‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle résumant et complétant tous les faits présentés par les encyclopédiesChapitre 5 sur 192 · I. Les MARTES (Musteia, G. Cuv · texte numérisé non relu

I. Les MARTES (Musteia, G. Cuv

Elles ont 6 fausses molaires à la mâchoire supérieure, et 8 à l'inférieure. Elles se trouvent en Europe, en Asie et en Amérique.

1 . La Marte commune, Musteia martes Lin. ; la Marte, Buff. ; Marte des sapins ou Marte abietum de quelques anciens écrivains. Elle a environ 1 pied et demi (0m,487) de longueur, non compris la queue, qui a un peu moins de 10 pouces (0m,27t). Elle est d'un brun lustré, avec une tache d'un jaune clair sous la gorge, ce qui la distingue fort bien de la Fouine ; le bout du museau, la dernière partie de la queue et les membres sont d'un brun plus foncé, et la partie postérieure du ventre d'un brun plus roussâtre que le reste du corps. Avant que les grandes forêts fussent détruites en France, la Marte y était assez commune, mais aujourd'hui elle est devenue très rare. Cependant j'en ai tué plusieurs, dans ma jeunesse, dans les montagnes qui séparent le bassin de la Loire de celui de la Saône, et j'observerai que l'une d'elles était suivie de six petits, quoique Bufîon prétende que cet animal n'en fait que deux ou trois par portée. Ces animaux ne se plaisent que dans la profondeur des forêts les plus sauvages, où elles grimpent avec agilité sur les arbres les plus élevés, pour faire une chasse incessante aux oiseaux et aux petits mammifères. La Marte n'est pas un animal tout-à-fait nocturne, malgré la disposition de sa pupille; mais, ainsi que tous les animaux sauvages qui habitent des pays très peuplés, où l'homme les inquiète souvent, elle se cache pendant le jour,et ne sort de sa retraite que la nuit, pour commettre ses déprédations. Elle détruit une grande quantité de menu gibier; elle cherche les nids d'oiseaux, dont elle mange les œufs ; elle tâche de surprendre la Perdrix couvant dans les bruyères, le Lièvre dans son gîte, les Écureuils dans leur nid; et, si ces espèces lui manquent, elle se jette sur les Mulots, les Loirs, les Lérots, et même sur les Lézards et les Serpents. Elle cherche aussi les ruches des Abeilles sauvages, pour s'emparer du miel.

Courageuse et rusée, comptant surtout sur son extrême agilité, elle s'effraie peu quand elle est chassée par des Chiens courants ; elle se plaît à faire battre et rebattre

sa passée, à les dépister, à les fatiguer, avant de monter sur un arbre pour échapper à leur poursuite. Encore, quand elle emploie ce dernier moyen, ne se donne-t-elle pas la peine de grimper jusqu'au sommet. Assise à la bifurcation de la première branche, elle les regarde effrontément passer sans s'en inquiéter davantage. Elle ne se creuse pas de terrier et n'habite même pas ceux qu'elle trouve tout faits; mais, quand elle veut mettre bas, elle cherche un nid d'Écureuils, en mange ou en chasse le propriétaire, en élargît l'ouverture, l'arrange à sa fantaisie, et y fait ses petits sur un lit de mousse. Tant qu'elle les allaite, le mâle rôde dans les environs, mais n'en approche pas. Quand les petits sont assez forts pour sortir, la mère les conduit chaque jour à la promenade, et leur apprend à grimper, à chasser et à reconnaître la proie dont ils doivent se nourrir. C'est alors que le mâle se réunit à la femelle, apporte à ses enfants des oiseaux, des Muiots et des œufs. Dès lors ils ne rentrent plus dans le nid, et dorment tous ensemble dans des trous d'arbres ou dans des feuilles sèches, sous un buisson touffu. Dans les forêts très solitaires, la famille se hasarde quelquefois à sortir de sa retraite pendant le jour, mais en se glissant furtivement sous le feuillage et se donnant bien de garde d'être aperçue par les oiseaux. Si un Roitelet, un Rouge-Gorge , une Mésange ou toute autre espèce d'oiseau, grand ou petit, vient à apercevoir une Marte, il pousse aussitôt un cri particulier qui donne une alarme générale à un quart de lieue à la ronde. Les Pies, Geais, Merles, Pinsons, Fauvettes, en un mot presque toute la population ailée, se réunit aussitôt en criaillant, entoure l'animal, le poursuit, le harcèle, s'en approche en redoublant ses cris, et, à force de l'étourdir par des clameurs, le contraint à une prompte retraite. Du reste, tous les animaux carnassiers ,, Chouettes, Ducs, Chats, Renards, etc., ne sont pas reçus d'une manière plus amicale par le peuple chantant des forets, tandis qu'il vit en très bonne intelligence avec les animaux paisibles, comme Chevreuils, Lièvres, Lapins, etc. Ce fait ne servirait-il pas à expliquer, au moins en partie, comment tous les Carnassiers, soit qu'ils aient la pupille ronde ou allongée, ont contracté des habitudes nocturnes?

La fourrure de la Marte commune a quelque valeur, mais il s'en faut de beaucoup qu'elle soit comparable à celle de la Marte- Zibeline , dont nous aurons à nous occuper plus loin. Elle est moins rare dans le Nord qu'en France, et plus commune encore dans le Canada et dans toute l'Amérique septentrionale.

2. La Zibeline, MuslelazibelUnaLinn.; la Marte-Zibeline, Buff.; \eSabbal des Suédois; le Sobol des Polonais et des Russes. Cet animal habite les régions les plus septentrionales de l'Europe et de l'Asie, et se trouve jusqu'au Kamtschatka ; il n'est pas rare non plus dans le nord de l'Amérique septentrionale. Sa fourrure est extrêmement précieuse, et il s'en fait un commerce immense en Russie. Les plus estimées viennent de Sibérie, surtout celles de Witinski et deNerskinsk. Les bords de la Witirna, rivière qui sort d'un lac situé à l'est du Baïkal et va se jeter dans la Lena, sont célèbres par les Zibelines qu'on y trouve; elles abondent également dans la partie glacée et inhabitable des monts Altaï, ainsi que dans les montagnes du Saïan9 audelà du Jenissei, dans les environs de l'Oby et le long des ruisseaux qui tombent dans la Touba. La fourrure d'hiver est noire, et c'est la plus précieuse ; celle d'été, plus ou moins brunâtre et mal fournie, a beaucoup moins de valeur; mais les marchands russes, par des préparations particulières, savent la faire passer dans le commerce pour de la Marte d'hiver, et les plus fins connaisseurs s'y laissent quelquefois prendre.

Elle ressemble beaucoup à la Marte commune, quant aux mœurs et aux formes, et elle n'en diffère que par les couleurs et la finesse de son pelage. Elle est d'un brun lustré, noirâtre en hiver, plus pâle en été, quelquefois entièrement blanche ou roussâtre dans certaines variétés accidentelles. Ellea le dessous de la gorge grisâtre, le devant de la tête et les oreilles blanchâtres, et, ce qui la distingue très bien de la Marte commune, ce sont les poils qui lui couvrent le dessous de ses pieds jusque sous les doigts. Elle rôde sans cesse dans les buissons, et se plaît particulièrement dans les halliers fourrés, sur le bord des lacs, des rivières et des ruisseaux, dans les bois peuplés de grands arbres. Quelquefois elle s'établit dans un terrier qu'elle so creuse en terrain sec, sur une pente rapide.

MAR

MAR

et dont l'entrée se trouve toujours masquée par des ronces et d'épais buissons. Quelquefois aussi elle se loge dans des trous d'arbre, ou elle s'empare du nid d'une Chouette ou d'un Petit-Gris. Jamais elle ne s'approche des habitations, et cependant elle a un courage indomptable, nullement comparable à son peu de force. Quel que soit l'ennemi qui l'attaque, elle se défend avec fureur jusqu'à son dernier moment, et parvient quelquefois à échapper à la dent meurtrière du chien le mieux dressé à la chasse. Son corsage délié lui permet de se glisser dans les plus petits trous; sa force musculaire et ses ongles arqués et pointus lui donnent une extrême facilité à grimper, à s'élancer de branche en branche pour poursuivre jusqu'au sommet des plus minces rameaux les oiseaux, les Écureuils et autres petits animaux auxquels elle fait une guerre d'extermination. Quelquefois elle suit le bord des ruisseaux , pour s'emparer, faute de mieux, des reptiles aquatiques, et même des poissons, si on s'en rapporte à quelques voyageurs et à Buffon ; mais ce fait me paraît très contestable. Quand le gibier lui manque, elle mange des insectes, et quelquefois elle se contente de quelques baies sucrées, telles que celles de l'Airelle.

C'est aux chasseurs qui poursuivent la Zibeline dans les déserts glacés du Nord que l'on doit la découverte de la Sibérie orientale. Je vais citer ici ce que je dis , dans mon Jardin des Plantes, de la chasse de cet animal.

« Sur quatre-vingt mille exilés, plus ou moins, qui peuplent habituellement la Sibérie , environ quinze mille sont employés à la chasse de la Zibeline et de l'Hermine. Ils se réunissent en petites troupes de quinze ou vingt, rarement plus ou moins, afln de pouvoir se prêter un mutuel secours , sans cependant se nuire en chassant. Sur deux ou trois traîneaux attelés de Chiens , ils emportent leurs provisions de voyage , consistant en poudre , plomb , eau-de-vie , fourrures grossières pour se couvrir, quelques vivres d'assez mauvaise qualité , et une bonne quantité de pièges. Aussitôt que les gelées ont suffisamment durci la surface de la neige , ces petites caravanes se mettent en route et s'enfoncent dans le désert, chacune d'un côté différent. Quand le ciel de

la nuit n'est pas voilé par des brouillards , elles dirigent leur voyage au moyen de quelques constellations; pendant le jour, elles consultent le soleil ou une petite boussole de poche. Quelques chasseurs se servent , pour marcher, de patins en bois à la manière de ceux des Samoièdes ; d'autres n'ont pour chaussure que de gros souliers ferrés , et des guêtres de cuir ou de feutre.

» Chaque traîneau a ordinairement un attelage de huit Chiens; mais pendant que quatre le tirent, les quatre autres se reposent, soit en suivant leur maître, soit en se couchant à une place qui leur est réservée sur le traîneau même. Ils se relaient de deux heures en deux heures. Pendant les premiers jours on fait de grandes marches, afln de gagner le plus tôt possible l'endroit où l'on doit chasser, et cet endroit est quelquefois à 2 ou 300 lieues de distance du point d'où l'on est parti ; mais plus on avance dans le désert, plus les obstacles se multiplient. Tantôt c'est un torrent non encore glacé qu'il faut traverser: alors on est obligé d'entrer dans l'eau jusqu'à l'estomac, et de porter les traîneaux sur l'autre bord , en se frayant un passage à travers les glaçons charriés par les eaux. Une autre fois, c'est un bois à traverser en se faisant jour à coups de hache dans les broussailles; puis un pic de glace à monter, et alors les chasseurs, après s'être attaché des crampons aux pieds, s'attèlent avec leurs Chiens pour hisser leurs traîneaux à force de bras.

» Là , un hiver de neuf mois couvre la terre d'épais frimas ; jamais le sol ne dégèle à plus de 3 ou 4 pieds de profondeur, et la nature, éternellement morte, jette dans l'âme l'épouvante et la désolation ; à peine si une végétation languissante couvre les plaines de quelque verdure pendant le court intervalle de l'été; et des bruyères stériles, de maigres bouleaux, quelques arbres résineux rachitiques, font l'ornement le plus pittoresque de ces climats glacés. Là , tous les êtres vivants ont subi la triste influence du désert; les rares habitants qui traînent dans les neiges leur existence engourdie sont presque des sauvages difformes et abrutis; les animaux y sont malheureux , farouches et féroces, et tous, si j'en excepte le Renne, ne sont utiles à l'Homme que par leur fourrure : tels sont les Ours blancs , les Loups

MAR

MAR

gris, les Renards bleus, les blanches hermines et la Marte-Zibeline. Venons à nos chasseurs.

.» L'hiver augmente en intensité ; les longues nuits de trois mois deviennent plus sombres, parce que l'atmosphère est surchargée d'une fine poussière de glace qui l'obscurcit. Vers le nord , le ciel se colore d'une lumière rouge et ensanglantée annonçant les aurores boréales. Les Gloutons, les Ours, les Loups et autres animaux féroces, ne trouvant plus sur la terre couverte de neige leur nourriture accoutumée, errent dans les ténèbres, s'approchent audacieusement de la petite caravane, et font retentir les roches de glace de leurs sinistres hurlements. Chaque soir, lorsqu'on arrive au pied d'une montagne qui peut servir d'abri contre le vent du nord, il faut camper. On fait une sorte de rempart avec les traîneaux ; on tend au-dessus une toile soutenue par quelques perches de sapin coupées dans un bois voisin. On place au milieu de cette façon de tente un fagot de broussailles auquel on met le feu. Chacun étend une peau dOurs sur la glace , se couche dessus , se couvre de son manteau fourré, et attend le lendemain pour se remettre en route.

» Pendant que les chasseurs dorment, l'un deux fait sentinelle , et souvent son coup de fusil annonce l'approche d'un Ours féroce ou d'une troupe de Loups affamés. Il faut se lever à la hâte , et quelquefois soutenir une affreuse lutte avec ces terribles animaux; mais il arrive aussi que la nuit n'est troublée par aucun bruit , si ce n'est par le sifflement du vent du nord qui glisse sur la neige, et par une sorte de petit bruissement particulier sur la toile de la tente. Les chasseurs ont dormi profondément, et il est grand jour quand ils se réveillent. Ils appellent la sentinelle, mais personne ne répond : leur cœur se serre ; ils se hâtent de sortir, car ils savent ce que signifie ce silence. Leur camarade est là, assis sur un tronc de sapin renversé. Il a bien fait son devoir de surveillant, car son fusil est sur ses genoux, son doigt sur la gâchette, et ses yeux sont tournés sur la montagne, où, la nuit, les hurlements des loups se sont fait entendre; mais ce n'est plus un homme qui est en sentinelle, c'est un bloc de glace. Ses compagnons, après avoir versé une larme

sur sa destinée, le laissent là, assis dans le désert, et se réservent de lui donner la sépulture six mois plus tard , à leur retour, lorsqu'un froid moins intense permettra d'ouvrir un trou dans la glace. Ils le retrouveront à la même place, dans la même attitude et dans ie même état , si un Ours n'a pas essayé d'entamer avec ses dents des chairs transparentes , blanches et roses comme de la cire , colorées , mais dures comme le granit.

» Enfin, après mille fatigues et mille dangers épouvantables, la petite caravane arrive dans une contrée coupée de collines et de ruisseaux. Les chasseurs les plus expérimentés tracent le plan d'une misérable cabane construite avec des perches et de vieux troncs de bouleaux à moitié pourris. Ils la couvrent d'herbes sèches et de mousse, et laissent au haut du toit un trou pour donner passage à la fumée. Un autre trou, par lequel on ne peut se glisser qu'en rampant, sert de porte, et il n'y a pas d'autre ouverture pour introduire l'air et la lumière. C'est là que quinze malheureux passeront les cinq ou six mois les plus rudes de l'hiver; c'est là qu'ils braveront l'inclémence d'une température descendant presque chaque jour à 22 ou 25" du thermomètre de Réaurnur.

Lorsque les travaux de la cabane sont terminés, lorsque le chaudron est placé au milieu de l'habitation, sur le foyer, pour faire fondre la glace qui doit leur fournir de l'eau, lorsque la mousse et les lichens font disposés pour faire les lits, alors les chasseurs partent ensemble pour aller visiter leur nouveau domaine, et pour diviser le pays en autant de cantons de chasse qu'il y a d'hommes. Quand les limites en sont définitivement tracées, on tire ces cantons au sort, et chacun a le sien en toute propriété pendant la saison de la chasse, et aucun d'eux ne se permettrait d'empiéter sur celui de ses voisins. Us passent toute la journée à tendre des pièges partout où ils voient sur la neige des impressions de pieds annonçant le passage ordinaire des Martes, Hermines et Renards bleus. Ils poursuivent aussi ces animaux dans les bois à coups de fusil , ce qui exige une grande adresse; car, pour ne pas gâter la peau, ils sont obligés de tirer à balle franche. Le soir tous se rendent à la cabane, et la première chose qu'ils font est

MAR

de se regarder mutuellement le bout du nez ; si l'un d'eux l'a blanc comme de la cire vierge et un peu transparent, c'est qu'il l'a gelé, ce dont il ne s'aperçoit pas lui-même. Alors on ne laisse pas le chasseur s'approcher du feu , et on lui applique sur ie nez une compresse de neige que l'on renouvelle à mesure qu'elle se fond, jusqu'à ce que la partie malade ait repris sa couleur naturelle. Ils traitent de même les pieds et les mains gelés ; mais, malgré ces soins, il est rare que la petite caravane se remette en. route au printemps sans ramener avec elle quelques estropiés. Dans les hivers extrêmement rigoureux, il est arrivé maintes fois que des caravanes entières de chasseurs sont restées gelées dans leurs huttes , ou ont été englouties dans les neiges. Les douleurs morales des exilés, venant ajouter aux rigueurs de cet affreux climat, ont aussi poussé très souvent les chasseurs au découragement, et, dans ces solitudes épouvantables, il n'y a qu'un pas du découragement à la mort. Qu'un exilé harassé s'asseye un quart d'heure au pied d'un arbre, qu'il se laisse aller aux pleurs, puis au sommeil, il est certain qu'il ne se réveillera plus. »

Il paraîtrait , d'après ce que raconte le voyageur Lesseps , que les Kamtschadales prennent les Martes d'une manière fort singulière. « Un d'entre eux, dit-il , nous demanda un cordon : nous ne pûmes lui donner que celui qui attachait nos Chevaux. Tandis qu'il y faisait un nœud coulant, des Chiens accoutumés à cette chasse entouraient l'arbre. L'animal, occupé aies regarder, soit frayeur, soit stupidité naturelle, ne bougeait pas; ii se contenta d'allonger son cou lorsqu'on lui présenta le nœud coulant : deux fois il s'y prit de lui-même, deux fois ce lacs se défit. A la fin, la Marte s'étant jetée à terre, les Chiens voulurent s'en saisir; mais bientôt elle sut se débarrasser, et elle s'accrocha avec ses pattes et ses dents au museau d'un des Chiens, qui n'eut pas sujet d'être satisfait de cet accueil. Comme nous voulions lâcher de prendre l'animal en vie , nous écartâmes les Chiens ; la Marte quitta aussitôt prise et remonta sur un arbre, où, pour la troisième fois, on lui passa le lacs, qui coula de nouveau. Ce ne fut qu'à la quatrième que le Kamtschadale parvint à la prendre. Cette facilité de chasser les

Martes est d'une grande ressource aux habitants de ces contrées, obligés de payer leur tribut en peaux de Martes-Zibelines. »

3. La Fouine, Mustelafoina Lin., a beaucoup de ressemblance avec la Marte commune; mais cependant elle s'en distingue au premier coup d'œil par le dessous du cou et la gorge, qui sont blancs et non pas v jaunâtres. Sa taille est la même; son pelage f est brun , avec les jambes et la queue noirâtres. Elle exhale une forte odeur musquée désagréable. Elle se trouve dans toute l'Europe , et dans une partie de l'Asie occidentale. On la rencontre dans toutes les localités, dans les forêts, les bois, les vergers, les granges, les fermes, et même dans les magasins à fourrage des villes; il n'est pas rare d'en trouver jusque dans les faubourgs de Paris , et c'est surtout par ces habitudes qu'elle diiîere essentiellement de la Marte. « La Fouine , dit Buflon , a la physionomie très fine, l'œil vif, le saut léger, les membres souples, le corps flexible, tous les mouvements très prestes; elle saute et bondit plutôt qu'elle ne marche; elle grimpe aisément contre les murailles qui ne sont pas bien enduites , entre dans les colombiers , les poulaillers , etc. ; mange les œufs , les Pigeons, les Poules, etc. ; en tuevquelquefois un grand nombre et les porte à ses petits ; elle prend aussi les Souris , les Rats , les Taupes, les Oiseaux dans leur nid. Les Fouines , dit-on , portent autant de temps que les Chats. On trouve des petits depuis le printemps jusqu'en automne, ce qui doit faire présumer qu'elles produisent plus d'une fois par an. Les plus jeunes ne font que trois ou quatre petits, les plus âgées en font jusqu'à sept. Elles s'établissent, pour mettre bas, dans un magasin à foin, dans un trou de muraille, où elles poussent de la paille et des herbes; quelquefois dans une fente de rocher ou dans un trou d'arbre, où elles portent de la mousse; et lorsqu'on les inquiète , elles déménagent et transportent ailleurs leurs petits , qui grandissent assez vite; car celle que nous avions élevée avait, au bout d'un an , presque atteint sa grandeur naturelle; et de là on peut inférer que ces animaux ne vivent que huit à dix ans. Elle demandait à manger comme le Chat et ïe Chien, et mangeait de tout ce qu'on lui donnait, à l'exception de la salade et de»

IAR

MAR

berbes ; elle aimait beaucoup le miel , et préférait le chènevis à toutes les autres graines. » Le grand naturaliste a remarqué qu'elle buvait fréquemment, qu'elle dormait quelquefois deux jours de suite , et qu'elle était aussi quelquefois deux ou trois jours sans dormir ; que pendant le sommeil elle se mettait en rond , cachait sa tête , et l'enveloppait de sa queue ; que, tant qu'elle ne dormait pas, elle était dans un mouvement continuel si violent et si incommode , que quand même elle ne se serait pas jetée sur les volailles , on aurait été obligé de l'attacher pour l'empêcher de tout briser.

La Fouine, sans s'attacher positivement à son maître , peut cependant s'apprivoiser et devenir capable d'une certaine éducation. J'ai été témoin d'un fait assez curieux qui le prouve. Dans un village sur les bords de la Saône, un ancien garde-chasse, un peu fripon , était parvenu à apprivoiser si bien une Fouine, qu'il appelait Robin, que jamais il ne l'a tenue à l'attache ; elle courait librement dans toute la maison , sans rien briser et avec toute l'adresse d'un chat. Elle était turbulente, il est vrai, mais elle prenait ses précautions pour ne rien renverser. Elle répondait à la voix de son maître, accourait quand il l'appelait, ne le caressait pas, mais semblait prendre plaisir à ses caresses. Elle vivait en très bonne intelligence avec Bibi , petit chien terrier anglais qui avait été élevé avec elle. Ceci est déjà très singulier, mais voici qui l'est davantage : Robin et Bibi n'étaient pour leur maître que des instruments de vol et des complices. Chaque matin le vieux garde sortait de chez lui , portant à son bras un vaste panier à deux couvercles dans lequel était caché Robin; Bibi suivait derrière son maître, lui marchant presque sur les talons. Ce trio se rendait ainsi autour des fermes écartées, où l'on est dans l'usage de laisser la volaille errer assez loin de l'habitation. Dès que le vieux garde apercevait une poule à proximité d'une haie , dans un lieu où on ne pouvait le voir, il prenait Robin, lui montrait la poule, le posait à terre et continuait son chemin. Robin se glissait dans la haie, se faisait petit, rampait comme un serpent, et s'approchait ainsi de l'oiseau; puis toutà-coup il s'élançait sur lui et l'étranglait sans lui donner le temps de pousser un cri.

Alors le vieux fripon de garde revenait sur ses pas; Bibi courait chercher la poule et l'apportait suivi de Robin ; l'oiseau était aussitôt mis dans le panier avec la Fouine, qui avait sa petite loge séparée , et l'on se remettait en marche pour chercher une nouvelle occasion de recommencer cette manœuvre. A la fin , les fermiers du voisinage s'aperçurent de la diminution du nombre de leurs poules et de leurs chapons; on se mit à guetter, et l'on ne tarda pas à saisir les voleurs sur le fait. Le juge de paix , qui n'était nullement soucieux des progrès de l'histoire naturelle, fît donner un coup de fusil à la Fouine, et crut faire grâce au vieux garde en ne le condamnant qu'à payer les poules qui, grâce à Bibi et à Robin, avaient passé par son pot-au-feu.

4. Le Pékan, Muslcla canaclensisGm).; le Pékan de Daubent, et de G. Cuv., est un peu plus grand que les espèces précédentes. Ses pattes, sa queue, le dessous de son corps et son museau sont d'un brun marron très foncé ; ses oreilles sont blanchâtres; le reste du corps est d'un brun gris varié de noirâtre, très changeant et passant quelquefois au noir. Cette espèce vit sur le bord des lacs et des rivières, dans des terriers qu'elle sait se creuser. Elle habite le Canada et le nord des États-fnis. On en connaît une variété entièrement blanche, qui, chez les fourreurs, porte le nom de Vison blanc.

5. La Marte a tète de Loutre, Muslela lutreocephala Harlan; le Mink des Américains, de Warden ; le Muslcla rufa Desm., Muslela vison Shaw, est un animal assez mal déterminé par les auteurs , et il ne me paraît pas former une espèce bien distincte. Voici , d'ailleurs , ce qu'en dit M. Is. Geoffroy : « La courte description et les indications données par Warden ne permettent pas de décider si le Mink des Américains diffère réellement du Vison et du Mink d'Europe , et s'il existe deux espèces dans les États-Unis, sans compter le Pékan et les autres Martes bien caractérisées, que nous avons dit appartenir à la même contrée. L'examen des diverses pelleteries que possède le Muséum laisse dans le même doute. Nous avons trouvé, en effet, parmi les animaux de l'Amérique du Nord, des individus d'un brun foncé , d'autres d'un marron clair, d'autres enfin d'une nuance intermédiaire.

1YIAR

MAR

Chez quelques uns, la tache blanche de la mâchoire inférieure se prolonge en une ligne étroite sur le milieu de la gorge , tandis que chez la plupart on ne voit rien de semblable : mais d'autres n'ont qu'une ligne blanche très petite ou très peu prononcée, et tiennent ainsi le milieu entre ceux où elle existe entière et ceux où elle n'existe pas. Enfin leur taille n'est pas moins variable, en sorte qu'ils ne sont ni assez différents pour qu'on puisse les considérer comme types de deux espèces distinctes, ni assez semblables pour qu'on soit certain de leur identité spécifique. »

Quoi qu'il en soit , la Marte à tête de Loutre est généralement d'un blanc brunâtre ou jaunâtre, plus clair en dessous, avec la queue d'un brun ferrugineux, ce qui la distingue du Vison ; sa taille est le double de celle du Tuhcuri, et elle ressemble à la Loutre par la forme de sa tête et de ses oreilles ; ses doigts sont à demi palmés , ce qui lui donne des habitudes un peu aquatiques, c'est-àdire qu'elle vit de reptiles, de crustacés et de poissons, et qu'elle habite de préférence le bord des ruisseaux et des petites rivières, dans le Maryland et les États-Unis.

6. Le Vison, Mustelavison Lin.; le Vison, Buff., G. Cuv., est d'un brun plus ou moins foncé, tirant plus ou moins sur le fauve, avec une tache blanche à l'extrémité de la mâchoire inférieure ; sa queue est noirâtre, et il n'a pas les pieds palmés. Cette espèce vit dans des terriers qu'elle se creuse au bord des eaux, dans le Canada et dans tout le nord de l'Amérique. Je ne sais trop pourquoi M. Lesson ( Nouv. tabl. du Règne animal) lui assigne pour patrie le Poitou et la Saintonge; se trouverait-il en France?

7. La Marte des Hurons, Mustela huro Fr. Cuv., est ordinairement d'un brun clair, avec les pattes et l'extrémité de la queue plus foncées et quelquefois brunes. Cette espèce varie beaucoup pour les couleurs; car on en voit au Muséum dont les parties inférieures du corps sont plus foncées que les supérieures, et d'autres dont les couleurs sont dans une disposition inverse; la tête est

^quelquefois blanchâtre ou même entièrement blanche. Elle habite le haut Canada.

8. LeWAJACH, Mustela Pennantii Erxl., Mustela melanorhyncha Bodd., Mustela piscatoria Less., Viverra piscalor Shaw, a

le museau pointu et le nez d'un brun noirâtre. Ses oreilles sont courtes, larges, arrondies, bordées de noir; ses moustaches longues et soyeuses; la poitrine est brune, avec quelques poils blancs; le ventre et les cuisses sont d'un brun noir; ses pieds sont larges, velus, avec des ongles blancs; le fond de son pelage est jaunâtre, quelquefois noirâtre , passant au brun-marron sur la tête; la queue est touffue, très grêle à son extrémité , noire et lustrée. Il habite la Pensylvanie et les bords du grand lac des Esclaves.

9. La Marte-Renard, Mustela vulpina Rarînesq., est une espèce assez mal déterminée, qui habite le Canada et principalement les bords du Missouri.

1 0. Le Cuja, Mustela cuja, Mol in a, Mustela cigogniari Ch. Bonap., est de la taille d'un Furet ; son pelage est très doux , épais , entièrement noir; sa queue est aussi longue que son corps , touffue; son museau est relevé vers l'extrémité; ses yeux sont noirs. Ses mœurs sont à peu près les mêmes que celles de notre Fouine. Il chasse continuellement aux souris, qui font sa principale nourriture, et la femelle fait deux portées par an , chacune de quatre ou cinq petits. Il habite le Chili et le Mexique.

Quant au Mustela quiqui de Molina, son système dentaire l'exclut absolument du genre des Martes.

Page 1