ORIGINE DES CHAMPIGNONS
Rien n'est plus ténébreux, chez les an ciens, que l'origine des Champignons; comme ils n'ont ni feuilles, ni racines, et qu'ils n'en connaissaientpas les moyensdereproduction, ils les considéraient comme des productions fortuites dues à la pituite des arbres, au limon de la terre, ou à des phénomènes atmosphériques, comme le tonnerre. Ils ont même attribué la Truffe du Cerf, le Lapis lyncurius, le Lac tigrinum, à certaines humeurs que le Cerf, le Lynx, le Tigre répandaient sur la terre. Un semblable préjugé existe également dans le centre de la France pour le développement des Coprins et particulièrement de VAgaricus ferrugineus ; on le désigne sous le nom de Pisse-Chien, parce qu'il croît souvent dans les endroits que les Chiens arrosent de leur urine. Les Truffes sont les seuls Champignons auxquels on a soupçonné des graines dans l'antiquité ; tous les autres n'en avaient pas. II faut arriver à une époque pas encore très éloignée de nous pour trouver des idées qui, si elles ne sont pas l'expression de la vérité, du moins s'en rapprochent beaucoup.
Marsili, dans la lettre qu'il écrivit à Lancisi , reconnut le premier que les Champignons commencent par une petite moisissure (situs). Il ne s'agissait plus alors que de savoir si cette moisissure appartenait à une génération spontanée, à une transformation des substances animales et végétales, ou à des graines qui échappaient aux moyens d'investigation des observateurs de cette époque. La première de ces opinions, quoique absurde, eut un grand nombre de partisans; elle en compte encore quelques uns parmi ceux qui s'occupent de l'étude des êtres microscopiques, et pourtant ils ont des instruments beaucoup plus parfaits que ceux de leurs devanciers.
Quelques naturalistes, comme Medicus, Maerklin, Ackermann, Kaeler, Haberle, ne
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virent dans ces productions que le résultat d'une combinaison et d'un mélange des sucs pituiteux des plantes , modifiés par l'influence de l'air et des agents extérieurs.
Vers la fin du xvmc siècle , Necker, dans un ouvrage qu'il publia à Manheim , sous le titre de Traité sur la Mycétologie , crut voir te tissu cellulaire et parenchymateux des plantes se transformer en un corps radiculaire auquel il donna le nom de Carcithe , et qui est le blanc de Champignon proprement dit. Cette opinion n'a été adoptée par personne. Turpin , en 1837 {Compt. -rend. Acad. des se, décembre, n° 24), l'a reproduite pour les matières animales, çuand il a avancé que les globules de lait placés dans des circonstances convenables , se convertissaient en Pénicillium glaucum. L'expérience est très simple et réussit presque toujours; il suffit de mettre du lait entre deux lames de verre et de l'exposer à une température moyenne : on voit bientôt des filaments naître des globules et le Champignon se développer ; malheureusement elle ne prouve rien , parce que, quand on vient à dépouiller le sérum de ces mêmes globules par la filtration , comme l'a fait M. Donné, le Pénicillium se produit également. Les expériences de MM. Andral et Gavarret (Compt.rend. Acad. des se, t. XVI, p. 266) démontrent qu'en ajoutant un peu d'acide sulfurique ou acétique au sérum provenant du sang, du pus, des hydropisies, des vésicatoires,on voit constamment paraître des végétaux cryptogames. Ce fait, du reste, avait été démontré par les belles recherches de M. Dutrochet sur le développement des Mucédinées. Les substances animales et végétales, par leur décomposition , favorisent ïonc la végétation des Champignons au lieu â'en prendre la forme et la nature.
Il était réservé à Micheli de prouver que les Champignons, comme les autres plantes, proviennent de germes ; la découverte des spores ou organes reproducteurs et les expériences qu'il fit dans le bois de Boboli, aux environs de Florence, présentaient alors toutes les garanties que l'on pouvait exiger pour établir la nature des Champignons.
Mais l'opinion de Micheli ne fut pas admise, et l'on vit Buttner, Wilke, Weiss, Otto de Munchausen et même Linné les
considérer comme des Polypiers. Néanmoins Weiss et Linné, comme on le voit dans la lettre que cet illustre naturaliste écrivait en octobre 1766 à Vandelli, n'ont pas osé, dans leurs ouvrages, les séparer des végétaux. Nuncomnes volunl referre fungos ad ultimes vermes; cum semina aquœ immissa sese moveant uti viva (Rœmer. script, de Plant, hisp., etc., p. 498). Mtiller seulement plaçait les Clavaires dans le règne animal , parce qu'il avait aperçu du mouvement dans les spores. Enfin Trattinnick , en nous faisant connaître les propriétés et le mode de formation du mycélium, a confirmé l'opnion que Micheli avait émise, et à partir de cette époque, les Champignons n'ont plus cessé de faire partie du règne végétal.