Le Mastodonte des Cordilièkes , M
andium Cuv. Nous croyons qu'il existe aussi dans l'Amérique méridionale deux espèces distinctes de Mastodontes, quoique M. de Blainville n'en admette qu'une. L'espèce à laquelle nous réservons le nom de M. des Cordillères a les dents intermédiaires presque carrées et composées de trois collines comme celles du grand Mastodonte. Les figures développées à la couronne des mâchelières sont semblables par leur forme générale à celles du Mastodonte à long museau; mais chaque cône étant sillonné dans sa hauteur, il en résulte que les bords formés par l'émail sont ondulcux (Voy. Cuv., t. L, Divers Mastodontes, p. II. fig. 1. Voy. encore Voyage dans l'Am. mérid. par Alcide d'Orbigny, Géol., pi. 10 et 11, pour la mâchoire inférieure). La symphyse de cette mâchoire se prolonge en un sorte de bec recourbé en bas, à peu près comme dans le Mastodonte a dents étroites, et il ne paraît pas y avoir
eu d'incisives. Cette espèce a été établie par Cuvier sur deux fragments de dents rapportés par M. de Humboldt et trouvés par lui près du volcan d'Imbaburra au royaume de Quito, à près de 600 mètres de hauteur, et à la Cordilière de Chiquitos, près de Santa-Crux de la Sierra. Nous regardons les dents rapportées du Pérou par Dombey, que Cuvier croyait être du Mastodonte à dents étroites, comme appartenant à cette espèce.
5. Le Mastodonte de Humboldt, M. Hum boldlii Cuv. Cette espèce, la seule que M. de Blainville admette pour l'Amérique méridionale, nous paraît se distinguer de la précédente par les caractères suivants, tirés des molaires. Les deux cônes de chaque colline de ces dents sont flanqués aussi bien aux molaires supérieures qu'aux inférieures de cônes plus petits, qui produisent par l'usure deux figures de trèfles opposées l'une à l'autre et à rebord d'émail très sinueux ; tandis que dans le M. andium le cône extérieur des dents inférieures et l'inférieur des supérieures offrent seuls des trèfles. Les dents intermédiaires sont aussi à trois collines.
Voy. Cuv. 1, Divers mast., pi. If, fig. 5 et 12. Cette dernière figure est rapportée à l'espèce précédente, mais nous la croyons de celle-ci. Voy. encore de Blainville, Ost. des Éléphants, pour une mâchoire inférieure, et divers os que M. de Blainville avait autrefois considérés comme ceux qui avaient été attribués au roi Teutobochus, et qu'il donne ici, avec raison , comme venant de l'Amérique méridionale. On voit que la symphyse de la mâchoire inférieure est courte etqu'elle diffère considérablement de celle du M. andium.
Cuvier pensait que cette seconde espèce était plus petite que l'autre; mais c'est que les dents qu'il avait sous les yeux ne se correspondaient pas pour leurs numéros d'ordre. Elles étaient toutes deux fort grandes, et leurs débris se rencontrent mêlés les uns aux autres. M. l'amiral Dupotet a rapporté de Buénos-Ayres une dernière dentsupérieure du Mastodonte de Humboldt, qui estaussi grande que celle du grand Mastodonte. Cuvier avait établi cette espèce sur une petite dent rapportée de la Conception du Chili, également par M. de Humboldt.
MAS
MÀS
Tous les auteurs qui ont écrit sur l'Amérique méridionale après sa conquête ont signalé des dents et des os de ces deux Mastodontes. Les habitants du Mexique et du Pérou prennent ces débris pour des os de géants qui existaientavant le déluge. On en trouve en grande abondance dans les environs de Tarija en Bolivie; les dents ont le même aspect que celles que l'on rencontre en Europe, et se trouvent également dans les terrains tertiaires supérieurs.
6. Le Mastodonte tapiroïde, M. tapiroides Cuv. Cette espèce, que Cuvier a proposée sur quelques dents seulement, a été retrouvée en plusieurs endroits, et nous semble devoir être admise définitivement. Les collines des dents au sortir de l'alvéole ne sont pas divisées aussi exactement en deux pointes que celles des autres espèces : cependant, par l'usure, elles prennent de la ressemblance avec le grand Mastodonte, et c'est ainsi que Cuvier lui-même n'a pas osé affirmer que ce dernier ne se trouvât pas en Europe, comme l'avait admis Buffon. On en a rencontré dans le Gers, dans la Haute-Saône, en Piémont, et quoique M. de Blainville reste indécis sur cette espèce, il y rapporte avec raison les dents envoyées de Sibérie à Buffon par l'abbé Cbappe et par M. de Vergennes , celles mêmes qui ont fait admettre à Buffon et à Cuvier l'existence du grand Mastodonte dans l'ancien continent. Les collines sont plus obliques, et lorsqu'elles sont usées elles présentent un losange. plus indécis; il existe au collet interne des dents supérieures un bourrelet plus prononcé; les postérieures d'en haut et d'en bas se rétrécissent moins en arrière et se terminent par un angle plus obtus sans autre talon qu'un bourrelet : les dents intermédiaires ne sont également qu'à trois collines; il étaitd'une grande taille.