V. De VOEU chez les animaux articulés
Ce qui distingue l'appareil visuel dans cette classe, c'est qu'il n'y a jamais de cristallin situé dans une cavité de l'organe lui-même; que celui-ci n'est jamais mobile et existe à la superficie de la peau endurcie, dont la cornée transparente, et surtout la sclérotique elle-même, semblent faire partie. Enfin , dit M. de Blainville, le caractère le plus singulier qu'offre l'appareil delà vision chez les Insectes , c'est que, dans un grand nombre de cas, il est composé d'un amas plus ou moins considérable de petits organes simples , situés de chaque côté de la tête, outre quelques uns qui se disposent sur quelque endroit de la partie antérieure. On donne aux premiers le nom d'yeux composés, et aux seconds celui d'yeux simples ou de stemmaies.
On n'aperçoit pas la moindre trace d'yeux dans les Enthelminthes, et les Cercaires sont les seuls chez lesquels Baer ait vu les indices de deux yeux.
Si l'on passe aux Annélides, on en rencontre fréquemment, par exemple, chez les Nais, les Néréides, les Aphrodites, les Sangsues. Souvent ils sont alors en quantité considérable , puisque la Sangsue ordinaire en a dix, disposés en fer-à-cheval au-dessus de l'orifice de la bouche. On les aperçoit très bien chez les jeunes individus, car ils font saillie à la surface du corps, comme autant de verrues d'une couleur foncée.
Tous les Neusticopodes, excepté quelques Lernées, ont un, deux ou trois yeux; et même les Lernées, si l'on en croit Nordmann , auraient, à l'état de larve, un OEil qui disparaîtrait chez l'animal parfait.
Jusqu'ici nous n'avons eu à signaler quo des stemmates; mais c'est dans cette série du règne animal qu'on commence à rencontrer les yeux composés ; ainsi Carus a constaté, chez YApus cancriformis , deux gros yeux, dont la cornée se partage en un grand nombre de facettes hexagones , et un autre OEil médian, arrondi, plus gros, dont la cornée paraît finement grenue quand on l'examine au microscope. Le Limulus polyphemus porte aussi des deux côtés de son bouclier céphalo-thoracique de gros yeux à facettes réniformes.
La Scolopendre en a un gros placé en travers et vingt-trois petits qui sont simples.
Les connaissances que nous possédons sur les yeux composés sont dues à Swammerdam , Cuvier , Marcel de Serres , et surtout à J. Muller, qui en a le mieux signalé les particularités. Voici la description qu'il en donne.
Les yeux composés des Insectes et des Crustacés sont des segments de sphère plus ou moins grands, immobiles chez les Insectes, ou mobiles sur des pédicules chez les Décapodes, parmi les Crustacés, et chez quelques autres encore. Le nerf optique se renfle dans leur intérieur en une grande sphère , ou en un segment de sphère, de la surface de laquelle s'élèvent des milliers de fibres primitives nerveuses, qui se dirigent comme autant de rayons vers la superficie de l'organe. Cependant ces fibres n'arrivent point jusqu'à l'épiderme transparent. Entre leurs extrémités et la cornée transparente se trouvent des cônes transparents également dirigés , en forme de rayons, vers la face interne de la cornée, et dont les
OEIL
OEIL
bnses se réunissent avec cette face, tandis que les sommets enchâssent les extrémités des fibres parties du nerf optique. La longueur des cônes varie beaucoup suivant les espèces ; la plupart du temps , ils sont cinq à six fois aussi longs que larges, comme chez la majeure partie des Coléoptères et chez les Lépidoptères; rarement sont- ils fort courts ; leur longueur dépasse à peine leur largeur chez les Mouches, parmi les Diptères. La cornée des Insectes, des Crustacés et des Décapodes est également divisée en façon de mosaïque; chaque petite division , appelée facette, correspond à un cône transparent, avec lequel elle est unie, et à une fibre du nerf optique. Les facettes, hexagones chez les Insectes, ont rarement cette forme chez les Crustacés, où presque toujours elles sont carrées, quoique les divisions ne puissent avoir lieu ici par des lignes droites, et que la convexité de la surface de TOEil fasse qu'elle doive être opérée par des lignes courbes. Il est rare que les facettes soient un peu élevées à l'extérieur et à l'intérieur, c'est-à-dire lenticulaires, comme chez les Lépidoptères; en général, la surface en est assez plane; elles ont même quelquefois une épaisseur considérable, par exemple chez les Orthoptères et les Coléoptères. La ressemblance entre leurs faces antérieure et postérieure, fait qu'on doit artendre peu de chose de leur action sur la lumière en général ; aussi Muller a-t-il constaté qu'elles manquent chez un grand nombre de Crustacés , notamment chez les Entomostracés , où néanmoins les cônes transparents existent également. Dans ce cas, la surface de la cornée est parfaitement plane, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur; là aussi seulement les bases des cônes sont arrondies au lieu d'être unies, comme elles le sont d'ordinaire , avec les facettes de la membrane. Entre les cônes transparents , et même entre les fibres du nerf optique , il y a du pigment, tantôt clair , tantôt foncé, noirâtre, violet foncé, bleu foncé, purpurin, brun , jaune - brun , jaune clair, vert, etc. Quelquefois ce pigment forme plusieurs couches superposées de couleur diverse. Il s'élève jusqu'à la cornée entre les cônes, dont parfois même il couvre la face antérieure ou la base, en n'y laissant dans le milieu de chacun qu'une ouverture
pupillaire, qui devient surtout apparente lorsque les cônes sont fort courts , comme chez les Diptères. Dans d'autres cas , les cônes sont tout-à-fait libres de pigment, qui ne garnit que les points d'intersection des facettes. Chez les Criasftacés inférieurs, dont la cornée n'a point de facettes , les corps transparents en forme de cônes ont leurs sommets et la plus grande partie de leur longueur engagés daas le pigment, tandis que leurs extrémités arrondies en sont dépourvues et regardent Sa face interne de la cornée. Au reste, Se Dombre des facettes et des cônes varie beaucoup. La plupart du temps, il est très considérable et s'élève à plusieurs milliers, par exemple à 12 et 20,000 dans un seul OEil : ainsi on en compte 2,500 chez le Homard, 11, 300 dans la Phalena cossus, 25,000 chez la Mordella; rarement y en a-t-il peu , comme chez les Entomostracés On n'en trouve plus que 1 , 300 dans le Sphinx convolvuli , et 50 seulement dans les Fourmis; l'Iule n'a que deux yeux composés de 50 à 60 facettes. L'union entre les Gbres du nerf optique et les cônes a été étudiée d'une manière spéciale par R. Wagner. Chez les Insectes, les fibres se prolongent en forme de gaines sur les côtés du cône. Or, comme chez les animaux supérieurs les fibres nerveuses se cornposent d'un tube et d'un contenu, on peut présumer que ce sont principalement les tubes qui forment ces gaines.
Outre les yeux à facettes composées et les yeux composés sans facettes des Crustacés, il y en a encore une troisième espèce, remarquée par Edwards, Burmeister et Muller, c'est celle dans laquelle, outre les corps en forme de cônes, il s'en trouve encore de lenticulaires entre les cornées et les cônes ; ces lentilles doivent rassembler les rayons lumineux qui tombent sur elles et les incliner vers les axes des cônes. Edwards a observé cette disposition chez les Callianasses , chez beaucoup de Brachyures , en particulier le Cancer maculatus , enfin dans VAmphytœ et plusieurs Édriophthalmes. Muller a vu aussi des lentilles dans les facettes de la cornée de YHyperia. Suivant Burmeister, le Branchiopus paludinus en possède également, dont l'axe longitudinal est plus long que le transversal.
Quelques ons ont deux corsées, l'externe
OSIL
OEIL
lisse, et l'interne à facettes ou fenêtrée, de telle sorte que les lentilles se trouvent derrière les fenêtres, comme dans le Branchiopus.
Les yeux, d'ailleurs, paraissent quelquefois manquer tout-à fait chez les Acarides. Certains de ces animaux, la Bdella, en ont quatre petits et simples; d'autres, le Sucaris , deux, également simples.
Les Arachnides n'ont que des yeux simples, mais parfois très développés à l'intérieur, et pourvus d'un cristallin sphérique et d'un corps vitré; la choroïde forme un anneau noir autour du cristallin. Les Scorpions en ont deux gros et six à dix autres plus petits et simples.
Dans les Hexapodes aptères on ne trouve plus généralement que des yeux composés.
Quant aux Hexapodes ailés , ou aux Insectes proprement dits, les plus parfaits d'entre eux, les Coléoptères, n'ont que deux yeux composés. Indépendamment de ceuxlà, qu'on retrouvedans les autres ordres chez tous les Insectes pourvus du sens de la vue, il y a encore des yeux simples, la plupart du temps au nombre de trois. Du reste, les larves des Insectes répètent fort souvent les formes inférieures, même en ce qui concerne les yeux , car celles , par exemple , de la plupart des Coléoptères et Hyménoptères n'ont pas d'yeux du tout, tandis que celles de presque tous les genres contenus dans les autres ordres n'en ont que de simples. Ainsi l'on trouve six à huit stemmates dans les Chenilles. On remarque fort peu de larves qui aient de très grands yeux , même des yeux à facettes; telles sont les Orthoptères , qui subissent une métamorphose incomplète , celles des Microptères , dans l'ordre des Coléoptères, et celles de quelques Diptères, par exemple des Cousins. EnGn on trouve des espèces privées d'yeux parmi les Insectes parfaits. Tels sont les Claviger, une Braula qui vit en parasite sur les Abeilles , et les neutres de quelques Fourmis.
Ce qu'il y a de remarquable dans les yeux composés des Insectes, c'est leur volume considérable. Marcel de Serres a donné , à ce sujet, des tables détaillées, d'après lesquelles on voit que chez quelques uns de ces animaux (Anthrax maura, Musca vomitoria) le volume du corps est à celui des
yeux dans la proportion d'un à quatre, mais que la proportion ordinaire est de six, huit, dix ou seize à un, et que jamais le volume des yeux ne descend au-dessous d'un à soixante (Phasmia, Bossia).
VI. De VOEU chez les Mollusques. La structure de l'organe de la vue dans ce type d'animaux a évidemment plus de rapport avec ce qui existe dans les vertébrés que celle de l'OEil des articulés, puisqu'on y trouve à peu près les mêmes parties, disposées semblablement, et qu'il n'y a qu'un organe simple de chaque côté. Mais le peu d'activité et d'étendue de la fonction , si ce n'est dans les espèces les plus favorisées sous ce rapport, et surtout la disparition rapide de cet appareil dans le plus grand nombre des Mollusques , placent ces derniers au-dessous des précédents.
Les ordres inférieurs manquent d'yeux ; ce n'est que chez les Gastéropodes , les Ptéropodes et les Céphalopodes, qu'on en trouve qui sont tantôt plus tantôt moins parfaits. Leurs nerfs optiques ne se croisent jamais.
La position des yeux varie singulièrement. Ainsi, chez les Céphalopodes, ils sont placés avec symétrie de chaque côté de la tête, un peu en arrière et dans les enfoncements du cartilage céphalique. Dans les genres Pterotrachœa et Aplysia , on les aperçoit à la nuque de chaque côté. Ailleurs, et le plus souvent, ils tiennent aux tentacules dont ils occupent , soit la base (Physa, Cyprœa, Buccinum) , soit la partie latérale {Cerithium) , soit le sommet (Hélix, Limax, Turbo).
La structure des yeux , chez les Gastéro" podes, est simple; mais les parties essentielles y sont sensiblement développées. Il ne faut pas confondre d'ailleurs, comme on le fait, le nerf optique avec celui du tentacule auquel il n'est qu'accolé; ce nerf se plonge dans la base du bulbe oculaire qui contient un cristallin, avec un épiderme enduit de pigment noir. Au-devant du cristallin se trouve une portion transparente de la peau extérieure , sorte de conjonctive. Peut-on y admettre , avec Swammerdam , une humeur aqueuse et une humeur vitrée? Nous n'oserions l'affirmer.
Passons aux yeux des Seiches, des Poulpes et des Calmars. Ils sont d'une énorme gros-
OKIL
OEIL
seur proportionnellement à la tête, puisque, pris ensemble, ils forment près des deux tiers de la masse de cette dernière. La sclérotique et deux petits muscles les fixent. Le bulbe oculaire est un peu comprimé de dehors en dedans. Point de paupières chez la Seiche ordinaire ; son OEil est recouvert par un prolongement des téguments qui fait fonction de conjonctive et de cornée transparente. Chez le Poulpe, au contraire, quelques duplicatutes de la peau forment des paupières, l'une postérieure plus grande, l'autre antérieure plus petite , analogue à la troisième paupière des Oiseaux et des Mammifères. La postérieure contient des fibres musculaires.
Les observations de Carus prouvent que \a sclérotique se partage en arrière , chez le Poulpe et la Seiche , en deux feuillets qui renferment le renflement du nerf optique ; dans l'externe se trouve une petite plaque cartilagineuse chez la Seiche. La sclérotique est plus molle en avant ; vers son bord libre elle est d'un jaune rougeâtre dans la Seiche ; elle forme elle-même la pupille , qui est réniforme dans la Seiche et ronde chez le Poulpe. La choroïde est rougeâtre, nacrée; elle se réfléchit en avant , devient plus épaisse, s'enduit d'un pigment de couleur pourpre foncé, et se prolonge, en fibres concentriques (analogues aux procès ciliaires), vers le cristallin , qui est assez volumineux et arrondi. Le renflement du nerf optique, après avoir traversé la sclérotique, est plus considérable que le ganglion cérébral ; il en part d'innombrables filets, qui forment, chez la Seiche, une bande longue d'environ 20 à 25 millimètres sur 4 à 5 de large. C'est de ces filets , qui percent le second feuillet de la sclérotique, que naît la rétine. Les fibres saillantes de cette dernière, du côté du corps vitré , sont enduites d'un pigment pourpre foncé et peu adhérent.
L'humeur aqueuse est problématique ; mais presque toute la capacité intérieure de l'OEil est occupée par une humeur vitrée , liquide et visqueuse , renfermée dans une membrane.
En résumé , l'OEil des Céphalopodes est parfait.
Nous renvoyons au travail d'Ehrenberg sur les Infusoires, pour la description de l'appareil visuel chez ces animaux.
Physiologie de l'OEil.
Nous supposons connus les principes de dioptrique et de caloptrique; et pour point de départ de la théorie de la vision , nous nous contenterons de rappeler quelques uns des axiomes de cette branche de la physique, parce qu'ils nous sont indispensables.
La lumière, quelle que soit son origine , qu'elle soit une émanation ou une ondulation, se répand autour du foyer qui la produit sous forme de rayons ; ces rayons se meuvent en ligne droite, tant que les conditions du milieu à travers lequel ils passent restent les mêmes ; s'ils tombent sur l'angle d'un prisme, ils se décomposent, et produisent les différentes nuances du rouge au violet qui constituent le spectre solaire ; s'ils arrivent sur la surface d'un corps transparent, ils traversent ce corps; si cette transparence est parfaite, les rayons lumineux passent tous, et le corps est invisible pour nous ; si elle n'est pas complète, une partie des rayons nous est renvoyée , ce qui rend le corps visible : c'est là ce qui constitue le phénomène de la réflexion. Les corps qui ne se laissent pas traverser par les rayons lumineux sont dits opaques; maintenant les corps opaques réfléchissent plus ou moins complètement les rayons lumineux, ou, au contraire, les absorbent.
Les corps visibles, c'est-à-dire qui réfléchissent des rayons lumineux, sont diversement colorés, et leur couleur varie suivant celui ou ceux des rayons élémentaires qu'ils sont plus aptes à absorber ou à réfléchir : s'ils les réfléchissent tous , ils paraissent blancs; s'ils les absorbent tous , ils paraissent noirs. L'état plus ou moins lisse, poli ou rugueux des surfaces , influe sur cette propriété réflective et absorbante des corps.
Tout rayon lumineux qui tombe obliquement sur la surface d'un corps non transparent , est réfléchi suivant la loi de l'égalité de l'angle de réflexion à celui d'incidence.
Lorsqu'un rayon lumineux traverse un corps transparent , s'il tombe perpendiculairement à la surface de ce corps, il continue toujours directement son premier trajet; mais s'il tombe obliquement, et si ce corps est d'une densité différente de celle
OEIL
OEIL
du milieu que vient de traverser ce rayon , celui-ci est dévié de sa ligne droite. Le corps est- il plus dense , le rayon lumineux, en continuant son trajet, se rapproche de la perpendiculaire au point d'immersion. Estil moins dense, c'est le contraire, et le rayon s'écarte de cette perpendiculaire.
La décomposition des rayons lumineux par le prisme qui les réfracte, prouve que les couleurs élémentaires ne sont pas également réfrangibles , le rouge l'est le moins, le violet l'est ie plus. On appelle aberration de réfrangibilité la coloration, suivant les couleurs du spectre solaire, soit des objets vus à travers un prisme ou un autre corps réfringent, soit de leur image.
Quand les rayons lumineux, arrivant sur un corps transparent, tombent sur une surface concave ou convexe , au lieu d'être plane, ils éprouvent des déviations différentes. Si la surface est convexe, ils convergent par le seul fait de cette convexité, et indépendamment de l'influence du milieu, en général plus dense, qu'ils traversent alors. Si cette surface est concave, ils divergent.
Quand les rayons lumineux, tombant sur une surface convexe, convergent, ils se réunissent à un point que l'on appelle foyer et qui est le point où se forme l'image du corps d'où ces rayons partent; mais les rayons marginaux éprouvant une déviation plus forte que celle des rayons plus voisins du centre de la surface convexe, il en résulte un cercle de diffusion autour de l'image; c'est là l'aberration de sphéricité. Pour la faire disparaître, on conçoit qu'il faut annuler ces rayons marginaux ; c'est à quoi l'on arrive par l'interposition d'un diaphragme entre la lentille réfringente et le foyer.
Enfin la distance de l'objet vu à travers une lentille a de l'influence sur le point où se forme le foyer ; plus cet objet est éloigné , plus le foyer tend à se rapprocher de la lentille; plus il est rapproché, plus ce foyer s'éloigne.
De la vision. Le phénomène de la vision la plus simple et la plus incomplète est celui qui se présente chez les Vers et autres animaux inférieurs; là les points oculaires sont tellement imparfaits, que l'image des objets ne saurait se former; tous les rayons
lumineux partis d'un objet se confondent par suite de leur diffusion, et il est probable que ces animaux n'ont qu'une sensation générale de la lumière qui leur permet tout au plus de distinguer le jour de la nuit; pour eux tous les objets extérieurs sont comme des ombres vagues.
Nous trouvons , dans les animaux supérieurs à ceux-là, deux procédés pour arriver à la formation de l'image des objets dans l'OEil : l'un est pour ainsi direrudimentaire, c'est celui que nous présentent les yeux composés des Insectes et des Crustacés ; l'autre est complet et parfait , c'est celui des yeux à lentilles dont les Mammifères, et l'Homme en particulier, nous offrent le modèle.
C'est à J. Muller que nous devons l'ingénieuse et satisfaisante théorie du mécanisme de la vision au moyen des yeux composés, mécanisme qui diffère totalement de celui des yeux à lentille. Voici en quoi il consiste.
Les rayons lumineux partis de l'objet arrivent sur la cornée taillée en nombreuses facettes. Le rayon central de chaque facette la traverse; il arrive au cône transparent qui est derrière, et pénètre ainsi jusqu'à l'expansion nerveuse qui aboutit à ce cône. Quant aux autres rayons qui sont tombés obliquement sur cette facette, ils sont absorbés par le pigmentum que présente, sur ses côtés, le cône translucide. Ce point lumineux central qui a pu arriver jusqu'au nerf, provoque la sensation de la vue d'une parcelle de l'objet. Maintenant, autant de points lumineux partis de l'objet se sont rencontrés avec l'axe central de chaque cône translucide, autant de parcelles de l'objet sont vues. De cette manière, dit Muller, chaque cône représente une partie aliquote de l'image, et l'image se compose, à l'instar d'une mosaïque, d'autant de parcelles qu'il y a de cônes, en sorte que sa netteté doit être en raison du nombre de ces derniers. Si l'OEil possède 50 facettes et 50 cônes lumineux, comme celui de la Fourmi, l'animal voit 50 parcelles de l'objet ; si l'OEil à 25,000 facettes , comme celui de la Mordella, l'objet est vu dans 25,000 de ses parties. Si l'OEil est convexe , il présente un plus grand nombre de facettes perpendiculairement aux rayons lumineux ; l'Insecte
OEIL
voit un plus grand nombre d'objets autour de lui, comme la Libellule; si l'OEil est plat, et s'il s'élève à peine au-dessus du sommet de la tête, le champ visuel est d'autant plus rétréci , comme il arrive à la Punaise d'eau, dont l'habitude est de pousser toujours devant elle, sans s'écarter ni à droite, nia gauche.
Passons maintenant au mécanisme de la vision à l'aide de milieux réfringents, et suivons les rayons lumineux à travers les différentes membranes et les différentes humeurs qui composent l'OEil des animaux supérieurs.
Supposons un point lumineux dans un objet. Ce point lumineux irradie de tous côtés; ne nous occupons pas des rayons qui tombent ailleurs que sur l'OEil , et même , parmi ces rayons, négligeons ceux qui tombent sur la cornée opaque, et ceux plus centraux qui, traversant la cornée transparente à sa circonférence, tombent sur l'iris. Aucun de ces rayons ne sert à la vision , ce sont ceux qui traversent l'ouverture de la pupille qui vont former l'image; et voici alors ce qui se passe.
On peut distinguer a ce cône lumineux un rayon central et des rayons divergents ; le premier traverse directement toutes les parties de l'OEil et arrive sur la conjonctive où il forme un point de l'image. Quant aux autres rayons , comme ils sont tous tombés obliquement sur la cornée, ils sont déviés de leur direction première. Parlons des plus externes. En arrivant sur la cornée, ils rencontrent une face convexe, et comme la propriété des surfaces convexes est de rapprocher les rayons lumineux de l'axe central, ces rayons marginaux, au lieu de continuer à diverger, se rapprochent du rayon central et tendent à converger ; mais ce milieu qu'ils traversent (la cornée) est plus dense que l'air, nouveau motif pour qu'ils convergent davantage. En traversant l'humeur aqueuse, ils convergent moins, car ce liquide est moins dense que la cornée; mais là densité beaucoup plus grande de la cornée et de sa forme lenticulaire opèrent bientôt une si forte réfraction des rayons marginaux, qu'ils tendent à se réunir en un foyer commun. Sortant du cristallin , ces rayons arrivent dans l'humeur vitrée , milieu moins dense et moins réfringent que le
cristallin et dont l'action est d'augmenter encore cette convergence. En effet , la face postérieure du cristallin est convexe ; si l'on abaisse, au point d'émergence du rayon, une perpendiculaire à la surface, on verra que le rayon lumineux, en s'écartant de cette perpendiculaire, comme il doit le faire en passant dans un milieu moins dense, se rapproche du rayon central.
C'est par suite de cette série de réfractions que les rayons marginaux du cône lumineux coïncident au même point que le rayon central, à ce point que l'on appelle le foyer de la lentille. Ainsi, tous ces rayons divergents, au lieu d'aller frapper toutes les parties de la rétine, ont été concentrés en un seul point de cette membrane.
Prenons maintenant successivement chacun des autres points lumineux de l'objet que nous avons supposé placé devant l'œil, et nous verrons que, bien qu'ils aient émis autant de cônes lumineux composés d'une infinité de rayons divergents, ils formeront tous un seul point lumineux sur la rétine, par suite de la convergence de tous ceux des rayons composant le cône qui sont tombés sur la cornée transparente et ont pu traverser la pupille. Il nous sulùra, pour comprendrece phénomène physique, de suivre le trajet des deux points lumineux extrêmes de l'objet visible.
Dans chacun de ces cônes lumineux extrêmes, il y aura, comme dans le cône lumineux central, un rayon central direct et d'innombrables rayons divergents. Le rayon central de ce cône extrême continuera la direction du cône à travers les milieux réfringents, malgré quelques réfractions légères dépendant de sa légère obliquité, et ira former un point lumineux sur la rétine; si ce rayon tombe obliquement d'en haut, le point lumineux sera nécessairement en bas, et réciproquement. Maintenant, quant aux rayons divergents de ces cônes lumineux extrêmes, ne nous occupons que de ceux qui tomberont dans l'ouverture pupillaire. Supposons que l'objet visible est une flèche placée perpendiculairement devant l'œil, et voyons comment va se comporter le cône lumineux parti de l'extrémité supérieure de la flèche. Les rayons inférieurs de ce cône tomberont évidemment plus obliquement sur la surface de la cornée que les rayons supérieurs ; or,
OEIL
OEIL
plusl'incidenceest oblique, plus la réfraction est grande, donc les rayons inférieurs seront plus réfractés que les supérieurs. C'est par suite de cette différence de réfraction qu'ils coïncideront au même point de la rétine que les supérieurs, et au même point que le rayon central, en bas de la rétine, puisqu'ils sont partis d'en haut.
C'est l'inverse pour le cône lumineux parti de l'extrémité inférieure de la flèche; tous ses rayons divergents coïncideront avec le rayon central à l'extrémité supérieure de la rétine.
Il est facile de concevoir maintenant le trajet de tous les cônes lumineux émanés de tous les points de la flèche placée devant rOEil. Ceux de gauche iront à droite, et vice versa; enfin, l'image peinte sur la rétine sera renversée. C'est aussi ce que l'expérience prouve; et, pour en avoir la preuve, on n'a qu'à faire, à l'exemple de M. Magendie, une ouverture à la partie supérieure de l'œil d'un animal, d'un bœuf ou d'un veau par exemple , et à regarder la rétine par cette ouverture artificielle, on y verra l'image renversée.
Nous venons de voir quelle était l'action de la cornée transparente, de l'humeur aqueuse, du cristallin et de l'humeur vitrée dans le mécanisme de la vision ; nous savons quelle est la fonction de la rétine. Voyons maintenant quel est l'office des autres pièces qui composent l'appareil oculaire.
L'iris a pour mission d'admettre un plus ou moins grand nombre de rayons lumineux ; si l'objet est vivement éclairé, il se resserre, renvoie, par réflexion , un grand nombre de rayons lumineux, tous ceux qui tombent sur sa surface élargie, et n'en laisse passer qu'une moindre quantité , parce qu'un trop grand nombre porterait une impression trop forte sur la rétine et produirait un éblouissement. Si l'objet est peu éclairé , il se dilate, et laisse passer la plus grande quantité possible de rayons, afin que l'image soit moins obscure.
Le pigmentum noir de la face postérieure de l'iris, ainsi que celui de la choroïde, sont pour absorber les rayons qui, réfléchis d'un point de l'œil sur la rétine, auraient troublé la netteté de l'image.
L'aberration de sphéricité du cristallin
T. VIII
est corrigée par l'iris , qui n'admet pas les rayons les plus marginaux , et par les couches les plus externes du cristallin même, qui sont moins denses que les couches centrales. Quant à l'aberration de réfrangibilité, elle est corrigée par cette même différence de densité des couches du cristallin , et par celle des différents milieux que traversent les rayons lumineux avant d'arriver à la rétine. Mais on n'est pas encore arrivé à calculer rigoureusement ces circonstances.
Nous avons dit que la distance de l'objet influait sur celle du foyer visuel du cristallin. Appelons cône objectif le cône lumineux qui part de l'objet et tombe sur la cornée; appelons cône oculaire celui qui, par sa base, s'applique à la base du précédent, et, 'par son sommet, fait image sur la rétine. Maintenant posons, ce qui est incontestable , que plus le cône objectif est long , plus le cône oculaire est court , et réciproquement. Cette simple proposition suffira pour faire comprendre pourquoi le myope rapproche l'objet qu'il veut voir, pourquoi le presbyte l'éloigné. Dans le premier cas, les milieux trop réfringents de l'OEil , soit par excès de convexité, soit par excès de densité, font converger trop tôt les rayons lumineux, et l'image se forme en avant de la rétine. Il s'agit donc d'éloigner ce point de convergence, ce foyer visuel , c est à-dire d'allonger le cône oculaire. Le moyen est simple: il faut raccourcir le cône objectif; c'est ce que fait le myope en mettant l'objet qu'il veut voir presque en contact immédiat avec l'OEil.
C'est le contraire chez le presbyte. Sa cornée est tropplate, ou c'est son cristallin, ou les milieux de l'OEil qui ne sont point assez denses ; par suite , la force réfringente de l'OEil est moins forte; les rayons lumineux qui le traversent sont donc moins fortement réfractés; ils ne convergent donc que plus loin que les précédents, plus loin que dans l'OEil parfaitement conformé, c'est-à-dire au-delà du foyer visuel , au-delà de la rétine; de là le trouble et la confusion de l'image. Que faire? rapprocher le foyer visuel ; raccourcir le cône oculaire. Comment ? En allongeant le cône objectif, c'està-dire en éloignant l'objet. C'est aussi ce que fait instinctivement, et par expérience
OEIL
OEIL
empirique, le presbyte le plus ignorant des lois de l'optique.
Mais comment l'OEil peut-il voir les objets à des distances extrêmement différentes ? Est-ce, comme sont disposés à le croire MM. Mile et Pouillet, par suite des mouvements de l'iris, qui, par sa contraction , écarterait les rayons marginaux des objets rapprochés, pour éviter la formation trop éloignée du foyer visuel? Est-ce, comme le veut Young, par l'allongement ouïe raccourcissement de l'axe du cristallin? Est-ce par le déplacement du cristallin, qui serait opéré, suivant Kepler, Scheiner, Porterfield, Camper et d'autres , par le cercle et les procès ciliaires ?
Est-ce par l'action des muscles de l'OEil opérant, soit sur la convexité de la cornée, comme le pensent Englefield , Rainsden et Home , soit sur le globe de l'OEil entier , comme le disent divers physiciens, Rohault , Bayle, Olbers , Home, Schroder, etc.?
Nous penchons à adopter , de toutes ces opinions, la dernière plutôt que toute autre, et ce qui nous y engage le plus , ce sont les résultats obtenus dans un grand nombre de cas de strabotomie. Plusieurs chirurgiens, et principalement M. Bonnet, de Lyon, ont constaté que des individus atteints de strabisme et myopes, comme ils le sont souvent, avaient guéri de la myopie par la strabotomie. Or, que s'est-il passé ? On avait coupé un des muscles du globe oculaire; on avait par conséquent diminué la compression que ces muscles exercent sur l'OEil. Il est donc probable que la myopie tenait à cette compression latérale, dans une convexité plus grande.
Voy. l'article lumière , pour différentes autres questions relatives à la vision.
(G. Broussais.)
On a encore employé le nom d'CEil pour désigner vulgairement certaines espèces ou variétés d'animaux, de végétaux et de minéraux. Ainsi l'on a appelé ?
En Ornithologie :
OEil blanc, la Fauvette Tchéric ;
OEil de Boeuf , le Roitelet, Motacilla regulus ;
OEil d'or, le Garrot, espèce du genre Canard ;
OEil de verre, le Colymbus septentriona-
lis , quelques autres Plongeons, el le Sylvia Madagascariensis.
En Ichthyologie :
OEil de Boeuf, le Sparus macrophthalmus ;
OEil d'or, le Lutjanus chrysops;
OEil de Paon , le Chœtodon ocellatus ;
OEil rouge , un Cyprin.
En Conchyliologie :
OEil d'Ammon et OEil de Bœuf , V Hélix oculus Capri;
OEil de Bouc , la plupart des Patelles de nos côtes ;
OEil de Flambe , le Trochus vestiarius;
OEil de rubis, une Patelle;
OEil de Sainte-Lucie, l'opercule de la coquille du genre Trochus;
OEil de Vache, l'Hélice glauque.
En Entomologie :
OEil du jour et OEil de Paon , le Papilio Io L.
En Botanique :
OEil , le bouton ou bourgeon naissant des arbres ;
OEil de Boeuf, les Chrysanthèmes des champs et leucanthèmes , les Buphthalmes et V Anthémis tinctoria;
OEil de Bouc , le Pyrèthre et le Chrysan thème leucanthème ;
OEil de Bourrique , le Dolichos urens ;
OEil de Chat, les fruits du Guilandina bonduc ;
OEil de Cheval , VInula helenium ;
OEil de Chèvre , les JEgilops ;
OEil de Chien , le Gnaphalium dioicum , la Conyze squaneuse, et le Plantago psyllium ;
OEil de Gfâ&fêr, une Inule et Y Aster a me 'lus;
O^il du BïAf.le, Y Adonis œstivalis;
OEil d'or, le Borrera chrysophthalma;
OEil de Pehdrix, le Myosotis, une Scabieuse et Y Adonis œstivalis;
OEil de Soleil, la Ma tricaire commune, Matricaria camomilla L. ;
OEil de Vache , les Anthémis arvensis el cotula.
En Minéralogie :
OEil de Boeuf , une variété de Labradorite ;
OEil de Chat ou chatoyant, une variété de Quartz ;
OEil de Perdrix, la pierre meulière;
OEIL
OEIL
Œil de poisson ou Pierre de Lune , une ▼ariété de Feldspath adulaire, etc.
OEILLÈRES, mam. — Le nom de Dents œillères a été donné chez l'homme aux canines supérieures à cause de leur position au-dessous des yeux. (E. D.)
OEILLET. Dianthus (&o'ç avGoç, fleur de Jupiter ). bot. ph. — Grand et beau genre de plantes de la famille des Caryophyllées- Silénées, tribu des Dianthées, de la Décandrie digynie dans le système de Linné. Le nombre des espèces qui le composent s'élève aujourd'hui à plus de 130, parmi lesquelles plusieurs sont répandues dans tous les jardins à titre d'espèces d'ornement, et dont plus de 20 appartiennent à la Flore française. Tel que nous l'envisageons ici , à l'exemple de M. Endlicher, il correspond non seulement au genre établi sous le même nom par Linné, mais encore à une portion des Gypsophila de ce botaniste et de Desfontaines. Ainsi limité, il se compose de plantes herbacées ou sous-frutescentes qui croissent dans les parties tempérées et froides de l'hémisphère septentrional , dont quelques unes se retrouvent au cap de Bonne-Espérance. Leur tige est articulée-noueuse; leurs feuilles sont opposées, presque toujours connées à leur base, ordinairement linéaires, plus rarement lancéolées ou oblongues ; leurs fleurs, généralement assez, grandes et brillantes, sont solitaires ou disposées en cyme plus ou moins serrée; elles présentent les caractères suivants : La base de leur calice est entourée presque toujours de bractéoles au nombre de 2 , 4 ou un plus grand nombre, imbriquées et réunies en calicule; le calice lui-même est tubuleux ou cylindrique, parfois dilaté vers l'orifice ou turbiné, terminé par 5 dents ; au-dessus du calice, l'axe floral se prolonge en une sorte de pédicule qu'on a nommé carpophore , et qui donne naissance, vers son extrémité, aux verticilles floraux plus intérieurs; il en résulte que ceux-ci sont élevés au-dessus du calice de toute la longueur de cet entre-nœud qui les porte. La corolle est formée de 5 pétales à onglet linéaire allongé , à lame rarement entière, plus habituellement dentelée ou laciniée, pourvue ou non d'appendices à sa base; les 10 étamines sont plus ou moins inégales entre elles. Le pistil présente un ovaire uniloculaire à l'état adulte, par suite
de la rupture des cloisons, qui, dans l'état jeune, le partageaient en deux loges à nombreux ovules portés sur un placenta central, et deux styles revêtus de papilles stigmatiques le long de leur côté interne. Le fruit est une capsule cylindrique ou oblongue , uniloculaire, s'ouvrant au sommet, à sa maturité, par 4 dents qui arrivent jusque vers le milieu de sa longueur, et renfermant des graines nombreuses, ovales ou oblongues , déprimées, convexes au dos, à hile central.
Dans le Prodromus (t. 1, p. 355), M. Seringe divisait les Dianthus en deux sections :. les Armer iastrum, à fleurs en cyme généralement compacte, et les Caryophyllum, àinflorescence lâche ou à fleurs solitaires. En étendant la circonscription de ce genre, M. Endlicher le subdivise en 4 sous-genres, comme il suit :
a. Caryophyllum. Ce sont les Dianthus de Linné et des auteurs; ils se distinguent par les caractères suivants : Fleurs solitaires ou plus souvent nombreuses, en cyme, parfois entourées d'un involucre universel polyphylle; calice cylindrique, herbacé ou en consistance de parchemin, strié multinervé, calicule; autour du fruit, il reste entier ou se fend d'un côté; corolle hypocratérimorphe, à onglets linéaires, dilatés en lame.
1. OEillet giroflée, Dianthus caryophyllus Lin., OEillet des jardins, OEillet des fleuristes DG. Cette espèce, qui a donné dans les jardins tant et de si belles variétés, croît spontanément dans les parties méridionales de l'Europe. Sa tige est rameuse ; ses feuilles sont linéaires, canaliculées, un peu épaisses et raides, glauques ; ses rameaux se terminent par des fleurs solitaires, odorantes, purpurines etquelquefoisblanchesdansles individus spontanés, dont la couleur et les dimensions ont été considérablement modifiées par la culture. Le calicule est formé de bractées le plus souvent au nombre de 4, courtes, ovales, mucronées ; les pétales ont leur lame très large et sans appendices. La culture de cette espèce et l'art d'en obtenir, d'en conserver et d'en perfectionner les variétés , constituent une branche importante de l'horticulture, dont on doit chercher les préceptes et les détails dans les ouvrages spéciaux. Nous nous bornerons donc ici à présenter succinctement des notions fondamentales sur ce sujet.
Les classiGcations des nombreuses variétés obtenues de l'OEillet des jardins sont aussi arbitraires, aussi peu rigoureuses que celles de la plupart des autres plantes d'ornement. Elles varient même d'un pays à l'autre. Les horticulteurs français établissent d'ordinaire parmi elles 4 catégories : 1° les OEillets grenadins ou à ratafia, dont les pétales, de couleur rouge foncée et très odorants , servent à colorer et à parfumer les liqueurs, les essences, etc. Ces pétales sont regardés, en médecine, comme cordiaux, toniques, même astringents, et ils sont employés en infusion dans le-traitementde certaines fièvres ; on en fait également un sirop. 2° Les OEillets prolifères ou OEillets à carte, les plus grands de tous, et dont le diamètre atteint ou dépasse même un décimètre. Le nombre de leurs pétales est tellement considérable, que les onglets ne peuvent souvent tenir dans le calice, qui se fend alors d'un côté et détruit ainsi toute la régularité de la fleur. Le nom d'OEillets à carte leur vient de ce que l'on soutient et étale leurs pétales au moyen d'une carte taillée en rond et découpée à son bord. Ces fleurs sont très belles; leur fond est blanc , tacheté ou panaché de diverses couleurs. Aujourd'hui, la mode les a presque abandonnés. 3° Les OEillets jaunes, à fond plus ou moins vif, panaché ou tacheté de rouge. 4° Les OEillets flamands, qui tirent leur nom du pays dans lequel leur culture a pris le plus d'extension et a obtenu le plus de succès. Lille est le centre principal de cette culture aujourd'hui très importante. Les OEillets que comprend cette quatrième catégorie se distinguent par leur fond d'un blanc pur, sur lequel se détachent nettement des panachures de diverses couleurs; leur fleur est grande, à pétales nombreux, arrondis, rayés longitudinalement de 1 , 2 ou 3 couleurs, mais qui ne crèvent pas le tube du calice. Le nombre des couleurs diverses de ces panachures fait donner à ces OEillets différentes dénominations. On les nomme bicolores, lorsque, à la couleur du fond, viennent se joindre des panachures d'une seule '* couleur; tricolores, lorsque, sur le fond blanc, se détachent des panachures de deux teintes différentes ; bizarres , lorsqu'il y existe trois couleurs. Une variété très curieuse d'OEillet est celle dans laquelle les
bractées du calicule se sont beaucoup multipliées, de manière à s'appliquer l'une sur l'autre en s'irnbriquant dans une longueur parfois considérable.
Les horticulteurs anglais admettent également quatre catégories parmi Ses variétés d'OEillets cultivés; mais ces divisions sont caractérisées uniquement pour eux par les distributions diverses des couleurs sur les pétales ; ils leur donnent les noms de : 1° Bizarres; 2° Flakes; 3° Picotés; 4° Fardés.
C'est par des soins constants, et grâce à une foule de précautions, quel'on obtient des variétés nouvelles d'OEillets, et que l'on conserve les anciennes. Les semis seuls donnant des variétés nouvelles, c'est uniquement par les semis qu'on cherche à enrichir les collections ; de plus , comme la graine prise sur des pieds à fleurs simples donne très rarement des pieds à fleurs doubles, c'est presque toujours celle des fleurs semi-doubles qu'on emploie de préférence. Les semis se font au printemps , en terrine , et dans une terre franche mêlée d'un terreau fin , ou en terre de bruyère. On repique ensuite le jeune plant dans une terre bien préparée et fumée d'avance, et l'on continue les binages et les arrosements jusqu'aux premiers froids. Les plantes résistent à l'hiver sans abri, ou tout au plus on les garantit avec des paillassons contre le verglas et contre les changements brusques de température. Dès le printemps, on recommence le binage et les arrosements jusqu'à la floraison, qui a lieu vers la fin de juin ou le commencement de juillet de la seconde année, et dont on profite pour faire un choix parmi les plantes.
Pour la conservation et la multiplication des variétés, on a recours aux marcottes avec incisions , et surtout aux boutures. Celles-ci sont estimées préférables aux premières comme conservant mieux la fraîcheur et la pureté des couleurs. Quant aux détails de ces opérations et aux soins minutieux à donner aux plantes, leur exposé sort du cadre de cet ouvrage et doit être cherché dans les traités d'horticulture.
2. OEillet mignardise, Dianihus plumanusLinn. (D. moschatus May er.) La patrie de cette jolie espèce , si répandue dans les jardins, est inconnue; on la cultive d'or-
OEIL
OEIL
dinaire en bordures , qui produisent un très bel effet. La plante a une teinte générale glauque; elle forme des touffes épaisses; sa racine est vivace ; ses tiges n'atteignent guère que 2 ou 3 décimètres de hauteur; ses feuilles sont linéaires, rudes à leur bord. Ses fleurs, au nombre de deux ou trois seulement sur chaque tige , ont une odeur agréable ; elles sont tantôt purpurines, tantôt pourpre foncé, tantôt rosées ou blanches, tantôt, enfin, tachetées de ces diverses couleurs; elles se succèdent en abondance vers la fin du printemps. Les bractées de leur calicule sont presque ovales, très courtes , et terminées par une petite pointe; leurs pétales portent quelques poils à la base de leur lame, qui est divisée en laciniures nombreuses et étroites. Outre les variations que nous avons signalées pour la couleur des fleurs de cette plante, on en possède encore des variétés à fleurs doubles et d'autres de proportions notablement plus fortes dans toutes leurs parties. Toutes ces variétés se multiplient de graines , par éclats ou par marcottes qui s'enracinent facilement.
3. OEillet barbu , Dianthus barbatus Linn. , vulgairement OEillet bouquet, OEillet depoè'te, Bouquet parfait, Jalousie, etc. Cette plante croît spontanément dans les lieux stériles de nos départements méridionaux , en abondance dans certaines vallées des Pyrénées, etc. Elle est communément cultivée comme espèce d'ornement. Elle est bi- ou trisannuelle. Ses tiges naissent en touffe et s'élèvent à 3 ou 4 décimètres ; leurs entre-nœuds sont un peu courts ; ses feuilles sont lancéolées, aiguës, trinervées ; ses fleurs sont petites et réunies en grand nombre en une cyme corymbiforme serrée , plane ou peu convexe; les bractées de leur calicule sont lancéolées-subulées , et de longeur égale à celle du calice ; la lame de leurs pétales est courte , en forme de coin , dentelée à son bord. Ces fleurs varient beaucoup de couleur par l'effet de la culture; dans l'état spontané, elles sont purpurines avec quelques taches plus foncées; mais dans nos jardins on en voit de toutes les nuances, depuis le rouge-pourpre jusqu'au blanc, et de panachées; on en cultive également de doubles. La multiplication de la plante s'opère sans difficulté par graines semées
de bonne heure , par boutures , par marcottes ou par éclats.
On cultive encore dans les jardins quelques autres espèces d'OEillets du même sousgenre, que nous passerons sous silence pour ne pas trop prolonger cet article.
b. Kohrauschia,liunih. Fleurs ramasséescapitées , très rarement solitaires , sessiles, entourées toutes ensemble d'un involucre universel scarieux, à 6-8 folioles. Calice de la fleur centrale dépourvu de calicule ; celui des fleurs latérales accompagné de deux bractéoles scarieuses, de longueur égale ou presque supérieure à celle du tube calicinal, qui est membraneux, très délicat, à 5 dents très peu prononcées , marqué de 5 bandes longitudinales blanches , opaques, alternes avec les sinus ; autour du fruit, le calice se fend longitudinalement d'un côté jusqu'à sa base; onglet des pétales long, leur lame presque dressée. C'est à ce sous-genre qu'appartient, entre autres espèces , notre Dianthus prolifer L.
c. Tunica, Scop. Fleurs solitaires ou ramassées-fasciculées , entourées, dans leur ensemble , d'un involucre universel à 4 bractées scarieuses. Dans les espèces à cymes fasciculées , les fleurs centrales sont pédicellées, dépourvues de calicule; les latérales sont sessiles, accompagnées d'un calicule de deux bractéoles scarieuses. Calice turbiné ou tubulé-claviforme , à 5 dents profondes. Corolle hypocratérimorphe ou en entonnoir, l'onglet de ses pétales s'élargissant insensiblement en lame. Dans ce sous-genre rentrent, par exemple, les Gypsophila saxifraga et G. rigida Lin.
d. Pseudotunica, Fenzl. Fleurs solitaires, pédicellées, en cyme. Calice sans calicule , en massue ou turbiné , anguleux. Corolle en entonnoir ou campanulée , les onglets des pétales s'élargissant insensiblement en lame. Le sous -genre comprend quelques espèces de Gypsophila de Desfontaines, par exemple le G. compressa {FI. at. tab. 97).
OEILLET (huile d'). chim. — Voy. huile.
ŒILLET DE DIEU. bot. ph. — Nom
vulgaire d'une espèce de Lychnide , la
Lychnide coquelourde, Lychnis coronaria
Lam.
ŒILLET DE MER. polyp.— Nom vulgaire des Caryophyllies.
OEtfA
OENA
OEILLETTE, bot. ph. — Nom vulgaire des Pavots cultivés pour leurs graines dont on extrait l'huile.
*OEME (nom mythologique), jns. — Genre de Coléoptères subpentamères, tétramères de Latreille, famille des Longicornes, tribu des Cérambycins , créé par Newman (The Entomologiste, p. 8 ). Le type, VOE. indecorata de l'auteur, est propre aux États- Unis. Ce genre correspond à celui de Sclerocerus de Dejean, qui y rapporte deux autres espèces du Brésil. (C.)
*OEMONA. ms. — Genre de Coléoptères subpentamères, tétramères de Latreille, famille des Longicornes, tribu des Cérambycins, établi par Newman (The Entomologistes, I, p. 8 ) , et qui a pour type une espèce des Iles Philippines : VOE. humeralis de l'auteur. (C.)
*OENA , Selby. ois. — Syn. deColumba, Linn. , division de la famille des Pigeons. Voy. pigeon. (Z. G.)
OENANTHE. OEnanthe (oîvo;, vin; avGoç, fleur), bot. ph. — Genre de la famille des Ombellifères , tribu des Sésélinées , établi par Lamarck (Dict., IV, 526) et généralement adopté. Ses principaux caractères sont : Calice à limbe 5-denté. Pétales obovés , émarginés. Stylopode conique, à styles dressés, longs. Fruits prismatiques, à cinq côtes aiguës ou obtuses, couronnées par les dents du calice et les styles. Carpophore indistinct.
Les OEnanthes sont des herbes aquatiques, glabres, à ombelles composées, à involucre variable, souvent nul, à involucelles polyphylles; à fleurs blanches, fixées sur de longs pédicelles insérés sur le rayon de l'ombellule , hermaphrodites ou mâles par avortement.
Ces végétaux croissent abondamment dans les contrées boréales de l'ancien continent : quelques uns ont été rencontrés aussi en Amérique.
Ce genre est très nombreux en espèces; quelques unes en ont été retranchées et rapportées à d'autres genres, et tel qu'il est aujourd'hui limité, on en compte encore une vingtaine (DC. Prodr. , IV, 136), réparties en deux sections que plusieurs auteurs admettent comme genres distincts ; ces sections sont :
a. OEnanthe, Linn. (Gen. , n. 352). Es-
pèces vivaces, à racines tubéreuses-fasciculées.
Parmi les espèces qui composent ce sousgenre, nous citerons :