‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle résumant et complétant tous les faits présentés par les encyclopédiesChapitre 27 sur 192 · VIEL · texte numérisé non relu

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Genre établi par Leaeh sur la Syl. provinciolis. Voy. svlvie. (Z. G.)

MELLIFÈRES. Mcllifcra. ins.— Latreillc désignait ainsi une de ses grandes familles de l'ordre des Hyménoptères qui correspond à notre tribu des Apiens. Cette grande division est caractérisée et distinguée de tous les autres Hyménoptères par des mâchoires Ct des lèvres généralement fort longues, constituant une sorte de trompe, la lèvre inférieure plus ou moins linéaire avec l'extrémité soyeuse; des pattes postérieures, le plus souvent conformées pour récolter le pollen des étamines, ayant le premier article des tarses très grand en palette carrée ou en forme de triangle; des ailes étendues pendant le repos.

Plusieurs des caractères que nous venons de signaler, malgré leur importance très réelle, bien qu'on les retrouve tous simultanément chez la plupart des représentants de la famille des Mellifèrcs, viennent cependant à manquer chez quelques uns d'entre eux. L'allongement des mâchoires et des lèvres est une tendance bien marquée chez ces Hyménoptères. Dans un grand nombre, ces parties atteignent une longueur égale , ou même supérieure, à celle du corps tout entier. Mais chez quelques uns cependant elles demeurent infiniment plus courtes. On verra plus loin que ces modifications correspondent avec des différences dans les habitudes et dans la constitution générale de ces Insectes. Le caractère si remarquable fourni par les pattes postérieures vient aussi à manquer, et dans la plupart des cas, ceci coïncide avec le raccourcisssment des mâchoires. Cependant, malgré ces différences notables, les Mellifères , par l'ensemble de leur organisation , n'en constituent pas moins une division extrêmement naturelle, dont les limites ne sauraient être modifiées en aucune manière.

Les Mellifères ont généralement un corps gros et court, souvent très velu ; ils ont des antennes filiformes, peu longues, s'épaississant un peu plus vers l'extrémité chez les mâles que chez les femelles. Us ont des veux étendus , surtout les mâles, et en outre on observe sur le sommet de la tête trois ocelles ou petits yeux lisses.

Il existe chez certains de ces Hyménoptères trois sottes d'individus : des mâles, des

femelles et des neutres, ou ouvrières; c'est le cas, comme on le sait, pour les Abeilles et les Bourdons. Dans tous les autres il n'y a jamais que deux sortes d'individus. Les femelles ct les individus neutres sont munis d'un aiguillon qui leur sert d'arme offensive et défensive. Cet organe produit une piqûre dans laquelle il verse un liquide venimeux contenu dans un petit réservoir; c'est ce qui occasionne , comme personne ne l'ignore, une douleur très vive, et qui suffit pour tuer ou paralyser complètement les autres Insectes ainsi atteints par les Mellifères femelles.

L'organisation de ces curieux Hyméno»

ptères est encore bien incomplètement connue. Le système nerveux n'a encore été décrit que chez l'Abeille commune; ce sont MM. Brandt et Ratzeburg qui l'ont représenté; mais, par quelques recherches, nous avons comparé cet appareil dans quelques autres types.

Chez tous les Mellifères, les trois centres nerveux du thorax sont confondus en une seule masse, et néanmoins les ganglions abdominaux forment encore une chaîne s'étendant presque jusqu'à l'extrémité de l'abdomen. Chez l'Abeille , on distingue seulement trois masses médullaires dans l'abdomen. Mais chez les Xylocopes et quelques autres, on en distingue encore au moins cinq. Au reste, l'absence d'observations nous empêche de nous étendre sur ce point, si fécond cependant en données précieuses pour la zoologie.

Chez les Mellifères, l'appareil respiratoire est extrêmement développé. Les trachées deviennent vésiculeuses dans certaines parties de l'économie, et elles acquièrent !; une dimension qu'on ne retrouve pas ailleurs. A la base de l'abdomen, on distingue deux poches aérifères occupant le tiers de la cavité abdominale. Ces deux poches, réunies l'une à l'autre par une arcade anastomotique, se continuent en arrière avec un tube pius ou moins élargi d'espace en espace , communiquant au tube du côté opposé par des conduits aériens transversaux, et en rapport direct avec les stigmates placés sur les parties latérales de l'abdomen. Les deux grandes poches principales sont encore en rapport, par leur portion antérieure, avec les trachées tubu-

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leuscs qui pénètrent et se ramiOent dans îe thorax et dans la tête. M. Newport a donné une excellente figure do l'appareil respiratoire du Bourdon (1). Le canal digestif a été étudié dans divers Mellifères par M. Léon Dufour. 11 est de largeur variable suivant les genres, ayant chez certains trois ou quatre fois l'étendue du corps, mais dans plusieurs seulement le double de sa longueur.

L'œsophage de ces Hyménoptères est droit et d'une ténuité capillaire dans le thorax, et jusqu'au-delà du pédicule de l'abdomen, où il se renfle en un jabot musculomembraneux. Le gésier qui lui succède est en général turbiné et comme invaginé dans le jabot. Le ventricule chylifique est allongé et de forme cylindroïde. Les vaisseaux biliaires sont en nombre assez considérable. L'intestin décrit plusieurs circonvolutions dans l'abdomen, où. il se termine en un rectum conoïde ou turbiné, le plus souvent offrant à sa surface des boutons charnus.

Les organes de la génération sont trop variables entre tous les types de la tribu des Mellifères, pour qu'on puisse rien dire de général à cet égard ; les organes testiculaires, rarement isolés, sont le plus souvent renfermés dans une même enveloppe. Ces organes présentent le plus souvent de trois à huit capsules spermifiques suivant les genres ; mais, chez l'Abeille commune, le nombre en devient infiniment plus considérable. lien est de même relativement aux ovaires; chez l'Abeille, les gaines ovigères sont fort nombreuses. Dans chaque ovaire on en compterait environ cent cinquante , d'après les observations de Swammerdam ; tandis que, dans les Bourdons et la plupart des Mellifères, il n'en existe que huit, rarement en trouvet-on cinq, six ou huit. Comme on le voit , il existe dans cette tribu , relativement aux organes de la génération , des différences notables qui paraissent devoir caractériser des groupes secondaires , comme le fait très bien remarquer M. Léon Dufour.

Si les Mellifères ou Apiens, par le développement de leur organisation, paraissent occuper le premier rang parmi les insectes, il en est de même, et comme conséquence de cette première perfection ,

(i) On the respiration of Jnserts [Philosophical trrni.uut., H.1S36). A

relativement à leur instinct et, oseronsnous dire, à leur intelligence. Ces insectes savent pourvoir au besoin de leurs larves, qui sont incapables de se procurer leur nourriture ; tantôt c'est une femelle seule qui construit un nid dans lequel elle dépose ses œufs. Elle ne doit jamais voir les êtres qui en sortiront, car elle aura déjà cessé de vivre quand paraîtra sa postérité.

Mais auprès de chaque œuf, bien enfermé dans sa cellule, elle aura déposé une provision suffisante pour l'existence entière de l'animal à l'état de larve.

Tantôt ce sont des sociétés nombreuses où vivent quelques femelles ou une seule, mais alors entourées par des individus neutres, ou ouvrières, dont on compte des centaines et des milliers dans une même habitation.

Les mœurs de ces Hyménoptères sont vraiment admirables. Leurs travaux sont ordinairementd'uneexécution si parfaitequ'on s'explique difficilement commentun frêle insecte parvient à un tel résultat, et comment, dans certaines circonstances, il parvient à vaincre des obstacles tout-à-faitfortuits.

Certains observateurs , et plus particulièrement les adeptes de la philosophie scolastique, n'ont voulu voir dans ces merveilleux travaux que le produit d'un instinct extrêmement développé. D'autres, au contraire, ont cru y voir le résultat d'une véritable intelligence comparable en quelque sorte à celle de l'homme.

Comme nous avons eu l'occasion de le dire ailleurs, ces deux opinions exclusives paraissent également fausses. En effet, certains actes de la vie de ces Hyménoptères semblent être seulement du domaine de l'instinct, mais certains autres semblent ne pouvoir être que le résultat d'une idée , d'une pensée, d'une volonté préméditée.

La distinction entre ce qui appartient à l'un et ce qui appartient à l'autre est sans doute extrêmement difficile; car il doit y avoir une union intime, l'intelligence devant aider l'instinct dans mille détails que nous ne pouvons suivre. Néanmoins il semble qu'on doive ranger au nombre des faits instinctifs ce qui a rapport à la construction des nids. Le Mellifère se met à l'œuvre ûiis sa naissance et sait disposer ses loges ou Ê£S cellules sans aucune éducation préa-

lable. Les femelles ou les ouvrières vont chercher la nourriture qui convient à leurs larves. Ceci paraît être encore du domaine de l'instinct. Mais l'Abeille va pomper le miel de certaines fleurs plutôt que d'autres ; elle construit des cellules différentes pour les ouvrières, pour les mâles et pour les femelles. Elle ne leur donne pas la même nourriture. Quand elle veut rendre des larves d'ouvrières, femelles fécondes , elle modifie la forme de leurs alvéoles et la nourriture de ses larves. L'Abeille ne se défend pas seulement contre l'ennemi qui Tient l'attaquer comme le font beaucoup d'animaux, elle le poursuit encore après qu'il l'a abandonnée , semblant chercher une vengeance. L'Abeille sait reconnaître tous les individus de sa ruche, et expulse durement ou perce de son aiguillon les étrangers, même ceux de son espèce.

Les Xylocopes, comme l'indique leur nom, ont rhabitude de percer le bois et de creuser des tuyaux pour y établir le berceau de leur progéniture; mais nous connaissons des exemples qui montrent que ces Hyménoptères dérogent parfois à leurs habitudes ordinaires en s'emparant de trous déjà formés.

Il en est de même à l'égard de beaucoup d'autres Mellifères. Les Chalicodomes , qui construisent sur les murailles des nids d'une dureté extrême, composés en grande partie de gravier et de terre, qu'ils font adhérer fortement au moyen d'un liquide visqueux qu'ils ont la propriété de sécréter, ne manquent pas de profiter souvent des vieux nids qui ont résisté d'une année à l'autre. Les industrieuses femelles se contentent alors de les raccommoder, d'en boucher les fissures , et en quelque sorte de les remettre à neuf. Cependant ces Hyménoptères sont appelés à construire eux-mêmes leur nid tout entier, et la paresse, si l'on peut employer ici ce mot , les porte à s'emparer de l'habitation d'un autre , depuis longtemps abandonnée et détériorée.

Tous ces faits, plus ou moins accidentels, étant le résultat de diverses impulsions, qui se manifestent selon les circonstances, elles ne peuvent être que du domaine de l'intelligence. En effet, comme nous l'avons dit dans une autre occasion , il semble que tout être appelé par la nature à exécuter une chose quelconque doit avoir un certain de-

gré d'intelligence; car lorsqu'il s'agira d'accomplir les actes auxquels la nature l'a destiné, il se présentera toujours des cas particuliers qui pourront parfois en entraver la marche, et dont la solution ne sera trouvée que par une idée intelligente.

Pendant leur état de larve, les Mellifères demeurent dans un état d'imperfection remarquable. Ce sont des Vers mous, blanchâtres, apodes, ne pouvant nullement se déplacer, restant maintenus dans une loge où leur nourriture leur est apportée , soit par la mère , soit par les ouvrières. Leur transformation en nymphe a lieu dans la même loge, et l'espace de temps qu'ils passent sous celte forme varie suivant les genres et les espèces.

Les Mellifères constituent une famille extrêmement considérable. Les espèces en sont très nombreuses, répandues dans toutes les régions du inonde, mais plus abondamment, d'après tout ce que nous savons, dans l'Europe méridionale et le nord de l'Afrique. Toutes ces espèces sont réparties par les entomologistes dans une soixantaine de genres, dont on forme plusieurs petits groupes et même plusieurs familles.

Les habitudes des Mellifères étant très variables, suivant les groupes et les familles, nous ne pouvons en traiter d'une manière générale à toute la tribu. Pour que les faits les plus intéressants relatifs aux mœurs de ces curieux Hyménoptères puissent être suffisamment compris, et pour qu'on saisisse facilement ce qui est propre à chacun , il est nécessaire de connaître d'abord ces divisions. Nous commencerons par indiquer les plus essentielles.

Dans notre Histoire des Insectes (1), nous avons admis six familles parmi les Mellifères ou notre tribu des Apiens. On les distingue surtout par les caractères fournis par les pattes postérieures et par la langue.

Ces six familles sont :

1° Les Apides, caractérisés par des pattes postérieures, dont les jambes sont élargies avec le premier article des tarses dilaté à l'angle externe de sa base, et par une langue cylindrique presque aussi longue que le corps.

2° Les Psythirides , caractérisés par des pattes postérieures simples, sans dilatation

(i) Paris, Didot, i845.

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ni poils propres à retenir le pollen non plus que l'abdomen , et par une langue cylindrique aussi longue que le corps.

5° Les Anthophorides , caractérisés par des pattes postérieures dont les jambes sont dilatées en forme de palette, ainsi que le premier article du tarse, dont la partie inférieure est en outre munie d'une brosse, et par une langue toujours plus longue que la moitié du corps.

4° Les Andrénides , caractérisés par des pattes postérieures dont les jambes sont munies de longs poils pour la récolte du pollen, et par une langue courte.

5" Les Osmudes, caractérisés par aes pattes postérieures simples, impropres à récolter le pollen , ayant une seule brosse sous le premier article des tarses , et par l'abdomen, offrant une palette garnie de poils étages pour retenir le pollen.

6° Les Nomadides , caractérisés par des pattes postérieures simples, sans dilatation ni poils propres à recueillir le pollen , non plus que l'abdomen , et par une langue à peine aussi longue que la tête.

La première de ces familles , les Apides , est elle-même subdivisée en trois groupes : ce sont les Méliponites, dont les jambes postérieures sont munies d'une espèce de peigne à l'angle interne, et dont le premier article des tarses est inerme; les Apiles , dont les jambes postérieures sont inermes , et le premier article de leurs tarses quadrangulaire, avec son angle supérieur proéminent; et les Bombites, dont les jambes postérieures sont bi épineuses à l'extrémité , et le premier article de leurs tarses dilaté à l'angle externe de sa base.

Au groupe des Méliponites , on rattache seulement les genres Mélipone et Trigone.

Voy. MÉLIPONITES.

Au groupe des Apites appartient seulement le genre Abeille (Apis). Nous renvoyons également à l'article de ce Dictionnaire qui traite de ce genre.

Seulement , comme les Abeilles ont une importance réelle pour les pays qu'elles habitent, nous allons donner un aperçu de leur distribution géographique.

Lepeletier de St. -Fargeau ( Ins. hyménopt., suites à Buffon) en décrit douze espèces :

L'Abeille aiELLiFiQOB (Apis mcllifica LlnA

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répandue dans tout le centre et le nord de l'Europe, et qui a été introduite dans l'Amérique du Nord, et probablement aussi à Van-Diemen.

VApis ligustica Lin. , qu'on rencontre dans le midi de la France, en Italie, en Grèce, en Syrie.

VApis unicolor Lat., qui est très répandue à Madagascar, aux îles Mascareignes, aux îles Canaries. Les Abeilles que M. Lucas a rapportées d'Algérie et celles que j'ai recueillies en Sicile ne paraissent pas devoir en être distinguées.

VApis caffra Lep. St.-Farg. , qui est commune au cap de Bonne-Espérance.

Les Apis sculellala et capensis Lep. St.- Farg., habitent également la même partie de l'Afrique.

VApis nigritarsum Lep. St.-Farg. , qui habite le Sénégal et une partie de la tôle occidentale d'Afrique.

VApis fasciata Latr., qui habite l'Egypte et l'Arabie.

VApis dorsata et VApis socialis Fab., paraissent communes dans la péninsule en deçà du Gange.

VApis Gronovii, décrite par M. Lesguillou, comme provenant d'Amboine, ne diffère pas sensiblement de VApis dorsata.

VApis Peronii Latr. , a été découverte à Timor.

VApis indica Latr. est une toute petite espèce qui habite le Bengale.

VApis nigripennis Latr., qui habite le même pays, est la plus grande espèce du genre. VApis zonata Guér. n'en est certainement qu'une variété.

Le troisième groupe de la famille des Apides (les Bombites) ne comprend que le seul genre Bourdon (Bombus, Lin.). Ces Insectes, assez nombreux en espèces (voy, l'article bourdon ), ont beaucoup de rapports avec les Abeilles, tout en ayant une taille très supérieure. Comme ces dernières , les Bourdons construisent des demeures considérables. Ils y forment des sociétés assez nombreuses ; mais ce nombre est cependant minime comparativement à celui que nous fournissent les sociétés des Abeilles; car souvent ces habitations n'ont pas au-delà de cinquante à soixante habitants , et le grand maximum ne paraît pas dépasser deux rp.nU.

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