaux sont encore bons à consulter, avança le premier que beaucoup de coquilles fossiles ont leurs analogues vivants dans les mers ; mais ses idées sur la formation des couches de l'écorcedu globe et sur celle des inégalités de sa surfac ^onl le résultat d'une théorie que démentent tous les faits. Ses travaux les plus importants, ceux qui ont été le plus profitables à la science, sont ses observations sur les volcans.

Spallanzani, qui s'est attaché à étudier les volcans et les laves qui en jaillissent, a le premier reconnu la présence de l'acide hydrochlorique dans les productions volcaniques. Nous ne devons pas oublier Albert Foriis, qui, sans aborder les hautes questions de la géologie, a rendu de grands services à la science, par ses travaux sur la constitution géologique du Vicentin et de plusieurs parties de l'Italie.

Scipion Breislak, de Rome, publia, en 1811, sous le titre à' Introduction à la géologie^ le premier traité régulier qui ait paru sur cetta science. Dans son ouvrage Sur la structure extérieure du glohcy il ne se prononce pas exclusivement pour la formation par le feu ou par l'eau; mais il admet d'abord la fluidité ignée primitive du globe, comme cause de sa forme sphéroïdale; puis le concours des eaux dans les phénomènes dont sa surface a été le théâtre. Il commence par développer la série des phénomènes résultant de la fluidité ignée, tels que les soulèvements de montagnes, etc.; ensuite il examine ceux qui sont dus à Taction de l'eau. Ce système est celui qui a prévalu. Les hommes les plus cminents dans la science ont dirigé leurs études vers la confirmaiior de cette théorie, qui s'appuie déià sur tant de faits.

Pour faire connaîlre l'éiat de la synthèse géologique , nous donnerons une esquisse rapide de la théorie généralement admise aujourd'hui.

La terre fut, dans l'origine, une masse incandescente de matière liquéfiée, qui prit, sous la double puissance de l'attraction centrale et de la force centrifuge, la forme d'un sphéroïde aplati vers les pôles et renflé vers l'équateur. Pendant cette période d'incandescence, que démontrent les traces d'ignition des roches primitives et l'élévation successive de la température, à mesure qu'on pénètre dans les entrailles de la terre, l'atmosphère exerçait sur le globe une pression environ cinquante fois plus forte, et occupait un espace beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. Elle tenait en suspension , avec la masse ignée, les diverses substances élémentaires des roches et des minéraux. Cette atmosphère était dense, impropre à la vie, et nul rayon lumineux ne pouvait la pénétrer. Un commencement de refroidissement s'étant manifesté, il se forma, autour de la masse en fusion et de haut en bas , une couche solide , composée de gneiss , de granités, etc. (roches primordiales). La température continuant à s'abaisser, les vapeurs aqueuses contenues dans l'atmosphère se condensèrent, et les premières eaux tombèrent; elles furent mises en ébullition par l'état encore incandescent de la croîite du globe; de là résultèrent des combinaisons chimiques, semblables à celles qui ont lieu par la voie humide, et qui, au point de contact et de bas en haut, donnèrent lieu à des dépôts ou couches plus ou moins puissantes. C'est ainsi que se formèrent les premières roches sédimentaires. Des fentes et des crevasses, formées dans la croûte du globe par suite des contractions qu'il, éprouvaiten se refroidissant, jaillirent des masses minérales liquides qui donnèrent naissance à des roches pyrogènes, telles que les granités, les syéniies, les porphyres, etc. Aces influences dynamiques furent dus le& soulèvements des montagnes résultant, non d'un mouvement lent et continu, mais de secousses brusques et rapides. L'intensité de ces phénomènes semble avoir augmenté de plus en plus, de telle sorte que les chaînes les plus élevées sont, en général, les plus récentes. De ces soulèvements, il résulta des changements dans la configuration du sol, et, dans le niveau des eaux, des modifications qui durent causer des inondations partielles, d'où résultèrent des courants dont la puissance erosive vint modifier puissamment le relief du sol.

Beaucoup de filons métalliques et pierreux ont dii être formés, comme ceux des roches ignées, par une éruption de bas en haut, qui remplissais

les fissures du globe de vapeurs et de gaz résultant de la sublimation de mtilaux qui se crislallisaient en se refroidissant.

Tant que la chaleur de la surface du globe fut considérable (et l'on eslime à 265 degrés, sous une pression de 50 almosphèrcs, celle qui a précédé la formalion des dépôts calcaires), il ne se forma aucun être organisé ; mais, quand, par une condensation successive des vapeurs, la pression atmosphérique fut descendue à peu près à l'état actuel, et lorsque la température des eaux ne dépassa plus 90 degrés, la vie se manifesia. La terre se couvrit alors de végétaux appartenant aux espèces inférieures. Les eaux se peuplèrent de nombreux animaux sans vertèbres, zoophytes, viollusques, etc., au milieu desquels on remarque une seule famille d'articulés, les trilobites. Vers la fin de cette période, parurent les premiers animaux vertébrés : ce sont \e&sauroïdes, poissons aux formes de lézard, tels que les ic/tihyodorulites. IjSi\é§éliilion prit alors un nouveau caractère ; des fougères, des equisetacees, etc., commencèrent à déployer leurs formes gigantesques.

A celle période succéda la formalion des terrains anthr-axifères , comprenant le terrain houiller si riche en végétaux d'une dimension souvent considérable mêlés à des débris d'animaux.

Une aussi puissante végétation enlève successivement à l'atmosphère une énorme quantité de gaz acide carbonique; des êtres plus complexes peuvent désormais y respirer ; c'est alors qu'apparaît, dans toute sa variété et dans toute sa force, le grand lype des reptiles d'espèces perdues: Vicitthyosaure à la lêle de lézard, au corps de poisson, et vivant dans l'eau j le plésiosaure à la tèle grêle, portée sur un cou flexueux comme le corps d'un serpent; le ptérodactyle, sorte de lézard volant, au museau allongé, aux dents aiguës, aux ongles crochus ; puis d'énormes cvocod\V\Qn?>,\Q mégalosaure, \e géosaure, le mosasaure; des tortues géantes, appartenant aux genres Emys et Chelonia, le monstrueux iguanodon, etc. Les mers sont habitées par des dupes, des anguilles, des brochets, des chétodons, et par la puissante famille des squales.

Quelques rares oiseaux de l'ordre des échassiei'Sy et un seul mammifère appartenant aux f//c/<?//>^<?5 paraissent à la fin de cette époque, c'est-àdire quand l'aimosphère est devenue plus propre encore à la vie; quelques végétaux dicotylédones, de la famille des conifères, viennent aussi rompre l'uniformité de la végétation. Déjà de violents soulèvements avaient élevé de nouveaux conlinenis au-dessus des mers et couvert la terre de nombreuses aspérités; des sources thermales coulaient de toutes parts.

221 DISCOURS PRKLIMINA[RK.

L'époque arrive enfin où l'atmosphère, suffîsammenl purifiée, peu; entretenir la vie d'animaux plus parfaits. Cette période tertiaire voii naître les grands mammifères aquatiques et terrestres. Les la?nanfins^ les dauphins, les phoques, partagent le domaine des eaux avec les poissons devenus plus nombreux. De lourds pachydermes, auxquels se mêlent des carnassiers, des rongeurs, des marsupiaux, habitent la terre, que couvre une riche végétation de dicotylédones. C'est alors que vi» vent tous ces animaux dont les genres, maintenant perdus, ont été recréés par les admirables travaux de Cuvier : tels que les palœo" thères, les atiophthères, les lophiodons, les anthracothères, les mastodontes, etc. D'autres appartiennent à des genres existant encore, mais leurs espèces n'existent plus : ce sont des tapirs, des éléphants, des rhinocéros , des ours, des hyènes et des singes, dont les restes ont été récemment découverts dans le midi de la France, etc.

Enfin, quand le globe se trouva dans des conditions atmosphériques qui permirent aux êtres organisés de se développer librement, et qu'ils eurent épuisé toutes les transformations auxquelles était appelée l'animalité, Thomme parut. Bientôt, soumettant la nature à la puissance de l'esprit, il établit son empire sur tout ce qui existe, et chaque jour encore il lutte avec elle pour lui arracher ses secrets.

Les savantes recherches de MM. Fourier, W. Fox, Arago et Cordier, sur la chaleur centrale, et surtout le grand travail de ce dernier, ont donné à cette opinion un tel degré de certitude, que la théorie de l'incandescence du noyau du globe, adoptée aujourd'hui par presque tous les savants, est devenue l'un des principes fondamentaux de la géoJ logie moderne. En effet , comme il est suffisamment démontré que la température s'accroît à mesure qu'on pénètre plus profondément dans le sol, on est conduit à admettre que le noyau du globe doit avoir con serve sa fluidité primitive. Indépendamment des nombreuses observations thermométriques sur lesquelles s'appuie cette théorie, les volcans, les tremblements de terre, les puits artésiens, les eaux thermales, confirment l'existence d'une immense chaleur dans l'intérieur du globe. Suivant M. Cordier, l'accroissement de cette chaleur serait d'un degré centigrade par 27 mètres; d'où il résulterait qu'à 2,700 mètres de pro* fondeur (un peu plus d'une demi-lieue), la température de la terre se rait celle de l'eau bouillante, et qu'à 6,500 mètres (une lieue et demie). le plomb serait constamment en fusion. L'écorce terrestre continue à se consolider et acquiert une épaisseur d'autant plus grande que le re

DISCOL'RS PRÉLIMINAIRE. 223

Iroidissement augmente davantage; mais, comme celle épaisseur, qu'on suppose avoir environ vingt lieues métriques, n'est pas la même partout, il en résulte une différence dans la température des climats, et, dans l'écorce minérale, une plus ou moins grande flexibilité qui aide à expliquer les volcans, ainsi que le soulèvement de certaines parties des coniinents et l'abaissement de certaines autres. Nous en avons pour exemples récents la formation des îles de Santorin, le soulèvement de la Scandinavie, l'abaissement du Groenland, etc.

La belle théorie des soulèvements , appuyée sur les travaux de MM. de Buch et Élie de Beaumout, a pris place dons la science comme une vérité démontrée. Les anciennes théories ont donc disparu pour faire place à celle que toutes les observations concourent à confirmer. M. Élie de Beaumont, qui a fait de nombreuses études sur cet important sujet, est parvenu à calculer et assigner facilement l'âge relatif du soulèvement de la plupart des chaînes de montagnes.

Depuis quelques années, la théorie dont on peut à juste litre considérer Hutton comme le père , celle du inétamorphisme, ou transformation de roches stratifiées, d'origine neplunienne, en roches slraiiformes cristallines, d'apparence plulonienne , occupe beaucoup les géologues. Plusieurs d'entre eux se livrent à des recherches tendant à établir la vérité de celle théorie , qui prend chaque jour plus de consistance. Parmi les travaux qui ont été publiés sur ce sujet , nous citerons ceux de MM. de Buch, Lyell, Élie de Beaumont, Dufrénoy, Virlet, Boblaye, Sluder, Gras, Coquand, etc.

La transformation des calcaires en gypse et en dolomie occupe aussi beaucoup les géologues, depuis la publication du travail de M. de Buch. Cette quesiion a été récemment l'objet de plusieurs mémoires de MM. Élie de Beaumont, Gaimard, Coquand, etc.

A côté des grands travaux généraux qui embrassent dans leur domaine l'histoire entière du globe, il y en a d'autres très nombreux qui se rapportent aux détails de la science.

La plupart des géologues ont étudié la slruclure des montagnes, en ont mesuré la hauteur, et les ont classées d'après leurs directions. L'origine des vallées a occupé MM. d'Omalius d'Halloy, Conybeare, Lyell et Mui"^ chison : les deltas, les alluvions, ont eu des explications rationnelles. MM. Hugi, Venetz, de Charpentier, Agassiz et Rendu, ont étudié lej. glaciers; les eaux qui coulent à la surface du globe, comme fleuves, rivières ou ruisseaux, ou qui y séjournent, comme mers, lacs, eaux

Stagnantes, ont été le sujet d'observations pleines d'intérêt faites par MM. Dick, Sander, Knight, Merlan, Arago, Slrelke, SlUiman, Horner. Everest, Taylor, Stevenson, Lyell, etc.

On a reconnu que toutes les mers ne sont pas au même niveau et qu'à diverses époques, elles sont revenues couvrir les mêmes pays ; leur température a été mesurée. Les sources minérales ont aussi donné naissance à de nombreux ouvrages de MM. Alibert, Osann, Slifft, Sigwart et Leipprand, Gardner, Anglada, Boussingault, etc.

Les tremblements de terre ont été observés et leurs causes recherchées par MM. Lambert, Kries, de Hoff. Les volcans, phénomènes mystérieux, qui dans leurs jours d'effervescence glacent d'épouvante tous les êtres vivants, ont été l'objet d'études fort nombreuses. MM. Cordier, Élie de Beaumont, Davy, Brongniart, Gay-Lussac, de Humboldt, Ampère, Huot, Poulett Scrope, Melograni, Maravigna, Marcel de Serres, etc., ont observé les phénomènes qu'ils produisent, étudié les lois auxquelles ils doivent leur origine, cherché à déterminer leur âge et essayé des théories pour en expliquer la cause.

Les blocs erratiques ont été le sujet de mémoires de MM. Brochant, Sedgwick, De La Bêche, Brongniart, Kloden, Bernhardi, Buckland, etc. Les cavernes à ossements ont de nos jours été explorées dans toutes leurs parties et ont donné lieu à des travaux spéciaux de MM.. Buckland, Marcel de Serres, de Christol, Tessier, Buchet, Laurens, Schmerling, Bosenmùller, Scina, Hoffmann, Coulibine, Claussen.

La connaissance des roches est devenue l'un des plus puissants auxiliaires de la géognosie. Leur classification et leur description ont été l'objet de travaux importants de MM. Jameson, Hatiy, de Buch, Brochant, de Leonhard, Boue, Huot, Bivière, etc., et surtout de MM. Cordier, Al. Brongniart et d'Omalius d'Halloy. Leur structure, leur composition, tous les accidents qu'elles présentent et les modifications qu'elles subissent, ont été également l'objet des travaux de MM. Hall, Peghoux, Fleuriau de Bellevue, Koch, Haussmann, Conybeare, Miller, Haldat, Brocchi, Gaudin, Mitscherlich , etc.

Les principales difficultés de ce genre de recherches ont d'ailleurs été levées par un travail spécial , d'une très grande importance , dû à M. Cordier. En combinant les procédés d'une analyse mécanique toute nouvelle avec l'emploi du microscope sous certaines conditions, ce géologue a donné le moyen de déterminer avec certitude la nature de ia plupart des masses compactes qui , sur beaucoup de points, jouent

un si grand rôle dans la conslUution des terrains, surtoul dans celle des terrains pyrogVuics. Ces masses, jusque-là problématiques, sont devenues des roches hétérogènes, à parties constituantes microscopiques ; elles ont cessé d'appartenir à la minéralogie où elles avaient long- (emps constitué de fausses espèces. On est ainsi arrivé à la théorie de là consolidation, de la composition et de la contexture des couches ei (les amas volcaniques de tous les âges. Les divers produits de ce genre se sont trouvés réunis par des liens communs, et la solution des questions depuis longtemps controversées entre les neptunistes et les vulcanistes est devenue dès lors simple et facile.

Tous les terrains ont été aussi mieux étudiés, mieux divisés et mieux groupés. Les terrains inférieurs aux terrains houillers ont été examinés d'une manière spéciale par MM. Sedgwich, Murchison, Dumont, Boue, d'Omalius d'Halioy, Dufrénoy, Rivière, Boblaye, de Verneuil, etc.

Les topographies géognostiques se sont multipliées dans ces derniers temps : nous citerons parmi les plus importantes, pour la France, celles deMM.Éliede Beaumont, Dufrénoy, Al.Brongniart, d'Omalius d'Halioy, Constant Prévost, Desnoyers, Passy, de Bonnard, Graves, Dujardin , Bûué, Thirria, de Caumont, Lecoq, Bouillet, Rozet, Puillon Boblaye, <ji'Archiac, Triger, Leymerie, Fournet, Manès, Rivière, Bertrand Geslin, Voltz , etc. ; pour les Pyrénées, celle de M. Charpentier ; pour les Alpes et la Suisse, celles de MM. de Saussure, Sluder, Thurmann ; pour l'Allemagne , celles de MM. Boue, Keferstein, Steininger, Klœden, de Buch, de Bonnard, Beudant; pour l'Italie et les îles adjacentes, celles de MM. de Buch , Sismonda , Hoffmann, Reynaud ; pour l'Angleterre et l'Ecosse, celles de MM. Phillips, Murchison, Manlell, De La Bêche, Fitton, Sedgwick, Greenough, Boue} pour la Belgique, celles de MM. Dumont, Davreux, Galeotli ; pour la Scandinavie, celles de MM. Esmark, de Buchi Hisinger; pour la Russie, celles de MM. Pusch, de Verneuil, Huot; pour la Turquie et la Grèce , celles de MM. Virlet, Boblaye et Boue; pour l'Espagne, celles de M. Leplay ; pour l'Inde, celles de MM. Fraser, Hardie et Jacquemont ; pour le Groenland et l'Islande, celles de MM. Gie» seck et Robert; pour les États-Unis, celles de MM. Maclure, Rogers, rroûsl; pour le Mexique et l'Amérique du Sud , celles de MM. de Hum- Doldt, Alcide d'Orbigny , Darwin ; pour l'Afrique, celles de MM. Rozet, de Buch, Berthelot, Boblaye, Smith; et pour l'Australasie , celles de MM. Fitton et de Buch.

Enfin l'étude de la géologie a été facilitée par des cartes géologiques,

exécutées, pour la France entière ou pour quelques-unes de ses partiesy par MM. Elle de Beaumont, Dufrénoy, Boue, d'Omalius d'Halloy, Brongniart, d'Archiac,Triger, de'Caumont, Lecocq, Rivière, Raulin, Boubée, Desmarels, de Charpentier; pour diverses parties de l'Europe , par MM William Smilh, Greenough, Murchison, Dumont , de Buch, Hoffmann, Naumann , Partsch, Beudant, Virlet, Boblaye , Keilhau,. Hisinger; pour les États-Unis , par Maclure, etc.

La paléontologie est aujourd'hui une partie essentielle de la géologie; elle a jeté un grand jour sur les questions relatives à l'âge des terrains^ à leurs divisions , à la température de la surface du globe, pendant les diverses époques géologiques, etc. Nous parlerons toul-à-l'heure de ses progrès à l'article qui lui est spécialement consacré.

La géologie, dont la haute importance ne peut être niée, a successive'ment absorbé des sciences qui jadis en étaient distinctes. Elle embrasse aujourd'hui la géographie physique, la géographie mathématique, la géologie spéculative, l'oryctognosie, la géognosie, la géogénie, etc. ; en un mot, elle s'occupe de toutes les hypothèses et de tous les faits relatifs à l'histoire du globe. La forme de la terre, sa densité, sa température extérieure et intérieure, les phénomènes magnétiques dont elle est le théâtre , les mouvements oscillatoires de son écorce , le relief de sa surface, les phénomènes volcaniques, l'atmosphérologie, la répartition des eaux, rentrent dans le domaine de cette science.

Paléontologie. — La paléontologie, cette science si neuve encore et qui n'avait pas même été systématisée à la fin du xviii^ siècle, a grandi svec la géologie, dont elle est devenue le plus puissant auxiliaire. Nul doute qu'elle ne finisse par soulever le voile mystérieux dont sont encore couverts les premiers âges de l'histoire du monde. Ici encore nous nommerons G. Cuvier. Cet illustre naturaliste, faisant de l'anatomie comparée l'application la plus neuve et la plus brillante, tire des mondes entiersde leurs ruines, et devient ainsi le créateur de la paléontologie positive, dont personne jusqu'à lui n'avait compris l'importance. En 1796, il publia son premier mémoire sur les éléphants fossiles; et il est à remarquer que ce travail, qui ouvrait la carrière aux plus grandes découvertes, fut lu le jour même où l'Institut tenait sa première séance publique. Deux ans après , il commençait la publication de ses beaux travaux sur les ossements des plàlrières des environs de Paris. Depuis cette époque, Cuvier ne cessa de s'occuper de la recherche des osse-

menls fossiles; ses différenls mémoires, qu'il publia d'abord dans les Annales du Muséum^ ont clé réimprimés par lui de 1821 à 1S24, et forment un grand ouvrage, en cinq volumes in-^i".

L'impulsion donnée par le naturaliste français à la paléontologie se propagea rapidement. Un grand nombre de savants, tant français qu'étrangers , s'occupèrent de cette branche importante de la zoologie. MM. Meyer, Bojanus,Goldfuss, deHumboldt, Sœmmering, Schlolheim, Jœger, Buckland, l'abbé Croizet, Jobert, Kaup, etc., ont publié, sur les vertébrés fossiles, des renseignements d'un grand intérêt. L'ornilhologie fossile €St encore peu avancée; et l'on ne connaît, dans les terrains secondaires, qu'un petit nombre de débris d'oiseaux, appartenant à l'ordre des palmipèdes, comme ceux du calcaire de Pappenheim ; à celui des échassiers, enfouis dans les terrains de l'Angleterre ; à ceux des rapaces, des passereaux et des gallitiacés, trouvés dans les gypses de Paris, en Auvergne, en Provence et en Italie. Sir Everard Home, MM. Buckland, De La Bêche , Conybeare , ont étudié les reptiles et les sauriens ; MM. Agassiz, de Munster, Buckland, Sedgwick, Murchison, de Blain- Yille, etc., se sont occupés des poissons; MM. Desmarets, Alexandre Brongniart, Green, ont étudié les crustacés. Les invertébrés fossiles de l'embranchement des mollusques ont été l'objet d'études attentives de la part de Lamarck, MM. Sowerby, Parkinson, de Schlottheim, Deshayes, d'Orbigny père et fils , de Basterot, Voltz, Dujardin, d'Archiac, Phillips, de Buch, de Munster, Bœmer, Zieten , Goldfuss , Pander, Brocchi, Philippi, etc. Les échinodermes ont été étudiés par MM. Goldfuss, Agassiz, Charles Desmoulins, Graieloup, etc.; les crinoïdes, par Miller et M. Alcide d'Orbigny. Les zoophyies sont le but de travaux spéciaux de la part de MM. Goldfuss, de Blainville, Michelin, etc. MM. Agardh, Ad. Brongniart, Sternberget Gœppert, ont surtout étudié les végétaux fossiles. Enfin, depuis ces dernières années, tous les êtres organisés fossiles ont été observés avec un soin particulier.

Les collections paléoniologiques se sont formées partout , et des recherches habilement dirigées sur tous les points habités par des savants laborieux, ou parcourus par des voyageurs intelligents, ont déj4 jeté les fondements d'une faune paléontologique. Lorsqu'elle sera complète, nous pourrons sans doute pénétrer plus avant dans l'histoire primitive de notre planète. Les fossiles d'Europe commencent à être assez bien connus. MM. Gaillardot, Darlu, l'abbé Croizet, Lartet, de Blainville, Dechen, Constant Prévost, Brongniart, de Christol»

Boué, Lamouroux , Graleloup, de Basleroi, Diijardin, Marcel de Serres, de Laizer, d'Orbigny père, elc. , onl fait, pour quelques-uns de nos déparlemenls el pour ceriains terrains, ce qu'a fait Cuvier pour les ossements du bassin de Paris. M. de Blainville a commencé l'histoire de tous les vertébrés fossiles j M. Alcide d'Orbigny a entrepris celle de tous les animaux mollusques et rayonnes fossiles de France; M. Deshaycs en a fait autant pour les coquilles fossiles tertiaires des environs de Paris ; MM. Drapiez, Bory de Saint-Vincent, Delaunay , Moiren, Schmerling, Knitz et de Koninck, pour plusieurs points de la Belgique; MM. Rittcr, Soemniering, Hermann de Meyer, Razoumowski, Keferstein, Germar, Siedemann, Schlotlheim, Rosenmiiller, Rœmer, le comte de Mïmsler, pour l'Allemagne; M. Kaup, pour les environs de Darmstadt; MM. Zïelen etHehl, pour le Wurtemberg; MM. Buckland, Ovven, Conybeare, Phillips, De La Bêche, Parkinson, Sowerby, Murchison, Fiiion et Manlell, pour l'Angleterre; M. Hugi , le docteur Lavaicr et M. Burdet , pour la Suisse; MM. Nilson , Ilisinger et Wahlenberg, pour la Suède; MM. Brocchi, Philippi, A. Forlis, Spinola, Cortesi , Michclotli , etc., pour l'Italie; MM. Nesti, Pander, Eiclmald , Gotthell de Fischer, Bojanus, Adams, pour la Russie d'Europe et la Russie d'Asie. L'Afrique n'a jusqu'ici donné que peu de fossiles; mais l'Asie et surtout l'Inde ont fourni de riches collections, et ses gisements ne le cèdent eu rien aux nôtres. MM. Falconer, Cantley, Baker, Durand, etc., nous en ont fait connaître les intéressantes productions, et y ont découvert des animaux inconnus aux savants. L'Amérique du Nord, celle sœur de l'ancien monde sous le rapport de la civilisation, n'est point restée en arrière de nous dans la connaissance des ossements fossiles qu'elle renferme dans son sein. En 1797, Jefferson, président des Étals-Unis, fit le premier connaître les débris du mégalonyx. Depuis cette époque, le sol des États-Unis, où les fossiles se trouvent généralement à une moindre profondeur que chez nous, a été fouillé sur plusieurs points ; les cavernes ont été visitées, les alluvions des fleuves et des marais sondées; on y a trouvé un nombre considérable d'animaux antérieurs aux temps historiques. Les plus laborieux paléontologistes américains sont : MM. Harlan, Fink, Peale, Hitchcock, Coopcr, Barton , etc.; la connaissance des débris paléontologiques que renferme l'Amérique méridionale est due surtout à MM. de Humboldt, Darwin, Owen , Laraga, Lund» Claussen, etc.; ce dernier a découvert récemment, dans les cavernes du Brésil, plus de cent espèces de mammifères.

Nous n'entrerons ici dans aucun détail sur l'existence des homme»

DISCOURS PRÉLIMIlNAIRE. 229

fossiles, malgré rinlérct que présente celle qiieslion ; nous dirons seulement, sans chercher à en pénétrer la cause, qu'aujourd'hui les hommes faisant autorité dans la science sont à ce sujet d'opinion diamétralement opposée.

Distribution géographique des animaux. — Les animaux sont répandus sur la surface du sol conformément à des lois toujours en harmonie avec les conditions de leur existence; il est certaines limites que beaucoup d'entre eux ne peuvent franchir, malgré leur longévité et le puissant développement de leurs forces musculaires. Quant à l'homme, il couvre le globe entier; et, avec quelques dissemblances dans les races, il vit sous toutes les latitudes , dans les climats glacés des pôles, au milieu des neiges éternelles, aussi bien que dans les pays brûlants des tropiques. Les animaux que la domestication a liés à son sort, le suivent presque tous dans ses migrations et s'identifient, omme lui, avec la diversité des températures; mais, pour ceux qu'il n'a pas réduits en esclavage et qui vivent libres au sein de la nature, une inflexible loi les retient dans certains climats; partout ailleiu's, ils languissent ou meurent. La connaissance de la distribution géographique des animaux est une science qui intéresse le naturaliste , et dont on peut regarder Buffon comme le créateur, bien qu'il ait souvent exagéré l'influence des milieux sur le développement de l'organisme. Depuis BufCon, tous les voyageurs qui ont exploré les diverses contrées du globe ont concouru aux progrès de cette science. La dislribulion géographique des mammifères est généralement bien connue, leur nombre éianl assez borné , et leurs conditions d'existence les niellant constamment en rapport" avec l'homme: MAI. Bory de Saint-Vincent , Minding, Lesson, Desmouliiis, Fischer, Desmarets, Lyell, ont publié des travaux spéciaux sur ce sujet. Les oiseaux, moins sédentaires, vivant plus loin de l'homme , sont moins bien connus; Illiger, MM. Lesson, Alcide d'Orbigny, Quoy et Gaimard, se sont occupés de leur distribution sur le globe. Les deux derniers ont élu dié la distribution des reptiles, et M. Wicgmann a publié un mémoire fort intéressant sur celle des sauriens. Les poissons sont bien, comme les autres êtres, soumis à des lois constantes d'habitation, quoique certaines espèces émigrent; mais, malgi'é les travaux de MM. JVouel, Macculloch, Forbes, de Humboldt et Valenciennes, leur répartition dans les eaux du globe n'est encore qu'incomplètement connue. A me-

230 DISCOURS PRELIM/NAIRE.

sure que nous descendons dans l'échelle animale, l'incerlilude devienî plus grande; cependant, les travaux sur cette matière ne manquent pas entièrement, mais ils sont encore incomplets. Fabricius et Lalreille ont donné les premiers une géographie des insectes, poussée plus loin par MM. Kirby, Spence, Mac-Leay et Lacordaire. Dans ces derniers temps , elle a été l'objet de nouveaux travaux de MM. Milne Edwards et Blanchard ; MM. Quoy et Gaimard en ont fait autant pour les crustacés. MM. Broderip, de Férussac, de Blainville, A. d'Orbigny, etc., ont donné la géographie des mollusques; MM. Quoy et Gaimard, celle des polypiers, M. Ehrenberg, celle des infusoires.

Il reste à résoudre un problème qui, à toutes les époques, a beaucoup occupé les hommes de science, et qu'enveloppe encore la plus grande obscurité; nous voulons parler de la distribution primitive des êtres sur la terre; c'est de la paléontologie que nous attendons la connaissance de ces faits primordiaux de l'histoire de notre globe. Quand nous saurons ce qu'a été l'animalité à sa naissance, peut-être, en comparant son état primitif à son état présent, pourrons-nous pressentir ses destinées futures ; mais jusqu'à ce moment les hypothèses qui ont été hasardées manquent absolument de certitude.

Conclusion. — Arrivés au terme de notre lâche, il nous reste à reconnaître quel but s'est proposé la science et quel parti l'humanité a tiré de ses longs travaux. Déjà bien des progrès se sont accomplis, depuis que nous ne la voyons plus, renfermée dans les cabinets, devenir, sous i'inspiiation de quelques hommes, un arcane inaccessible au plus grand nombre, et un monopole profitable seulement à la vanité des maîtres et des disciples. Elle est descendue des hauteurs des théories philosophiques pour devenir pratique , et elle a abordé jusqu'aux détails les plus humbles de la vie ; car elle a compris qu'entre la vie scientifique et la vie civile , il existe une étroite solidarité. Le savant est donc devenu tour à tour agriculteur, mineur, distillateur, chaufournier, tanneur, teinturier, etc. Tous les ans, toutes les industries, sont venus lui demander des lumières, et il a répondu à tous. L'économie politique, quoique paraissant fondée sur des besoins d'un autre ordre, s'appuie également sur la science, qui en est le principal levier, et toutes les institutions reposent sur ses progrès. Depuis qu'elle est entrée dans cette large et noble voie, les intelligences se sont agrandies, les préjugés ont, sinon complètement disparu, du moins diminué, et la civilisation a

marché à grands pas. L'admiration n'est plus fondée sur un fol engouement : la célébrité du savant croît en raison du degré d'utilité de ses travaux ; le plus populaire est celui qui a fait contribuer la science au bien-être de tous, et qui a compris qu'elle est moins un but qu'un moyen. L'homme ne veut plus être livré à l'empirisme, depuis qu'il a reconnu qu'en vivifiant l'intelligence , l'expérience et l'observation le préservent du malheur d'errer à l'aventure; aussi les peuples civilisés se sont-ils jetés à l'envi dans les voies que leur ouvrait la science, et se sont-ils empressés de réunir tout ce qui pouvait contribuer à ses progrès. Les bibliothèques s'enrichissent chaque année de tous les trésors de l'esprit; les musées accumulent, conservent et classent les produits des trois règnes, et offrent le tableau de plus en plus complet de la variété de la nature. Chaque ville de quelque importance a son cabinet d'histoire naturelle, son jardin botanique, sa bibliothèque, son académie. Des chaires d'enseignement sont confiées aux hommes les plus éclairés et les plus dévoués aux progrès de la science ; des voyageurs rétribués par les gouvernements, récompensés par les sociétés savantes , parcourent le monde et rapportent le fruit de leurs longues et périlleuses recherches ; de nombreux recueils, dans lesquels sont consignées les découvertes nouvelles, se publient dans toutes les parties du globe; des ouvrages didactiques vont annuellement porter à une multitude de lecteurs les connaissances les plus propres à développer leur intelligence. L'étude de la nature a sa part aujourd'hui, même dans l'éducation la plus humble. Tous les arts se sont mis au service de la science : la gravure et la peinture enrichissent les collections de précieuses iconographies; l'art plastique, imitant la nature, multiplie les préparations anatomiques qui facilitent l'étude, et en éloignent les dégoûts et les dangers; enfin le règne de la science est établi, son domaine s'est accru , et nul n'oserait plus lui disputer son empire.

Nous sommes loin de l'époque où les travaux scientifiques, regardés comme le fruit d'une révélation, laissaient l'esprit errer dans le vide. Après avoir laborieusement passé plusieurs siècles dans les secs et arides travaux d'analyse que venaient égayer çà et là quelques folles théories, nous sommes arrivés à posséder une telle collection de faits que nous avons cru la généralisation permise ; aussi notre époque est-elle devenue synthétique, trop synthétique peut-être. Nous avons voulu, devançant le temps, prévoir ce qu'il n'est donné au'à nos neveux de connaître*

dans notre ignorance du principe et de l'essence des ctioses, nous avons énonce l'existence d'une unité absolue, dont nous n'avons aucune idée. Le physicien, en admettant la molécule qu'il ne connaît ni ne comprend, cède à cette tendance vers l'unité ; le chimiste prend pour un type d'unité l'atome qui n'existe , sous une forme arrêtée , que dans son esprit; le naturaliste, soit qu'il s'occupe de la nature inerte, soit qu'il étudie la nature vivante, cherche sans cesse à remonter des unités individuelles aux unités collectives, pour arriver systématiquement à une sorte d'unité phénoménale; mais ces essais, si louables par la bonne foi de ceux qui les hasardent, et tout infructueux qu'ils puissent être, sont encore une preuve de progrès.

Voici trois mille ans que la science s'organise; et, depuis près de quatre siècles, notre Europe marche à la tète de la civilisation. La science a dévoré bien des générations; elle ne compte même plus aujourd'hui ses martyrs; cependant, après tant de sacrifices, pouvons-nous dire que nous soyons arrivés à la certitude scientifique? N'errons-nous pas encore dans un dédale de nomenclatures diffuses, de synonymies superflues, de langues imparfaites qui augmentent les difficultés de l'étude, de théories contradictoires, de préjugés qui offusquent la raison et entravent sa marche progressive ? Mais à côté du mal , suite inévitable du long isolement des peuples et du manque de moyens de manifester leurs découvertes nous avons aujourd'hui pour remèdes l'émancipation de la pensée et les merveilleuses facilités apportées à la diffusion des lumières. Dès lors, les conquêtes de l'esprit humain ne sont plus livrées au bon vouloir d'un aréopage scientifique ou à l'existence incertaine des nations. Tous les peuples en sont solidairement les dépositaires; et quand les rivalités qui les divisent auront à jamais cessé; quand les hommes, jouissant de plus en plus des bienfaits de l'instruction , marcheront d'un pas égal dans les voies de la science , alors seulement on connaîtra les bornes infranchissables pour l'esprit humain. La science , encore si imparfaite , ne parviendra sans doute jamais à déterminer les limites et les rapports infinis de la création ; mais les immenses progrès qu'elle a déjà faits lui en promettent encore de bien plus grands pour l'avenir; son influence, croissant avec les âges, continuera d'améliorer le sort de l'humanité et de substituer aux préjugés et aux hypothèses les faits incontestables que le temps découvre , que Texpérience classe et féconde pour les ax)Dliauer au bien de la société.

Charles d'Orbigny.

AAL. BOT. PH. (1) —Nom donné par Rumphius à deux arbres de l'Inde , qu'il a décrits très incomplètement, et qu'on suppose appartenir à la famille des Térébinlhacées. (C. D'O.)

*ABACETUS [kSaxrii , taciturne), ins. — Genre deColéoplérespenlamères,familledes Carabiques, tribu des Féroniens, établi par M. Dejean, et dont voici les caractères: les 3 premiers arlicies des tarses antérieurs dilatés dans les mâles, moins longs que larges, et fortement triangulaires ou cordiformes. Dernier article des palpes allongé, presque cylindrique, et tronqué à l'extrémité. Antennes flliformes, allongées et légèrement comprimées ; lèvre supérieure en carré moins long que large. Mandibules peu avancées, légèrement arquées et assez aiguës ; menton trilobé; lobe intermédiaire arrondi. Corselet trapézoïde, presque aussi large à sa base que les élytres. Elytres peu allongées, se rétrécissant un peu vers l'extrémité, et arrondies postérieurement.— Ce genre, auquel M. Dejean ne rapporte que 4 espèces, a pour type 1'^. Gagaies Dej., qui se trouve en Guinée et au Sénégal. Il est d'un noir brillant en dessas, et ressemble un peu, pour la forme et la taille, à la Feronia abaxoides. (D.)

ABAJOUES. MAM. — Poches que certains genres de Mammifères portent aux deux côtés de la bouche. Presque tous l«s Singes de l'ancien continent, quelques Rongeurs américains appelés Diptosiomes (animaux

(i) L« abréviations en petites capitales, placées au com- •nencement de ciiQqueartiele , indiquent la grande classe à laqaclleil appartient.

• Les «tdrisques qui précèdent un très grand nombre d'articles, désiinent ceux qui n'avaient pas encore figuré dans les Dictionnaire» d'Hisioire natunlle d^'jà publiés en France.

à double bouche) , enfin les Nyclères , parmi les Chauves-Souris , sont pourvus d'Abajoues qui diffèrent, dans les divers genres, par leur forme, leur capacité , et les fonctions physiologiques qu'elles remplissent.

Elles servent à la plupart de ces animaux comme de garde-manger pour la conservation cl le transport momentané des aliments dont ils se nourrissent. [C. d'O.)

ABAMA. BOT. PH. — Ce genre , créé par Adanspn pour YAnihericum ossifrayum L., a été adopté par M. De Candolie ( Flore française ); mais aydinl Adanson, Mœhring {Ephem. natur. Curios.) en avaitdéjàfait son genre Narihecium, qui parait aujourd'hui généralement adopté. F. narthecium. (CL.)

*ABARIDE. Abaris (àSap>jç, léger), ins.

— Genre de Coléoptères pentamères , famille des Carabiques, tribu des Féroniens, établi par M. Dejean, et qui a pour caract. : les 3 premiers articles des tarses antérieurs dilatés dans les mâles, triangulaires, et aussi longs que larges ; dernier article des palpes presque cylindrique et tronqué à l'extrémité. Antennes assez courtes, légèrement comprimées et presque filiformes. Lèvre supérieure en carré moins long que large, et coupée presque carrément dans sa partie antérieure. Mandibules peu avancées, légèrement arquées et assez aiguës; une dent simple et presque obtuse au milieu de l'échancrure du menton. Tête triangulaire. Yeux assez gros, et lèvres saillantes. Corselet carré. Élytres en ovale peu allongé.— Ce genre se rapproche un peu parle faciès du genre Pogonus ; mais il en diffère beaucoup par les caractères génériques. Il a pour type et unique espèce VA. œnea Dej. , trouvé dans les environs de Carlhagéne, en Amérique, par M. Lebas (D.) t

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