CONSERVATION DES CHAMPIGNONS
On a cherché à les conserver dans leur état naturel ou après les avoir desséchés. Dans le premier cas, on ne pouvait y parve-
nir qu'en les plongeant dans un liquide ; dans le second, qu'en les imbibant d'un liquide préservatif quand ils sont secs.
En 1825 , M. Guillery ( Ann. de la Soc. linn. , Paris, 1825 ) a proposé de les mettre dans l'acide pyroligneux. Ce moyen les conserve très bien, mais la couleur est promp* tement détruite. J'ai vu VAgaricus amethysteus Bull., après cinq ou six ans de séjouL dans ce liquide, n'avoir éprouvé d'autre altération que celle de sa couleur. Cooke, chirurgien anglais, conseille l'eau salée. Jameson (Nev. Edinb. philos. Joum. , 1829, p. 375 ) rapporte que ce chirurgien présenta à la Société linnéenne de Londres un individu de Clavaria muscoides parfaitement intact, qui avait séjourné plus de trois années dans cette simple préparation ; sa couleur était seulement un peu plus foncée. On sait que c'est un moyen de conservation dont on se sert dans l'art culinaire; MM. Tulasne s'en servent avantageusement pour l'étude des Tubéracés; et dans les expertises médico-légales, c'est peut-être le seul que l'on puisse employer, et qui permette de reconnaître, de constater avec certitude, l'espèce qui aurait causé un empoisonnement criminel ou par ignorance. L'eau dans laquelle on met quelques morceaux de camphre donne le même résultat. J'ai vu pourtant, après trois ou quatre mois, des Hygrocrocis se développer et les Champignons tomber en décomposition. M. Moretti, de Pavie , se sert avec beaucoup d'avantage d'unesolution concentrée d'acétate de plomb. Bayle-Barlalle et Wittering conseillent de faire dissoudre dans l'eau autant de sulfate de cuivre qu'il en faut pour qu'elle prenne une couleur bleue; on ajoute 4 parties d'alcool à 10 de cette solution et on y plonge les Champignons. Lûdensdorff (Froriep'sNotiz., b. 18 , p. 10) recommande l'huile dans laquelle on a mis du sulfate d'alumine. J'ai essayé la solution de ce sel dans l'eau : les Champignons se sont conservés pendant quelque temps, puis ils se sont décomposés. En Flandre on les met dans l'eau de chaux, et il paraît qu'ils se conservent très bien pour l'usage culinaire. Dans l'alcool contenant des quantités variables de deutoxyde de mercure, ils ne se déforment pas; mais ils se décolorent , et se couvrent d'une couche blanche qui les rend méconnaissables. 11 n'y
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«i pas de meilleur moyen que de les suspendre dans de l'alcool; s'ils perdent leurs couleurs, du moins ils conservent leurs formes et leurs caractères. Il faut seulement avoir la précaution de changer l'alcool quand il vient à se colorer, et ne mettre que des individus de même espèce dans le même bocal , que l'on a soin d'étiqueter et de boucher très exactement.
Si les échantillons desséchés ne sont pas aussi agréables à la vue que les précédents, ils ont l'avantage d'occuper moins de place, et d'être plus faciles à conserver.
Les moyens que l'on a essayés pour prévenir les dégâts causés par les Insectes sont assez nombreux. Peut-on se fier, comme le prescrit Olislagers, à un mélange de mercure et de mucilage de gomme arabique étendu sur du papier, que l'on coupe par morceaux quand il est sec, et dont on recouvre une plante ou un Champignon? Le procédé du docteur Kittel , qui consiste à enduire avec de la teinture d'opium la marge du papier dans lequel sont contenues les plantes , offre-t-il plus de garanties que l'essence de térébenthine conseillée par le docteur Koch ? M. Kooker (Botan. miscell. , t. II, p. 159) conseille d'enduire les Champignons et les plantes qu'on veut conserver avec un pinceau imbibé d'huile essentielle de térébenthine dans laquelle on a introduit un peu de sublimé corrosif, afin de ne pas détruire les couleurs. J'ai essayé plusieurs fois la solution aqueuse d'acide arsénieux , et jamais elle ne m'a réussi; les Champignons se ramollissent trop , et se couvrent ensuite de Mucédinées qui en dérobent lés caractères. Tout le monde sait que les papiers peints , dans lesquels les fabricants font entrer l'arsénite de cuivre ou vert de Schweinfurt, sont promptement altérés , envahis par ces petits végétaux , surtout si les appartements sont humides; l'acétate de cuivre ne paraît pas avoir ces inconvénients. On doit donc rejeter les préparations arsenicales comme moyens de conservation des Champignons; si elles sont d'une grande utilité aux zoologistes, elles ne présentent aucun avantage aux mycologues.
Maerklin emploie unedécoction assez concentrée deSimarouba, à laquelle on ajoute 30 à 60 grammes d'alun sur 5 hectogrammes; il assure que les Lichens , les Champignons
imprégnés de cette liqueur sont à l'abri des attaques des Insectes, et qu'ils ne perdent ni leurs formes ni leurs couleurs naturelles. Bulliard se contentait de les laisser pendant quelque temps dans une décoction de tabac à fumer. Quelques personnes mettent du camphre, du poivre concassé dans leurs herbiers. Je mets à profit l'avidité que les Insectes ont pour quelques espèces, comme les Polyporus versicolor, sulphureus, suaveolens et fomentarius, pour m'en débarrasser. Ces Champignons, coupés par tranches, placés dans des feuilles particulières et dans différents endroits faciles à trouver, attirent en quelque sorte les Insectes; je visite de temps en temps, et retire les morceaux qui sont piqués. Ce moyen, qui m'a paru offrir quelques avantages, produirait un effet opposé si on oubliait de visiter ou si l'on égarait les feuilles qui renferment l'appât.
La formule que M. Gannal a donnée pour la conservation des cadavres destinés aux préparations anatomiques, et qui se compose de sel marin, de sulfate d'alumine et d'azotate de potasse , ne m'a pas réussi. Je n'ai pas essayé le chlorure de zinc, conseillé pour le même objet par le docteur Sucquet.
Une solution de 30 à 32 grammes de deutochlorurede mercure dans un litre d'alcool doit être préférée à toutes les préparations dont je viens de parler. Quand les Champignons sont desséchés, s'ils sont gros, on les plonge dans le liquide ; s'ils sont petits, on se sert d'un pinceau pour les mouiller. L'alcool porte ce poison dans leur épaisseur, et désormais ils ne sont plus la pâture des Insectes. Cette préparation les décolore généralement : c'est un inconvénient auquel il est impossibledc remédier. L'alcool dissout aussi la résine qui forme le vernis du Polyporus lucidus , et par conséquent lui enlève sa belle couleur; on évite cette altération en versant petit à petit la solution sur la surface recouverte de pores, on cesse quand on le pense suffisamment imbibé, et on le met dans sa position naturelle pour qu'il ne pénètre pas la face supérieure.