DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
La distribution des Champignons sur la surface du globe est un des points les moins connus de la botanique; lascience manque môme de matériaux pour que l'on ose en présenter une légère esquisse ; les voyageurs ne de-
meurent pas assez longtemps dans un pays pour les récolter tous, et la difficulté de leur conservation fait qu'ils les négligent généralement. On pourrait peut-être énumérer les espèces qui existent en France, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, etc. ; mais comme tous les jours on en trouve de nouvelles , les nombres établis changent également tous les jours.
Les Lichens sont les végétaux que l'on rencontre à la plus grande élévation, ils y paraissent en quelque sorte pour attester la fécondité de la nature ; au-dessous d'eux viennent les Mousses, puis les Champignons. Pour que la végétation de ceux-ci ait lieu, il faut de l'humidité et un certain degré de température ; on les observe en nombre d'autant plus considérable que ces deux circonstances sont plus manifestes. Pour s'en convaincre , il suffit de considérer la zone centrale de l'Europe, où la température est moyenne et les pluies assez fréquentes ; ils sont plus rares dans le Midi, où il y a trop de chaleur et pas assez d'humidité, et dans le Nord , où la température moyenne n'est pas assez élevée. Le nombre des espèces varie dans chaque zone suivant la nature, les accidents du sol , suivant que ce sol est couvert de prairies ou de forêts ; et comme elles préfèrent généralement un arbre à un autre, plus ceux-ci seront variés plus elles le seront aussi.
Sous le rapport de l'altitude que les Champignons peuvent atteindre , Oswald Heer nous a fourni quelques renseignements précieux pour les Alpes. A 5000 pieds il a rencontré très abondamment VAgaricus Muscarius et le Merulius Cantharellus : l'un et l'autre avaient totalementdisparu à 2550. Il a vu un très bel échantillon de Clavaria cristata à 5G00 pieds. De 6500 p. jusqu'à 7000, il a trouvé un très grand nombre d'Agarics ; et enfin , à 6780 , deux Pézizes; l'une d'elles croissait sur les tiges mortes du Chrysanthemum alratum. Philippi rapporte que dans l'ascension de l'Etna qu'il fit, il observa à 3000 pieds de hauteur le Nidularia Crucibulum, et à 5100 le Geastrum hygromelricum. J'ai vu dans l'herbier de M. Requien un Lycoperdon et le Sphœria disciformis qu'il avait récoltés sur le mont Ventoux, de 4500 à 5000 pieds de haut. M. le docteur Martins a recueilli à 26$c
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mètres d'élévation , sur le Faulhorn , le Peziza M 'ulhenbeckii , un Bovista, un Lycoperdon , et plusieurs espèces d'Agarics. M. Agassiz, qui est demeuré si longtemps dans les régions froides et élevées , a vu une Mycène dont le pied était très long croître parmi les Mousses sur les bords du glacier de l'Aar, à 8000 pieds d'altitude. Les observations de M. Jungbuhn , faites sur le Merapi, Kendang , Burang-rang , Tjermai, etc. , hautes montagnes de Java , ne sont pas moins intéressantes ; elles nous apprennent que la plus grande partie des Champignons se montre à la hauteur de 3,000 à 5,000 pieds, qu'ils croissent dans toutes les saisons et presque toujours solitaires. Au-delà de 5,000 pieds , ils deviennent fort rares , les Mousses plus abondantes , et les Lichens atteignent le sommet des plus hautes montagnes. La Schizophyllum commune , que Ton trouve presque dans tous les pays, croît depuis le niveau de la mer jusqu'à 6,000 pieds; de 1,000 pieds à 2,000 on rencontre les Polyporus minimus, flavus , Mons Veneris , Xanthopus ; Xerotus indiens ; Thelephora papyracea ; Sphœria pellata , Hypoxylon , alutacea ; Cenangium paradoxum. De 2,000 à 4,000, le Polyporus vulgaris , spadiceus , lacevus , furcatus , microscopicus, bicolor, versicolor ; Dœdalea crustacea; Thelephora Ostrea; Clavaria cristata; Veziza scutellata , helvola; Stilbum incarnatum. De 4,000 à 5,000 p., FAgaricus campestris ; Polyporus niveus , fusco-albus , annulalus , venulosus , etc. ; Favolus pustutalus ; Thelephora cervina ; Cyphella musœ , candida ; Arcyria punicea ; Hysleriam flexuosum ; Sphœria Peziza , gilva, digitata; Ceratium hydnoides. Enfin, de 5,000 à 8,000 p., le Cantharellus redivivus; Sphœria concentrica. MM. de Humboldt, Bonpîand et Galeoti , en ont rencontré à des hauteurs considérables sur les Cordillères, 2t M. Just. Goudot en a rapporté du Pic ;}e Tolima , un des points les plus élèves de cette chaîne de montagnes; mais je ne ~>ais à quelle hauteur ils ont été récoltés. On doit être étonné que Ramond , qui a monté trente cinq fois sur le Pic du Midi , dont 'élévation est de 1,500 toises ou 2,924 mètres, n'ait pas signalé un seul Champignon, quoiqu'il ait observé sa végétation à toutes les époques de l'année et dans toutes leurs
diversités ; mais , comme il le dit lui-même, les Cryptogames n'avaient qu'une part secondaire à son attention.
On voit, par cet exposé, que les Champignons diminuent en nombre quand on atteint le sommet des montagnes , par conséquent à mesure que la température s'abaisse.
Le résultat est le même quand on considère la latitude sous laquelle ils se développent. Dans la zone équatoriale , et surtout dans celle des tropiques , ils paraissent plus abondants et plus variés que dans la zone tempérée, où ils sont cependant très nombreux; ils diminuent ensuite à mesure que l'on avance vers les régions polaires. Nous devons à M. Berkeley la description d'un grand nombre de Champignons del'hémisphère austral. MM. Gaudichaud et Raoul ont enrichi la collection du Muséum de Paris d'espèces récoltées dans les îles Malouines et la Nouvelle-Zélande. Menzies en a rencontré aussi dans la Terre des États. Ces îles , ainsi que le groupe des îles Aukland , paraissent beaucoup plus riches en mousses et en hépatiques qu'en Champignons. Nous ne pouvons donc rien établir sur la végétation des terres polaires australes, parce que les voyageurs ne nous en ont rien rapporté. Il en est à peu près de même pour l'hémisphère boréal. Tout le monde sait que VAgaricus muscarius, ou du moins une espèce analogue, croît abondamment dans le Kamtschatka.
M. le professeur Ehrenberg, qui a décrit les Champignons du voyage de Chamisso, note encore YUredo interstilialis et rosœ? à Unalaska , par 54° lat. sept. , YJEcidium epilobii , Uredo Pyrolœ , Puccinia vesiculosa , Eurotium herbariorum , Sphœria punctiformis, Hysterium orbiculare et gracile. Par 65° lat. sept, dans l'île Saint-Laurent , le Sphœria Hederœ , Triblidium arcticum ; et dans l'île de Chamisso, située au 66e degré, le Sphœria herbarum. Enfin, M. Robert Brown , dans sa Flore de l'île Melville , située au 74° 47' lat. sept. , mentionne deux Champignons; c'est le point le plus reculé où l'on en ait rencontré. Il est donc impossible, sur des données aussi minimes, de pouvoir tracer les premières lignes de l'arithmétique botanique.
Les Champignons et les Lichens paraissent être les plantes les plus cosmopolites f
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sur tou t quelques espèces . Les Agaricus campestris ; Cantharellus cibarius ; Schizophyllum commune ; Polyporus igniarius , fomeniarius , versicolor, lucidus; Thelephora hirsuta ; Cyathus Cr'ucibulum , vernicosus ; Peziza scuiellata ; Sphœria concentrica , herbarum; Ascophora Mucedo, existent partout. La Flore cryptogamique de l'Amérique boréale a les plus grands rapports avec celle de l'Europe. Quelques genres paraissent appartenir à certaines régions: ainsi on n'a observé jusqu'à ce jour les genres Broomcia, Phellorina , Scoleiocarpus , Polyplocium , qu'au cap de Bonne-Espérance ; llymeno* gramme, Cymatoderma, Trichocoma, Tri* càampkora, qu'à Java ; Hyperrhiza en Caroline; Pterophyllus en Egypte, etc. Mais rien ne prouve qu'ils n'existent pas dans d'autres pays, ou qu'ils ne sont pas représentés par des espèces analogues. VAgaricus radiosus de Pallas {Monlagnites Pallasii), trouvé sur les bords de l'Irtisch , par 61 degrés de latitude septentrionale, se montre sous la forme du Montagnites Candollei à Marseille et à Alger, sur les bords de la Méditerranée; le Batlarrea phalloïdes , qu'on avait vu très rarement en Angleterre, a été retrouvé au cap de Bonne-Espérance; le Batlarrea G audichaudii croît à Lima , dans le Pérou ; le Mylremyces lutescens, delà Caroline, est représente dans la Tasmanie par le M.
fuscus. Le Cyclomyces fuscus , espèce sessile dans l'île Maurice, perd de son originalité quand on le compare au C. Greinh, qui est pédicule, et qu'on rencontre en Amérique, dans l'État de Massachusetts. Enfin , le genre Secotium , qui n'avait été observé qu'au Cap de Bonne-Espérance et dans la Nouvelle-Zélande, vient d'être trouvé en France par MM. Tulasne. Ces exemples , que je choisis parce qu'ils appartiennent à des types très remarquables , pourraient être multipliés davantage, mais ils suffisent pour démontrer que les différents genres de Champignons ne sont pas renfermés dans des limites aussi étroites que le sont quelques familles de plantes phanérogames.