‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle résumant et complétant tous les faits présentés par les encyclopédiesChapitre 86 sur 192 · M OR · texte numérisé non relu

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sale courte (M. de Salheye, labiatus Geo fTr., M. de Belbeys ou dorsalis id., le même que le Kaschoué de Sonnini).

Enfin la quatrième section se compose des espèces où le front fait une saillie bombée, en avant d'une bouche reculée (M. bané ou cyprinoïdesL., Geoffr.).

L'espèce la plus connue de ce genre est le Mormyre oxvrhvnque, M. oxyrhynchus Geof.

(Centriscus nilolicus Schn.). C'est un poisson bleuâtre, plus foncé sur le dos, pâle sous le ventre, avec la tête rouge, surtout vers le museau, et des points bleus en dessus. Sa taille est d'environ 30 à 35 centimètres de longueur. Il alimente en grande abondance les marchés du Caire. Autrefois il était delà part des Égyptiens un objet de culte et de vénération; il possédait même un temple dans la ville à laquelle il avait aussi donné son nom. Aujourd'hui il n'est destiné qu'à l'ornement de nos tables, et les pêcheurs ne croient pas trop acheter la prise par les longues fatigues de leurs nuits. (J.)

MOROCARPUS, Scop. (Carn., I, 6). bot. ph. — Syn. de Blitum, Linn.

*MORODACT\'LUS (?<»pky obtus ; #«xtv)>oç, doigt), mam. — Goldfuss {Isis , 1819) donne ce nom à un groupe de Marsupiaux. (E. D.)

MORONOBEA. bot. ph. — Genre de la famille des Guttifères-Moronobées , établi par Aublet {Guy an., II, 79, t. 313). Arbres de l'Amérique tropicale. Voy. clusiacées.

MORONOBÉES. Moronobeœ. bot. ph.— Tribu de la famille des Guttifères-Clusiacées (voy. ce mot), ayant pour type le genre * Moronobea.

MORGXITE. min. — Variété de Chaux phosphatée, qu'on trouve à Arendal , en Norvège. Voy. phosphate.

MORPHINE (Morphée, dieu du sommeil), chim. — L'on a donné le nom de Morphine au plus actif des nombreux principes dont l'analyse chimique a constaté la présence dans l'Opium. Voy. ce mot. (A. P.)

* MORPHINES, ois, — Division formée dans le genre des Faucons (voy. ce mot) par M. Fleming (Phil. of Zool., 1822). (E. D.)

*M0RPHIX1A, Ker. (Gen. Irid., 105).

iot. ph. — Syn. tflxia, Linn.

MORPIINES , Cuv. ois. — Synonyme d'Autour.

MORPIIO ((^m>w, beauté), ins.— Genre

de l'ordre des Lépidoptères diurnes, famille des Nymphaliens, établi par Fabricius (Ent. syst., t. III), et dont les principaux caractères sont : Corps petit. Antennes un peu moins longues que le corps , très grêles. Palpes courts , dépassant peu la longueur de la tête, fortement relevés, très ciliés. Ailes très grandes relativement au corps, à nervures très fortes ; les ailes postérieures ayant leur cellule discoïdale ouverte , leur bord abdominal très grand et embrassant complètement l'abdomen. Pattes longues ; jambes et tarses ciliés en dessous de petites épines très serrées.

Les espèces de ce genre , au nombre de 40 environ, sont d'une grande taille et parées des couleurs les plus éclatantes. Elles habitent toutes l'Amérique méridionale.

Leurs chenilles sont nues ou presque rases, quelquefois terminées postérieurement pan une pointe fourchue

Une des espèces les plus remarquables de ce genre est le Morpho Adonis Fab., Latr., God. (Papilio Adonis Cram. ), figuré dans l'atlas de ce Dictionnaire , Lépidoptères , pi. 6 , fig. 1. Il a 8 centimètres d'envergure. Le dessus des ailes est du bleu le plus azuré, le plus brillant, avec le limbe postérieur noir. Le dessous est d'un gris lavé de brun, avec des bandes plus claires et des yeux séparés. Cette espèce se trouve au Brésil et à Cayenne.

*MORPHOIDES ( p.opy ci , beauté; tIJoç, aspect), ins. — Genre de Coléoptères subpentarnères, tétramères de Latreille, famille des Clavipalpes, tribu des Erotyliens, établi par M. Hope (Revue zool. de Guér., 1841 , p. 111), et adopté par M. Th. Lacordaire (Monographie des Erotyliens, 1842, p. 356). Ce dernier le comprend dans sa deuxième tribu, et n'en fait qu'un sous-genre de ses Brachysphœnus , correspondant à celui de Saccomorphus , formé antérieurement par nous , et que Dejean avait adopté dans son Catalogue. Treize espèces , toutes d'Amérique, en font partie. Les types sont les Erotylus limbatus F., et bilineatus Duponchel.

*MORRENIA (nom propre), bot. ph. — Genre de la famille des Asclépiadées, établi par Lindley (in Bot. Reg., 1838). Sous arbrisseaux de Bonaire.

MORRUDE. roiss. — Nom vulgaire dune

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espèce de Trigle, la Trigla luccma. Voy.

TRIGLE.

MORS DU-DIABLE, bot. ph. — Nom d'une espèce de Scabieuse.

MORS-DE-GRENOUILLE, bot. pu. — Nom vulgaire de V Hydrocharis morsus ranœ.

MORSE. Trichechus , Linn. mam. — Genre de Mammifères de la tribu des Carnassiers amphibies de G. Cuvier , formant , selon M. Is. Geoffroy , la famille des Trichéciens , la deuxième de ses Carnivores empêtrés, entrant dans sa première série, et dans l'ordre des Carnassiers , dont les dents sont dissimilaires, plus ou moins exactement en série continue. Ces animaux ont beaucoup d'analogie avec les Phoques, mais leur mâchoire inférieure manque de canines et d'incisives, et les canines supérieures forment d'énormes défenses dirigées inférieurement. Nous ferons remarquer en passant que le Morse commun compose à lui seul une espèce unique, un genre et une famille, dont, à la rigueur, nos classifîcateurs pourraient former un ordre, si la fantaisie les en prenait.

Ainsi que tous les animaux que G. Cuvier a nommés amphibies, quoiqu'il n'y ait en réalité aucun Mammifère amphibie , les Morses ont les pieds si courts, et tellement enveloppés dans la peau , que , sur la terre, ils ne peuvent leur servir qu'à ramper ; mais comme les intervalles des doigts y sont remplis par des membranes, ce sont des nageoires excellentes ; aussi ces animaux passent-ils la plus grande partie de leur vie dans la mer , et ne viennent-ils à terre que pour dormir au soleil et allaiter leurs petits. Leur corps allongé, quoique moins que celui des Phoques; leur colonne vertébrale assez mobile et pourvue de muscles qui la fléchissent avec force ; leur bassin étroit , leurs poils ras et serrés contre la peau, et beaucoup d'autres détails de leur anatomie intérieure , concourent à en faire d'excellents nageurs. Leur mâchoire inférieure manque d'incisives et de canines , et prend en avant une forme comprimée pour se placer entre deux énormes canines ou défenses ayant quelquefois jusqu'à deux pieds (0,650) de longueur, sur une épaisseur proportionnée. Cependant , il paraît que, dans le jeune âge, on trouve à la mâchoire inférieure deux petites incisives très rudimentaires , et dont

il n'existe plus de vestiges chez les adultes; les rnàchelières , au nombre de quatre de chaque côté , toutes à peu près de même forme, plus étendues de devant en arrière que de dedans en dehors, sont cylindriques, courtes et tronquées obliquement, à couronne légèrement convexe.

La mâchoire supérieure est remarquable par l'énormitë des alvéoles où sont logées les défenses , ce qui relève tellement le devant, qu'il forme un gros muscle renflé, et que les narines, au lieu de terminer le museau, sont presque tournées vers le ciel. Elle a ordinairement, outre ses énormes canines, quatre incisives devant, et quatre rnàchelières de chaque côté ; mais comme ces nombres sont sujets à varier, il en résulte que les voyageurs ont jeté assez de confusion dans l'étude de ce singulier animal. En effet , les deux incisives médianes manquent chez un grand nombre d'individus , et chez ceux qui les ont, elles sont coniques, crochues, très petites et toujours à l'état rudimentaire. Les incisives voisines des canines sont beaucoup plus grandes, cylindriques , et tronquées obliquement de dehors en dedans, d'où il résulte que des naturalistes les ont prises pour des rnàchelières , auxquelles, du reste, elles ressemblent beaucoup. Ce sont cependant de véritables incisives , puisqu'on est convenu de nommer ainsi les dents implantées sur les intermaxillaires. Les canines sont, ainsi que je l'ai dit, d'énormes défenses qui se recourbent en bas et en arrière ; elles sont arrondies à leur surface antérieure , mais creusées d'un sillon longitudinal à leur face interne. On ne voit point, sur leur coupe, de lignes courbées comme dans l'ivoire de l'Éléphant, mais de simples granulations. Les trois premières molaires, de chaque côté, sont plus fortes et plus grosses que les incisives ; mais la dernière est, au contraire, petite, rudimentaire, et elle tombe à un certain âge. Toutes n'ont qu'une racine conique très courte et sont formées d'une seule substance très dure, très compacte , analogue à l'ivoire des défenses. « Le système dentaire des Morses , dit Cuvier, ne paraît pas plus convenir pour broyer des matières végétales que pour couper des substances animales. On dirait qu'elles sont spécialement destinées à rompre, à briser des matières dures, car elles

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semblent, par leur structure et leurs rapports , agir les unes sur les autres comme le pilon agitsurson mortier.»

Le Morse ou Chf.val marin , Trichechus rosmarus Linn. ; le Morse, Buff. ; la Vache marine et la Vache à la grande dent des voyageurs, atteint onze à douze pieds (3,573 à 3,998) de longueur, et même beaucoup plus, si on s'en rapportait à certains voyageurs. Son pelage est très court, très peu fourni, d'une couleur roussâtre; son mufle est très gros et sa lèvre supérieure renflée. Si, pour le reste, il a beaucoup d'analogie avec les Phoques , il n'en a pas moins dans les mœurs et dans toutes les habitudes de la vie. Cependant , il a moins d'intelligence et, par suite, moins de douceur dans le caractère. Edwart Worst dit avoir vu en Angleterre un de ces animaux , âgé de trois mois, que l'on ne pouvait toucher sans le mettre en colère et même le rendre furieux. La seule chose que l'éducation ait pu obtenir de lui , était de le faire suivre son maître en grondant, quand il lui présentait à manger.

Cet animal habite toute la mer Glaciale, mais il est beancoup moins commun qu'autrefois. « J'ai vu à Jakutzk, dit Gmelin , quelques dents de Morse qui avaient cinq quarts d'aune de Russie, et d'autres une aune et demie de longueur ; commupément elles ont quelques pouces de largeur à la base. Je n'ai pas entendu dire qu'auprès d'Anadirskoi l'on ait jamais chassé ou péché de Morses pour en avoir les dents, qui, néanmoins , en viennent en si grande quantité; on «n'a assuré, au contraire, que les habitants trouvent ces dents, détachées de l'animal, sur la basse cote de îa mer, et que , par conséquent , on n'a pas besoin de tuer auparavant les Morses. Plusieurs personnes m'ont demandé si les Morses d'Anadirskoi étaient une espèce différente de ceux qui se trouvent dans la mer du Nord et à l'entrée occidentale de la mer Glaciale , parce que les dents qui viennent de ce côté oriental sont beaucoup plus grosses que celles qui viennent de l'Occident, etc. » Gmelin ne résout pas cette question , et Buflbn en donne une solution qui me paraît être une erreur. «On n'apporte d'Anadirskoi, dit-il , quo des dents de ces animaux morts de mort naturelle: ainsi il n'est pas surx. VIII.

prenant que ces dents, qui ont pris tout leur accroissement , soient plus grandes que celles du Morse de Groenland , que l'on tue souvent en bas âge. »

Certes, cette hypothèse ne peut être admise, car il faudrait admettre aussi que jamais , dans le Groenland , les Morses n'atteignent toute leur grandeur , et que tous ceux que l'on tue, sans aucune exception , sont jeunes, puisque leurs dents sont, aussi sans aucune exception, beaucoup plus petites que celles qui viennent d'Anadirskoi: cette proposition n'est pas soutenable. D'un autre côté, on a dit, il y a quelques années, qu'il existait une autre espèce de Morse , dont la taille atteignait quelquefois jusqu'à vingt pieds de longueur, ce qui fait supposer des dimensions plus grandes dans les défenses : serait-ce cette espèce qui a laissé ses dépouilles à Anadirskoi? Mais cette prétendue seconde espèce serait propre seulement aux mers équatoriales, si on s'en rapportait aux voyageurs qui l'ont indiquée, et ne se trouverait pas dans celle du Nord. D'ailleurs, il est plus que probable qu'ils auront pris pour des Morses des Lamantins ou des Dugongs. Voici une autre difficulté: il est certain qu'on ne trouve presque plus de Morses aux environs d'Anadirskoi, et que ceux qui s'y montrent de loin en loin ne dépassent pas douze pieds de longueur. Or, un Morse qui aurait des canines longues d'une aune et demie russe devrait avoir le corps long au moins de trente-cinq pieds , ce qui ne s'est jamais vu; les pius grands qui aient été observés par des naturalistes et par des voyageurs dignes de foi ne dépassaient pas treize à quatorze pieds.

Quant à moi , je pense que l'ivoire trouvé sur les bords de la mer , aux environs d'Anadirskoi , n'est rien autre chose que les dents fossiles d'un grand Morse dont l'espèce ne se trouve plus vivante, et que l'on doit, par conséquent, classer avec 1er. autres animaux paléontologiques. Ce qui me fait croire à cela, c'est que dans le même pays on rencontre des collines entières composées, presque en totalité, d'ossements de Mammouths, de Rhinocéros et autres animaux perdus , et que l'on possède au cabinet de Saint-Pétersbourg des défenses de Mammouths dont l'ivoire est aussi parfai-

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tement conservé que s'il avait été pris sur des animaux vivants.

Les Morses ne peuvent pas toujours se trouver près des côtes de la mer, à cause des glaces qui en défendent l'approche.

Aussi élisent-ils leur domicile sur des glaçons, et il arrive parfois que c'est sur cette habitation flottante que la femelle met bas, en hiver, un ou deux petits. Le petit, en naissant, est, dit on, de la grosseur d'un Cochon d'un an. Elle l'allaite et le soigne avec tendresse, et le défend avec fureur. Lorsque ces animaux vont à terre ou montent sur un glaçon, ils se servent de leurs défenses pour s'accrocher et de leurs mains pour faire avancer la lourde masse de leur corps. Il paraît qu'ils se nourrissent de varecs et autres herbes marines, ainsi que de Coquillages, de Crustacés, etc. Les vaisseaux baleiniers de plusieurs peuples du Nord , malgré les dangers d'une navigation dans des mers couvertes de glaces, vont pêcher les Morses, non seulement pour avoir les dents, qui fournissent un ivoire plus dur , plus compacte et plus blanc que celui de l'Éléphant, mais encore pour extraire de leur graisse une huile abondante, meilleure que celle de la Baleine, et pour s'emparer de leur peau, dont on fait un cuir très fort et d'excellentes soupentes de carrosse. Autrefois on voyait , sur certains rivages, d'immenses troupeaux de Morses , et il n'était pas rare d'en tuer jusqu'à douze ou quinze cents dans une seule chasse; mais aujourd'hui on ne les rencontre plus qu'en petites troupes ou en familles. Dans la mer , on les harponne de la même manière que les Baleines ; si on les trouve sur le rivage ou sur les glaces , on les tue à coups de lances. Quand un Morse se sent blessé, il entre dans une fureur effrayante; dans l'impuissance de pouvoir poursuivre et atteindre son ennemi, il frappe la terre de côté et d'autre avec ses défenses; il brise les armes du chasseur imprudent, et les lui arrache des mains ; enfin, enragé de colère , il met sa tête entre ses pattes ou nageoires, et, profitant de la pente du rivage , il se laisse ainsi rouler dans la mer.

Si on attaque les Morses dans l'eau , et qu'ils soient en grand nombre, le secours qu'ils se portent mutuellement les rend très audacieux. Dans ce cas, ils ne fuient pas ,

ils entourent les chaloupes et cherchent à les submerger en les perçant avec leurs dents, ou à les renverser en frappant contre les bordages, dont ils enlèvent de grandes portions. Dans ces occasions, et dans les combats qu'ils livrent quelquefois aux Ours blancs, et dont ils sortent toujours vainqueurs, il leur arrive quelquefois de perdre une de leurs armes, et celle qui leur reste n'en est pas moins terrible. Si on est parvenu à en harponner un , presque toujours on en prend plusieurs, car ils font tous leurs efforts pour défendre leur camarade et le délivrer.. Si , effrayés parle nombre de ces animaux , par leurs efforts , et surtout par les mugissements furieux dont ils frappent les airs dans ces occasions, les pêcheurs croient prudent de prendre la fuite, les Morses poursuivent fort loin la chaloupe qui les emporte, et n'abandonnent leur projet de vengeance que lorsqu'ils ont cessé de voir l'embarcation. Du reste, à en juger par la guerre active que leur font les Baleiniers, il est probable que cette espèce , déjà fort rare, disparaîtra tout-à-fait de la surface du globe. (Boitard.)

MORSYIA, Cess. (in Dict. se. nat. , XXXIII, 59). bot. ph. — Synon. de Saintmorysia, Endlich.

MORT, physiol. — Cessation totale des fonctions vitales. Les deux mots mort et vie seront traités dans un seul et même article. Voy. vie.

On a appelé vulgairement :

Mort-ad chantre , l'Orobranche rameuse;

Mort -aux -chiens, la Colchique d'automne;

Mort-de-froid, VAgaricus procerus;

Mort-au-loup , VAconitum Lycochtonum;

Mort-aux-poules , la Jusquiame noire ;

Mort -de- safran, une espèce de Sclerotium ;

Mort -aux -vaches, la Renoncule scélérate;

Mort-aux-Poux , la Staphisaigre, etc

MORTIER, min. — Voy. chaux.

MORT01V. bot. cr.— On désigne sous ce nom, dans quelques campagnes de la France, VAgaricus necator Bull. On le donne également dans les environs d'Avignon au Rhizoctonia rubia parce qu'il fait mourir les pieds de Garance sur lesquels il se développe (Voy. Decaisne, Histoire de la Garance). (Lév.)

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MORUE, poiss. — Le poisson désigné sous ce nom est généralement plus connu par l'usage très répandu de sa chair que par ses formes. Presque tout le monde mange de la Morue, peu de personnes savent comment est fait ce poisson. Cependant les riverains de l'Océan , et surtout les hommes qui peuvent visiter les marchés approvisionnés par la Manche, ont vu des Morues fraîches; car le poisson que l'on y vend sous le nom de Cabeliau n'est autre que la Morue. Il n'en est pas de même des habitants des côtes de la Méditerranée, car la Morue n'existe pas dans cette mer. Ses formes sont faciles à décrire , à cause de leur grande ressemblance avec celles du Merlan, connu de tous; elle a cependant la tête et le ventre plus gros. D'ailleurs elle porte trois nageoires sur le dos , deux anales , une caudale petite et coupée carrément , ou faiblement échancrée. Les pectorales sont de médiocre grandeur , et les ventrales jugulaires ont leur rayon externe prolongé en filet. Le museau est gros et obtus; il dépasse la mâchoire inférieure, qui porte sous la symphyse un barbillon charnu et conique. Les dents sont en fortes cardes aux deux mâchoires , sur le chevron du vomer ; les palatins , les ptérygoïdiens et la langue sont lisses, et n'ont aucune dent. Celles des pharyngiens sont aussi en forte carde. Les yeux sont grands , recouverts d'une conjonctive assez épaisse, mais tout aussi transparente que celle des autres poissons , du moins sur les individus vivants ou encore très frais. Animés par les mêmes nerfs que ceux de tous les autres Vertébrés', ils offrent à l'anatomiste un exemple remarquable et des plus évidents pour la démonstration de l'entrecroisement des nerfs optiques, car il n'y a pas de chiasma chez ce poisson; de sorte que le nerf qui naît Jdu tubercule optique gauche se rend à l'œil (droit, sans même toucher au nerf sortant jdu tubercule droit pour s'épanouir dans la ; rétine de l'œil gauche. L'oreille de la Morue lest grande et développée. Il est facile de -'retirer de la portion cartilagineuse du rocher ou mieux du mastoïdien les canaux semi circulaires membraneux, et toujours détachés de la paroi cartilagineuse du tube qui renferme chacun d'eux. Le sac auditif est rempli d'une gelée fort abondante et aussi

belle par sa transparence que le vitré de l'œil. Les concrétions calcaires connues sous le nom de pierre de l'oreille des poissons sont très grosses , d'une forme ovale dentelée sur les côtés , d'un beau blanc ; caractères physiques qui les font souvent conserver dans les cabinets des curieux sous le nom de pierre de Morue.

Le corps est couvert de petites écailles adhérentes. La tête et les nageoires en sont dépourvues. La couleur est un verdâtre mêlé de jaune sur le dos, passant par degrés au blanc argenté des parties inférieures. Le vert est parsemé de points jaunes. Les nageoires supérieures tirent au verdâtre, les inférieures sont blanchâtres. Pour compléter l'exposition des caractères delà Morue, ajoutons que les ouïes sont largement fendues et que la membrane branchiostège est soutenue par sept rayons. L'estomac est un grand sac dont la muqueuse est épaisse , très ridée, et qui sécrète des sucs gastriques, très actifs. Le pylore porte six cœcums.

La Morue est un poisson des plus voraces, qui avale tout ce qui remue auprès d'elle. Aussi l'homme a-t-il su tirer grand parti de cette gloutonnerie , car on amorce les haims avec toutes sortes de matières animales , et même avec des morceaux de drap rouge, ou avec des figurines en plomb étamé et brillant, simulant de petits poissons. On trouve souvent dans l'estomac de ces animaux des morceaux de bois, des gants ou des mitaines tombés à l'eau et perdus par les pêcheurs. On cite dans quelques ouvrages, pour preuve de l'activité des sucs • gastriques, que les Crabes rougissent dans l'estomac des Morues, comme les Écrcvisses quand on les plonge dans l'eau bouillante. ' Je ne ferai d'autre remarque que celle-ci, c'est que le changement de coloration du test de tous les Crustacés en rouge a lieu très promptement dans l'estomac de tous les poissons.

La Morue est un poisson tout-à-fait marin ; nous ne la voyons entrer nulle part dans les eaux douces. Elle se tient dans les plus grandes profondeurs de l'Océan ; elle n'approche des rivages ou ne monte sur les bancs que pour y frayer. Les petits restent pendant le premier temps de leur vie sur les attérages peu profonds ; aussi prend -on les petites Morues parmi les bandes de Mer-

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lans , et on les vend pêle-mêle avec ces derniers. Mais dès que le poisson a atteint 0U,,40 à Om,50 , il descend dans les fonds pour n'en sortir qu'à l'époque du frai.

Le moment de la ponte varie beaucoup selon la saison et suivant la configuration du fond. Il change ainsi très souvent en Amérique. La fécondité de cette espèce est prodigieuse; on estime à 9,000,000 le nombre d'œufs contenus dans un ovaire de Morue longue de 0m,80 à lm,00. Mais la destruction qui en est faite est plus considérable que cette excessive multiplication ne la compense ; de sorte que, sans la prévoyance des gouvernements, dont les lois défendent les pêches par trop destructives, l'on verrait l'espèce diminuer d'une manière fâcheuse.

On pêche la Morue dans les mers septentrionales de l'Europe, principalement au Doggers-Bank, en Irlande, au cap Nord, et sur d'autres points épars de ces mers ; puis en Amérique, où la pêche est plus considérable, principalement sur le grand banc de Terre- Neuve; aux attérages des îles Saint-Pierre et Miquelon , et sur les côtes du continent américain, depuis le Canada et la Nouvelle- Ecosse jusqu'au golfe Saint Laurent. C'est surtout au banc de Terre-Neuve que la pêche en est la plus grande. On estime à 5 à 6,000 le nombre des navires de toutes les nations qui se livrent tous les ans à cette pêche, et qui portent ensuite dans le monde entier 36,000,000 de Morues préparées et conservées de différentes manières. Cette pêche forme une des branches les plus importantes des expéditions maritimes de la France. Elle met en mouvement 12 à 1 3 millions de capitaux, sans parler du coût primitif des navires. Elle emploie 400 navires jaugeant 48, 000 tonneaux, et mon tés par 12, 000 marins. C'est donc une grande et forte école de matelots toujours prêts au service de la marine, et formant une ressource puissante pour les besoins du service. Cette pépinière de matelots donna de suite à la France les 3,000 matelots nécessaires pour l'expédition d'Alger. Le produit de cette pêche fournit à notre industrie environ 30,000,000 de kilogrammes de poisson; 6,000,000 de kilogrammes sont consommés aux Antilles , soit par expédition directe des lieux de pêche, soit par expédition indirecte, c'est-à-dire par exportation des ports de France. La Guyane,

Bourbon, en consomment une petite partie. Les rapports commerciaux et maritimes distribuent une partie du reste, et Ton estime que 12,000,000 de kilogrammes sont employés dans l'intérieur du royaume.

Cette pêche, appartenant à ce que la marine nomme avec raison la grande pêche , a toujours éveillé la sollicitude du gouvernement, et obtenu de lui des encouragements nombreux par les primes, sous les noms de primes d'armement ou de primes de produits. Les premières sont affectées au nom- ' bre d'hommes d'équipage embarqués pour aller faire la pêche : un terre-neuvier de 300 tonneaux est monté de 90 hommes d'équipage; les secondes portent sur les quantités de Morues et de Rogues transportées à destination française ou étrangère.

Ce poisson reçoit dans nos usages économiques ou domestiques différents noms qui désignent les préparations qu'il a reçues. On appelle généralement Morue fraîche, ou plutôt encore Cabeliau, la Morue telle qu'elle sort de l'eau. Quand il a été salé sans être séché , c'est de la Morue verte; s'il a été salé et séché, on le nomme Morue sèche; s'il a été séché sans être salé , il prend le nom de Stockfisch. On distim îe encore dans le commerce la Morue en grenier •, en barils , en boucauls, etc.

La pêche de la Morue fraîche ou du Cabillaud est déjà productive et abondante. C'est principalement à l'entrée de la Manche et dans la mer d'Allemagne qu'elle se fait avec le plus d'activité. Sur les côtes de Flandre et de Belgique on estime beaucoup ces Morues fraîches , et l'on recherche surtout celles qui sont vendues sous le nom de Morues de la Meuse. Elles ont la chair plus ferme , plus savoureuse et plus blanche. Je crois que cela tient à ce qu'on les mange aussi plus fraîchement salées.

Les Hollandais , qui ont donné beaucoup d'attention à cette pêche, la font avec activité sur le Doggers-Bank, dont ils ne sont pas très éloignés. Ils salent leur Morue de manière à rendre leur poisson plus blanc et meilleur que celui de la France ; aussi estil plus estimé. Us ont pratiqué des viviers dans leurs navires, et ils ramènent ainsi du Doggers-Bank, c'est-à-dire de cinquante lieues de distance, des Morues vivantes en Hollande. La pêche est commode sur le Dog-

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gers-Bank, parce qu'il y a des endroits où l'on peut pêcher par douze à quinze brasses d'eau; mais généralement on ne prend de beaux poissons que par soixante et jusqu'à quatrevingts brasses, ce qui rend alors la pêche très fatigante. Dans l'Atlantique américain, c'est principalement sur le grand banc de Terre- Neuve qu'on s'établit pour la pêche, surtout pour la Morue qu'on prépare en vert, parce que cette méthode de conservation se pratique toujours en pleine mer, et point à la vue des terres. Le grand banc de Terre-Neuve a 200 lieues de long sur 60 de large; il est à 40 iieues environ à l'est de l'île de Terre-Neuve. Les pêcheurs connaissent encore d'autres bancs plus petits où ils font cependant de bonnes pêches ; tels sont le Banc-à-Vert, qui est parle traversde l'île de Saint-Pierre, et le Banquereau , situé entre celui-ci et le grand Banc. Je ne citerai pas ici d'autres bancs moins importants et qui sont rapprochés des côtes du Canada dans le grand golfe Saint- Laurent. On dit d'ailieurs que les Morues y sont maigres. Les paragesles plus fréquentés, parce qu'on y fait la pêche la plus abondante, sont entre le 44e et le46e degré de latitude. C'est en avril, mai et juin, que la pêche est plus profitable. On pêche vers la fin d'avril sur le banc de Terre-Neuve, et ce n'est guère qu'à la fin de mai que l'on commence à s'établir sur l'île de Sable, parce qu'avant cette époque elle est encore ensevelie sous les brumes épaisses et quelquefois même sous les glaces septentrionales. Aussi beaucoup de pêcheurs prudents quittent-ils l'Europe de manière à pouvoir arriver au grand banc dans les premiers jours de juin. Les vaisseaux frétés pour la pêche sont munis de bateaux destinés à faire provision •de mollusques et de poissons destinés à servir d'appât. On y prend surtout les Capelans, Gades dont les Morues sont très friandes. On dit aussi qu'elles aiment les Équilles qu'elles prennent sur les fonds de sable. Ces Ammodytes sont-ils de la même espèce que ceux de nos côtes? J'en doute beaucoup. On amorce aussi avec le Hareng, et le capitaine doit en faire faire des provisions à demi-sel ; c'est un excellent appât. Lorsque le navire terre-neuvier est arrivé à destination de pêche, chaque pêcheur, chaudement vêtu, protégé par un large tablier qui lui monte jusqu'au cou, les mains garnies de gants ou de

mitaines très chaudes, s'établit dans un tonneau amarré le long du bordage. L'ouverture de ce tonneau est garnie de bourrelet de paille ; il y a un double fond pour laisser les pieds du pêcheur au sec. C'est de là qu'il laisse filer sa ligne. Elle est formée d'une corde très forte ayant 0m,027 de circonférence et une longueurde 150 à 160 mètres. A son extrémité est attaché un plomb pyriforme de 4 à 6 kilogrammes. On conçoit que la pesanteur varie suivant la force des courants. Il faut que le poids soit assez lourd pour entraîner promptement la ligne, et qu'il ne le soit pas trop pour ne pas fatiguer inutilement le pêcheur. On frappe à la ligne principale Vempile ou corde souvent plus fine que la précédente et qui porte le haim. Elles ont de deux à trois brasses de longueur. Les haims ou hameçons doivent être de fer bien doux ou d'acier et étamés pour éviter la rouille. On les garnit avec toutes sortes d'animaux ou débris. On dit que, dans certains fonds, les Morues y sont tellement serrées qu'en promenant les lignes à sec, c'està dire sans amorce, on en accroche souvent un certain nombre; c'est ce qu'on appelle pêcher à la faux. Cette méthode doit être défendue , parce qu'on blesse plus de poissons qu'on n'en prend, et qu'alors on l'effraie et on le déplace sans profit.

Quand la ligne est jetée, une bonne habitude, trop souvent négligée, prescrit au pêcheur de la remuer souvent , afin de faire flotter l'amorce entre deux eaux, de la rendre plus visible au poisson , qui se jette sur presque tout ce qui remue. L'habitude fait aussi sentir au pêcheur si le poisson a mordu; il tire alors la ligne, et, quand la Morue arrive à fleur d'eau , elle est saisie par un gaffot et amenée à bord. Le pêcheur l'attache par le derrière de la tête à un petit instrument de fer nommée langueur. Le poisson, détaché de l'hameçon, reste la bouche ouverte; le pêcheur lui ôte la langue, la jette dans son tonneau , ouvre ensuite 1& ventre de la Morue, retire de l'estomac ce qui peut y être contenu, ainsi que les entrailles ou breuilles, parce qu'il se sert de ces parties pour amorcer. Il jette de nouveau sa ligne , et passe le poisson à bord, afin qu'on lui fasse subir les préparations convenables pour sa conservation. Il y a sur le pont du navire une table nommée étal; à l'un des

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bouts est un matelot nommé Vétêteur , et à l'autre , un second matelot appelé Yhabilleur : le premier, armé d'un couteau à deux tranchants , dont la longueur de la lame est de 0m,160 à 0m,180 , décolle ou coupe la tête de la Morue; il fait tomber les têtes dans un panier, qu'un mousse porte dans un parc à tribord ; ce parc est vidé tous les soirs par celui qui a pris le moins de Morues. C'est par le nombre de langues que chaque pêcheur apporte le soir que l'on fait le compte de chacun; le capitaine connaît ainsi le produit de la pêche de la journée, et le pêcheur sait quel a été son profit, parce qu'il est payé à la pièce.

Quand on est sur une bonne place, et qu'on est suffisamment pourvu d'appât, un bateau monté par quatre hommes peut prendre dans sa journée 5 à 600 Morues.

L'étêteur retire le foie, qu'un mousse porte dans un baril , où l'huile s'écoule et est recueillie ; puis on garde les œufs dans un autre baril pour en faire la rave ou rogue , employée à la pêche de la Sardine. Quand î'étêteur a fini ses opérations, il passe le poisson à V habilleur : c'est ordinairement le capitaine qui prend cet office.

Habiller la Morue , c'est l'ouvrir depuis la gorge jusqu'à l'anus , que les pêcheurs appellent le nombril ; ôter l'arête ou désosser la Morue ; nettoyer la cavité abdominale des membranes péritonéales , de la graisse, du sang; la fendre souvent, à la manière hollandaise, jusqu'à la queue. Après qu'elle est bien propre, bien nettoyée, on la jette par une ouverture, ou éclaire, dans l'entrepont, ou dans la cale, suivant la grandeur du navire, où l'on sale la Morue. Pour les mettre dans leur premier sel, on en fait entrer le plus qu'on peut dans le corps, on en frotte la peau, puis alors on range les Morues dans l'entrepont en les entassant les unes sur les autres avec une couche de sel entre chaque lit de poisson; elles restent ainsi vingt-quatre ou quarante-huit heures. Quand on juge que les Morues ont suffisamment rendu leur eau et leur sang, on les sale à demeure. On les empile de nouveau , soit en les rangeant dans la cale ou l'entrepont , ce qui s'appelle les charger en grenier , ou , ce qui vaut mieux , en les mettant dans des futailles convenablement arrangées , et où le poisson , suffi-

samment pressé, est à l'abri de l'humidité.

J'ai dit pourquoi l'on conservait les langues de Morues; après les avoir comptées, on les sale : on les regarde comme une des parties les plus délicates. On fait aussi ôter, par un mousse , la vessie aérienne attachée à la colonne vertébrale après qu'on a désossé le poisson. Les vessies, que les pêcheurs appellent Naut ou Noues , sont conservées et salées , et sont considérées comme une partie de très bon goût. L'huile que Ton retire du foie des Morues est aussi un article qu'il ne faut pas négliger. Elle sert aux mêmes usages que l'huile de la Baleine ; les tanneurs la préfèrent même pour quelques usages. Enfin, les œufs salés forment la rogue ou la résure, employée pour la pêche de la Sardine sur les côtes de Bretagne.

Quand les Morues sont préparées à la façon hollandaise, c'est-à-dire qu'elles ont été salées et paquées deux fois à la mer, on les sale et on les paque une troisième fois à leur arrivée dans le port, pour les rendre marchandes. Cette opération, qu'on appelle la salaison à sec , est faite par des femmes qui lavent, nettoient convenablement les poissons ,et en font des tonnes qui doivent contenir 120 à 130 kilogr. de poisson et 20 kilogr. de sel. Après avoir lavé la Morue sortant de sa première saumure, on en fait des théâtres pour la bien laisser égoutter pendant une huitaine de jours.

Telles sont, très en abrégé, les manipulations pour préparer la Morue en vert, celle qui a été salée mais point séchée. La Morue qui a subi ces deux préparations se nomme Morue sèche. On la confond aussi quelquefois , sous le nom de Merluche , avec le Merlan qui se pêche et se prépare sur le littoral de la Méditerranée.

Comme c'est à terre que l'on arrange la Moruesèche, on ne se livre pas àla pêche dans le bâtiment qui a fait la traversée ; mais elle est pratiquée dans de petits bateaux montés par trois hommes qui rapportent leur pêche à terre. Alors commence une suite de travaux fatigants, consistant à étendre le premier jour les Morues sur la grève, où on leur donne le premier soleil. Le second jour , après les avoir laissées jusqu'à midi, on les rassemble trois par trois; elles ont alors reçu leur second soleil. Le lendemain on les

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étend sur la grève, puis le soir on les rassemble par tas de huit, qu'on nomme javelles; c'est leur troisième soleil. Le lendemain on les étend de nouveau , puis on les réunit en tas plus gros qu'on appelle moutons; c'est leur quatrième soleil. Au cinquième soleil on fait des tas de 50 kilogr. ; puis les tas deviennent de 25, de 30 et même de 50 quintaux de kilogr. au sixième soleil. Les piles restent de six à douze jours; et dès que le temps se met au beau , on étend de nouveau les poissons pour refaire ensuite les piles en mettant les Morues les moins sèches au haut des piles; on a donné ainsi le septième soleil. Ces nouvelles piles restent quinze jours au moins avant qu'on leur donne le huitième soleil. Au bout d'un mois on procède de la même manière à faire prendre aux poissons le neuvième soleil. Quarante jours après, on donne le dixième soleil, et alors on les laisse cinquante jours ou deux mois. Après quoi l'on étend de nouveau les Morues sur la grève, on les trie pour mettre à part celles qui sont bien sèches et en bon état, faire sécher celles qui sont encore humides , donner du sel à celles qui en manquent, et enfin les mettre en état d'être embarquées. On estime qu'année commune un navire de 100 tonneaux rapporte 18 à 1900 quintaux de poisson. Cette Morue, ainsi préparée, a l'avantage de se conserver beaucoup plus longtemps que la Morue verte, de supporter, sans crainte d'altération , les chaleurs de nos provinces méridionales ; on l'exporte en Provence, en Espagne, en Portugal et dans le Levant, ce qu'on ne peut faire de la Morue verte, qui est cependant plus délicate. Les Anglais et les Hollandais préparent beaucoup plus de Morues sèches que de Morues vertes.

Enfin, on conserve encore la Morue, dans le Nord , en la suspendant au-dessus des foyers et en la desséchant promptement par l'action delà fumée, sans employer l'action du sel. On pourrait appeler le poisson , ainsi préparé , Morue boucanée, ou fumée. On donne à ces poissons ainsi desséchés le nom de Stockfisch. Il faut observer qu'on fait la même préparation, en Hollande, aux Flets, aux Soles , aux Perches . et à beaucoup d'autres espèces.

Telles sont les diverses opérations que

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l'on fait subir à la Morue pour la livrer au commerce. On comprend que, dans un article de Dictionnaire, j'ai dû faire l'exposition de ces procédés d'une manière fort abrégée, et que je n'ai dû m'arrêter que sur les choses les plus essentielles, pour donner une idée du travail auquel on soumet une espèce si intéressante, dont la pêche met en mouvement 10 à 12 millions de capitaux en France seulement.

Les zoologistes considèrent aujourd'hui la Morue comme le type d'un genre de la famille des Gadoïdes , voisin du Merlan , et qui diffère de celui-ci par le barbillon de la mâchoire inférieure; de sorte que le caractère générique des Morues peut être ainsi décrit : « Poisson malacoplérygien jugulaire à trois dorsales, à deux anales, et avec un barbillon attaché sous la symphyse de la mâchoire inférieure. »

La Morue qne nous venons de décrire, et dont nous avons fait connaître la pêche ainsi que les avantages immenses que l'homme en retire, est la première espèce du genre.

La seconde est la Morue égrefin (Gadus Eglefinus Linn.), qui diffère par ses formes plus allongées, par sa ligne latérale noire, et par une tache noirâtre sur chaque flanc derrière la pectorale. Cette espèce de Morue, presque aussi nombreuse que la Morue vulgaire, n'est pas tout-à-fait si agréable au goût, parce que sa chair est plus molle et moins blanche; cependant on en fait, avec raison, de nombreuses salaisons. C'est un poisson fort commun sur les côtes de Saint- Malo et de Bretagne , et pendant la guerre continentale on avait fait à l'île Dieu d'assez grandes pêcheries très profitables, mais que l'on a abandonnées à l'époque de la paix, qui a ouvert à nos pêcheurs la route de Terre-Neuve.

Le Dorsch ou Petite morue ( Gadus callarias Linn.), est aussi une petite espèce de Morue, abondante sur les côtes de Norvège, dans la Baltique, et aussi en Islande. Les Danois et les Norvégiens en font des salaisons estimées. On nomme ces poissons salés Rondfisch, ou quelquefois Stockfisch rond, parce qu'après leur dessèchement ils sont roulés ou arrondis et raides comme des bâtons. Comme ils sont aussi souvent séchés et salés à la manière de la Morue sèche,

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