ORGANES DE NUTRITION
Racines. Toutes les Mousse», même les plus petites , sont pourvues de racines. Celles-ci sont de deux sortes : les unes, qu'on nomme primordiales , naissent en même temps que la plante (1); les autres, auxquelles est réservé le nom de racines secondaires, se montrent plus tard, soit le long de la tige, si elle est rampante ou si elle croît dans des lieux humides, soit dans l'aisselle des rameaux ou des feuilles. On en rencontre même quelquefois sur les bords ou au sommet de celles-ci (ex. : Neckera cladorrhizans). Ces racines consistent en filaments capillaires continus , simples ou rameux , dont la couleur, variable entre le brun et le pourpre, est rarement blanche. Leur abondance est souvent telle, que le duvet cotonneux qu'elles forment sur la tige et les feuilles les cache à nos yeux dans une grande étendue. Elles unissent alors entre eux et d'une manière inextricable les individus d'une même mousse.
Tige. La tige des Mousses est tantôt simple (ex.: Bryum pyriforme), tantôt plus ou moins rameuse. La tige simple, ordinairement annuelle, varie beaucoup eu égard à sa longueur. A peine visible dans quelques Phasques, elle est si courte dans le Buxbaumia aphylla, qu'elle semble manquer toutà-fait. D'autres fois, comme dans les Polytrics, le Spiridens , elle atteint au contraire de grandes dimensions. Quand elle se ramifie, ce qui a lieu surtout chez les espèces vivaces, cette ramification consiste, comme dans les Hépatiques, soit dans une division continue de la tige, c'est-à-dire sans point d'arrêt dans la végétation, soit en innovations ou rejets naissant sous le sommet d'une tige arrêtée dans son développement. Dans les espèces annuelles et les Mousses vivaces à un seul axe, le fruit termine ordinairement la tige, et si plus tard celle-ci se ramifie, cela est dû à des innovations latérales dont chacune peut, en poussant des radicules à sa base, et se détachant de la plante-mère, donner naissance à un nouveau pied (ex. : Conomilrium Ju-
(i) Il ne faut pas confondre ces racines avec le réseau ou &s filaments confervoides, qui résultent de la germination des spores. C'est de ce réseau que s'élèvera un jour la plantule, laquelle poussera , d'un côté , ses racines principales , «S de l'autre le bourgeon destiné à devenir la tige.
lianum). Quand les Mousses présentent deux axes, on voit une tige principale à végétation terminale continue, et d'autres tiges latérales dont la végétation s'arrête par la production du fruit, lequel, dans ce cas, est ou terminal (ex. : Racomitrium aciculare), ou latéral (ex. : Hedwigia). Enfin, dans la tribu des Hypnées il y a un nombre infini d'espèces dont la tige présente trois axes , c'est-à-dire que les rameaux secondaires présentent eux-mêmes, comme la tige principale, une végétation terminale continue , et que la fructification ne se développe latéralement que sur ces derniers. Ces différents modes de végétation trouvent des analogues dans les inflorescences des plantes supérieures.
La tige simple ou rameuse des Mousses est droite ou ascendante, couchée ou même rampante à la surface du sol ou des corps organiques qui la supportent. Elle est aussi radicante, pendante, ou flottante au sein des eaux. Quelquefois elle offre une souche rampante, une sorte de rhizome, d'où s'élèvent les tiges secondaires fertiles (es.: Hypnum Alopecurum), ainsi que, parmi les Hépatiques , le genre Plagiochila en fournit aussi de fréquents exemples. L'épaisseur de sa tige est sensiblement la même depuis la base jusqu'au sommet de la plante. Sa consistance est plus ou moins coriace et résistante. Elle est composée de cellules allongées . dont la grandeur diminue en approchant vers le centre; les cellules de la périphérie, qui se continuent avec les feuilles, sont ordinairement vertes, brunâtres ou rougeâtres. C'est de celles-ci que naissent les radicules secondaires, lesquelles parti' cipent de cette coloration.
Feuilles. Les feuilles des Mousses sont radicales, caulinaires ou raméales. Les premières persistent rarement, excepté dans les espèces subacaules, où elles forment une espèce de rosette. Ladimension des feuilles des tiges simples croît généralement de la base au sommet de celles-ci, où, dans les genres Pohlia, Bryum, Mnium, elles sont souvent ramassées en une sorte de houppe ou de toupet qui a reçu le nom de Coma. De là le nom de folia comœ qu'on leur donne pour les distinguer des autres. Quelques bryologistes les nomment aussi feuilles coronales {folia coronalia). C'est ordinairement
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le contraire qui arrive dans les feuilles ra • méales, c'est-à-dire qu'elles décroissent vers l'extrémité du rameau ( ex. : Lesliïa atlenuata). Quant à leur insertion, les feuilles sont sessiles dans toutes les espèces connues. Elles montrent bien quelquefois un rétrécissement plus ou moins marqué de leur limbe à la base, mais jamais on n'y remarque de pétiole. On les voit aussi non seulement embrasser la tige dans un espace plus ou moins grand, mais encore se prolonger en aile le long de celle-ci, auquel cas on les dit décurrentes (ex. : Mnium undulatum). Dans le genre Schistostega , où elles sont placées sur deux rangs opposés (folia disticha), les tiges stériles portent des feuilles qui confluent avec elles dans une certaine étendue, et les rendent pinnatifides, absolument comme quelques Jongermanniées frondiformes. A peu près conformées comme celles qu'on rencontre dans le g. Gottschea des Hépatiques, elles sont engainantes par leur portion inférieure dans les Fissidens; elles sont dites alors équitantes {folia equitantia).
Toutes les feuilles , même celles qui paraissent opposées, sont alternes en réalité. Leur disposition spirale sur la tige nous offre bien plus de variations que chez les Hépatiques, qui n'ont jamais présenté que les divergences 7,7, \. Ici, nous avons les dispositions géométriques \, ou des feuilles distiques (ex.: Phyllogonium , Conomitrium),\(ex. : Tetraphyspellucida), f (ex. : Hypnum cuspidatum) , 7 (ex. : Bryum cœspititium), f (ex. : Timmia austriaca), ~ (ex.: Hypnum triquetrum) , -\ (ex. : Poly trichant piliferum). Ces dispositions sont, au reste, le plus souvent inconstantes, et la direction elle-même de la spire l'est tout autant, puisque, dans la même espèce, elle tourne de gauche à droite sur la tige, en sens opposé sur les rameaux, et vice versa.
Les feuilles sont dressées {f. erecta) , serrées même contre la tige (f. stricta), ou formant avecelle un angle aigu plus ou moins ouvert. Ainsi, elles peuvent devenir horizontales (f. patentissima, divergenlia) et se réfléchir au sommet, soit en dessus {f. inflexa) , soit en dessous (f. reflexa). Enfin il peut se faire qu'elles aient toutes leur sommet tourné du même côté, auquel cas on les dit hetcromalla ou secunda (ex.: Di-
cranum heteromallum ). Quoique imbriquées régulièrement autour de la tige ou des rameaux, les feuilles se déjettent, dans quelques espèces, sur deux rangs opposés de manière à faire paraître ceux-ci aplatis ou seulement comprimés (ex. : Omalia trichomanoides, Hookeria Webbiana). Dans plusieurs genres de Ptérygophyllées , on trouve un autre ordre de feuilles accessoires, plus petites que les caulinaires, et qui offrent dans leur disposition quelque analogie avec les amphigastres des Hépatiques (ex.: Cyathophora, Racopilum).
La forme des feuilles est fort variable, moins toutefois que chez les Hépatiques de la tribu des Jongermanniées. Elles sont toujours simples , et le plus souvent symétriques, c'est-à-dire formées de deux moitiés semblables. On ne connaît pas de Mousse à feuilles découpées ou laciniées. Le Schistotega osmundacea offre l'unique exemple d'une fronde pinnatifide, mais dans ses jets stériles seulement. Les feuilles sont arrondies, ovales, lancéolées, linéaires , obîongues, spatulées, capillaires, subulées, etc. Leur bord est nu ou marginé, entier ou denté, épineux, quelquefois même cilié, plane ou ondulé. Dans plus d'un Mnium, ce bord offre la même structure que la nervure. Leur sommet, qui est le plus souvent aigu ou acuminé, se montre aussi fréquemment obtus, et même tronqué, ou émarginé ( ex. : Neckera undulata et disticha ) ; il est muni d'un poil qui est simple dans le Polytrichum piliferum, et rameux dans le Leptostomum macrocarpum. Les feuilles planes ou concaves à différents degrés sont encore parfois marquées de plis puis ou moins nombreux dans le sens de la longueur; ou bien elles présentent des rides transversales qui les font paraître ondulées ou crispées. Un grand nombre de feuilles sont pliées en long selon leur axe, de façon que la nervure qui les parcourt fait saillie à la surface inférieure, et que les deux moitiés forment par leur inclinaison mutuelle un angle plus ou moins aigu; ces feuilles sont dites carénées (f. carinata). Il en est enfin qui, surtout à l'état de dessiccation, se contournent, se tordent sur elles-mêmes , se recoquillent en diverses façons ; on les nomme, selon les cas, folia lortuosa, cirrhata* etc.
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La plupart des feuilles sont munies d'une nervure (nervus, costa) qui les parcourt de la base au sommet, ou seulement dans une portion de leur longueur , et qui fait quelquefois sur leur dos une saillie plus ou moins prononcée. On nomme f. enervia ou ecoslata celles qui en sont privées. Cette nervure est formée par un faisceau compacte de cellules allongées. Tantôt elle atteint le sommet de la feuille, et se prolonge même au-delà sous la forme d'une pointe ( f. apiculata , mucronata ) ; mais aussi n'est-elle quelquefois que rudimentaire et ne dépasse-t-elle pas le milieu. On observe rarement deux nervures, et encore dans ce cas est-il fort peu commun qu'elles parcourent toute la longueur de la feuille. Dans quelques cas où cette dispositon est normale, ne pourrait-on pas supposer qu'elle est due à la soudure de deux feuilles voisines. Notez bien qu'on la remarque surtout dans des feuilles privées de symétrie et déjetées ordinairement sur deux rangées.
Quand la nervure est double, elle s'arrête le plus ordinairement vers le milieu de la feuille. Chez beaucoup de Mousses aquatiques, le parenchyme de celle-ci se détruit, mais la nervure moyenne persiste et rend la portion inférieure de la tige comme épineuse (ex. : Hypnum fluviatile). Dans les Polytrics, la face supérieure de la nervure produit des lamelles (nervus lamellosus), qui font assez de saillies sur les feuilles pour qu'on les puisse compter dans une section transversale. Dans quelques Campylopus, au contraire, c'est à la face inférieure de la nervure que j'ai observé de semblables lamelles, mais elles y sont moins prononcées.
Les feuilles des Mousses sont la plupart composées , comme celles des Jongermanniées , d'une couche de cellules homogènes, disposées sur un seul et même plan de chaque côté delà nervure, quand celle-ci existe. Dans quelques genres (Octoblepharum), et dans les Dicranum glaucum, albidum, on trouve pourtant deux couches de cellules superposées. La forme des cellules est sphérique, cubique, parallélipipède, fusiforme ou polyèdre. L'aréolation qui en résulte esta mailles arrondies, quadrilatères, pentahexagonales, linéaires, etc. Ces cellules sont remplies, surtout dans leur jeunesse, d'une
matière verte qu'on nomme chlorophylle, qui change de couleur avec l'âge. Elle passe au rouge, au brun ou au jaune, selon des circonstances atmosphériques ou de localité, ou bien s'évanouit, disparaît quelquefois et laisse la feuille décolorée , soit en partie (ex.: Tortula membranifolia , Bryum argenteum), soit en totalité. La turgescence de cette matière, en distendant les cellules, rend la surface des feuilles papilleuse, granuleuse, etc.