‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle résumant et complétant tous les faits présentés par les encyclopédiesChapitre 53 sur 192 · MI3VI · texte numérisé non relu

MI3VI

Kunth. Arbuste grimpant, originaire des côtes américaines de l'Océan pacifique, parsemé d'aiguillons peu nombreux , dont les jeunes rameaux, les feuilles et les inflorescences sont pubescents , blanchâtres ; ses feuilles sont bipinnées, à deux paires de folioles sur chacune de leurs deux pinnules ; ces folioles sont grandes, eu égard aux autres Mimeuses , obliques , ovales ou oblongues, pubescentes à leurs deux faces, ciliées; l'inférieure, située du côté intérieur, est beaucoup plus petite ; le capitule de fleurs est beaucoup plus court que la feuille. Le légume est pubescent-blanchâtre , hérissé de poils raides, couchés.

2° MlMEDSE A FLEURS NOMBREUSES, Mimosa

floribunda Wild. Arbrisseau armé d'aiguillons crochus ; rameaux et pétiole pubescents ou pileux; folioles disposées comme dans l'espèce précédente, ovales-oblongues, obliques, aiguës, glabres en dessus, à nombreux poils raides en dessous; pédoncules près de deux fois plus longs que le capitule de fleurs ; bractées plus courtes que la corolle; légume légèrement pubescent et portant des soies sur tous ses côtés. Ses capitules de fleurs sont nombreux , rosés , et se succèdent pendant tout l'été. Les deux espèces dont il vient d'être question se cultivent l'une et l'autre en serre chaude.

3° Mimeuse pudique, Mimosa pudica Lin.

Cette espèce , l'une des plus intéressantes du règne végétal , à cause de l'extrême irritabilité de ses feuilles, qui lui fait donner vulgairement le nom de Sensitive, est très abondamment répandue dans toute l'Amérique tropicale , où elle couvre de grandes surfaces de terrain. On la cultive en beaucoup de lieux, et c'est ainsi qu'elle s'est presque naturalisée dans les Indes orientales et aux Philippines. C'est une plante annuelle, bisannuelle en serre, ou même sous-frutescente, qui s'élève à 5-6 décimètres ; elle est armée d'aiguillons épars et infrastipulaires , droits ou courbes; sa tige, ses pétioles et ses pédoncules portent des poils étalés; ses feuilles sont bipinnées, formées de deux paires de pinnules presque digitées, dont chacune porte 15-25 paires de folioles obliques , linéaires, un peu aiguës au sommet, ciliées, glabres ou revêtues à leur face inférieure de poils couchés ; ses capitules de fleurs sont purpurins, ellip-

tiques ; bractées plus courtes que la corolle ; calice très petit ou rudimentaire; le légume à valves glabres, lisses, couvertsur ses bords de soies raides et presque en aiguillons. Cette espèce varie beaucoup quant à sa villosité , et les deux principales formes qui résultent de ces variations ont été regardées comme deux espèces distinctes par Wildenow et par M. Kunth. Sous le climat de Paris, la Sensitive ne mûrit ses graines qu'en serre chaude ou sous châssis. On la sème de bonne heure , sur couche et sous châssis, en prenant la précaution de ne mettre dans chaque pot qu'une seule graine, afin de n'être pas obligé de transplanter plus tard.

II. Habbasia, Ben th. {Habbasia et Balocaulon, DC). Fleurs tétramères, rarement pentamères ou trimères; étamines en nombre double de celui des pétales ; légume renfermant ordinairement plus de six graines, se divisant en articles à la maturité. Plantes croissant pour la plupart en Amérique, quelques unes en Afrique et en Asie.

III. Amena, Benth. Fleurs tétramères ou pentamères. Étamines en nombre double de celui des pétales ; légume à loge unique ou divisée par des cloisons transversales, ne se divisant pas à la maturité. Espèces toutes américaines.

Les feuilles de plusieurs espèces de Mimeuses, et particulièrement de la Sensitive , Mimosa pudica Lin., présentent des phénomènes d'irritabilité végétale , ou , comme on le dit aussi, de sensibilité, tellement prononcés, tellement curieux, qu'ils font de ces plantes des sortes de merveilles végétales. Aussi ces phénomènes ont-ils depuis longtemps attiré l'attention des observateurs; la plante qui les manifeste à un degré éminent , la Sensitive, a été l'objet d'un très grand nombre d'expériences , et , par suite des recherches nombreuses dont elle a été l'objet, la science s'est enrichie successivement d'un nombre assez grand de mémoires pour former la matière de plusieurs volumes. Il est donc indispensable de faire connaître ici en quoi consistent ces curieux phénomènes d'irritabilité, sous l'influence de quelles causes ils se manifestent, les explications qui ont été proposées pour en rendre compte. C'est ce que nous allons essayer de faire avec quelques détails.

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Nous avons décrit plus haut la forme générale des feuilles de la Sensitive ; nous ne reviendrons donc pas sur ce sujet; nous ajouterons seulement que le point d'attache des folioles sur leur pinnule , des pinnules sur le pétiole commun et de celui-ci sur la tige elle-même présente un renflement marqué , dans lequel et par lequel paraissent s'opérer tous les mouvements, et auquel on a cru dès lors devoir donner le nom de renflement moteur.

Lorsqu'une cause irritante, telle , par exemple , qu'un choc , agit avec une assez grande énergie sur une feuille de Sensitive, les folioles de cette feuille se relèvent par un mouvement de charnière sur leur pinnule, s'appliquent l'une contre l'autre par leur face supérieure, en se dirigeant vers l'extrémité de la pinnule ; les pinnules, à leur tour, se rapprochent l'une de l'autre dans la direction de l'axe du pétiole commun; enfin celui-ci subit un mouvement inverse aux précédents, et s'abaisse de manière à devenir pendant ou même parallèle à la tige qui le porte. Si l'irritation a été énergique, les mouvements ne se bornent pas à la feuille sur laquelle elle s'est exercée directement, et ils se propagent jusque dans les feuilles voisines. Ainsi contractée , la feuille paraît en quelque sorte flétrie, ou, pour parler plus exactement, sa disposition est identique à ce qu'elle est pendant la nuit ou pendant ce phénomène remarquable, qu'on a nommé son sommeil. Après avoir persisté quelque temps dans cet état , elle semble revenir à la vie : son pétiole commun se relève, ses pinnules s'étalent, ses folioles s'abaissent et redeviennent horizontales; en un mot, ses diverses parties reprennent leur situation normale pour reproduire la même suite de mouvements aussitôt qu'une nouvelle irritation agira sur elles.

Si l'on examine l'ordre dans lequel se propagent ces mouvements, on voit que, la cause irritante ayant agi par exemple à l'extrémité d'une feuille, son effet se propage de ce point vers la base, et qu'en s'étendant dans la feuille voisine, il se manifeste dans une direction opposée. Ce mode de propagation devient plus évident lorsque l'irritation a été moins brusque et moins violente. Lorsque celle-ci est légère, le mouve-

ment se borne aux pinnules, sans déterminer l'abaissement du pétiole commun; il peut même être limité à quelques paires de folioles ou même à une seule.

C'est principalement dans les feuilles que résident les mouvements de la Sensitive; mais les autres parties de la plante manifestent aussi leur irritabilité par des déviations, beaucoup moins appréciables il est vrai. Ainsi, l'on remarque également certains mouvements dans les pédoncules et même dans les branches. Mais ceux-ci ont assez peu d'importance pour qu'il suffise d'en signaler l'existence.

Pour que la Sensitive produise ses mouvements avec toute leur vivacité, il faut que sa végétation soit vigoureuse, et qu'elle soit soumise à une chaleur humide de 24 ou 25° C. Son irritabilité est alors au maximum. Aussi dans les parties de l'Amérique où elle croît spontanément, il suffit de l'ébranlement causé par les pas d'un homme, ou encore mieux de ceux d'un cheval, pour déterminer le ploiement de toutes les feuilles des plantes voisines. Ce fait a été constaté et signalé par divers observateurs, notamment par MM. de Martius et Meyen. Sous une température de 18 ou 20° C, la sensibilité de la plante a déjà diminué notablement par l'effet de ce refroidissement de quelques degrés; cependant, quoique affaiblie, elle n'est pas détruite; et elle manifeste de nouveau tous ses effets sous l'influence d'un air convenablement échauffé; seulement il se passe quelquefois plusieurs heures avant qu'elle ait repris sa première intensité. A l'égard de l'action d'une température élevée sur la Sensitive, un fait très curieux est celui qui est signalé par Meyen (Pflanz. phys., III, p. 524 ). Lorsqu'on expose un pied vigoureux de cette plante aux rayons directs du soleil vers le milieu d'une belle journée d'été, on voit de moment à autre certaines de ses feuilles se ployer et s'abaisser subitement, absolument comme si une irritation locale venait d'agir sur elles. Peu après, la feuille se relève, et ses folioles reprennent leur position normale. Quelquefois ce phénomène se reproduit au bout de quelque temps , et même à plusieurs reprises , par le seul fait de la continuation de l'action solaire. La chaleur agit donc dans ce cas comme un irritant dont les effets

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sont soumis à une sorte d'intermittence.

Ses effets deviennent bien plus énergiques lorsqu'on les concentre au moyen d'une lentille, car alors les folioles placées au foyer sont rapidement brûlées et désorganisées, et l'on conçoit sans peine que le ploiement de la feuille en soit la conséquence.

Un changement brusque dans la température agit également sur la Sensitive comme une cause irritante. Si, par exemple, un pied vigoureux de cette plante est placé dans une serre ou sous un châssis, et qu'en ouvrant rapidement le châssis ou une fermeture de la serre on fasse arriver brusquement sur lui de l'air froid, on voit toutes ses feuilles se ployer comme si une secousse violente venait d'agir sur elle.

Une des actions les plus curieuses qui mettent en jeu l'irritabilité delà Sensitive, est celle des agents chimiques , particulièrement des acides énergiques et des solutions alcalines concentrées. Depuis longtemps déjà l'on avait reconnu qu'il suffit d'appliquer avec toute la légèreté possible, sur une foliole, une goutte de l'un de ces liquides , pour déterminer tous les phénomènes de contraction et d'abaissement des feuilles à un degré proportionnel à la causticité de la substance employée. Ces expériences ont été reprises, il y a peu d'années, en Allemagne, par M. Runge qui les a variées d'un grand nombre de manières, et qui en a consigné les résultats dans un grand mémoire [Poggendorfs Annal., vol. XXV).

Cet observateur a reconnu l'exactitude des faits énoncés à cet égard par Duhamel, et par les nombreux physiologistes qui se sont occupés après lui du même sujet ; et de plus il a cru apercevoir une différence dans le mode d'action des acides et des alcalis, par exemple, de l'acide sulfurique et de la potasse. Ainsi, il dit avoir vu qu'avec la première de ces substances, le pétiole commun de la feuille s'abaissait comme d'ordinaire, après le ploiement des folioles, mais plus lentement, tandis qu'avec la seconde, au lieu de s'abaisser, il se relevait de manière à faire un angle aigu avec la tige. Nous ferons observer néanmoins que Meyen, ayant répété cette expérience, a vu le pétiole commun s'abaisser également dans l'un et l'autre cas. M. Runge a observé aussi des effets très curieux lors-

qu'il a opéré avec de l'essence de térébenthine.

Nous avons déjà signalé les secousses mécaniques, la chaleur, l'action d'un air froid et les agents chimiques, comme des causes qui mettent en jeu l'irritabilité de la Sensitive. Mais il en est encore d'autres qui méritent de fixer quelques instants notre attention. Ainsi l'on peut enlever la dernière paire de folioles d'une pinnule, à l'aide de ciseaux fins, avec assez de légèreté pour ne produire absolument aucun ébranlement dans la feuille; or, on voit aussitôt les folioles se ployer , à partir de l'extrémité coupée, jusque vers la base de la pinnule. On observe même quelquefois qu'en un point quelconque de la série de folioles, une paire isolée ou même une foliole unique reste immobile, et forme une s6rte de point d'arrêt que l'irritation éprouve de la peine à franchir. Des blessures ou des sections plus ou moins profondes amènent encore des phénomènes très curieux. Ainsi l'on peut faire une entaille à une branche au moyen d'un instrument bien tranchant, avec assez de précaution pour ne produire aucun ébranlement; néanmoins on voit les feuilles placées dans le voisinage de la section s'abaisser presque instantanément, et si l'instrument tranchant a périétré profondément , l'irritation se propage également aux feuilles éloignées. Cet effet est presque subit dans les pieds très vigoureux, à tel poiat qu'il se manifeste aussitôt après que le scalpel a atteint le corps ligneux, même à une distance de 3 et 4 décimètres. Quelque temps après cette expérience , le?

feuilles reprennent leur situation primi tive; une nouvelle section détermine encon en elles une nouvelle contraction; mais leui sensibilité ne tarde pas à s'émousser, selon Meyen, par la répétition de cette expérience.

Cette dernière expérience est très intéressante , parce qu'elle permet de recon* naître quels sont les éléments anatomiques de la plante par lesquels se propage l'irritation. Ces éléments ne sont autres que le corps ligneux. Il est facile de se convaincre que l'écorce est entièrement étrangère à cette transmission ; il suffit pour cela d'écorcer soigneusement une tige dans une longueur de 3 ou 4 centimètres, de manière à dénu 1er son corps ligneux ; en enta-

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mant celui-ci avec le tranchant d'un instrument, on amène la contraction des feuilles absolument comme dans les circonstances ordinaires. Cette même expérience prouve aussi combien est dépourvue de fondement l'opinion de M. Schultz, qui avait voulu voir dans les vaisseaux laticifères l'organe conducteur de l'irritation ; en effet, la place de ces vaisseaux étant dans l'écorce, s'ils existent chez la Sensitive, l'ablation du cylindre cortical a pour effet certain de les faire disparaître.

Enfin , pour terminer cet exposé des causes qui peuvent mettre en jeu la sensibilité de la Sensitive, nous ajouterons le fluide électrique à la liste précédente. Plusieurs observateurs ont vu qu'une étincelle électrique détermine la contraction des feuilles de cette plante; mais certains d'entre eux ont cru reconnaître que cet effet devait être attribué presque uniquement à l'ébranlement mécanique qui résulte de l'expérience; en effet, on a beau électriser une Sensitive après l'avoir isolée , on ne voit pas ses feuilles se ployer. Un fait très curieux sous ce rapport est celui qui a été observé par Meyen. Ce physiologiste, ayant électrisé de jeunes Sensitives isolées, a vu leurs feuilles persister dans leur situation normale sans l'altérer en rien ; mais lorsqu'il a déchargé l'électricité accumulée sur ces plantes en leur présentant une pointe de bois, il a remarqué des phénomènes qui prouvaient, selon lui, que l'irritation produite au lieu de la décharge ne se propageait pas, comme elle le fait dans les circonstances ordinaires. En effet, lorsqu'il approchait sa pointe d'une foliole, celle-ci et celle qui complétait la paire avec elle se mettaient seules en mouvement, et lorsqu'il promenait sa pointe le long du pétiole d'une pinnule, les folioles se relevaient rapidement dans le sens du mouvement, reprenant ensuite leur position normale peu après qu'on éloignait la pointe. Au reste, comme l'avaient déjà reconnu Dreu, van Marum , etc., de fortes décharges électriques affaiblissent ou détruisent même la sensibilité delà Sensitive. D'un autre côté, les expériences de M. Alex, deHumboldt, de van Marum, C. Sprengel, etc., ont montré que l'électricité de la pile n'exerce pas d'action appréciable sur la plante qui nous occupe.

T. VIII

Une des particularités les plus remarquables dans l'histoire de la Sensitive consiste dans la faculté qu'elle a de s'accoutumer, si l'on peut le dire, à l'action longtemps continue d'une cause irritante. C'est ce que montre l'expérience bien connue de Desfontaines qui, ayant placé une Sensitive dans une voiture, la vit fermer toutes ses feuilles aussitôt qu'elle éprouva l'ébranlement produit par le roulement des roues sur le pavé. L'ébranlement se continuant, la plante finit par étaler ses feuilles, comme si son irritabilité avait été détruite ; néanmoins cette propriété existait encore tout entière chez elle , car dès que la voiture se remit en marche, elle rapprocha de nouveau ses folioles ; il n'y avait donc eu dans ce cas qu'une sorte d'habitude prise par la plante sous l'effet d'une action irritante longtemps prolongée.

Après avoir résumé les principaux faits relatifs à l'histoire si curieuse de la Sensitive , montrons maintenant jusqu'à quel point l'examen anatomique et l'observation permettent de pénétrer dans les secrets de cette merveilleuse organisation.

Nous avons déjà dit en passant que le mouvement des folioles, des pinnules et du pétiole commun de cette plante paraît s'opérer tout entier dans le renflement moteur qui se trouve à leur base. C'est aussi dans la structure de ce renflement qu'on a cherché la cause des mouvements de ces diverses parties.

L'un des observateurs, qui, dans ces derniers temps , se sont le plus occupés des moyens d'expliquer les mouvements de la Sensitive , est M. Dutrochet. Cet ingénieux physiologiste avait cru reconnaître que lorsqu'on enlève la moitié supérieure du gros renflement moteur d'une feuille, celleci se relève; qu'il s'abaisse au contraire lorsqu'on enlève la moitié inférieure de ce même renflement; il avait dès lors supposé que ces deux moitiés agissaient comme deux ressorts à tension contraire, dont l'un élevait la feuille, tandis que l'autre l'abaissait. Une cause quelconque donnait -elle la prédominance à l'un des deux, il surmontait la résistance de l'autre et déterminait le mouvement de la feuille. Mais on voit que cette hypothèse ne faisait que reculer la difficulté , puisqu'il s'agissait toujours de rc

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connaître la cause qui donnait momentanément la prédominance à l'un des ressorts. Aussi a-t -elle été bientôt abandonnée par son auteur, qui en a proposé une nouvelle dans ses Mémoires sur le sommeil et le réveil des plantes , et sur Vexcitabilité végétale. D'après les observations consignées dans le premier de ces mémoires, le renflement moteur renferme essentiellement, sur unocoupe perpendiculaire à son axe, et en allant ie la circonférence au centre: 1° une couche épaisse de tissu cellulaire dont les cellules, dans les trois quarts de l'épaisseur de la couche, décroissent de l'extérieur vers l'intérieur; par suite de son ordre de décaissement , le tissu cellulaire de cette couche tend à se courber, « de manière à diriger la Concavité de sa courbure vers le dehors lorsqu'il devient turgescent... Ce tissu cellulaire est incurvable par endosmose. Il représente par sa disposition un cylindre creux, dont toutes les parties longitudinales , si elles étaient séparées les unes des autres, tendraient dans l'état naturel à se courber vers le dehors. » 2° Une couche de tissu fibreux « incurvable par oxygénation , qui représente par sa disposition un cylindre creux, dont toutes les parties longitudinales , si elles étaient séparées les unes des autres , tendraient, dans l'état naturel, à se courber vers le dedans ou vers le centre du pétiole. » 3o Un corps ligneux. 4° Au centre, un faisceau de tissu fibreux identique à celui qui entoure le corps ligneux; l'existence de ce faisceau fibreux central , à la place de la moelle , est le caractère le plus essentiellement distinctif des renflements moteurs. Il y a donc antagonisme de tendance à l'incurvation dans le tissu cellulaire extérieur et dans le tissu fibreux intérieur; c'est par la rupture de l'équilibre entre ces deux tendances que M. Dutrochet explique les mouvements de la Sensitive. Or, l'équilibre lui paraît devoir cesser, d'un côté, lorsque la sève, affluant dans la couche cellulaire externe, la rend turgescente , et par suite lui donne la prédominance; et de l'autre , par ce motif que si l'on admet dans le tissu fibreux l'existence « d'un liquide qui a beaucoup d'affinité pour l'oxygène, l'addition de cette substance à ce liquide en augmentera nécessairement la masse, produira, par conséquent, la turgescence de ces fibres tubuleuses, » et

par suite rendra leur tendance prépondérante.

Malheureusement cette ingénieuse hypothèse donne matière à de nombreuses et de puissantes objections. L'importance du rôle qu'elle fait jouer à la couche extérieure du tissu cellulaire est contredite par l'expérience. Ainsi Meyen a enlevé à plusieurs reprises le tissu cellulaire de la moitié inférieure d'un renflement moteur jusqu'à dénuder le faisceau ligneux intérieur, et il a vu la feuille exécuter ses mouvements ordinaires; l'enlèvement du tissu cellulaire supérieur lui a donné les mêmes résultats. Mais lorsqu'il a voulu enlever toute cette couche cellulaire, l'expérience a constamment échoué , parce que , dit-il , la feuille s'est alors abaissée par son propre poids , et n'a pu se relever. De plus , il semble bien difficile de concevoir, dans cette hypothèse, l'instantanéité de ces phénomènes d'irritabilité dans les expériences nombreuses et si diverses que nous avons rapportées plus haut.

Au reste, on peut faire ces mêmes objections, ou d'autres tout aussi fortes, à quelques autres hypothèses qui ont été proposées, comme celles : 1° de M. Dasseu , qui fait résider toute la cause des mouvements de la Sensitive dans la couche cellulcuse externe des renflements, couche qu'il compare aux tissus érectiles des animaux; 2° de MM. Link et Meyen, qui voient au contraire le seul principe moteur des feuilles dans le tissu fibreux et dans les vaisseaux des renflements moteurs. Au total , il nous semble que la science ne possède pas encore une explication suffisante des mouvements de la Sensitive ; les hypothèses ingénieuses qui ont été proposées à cet égard ne font guère que reculer les difficultés qui, dans ce cas comme dans presque tous les autres , s'opposent à la découverte de la cause première des phénomènes.

L'exposé que nous venons de faire, et dans lequel le défaut d'espace nous a malheureusement obligé à supprimer les développements dont il était susceptible à plusieurs égards, a porté uniquement sur la Sensitive, Mimosa pudica Lin. , parce que c'est elle qui a été le sujet d'expériences , d'observations et d'écrits presque sans nombre ; mais cette plante n'est pas la seule qui soit douée d'une irritabilité assez forte pour

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se manifester par des mouvements. Ainsi l'on cite comme entrant dans la même catégorie , quoique à de moindres degrés , les Mimosa albida Kunth, M. floribunda Wild., M. viva Lin., M. castah., M. asperatah., M. quadr ivalvis L,, etc.; Y ' JEschinomene sensitiva, le Smithia sensitiva Ait. ; les Desmanthus stolonifer DC, D. triquelris DC, etc.; même quelques Oxalidées, comme YOxalis sensitiva L. ( Biophytum sensitivum DC ), 0. dendroides Kunth, 0. mimosoides Aug.

St-Hil., etc.

Nota. Notre article était entièrement composé lorsque nous avons eu communication d'un long mémoire manuscrit présenté à l'Académie des sciences , dans la séance du lundi 21 septembre 1846, par M. Fée , et dont le litre est : Mémoire physiologique et organographique sur la Sensitive et les plantes dites sommeillantes. Ce travail renferme des énoncés qui s'écartent assez notablement, à quelques égards , des idées qui ont eu cours jusqu'aujourd'hui dans la science, et dont nous croyons devoir reproduire textuellement les principaux sans en contester ni en garantir la valeur. « Il n'existe aucun appareil spécial de mouvement chez la Sensitive. Elle est irritable dans toutes ses parties; toutefois, la pulvinule ( renflement moteur) des feuilles l'est plus que toutes les autres. Si l'on blesse le tissu, l'irritabilité se communique de proche en proche, sans toutefois passer d'une feuille à l'autre. Lorsque la blessure est faite en un point éloigné des folioles, l'irritabilité se transmet avec une grande lenteur, et les mouvements se manifestent vers le point le plus rapproché de la partie lésée. Les blessures considérables n'agissent pas beaucoup plu.-' vite que les blessures légères. L'irritabilité n'est que médiocrement soumise aux variations atmosphériques. Elle s'éteint par un séjour prolongé dans un lieu obscur, et pour renaître sous l'action de la lumière solaire. Aucune plante ne paraît mieux organisée pour le mouvement que la Sensitive; ses articulations ont une disposition qui les rend éminemment propres à se mouvoir. On peut regarder le tissu cellulaire de la Sensitive comme érectile. II est à l'état de dilatation active, et la plante se présente étalée ; il est à l'état de contraction ou de resserrement, et la plante redresse ses folioles ou

bien abaisse ses pétioles. Dans l'état de dilatation active, les liquides abreuvent les cellules des plans inférieurs , et les maintiennent à l'état de turgescence. Dans l'état de contraction, les liquides moins abondants laissent les cellules des plans supérieurs affaissées, et sont refoulés vers les plans inférieurs. Au jour et à la lumière, les sucs attirés vers la cuticule se maintiennent en équilibre par une évaporation rhythmique. Si les chocs , le froid , les blessures interrompent cet équilibre , il y a trouble dans la circulation, les fluides quittent brusquement les cellules des plans supérieurs, dilatent les vaisseaux par refoulement, et la contractilité | en est la suite, » etc. (P. Duchartre.)

*M ï M0M011 PH A ( ^j.o s , mime; u. o P- <pv? , forme). îns. — Genre de Coléoptères subpentamères, tétramères de Latreille, famille des Longicornes, tribu des Lamiaires, créé par Newmann {The Entomologiste t. I, p. 322 ) avec une espèce des îles Philippines, le M. clytiformis de l'auteur. (C.)

MIM0PH1RE. géol.— -M. Al. Brongniart a donné ce nom à une roche conglomérée, à structure souvent porphyroïde, composée essentiellement d'un ciment argiloïde, réunissant des grains ou des cristaux très distincts de Feldspath; elle présente, comme parties accessoires, du quartz en grains, du schiste argileux, du mica, etc. Ce géologue en forme trois variétés, qu'il nomme Mimophyre quartzeux, quand la roche est dure, solide, et que les grains de quartz y sont nombreux ; Mimophyre pétrosiliceux, lorsque la pâte est compacte et présente quelques uns des caractères du Petrosilex; enfin Mimophyre argileux, lorsque la pâte est tendre et friable. M Brongniart considère cette roche, géologiquement, comme une modification des Psammites, des Pséphites et des Arkoses. (C. d'O.)

MIMOSA, bot. ph. — Voy. mineuse.

MIMOSÉES. Mimoseœ. bot. ph. — Une des familles dans lesquelles a été divisé le grand groupe des Légumineuses, à l'article desquelles nous avons exposé sas caractères et énuméré ses genres. (Ad. J.)

*MïMOSïTE.GKOL.-Souscenom,M.Cordier désigne une espèce de roche agrégée, grenue, à grains très fins, composée dePyroxène , de Feldspath vitreux et de Fer titane. Le Feldspath y est translucide et teint

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en verdàtre parle Pyroxène; mais il perd sa couleur et devient blanc lorsqu'on le chauffe au chalumeau; il en est de même quand on plonge la roche dans l'acide hydrochlorique.

M. d'Omalius d'Halloy réunit cette roche à ses espèces Dolérite et Trapp, suivant que les éléments se distinguent ou ne se distinguent pas à l'œil nu. La Mimosite appartient principalement aux terrains pyrogènes des périodes crétacée et paléolhérienne. (C. d'O.)

MIMULE. Mimulus Lion. (Mimuspersonalus , dit Linné, à cause de la corolle de ces plantes qui a été comparée à un masque de théâtre), iîot. ph. — Genre de la famille des Scrophulariacées , de la Didynamie - Angiospermie dans le système sexuel. Sa circonscription première a été modifiée et restreinte dans ces derniers temps, quelques unes des espèces qu'il comprenait ayant servi à former de nouveaux genres ; ces genres sont : le Diplacus , Nutt., composé aujourd'hui de 4 espèces, dans lequel rentrent les Mimulus glutinosus Wendl., auranliacus Curt. , linearis Benth. ; VEunanus Benth. , composé de 3 espèces, établi sur le M. nanus Hook., et Arn.; le Leucocarpus, Don., renfermant 3 espèces, dont le type est le M. perfoliatus II. B. K. Resserré dans les limites que lui assignent ces diverses suppressions , le genre Mimulus comprend encore 30 espèces pour la plupart remarquables par la beauté deleurs fleurs, etque réunissentles caractères suivants : ce sont des plantes herbacées, toutes étrangères à l'Europe, pour la plupart originaires de l'Amérique, dont la tige est décombante ou dressée, dont les feuilles sontopposées. Leurs fleurs, souvent grandes et remarquables par leur brillante coloration, sont solitaires sur des pédoncules axillaires; parfois les supérieures forment par leur rapprochement une sorte de grappe à l'extrémité des rameaux. Leur calice est tubuleux, à Sangles longitudinaux, et terminé par 5 dents ; la lèvre supérieure de leur corolle est dressée ou réfléchie-étalée, bilobée ; l'inférieure est étalée, trilobée, à lobes également arrondis, plans; leurs 4 étamines sont didynames, et les loges de leurs anthères finissent par devenir presque confluentes; leur style se divise à son extrémité en deux lames stigmatiques larges, ovales, presque égales entre elles, remarquables

par leur irritabilité qui les fait se rapprocher l'une de l'autre lorsqu'on les chatouille avec la pointe d'une aiguille. Le fruit des Mimulus est une capsule à peine sillonnée, 2-valve, à débiscence loculicide, dont les valves laissent au centre, en s'écartant, un placentaire entier ou 2-fide, et emportent la cloison sur leur ligne médiane. Plusieurs Mimules sont aujourd'hui très répandus dans les jardins, où ils se font distinguer par l'abondance et la beauté de leurs fleurs. Nous nous bornerons à décrire ici les plus connus.

1. Mimule de Virginie, Mimulus r in gens Linn. Cette jolie espèce vivace, et rustique dans nos climats, croît naturellement dans l'Amérique du Nord depuis le Canada jusqu'à la Virginie et l'Ohio. Sa tige tétragone s'é'ève à 3-5 décim.; ses feuilles sont oblongues ou lancéolées, légèrement dentées, élargies en cœur et embrassantes à leur base ; ses fleurs se montrent aux mois de juillet et d'août; elles sont violacées ou bleu pâle, de grandeur moyenne, longuement pédonculées ; leur calice est un peu courbe, plissé, terminé par des dents lancéolées-linéaires, inégales, presque aussi long que le tube de la corolle dont le limbe est grand, ondulé, et qui est presque fermée à la gorge. La capsule est ovale et enfermée dans le calice. Dans nos jardins, cette plante demande une terre franche , légère et humide, ou mieux encore de la terre de bruyère, une exposition fraîche et un peu ombragée. Elle se multiplie facilement, de même que les suivantes, soit de graines semées immédiatement après leur mat- nté, jsoit de boutures ou par div&cn des p'eis.

2. Le Mimlle cardinal, Mimu'ui ca-ainalis Dougl. Cette belle plante, éga'errent vivace, a été rapportée par Doug'as de la Haute-Californie. M. Spach a propesé peur elle, sous le nom d'Erythranthe, un nouveau genre qui n'a pas été adopté. Sa tige rameuse, à rameaux lâches, velue, s'élève à 6-10 décim. ; ses feuilles ovales, rétrécies à leur base et embrassantes, marquées de nombreuses nervures , sont dentées et comme un peu rongées sur leurs bords; ses fleurs, d'un beau rouge minium, sont grandes, très belles, et se succèdent pendant une grande partie de l'été et de l'automne; elles ont un pédoncule plus long que la feuille à l'aisselle de laquelle il sa

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trouve ; leur calice est grand , un peu renflé, terminé par des dents ovales, aiguës, courtes; le tube de leur corolle déborde à peine le calice ; son limbe est grand, à lobes réfléchis. Introduite dans les cultures européennes en 1835 seulement, cette belle espèce y est déjà très répandue, à cause de sa beauté et de la grande facilité avec laquelle on la cultive et on la multiplie. Elle a déjà donné un hybride que M. Bentham nomme roseo-cardinalis, et dont les fleurs sont plus belles encore que celles du type.

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