‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle résumant et complétant tous les faits présentés par les encyclopédiesChapitre 108 sur 192 · ACTION DES AGENTS EXTÉRIEURS · texte numérisé non relu

ACTION DES AGENTS EXTÉRIEURS

Les Champignons, comme tous les autres

végétaux, sont vivement influencés par la

lumière; ils la recherchent également. Pour

s'en convaincre, il suffit de mettre dans de

T. vni.

la mousse humide quelques Agarics à pied très long, dans un endroit éclairé par un seul point : on voit dans l'espace d'une nuit le pédicule se courber, ou le chapeau s'incliner sur celui-ci, et se diriger du côté qu'elle pénètre. Cette expérience, facile à faire sur des Coprins, des Mycènes, donne le moyen de courber naturellement le pied des gros Agarics sur les lames sans le briser. Leur dessiccation devient plus aisée , et ils conservent mieux leurs caractères.

L'absence de la lumière , si marquée sur les plantes, l'est encore davantage sur les Champignons ; les caves, les souterrains, les galeries des mines, dans lesquelles il y a beaucoup de soutiens en bois, nous en offrent de nombreux exemples. Dans des endroits, ces parties sont couvertes de rosettes blanches , plus ou moins larges , ou supportent de longs flocons blancs, qui ressemblent à des houppes, à des globes; dans d'autres, ce sont des Rhizomopha, qui montent, qui descendent, ou sont pendants.

Toutes ces végétations, qui n'arrivent jamais à un développement complet, appartiennent aux Champignons ; Hoffmann , Scopoli , M. de Humboldt, nous en ont fait connaître un grand nombre. On a observé que les bois dont on se sert dans les mines de sel gemme présentent moins de productions fongiques, probablement parce que, pénétrés de sel , ils se décomposent beaucoup plus lentement.

L'action de l'air est aussi marquée que celle de la lumière. Les Champignons n'arrivent jamais à leur état normal quand il est vicié ou qu'il ne circule pas librement; dans de semblables circonstances ils éprouvent la même modification que précédemment, ils s'étiolent et s'allongent indéfiniment. Les navires, malgré tous les soins que l'on prend pour renouveler l'air, n'en sont pas exempts. M. C. Dupin (Ann. de chim. et de phys., 2e sér., t. XVII, p. 290) dit que la pourriture sèche qui résulte du développement des Cryptogames sur le ligneux est un véritable fléau pour la marine. Un bâtiment envahi par \eXylostroma giganteum? devint en très peu de temps incapable de tenir la mer. On cite à cet égard le vaisseau le Foudroyant, de 80 canons, lancé en 1798, qu'il fallut radouber et refondre presque en entier en 1802.

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Une température assez élevée, jointe à l'humidité, favorise singulièrement leur développement. C'est à ces deux causes réunies que l'on doit rapporter le développement de Champignons que Meri, célèbre chirurgien du commencement du xvinc siècle, observa chez un malade, sur les différentes pièces d'un appareil de fracture.

L'action directe du soleil en fait périr un grand nombre, elle n'épargne guère que ces petits parasites qui vivent sur les feuilles et ceux qui croissent dans les prairies. Quelques auteurs assurent que la température de l'eau bouillante ne détruit pas la propriété végétative des spores. Thore dit même que l'on propage par ce moyen l'Agaric Palomet dans le département des Landes , et des expériences récentes ont prouvé à M. Schrnitz que les spores du Peziza repanda exposées à 110° dans un air sec, n'avaient pas perdu leur faculté germinative, tandis que celles du Trichothecium roseum l'avaient perdue de 55 à 60°, Au-dessous de zéro, les spores et les Champignons sommeillent , mais la rapidité avec laquelle nous voyons, sous la latitude de P.;,;is , VAgaricus pulverulentus Bull. , et VAgar. nigripes Bull. , YAgar. tenacellus Pers., se montrera divers intervalles, pendant l'hiver, quand le froid vient à cesser, nous prouve que quelques uns ne sont pas très sensibles au froid : les Agar. campestris, caryophyllœus , comalus , arundinaceus , etc., ne paraissent en aucune manière influencés par les gelées blanches. Lorsque les Champignons sont surpris par le froid, ils gèlent ; pendant tout ce temps ils conservent leur forme et pourrissent lorsque le dégel survient. VAgaricus stipiicus et le Schizophyllum commune me semblent faire exception, car dans les forêts on les voit alternativement se flétrir et revenir à leur état naturel suivant les circonstances. Mais les Théléphores , les Dœdalea betulina et quercina, les Polypores, surtout ceux qui sont épais , subéreux , résistent aux froids les plus intenses de nos pays. Ils gèlent, dégèlent, et continuent de croître quand leur bonne saison arrive.

L'électricité, dit M. De Candolle, « ac- » célère la végétation dans les plantes. Une » influence évidente, mais en sens con-

» traire, a été observée sur les Champi- » gnons. Les maraîchers de Paris qui se li- » vrent à la culture des Champignons de » couche (Agaricus campestris) m'ont as- » sure que le tonnerre tue les Champignons » de couche en plein air, et ils les pla- » cent dans des caves et mieux encore dans » les catacombes pour éviter cet effet. J'ai vu » une culture de ce genre établie dans une » carrière du faubourg Saint-Jacques ; le » cultivateur m'assura que, dans l'étage su- » périeur, le tonnerre tuait encore quelques » Champignons, mais jamais dans l'étage » inférieur. » M. De Candolle rapporte ces faits sans en garantir l'authenticité.

Les effets de l'électricité ne sont pas toujours aussi nuisibles aux Champignons que les maraîchers de Paris le pensent; tous ceux qui s'occupent de la recherche de ces végétaux pour les étudier en trouvent un bien plus grand nombre après les pluies orageuses qu'après celles qui ne le sont pas. Les anciens avaient déjà remarqué que quand les orages étaient fréquents , les Truffes étaient abondantes. Cette croyance est encore généralement répandue aujourd'hui dans les pays où elles croissent. La Sphacélie, ce petit Champignon qui cause l'ergot des Graminées, ne se rencontre jamais que quand les mois de mai et juin sont chauds et orageux. Une observation attentive pendant plusieurs années m'a convaincu de ce fait. On peut donc croire que l'électricité a la même influence sur les Champignons que sur les autres plantes.

Les brouillards ont-ils une action sur le développement des Champignons? Aucune observation positive ne confirme cette action, quoique, dans les campagnes, on attribue la rouille et le charbon à leur présence. Mais dans l'automne, époque à laquelle on les observe plus fréquemment, ils paraissent, et l'humidité continuelle qu'ils entretiennent prolonge leur existence.

L'arsenic a une action très vive sur les Champignons, il les fait périr très promptement. De nombreuses expériences prouvent que la germination des graines est empêchée quand elles sont plongées dans un sol inerte, comme le sable lavé, le verre pilé, et qui est arrosé seulement avec de l'eau te- ,. nant en solution de l'arsenic. Les agricul-

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leurs ont cherché à utiliser cette propriété , pour détruire la faculté végétative des spores de la carie , du charbon , en plongeant leurs grains dans une solution arsenicale avant de les confier à la terre. Ce moyen, dangereux sous plusieurs rapports, a été défendu par nos lois, et d'ailleurs rien ne prouve dans ce cas son efficacité. Jœger, M. Chatin, Bory de Saint-Vincent et Gilgenkran tz, ont vu des Mucédinées se développer sur de l'eau qui en contenait une grande quantité en solution. Dans quelques expériences que j'ai faites moi-même, j'ai vu des Agarics secs, que j'avais trempés dans une solution d'arsenic blanc pour les conserver, se couvrir d'une forêt de Pénicillium gluucum.

Le sulfate de cuivre a été proposé par Bénédict Prévost, pour prévenir les mêmes accidents. Les expériences qui ont été faites ont donné des résultats avantageux. Cette substance n'a pas les inconvénients de l'arsenic, elle n'entraîne avec elle aucun danger, et beaucoup de cultivateurs s'en servent encore avec la certitude qu'elle garantit leurs grains de la carie et du charbon. Il n'entre pas dans mon sujet de parler des maladies des grains causées par les Champignons parasites, ni d'exposer les recettes qui ont été préconisées pour les en préserver. Leur développement étant aussi mystérieux que celui des entozoaires, il est probable qu'on essaiera encore beaucoup de moyens avant de trouver un véritable préservatif.

Comme l'arsenic, le deutoxyde de mercure est un poison violent pour les Champignons : soumis à son action, on les voit se ramollir à l'instant même, perdre leurs formes et leurs couleurs, et jusqu'à ce jour on ne s'en est servi pour leur conservation que quand ils ont été desséchés préalablement.

Quelques Champignons , comme les Doletus cyanescens Bull., luridus Fr., erythropus Pers., etc., dont la chair est blanche, deviennent presque instantanément bleus au contact de l'air quand on vientà les rompre : comment ce phénomène a-t-il lieu et comment se fait-il qu'en les exposant à la vapeur de l'ammoniaque liquide il ne se manifeste pas; tandis que ce même réactif, d'après les belles recherches de M. Decaisne, convertit à l'instant même le principe colorant jaune de la garance en rouge? |

rananaonne la solution de ce problème aux chimistes qui voudront s'en occuper.

On a cherché à détruire le développement des Champignons par la chaleur artificielle. Plusieurs personnes , pour conserver des arbres fruitiers , ont cautérisé avec un fer rouge la place qu'ils occupaient. La cautérisation pendant un an a suspendu quelquefois leur végétation , et à la seconde année ils ont reparu comme auparavant.

Les Arabes, comme on le sait, ont l'habitude d'incendier des plaines immenses; ces incendies n'ont pas empêché le capitaine Durieu de récolter un grand nombre de Champignons sur des chaumes de graminées à moitié consumés, ainsi que sur des chênesliéges dont l'écorce paraissait entièrement carbonisée. Dans nos forêts, les endroits où Ton a préparé le charbon sont encore ceux qui en produisent le plus grand nombre, quoique leur surface soit brûlée et recouverte de débris de ce combustible.

M. Boussingault (Écon. rurale, I, p. 226) rapporte un fait trop curieux, de la rapidité avec laquelle se propage le Boletus {Meru- Uus) destruens , pour que je ne le rapporte pas ici: « Ces Champignons, dit-il, se trou- Vent ordinairement entre les bordages et la membrure , dans des situations humides où l'air se renouvelle peu. On a cherché quelle était la température qui favorise le plus cette pourriture sèche, on a trouvé qu'elle était comprise entre 7° et 32° centigrades. Au-dessus ou au-dessous la végétation languit. A l'aide de ces données on espéra affranchir les navires de la pourriture , en élevant convenablement leur température. Les essais furent tentés en hiver, à bord du vaisseau Queen-Charlotte ; on porta l'air de la cale à 55° centigr. Le résultat général qu'on obtint par ce procédé ne répondit pas aux espérances qu'on avait conçues : tout en anéantissant dans la partie basse du navire la végétation des Champignons, on la favorisait dans les lieux situés à une certaine élévation au-dessus de la cale, par la raison que l'air chaud et très humide qui émanait du point où étaient les poêles laissait condenser, en se refroidissant, la plus grande partie de l'eau dont il était saturé.

On voit par cet aperçu avec quelle facilité les Champignons envahissent le tissu

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ligneux, et le peu de moyens efGcaces que nous possédons pour empêcher leur développement ou pour les détruire. Les observations faites depuis longtemps dans les mines de sel gemme, et les belles expériences de M. le docteur Boucherie , nous indiquent de la manière la plus évidente comment nous pouvons préserver nos constructions de leur action.

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