II. MOUETTES
8° Mouette blanche ou Ssnateur , Larus éburncus Gm., Temm. Les individus adultes, longs de 50 à 52 centimètres, sont, dans leur plumage parfait d'été, entièrement blancs ; leur bec, gros et fort, est d'un cendré bleuâtre à sa base, d'un jaune d'ocre sur le reste ; l'iris est brun et les pieds sont noirs. Cet Oiseau, que Buflon a décrit et figuré sous le nom de Goéland blanc du Spilzberg, est regardé par G. Cuvier comme une simple variété de la Mouelte à pieds bleus.
Cette Mouette se trouve très communément au Groenland , dans la baie de Baffin. C'est principalement dans la mer glaciale qu'habite cet Oiseau , aussi ne le voit-on qu'accidentellement sur les côtes de Hollande.
9° La Mouette a pieds bleus. Larus canus Linn., Temm. Taille de 45 centimètres]: adultes , en plumage d'hiver , ayant la tête et le cou blancs, avec de nombreuses taches d'un brun noirâtre; la gorge, le
dessous du croupion , le corps et la queue sont très blancs; le dos, les scapulaires et les pennes secondaires des ailes d'un cendré bleuâtre; les rémiges noires, avec un espace blanc sur les deux extérieures ; le bec d'un bleu Yerdâtre à la base , et d'un jaune d'ocre à la cravate; les pieds d'un cendré bleuâtre, maculé de jaunâtre. Les Larus cyanorhynchus Meyer, hybernus Gm.,et procellosus Bechs. , ne sont que des jeunes âges de cette espèce.
Cette Mouette , qui habite les bords de la mer , se répand en troupes dans les terres à l'approche desouragans. Elle est commune en été dans les régions du cercle arctique, et en hiver sur les côtes de France et de Hollande. Ellese nourritdePoissons vivants, de Vers , d'Insectes, de Mollusques; elle fait son nid dans les herbes, près de l'embouchure des fleuves et des bords de la mer , et la femelle y pond trois œufs d'une couleur ocracée blanchâtre , marquée irrégulièrement de taches cendrées et noires.
10° La Mouette tridactyle, Larus tridactylus Linn., Larus rissa Brunn. D'une longueur de 41 centimètres; elle a la tête et le cou d'un cendré bleuâtre uniforme , avec des raies noires très fines en avant des yeux ; le front, le dessous du corps, le croupion et la queue sont très blancs ; les rémiges en partie noires et en partie blanches ; le bec d'un jaune verdâtre, le tour des yeux d'un beau rouge ; l'iris et \es pieds bruns. Un des meilleurs caractères de cette espèce consiste dans l'absence d'ongle au pouce.
Ce n'est que rarement qu'on rencontre cet oiseau sur les bords de l'Océan ; mais on le trouve souvent auprès des lacs salés, dans les mers intérieures, les golfes, etc.; en automne, il se répand sur les lacs et les fleuves, et en été dans les régions du cercle polaire. Il se nourrit de Poissons frais et d'Insectes ; se niche sur les rochers, et pond trois œufs d'un blanc olivâtre, avec de petites taches cendrées.
11° La Mouette a capuchon noir, Larus mclanocephalus Natterer,Temm. De 41 centimètres de longueur; manteau d'un cendré clair, avec les pennes terminées par un grand espace blanc; la tête, le cou, les parties inférieures, la queue et la dernière moitié des rémiges d'un beau blanc; le dos, les scapulaires, les pennes secondaires des ailes
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et lu base des rémiges d'un cendré bleuâtre ; le bec d'un rouge vermillon ; les pieds orangés; l'iris et le tour des yeux bruns. Le pelage des jeunes varie et présente des taches brunes et blanches.
On trouve sur les côtes de la mer Adriatique cet oiseau, qui est très commun dans les marais de la Dalmatie, et qui ne paraît àTrieste que dans les gros temps.
12° La Mouette a capuchon plombé, Larus a£n'ciMaLinn., Lath., Temm.; Mouette rieuse Brisson. Cet oiseau , d'une longueur de 3S à 39 centimètres, a son manteau d'un cendré bleuâtre; les rémiges noires dépassent la queue de 5 à 6 centim.; le bec et les pieds sont d'un rouge de laque foncé. Dans son plumage de noce , cette Mouette a la tête couverte d'un capuchon, qui s'étend plus sur le devant du cou que sur la nuque ; son corps est varié de blanc.
Se trouve dans le détroit de Gibraltar, sur les côtes de la Sicile, et sur celles de l'Amérique septentrionale. La femelle se fait un nid dans les marais, ?t y dépose trois œufs de couleur de terre glaise, avec de petites taches irrégulières d'un pourpre et d'un brun clairs.
1 3° La Mouette rieuse ou Mouette a capuchon brun, Larus ridibundus Leisler (atlas de ce Dictionnaire, oiseaux , pi. 19). Les individus adultes de cette espèce ont une longueur de 38 à 39 centim.; la tête, le cou et la queue sont blancs, à l'exception d'une tache noire en avant des yeux et d'une grande tache noirâtre sur les oreilles ; les parties inférieures sont blanches; le dos et les couvertures des ailes d'un cendré bleuâtre ; le bec et les pieds d'un rouge vermillon. On doit réunir, d'après M. Temminck, à la Mouette rieuse, les espèces suivantes : Larus cinereus Gm. , L. procellosus Bechst. , I. crythropus Gm., L. canescens Bechst., L. ridibundus Gm., etc., etc.
Ces oiseaux habitent les rivières et les lacs salés et d'eau douce; ce n'est qu'en hiver qu'on les trouve aux bords de la mer : ils ne sont que de passage en Allemagne et en France, tandis qu'on en trouve en abondance en Hollande, dans toutes les saisons. Ils se nourrissent d'Insectes, de petits Poissons , de Vers, etc. Ils nichent auprès de la mer, dans l'embouchure des rivières : leur ponte consiste en trois œufs , dont le fond ,
olivâtre , est ordinairement parsemé de grandes taches brunes et noirâtres, variant beaucoup.
44° La Mouette a masque brun, Larus capistratus Temm. Plus petite que la Mouette rieuse, avec laquelle elle a beaucoup de rapport : son masque, d'un brun clair, ne descend pas sur la nuque, et ne recouvre pas la partie supérieure du devant du cou ; la partie intérieure des ailes n'est jamais d'un cendré noirâtre, mais toujours cendré clair ; le bec et les tarses sont d'un brun rougeâtre.
On trouve communément cette Mouette aux îles Orcades en Ecosse : elle se rencontre aussi dans la baie de Baffin. Les œufs sont d'un cendré verdàtre avec des taches plus foncées.
15° La Mouette pygmée, Larus minutus Pallas, Gm., Lath., Temm. C'est la plus petite espèce du genre, et elle n'atteint pas plus de 23 à 26 centimèt. de longueur. Le dessus du corps est d'un cendré bleuâtre , et toutes les pennes alaires sont terminées par un grand espace blanc; le front, la région des yeux et la queue, ainsi que toutes les parties inférieures, sont blancs chez les femelles comme chez les mâles ; dans le plumage d'été la tête et le dessus du cou sont enveloppés par un capuchon noir.
Cette espèce habite les lacs, les fleuves et les mers des contrées orientales de l'Europe; elle n'est qu'accidentellement de passage en Hollande et en Allemagne, tandis qu'elle est très abondante en Russie, et qu'on la trouve partout en Suisse. Sa nourriture consiste en Insectes et en Vers.
Nous venons de décrire les espèces de Mouettes les mieux connues, et en même temps celles qui sont admises par tous les naturalistes; nous allons, en terminant cet article, citer quelques unes des espèces indiquées comme distinctes, mais qu'il faudrait encore étudier avec soin avant de les placer définitivement dans la série omithologique.
16° La Mouette pulo-condor , Larus pulocondor Lath., Sparm. — De Chine.
17° La Mouette a tète cendrée, Larus cynocephalus Vieillot. — Du Brésil.
18° Larus poliocephalus Temm. — Du Brésil.
19° Larus Sabini Leach. — De la baie de BafGn.
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20° Larus Audouinii Drapiez — De Sardaigne, etc., etc. (E. Desmarest.)
MOUFETTE. Mephitis. mam. — Le nom de Moufette a été appliqué par Buffon , comme dénomination générique, à des animaux Carnassiers digitigrades assez voisins des Martes , et cette division a été adoptée par tous les zoologistes. Le système dentaire des Moufettes se rapproche assez de celui des Martes , mais toutefois il est caractéristique, et c'est pour cela que nous nous étendrons longuernentsurcesujet. A la mâchoire supérieure il y a quatorze dents : six incisives, deux canines et six molaires, qui se composent de deux fausses molaires , deux carnassières et deux tuberculeuses; les incisives et les canines sont exactement celles des Martes; des deux fausses molaires, une est très petite, rudimentaire, et l'autre est normale, à deux racines et une pointe; la carnassière se fait remarquer par le grand développement du tubercule interne, qui lui donne une grande épaisseur et une forme triangulaire, et la tuberculeuse par ses dimensions, qui sont à peu près les mêmes du bord antérieur au bord postérieur que du côté interne au côté externe. Chez les Martes, au contraire, cette dent n'a quelque étendue que dans ce dernier sens , et ces tubercules , peu saillants et arrondis, ne se marquent pas nettement ; dans les Moufettes ces tubercules sont devenus très forts et anguleux, ce qui en fait vraiment une dent triturante : il y a quatre tubercules principaux séparés par des creux assez profonds ; mais l'extrême irrégularité de leur figure ne permet pas de les décrire. A la mâchoire inférieure on compte dix-huit dents, savoir : six incisives , deux canines et dix molaires, se divisant en six fausses molaires, deux carnassières et deux tuberculeuses; les incisives et les canines sont semblables à celles des Martes ; les fausses molaires ne diffèrent pas de celles du Grison : la première est beaucoup plus petite que les deux autres, qui ont les formes et les proportions des fausses molaires normales ; la carnassière est divisée en deux parties à peu près égales par une cavité assez forte; l'antérieure est formée de trois tubercules pointus disposés en triangle, et la postérieure d'un talon terminé par deux tubercules aigus et assez minces, qu'un sillon profond sépare; enfin la tuberculeuse
est la même que celle des Martes. Le système dentaire des Moufettes nous montre que ces animaux sont moins carnassiers que les Martes à cause de l'épaississement de leurs dents tranchantes, et sont plus frugivores à Cause de l'élargissement de leurs molaires. Tels sont , d'après Fr. Cuvier (Dents des Mammifères, 1825), les caractères odontalgiques des Moufettes. Étudions maintenant les caractères que nous fournissent les autres parties de l'organisation de ces animaux. La tête est courte; le nez peu saillant; le museau est terminé par un mufle qui s'étend inférieurement jusqu'à la partie externe des narines ; les yeux sont simples ; les oreilles ont une conque arrondie et assez petite ; la langue est lisse et douce. Les membres sont pentadactyles , comme chez les Martes , et les doigts sont terminés par des ongles arqués, robustes, et propres à fouir , comme chez les Zorilles : les Moufettes ne sont pas de véritables digitigrades, leurs talons de derrière sont fort peu relevés dans la marche, et elles sont demi-plantigrades. La queue , médiocre ou très courte, est couverte de très longs poils, et se relève en panache sur le dos. Le pelage est très fourni et fort long, et il se compose de poils soyeux et de poils laineux; de longues moustaches garnissent le museau. La robe des Moufettes présente du blanc et du brun-noir , et ces couleurs sont diversement distribuées selon les espèces et les variétés spécifiques.
Quanta l'organisation intérieure des Moufettes, on n'a encore que des notions incomplètes , excepté sur leur ostéologie , qui est bien connue. Leur squelette a été d'abord étudié en partie par G. Cuvier ( Oss. foss. , t. IV), puis par Lichtenstein , et enfin, dans ces derniers temps, d'une manière complète par M. de Blainville ( Ostéogr. fascicule des Mustela). Ce squelette, pour son ensemble, se rapproche beaucoup de celui de la Fouine. Les vertèbres sont au nombre de cinquantecinq , sur lesquelles on compte quinze dorsales, cinq lombaires et vingt-ct-une caudales ; la tête osseuse a la forme de celle de tout le groupe des Mustela; la face seulement est un peu plus longue , et les apophyses post-orbitaircs du frontal et du jugal sont presque effacées; les côtes sont comparativement plus fortes que celles de la
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Fouine, et Ton en compte une paire de plus que chez le Putois. Pour les différences que Ton peut remarquer entre les os des membres des Houlettes et des Fouines [voy. l'article marte), elles ne peuvent être exprimées d'une manière convenable que par l'iconographie, et nous renvoyons aux planches de M. Werner, qui accompagnent le bel ouvrage de M. de Blainville. Chez ces animaux il n'y a pas de cœcum. On ne connaît pas la structure des organes de la génération, mais on s'est assuré qu'il n'y a pas de poche anale. Deux glandes anales assez volumineuses sécrètent une liqueur excessivement fétide dont nous parlerons bientôt.
On n'a encore que peu de détails sur les mœurs des Moufettes. On sait toutefois que ce sont des animaux nocturnes qui vivent dans des terriers, et se nourrissent de petits Mammifères, d'Oiseaux, d'oeufs, de miel, etc.; qu'elles pénètrent quelquefois dans les habitations des hommes, et causent de grands dégâts dans les basses -cours , etc. Le nom de Moufettes , du latin Mcphitis , odeur puante, et ceux de bêtes puantes, enfants du diable, etc., leur ont été appliqués à cause de l'odeur infecte qu'ils répandent, surtout lorsqu'ils sont irrités et qu'ils veulent éloigner leurs ennemis. Cette odeur est si forte qu'elle suffoque ; s'il tombait , dit on , une goutte de cette liqueur empestée dans les yeux, on courrait risque de perdre la vue. Lorsqu'il s'en répand sur les habits , elle leur imprime une odeur qu'il est très difficile de faire passer. Plusieurs voyageurs ont parlé de l'odeur infecte produite par les Moufettes , et nous empruntons à Kalm ( Voy. dans VAmér. septentr. ) les passages suivants, qui font connaître son intensité. « En 1749, il vint un de ces animaux, écrit ce Yoyageur , près de la ferme où je logeais : c'était en hiver et pendant la nuit ; les Chiens étaient éveillés et le poursuivaient. Dans le moment il se répandit une odeur si fétide , qu'étant dans mon lit je pensais être suffoqué : les Vaches beuglaient de toute leur force. Sur la fin de la même année , il se glissa une Moufette dans notre cave : une femme, qui l'aperçut la nuit à ses yeux étincelants , la tua, et dans le moment , elle remplit la cave d'une telle odeur, que non seulement cette femme en fut malade pendant quelques jours, mais que le pain , la
viande, et les autres provisions qu'on conservait dans cette cave, furent tellement infectés qu'on ne put en rien garder, et qu'il fallut tout jeter au dehors. » Des faits à peu près semblables sont rapportés par d'Azara et par d'autres voyageurs, et l'on doit ajouter foi à ces récits, lorsqu'on se rappelle que des Moufettes, conservées dans l'alcool depuis fort longtemps , conservent cependant une odeur très forte et très désagréable lorsqu'on les retire de ce liquide pour les étudier.
La détermination et la distinction des diverses espèces du genre Moufette est encore impossible dans l'état actuel de nos connaissances. Tous les individus que possèdent les collections zoologiques de l'Europe, et que les naturalistes ont pu comparer entre eux, et tous ceux que les voyageurs ont décrits dans leurs ouvrages , sont assez différents par les couleurs de leur pelage pour faire regarder comme probable l'existence de plusieurs espèces; mais ils ne le sont pas asser pour que le nombre de ces espèces puisse être fixé avec certitude ; aussi une grande confusion règne -t-elle à cet égard , et chaque auteur a-t-il admis un nombre plus ou moins considérable d'espèces. Toutefois, on est généralement d'accord aujourd'hui pour ne plus placer dans ce genre que des espèces provenant de l'Amérique. La Moufette du Cap a été reconnue n'être autre chose que le Zorille ( voy. ce mot ) , et la Moufette de Java ou Télégan ( Mcphitis meliceps Griff. ) est devenne le type du genre Mydaus. Voy. ce mot.
Indiquons brièvement ce que les naturalistes ont écrit relativement aux diverses espèces du groupe des Moufettes. Buffon {Hist. nat. gén. et part. , t. XIII , et Suppl. , t. VII) pensait qu'il existe cinq Moufettes, et il les indiquait sous les noms de Coase , de Conépate , de Chinche , de Zorille et de Moufette du Chili. Le Coase a été éloigné du genre qui nous occupe pour être placé, tantôt dans le groupe des Martes , tantôt dans celui des Coatis. Les Conépate et Zorille n'ont généralement pas été admis comme espèces distinctes; le Chinche, au contraire, est devenu l'espèce type du groupe , et la Moufette du Chili a été admise spécifiquement par quelques zoologistes, et particulièrement par Et. Geoffroy St-Hilaire, Fr. Cuvier, etc.
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G. Cuvier (Règ. anim.), et, d'après lui , A. -G. Desmarest (Mammalogie) et Ranzani, remarquant que les différentes races qu'indiquent les descriptions des voyageurs rentrent tellement les unes dans les autres , qu'on est tenté ou de n'admettre qu'une seule espèce, ou d'en former dix-huit, réunissent ensemble toutes les Moufettes sous le nom de Mephitis americana; ces auteurs font observer toutefois que lorsqu'on connaîtra mieux ces animaux, on devra probablement former des espèces définitives dans cette grande espèce en quelque sorte provisoire, et ils indiquent les nombreuses variétés décrites par les voyageurs.
Depuis cette époque, M. Licbtenstein , M. Gray (Mag. nat. hist., série 2, t. I), et plus récemment M. Lesson (Nouv. tab. du règ. anim. , Mamm., 1842), ont formé des sous-genres dans le groupe des Moufettes, et ce dernier naturaliste a admis neuf espèces dans le genre Moufette (1). Enfin, en 1841, notre collaborateur, M. Paul Gervais {Voy. de la Bonite , de MM. Eydoux et Souleyet , part, zool., Mamm., p. 10, et atlas, pi. 3, fig. 1 à 2 ) , a décrit avec soin une espèce de ce groupe, le Mephitis Feuillei, qui n'était pas suffisamment connue auparavant, et qui maintenant doit prendre place dans la série des espèces. Nous ne nous éten-
(i) Nous croyons devoir indiquer ici la liste des coupes secondaires et spécifiques admises par M. Lesôon, tout en Jaisant observer de nouveau que de nouvelles études sont utiles avant d'admettre toutes ces divisions plus ou moins nouvelles.
Genre MEPMTES, G. Cuv. (Mephitis, Conepatus et Marpatius , Gray).
Ier sous-genre: Thiosmus. — Espèces: i° Th. yagure Liclist. (Yagouaré Azara , Viverra Conepati Gm.), du Paraguay et de la Magcllanic; 2" Th. nasuta (Meph. nasutd Benn), de la Californie; 3° Th. quitensis Less (Gulo quitensis Ilurr.b.) , de Quito, au Pérou ; 4° Th. mapurito Less. (Var. zorilla Hernand.), de la Nouvelle-Grenade et de Santa- Fc de Bogota ; 5° Th. ckilensis Less. ( Mep. chilensis Et. Geoff., Mephitis var. G. G. Cuv., la Moufette du Chili Buffon), du Cbili , Voy. la description que nous en donnons plus loin.
2e sous-genre : Chincha, Lesson. — Espèces: 6° Chincha americana Less., Meph. mephitis Erl. , Meph. americana Desm., le Chinche, Buffon, Schreb., Fr. Cuv., Var. hudsonica Richais. (<le Sa Louisiane). Voir notre description.
3e sous-genre : Mephitis , G. Cuv. — Espèces: 7° Meph. 'Femllei Gerv. (Moufette Feuillée , Yagouaré Azara , Meph. tuffocans Sil. ; Meph. chinche de Feuillée Dcsr. ), de Monte- Video (Voy. la fin de notre article); 8° Meph. putorius Tied. (Viv. putorius ErnL; Meph. americana, Var. Desm ; le Conepatc, Buffon, Coterby, Fr. Cuv), des États-Unis, et H'Meph. interrupta fUfin., de la Louisiane,
drons ici, en terminant cet article, que sur l'espèce type, la Mephitis americana, et nous ne dirons seulement que quelques mots des Mephitis chilensis et Feuillet , qui nous semblent des espèces véritablement distinctes.
1° Le Chinche Buffon (t. XIII , pi. 29.), Viverra mephitis Fr. Cuv. (Hist. nat. des Mamm. , 1821 ), Mephitis americana A. -G. Desm. (Mammalogie , 1820), etc. La taille de cet animal est celle du Chat domestique. La tête , les épaules , les côtés du corps et les parties inférieures et postérieures , les membres et une ligne qui naît entre les épaules et s'avance sur la queue en s'élargissant, sont noirs ; le blanc commence entre les deux yeux, s'élargit sur le sommet de la tête , continue à s'étendre sur les côtés du corps, et vient finir à la queue, où il se mêle avec beaucoup de poils noirs; on voit en outre deux taches blanches , l'une sur les membres de devant , et l'autre sur les cuisses.
Le Chinche se rencontre dans toute l'Amérique, depuis le centre des États-Unis jusqu'au Paraguay, dans les plaines comme dans les pays de montagnes, dans les endroits boisés comme dans les lieux découverts. Le pelage de cet animal varie beaucoup , ce qui a fait établir par G. Cuvier (Ossem. foss., Mém. sur les Carnassiers des Cavernes) et par A. -G. Desmarest (Mammalogie), dix- sept variétés dans cette espèce. Nous renvoyons aux ouvrages cités plus haut pour la description de ces nombreuses variétés , et nous dirons seulement que plusieurs naturalistes en ont élevé quelques unes au rang d'espèces , et cela peut-être avec raison.
2° La Moufette du Chili, Buffon (Hist.
nat. gén. et Suppl., t. VII, pi. 57); Mephitis chilensis Et. Geoffr. , Fr. Cuvier. Cette espèce a plus de 50 centim. du bout du museau à l'origine de la queue, et cette partie a environ 20 centim. Le fond du pelage est d'un brun noirâtre, mais la queue est blanche avec quelques poils bruns , et il en est de même de deux lignes qui partent du sommet de la tête où elles sont unies , s'avancent le long du dos en se rétrécissant jusque sur les hanches.
Se trouve au Chili.
3° La Moufette de Feuillée, Mephitis Feuillei Gerv. [in Bonite Mamm., pi. 3, f. 1
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à 3), Moufette chinche de Fedillée, A. -G. Desm. (Marawi.), etc. La longueur de cet animal est de 57 centim. de la tête à l'extrémité de la queue, celle-ci ayant environ 15 centim. Le pelage est entièrement d'un brun légèrement roussâlre; le mufle est nu et saillant; les tarses et les carpes sont également sans poils à leur partie plantaire; les ongles sont plus longs antérieurement que postérieurement, et fouisseurs aux quatre extrémités; la queue n'est pas en panache comme dans le Chinche.
Cette espèce a été prise plusieurs fois aux environs de Monte-Video. (E. Desmarest.)
MOUFETTES et MOFETTES, phys. — Dénomination appliquée à certains gaz , soit délétères par eux-mêmes, soit incapables d'entretenir la respiration et la combustion. Les vapeurs épaisses et pestilentielles qui souvent , pendant l'été surtout, se dégagent des mines, ont aussi reçu le nom de Moufettes.
MOUFLON, mam. — Nom appliqué généralement à tous les Moutons sauvages, et qui, originairement, appartenait en propre à l'espèce type Mouton, Ovis. Voy. ce mot.
MOUGEOTIA (en l'honneur du docteur Mougeot , célèbre botaniste des Vosges).
bot. eu. — ( Phycées.) Genre créé par Agardh et appartenant à la tribu des Conjuguées ou Zygnémées. Il se distingue des genres voisins par ses filaments géniculés au point de l'accouplement, et par ses globules reproducteurs se développant dans les tubes de conjonction. L'endochrome, le plus souvent vert , forme dans chaque article une masse allongée, non contournée en spirale, ni divisée en étoiles. On en connaît environ dix espèces croissant dans les eaux douces ; la plus commune est le M. genufiexa Ag. Les genres Sirogonium, Staurospermum et Zygogonium de Kutzing {Phycol. gêner.), ont été établis aux dépens de celui-ci. (Bréb.)
MOUGEOTIA, Kunth. (inHumb.etBonpl.
Nov. gen. et sp.,V, 326, t. 483, 484). bot. ph. — Syn. de Riedlea, Venten.
MOULE. Mytilus. moll. — Genre de Mollusques conchifères établi par Linné, qui y comprenait des Huîtres, des Avicules, des Anodontes, etc. Bruguière avait déjà assez bien circonscrit ce genre; mais Lamarck, voulant pousser plus loin la réforme, en sé-
para encore son genre Modiole (voy. ce mot), qui n'en diffère que par le caractère fort variable de la position des crochets moins rapprochés de l'extrémité antérieure. Mais en même temps Lamarck ne sut pas reconnaître l'existence du muscle adducteur antérieur, et, conséquemment, il rangea les Moules et les Modioles dans son ordre des Monomyaires. Mais l'anatomie de ces Mollusques faite par Poli a démontré que ce sont de vrais Dimyaires, malgré l'inégalité des deux muscles adducteurs. Les Moules que M. Deshayes réunit aux Modioles font partie de la famille des Mytilacés. Elles ont le corps ovale allongé, les lobes du manteau simples ou frangés, réunis postérieurement en un seul point pour former un siphon anal. La bouche, assez grande, est munie de deux paires de palpes labiaux triangulaires. Le pied est grêle, cylindracé , et sécrète un byssus grossier qui sert à fixer l'animal. Les branchies forment quatre feuillets presque égaux; le muscle adducteur postérieur est grand et arrondi; le muscle antérieur est beaucoup plus petit et il est accompagné par deux muscles longitudinaux qui servent aux mouvements du pied. La coquille est équivalve , régulière ; la charnière est ordinairement sans dents ; le ligament est marginal subintérieur, très long. Si, d'après Lamarck, on continue à séparer les Modioles des Moules, celles-ci seront censées avoir la coquille plus longitudinale et les crochets terminaux et pointus, tandis que celles-là ont la coquille subtransverse et les crochets moins rapprochés de l'extrémité antérieure. Mais si l'on compare un grand nombre d'espèces , on voit entre ces deux formes des intermédiaires si nombreux et des transitions si insensibles qu'il devient impossible de préciser la limite, d'autant plus que l'animal est organisé de même dans tous les cas. La coquille des Moules est souvent nacrée à l'intérieur, mais la couche externe, beaucoup plus épaisse que la nacre, est formée de fibres presque perpendiculaires à la surface, qui lui donnent aussi une dureté plus grande. La surface est d'ailleurs revêtue d'un épidémie corné, brunâtre, sous lequel se montrent des couleurs souvent très vives, nuancées de pourpre et de violet, ou formant des bandes divergentes à partir du sommet. Lamarck divisa son genre Moule en
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deux sections: les unes ayant la coquille sillonnée ou striée longitudinalement, telles que la Moule de Magellan (M. magellanicus L.)qui est longuede 130 millimètres, etqui, après avoir été débarrassée de son épiderme et polie, est d'une belle couleur pourpre, teinte de violet. Telle est aussi la Moule septifère ( M. bilocularis) dont les valves isolées offrent quelque ressemblance avec certaines Crépidules , en raison d'une lame en forme de cloison qui couvre à l'intérieur une partie de la cavité du crochet. La deuxième section comprend les Moules à coquille lisse ou sans sillon, telles que la Moule comestible, espèce bien connue et très abondante sur toutes les côtes de l'Europe. Elle se trouve souvent fixée en quantité considérable aux rochers des côtes de Bretagne et de Normandie où on va la chercher quand la mer est basse : car ces Mollusques choisissent de préférence les stations peu profondes ou même découvertes, pendant une partie du jour, dans l'intervalle des grandes marées. Mais, dans certaines localités où le fond est vaseux, comme aux environs de La Rochelle, on favorise le développement des Moules en établissant sur ces vases même, et jusqu'à une grande distance, des palissades qu'on nomme des bouchots et auxquelles se fixent à la fois des Fucus et des Moules en quantité considérable. Les pêcheurs vont ensuite les y chercher à la marée basse, en glissant au moyen d'une petite nacelle sur la surface unie de la vase. On peut voir à l'article Coropuie, dans le tome IV, comment, avant que cette pêche soit profitable, de petits Crustacés arnphipodes contribuent à aplanir la surface de la vase que l'action des vagues aurait rendue trop inégale. Un autre Crustacé de l'ordre des Décapodes brachyures, le Pinnolhère, habite l'intérieur même de la coquille des Moules vivantes auxquelles il ne paraît pas devoir nuire par son séjour. C'est à tort qu'on voudrait attribuer aussi des propriétés malfaisantes à ce même Crustacé par rapport aux qualités alimentaires de la Moule.
Une espèce du genre Moule de Lamarck, le Mytilus polymorphus de Pallas, a donné lieu à l'établissement d'un nouveau genre nommé, presque dans le même temps, Myliline par M. Cantrainc, Dreissena par M. Van Beneden, et Tichogonia par M. Rossmasler. Elle se trouve dans les eaux peu salées de la t. vin.
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mer Caspienne, de la mer Noire et delà Baltique, et en même temps dans les principaux fleuves de l'Allemagne et de la Russie; par conséquent, elle peut donner un moyen d'expliquer la présence de certaines coquilles de Moules avec des coquilles d'eau douce dans divers terrains lacustres. On connaît d'ailleurs aussi plusieurs espèces de Moules marines fossiles dans les terrains secondaires et tertiaires. (Dm.) MOULES D'EAU DOUCE, moll.— Voy.
AN0D0NTE et MULETTE.
*MOULIÏY"SïA (nom propre), bot. ph. — Genre de la famille des Sapindacées-Sapindées, établi par Cambessèdes {inMem. Mus., XVIIÏ, 27, t. 2). Arbres de Timor. Voy. sa-
PJNDACÉES.
MOUREAU. ois. -— Nom vulgaire du Rouge-Gorge. Voy. sylvie.
MOURERA. bot. ph. — Genre de la famille des Podostemmées, établi par Aubîet (Guian., I, 582) qui le caractérise ainsi: Spathe tubuleuse-campanulée, irrégulièrement fendue au sommet. Fleurs pédicellées. Périgone à deux squamules collatérales , quelquefois davantage et verticillées. Étamines 2, unilatérales, ou 812 et verticillées ; filets filiformes, subulés, libres, indivis; anthères sagittées, biloculaires. Ovaires 2-loculaires. Stigmates 2, subulés, divariqués, indivis. Capsule 2-loculaire, 2-valve.
Les Mourera sont des herbes de l'Amérique tropicale, à feuilles découpées en plusieurs lobes ou entières, imbriquées; à fleurs axillaires ou terminales, solitaires ou réunies en nombre.
Deux sections ont été établies dans ce g. ; ce sont: Neolacis, Cham. (in Linnœa, IX» 503): Périgone à 2 squamules collatérales; étamines 2 , unilatérales. Maralhrum , H. et B. (PL œquinoct., T, 40, l. 11) : Périgone à 4-8 squamules verticillées; autant d'étamines alternes avec les squamules. (J.)
MOURET. moll. — Dénomination employée par Àdanson pour désigner un Mollusque gastéropode qu'on suppose devoir être du genre Siphonaire. (Duj.)
MOURIIME. poiss. — Nom vulgaire donné en Provence à quelques espèces de Poissons pour lesquelles M. Duméril a établi le genre Myliobatcs. Voy. ce mot.
MOURIRI,AubI.(Gwî'aw.,I,452,t. 180). bot. pu.— Syn. de HJouriria, Juss.
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MOURIRIA. bot. ph. —Genre de la famille des Mémécylées, établi par Jussieu (Gen., 520). Arbres ou arbrisseaux de l'Amérique tropicale. Voy. mémécylées.
MOURON, rept. — L'un des noms vulgaires de la Salamandre terrestre. Voy. salamandre. (E. D.)
MOURON, bot. ph. — Nom vulgaire des espèces du g. Anagallis.
On a encore appelé :
Mouron d'Alouette , le Ceraslium vulgare;
Mouron blanc et Mouron des oiseaux, VAlsine média ou Morgeline ;
Mouron d'eau , le Samolus valerandi ;
Mouron de fontaine, le Montia fontana;
Mouron des Galibis, le Cordia collococca ;
Mouron de montagne , le Mœhringiamuscosa ;
Mouron violet , la Cymbalaire , etc.
MOUROUCOA. bot. ph. — Genre de la famille des Sapotacées?, établi par Aublet (Guian., I, 141, t. 54) pour des arbrisseaux de la Guiane encore peu connus.
MOUSSEL. mam. — Espèce de Lièvre.
Voy. ce mot. (E. D.)
MOUSSELINE, bot. cr.— Le Cantharellus cibarius ou Chanterelle est désigné sous ce nom, dans quelques campagnes, à cause des plis, des dessins que présente son hymenium. (Lév.)
MOUSSERON, bot. cr. — Nom vulgaire de quelques espèces d'Agarics.
MOUSSES. Musci. bot. cr.— Les Mousses sont des plantes acotylédones, annuelles ou vivaces , pourvues des deux sexes , rarement acaules et privées de feuilles, plus souvent, au contraire , formées d'une tige simple ou rameuse , garnie de feuilles distinctes. Cette tige et ces feuilles sont uniquement composées de tissu cellulaire sans nulle trace de vaisseaux. Les rudiments du fruit sont un pistil dont l'épigone porte un style. L'épigone persiste , et se détachant eirculairement à la base avant la maturité de la capsule, rarement au sommet, comme dans le Sphagnum , il constitue une sorte d'enveloppe ou de couvercle qui , sous le nom de coiffe, recouvre l'opercule et tout ou portion de la capa'ule. Celle-ci, terminale ou latérale , déhiscente ou indéhiscente, s'ouvre rarement par quelques fentes (ex.:
Andrœa), et n'est presque jamais dépourvue de columelle. Une sorte de gaîne se rencontre au bas du pédoncule , dans laquelle celui-ci est enchâssé ou plutôt fiché comme un pieu. Il n'y a point d'élateres mêlées aux spores ou séminules. Ce dernier caractère, joint au mode de rupture de l'épigone, est la principale base de la distinction entre les Mousses et les Hépatiques (voy. ce mot).
Histoire. De même que les autres Cryptogames, les Mousses ont été longtemps négligées par les botanistes , ou confondues avec les familles voisines, ainsi que le fait encore de nos jours le vulgaire.
Les Grecs leur donnaient le nom de /3pvov, mot qu'ils appliquaient aussi à quelques algues , entre autres à VUlva Lactuca. Mais on trouve encore dans les auteurs anciens les mots de p.vc'ov, aux^vov , Znvov et
<pol<7xov. Muscus est le nom latin, d'ouest venu le nôtre (1). Toutefois , chez les Romains, ce nom servait encore à désigner quelques Lichens.
Il faut remonter, chez les modernes, jusqu'à Gaspard Bauhin pour trouver la définition bien imparfaite de quelques plantes de cette famille. C'est à Ray qu'on doit d'avoir posé les fondements de la bryologie, et à Tournefort d'avoir distingué et séparé les Mousses des Lichens , que tant de gens du monde confondent encore de nos jours.
Mais Vaillant est véritablement le premier qui ait donné de bonnes descriptions de Mousses, et qui lésait surtout accompagnées de figures , lesquelles, à part les analyses , dont on ne sentait point alors la nécessité, ne sont en rien inférieures aux plus récentes , au moins quant à la vérité du port des espèces qu'elles représentent. Dillen vint ensuite qui fit faire à la science d'immenses progrès par la publication de son immortel ouvrage, intitulé Historia Muscorum. Les planches de ce livre , qui , comme celles de Vaillant , pèchent par l'absence de détails, sont aussi remarquables par la frappante ressemblance des objets figurés.
On trouve dans Dillen, avec d'excellentes descriptions et des observations précieuses, l'établissement des genres Mnium , Sphagnum , Fontinalis , Hypnum , Bryum et Polytrichum. Presque à la même époque, flo-
(0 Muscus mollis. Ovid., Metamoroh. FUI, 564.
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rissait en Italie l'immortel Micheli, ce jardinier dont Sprengel a dit avec vérité : Vir doctrina, acumine ingenii et industria incomparabilis. Sa disposition des Mousses est loin néanmoins de valoir celle de Dillen ; mais il décrivit mieux que ce dernier les parties de la fructification , et peu s'en est fallu qu'il n'en découvrît la sexualité. Linné, à qui l'histoire naturelle tout entière et la botanique en particulier sont si redevables , Linné occupé de tant et de si grands objets, n'a fait faire aucun progrès à la bryologie; il s'est borné à adopter les genres de Dillen en y ajoutant les deux suivants : Splachnum et Buxbaumia. Loin de là , ses idées erronées sur la capsule, qu'il considérait comme une anthère, et sur les spores, qu'il en prenait pour le pollen, ont pour ainsi dire arrêté , ou du moins retardé la marche de la bryologie, à cause de l'immense ascendant que ce prince des botanistes a eu sur ses disciples. Après avoir avoué son ignorance touchant les organes femelles, il crut enfin les reconnaître dans ces gemmes qu'on rencontre quelquefois au sommet des rameaux, et cette première erreur s'opposa à ce qu'il les cherchât où ils étaient réellement.
L'importance très secondaire des travaux faits sur cette famille par Adanson,Gleditsch, Scopoli , Hill , Schmidel , Meese , Schreber, OEder, Miller, Kœlreuter et Necker, nous les fait passer sous silence pour arriver enfin à Hedwig, dont les immorlels travaux ont jeté un si grand jour sur l'anatomie et la physiologie des Mousses. Honneur éternel à la mémoire de cet infatigable et ingénieux scrutateur des secrets les plus cachés de la nature! C'est lui qui a mis hors de doute la présence des deux sexes dans ces plantes, et nous a donné la première disposition systématique raisonnable des espèces. Il ajouta d'abord 15 nouveaux genres à ceux du Species planlarum , et par la suite augmenta ce nombre de quelques autres. On peut dire qu'il est le véritable créateur de la bryologie , et que les progrès récents de cette branche de la botanique doivent en partie lui être attribués. Il nous manque le temps et l'espace pour exposer en détail tous les titres que s'est acquis Hedwig à l'admiration et à la reconnaissance des botanistes. Palisot de Beauvois tenta peu de temps après , mais vainement , de renverser le
système fondé par cet excellent observateur, en établissant que les organes mâles et femelles, réunis dans la même capsule, y sont représentés , les premiers par les spores , qu'il tient pour la poussière fécondante , et les seconds par la columelle, qui est , selon lui , une capsule. On voit clairement que c'est l'opinion de Linné modifiée qui se reproduit ici. En effet , au lieu de faire de la capsule une anthère , Palisot de Beauvois l'érigé en une fleur hermaphrodite ; singulier égarement de l'esprit, quand tous les faits donnaient à la théorie d'Hedwig une probabilité que le temps n'a fait qu'accroître. Schwaegrichen , continuateur d'Hedwig, a décrit et figuré, dans ses suppléments au Species Muscorum , un grand nombre de Mousses indigènes et exotiques. Bridel enfin , par une nouvelle disposition systématique , et surtout par un Species complet, a aussi puissamment contribué à propager et à faciliter l'étude de la bryologie. Comme Linné l'avait fait pour la phanérogamie, Bridel a donné en outre un essai de méthode naturelle appliquée aux Mousses, lequel a été plus tard fécondé par de nouvelles observations , et perfectionné par MM. Bruch et Schimper dans leur splendide ouvrage sur les Mousses de l'Europe
Parmi les botanistes qui ont bien mérité de la bryologie , nous rappellerons d'abord les noms de Swartz, Dickson, Schrader, Wahlenberg, Weiss , Weber et Mohr, et nous y ajouterons ceux des savants actuels qui ont plus ou moins contribué à son avancement. Ce sont, en suivant l'ordre alphabétique, MM. Arnott ( Valker ), de Brébisson, R. Brown, de La Pylaie , De Notaris , Fiedler, Garovaglio, Greville, Hampe, Harvey, W. Hooker et J.-D. Hooker, Hornschuch, Kunze, de Martius, Fiorini-Ma/zanti (comtesse) , R. Spruce , Sullivant, Turner> Taylor, Valentin et W. Wilson. Il va sans dire que nous avons omis à dessein, dans cette liste, tous les bryologistes que nous avons déjà nommés plus haut en parlant do leurs travaux.
Passons maintenant à l'examen des parties qui constituent les organes des Mousses et à l'étude de leurs fonctions , en un mot à l'anatomie et à la physiologie de ces plantes.
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