‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle résumant et complétant tous les faits présentés par les encyclopédiesChapitre 109 sur 192 · RÉCOLTE ET PRÉPARATION DES CHAMPIGNONS · texte numérisé non relu

RÉCOLTE ET PRÉPARATION DES CHAMPIGNONS

Le botaniste qui récolte des Champignons doit savoir les préparer, afin que les matériaux, qu'il a acquis souvent avec beaucoup de peines, puissent servir à l'étude; si ces végétaux ont été négligés par les voyageurs, c'est uniquement parce qu'ils ne savaient pas les préparer. Toutes les espèces parasites, comme les sEcidiumt Uredo, Puccinia, et toutes celles qui se rencontrent sur les feuilles mortes, ne demandent pas d'autres soins que les plantes sur lesquelles elles se sont développées. Les nombreuses espèces deSphéries, et toutes celles qui ont une certaine consistance, doivent être enlevées avec une portion de l'écorce ou du bois sur lesquels elles se trouvent, mais très mince, afin de pouvoir se prêter à la compression. Si les écorces sont trop dures ou desséchées, on peut les amincir ou les rendre flexibles à l'aide de l'humidité; sans cette précaution, on a un petit nombre d'espèces et un volume très considérable et incommode. Si les Champignons sont visqueux, ou d'une consistance gélatineuse, il faut les laisser sécher à l'air libre et ne les comprimer que quand ils ne peuvent plus adhérer au papier. On peut encore les conserver en les fixant solidement sur une petite planche à l'aide d'une ficelle qui les enroule, et que l'on fait passer entre les individus pour ne pas les déformer. Les Champignons rameux, comme les Clavaires, les Mérisma, forment quelquefois des masses considérables : on est alors obligé de les diviser, mais il faut avoir la précaution de noter leur couleur et de recevoir les spores sur un papier; on les laisse exposés à l'air, et quand ils sont flétris on les soumet à une légère pression , afin de ne pas trop les déformer. LesThéléphores, et toutes les espèces qui sont membraneuses , se dessèchent très facilement; si elles sont contournées, irrégulières , on leur

rend la souplesse en les exposant à l'humidité. Les Pézizes perdent constamment leur forme et leur couleur; il faut toujours en tenir note : si elles sont terricoles, on les dépouille de la terre ou du sable qu'elles ont à leur base; on les expose quelque temps à l'air avant de les comprimer. Si elles vivent sur des bois, des tiges de plantes, on divise ces parties de manière qu'elles aient peu de volume. Les Tubéracés ne présentent aucune difficulté , parce qu'on peut les sécher entièrement ou les couper par tranches ; ils se conservent aussi très bien dans l'alcool ou dans l'eau salée.

Les Lycoperdacés , quand on les trouve secs , peuvent être soumis à la pression après avoir passé une nuit dehors. Comme ils contiennent des sels déliquescents , ils se ramollissent et se laissent facilement comprimer ; si ce sont des Geaster , des Tylostoma, il faut s'arranger de manière que leur mode de déhiscence soit visible. Quanfi on récolte ces Champignons frais , il faut , de toute nécessité, les laisser à l'air parcourir leurs périodes de végétation ; on les voit alors se ramollir, changer de couleur, comme s'ils étaient décomposés; plus tard, le liquide qu'ils contenaient s'évapore; ils se dessèchent, et on se comporte avec eux comme s'ils eussent été récoltés secs. On peut encore, après les avoir arrachés de terre, les tremper une ou deux fois dans une solution de sublimé corrosif; alors ils meurent promptement, leur réceptacle prend delà consistance, et on les conserve avec leur forme et leur volume. Ce dernier moyen est le seul qui permette la conservation des Trichiacés et des autres Myxogasières; mais, dans les uns et dans les autres, il faut avoir soin de noter la forme des écailles, et surtout la couleur , parce qu'elle est constamment altérée par l'agent conservateur.

Les Polysaccum ont un réceptacle assez consistant et pourtant très friable quand ils sont desséchés. On les conserve dans une parfaite intégrité en les enveloppant dans du papier brouillard que l'on moule avec les mains autour d'eux après l'avoir mouillé; , le papier sèche et forme une enveloppe très solide qui empêche leur rupture et la dispersion des spores. Je me suis servi aussi très avantageusement pour le même but de lames de plomb très minces, semblables

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à celles dont on se sert pour recouvrir le chocolat. Tous ces Champignons ainsi conservés peuvent être mis dans des armoires et servir aux démonstrations. Les Phalloïdes, tes Clathroïdés , dont il existe un si petit nombre dans les herbiers, sont beaucoup plus faciles à préparer qu'ils ne le paraissent; on les arrache avec leur volve et à l'aide d'une ficelle on les suspend dans l'air , le réceptacle en bas : le latex s'écoule ou se dessèche, les autres parties se déforment un peu; quand ils sont presque secs, on les met en presse , mais auparavant il faut les ajuster et rétablir les rapports des différentes parties. Cette opération , quoique longue, réussit constamment quand les voyageurs peuvent y mettre le temps. M. le docteur Klotzsch conseille de remplir chacune des parties de ces Champignons avec du coton, et de les exposer à une atmosphère sèche, et quand leur humidité est dissipée, on les met en presse après avoir retiré le coton. Il emploie le même procédé pour les grandes Pézizes.

Les Morilles , les Helvelles , les grandes Pézizes, les Clavaires, se conservent très bien en entier, presque avec leurs couleurs naturelles, en les mettant dans du sable fin et très sec. Il faut auparavant leur laisser perdre à l'air une grande partie de leur eau de végétation. Ce mode de préparation est très avantageux; les Champignons retiennent un peu de sable à leur surface , que l'on parvient à détacher avec un pinceau rude. On évite cet accident chez les Pézizes en recouvrant la cavité de leur cupule avec un tissu de soie très souple.

Les Champignons coriaces, comme la plupart des Polypores, des Agarics, surtout ceux qui sont coriaces ou subéreux, n'ont pas besoin de préparation ; ceux qui peuvent s'apla- Ur sont soumis à une pression plus ou moins forte. Les Lenttnus, quand ils sont frais, se dessèchent avec la plus grande facilité; s'ils sont secs , un peu d'humidité leur rend leur forme, leur souplesse, et ils se prêtent à tout ce que l'on veut. Beaucoup d'espèces ont le chapeau en forme d'entonnoir. En se servant du sable , comme je l'ai dit plus haut, les voyageurs peuvent introduire dans les collections publiques , avec ses formes et ses couleurs naturelles, le plus beau genre de Champignons qui existe.

Les espèces charnues , aqueuses , de Bolets, d'Agarics, présentent des difficultés presque insurmontables. Il faut les arracher de terre toujours avec précaution, afin d'obtenir la volve, le mycélium, s'ils en ont; puis on les met à plat sur du papier pour recueillir les spores. Si on a le soin de diriger le chapeau du côté de la lumière, il se courbe souvent et commence à s'aplatir naturellement. Quand ils ont perdu la plus grande partie de leur eau de végétation, on les recouvre de quelques feuilles de papier, puis on les soumet à une pression que l'on augmente peu à peu. En redressant un peu le bord , quand il se roule trop en dedans , on parvient à avoir des échantillons convenables. Toute espèce de Champignon charnu dont le tissu est altéré ou dont le suc est exprimé par la pression , ne se desséchera jamais bien; il faut la rejeter, ainsi que celle qui renferme des larves d'Insectes. Pendant son séjour à Paris , M. le docteur Reuss a essayé d'obtenir la dessiccation de plusieurs espèces de Champignons charnus en les plaçant sous la cloche d'une machine pneumatique : quoiqu'il y ajoutât une capsule remplie d'acide sulfuriquepour rendre la dessiccation encore plus prompte, il a obtenu des résultats si peu satisfaisants que je n'ose engager personne à répéter ses expériences.

M. Klotzsch indique , pour les Bolets et les Agarics charnus, un procédé ingénieux, par lequel il conserve assez bien les caractères principaux ; j'en emprunte la description aux Archives debolanique (t. I, p. 287) : « Avec un instrument en forme de scalpel, » partageant la plante en trois portions ver- » ticales , à partir du sommet du chapeau » jusqu'à la base du pédicule, *de manière » à pouvoir en retirer la tranche du milieu, » on apercevra distinctement les contours »» du Champignon , la nature interne do » son pédicule creux , spongieux ou so- » lide; l'épaisseur du chapeau ; la disposi- » tion de ses feuillets égaux ou inégaux en » longueur, décurrents ou non sur le pédi- » cule, etc. Il reste alors deux portions ex- » térieures , qui donnent une idée parfaite » de tous les contours de l'échantillon. » Avant de procéder à la dessiccation, il est » aussi nécessaire de séparer le pédicule du » chapeau, et de gratter les lames ou feuil-

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» lets si c'est un Agaric, et les tubes si c'est ;> un Bolet. Nous avons ainsi cinq portions, ;> savoir : la tranche intérieure , les deux » côtés du pédicule, et ceux du chapeau. « Cette opération terminée , on expose la » plante à l'air le temps nécessaire pour en- » lever une partie de son humidité sans » rider sa surface; on la met ensuite en » presse , comme les autres plantes , dans » une feuille de papier non collé , qu'on a » soin de renouveler journellement jusqu'à j) ce que le Champignon soit parfaitement » sec. Il suffît alors d'attacher sur du papier » blanc chaque pièce dans sa position natu- » relie pour avoir une idée nette du Cham- « pignon. La volve ou bourse et l'anneau » sont pareillement conservés par cette mé- » thode. Dans quelques petites espèces , » comme VAgaricus filopes , supinus, galev riculatus, il devient inutile d'enlever les » feuillets. » Cette méthode, comme on le voit, a de grands avantages; elle est préférable à celle que Lûdensdorff publia quelques années auparavant, et qui consiste à faire bouillir les Bolets et les Agarics dans du suif de Mouton , qui s'insinue et pénètre dans toutes leurs parties ; on les retire à mesure qu'ils se refroidissent, le suif se fige, et on obtient des Champignons que l'auteur conseille de recouvrir d'un vernis pour les conserver : comme les formes , les couleurs sont complètement altérées et méconnaissables , les Champignons ne sont d'aucune utilité, et personne, à ma connaissance, n'a cherché à se faire un herbier mycologique de cette nature.

Le voyageur qui veut utiliser ses collections de Champignons charnus, doit en faire un croquis afin d'avoir le port et les proportions ; noter s'il y a une volve ou un anneau; reconnaître la couleur des spores; indiquer l'épaisseur du chapeau, et surtout la disposition des lames, leurs rapports avec le pédicule; et enfin exprimer par une teinte plate la couleur des diverses parties. A son îetour, il trouve tous les éléments nécessaires pour les décrire et les représenter, s'il le juge convenable.

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