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Mimule jaune, Mimulus luteus Lin

Cette espèce est la plus répandue du genre, soit dans la nature, soit dans nos jardins. Elle croît naturellement dans les deux Amériques, le long de leurs côtes occidentales, dans tout le Chili d'un côté, de l'autre depuis Unalaschka jusqu'à la Californie, dans les forêts humides, le long des ruisseaux, etc. De plus, elle s'est naturalisée en Europe, aux environs de Saint-Pétersbourg, d'où nous la possédons. Elle est glabre ou un peu visqueuse, et pubescente ; sa tige est ascendante ou dressée ; ses feuilles, pour la plupart fortement dentées, sont orbiculaires , ovales ou oblongues, les inférieures longuement pétiolées, les supérieures sessiles , cordéesembrassantes à leur base, à nervures nombreuses. Ses fleurs sont grandes, de coloration très variable, d'un jaune plus ou moins vif, tantôt unicolores, tantôt parsemées à la gorge de nombreuses ponctuations rouges et marquées sur chaque lobe d'une grande tache de cette couleur; ces fleurs ont un long pédoncule ; leur calice est ovoïde, à dents ovales, dont la supérieure très grande ; le tube de leur corolle est au moins deux fois pi us long que le calice. Cette espèce varie beaucoup, soit dans l'état spontané, soit dans les jardins, pour sa surface glabre ou pubescente, pour sa tige droite ou décombante, plus ou moins haute, pour la forme générale et les dentelures de ses feuilles, pour la coloration de ses fleurs, etc. Aussi a-t-elle donné matière à la formation de plusieurs espèces, dont les noms sont généralement adoptés par nos horticulteurs, et par divers botanistes, mais que M. Bentham, dans sa dernière révision des Scrophulariacécs(Prodr., vol. X, p. 368), réunit sous la dénomination unique que nous adoptons avec lui. Ces espèces sont les Mimu-

lus gultatus DC, M. variegalus Lodd., M. rivularis Nutt., et M. lyratus Benth. (P. D.) MÏMUS, Briff. ois.— Syn. latin de Moqueur. Voy. MERLE.

MIMUSOPS (^oç, mime; dty, aspect).

bot. ph. — Genre de la famille des Sapotacées, établi par Linné qui le place dans l'octandrie-monogynie (Gen., n. 678) et dont les principaux caractères sont: Calice 6-8-parti, à divisions bisériées. Corolle hypogyne, arrondie, à divisions nombreuses bisériées, les extérieures, au nombre de 12 ou 16, entières ou divisées, étalées ; les inférieures , au nombre de 6 ou 8 , indivises , dressées. Étamines insérées au fond du tube de la corolle; 6 ou 8 , fertiles, opposées aux divisions intérieures de la corolle; autant d'autres étamines dépourvues d'anthères, et alternes avec ces mêmes divisions; filets subulés, filiformes; anthères sagittées, extrorscs, à 2 loges s'ouvrant longitudinalement. Ovaire à 8 loges uni-ovulées. Style subulé; stigmate aigu. Baie 1-2 loculaire.

Les Mimusops sont des arbres lactescents de l'Asie et de la Nouvelle-Hollande tropicale. Leurs feuilles sont alternes, très entières, brillantes; les fleurs sont blanches et portées sur des pédoncules axillaires, souvent groupés.

Ce genre renferme une trentaine d'espèces réparties par De Candolle en deux sections (Prodr. , VIII, p. 201) qu'il nomme: Quaternaria: Fleurs en nombre quaternaire ; étamines fertiles 8; Ternaria: Fleurs en nombre ternaire; étamines fertiles 6. Endlicher déjà, avant la publication decegenrepar De Candolle, avait divisé les Mimusops en deux sections (Gen. plant., p. 741, n. 4263): Elengi: Divisions extérieures de la corolle entières; Dinectaria: Divisions extérieures de la corolle bifides.

Une des espèces les plus remarquables de ce genre est le Mimusops Elengi L. , qui croît dans l'Inde où il s'élève à une très grande hauteur. Son tronc, simple, droit, grisâtre, produit des rameaux cylindriques quiportentdesfeuilleselliptiques-oblongues, acuminées, glabres, pétiolées ; les fleurs naissent de l'aisselle des feuilles, réunies par 3 ou par 6, et portées sur des pédicelles rougeâtres et duveteux ; les lobes du calice sont lancéolés-acuminés, glabres intérieurement ; les extérieurs, pulvérulents et jaunâtres au

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dehors; les intérieurs, d'un blanc velouté a la même surface. Les fruits, ovoïdes , charnus et rouges à leur maturité, ont une saveur douce et légèrement astringente, et les Indiens préparent avec l'eau distillée des fleurs une espèce de thé dont l'odeur est agréable et qui possède des qualités fébrifuges. Le bois de cet arbre, blanc et dur, se conserve longtemps dans l'eau. (J.)

MINARET. Turris. moll. — Genre créé par Montfort (Conchyl. systém. , t. II, p. 538) aux. dépens des Mitres deLamarck. Voy. wîtue.

MINDIUM, Adans. (Faw.,11, 4 36). bot.

ph. — Syn. de Michauxia, L'Hérit.

MINERAI, min. — Voy. mines.

MINÉRALOGIE (minera, minéraux; /oyoç, discours). — Branche de l'histoire naturelle qui s'occupe de l'étude des corps bruts ou inorganiques, formés naturellement, sans leconcours des forces vitales ni des opérations de Fart, et que l'on trouve répandus partout en abondance à la surface et dans l'intérieur de la terre. Elle embrasse dans son objet la connaissance de leurs propriétés gé nérales; celle des caractères particuliers qui distinguent les différentes Espèces les unes des autres, et les Variétés de chaque «spèce entre elles; celle de leurs gisements ou manière d'être dans la nature, comme aussi de leur emploi dans les arts et les usages de la vie; enfin celle de leur classification, ou de leur disposition dans un ordre méthodique et rationnel, propre à faciliter leur étude, et à faire ressortir leurs analogies et leurs dissemblances.

La science des Minéraux est assurément bien faite pour exciter un vif intérêt, soit que l'on considère seulement son utilité directe, qui résulte de ses applications nombreuses à l'industrie et des services signalés qu'elle rend à la Géologie et à l'art des Mines, soit que, l'envisageant de plus haut, on tienne compte de son importance philosophique et du rang qu'elle occupe dans l'ordre de nos connaissances positives. De toutes les productions de la nature, les Minéraux sont celles qui offrent le moins d'attrait au premier abord; ils ne nous apparaissent pour la plupart que comme des masses brutes, qui, pour attirer notre attention, ont besoin que la main de l'art les façonne et les mette en œuvre. A en juger

donc sur les seules apparences, il semble que l'on doive borner leur étude à une simple connaissance empirique de leurs principales espèces, et l'on est tenté même de renvoyer cette étude sommaire et superficielle aux seules professions où elle paraisse strictement nécessaire. Mais quand on examine les Minéraux de plus près, on ne tarde pas à voir combien ils gagnent à être mieux connus; une observation attentive découvre en eux une multitude de propriétés, bien dignes d'exercer les facultés de notre esprit et de servir d'objets à nos méditations.

En effet, si d'abord on les étudie sous le rapport de la forme, on remarque qu'ils se présentent fréquemment sous des conG gurations régulières, polyédriques, qui ne sont point du tout un effet du hasard, mais qui sont déterminées par des lois d'une grande simplicité; et, chose étonnante, ces formes peuvent néanmoins varier à l'infini dans la même espèce minérale. Au premier abord, cette multiplicité de formes pour la même substance semble être une preuve du peu d'importance qu'on doit y attacher, et de l'inutilité de leur étude par suite de l'impossibilité d'en saisir l'ensemble. Mais vient-on à les comparer entre elles, on s'aperçoit qu'elles dépendent les unes des autres, à tel point qu'il suffit d'en connaître une seule, pour pouvoir les connaître toutes. Il suit de là que, malgré ses métamorphoses sans nombre, mais beaucoup plus apparentes que réelles, la foime régulière ou cristalline des Minéraux, est au fond toujours la même, et l'on retruuve ici le cachet ordinaire des œuvres de la nature, l'unité dans la variété.

Si, à l'exemple de notre célèbre Hauy, nous cherchons à étudier la structure intérieure des Cristaux, au moyen de cette espèce d'anatomic ou de dissection qu'on nomme le clivage, nous découvrons dans ces corps un genre de structure d'une uniformité et d'une symétrie remarquables, qui ne varie pas comme la forme extérieure, et qui est, pour les Minéraux cristallisés, comme une sorte d'organisation constante pour tous les individus de la même espèce. Poussée aussi loin que possible, cette division mécanique conduit à déterminer l'élément de cette structure cristalline, ce qu'on nomme la molécule ou plutôt la particule

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intégrante du Cristal, Cet clément important n'est peut-être pas la représentation exacte de la vraie molécule physique du corps; mais, à coup sûr, il a avec elle des rapports intimes et nécessaires; il en est en quelque sorte l'équivalent pour nous, et l'opération qui le donne est encore le moyen le plus certain et le plus direct que nous ayons, sinon pour atteindre à la véritable molécule, du moins pour en approcher le plus possible.

Sans parler ici des phénomènes curieux que présentent les Minéraux, lorsqu'on vient à les étudier sous le rapport de la dureté, de l'élasticité, de l'électricité polaire, nous signalerons en passant, parmi les propriétés physiques des Minéraux, un ordre de faits des plus intéressants: ce sont les singulières modifications que présente la lumière polarisée ( voyez l'article lumièhe), dans son trajet à travers les Cristaux transparents. Ces phénomènes n'offrent pas seulement au naturaliste un vif attrait de curiosité : ils ont surtout à ses yeux de l'importance, en ce qu'ils accroissent ses moyens d'investigation d'une manière surprenante. Pour nous servir d'une expression employée par M. Biot, un rayon de lumière polarisée est pour le Minéralogiste comme une sorte de sonde déliée, avec laquelle il interroge dans tous les sens la structure moléculaire des Cristaux. Ce rayon , dans chacune des positions qu'il peut prendre, reçoit pour ainsi dire l'empreinte des modiQcations les plus légères de la structure interne, et la rapporte ensuite fidèlement à l'organe de la vue. Aucune partie de la physique minérale n'est plus féconde en résultats importants que l'optique des Cristaux: aucune n'est plus propre à enrichir la science de phénomènes curieux et inattendus. Nous n'en citerons pour preuve que les résultats des travaux exécutés en ce genre par le physicien illustre que nous citions tout-ài'heure; les substances les plus communes et les plus vulgaires, celles sur lesquelles l'attention semblait s'être épuisée, sont devenues entre ses mains habiles une source de brillantes découvertes.

Si c'est la nature chimique des Minéraux que nous voulons explorer, et si d'abord nous bornons notre recherche à connaître leur composition qualitative, l'esprit ingé-

nieux et la science profonde des Wollaston et des Berzélius nous fournissent une multitude de petits essais, d'opérations délicates, qui s'exécutent facilement dans le cabinet, et au moyen desquelles nous pouvons, dans chaque cas particulier, parvenir sûrement et prompternent à notre but; genre d'épreuves aussi utile qu'il est attrayant, on peut le dire, par la satisfaction que cause à l'esprit la solution de ces problèmes, qui s'offrent à lui comme autant d'énigmes à résoudre. Si nous voulons aller plus loin, et déterminer entièrement la composition complète et absolue des corps, nous empruntons à la chimie des laboratoires les résultats d'analyse qu'elle seule peut donner, et qu'elle n'obtient qu'au prix d'opérations longues et difficiles; cela fait, nous avons, comme minéralogiste, à discuter ces résultats, à les interpréter théoriquement, à essayer de les mettre d'accord avec les indications de la physique et de la géométrie des Cristaux. Dans ce travail, nous rencontrons à chaque pas l'application et la confirmation de ces grands faits de la chimie moderne, la loi des proportions définies, l'isomérie, le polymorphisme, et lisomorphisme.

Après s'être ainsi transformé successivement en géomètre, en physicien et en chimiste, pour établir, à l'aide du calcul, de l'expérience et de la simple observation, l'ensemble des caractères de chaque substance, ce que les auteurs allemands appellent sa caractéristique, il reste encore au Minéralogiste à remplir un dernier rôle, un rôle plus spécial, celui du naturaliste descripteur et classificateur; et, pour cela, il lui faut comparer avec soin les diverses sortes de caractères, reconnaître leurs lois et leur subordination, chercher à apprécier leur valeur relative, et poser enfin les principes qui doivent le diriger, tant dans la spécification que dans la classification des espèces.

La Minéralogie, comme on le voit, lient d'une part à l'histoire naturelle proprement dite, et d'un autre côté, se rattache à la géométrie, à la physique et à la chimie. Ce n'est que depuis qu'elle a été éclairée de la vive lumière que les sciences ont répandue sur elle, qu'elle a pris rang elle-même parmi les sciences positives ; car elle offre maintenant un ensemble de faits qui se lient parfaitement entre eux, et se laissent

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ramener à un petit nombre de lois générales. Aujourd'hui les Minéralogistes, en partant de principes certains, peuvent arriver à des résultats comparables; ils marchent vers leur but d'un pas assuré, en tenant d'une main le flambeau des théories, et de l'autre, celui de l'observation ou de l'expérience.

Ce n'est que du commencement de ce siècle que date la nouvelle ère de la Minéralogie, car c'est Hauy qui a eu le mérite de poser les véritables bases de la science ; et il l'a fait avec tant de bonheur, qu'il n'y a presque rien à changer, ni à ajouter aux principes qu'il a établis pour la formation des espèces. Si l'on remonte au-delà de l'époque d'Haiiy, on voit la Minéralogie essayer de se former en corps de doctrine tout au plus dans la première moitié du siècle précédent. Elle est donc sous tous les rapports une science moderne; cependant, comme elle a, dans un si court intervalle de temps, changé plusieurs fois de face, il ne sera pas inutile de faire ici, en peu de mots, l'histoire de sa marche et de ses progrès depuis un siècle.

Les divergences d'opinion qui ont divisé et qui divisent encore les Minéralogistes en plusieurs écoles distinctes et profondément séparées, tiennent à la diversité des points de vue sous lesquels ils ont envisagé les Minéraux, et au choix qu'ils ont cru pouvoir faire de telle ou telle classe de propriétés, pour établir leurs principes de spécification et de classification, en excluant toutes les autres, ou du moins en ne leur accordant qu'une place insignifiante. Aussi peut-on distinguer autant d'écoles de Minéralogistes, dont chacune a eu son temps de vogue, qu'il y a de classes ou de divisions importantes parmi les caractères. Or, les caractères des Minéraux se partagent assez naturellement en caractères extérieurs, caractères chimiques, et caractères physiques; ces derniers ont été subdivisés en caractères géométriques ou cristallographiques, et en caractères physiques proprement dits, ce qui fait en tout quatre classes principales. Eh bien, à chacune de ces quatre divisions correspond une école particulière de Minéralogistes, dans laquelle, toutefois, il faut comprendre , non pas seulement ceux qui n'ont eu égard qu'à une seule classe de ca-

ractères, mais encore tous ceux qui lui ont assigné le plus haut degré d'importance, qui lui ont attribué une prépondérance marquée sur toutes les autres.

C'est dans le nord de l'Europe, en Suède et dans la Saxe, que s'est développée la première école, celle qu'à l'exemple de M. Al. Brongniart, nous appellerons V école empirique, parce qu'elle se fondait uniquement sur le témoignage des sens , n'accordant d'attention qu'aux caractères extérieurs, à ceux que nous constatons à l'aide de nos seuls organes et sans le secours d'aucun instrument. Ses représentants les plus célèbres ont été, en Suède, Bromel et Wal • lérius, et en Saxe, Werner. Ce dernier peut en être considéré, sinon comme le fondateur, du moins comme le véritable chef; il s'est efforcé de ramener 1» détermination empirique des Minéraux à des procédés méthodiques, et il est parvenu à définir tous leurs caractères extérieurs avec une précision inconnue avant lui. On n'a pas tardé à reconnaître l'insuffisance de pareilles méthodes, et l'école empirique a fini par se transformer et par se fondre dans les écoles géométrique et chimique. Aujourd'hui elle n'est plus, et peut-être méconnaît-on un peu trop les services qu'elle a rendus à la science; il semble qu'on ait complètement perdu de vue l'utilité dont peuvent être des caractères extérieurs, définis avec tout le soin qu'y mettait l'école de Freyberg. Ils ont une véritable importance, lorsqu'il s'agit non pas de déterminer une espèce , mais d'en décrire les variétés, de telle sorte que la description les fasse aisément reconnaître.

La seconde école , que nous appellerons V école chimique, comprend les minéralogistes qui ont fondé principalement, ou même uniquement, leurs principes de classification sur la composition chimique, telle que la donne l'analyse. Ce sont, entre autres, parmi ceux du siècle dernier, Cronstedt,Bergmann etKirwan, et de nos jours, l'illustre Berzélius. Certes, nous sommes bien éloigné de vouloir contester l'importance des caractères chimiques pour la détermination des espèces ; nous pensons au contraire qu'ils sont en Minéralogie des caractères de première valeur. Cependant il est facile de se convaincre de leur insuffi-

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sance dans beaucoup de cas et de la nécessité de les combiner, soit avec le caractère delà forme, soit avec les indications des propriétés physiques. C'est donc à tort que plusieurs chimistes , méconnaissant la véritable nature et l'importance du rôle du naturaliste, ont cru pouvoir, dans la formation et le classement des espèces minérales, se borner aux seuls résultats de l'analyse, réduisant la Minéralogie à n'être plus qu'un simple appendice de la chimie minérale, et par là l'annulant ou l'absorbant tout entière au profit de leur science.

En même temps que se développait l'école dont nous venons de parler, d'autres savants cherchaient de leur côté à faire prévaloir les diverses catégories de caractères physiques, et l'on a vu surgir une école nouvelle, Y école physique, qui , en se fractionnant successivement, a produit l'école géométrique ou des cristallographes, celle des naturalistes purs, et enfin, celle des Minéralogistes opticiens. Linné, qui porta son remarquable esprit d'investigation sur toutes les parties de l'histoire naturelle, est le premier qui introduisit dans la science des minéraux l'importante considération de la forme cristalline. Mais, tout préoccupé qu'il était de certaines idées cristallogéniques complètement erronées, il ne sut pas en tirer un parti convenable. L'école géométrique a été surtout représentée par Rome de l'isle et Haiiy en France , et par Weiss et Mohs en Allemagne. Observons toutefois qu'Hatiy, bien qu'il ait eu une sorte de prédilection pour le caractère de la forme , a toujours attaché une grande importance aux autres caractères physiques, aussi bien qu'à la composition chimique; et pour cela, il mérite que nous lui donnions un rang à part, comme nous le ferons tout-à-I'heure.

Quant à Mohs , il est devenu le chef d'une école particulière, dans laquelle il a été précédé par Daubenton et suivi par Breithaupt ; c'est celle des naturalistes purs qui, voulant en quelque sorte prendre leur revanche du dédain que les chimistes avaient manifesté pour les caractères physiques, repoussent à leur tour toutes les données de la chimie, prétendant qu'elle ne saurait fournir des caractères inhérents aux espèces

et propres à l'histoire naturelle, parce qu'elle t. vin.

dénature les Minéraux; et que la cristallographie et la physique peuvent seules nous les dépeindre et nous les représenter tels qu'ils sont réellement. Sans vouloir nous livrer en ce moment à une discussion approfondie de la valeur de cette opinion , nous nous bornerons à une seule observation , qui nous paraît suffisante peur montrer que l'école de Mohs a poussé jusqu'à l'exagération la rigueur de ses principes. Si nous avions des organes assez délicats,, ou des microscopes assez puissants pour nous permettre de voir et de toucher les. molécules physiques des Minéraux, nous1 reconnaîtrions alors que les molécules sont des groupes composés d'atomes, parfaitement déterminés dans leur forme et leur structure ; et la constitution moléculaire, tombant immédiatement sous nos sens, rentrerait alors dans la classe des caractères que Mohs regarde comme naturels. Ne pouvant la connaître ainsi par l'observation immédiate, nous tâchons d'y parvenir par des voies moins directes, en suppléant au témoignage des sens par les déductions tirées des résultats de l'analyse chimique et de l'ensemble des faits cristallograpbiques.

Nous ajouterons encore une réflexion :

Mohs a cherché à établir un parallèle entre la chimie et l'anatomie d'une part, la Minéralogie et la zoologie d'une autre part , et il a soutenu que les rôles du chimiste et du Minéralogiste étaient aussi nettement séparés que le sont ceux de l'anatomiste et du zoologiste. Selon lui, le zoologiste ne peut pas raisonnablement fonder ses moyens de reconnaissance sur des caractères aussi profondément cachés que les caractères anatomiques, et sur des différences que le scalpel seul peut lui révéler. Il lui paraît absurde , ou du moins par trop étrange , que , pour déterminer le nom d'un animal vivant, on soit dans l'obligation de le mutiler ou de le détruire. Le zoologiste doit donc chercher à combiner les caractères extérieurs , de manière qu'ils traduisent et représentent exactement les caractères plus profonds qui échappent à l'observation directe. Ce raisonnement a bien sa valeur sans doute ; mais l'assimilation que Mohs prétend faire de la Minéralogie avec la zoologie n'est pas exacte; les Minéraux n'offrant jamais ce caractère d'individualité qui se ren rentre si

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fréquemment parmi les animaui , le cas n'est pas le même pour le Minéralogiste , qui peut détacher sans scrupule une parcelle du Minéral à déterminer, le reste de la masse n'éprouvant par là aucune altération.

Enfin, comme une dernière fraction de l'école physique, nous devons mentionner celle des physiciens, qui ont fait une étude spéciale de l'optique minéralogique , et à laquelle appartiennent M. Brewster en Angleterre, MM. Biot et Babinet en France.

Gomme on le voit , la Minéralogie , dans chacune de ses phases successives, s'est signalée par le caractère éminemment exclu» sif de son point de vue et de ses moyens de recherche. Dans son état actuel, elle nous offre un caractère tout opposé , une sorte de tendance à l'éclectisme. Empruntant à chaque école ce qui lui appartient en propre, et ne négligeant aucun moyen d'investigation , s'il peut être utile , au lieu de chercher à restreindre ses procédés, elle les multiplie le plus possible ; elle fait appel aux savants qui peuvent lui ouvrir de nouvelles voies de recherche. Elle tire des secours non seulement de la chimie, mais de toutes les parties de la physique et de la géométrie elle-même, persuadéeque ces diverses sciences, en s'associant, se prêtent un appui mutuel , et que leurs résultats ne peuvent que gagner à se contrôler les uns par les autres. Ce contrôle si précieux a lieu en vertu du principe de la corrélation des caractères qui correspond dans les Minéraux à celui de l'harmonie des organes chez les êtres vivants. On reconnaît, en effet, entre les différents caractères du Minéral , lorsqu'on le prend dans son plus grand état de perfection, qui est l'état cristallin, des lois de coexistence qui, bien qu'établies par l'observation seule et par la répétition constante du rapport observé, ont, en histoire naturelle, lamême valeur scientifique queles lois du physicien ou les formules du géomètre; car elles permettent de conclure, du connu à l'inconnu , des propriétés extérieues et visibles à celles qui sont intérieures et cachées.

L'ère nouvelle de la Minéralogie date de l'apparition du grand ouvrage, dans lequel Hatiy a posé les bases de la spécification du règne minéral. Jusque là, la science n'a- J

vaiteu pour diriger sa marche aucun principe certain, aucune règle fixe. Hauy est le premier auteur qui ait cherché à donner une définition rigoureuse de l'espèce , et à déterminer les caractères qui doivent établir l'identité du Minéral. Selon lui, l'espèce est la collection de tous les individus dont les molécules physiques sont semblables en tout point, c'est-à-dire de même forme et de même composition atomique. Elle a donc deux caractères fondamentaux d'une égale importance, dont l'un est la composition anatomique, telle qu'on la conclut des analyses , et l'autre est la forme de la molécule, ou, ce qui revient au même, la forme cristalline. — Cette définition est claire, précise et fondée sur les raisons les plus évidentes. Tout nous porte à croire, en effet, qu'un Minéral pur n'est qu'une masse formée par l'agglomération des molécules identiques; l'essence de l'espèce minérale réside donc dans l'unité de la molécule physique, de cet élément infiniment petit et invisible pour nous, mais qui, en se multipliant un très grand nombre de fois, engendre les masses minérales sensibles. Autant il se trouve de corps dont les molécules diffèrent, autant il y a d'espèces à distinguer.

Mais on a reconnu en chimie que la molécule physique , ou le dernier terme de la division moléculaire opérée par la chaleur, n'était pas toujours la même chose que le dernier terme de la division produite par l'action chimique; les Minéraux sont constitués généralement de manière que leurs atomes élémentaires sont d'abord combinés entre eux en une molécule chimique, de type et de forme parfaitement définis, et qu'ensuite ces molécules chimiques sont groupées de nouveau par petits nombres pour former une seconde espèce de molécules, tout aussi bien déterminée de forme que la première, et qui est la véritable molécule physique. Il y a donc, dans les Minéraux, deux points fixes différents , auxquels on peut s'arrêter pour en faire la base de l'espèce; et par conséquent on conçoit comme possibles deux sortes d'espèces , une espèce purement chimique , fondée uniquement sur l'identité delà molécule chimique, et une espèce physico-chimique ou minéralogique, fondée sur l'identité de la molécule physique, et par conséquent sur l'identité de la composition

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chimique et de la constitution physique tout ensemble. Or, c'est, en effet, ce que nous apprend l'histoire de la science. L'espèce minérale a été établie tantôt d'une manière et tantôt de l'autre. Les chimistes , se préoccupant avant tout de la composition chimique , ont considéré comme étant de même espèce tous les corps dans lesquels la molécule chimique était la même , faisant bon marché de toutes les modifications qui pouvaient avoir lieu en dehors de cette molécule. Les Minéralogistes, au contraire, en leur qualité de physiciens naturalistes, ont attaché avec raison une grande importance aux différentes constitutions physiques , et pour eux le caractère de l'espèce réside dans la molécule physique, ou , ce qui revient au même, dans l'identité de constitution physique , laquelle suppose nécessairement l'identité de composition chimique. Dans cette divergence d'opinions entre les chimistes et les Minéralogistes, il n'y a rien qui doive surprendre : on conçoit très bien que les deux sciences aient chacune leur point de vue particulier, et qu'en même temps elles puissent s'entendre parfaitement , en tenant compte de la différence des points de départ.

Quelques naturalistes, parmi ceux qui s'adonnent à l'étude de l'organisation, ayant cherché à établir une comparaison entre la Minéralogie et les sciences organiques, ont prétendu que , dans le règne minéral , il n'y avait, à proprement parler, ni espèces ni individus , et cela pour avoir perdu de vue la véritable définition de l'espèce, et s'être trop préoccupés de celle par laquelle on la remplace ordinairement; ils n'ont pas séparé dansleurespritdeux faits bien distincts, celui de l'existence présente de certains types d'organisation, végétaux ou animaux , et celui de leur multiplication dans le temps et dans l'espace , ou de leur propagation par voie de génération successive. Ces deux faits, a la vérité, paraissent toujours concomitants; mais il n'y a point entre eux de rapport tellement nécessaire que l'un ne puisse être conçu sans l'autre.

Dans les règnes organiques , les individus d'une même espèce naissent les uns des autres; mais ce mode de propagation des individus ne constitue pas la véritable essence des espèces: elle consiste, selon nous,

dans un type d'organisation défini , qui se répète le même dans un grand nombre d'individus ; peu importe la manière dont s'opère cette multiplication d'individus semblables. Que l'on fasse, pour un moment, abstraction des faits de la reproduction; en supposant permanente la création actuelle , les espèces n'en seront pas moins bien limitées que dans l'état réel des choses; elles pourront toujours se distinguer entre elles par les caractères qui leur sont inhérents, par les différences qui ressortent de leur organisation. En Minéralogie, il y a des espèces par la raison seule que les molécules physiques ont des types de composition aussi fixes , aussi bien déterminés que les types des espèces organiques. Nous le répétons, c'est l'existence et la fixité de types rigoureusement déterminables qui constituent l'essence des espèces , et c'est la répétition exacte du même type dans plusieurs corps ayant chacun une existence à part qui fait les individus.

De la définition de l'espèce donnée par Hauy il résulte évidemment que l'analyse chimique est impuissante pour caractériser seulela natured'un Minéral ; qu'elle ne nous fait connaître que la composition apparente ou relative, et non la composition réelle ou absolue; et qu'il y a quelque chose à voir au-delà de son résultat. D'un autre côté , la forme cristalline peut bien nous représenter la disposition relative des atomes ; elle peut même dépendre en partie de leur nombre; mais elle ne nous apprend rien de leur nature, et par conséquent l'intervention de la chimie est nécessaire pour compléter la connaissance de l'espèce. Il faut donc faire concourir à sa détermination les deux caractères; il est impossible de ne pas admettre celte conséquence logique. Le principe posé par Haiïy est définitivement acquis à la science, et il sera désormais le point de départ de toute classification qui aura des prétentions au titre de méthode naturelle.

Les nouveaux principes introduits dans la science depuis l'époque d'Haûy ne sont aucunement contraires à la règle de spécification qu'il a établie. Celui de l'isomérie lui est tout-à-fait favorable ; car c'est précisément en s'appuyant sur des modifications du genre de celles qu'on a depuis ap-

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pelées homériques , sur des changements intra-moléculaires, sur les différences de rôle que les mêmes atomes lui paraissaient pouvoir jouer dans des corps de même composition, qu'il fondait la nécessité d'adjoindre la forme à la composition , comme caractère spécifique. L'isomérie étant favorable au principe d'Haiiy, le dimorphisme ne saurait lui être contraire si , comme nous le pensons, et comme le croient beaucoup de Minéralogistes et même de chimistes, les faits , peu nombreux d'ailleurs , qu'on a désignés par ce nom ne sont que des cas particuliers d'isomérie, et ne constituent par conséquent qu'un faux dimorphisme appa rent (Voy. isomérie). Il n'y aurait qu'un dimorphisme réel qui pourrait faire difficulté et nécessiter peut-être quelque modification au principe d'Haûy; et par dimorphisme réel nous entendons le cas de deux minéraux qui, ayant mêmes molécules physiques, cristalliseraient dans des systèmes différents. Mais rien ne prouve encore qu'il en soit ainsi; c'est jusqu'à présent un cas purement hypothétique ; et en attendant qu'on fournisse la preuve de sa réalité , il n'y a rien à changer à la définition d'Haiiy ; et la preuve la plus manifeste de la solidité de ce principe, c'est que les Minéralogistes (même ceu» qui semblent portés à admettre le dimorphisme comme réel) n'en continuent pas moins d'établir la distinction des espèces d'après l'ancienne règle.

Quanta l'isomorphisme, cet autre principe , qui est aussi venu enrichir nouvellement la science , il est évident qu'il n'a rien de contraire à cette règle , puisqu'il ne suffit pas que deux Minéraux aient la même forme pour être de la même espèce, et qu'il faut en outre que ces minéraux s'accordent sous le rapport de la composition.

Les espèces étant formées , il reste à voir d'après quels principes on établira leur classification , comment on formera les genres et autres divisions supérieures de la méthode. Les espèces ayant deux caractères fondamentaux, l'un chimique, l'autre cristallographique, il en résulte d'abord qu'il y a deux sortes de degrés par lesquels on peut se rapprocher des espèces ou des genres possibles, l'un purement chimique, l'autre purement cristallographique. Celui-ci se forme par le rapprochement des espèces ,

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qui cristallisent dans le même système (ex.: genre rhomboédrique), le premier par le rapprochement des espèces qui ont un principe commun (ex. : genre Carbonates). Ces deux genres peuvent exister tous les deux, à la condition qu'ils se subordonnent I'ud à l'autre, et nous pensons que cette subordination doit être telle que le caractère chimique domine le caractère cristallographique. Ce sera donc le groupe Carbonates qui se subdivisera d'après les différences de systèmes et non pas le groupe Rhomboédrique qui sera divisé en Carbobonates , Sulfates, Phosphates, etc. Maintenant, il est clair qu'on peut encore former un troisième genre , en réunissant les espèces isomorphes, c'est-à-dire celles qui ont entre elles une double analogie de composition et de forme. Ce sera le genre physico-chimique ou le genre minéralogique proprement dit , le moins éloigné de l'espèce , et par conséquent le plus naturel.

Les genres chimiques peuvent être établis de deux manières , selon que le principe commun , qui sert de lien aux espèces, est le principe minéralisé ou la base , ou bien le principe minéralisateur, ou celui qui fait fonction d'acide. De là , plusieurs sortes de classifications possibles au point de vue chimique : les classifications par les bases , comme celle d'Haiiy, les classifications par les acides, comme celle de M. Beudant, et les classifications mixtes, dans lesquelles les espèces sont groupées tantôt par les acides , et tantôt par les bases , comme celles de MM. Brongniart et de Kobell. Chacune de ces méthodes présente des avantages; mais dans l'état actuel de la science, le groupement parles acides paraît préférable , parce qu'il laisse subsister presque toutes les réunions qu'indique l'isomorpbisme , et que ces réunions sont ce qu'il y a de plus naturel en Minéralogie. Les groupes d'isomorphes sont la pierre de touche des classifications modernes; elles sont d'autant plus artificielles qu'elles rompent plus fréquemment et plus fortement les rapports de ce genre. Nous croyons donc qu'il faut adopter les groupes chimiques de M. Beudant, qui ne sont rien autre chose que les genres de la chimie minérale; seulement nous nous servons du mot d'ordres pour les désigner, afin de pouvoir le subdiviser en tribus,

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d'après les systèmes cristallins , et en genres proprement dits, d'après l'isomorphisme.

Le groupement par les bases a bien aussi des avantages qu'on ne saurait nier, surtout lorsqu'on l'applique aux substances métalliques, et c'est pour profiter de ces avantages , et en même temps de ceux qui résultent de l'autre mode de groupement , que M. Brongniart et quelques Minéralogistes ont cru devoir scinder la classification en deux parts, et donner à chacune un caractère différent. Mais on peut dans les leçons, aussi bien que dans les livres de Minéralogie, demeurer conséquent au principe que l'on a une fois posé, et cependant ne laisser perdre aucun des avantages réels qui sont attachés aux deux méthodes; car rien n'empêche , par exemple , après avoir placé sous leurs différents acides et décrit séparément les espèces qui ont une même base, de les récapituler toutes lorsqu'on a fait l'histoire de la dernière, et de recomposer ainsi le genre de la méthode inverse. Quelle que soit la méthode que l'on suive , il y a de l'avantage à former ainsi de nouveaux rapprochements entre les espèces, et à multiplier les comparaisons de toutes les manières possibles. C'est le seul moyen de suppléer à l'insuffisance de nos méthodes , et de remédier a ce qu'elles ont d'artificiel.

En continuant de prendre pour guide risomorphisme, on peut établir entre les ordres chimiques eux-mêmes une disposition en série assez rationnelle, et à l'aide de laquelle on passe successivement et par degrés des corps les plus combustibles aux corps non combustibles , et des substances les moins composées à celles qui le sont le plus. Nous renvoyons au mot système mi- Wéralogique pour les détails concernant ce mode de classement, dont nous avons déjà Tait usage, en décrivant dans ce Dictionnaire quelques uns des groupes principaux de la Minéralogie. (Delafosse).

MINES, géol. et min. appl. — LesMines sont des ejicavations faites dans le sein de la terre pour l'extraction de certaines matières. On applique spécialement celte dénomination aux exploitations des gîtes métallifères et des gîtes généraux, qui, par leur importance , donnent lieu à des travaux très développés, comme la houille, l'anthracite, le sel gemme, etc. Les exploi-

tations prennent le nom de carrières lorsqu'elles sont ouvertes, généralement à ciel ouvert , sur des gîtes généraux qui fournissent à l'industrie les pierres de construction , telles que les granités, calcaires, gypses, grès , schistes ardoisiers, etc. Enfin certains gîtes, tels que les tourbes, les fers d'alluvions , les alluvions aurifères, qui s'exploitent par des travaux superficiels, reçoivent les noms de tourbières , minières et lavages.

L'exploitation des Mines remonte à une époque très reculée. Elle est devenue la source la plus immédiate de la prospérité commerciale, en fournissant à l'industrie la plus grande partie des matières premières. En général, la plupart des États pourraient se suffire à eux-mêmes sous le rapport des produits agricoles; mais les richesses minérales , réparties avec irrégularité, ont dû amener entre eux des échanges nécessaires. Les Mines métalliques sont concentrées dans quelques districts circonscrits, tandis que des surfaces immenses en sont totalement dépourvues. La houille , ce précieux combustible, ne se trouve que dans des bassins peu étendus, et presque tous accumulés dans la partie occidentale de l'Europe.

L'art des Mines ne reçut de grands développements qu'après que les sciences physiques eurent fait préalablement des progrès étendus. Il fallait non seulement trouver le minéral , mais en reconnaître la composition et les propriétés physiques; connaître les moyens de s'enfoncer avec sécurité dans les profondeurs de la croûte terrestre , quelle qu'en fût la résistance, quelques obstacles qu'elle présentât par la présence de voies d'eau , ou d'autres fluides qui la traversent accidentellement. Enfin , il fallait aussi connaître les procédés les plus économiques pour en retirer les substances utiles, et Jes amener à l'état de pureté. On conçoit qu'il dut s'écouler bien des siècles avant que l'homme pût résoudre tous ces problèmes, et extraire des entrailles de la terre les matières dont il a besoin, et qui concourent si puissamment au développement social.

Ce ne fut guère qu'au commencement du xvuc siècle que les travaux des Mines se développèrent sensiblement, et arrivèrent à un état satisfaisant par l'élude des filons, la création des méthodes d'abattage , de trans -

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port et d'épuisement des eaux. L'emploi de la poudre dans les Mines remonte à cette époque; jusque là l'action des outils et du feu avait suffi aux exploitations ; aussi le travail était-il lent et pénible. L'application de la poudre fut un des progrès les plus remarquables de l'art des Mines. Elle augmenta considérablement les produits en accélérant les travaux. En effet, l'abattage même des roches les plus dures cède à la force d'expansion de la poudre enflammée , dont le gaz incandescent égale instantanément de 4,000 à 6,000 fois le volume primitif de la poudre. Que de travaux longs et dispendieux n'a-t-elle pas épargnés depuis son application ! Autrefois il fallait toute la persévérance forcée des malheureux condamnés aux travaux des Mines pour entreprendre la perforation des roches quartzeuses et granitiques, dont l'abattage ne devait s'opérer qu'avec une lenteur désespérante. L'emploi de la poudre abrégea donc les efforts des hommes en leur facilitant l'accès des minerais enfouis dans les abîmes , que l'on jugeait jusqu'alors impénétrables avec le seul secours des outils.

Les gîtes de minéraux utiles se divisent en gîtes généraux et en gites particuliers. Les premiers forment des masses puissantes et étendues qui constituent des terrains ou parties de terrains de la série géologique; les seconds sont des masses minérales accidentelles qui se présentent isolées au milieu des gîtes généraux, dont elles diffèrent par leur nature. Lorsque ces gîtes particuliers sont l'objet d'exploitation pour en retirer les matières utiles qu'ils renferment, on les nomme gîtes de minerais

Parmi les gîtes de minerais , les uns paraissent être de formation contemporaine à celle des terrains qui les encaissent; ce sont : les bancs , les amas parallèles , formés de minerais ou d'autres substances étrangères au terrain ; les autres, au contraire, sont de formation postérieure à celle des terrains dans lesquels ils sont enclavés : tels sont les filons, les amas entrelacés, les amas transversaux et les amas irréguliers. Us alimentent la presque totalité des exploitations métalliques.

Les filons sont des gîtes d'une forme assez plane , d'une épaisseur généralement peu considérable, mais assez étendus dans leurs

autres dimensions; ils résultent de fentes ou cassures plus ou moins considérables dans la croûte solide du globe , et postérieurement remplies par diverses substances minérales, parmi lesquelles se trouvent les minerais. Ces gîtes sont astreints à des loi* de régularité dans leur forme, leur composition et leur allure. Ainsi les filons d'une même époque ont une composition identique, et sont parallèles entre eux. Quelquefois ils sont coupés par d'autres filons postérieurs, qui affectent des caractères différents de composition et de direction. En général les filons se terminent en coin à leur partie inférieure, ils se bifurquent en traversant des terrains moins résistants, et, dans ce cas, ils s'appauvrissent considérablement (voy. l'article filon de ce Dictionnaire pour leur mode de formation).

On distingue plusieurs parties dans un filon : ainsi on appelle toit la paroi supérieure du filon, et mur la paroi inférieure; la distance entre ces deux parois constitue la puissance du filon. La tête est la partie du filon la plus voisine de la surface ; elle prend le nom d'affleurement, lorsqu'elle se montre au jour; la partie la plus profonde du filon prend le nom de queue. Généralement elle diminue de puissance à mesure qu'elle s'enfonce. Souvent le toit et le mur sont séparés du gîte métallique par des roches d'une autre nature que la masse, et souvent argileuses : ces parties sont les salbandes. On appelle épontes les parois de roches encaissantes qui forment le toit et le mur du filon. La ligne d'intersection d'un plan horizontal avec le plan d'un filon en détermine la direction ; {'inclinaison est l'angle que forme le plan de direction avec l'horizon.

Les filons s'étendent quelquefois à des distances considérables dans le sens de leur direction. Leur puissance varie de 0M,10 jusqu'à 40 et 50 mètres. Le plus généralement la puissance est au-dessous de 2 mètres. Les minerais s'y trouvent mélangés avec des matières pierreuses qu'on nomme gangues. Ces gangues sont principalement composées de Silice sous forme de Quartz, j de Jaspe ou d'Agates; de Chaux carbonatée, * de Chaux fluatée, et de Baryte sulfatée; rarement elles sont d'une seule espèce. Quelquefois cependant l'une de ces espèces do-

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mine soit dans certaines parties du filon , soit dans le filon en entier.

Les premiers travaux d'une Mine sont destinés à constater l'existence du gîte, sa position, sa direction, son inclinaison et sa richesse probable. Ces travaux de recherches se font soit au moyen de la sonde, soit par tranchées, puits, et galeries souterraines.

En faisant les puits et les galeries, on a soin de leur donner une solidité convenable en les boisant à mesure qu'on fonce et qu'on perce, afin que par la suite ils puissent servir aux divers travaux d'exploitation. Les puits destinés à l'extraction du minerai et à l'épuisement des eaux atteignent le niveau le plus profond des travaux; leur profondeur varie généralement de 50 à 600 mètres. Les galeries sont affectées à plusieurs emplois, et par suite prennent des noms spéciaux : ainsi on nomme galeries d'écoulement, celles qui servent à l'écoulement des eaux ; galeries de roulage, celles qui servent au transport du minerai; galeries d'allongement, celles qui sont percées parallèlement à la direction du gîte, et galeries de traverse, celles qui coupent transversalement ces gîtes.

Notre but n'est point de décrire tous les travaux relatifs à l'exploitation des Mines. Il nous faudrait pour cela rompre les limites du cadre qui nous est imposé. Dans ce Dictionnaire uniquement consacré à l'étude générale de l'histoire naturelle, c'est à peine si nous pouvons donner une idée des travaux hardis et ingénieux que les Mineurs emploient pour extraire les masses minérales.

Lorsque les travaux de recherches et préparatoires pour l'extraction d'un filon sont suffisamment avancés, lorsqu'on a préparé dans la mine la circulation de l'air, et une issue à l'eau et aux déblais , on s'occupe d'abord de diviser la masse exploitable en massifs parrallélipipédiques au moyen de galeries d'allongement, et de puits de communication. Ces galeries et ces puits ont ordinairement la largeur du filon quand il est assez large ; dans le cas contraire , on entaille le toit et le mur afin de donner une ouverture convenable pour les travaux auxquels on les destine. Ces travaux servent à la fois à l'exploitation, en donnant déjà du minerai, et à la reconnais-

sance des allures et de la recherche du filon, dont on prépare de cette manière l'extraction successive. On procède à cette dernière opération par deux méthodes différentes, dont l'une consiste à attaquer le minerai par dessus, et l'autre à l'attaquer par dessous. Dans l'un et l'autre cas, on dispose les entailles en gradins semblables pour faciliter les travaux. Le minerai, détaché de son gîte, est amené au jour au moyen de brouettes et chariots, quand les galeries aboutissent à la surface de la terre. Dans le cas contraire, il est transporté jusqu'au puits d'extraction, et mis dans une tonne qu'un agent mécanique fait alternativement monter et descendre.

Dans quelques Mines, la méthode d'exploitation se fait à ciel ouvert : c'est la moins coûteuse; en effet, la possibilité d'opérer en grand rend l'abattage plus prompt et plus facile ; aussi cette méthode est-elle préférée pour tous les gîtes peu distants de la surface. On exploite aussi de cette manière la tourbe, les terres et les sables où gisent l'or, les diamants et les minerais d'alluvions.

Dans les houillères dont les couches sont épaisses, dont le toit est difficile à soutenir, et qu'on veut exploiter à de grandes distances sans être obligé de beaucoup étayer, on exploite par chambre. Ce sont des tailles droites de 10 à 20 mètres de largeur, qui avancent dans la houille sans galeries préparatoires, soit suivant la direction des couches, soit suivant leur inclinaison. Cette méthode est employée avantageusement quand on craint le voisinage de quelques amas d'eau qu'on peut reconnaître par le sondage , et qu'on peut arrêter par la construction d'une digue solide derrière le front de la taille. Quand les chambres sont larges, on a soin de laisser des massifs de houille, comme moyen de soutènement, ainsi qu'une portion de la couche supérieure quand le toit est ébou- Ieux.

Les autres travaux les plus importants des Mines, pour rendre leur exploitation permanente et productive, consistent dans les boisage et muraillernent , le remblai, l'aérage, l'épuisement des eaux et la préparation des minerais. Nous allons en donner rapidement un léger aperçu.

Lorsque les travaux souterrains sont

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pratiqués dans des roches dures et solides, les excavations se soutiennent naturellement ; quelques légères précautions suffisent pour les maintenir. Mais dans la plupart des cas les roches sont fissurées, se renflent et se dilatent par le contact de l'air humide et Je l'eau, en sorte que si elles n'étaient soutenues par des moyens spéciaux, elles s'ébouleraient promptement, et les parois se resserreraient par l'effet des poussées latérales. Aussi les mineurs n'attendent pas que ces effets se produisent pour les combattre. La pratique leur fait promptement connaître quelles sont les roches qui ont plus ou moins besoin de boisage et de muraillement. Les bois les plus généralement employés à cause de leur action résistante sont le chêne, le sapin rouge et le hêtre. On dispose le boisage de manière que les pièces soient aussi courtes que possible et dans un état de tension général, en évitant de faire porter la charge sur un seul point d'une pièce, quand on peut répartir cette charge sur toute sa longueur. Le muraillement s'emploie pour les ouvrages importants, à grandes sections et qui doivent réunir les conditions d'une longue durée et d'un faible entretien. Il est également nécessaire pour les ouvrages qui traversent des terrains argileux qui se renflent par le contact de l'air et exercent des pressions que le boisage aurait peine à supporter. Ces travaux intérieurs de maçonnerie se font du reste comme au jour, en ayant soin de ne mettre que peu de mortier entre les joints.

Le remblai consiste à remplir les excavations souterraines, soit avec les débris du triage, soit par des matériaux descendus de la surface; il sert à s'élever sur un étage ainsi remblayé pour attaquer un étage supérieur, et continuer successivement ainsi.

Les causes qui vicient l'air dans l'intérieur des Mines sont produites par la respiration des ouvriers , la combustion des lampes, les explosions de la poudre, la décomposition de certaines substances, la corruption des bois, et surtout les dégagements naturels de gaz délétères qui se font jour du sein de la terre. On se débarrasse de ces gaz à mesure qu'ils se forment, en créant, par la disposition des travaux, des courants énergiques pour amener leur diffusion avec l'air atmosphérique. Mais ces moyens géné-

raux ne suffisent pas toujours : aussi l'nérage des Mines est-il souvent artificiel. C'est ainsi qu'avec le secours de machines on pompe l'air intérieur, ou l'on refoule dans les travaux l'air extérieur. Quelquefois on dispose un foyer sur un point; la dilatation atmosphérique s'y établit aussitôt, et détermine un courant d'air, d'autant plus énergique que le foyer sera plus puissant. On se sert surtout de ce dernier procédé quand les travaux sont profonds, sinueux et développés, et qu'il s'y produit une proportion notable de gaz délétères.

Indépendamment des cours d'eau appelés nappes artésiennes, la plupart des terrains donnent lieu à des infiltrations qui tombent dans les Mines et entravent notablement les travaux; il importe donc d'établir des moyens d'épuisement proportionnés à la masse d'eau qu'on doit extraire pour maintenir les travaux à sec. Dans les pays montagneux où l'on peut atteindre le gîte par des galeries partant du pied de quelques vallons, on a ainsi un excellent moyen pour assécher tous les travaux dont le niveau leur est supérieur. Mais lorsque la contrée ne permet pas la construction de ces galeries d'écoulement, on a recours aux pompes et à tous les moyens mécaniques pour l'épuisement des eaux.

La plupart des substances métallifères qu'on extrait du sein de la terre exigent une préparation mécanique avant d'être considérées comme minerais propres à être fondus. La première opération est celle du cassage et du triage; la gangue est rejetée; le minerai riche est livré aux fonderies après un grillage préalable. Enfin , la troisième partie doit être hocardée, c'est-à-dire brisée et réduite en poudre d'une ténuité proportionnée à la finesse des particules du minerai. La dernière opération, qu'on appelle lavage, a pour but l'isolement du minera pur des corps étrangers qui l'accompagnent. Comme toutes les méthodes de lavages, elle est basée sur les différences de pesanteur spécifique. Ainsi les parties les plus denses, et par conséquent les parties métallifères s'arrêtent en gagnant le fond , tandis que les parties les plus légères remontent et sont entraînées par l'eau. De cette manière on recueille un minerai pur et propre à être fondu.

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Malgré les difficultés que présentent les travaux souterrains, on est parvenu, avec le secours de la boussole et de la trigonométrie, à diriger les travaux avec une rigoureuse exactitude. La précision est telle que le percement d'une gajerie peut s'entreprendre des deux côtés opposés en déterminant à l'avance le point où les travaux devront se rencontrer. Il en est de même d'un puits ; on sait en le forant à quelle profondeur il rencontrera un point donné ou un gîte dont on connaît l'inclinaison.

Les Mines, étant composées de vides sinueux et isolés les uns des autres, présentent de grandes difficultés pour le levé des plans; aussi faut-il beaucoup de soins pour déterminer isolément la forme et la position de chacun de ces vides , qu'on rapporte ensuite sur le papier. Un bon plan de Mine résume toutes les conditions des travaux souterrains , et dans une exploitation tant soit peu considérable, c'est le seul moyen qui permette d'en embrasser l'ensemble. Aussi le plan seul permet de répondre à une foule de questions qu'on ne saurait apprécier en parcourant les travaux.

L'exploitation des Mines, en ouvrant un chemin dans l'intérieur de la terre, a été d'un puissant secours pour la géologie, en faisant connaître les faits les plus importants de la composition de divers terrains. Elle a offert aussi un théâtre précieux d'observations pour arriver à la solution de l'une des questions les plus importantes de la physique du globe, c'est-à-dire de sa température propre. Ce fut vers le milieu du xvme siècle que Guettard etDeluc publièrent quelquesobservations qui permirentd'établir que la température du globe augmente à mesure qu'on s'éloigne de sa surface. Cette augmentation est générale, et elle a lieu à peu près suivant la même progression dans toutes les parties du globe où il y a des exploitations et où l'on a pu faire des expériences. Cette loi d'accroissement delà température a été récemment confirmée par les expériences faites pendant le forage du puits artésien de Grenelle, jusqu'à la profondeur de 5i0 mètres. Aussi connaissaiton à l'avance quelle serait la température des eaux qui jailliraient de cette profondeur. L'augmentation moyenne de la chaleur centrale de la terre est de 1 degré par 30 mèt. vm.

très de profondeur. Cette belle théorie, qui repose sur des principes certains , est devenue la principale base de l'édifice géologique. Sous le point de vue philosophique, l'intérieur d'une Mine présente le plus vif intérêt. Les mœurs originales de cette population séquestrée du monde des vivants , ensevelie dans les ténèbres, dévouée à de pénibles travaux, offrent un vaste champ à la pensée de l'observateur. Un sentiment particulier saisit l'individu qui entre pour la première fois dans ce monde souterrain. Son cœur se remplit d'effroi; il frissonne à la vue de ces échelles perpendiculaires que montent et descendent les intrépides Mineurs. Ce réseau de galeries qui se croisent dans toutes les directions , ce labyrinthe dans lequel on ne saurait pénétrer sans guide, la faible clarté des lampes qui répand une lumière sinistre, au travers de laquelle paraissent et disparaissent des figures mystérieuses comme des ombres , le silence, enfin , qui n'est interrompu que par le bruit des marteaux des travailleurs , le bruissement des eaux , le cri des roues , le gémissement monotone des machines qui élèvent le minerai, puis les détonations des pétards que l'écho multiplie et dont le bruits'évanouit sourdement : tout cela laisse dans la mémoire des impressions qui ne s'effacent jamais.

Quant à l'histoire naturelle des Mines sous le rapport de leurs productions zoologiques et botaniques, elle ne présente qu'un intérêt fort médiocre. En effet, le défaut de lumière, la stagnation de l'air nuisent au développement des êtres organisés. L'homme lui-même , qui a regardé longtemps le travail des Mines comme une punition, ne peut, sous peine de graves maladies, y soumettre perpétuellement son existence. Des Reptiles immondes , quelques invertébrés sans couleur, des Champignons, des Algues et autres Cryptogames sont les seuls êtres vivants qui composent la faune misérable et la triste flore des Mines; mais on y rencontre quelquefois abondamment des corps organisés à l'état fossile, notamment dans les houillères.

Nous ne saurions passer sous silence le nouveau gisement de diamants qu'on vient de découvrir au Brésil. Ces Emportantes Mines, dont les produits paraissent incroya-

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