ORGANES DE REPRODUCTION
Les Mousses ont des fleurs mâles et des fleurs femelles. Ces fleurs sont hermaphrodites , quand les deux sexes sont réunis dans un même involucre; monoïques , quand les fleurs mâles sont placées dans des involucres différents, mais sur le même individu; ou , enfin , dioïques , lorsque les unes et les autres occupent des individus distincts.
Fleurs mâles. Dans les fleurs mâles, qu'elles soient terminales ou latérales, nous avons trois choses à considérer: 1° les enveloppes ou lePérigone; 2° les Anthéridies; 3° enfin, les Paraphyses.
Périgone. On donne généralement en bryologie le nom de périgone (Perigonium) à l'involucre de l'organe mâle, et l'on appelle feuilles périgoniales (folia perigonialia) les feuilles qui entrent dans sa composition. Par leur forme et leur grandeur, ces feuilles dilîèrent ordinairement des caulinaires qui les avoisinent, ou dans l'aisselle desquelles le périgone est souvent placé. Lorsque les feuilles périgoniales occupent le sommet d'une tige , elles sont quelquefois étalées de façon à représenter un disque ou une rosette, ainsi qu'on le voit dans les Mnium et les Polytrics. Mais si leur pointe infléchie donne à ce même sommet une forme qui approche de la sphéroïde, on dit la fleur mâle en tête ou capituliforme. Enfin, et c'est le cas le plus commun , elles sont imbriquées sans ordre et forment des espèces de gemmes ou de bourgeons sessiles dans l'aisselle des feuilles caulinaires ou raméales. Le nombre et la forme des feuilles du périgone varient considérablement. Dans un grand nombre de Mousses, les fleurs mâles n'ont d'autre périgone que la feuille caulinaire ou coronale dans l'aisselle de laquelle elles sont situées. Les feuilles périgoniales
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manquent souvent de nervure, même quand Jes caulinaires en sont munies. A l'abri du contact de l'air par leur position , et aussi moins accessibles à l'action de la lumière, elles sont nécessairement moins vivement colorées, d'une texture plus lâche et plus délicate, et d'une consistance plus tendre. Anthéridies. Si nous exceptons le volume, qui est plus grand, et la texture, qui offre un peu plus de résistance, les anthéridies des Mousses ressemblent d'ailleurs tellement à celles des Hépatiques, que nous nous dispenserons de les décrire, nous contentant de renvoyer le lecteur aux mots Anthéridie et Hépatiques. Elles se composent aussi, en effet, d'une anthère et d'un pédicule ou filament plus ou moins long , mais qui ne manque jamais. Leur nombre, variable chez les différentes espèces, peut être fort considérable, et c'est le cas chez les Poly tries. Leurs fonctions sont identiquement les mêmes dans les deux familles. La liqueur mucilagineuse contenue dans ces organes a offert à l'observation microscopique de vrais spermatozoaires , c'est-à-dire des animalcules doués de mouvements spontanés, et auxquels on a donné le nom de Spirillum Bryozoon. C'est spécialement dans les anthères des Sphagnum et du Marchantia que MM. Unger et Meyen ont observé ce fait curieux. M. Ad. Brongniart l'a confirmé sur celles des Funaria hygrometrica, Tortula ruralis et Polytrichum undulatum. Comme on n'avait trouvé les anthéridies que sur un certain nombre de Mousses, il avait été élevé des doutes sur la réalité de leurs fonctions. Mais depuis que des bryologistes exercés se sont occupés de leur recherche, il est peu d'espèces qui s'en soient montrées dépourvues.
Paraphyses. Les paraphyses (Parap/iyses, Fila succulenta) sont des filaments articulés, dressés autour ou au milieu des anthéridies qu'ils accompagnent, et qu'un rencontre généralement dans les fleurs mâles et femelles des Mousses. Tantôt elles ont la même longueur, tantôt elles sont plus courtes que les anthéridies. Elles varient aussi beaucoup quant à leur nombre , qui est ordinairement indéterminé. Quelquefois elles manquent complètement. Composées d'un seul, rarement de plusieurs rangs de cellules allongées (ex.: Paludclla squarrosa) , elles
revêtent la forme cylindrique, ou bien elles se renflent en massue ou en coin a leur sommet. Chez quelques espèces rares , elles sont planes, linéaires, comme foliacées, et montrent une grande analogie avec les feuilles (ex.: Polytrichum dendroides , Orthotrichum magellanicum). Dans toutes les Splachnées , à l'exception de VOEdipodium , on trouve dans l'aisselle des feuilles coronales et involucrales de petits corps articulés assez semblables à des paraphyses en miniature, mais remarquables en ce que l'article terminal est très allongé et la partie inférieure brunâtre.
Fleurs femelles. La fleur femelle , toujours sessile, peut être ou terminale {Musci acrocarpi , Brid.; Acranthi, Schwœgr. ) , ou latérale, c'est-à-dire occuper l'aisselle d'une feuille caulinaire ou raméale ( Musci pleurocarpi, Pleuranthi). Elle se compose d'un involucre qu'on nomme Périchèse, de Pistils ou d'Archégones, et de Paraphyses.
Périchèse. Le périchèse ( Perichœlium ) consiste en feuilles dont la forme, le nombre et la disposition sont extrêmement sujets à varier. Les feuilles périchétiales, en raison surtout de l'accroissement remarquable qu'elles prennent après l'acte de la fécondation, sont généralement plus grandes que les caulinaires, ce qui est tout le contraire des feuilles périgoniales. Elles sont d'ailleurs souvent assez dissemblables entre elles , les intérieures étant plus longues et plus étroites que les extérieures et vice versa. Cette dissemblance peut même aller jusqu'au point qu'on pourrait croire à la présence d'un double périchèse , l'un extérieur, composé de feuilles imbriquées, ovales-lancéolées , l'autre intérieur , formé de filaments capillaires très longs , entourant le pistil ou la gaînule comme d'une touffe de cils (ex.: Neckera disticha).
Pistil. M. Bischoff a donné le nom d'Archégones pistilliformes (Archegonia pislilliformia) aux rudiments de l'organe femelle que d'autres bryologistes ont appelés Pistils (Pistilla, Fructûs primordia , Germina , Pistillidia). Dans les fleurs unisexuelles , les pistils, seuls ou mêlés à des paraphyses, occupent le centre du périchèse; ils sont environnés d'anthéridies ou mélangés sans ordre avec celles-ci dans les fleurs hermaphrodites.
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Le pistil des Mousses se montre dans l'origine sous la figure d'un cylindre celluleux , court et tronqué; mais bientôt, sa partie inférieure venant à se renfler, on y peut distinguer, comme dans celui des Hépathiques , un ovaire, un style et un stigmate. Nous renverrons pour l'histoire de son développement à ce que nous en avons dit à la page 544 du VIe tome de ce Dictionnaire, car la morphose de cet organe est, à peu de chose près , identique dans les ûeuK familles, La seule différence notable , c'est qu'au lieu de se déchirer au sommet, ou un peu au-dessous du sommet, lors de l'évolution du fruit, c'est à la base du pédoncule, ou, pour parler plus exactement, au sommet de la gaînule que l'épigone, devenu la coiffe , se rompt circulairernent, et que celle-ci , entraînée par le fruit, le recouvre jusqu'à la maturité.
Le nombre des pistils est fort variable , non seulement dans des espèces différentes, ce qui n'aurait rien d'extraordinaire , mais il l'est encore dans les différentes fleurs d'une même espèce, que dis-je! du même individu. Chez quelques unes, réduites à l'unité (ex. : Schistostega), on en rencontre jusqu'à vingt, et davantage chez plusieurs autres (ex. : Mnium rostratum). Toutefois, quelque grand que ce soit ce nombre, il ne s'en développe ordinairement qu'un , rarement deux , plus rarement encore davantage Les autres avortent, se flétrissent et persistent autour de la vaginule ou sur ellemême. Ce sont ces corps auxquels Hedwig , qui les croyait nécessaires à l'élévation du pistil fécondé , donnait le nom d'Adducteurs (Adductores). Il est de toute évidence que ce sont simplement des pistils restés stériles.
Fleurs hermaphrodites. Il n'y a qu'un petit nombre de genres de la famille qui nous occupe dont toutes les espèces portent des fleurs hermaphrodites, c'est-à-dire des fleurs où l'on rencontre les anthéridies dans les mêmes involucres que les pistils. Mais, parmi les espèces de beaucoup d'autres genres à fleurs unisexuelles, on en trouve aussi chez lesquelles les deux sexes sont mêlés. Ce que nous avons dit plus haut des unes et des autres, considérées isolément, pouvant facilement s'appliquer à leur réunion, nous allons, pour abréger, passer à l'examen du fruit.
Fruit. Le fruit des Mousses se compose d'organes accessoires, tels que la vaginule, le pédoncule, la coiffe, et du fruit lui-même ou de la capsule.
Vaginule. La gaînule ou la vaginule (vaginula) peut être considérée comme une sorte de gynophore ou réceptacle prolongé de la fleur femelle. Elle est membraneuse ou charnue, cylindrique ou ovale, glabre ou hérissée, d'une couleur ordinairement brune ou rougeâlre, et souvent surmontée d'une membrane annulaire en forme de collerette, que, dans les Polytrics surtout, où elle est plus marquée, on a nommée ocrea ou manchette. Cet appendice annuliforme n'est que la base de l'épigone devenu coiffe. La vaginule est souvent couverte de pistils avortés, et les paraphyses qui l'entourent l'envahissent aussi quelquefois.
Pédoncule. C'est dans la vaginule qu'est enfoncé comme un pieu le pédoncu\e(pedonculus, pedicellus, seta, tubus,thecaphora) qui supporte la capsule à son sommet. Cet organe ne manque jamais dans les Mousses, et quand on dit qu'une capsule est sessile, on veut seulement exprimer qu'elle a le pédoncule le plus court possible. Sa longueur varie beaucoup. Quoique ordinairement assez grêle, sa solidité et sa résistance aux causes de destruction sont bien supérieures à ce qu'on remarque chez les Hépatiques, et souvent telles qu'il persiste même après la chute de la capsule. Il est lisse ou rugueux, terminal ou latéral, simple ou géminé. Quand il sort plus de deux pédoncules du même périchèse, on les dit agrégés ( agregati, ex.: Mnium ligulatum). La direction et. la couleur du pédoncule sont variables aussi dans certaines limites. L'inclinaison ou la courbure de son sommet rendent la capsule penchée ou pendante. Dans sa torsion sur lui-même, la direction de la spirale est différente selon les espèces. Cette torsion est double dans la Funaire hygrométrique, la partie inférieure tournant de gauche à droite, et la supérieure en sens opposé.
Coiffe. La coiffe (calyptra) soulevée par le pédoncule après la fécondation se rompt circulairement à la base, rarement vers son milieu (ex.: Sphagnum); à cette époque elle adhère encore, quoique bien faiblement, au fruit qui n'est pas formé. De là vient qu'elle acquiert souvent dans cette position le com-
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plément de son développement. Sa rupture latérale, quand elle a lieu, et sa chute dépendent de l'accroissement incessant de la capsule. Dans quelques genres, elle se fend à la base en plusieurs lanières qui lui permettent de se dilater dans la même proportion que le fruit (ex. : Macromitrium, Orthotrichum) . Chez d'autres, elle se fend vers le milieu et d'un seul c6té, son bord inférieur restant enroulé autour du pédoncule ( ex. : Calymperes androgynum). Enfin elle est lisse ou striée, glabre ou velue, et, dans ce dernier cas, les poils plus ou moins abondants dont elle est recouverte se retrouvent sur la vaginule. Quant à sa forme, elle est en mitre ou en cône dans les Hookeries et les Orthotrics, en capuchon dans les Brys et lesHypnes , campanulée ou en éteignoir dans YEncalypta, etc. Elle est droite ou inclinée, c'est-à-dire oblique relativement à la capsule. Elle est enfin souvent terminée par le style qui couronnait l'épigone, dont elle n'est que l'état adulte.
Capsule. La capsule ou l'urne, nommée encore sporange par quelques bryologistes (urna, anthera, Linn., theca, capsula, spo~ rangium), est cette partie du fruit dans laquelle se forment et sont contenues les spores. Elle est elle-même composée de plusieurs organes que je vais successivement passer en revue.
La capsule proprement dite termine et surmonte le pédoncule dont elle est pour ainsi dire le renflement. Ses formes et sa direction sont infiniment variées. Arrondie dans V Astrodontium canariense, le Glyphocarpus Wébbii, etc., ovale ou obovale dans le plus grand nombre des espèces, cylindrique chez beaucoup d'autres, elle revêt toutes les formes intermédiaires. Ainsi, on la rencontre urcéolée, fentrue ou bossue, recourbée, arquée, quelquefois même cubique ou parallélipipède, comme dans certains Polytrics. Chez les Splachnum, elle est remarquable par une dilatation ou renflement de sa partie inférieure, qui, dans le S. ampullaceum surtout, surpasse son propre volume. On donne le nom d'apophyse à ce renflement, d'ailleurs fort variable quant à sa forme, et la capsule qui le porte est dite capsula apophysala. Considérée sous le rapport de sa direction, la capsule est droite, inclinée, penchée ou pendante. Dans quelques espè-
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ces, cette direction n'est pas la même avant et après la dissémination des spores. Lisse dans la plupart des Mousses, légèrement rugueuse dans un certain nombre, la capsule est striée dans presque tous les Orthotrics et dans beaucoup de Macronùlrium, chez les Zygodons, hérissée d'aiguiiions comprimés dans mon genre Symphyodon, etc. Cet organe est formé de plusieurs couches de cellules superposées, dont l'extérieure, ordinairement colorée en brun ou en jaune à la maturité, est la continuation de celles qui revêtent le pédoncule. On y a constaté la présence de quelques pores stomatoïdes (ex.: Meesia). Des deux couches les plus intérieures, plus pâles et en même temps d'un tissu plus lâche, celle qui se rapproche le plus du centre de la capsule est en rapport avec un organe que sa fonction de renfermer immédiatement les spores a fait nommer sporange.
Sporange. Le sporange (Sporangium, Sporangidium, Sporophorum), d'une texture très délicate, est le plus souvent uni à la membrane capsulaire, soit qu'il la tapisse immédiatement, soit qu'il y soit fixé par des filaments articulés qui vont de l'un à l'autre, comme dans le Diphyscium foliosum. Le sporange, qu'on a encore nommé sac sporophore, est ou entier, comme dans les Mousses astomes, ou bien ouvert à son sommet, comme chez celles qui ont un opercule caduc, et, dans ce cas-là même, ce sommefc peut être nu ou muni , selon l'occurrence, d'un verticille d'appendices péristomiques.
Columelle. Le sporange est traversé dans son axe par un faisceau de cellules allongées qui, partant du centre du pédoncule, s'étend jusqu'au sommet de la capsule; c'est la columelle {Columella,' Styliscum). Lisse ou longitudinalement plissée, cette columelle est presque toujours cylindrique, rarement conique, obeonique ou parallélipède à angles ailés. Dans quelques cas, elle s'évase au sommet de façon à clore l'orifice de la capsule. Dans d'autres, où le fond du sporange est séparé par un espace vide du fond de la membrane capsulaire, elle fournit à celui-là une sorte de pédicelle. Dans les Splachnées, et surtout dans le Tayloria splachnoides , la columelle, un peu dilatée au sommet, dépasse de beaucoup le niveau de l'orifice de la capsule, et dans le Systiliim splachnoides,
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où elle offre la même particularité, elle reste en outre adhérente à l'opercule soulevé. Mais, dans la plupart des Mousses, son sommet se flétrit et s'oblitère après la chute de l'opercule, et on n'en aperçoit que les restes desséchés au fond du sporange. L'erreur de Palisot de Beauvois, qui prenait la columelle pour l'organe femelle et considérait le sporange comme l'organe mâle, montre jusqu'à quel point des hommes d'un mérite éminent peuvent s'écarter du sentier étroit de la vérité, quand ils se laissent dominer par des idées préconçues.
Mousses astomes. La capsule des Mousses est quelquefois indéhiscente, alors on dit astomes (musci astomi) les Mousses qui présentent cette particularité (ex. : Phascum). Mais le plus souvent la capsule s'ouvre près du sommet comme une boîte à savonnette, absolument de la même façon que quelques fruits de plantes dicotylédones. La partie .supérieure qui se sépare et tombe à la maturité se nomme l'opercule.
Opercule. L'opercule (Operculum) a la même structure que la capsule dont il formait d'abord le sommet. Son nom indique assez la ressemblance qu'on lui a trouvée dans un grand nombre de cas avec un couvercle. Quelquefois plane, d'autres fois convexe, hémisphérique, conique, il est encore obtus ou aigu, acuminé , subulé , souvent prolongé en un bec plus ou moins long, droit, oblique ou recourbé. Cet organe offre de bons caractères diagnostiques pour les distinctions spécifiques; car, s'il est à la vérité variable à l'infini dans des espèces différentes, il est peu sujet à varier dans la même espèce.
Anneau. L'opercule se sépare le plus ordinairement de la capsule par le seul fait de la scissure normale qui s'opère sur celle-ci à l'époque de la maturité. Dans ce cas , la chute de l'organe en question arrive surtout par deux causes: 1° l'accroissement en diamètre de la capsule dû à l'évolution des spores ; 2° l'effort que font pour le soulever les dents élastiques dont son orifice est souvent muni et que nous allons étudier à l'instant. Mais il est encore un certain nombre de Mousses chez lesquelles cette chute est favorisée par la présence d'un corps intermédiaire connu sous le nom d'anneau (Annulus, Fmi&n'a). C'estune lame interposée entre
l'orifice delà capsule et la base de l'opercule, et composée d'une (A. simplex) ou de plusieurs rangées de cellules {A. compositus). Ces cellules, étant très hygroscopiques, s'imbibent facilement de l'humidité ambiante, et leur gonflement, en faisant l'office de coin, contribue puissamment à soulever et à détacher l'opercule. Cet organe ne fait jamais défaut dans les espèces où le péristome est uni à l'opercule par des liens celluleux, et l'on conçoit en effet que chez elles sa présence devenait presque indispensable.
Péristomes. Chezles Mousses dont les fruits s'ouvrent régulièrement à la maturité pour répandre leurs séminules ou spores, la capsule proprement dite présente , après la chute de l'opercule, un orifice (Stoma) qui peut être nu (Musci gymnostomi), ou garni d'une seule {M. haploperistomi) ou de deux rangées d'appendices (M. diploperistomi) en forme de dents, auxquels on a donné le nom de péristomes.
Le péristome simple (Peristomium simplex) est celui qui n'est composé que d'un seul verticille ou d'une rangée unique de dents; mais ce péristome ne naît jamais de la couche celiuleuse externe de l'urne , laquelle produit l'anneau dans les Mousses qui en sont pourvues, ou se continue avec l'opercule dans toutes les autres : il provient, soit de la couche celiuleuse intérieure, et alors il reçoit le nom de péristome simple extérieur (P. simplex exterius), soit du sporange, auquel cas on le nomme péristome simple intérieur (P. simplex intérim). Lorsque l'orifice de la capsule des Mousses est muni d'un double péristome (Peristomium duplex), l'un , qui tire son origine de l'urne, prend le nom de péristome extérieur {Peristomium exterius) , l'autre , qui couronne le sporange , devient le péftsiome intérieur (P. interius).
Péristome extérieur. Le péristome, quand il est simple , ou le péristome extérieur , quand il y en a deux, est normalement composé de dents égales entre elles , et principalement remarquables par leur nombre , qui est toujours un multiple de quatre. Ainsi , réduites au nombre radical de quatre dans le genre Tetraphys, on en trouve huit dans VOctoblepharum, seize dans le Weissia, trente-deux, quarante-huit ou soixantequatre dans divers Polytrics. Ces dents
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sont solitaires ou rapprochées deux à deux , geminati (ex.: Splachnum) , quelquefois soudées entre elles dans une étendue plus ou moins grande et libres au sommet (ex. : Dicranum). Une raie longitudinale indique dans ce cas la trace de la soudure. Les dents extérieures sont réunies au sommet dans les genres Conoslomum et Funaria; elles sont nombreuses et très courtes dans les Polytrics, où elles aboutissent à une membrane tendue comme une peau de tambour sur l'orifice de la capsule. Cette membrane, qui paraît fournie par le sommet du sporange , a reçu le nom d1Épiphragme {Epiphragma). Au lieu de dents, ce sont des fils contournés en spirale simple ou double, qui garnissent l'ouverture de l'urne des Tortules. Les dents extérieures, nées des cellules intérieures de la membrane eapsulaire, sont généralement plus robustes, plus épaisses que les cils du péristome membraneux que nous allons examiner à l'instant. Avant la chute de l'opercule , les dents extérieures des Mnium sont recouvertes et unies par une membrane incolore très tendre et finement pointillée ; lorsque ces dents s'écartent , la membrane se rompt selon la longueur , et laisse sur le dos de chaque dent un tégument composé d'une double rangée de cellules quadrangulaires. (Voy. Bruch et Schimper Brijol. Europ. , Fasc. V, p. 10 {Mnium), t. 9, f. 16).
Péristome intérieur. Ce péristome, qui part du sommet du sporange dont il est le prolongement , se compose souvent de huit à seize cils {Cilia , Processus) , lesquels alternent avec les c'euis du péristome extérieur , ou bien , ce qui est le cas dans toutes les Hypnées , ces cils naissc.it d'une membrane très délicate, ordinairement plissée en carène, et dans les sillons ou plis rentrants de laquelle se logent les dents extérieures. Enfin, entre chaque cil du péristome intérieur, dont le dos caréné offre maintes fois aussi des fentes ou des jours, on trouve un, deux ou trois filets continus ou articulés {Ciliola) , ordinairement plus courts. Dans plusieurs genres, le bord de la membrane en question est irrégulièrement déchiqueté. Le péristome intérieur, toujours membraneux et d'un tissu délicat, se présente sous la forme d'un cône entier admirablement réticulé dans les Fontinales .
ou sous celle d'une coupole à laquelle adhèrent les dents extérieures dans le genre Cinclidium. Si l'on réfléchit que ce péristome n'est que la partie supérieure du sac sporophore , l'on concevra qu'il est l'analogue de l'opercule , et l'on se rendra facilement raison de sa structure dans les deux derniers exemples que nous avons rapportés.
Spores. Dans la jeunesse du fruit, l'espace qui sépare la columelle des parois capsulaires et le sporange lui-même ne sont que du tissu cellulaire. C'est dans les cellules de ce tissu, remplies de granules verdâtres ou de chlorophylle , que se forment les spores {sporœ), par un mécanisme semblable à celui par lequel se développent les grains de pollen dans l'anthère des phanérogames. Ce mécanisme a été très bien expliqué par M. Valentin dans un fort beau mémoire quiaété insérédans le tome XVIII, p. 499, des Transactions de la Société Linnéenne de Londres, et par M. L;i:'.tzius-Beninga dans une thèse de philosophie soi < nue et imprimée à Gottingue en 1844 ('.,. Chacune des cellules dont nous avons parlé contient dans l'origine quatre spores dont la forme est celle d'une courte pyramide triangulaire à faces planes , contiguës et à base convexe. A une époque plus rapprochée de la maturité, la cellule-mère étant résorbée , les spores, devenues libres, tendent incessamment à reprendre et finissent par reprendre en effet la forme sphérique qu'elles présentent au temps de leur dissémination. Leur surface extérieure est alors lisse , aréolée ou hérissée de tubercules et de pointes très fines. Leur volume varie beaucoup aussi. Elles sont composées d'un sporoderme ou membrane extérieure, et d'un nucléus granuleux , qu'accompagnent ordinairement quelques gouttes d'une huile éthérée. Dans une Mousse du Chili , notre Weissia {Eucamptodon) pericJiœlialis, nous avons observé et publié (Ann. se. nat., août 1845, p. 120) un fait curieux d'anamorphose des spores , dont il semblerait qu'on peut inférer que celles-ci sont restées à l'état rudimentaire jusqu'à la maturité de la
(i) M. Hugo Molil a aussi beaucoup contribué à éclairai la formation des spores dans les Mmiws par son Mcmoir» inséré dans le Flore i833, sons le titre de Eiiii$d Bcmerkimgern uber die Entwickelung iind der Baurfcr sporen der Kryptogmischen Gcviichsc
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Mousse , ou , en d'autres termes, jusqu'à la chute spontanée de l'opercule. Au lieu de spores normales, nous avons en effet trouvé des corps cunéiformes ou quadrilatères longs de 14 centièmes de millimètres et larges de 4 à 6, composés de cellules irrégulières, <>pa ques, et assez analogues quant à la struciire , mais non quant à la forme, à ces .<: 'm mes qu'on rencontre dans les corbeilles lies Marchandées.
Pseudo-cotylédons. Lors de leur germina- ! ; ) n , les spores émettent des filaments conicrvoïdes cloisonnés, d'abord simples, puis rameux , auxquels on a donné le nom de pro-embryons (Proembryi) ou de pseudocotylédons {Pseudocotyledones) , en raison des fonctions qu'ils sont appelés à remplir { V. Drummond , Obs. on the Germin. of Mosses in Trans. Lin. Soc. Lond., XIII, p. 24 ). Si on les suit dans leur développement , on reconnaît que la rupture du sporoderme donne issue aux filaments en question, et que la plantule, dont les rudiments se montrent environ trois semaines plus tard , prend l'apparence d'un bourgeon formé de plusieurs feuilles. Les pseudo-cotylédons fournissant incessamment des sucs à la nouvelle plante, celle-ci pousse de son sommet une tige et de sa base des radicules capillaires cloisonnées. Les faux cotylédons ne disparaissent pas toujours après l'évolution de la tige; il est des espèces , comme le Phascum serratum, où ils persistent pendant toute la durée de la vie de la Mousse.