MUSCIDES
A l'état parfait, les Mouches sont très abondantes pendant tout l'été, et surtout pendant les mois de juillet et d'août; ce sont des Insectes très incommodes dans nos maisons, où ils gâtent tout en y déposant leurs excréments, qui sont mous et durcis-
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sent en forme de petite tache aux endroits où ils ont été posés. Quelques Mouches sucent le miel des fleurs; d'autres, en plus grand nombre, attaquent les cadavres , y déposent leurs œufs, et hâtent ainsi considérablement la décomposition des matières animales.
Ce genre , quoique très considérablement restreint par les auteurs , ainsi que nous l'avons déjà dit, est cependant encore très nombreux en espèces ; mais on n'en a encore décrit avec soin qu'un assez petit nombre, et principalement les espèces particulières à la France et à l'Allemagne. Les espèces étrangères ont encore assez peu occupé les naturalistes et les voyageurs. Pour nous, nous ne citerons que quelques unes des espèces les mieux connues, et nous n'indiquerons, à l'exemple de M. Macquart, que comme subdivisions plusieurs groupes génériques formés par M. Robineau-Desvoidy aux dépens des Musc a.
a. Genre Musca, Robineau-Desvoidy.
Style des antennes plumeux en dessus et en dessous; corps grisâtre.
1 . La Mouche domestique , Musca dômes* tica Linné, Fabr., Latr., Meig.,Fall., Rob.- Desv., Macq. Longue d'environ trois lignes; d'une couleur cendrée , avec la face noire , les côtés jaunâtres, et le front jaune à bande noire; les antennes sont noires; le thorax présente des lignes noires; l'abdomen est marqueté de noir , il est pâle en dessous , et ses côtés sont d'un jaune transparent chez les mâles; les pieds sont noirs; les ailes sont assez claires, à base jaunâtre.
Cette espèce se trouve très communément répandue dans toute l'Europe , et c'est elle qui, vers la fin de l'été, est si incommode aux environs de Paris.
2° La Mouche des boeufs , Musca bovina Rob.-Desv., Macq. Cette espèce, très voisine de la Musca domestica, s'en distingue par les côtés de la face et du front blancs, par son abdomen à bande dorsale noire et par l'absence de jaune chez les mâles.
Cette Muscide est très commune en France, et elle se jette sur les narines, les yeux et les plaies des bestiaux.
Parmi les autres espèces de cette subdivision, nous indiquerons les M.riparia Rob.-
Desv., M. corvina Fab., M. aurifacies Rob.- Desv., M. campestris Rob.-Desv., M. latcralis Macq., etc., qui toutes se rencontrent en France.
b. G. Plaxemyia, Rob.-Desv.
Style des antennes plumeux en dessus , n'ayant que quelques poils en dessous ; corps ordinairement d'un vert obscur ; trompe assez menue; abdomen hémisphérique; yeux velus ; ailes très hyalines.
3° La Mouche vitripenne , Musca vilripennis Meig., Macq., Plaxemyia sagillalrix Rob.-Desv. Elle n'a pas plus de 2 lignes 1/2 de longueur; la face et les côtés du front sont argentés; la bande frontale et les antennes noires ; les yeux pourprés ; le thorax d'un noir bleu ouvert; l'abdomen testacé, transparent, à bande dorsale noire, un peu bronzée; les pieds noirs; les ailes hyalines chez les mâles.
Cette espèce vit sur les bœufs ; elle se rencontre en France et n'est pas rare auprès de Bordeaux.
La Musca phasiœformis, du midi delà France et de l'Autriche, entre dans la même subdivision.
c. G. Bryomya, Rob.-Desv.
Style des antennes plumeux en dessus , n'ayant que quelques poils en dessous ; corps ordinairement d'un vert obscur; trompe assez épaisse; yeux nus; pieds de longueur médiocre.
4° La Mouche bourreau , Musca carnifex Macq., Bryomya carnifex Rob.-Desv. Longuede 31ignes; d'un vert métallique obscur, à léger duvet cendré; la face et les côtés du front argentés; la bande frontale et les antennes noires; les segments de l'abdomen bordés de noir; les pieds noirs; les ailes hyalines, à base jaunâtre.
Se trouve sur les bœufs ; n'est pas rare en France.
Deux autres espèces de cette subdivision, les Musca stimulans Rob.-Desv., Macq., et M. cupreaMàcq., se trouvent également en France.
d. G. Sphora, Rob.-Desv.
Style des antennes plumeux en dessus, n'ayant que quelques poils en dessous; corps ordinairement d'un vert obscur ; trompe assez
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épaisse; yeux nus; pieds postérieurs allongés.
5° La Mouche noirâtre, Muscanigricans Macq., Sphora nigricans Rob.-Desv. Longue de 3 lignes; noire, à léger duvet cendré; la face d'un brun blanchâtre; ailes assez claires.
Cette espèce provient de la Nouvelle-Hollande.
Quelques espèces remarquables de l'ancien genre Mouche de Linné sont devenues les types de genres particuliers, et nous allons les indiquer ici en renvoyant le lecteur aux articles que nous citons : Mouches aplaties, voy. phasie ; M. a queue, voy. téphrite ; M. bleue de la viande, voy. calliphore; M. césar, voy. lucilie ; M. curvipennes, voy. oscinis; M. divariquées, voy. sphérocère; M. épaisses, voy. échinomyie; M. inarticulées ou M. latéricolores, voy. ocyptère; M. longipèdes, voy. loxocère et calobate; M. tétanocères, voy. tétanocère; M. vibrantes, voy. micropède et téphrite, etc., etc. (E. Desmarest.)
Le nom de Mouche a été appliqué vulgairement à un grand nombre d'Insectes volants. Plusieurs de ces dénominations ont été conservées dans beaucoup d'ouvrages d'histoire naturelle; c'est pourquoi nous allons faire connaître les principales d'entre elles :
Mouche abeilliforme, un Élophile;
Mouches aphidivores , des Syrphes et des Hémérobes ;
Mouches araignées, les Hippobosques et les Ornithomyies ;
Mouches armées , les Stratyomides ;
Mouches asiles ou parasites, des OEstres, des Taons et des Mélophages;
Mouches d'automne , les Stomoxes;
Mouches a bateau, des Notonectes;
Mouche a bec, un Rhingie;
Mouche-Bécasse, un Empis;
Mouches bombardières, les Brachïnes;
Mouches-Bourdons, les Volucelles;
Mouche bretonne, l'Hippobosque du Cheval ;
Moucues du Cerisier et du Chardon , les Téphrites ;
Mouche a Chien, l'Hippobosque des Chevaux;
Mouche cornue , M. Taureau volant , un Scarabée;
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Mouches a corselet armé, les Stratyomides;
Mouches a coton, VIchneumon glomeratus ;
Mouche dévorante, un Pompile ou un Sphex ;
Mouches éphémères, les Éphémères;
Mouches d'Espagne, un Méloé, la Cantharide et l'Hippobosque du Cheval;
Mouche a faux, la Raphidie ;
Mouches a feu, les Lampyres, quelques Fulgores et Taupins;
Mouche de feu , M. a drague, une espèce de Poliste;
Mouche de Fourmilion , le Myrmeleo formicarius ;
Mouche du fromage , un Mosille;
Mouches des galles, des Diplolèpes et des Cynips;
Mouche géant, une Échinomyie;
Mouche de la gorge du Cerf , un OEstré ;
Mouche guêpe , un Conops ;
Mouches ichneumones , les Ichneumons ;
Mouches des intestins des Chevaux, les OEstres ;
Mouche jaune, le Polistes hebrœa;
Mouche du Kermès , les Kermès ;
Mouche ou Demoiselle du Lion des Pucerons, l'Hémérobe;
Mouches-Loups , les Asiles ;
Mouches luisantes , les Lampyres , quelques Fulgores et Taupins;
Mouche lumineuse , VElater noctilucus;
Mouches merdivores , les Scatophages ;
Mouche a miel, l'Abeille;
Mouches de l'Olivier, un Téphrite;
Mouches a ordure , les Scatopses;
Mouches papilionacées , les Phryganes e6 les Perles;
Mouche pétronelle, un Calobate;
Mouche piqueuse, un Stomoxe;
Mouche plante. Voy. Mouche végétante;
Mouche pourceau, l'Éristale tenace;
Mouche de rivière , les Éphémères;
Mouche de Saint-Jean, la Canthaiide;
Mouches de Saint-Marc, les Bibions;
Mouche sautante, le Psylle;
Mouches a scie, les Tenthrédincs;
Mouche-Scorpion, le Panorpe;
Mouches stercoraires, les Scatophages;
Mouches a tarière, les Térébrans;
Mouches des Teignes aquatiques, les Phry [ ganes;
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Mouche des Truffes , une espèce de Scatophage ou d'Oscine;
Mouches des tumeurs des bêtes a cornes, les OEstres;
Mouches végétantes ou M. plantes, quelques Insectes qui portent sur leur dos une espèce de Champignon ; une Lepture et une OEdémère ont déjà présenté ce singulier phénomène ;
Moucues des Vers du nez des Moutons, les OEstres;
Moucues vibrantes, les Ichneumons ;
Mouche de vinaigre, un Mosille.
MOUCHEROLLE. Muscipeta. ois. — Genre d'Oiseaux de l'ordre des Passereaux Dentirostres, famille des Muscicapidées, sousfamille des Muscicapinés , formé aux dépens de l'ancien groupe des Gobe-Mouches, et ayant pour caractères : Bec long, très déprimé, deux fois plus large que haut, même à sa base, ayant l'arête très obtuse et cependant vive , les bords un peu en courbe ovale, et la pointe de l'échancrure faible; mandibule supérieure recourbée sur la mandibule inférieure , qui est pointue à son extrémité et garnie à sa base de poils d'une longueur quelquefois considérable , et recouvrant plus ou moins les narines , qui sont placées à la base du bec; les ailes offrent un développement médiocre, elles sont obtuses ou subobtuses , c'est-à-dire que c'est la cinquième ou la quatrième penne, qui est la plus longue de toutes ; les pieds sont faibles, médiocres ou courts; les doigts sont au nombre de quatre , comme chez les Gobe- Mouches; les latéraux sont inégaux, l'externe est uni à celui du milieu jusqu'à la seconde articulation, et l'interne est soudé qi la base seulement.
Le genre Moucherolle, admis par G. Culier, Temminck, et la plupart des ornithologistes, ne forme pour Vieillot et quelques autres zoologistes qu'une simple section du genre Gobe-Mouche. Du reste, ces deux groupes d'Oiseaux ont entre eux les plus grands rapports; leurs mœurs et leur habitudes sont les mêmes, ils ont le même port, etc. : aussi ne nous élendrons-nous pas longuement ici relativement aux Moucherolles, et renverrons-nous à ce qui a été dit des Gobe-Mouches.
Nous dironsseulementquecesOiseaux, de très petite taille, ont leur plumage orné des
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plus belles et des plus vives couleurs; que souvent leur queue est terminée par de longues plumes; que leur tête porte, dans un grand nombre de cas, de belles huppes brillantes; enfin, que leur faiblesse ne leur permet de prendre que des Insectes.
Les Moucherolles ne se trouvent pas en Europe , ainsi que cela a lieu pour un assez grand nombre deGobe-Mouches : ces Oiseaux sont tous étrangers; on en rencontre beaucoup en Afrique, en Asie, surtout dans les Indes , mais les voyageurs en ont signalé également plusieurs espèces comme propres à l'Amérique et à l'Océanie.
On connaît un nombre considérable d'espèces de ce genre ; nous ne citerons que les principales , et en cela nous prendrons pour guide le Règne animal de G. Cuvier.
Le Roi des Gobe-Moucues, BuiTon (pi.
enl., 289), ou Moucherolle a huppe transverse, Todus regius La th. La taille de cet Oiseau ne dépasse pas 22 centimètres. Une huppe d'un beau rouge bai terminée de noir couronne son front; les parties supérieures du corps sont d'un brun foncé; les couvertures alairessontégalementd'un brun fauve; les pennes des ailes rousses, ainsi que l'abdomen ; la poitrine blanche, maculée de brun; la gorge jaunâtre; l'élégance de ces couleurs est encore relevée par un collier noir et des sourcils blanchâtres; le bec est noir, ainsi que les pieds. Voy. l'atlas de ce Dictionnaire, oiseaux, pi. 2, fig. 1.
Cette belle espèce, la plus grande du genre, habite l'Amérique méridionale.
Le Moucherolle a cou jaune , Muscicapa flavicollis Lath. Cette espèce n'a que 16 à 17 cent.; ses parties supérieures sont vertes, sauf les rémiges et les rectrices qui sont noirâtres et bordées de jaune, et les deux rectrices intermédiaires qui sont terminées de blanc; l'abdomen est également vert, mais il a quelques taches jaunes; les yeux sont de même entourés de cette dernière couleur, qui est aussi celle du sommet de la tête et du devant du cou ; le bec et les pieds sont rouges, la queue est très fourchue. Se trouve en Chine.
Le Moucherolle des déserts. Muscicapa deserli Lath. Taille de 14 centim. ; ayant en dessus un plumage d'un jaune obscur, sauf les pennes des ailes et leurs couvertures , qui sont noirâtres, ainsi que les pieds; le bec est jaunâtre. Habite l'Afrique.
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le Moucherolle à huppe jaune, Muscicapa lulea Lath. De la taille de l'esp. précédente ; son plumage est en général d'une couleur d'ocre avec des teintes noirâtres sur les ailes et la queue ; le bec et les yeux sont de couleur de plomb; les pieds cendrés; les ongles noirs.
Se rencontre communément à Otaïti.
Parmi les autres espèces , nous citerons le Moucherolle de paradis, Muscicapa paradisii et Todus paradisiacus Gm., Buflon (pi.
col.), 234. — Le petit Moucherolle de paradis , Muscicapa mutata Cuv. — Le Moucher. ouYetapa, M. psalura Temm. (col.
286 à 296), M. risora Vieil.— Le Moucher. a queue de coq, M. alector Pr. Max., Vieill.
— M. melanoptera Gm. (pi. col. 567-2).
— M. telcscophthalma Lesson et Garnot. — T. rnelanoccphalus Spix. — Totatus griseus Desm. — Mantele , Vaillant , M. borbonica.
— il/, crislata. — M. cœrulea. — Todus leucocephalus Pallas. — M. coronata. — M. Myslax Spix. — M murantia. — M.
cucullaius Lath. , etc. (E. D.)
MOUCHERONS, ins. — Dénomination vulgaire des petits Diptères, et particulièrement des espèces du g. Cousin.
MOUCHET. ois. — Nom vulgaire du Pégot.
MOUCHETS. ois. — Pour Émouchets.
Voy. ce mot.
MOUCLÏER. ois. — Synonyme vulgaire de Morillon. Voy. canard.
MOUETTE. Larus. ois. — Genre de l'ordre des Palmipèdes, créé par Linné, adopté par tous les zoologistes, et comprenant non seulement les Mouettes ordinaires , qui sont d'assez petite taille , mais encore les Oiseaux dont la taille égale au moins celle du Canard, et que , depuis Buflon, on a l'habitude de désigner sous le nom de Goélands. Ces deux groupes d'Oiseaux ne diffèrent pas entre eux , et le nom générique de Mouette doit leur rester appliqué : ils portent, en outre, les dénominations latines de Larus, le plus habituellement employé , et de Gavia, et enfin on les a surnommés vulgairement Mauves, de l'allemand Meuwen (miauleurs) ; mais ce dernier nom, appartenant également à une plante très commune, doit être exclu du ■ animal.
Les Mouettes présentent les caractères
génériques suivants : Bec de médiocre longueur, lisse, tranchant, comprimé latéralement; la mandibule supérieure recourbée vers le bout; l'inférieure renflée en formant un angle saillant près de la pointe; les narines latérales placées au milieu du bec et percées à jour, étant en général linéaires et plus larges au-devant, mais toutefois, dans quelques espèces, elles sont plus ou moins arrondies; la langue aiguë à l'extrémité et un peu fendue; le tarse est long et nu au-dessus du genou; les trois doigts antérieurs sont entièrement palmés , et les latéraux sont entièrement bordés d'une petite membrane; le doigt de derrière, fort petit et élevé de terre, est privé d'ongle dans une espèce; les ongles sont falculaires ; les ailes, dont les deux premières pennes sont les plus longues, ont beaucoup d'ampleur, et dépassent la queue.
Chez ces Oiseaux la tête est grosse , le cou est court, le plumage est serré et épais; ce sont de bons nageurs, et ils volent continuellement, et savent braver les plus fortes tempêtes. Dans le repos leur port est ignoble, ils ont l'air triste et le cou renfoncé. Lâches, voraces et criards, ils ont reçu le nom vulgaire de Vautours de mer, et on les voit souvent nettoyer les cadavres de toute espèce qui flottent sur la mer. Ils sont répandus sur tout le globe, où ils couvrent les plages, les ëcueils et les rochers; mais ils fourmillent surtout sur les bords de la mer, où ils recherchent les poissons vivants et putréfiés, les matières animales en décomposition, les Vers, les Mollusques, etc.
Quelques espèces fréquentent les eaux douces; d'autres, au contraire, se trouvent à plus de cent lieues en mer. On prétend que parfois ils s'enfoncent beaucoup dans les terres lorsqu'ils sont attirés par l'odeur d'animaux morts. Partout ils s'épient mutuellement , et lorsque l'un d'eux saisit quelque morceau, les autres l'entourent et l'étourdissent de leurs cris jusqu'à ce qu'il ait lâché sa proie. On ajoute même que , parfois, pour l'obtenir, ils se battent avec fureur , et que le blessé devient une victime qu'ils immolent à leur voracité; mais ce fait, rapporté par d'Azara , n'est pas encore confirmé et ne semble pas probable, parce que les Mouettes sont lâches et qu'elles ne sont pas armées pour se livrer de pareils
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combats. Ces Oiseaux ne peuvent subsister que d'une pâture offerte par le hasard , ou de proies qu'ils réussissent à enlever; ils sont doués de la faculté de supporter la faim pendant longtemps , et l'on cite certains Goélands qui ont vécu neuf jours sans prendre aucune nourriture.
Cependant le besoin d'aliments et la crainte d'en manquer doivent causer à ces animaux des agitations perpétuelles, et c'est ce qui peut expliquer pourquoi ils fondent sur leur proie avec une violence telle qu'ils avalent l'amorce et l'hameçon, et s'enferrent sur la pointe placée par un pêcheur sous le poisson qu'il leur présente comme appât. C'est principalement pendant les ouragans que les Mouettes sont livrées aux horreurs de la faim : on les Yoit, durant la tempête, s'abattre de temps en temps sur l'eau, et les vagues les emportent et les ballottent sans les submerger; après avoir paru englouties, on les revoit bientôt à la cime des flots , où elles semblent se reposer; pui$ un instant après elles s'élancent sans peine dans l'espace, malgré la longueur de leurs ailes. C'est alors que le mauvais temps tient la mer agitée pendant plusieurs jours qu'on voit ces Oiseaux , tourmentés par la faim , exercer leurs brigandages sur les côtes. Alors ils s'avancent quelquefois bien avant dans les terres , et leur apparition loin des rivages , que l'on a prise pour un signe de tempête, n'en est que la conséquence, car ce n'est que lorsqu'ils ne peuvent rien trouver sur les parages des mers bouleversées qu'ils s'aventurent dans les terres. Notre collaborateur M. Gerbe rapporte ( Dict.
pitt. tfhist. nat.) qu'il a plusieurs fois observé, dans divers endroits du midi de la France, que, lorsqu'il neige, des bandes de Mouettes vont se porter dans les campagnes, quoiqu'il fasse calme plat en mer. A quoi attribuer ces excursions? On ne le sait d'une manière certaine; mais ne peut-on pas croire que c'est dans l'espoir de rencontrer des proies vivantes , telles que de petits Mammifères et Oiseaux affaiblis par la disette de nourriture, que les bandes de Mouettes quittent le rivage pendant que la neige couvre la terre?
La chair des Mouettes est un mauvais aliment; elle est dure et coriace, et son mauvais goût et son odeur désagréable la font ..
repousser. Cependant, d'après Mauduyt, il paraît qu'on apportait en carême un grand nombre de ces Oiseaux dans les marchés de Paris pour les austères cénobites. Les habitants originaires des Antilles se nourrissent de la chair de ces Palmipèdes; on rapporte qu'ils les jettent tout entiers dans le feu sans les vider, ni leur enlever les plumes, qui forment une croûte sur la peau , et lorsqu'ils veulent les manger, abattent cette croûte et ouvrent le corps par le milieu. Les Groënlandais en font aussi leur ressource. Nos marins s'en nourrissent également, et ils leur font subir une préparation particulière : après les avoir écorchés , ils les suspendent par les pattes, et les laissent exposés au serein pendant une ou deux nuits; par ce moyen ils leur font perdre en partie la mauvaise odeur qu'ils exhalent , la graisse s'échappe en grande partie du corps de ces animaux, et ilsdeviennent alors un mets un peu plus mangeable. Les Goélands et les Mouettes rendent, du reste , de grands services à l'homme, en purgeant les rivages des mers de tous les cadavres petits et gros, de toutes les matières en putréfaction, etc., qui, en infectant l'air, pourraient lui être nuisibles.
Les navigateurs ont trouvé des Mouettes sur tous les rivages; mais ces Oiseaux sont plus nombreux et plus grands dans les pays du Nord, où les cadavres des gros Poissons et des Baleines leur offrent une pâture plus abondante, et c'est sur les îles désertes des deux zones polaires, où ils ne sont pas inquiétés, qu'ils préfèrent nicher. Un trou creusé dans le sable , un trou de rocher même , leur suffit pour y faire leur ponte ; dans les contrées plus habitées, les petites espèces recherchent les rivages des étangs audelà de la mer, qui sont couverts d'herbes. Le nombre de leurs œufs n'est pas toujours le même , l'on en trouve tantôt deux, tantôt quatre, et plus souvent trois. Ces œufs, d'assez petite taille, sont, dit-on f bons à manger. Les jeunes naissent couverts d'un duvet qu'ils portent longtemps ; les plumes ne poussent que tard, et ce n'est qu'après plusieurs mues , dans la plupart des espèces, que les jeunes prennent le plumage de l'adulte.
Arrivées à tout leur accroissement , les Mouettes ont un plumage épais, qui leur
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permet de supporter aisément le froid ; elles muent deux fois par an , en automne et au printemps. Leur vol, quoique lourd, est aisé , et leur démarche est légère et précipitée ; ellSs s'abattent souvent sur les flots pour s'y reposer, et nagent rarement, ou du moins en nageant elles ne parcourent pas de grandes distances.
A l'âge adulte , les Goélands et les Mouettes ont leur plumage mélangé de blanc, de cendré bleuâtre, de gris noirâtre , de gris, de noir, de brun , et la distribution de ces diverses couleurs varie tellement, suivant l'âge, le sexe de chaque espèce, et suivant même l'époque de l'année où l'on étudie ces Oiseaux, que l'on a été amené à multiplier, d'une manière beaucoup trop considérable, le nombre des espèces, et que souvent la même espèce porte deux ou trois noms dans les ouvrages des ornithologistes. Les signes auxquels on peut reconnaître les individus dont la livrée est parfaite sont l'absence de taches ou bandes noires sur la queue , qui est alors tout-à-fait blanche ; ia longueur comparative du tarse et des ailes est aussi un moyen employé pour distinguer les individus vieux des jeunes. La taille des femelles est un peu moins considérable que celle des mâles ; elles ont, suivant Lewin, la queue terminée de noir, tandis que cet organe est terminé de blanc dans les mâles ; enfin, les femelles présentent un rang de plumes de couleur foncée sur les couvertures des ailes, et quelquefois leur plumage est tacheté ou varié.
Il existe parmi les Goélands et les Mouettes une si grande confusion, et les auteurs sont si peu d'accord entre eux, qu'on hésite à assigner une place fixe aux espèces , et à leur appliquer des synonymes. Vieillot (Hist. nat. des Ois. et Dict. d'Hist. nat. de Déterville) propose, dans ce genre, un grand nombre d'espèces , et il a été suivi en cela par M. Drapiez (Dict. closs. d'Hist. nat.); G. Cuvier ( llègne animal) réduit au contraire ces espèces à un très petit nombre. Enfin, M. Temminck [Manuel d' Ornithologie) n'admet qu'un certain nombre d'espèces; il rétablit la synonymie et semble avoir étudié chaque espèce , soit p;;r des observations directes, soit par colles de ses correspondants: aussi est-ce le meilleur travail que nous ayons encore sur le groupe t. vin.
des Mouettes, et c'est celui que nous suivrons dans la description et l'indication des principales espèces de ce grand genre.
Quoique n'attachant pas beaucoup d'importance aux sections qui ont été établies dans le genre Mouette, nous les conserverons cependant, et nous grouperons sous le nom de Goélands les plus grandes espèces, tandis que les plus petites resteront indiquées sous celui de Mouettes.