‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle résumant et complétant tous les faits présentés par les encyclopédiesChapitre 97 sur 192 · Moutarde blanche, Sinapis alba Lin · texte numérisé non relu

Moutarde blanche, Sinapis alba Lin

(Bonannia officinalis Presl). Cette plante intéressante croît parmi les moissons, et dans les lieux incultes et pierreux de toute l'Europe moyenne et méridionale. Sa tige, haute de 5-6 décimètres, est peu rameuse, glabre ou pourvue de poils assez rares. Ses feuilles sont presque toujours glabres, pinnatipartites; les lobes inférieurs oblongs, profondément séparés , le terminal plus grand , tous sinués-dentés ou à dents aiguës. Ses fleurs sont jaunes. Sa silique est hérissée de poils étalés , terminée par un bec plus long qu'elle et au moins aussi large, comprimé-ensiforme , renfermant quelquefois une graine à sa base, marqué à sa surface de 3 nervures longitudinales, et glabre ou légèrement hérissé ; chacune de ses loges renferme 2-4 graines. Ce sont encore ces graines qui donnent à cette plante toute son importance. Leur couleur est claire, jauneclair ou blanchâtre , d'où est venu , surtout par opposition , le nom de la plante ; leur volume est à peu près double de celui des graines de la Moutarde noire ; elles sont lisses et luisantes, inodores ; leur saveur est amère, mais elle ne devient pas acre comme dans l'espèce que nous venons de nommer. Leur tégument renferme une couche mucilagineuse qui forme environ 1/5 du poids , et qui est soluble dans l'eau ; de là vient que mises dans ce liquide après avoir été concassées, elles le rendent très visqueux en vingt-quatre heures de séjour.

La graine de la Moutarde blanche possède des propriétés assez analogues à celles de la Moutarde noire, mais beaucoup moins énergiques. Elle est employée en grande quantité à la fabrication de la Moutarde du commerce, dont elle donne les qualités supérieures; de plus, elle est devenue dans ces derniers temps un évacuant des plus vulgaires , et sa consommation sous ce rapport avait pris, il y a dix ou douze ans, des proportions énormes qui ont considérablement décru depuis que la vogue en est passée. Pour cet usage, auquel elle servait en Angleterre depuis environ un siècle, mais qui ne date pas de vingt ans sur le continent, on «mploie la graine de Moutarde blanche en

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nature, entière et sans préparation, ou seulement légèrement humectée; son action évacuante est remarquable et très difficile à expliquer, puisqu'on ignore en quoi elle consiste, et qu'elle passe tout entfère sans êtro digérée.

Les feuilles jeunes delà Moutarde blanche se mangent quelquefois en salade ; de plus, on la cultive assez fréquemment comme fourrage pour les bestiaux, auxquels on la donne en vert en automne. (P. D.)

MOUTARDIER, ois. — Nom donné par Belon au Martinet noir. Voy. martinet.

MOUTON. Ovis. mam. — C'est à Linné que l'on doit la création du genre Mouton , Ovis, et, d'après lui, un grand nombre de zoologistes, Brisson , Erxleben , Boddaërt, G. Cuvier, Et. Geoffroy-Saint-Hilaire, A. -G. Desmarest, etc., ont adopté ce groupe générique, tandis que d'autres, et nous citerons particulièrement Leske,Illiger,Bliimenbach, Ranzani, etc., remarquant le manque de caractères propres à séparer d'une manière bien tranchée les Chèvres des Moutons, les ont réunis dans une même division sous les dénominations de Capra et (YJEginomus.

Quoi qu'il en soit, les Moutons ne peuvent être confondus avec les Ruminants sans cornes et pourvus de canines, tels que les Chamois, les Chevrotains, les Lamas, ni avec ceux dont la tête est ornée de bois ramifiés et caducs, comme les Cerfs, ou de productions osseuses toujours couvertes de peau, tels que les Girafes. Dès lors on ne peut les rapprocher que des Bœufs, des Antilopes et surtout des Chèvres; mais les Bœufs se distinguent des Moutons par leur corps trapu, leurs membres courts et robustes, leur fanon lâche et pendant sous le cou , leurs cornes lisses, leur mufle large, etc.; les chevilles des cornes totalement solides, sans pores ni sinus dans le plus grand nombre d'Antilopes; le nombre de leurs mamelles, qui est souvent de quatre; la présence de larmiers, de pores inguinaux, dans plusieurs de ces animaux; les cornes non anguleuses, souvent même très lisses, leur fournissent un ensemble de caractères qui ne se rapportent jamais entièrement à ceux qu'on observe chez les Moutons ; enfin, le chanfrein droit ou concave , la direction des cornes d'abord en haut et ensuite en arrière, la présence d'une barbe sous le menton, sont les trait

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distinctifs qui séparent les Chèvres des Moutons.

Les auteurs assignent au genre Mouton les caractères suivants : Ruminants pourvus de cornes creuses, persistantes, anguleuses, ridées en travers, contournées latéralement en ■spirale et se développant sur un axe osseux, celluleux, qui a la même direction; trentedeux dents en totalité, savoir: huit incisives inférieures, formant un arc entier, se touchant toutes régulièrement par leurs bords, les deux intermédiaires étant les plus larges et les deux latérales les plus petites; pas d'incisives supérieures; six molaires à couronne marquée de doubles croissants d'émail, dont trois fausses et trois vraies à chaque côté et aux deux mâchoires ; les vraies molaires supérieures ayant la convexité des doubles croissants de leur couronne tournée en dedans, et les inférieures l'ayant en dehors ; le chanfrein arqué; le museau terminé par des narines de forme allongée, oblique, sans mufle ou partie nue et muqueuse; pas de larmiers; pas de barbe au menton; les oreilles médiocres et pointues; le corps de stature moyenne , couvert de poils; les jambes assez grêles, sans brosses aux genoux; deux mamelles inguinales; pas de pores inguinaux ; la queue (du moins dans les espèces sauvages) plus ou moins courte, infléchie ou pendante ; enfin on peut ajouter qu'il existe un appareil de sécrétion occupant sur chaque pied le niveau de l'articulation supérieure des phalanges mitoyennes, et s'ouvrant à l'extérieur par un petit \trou circulaire du diamètre à peu près d'une igné. Ce dernier caractère, qui a été donné assez récemment par M. Gêné, de Turin, semble devoir s'appliquer d'une manière générale à toutes les espèces du genre Mouton, et ne pas se retrouver, au contraire, dans le groupe des Chèvres.

L'organisation interne des Moutons est encore assez peu connue. On possède cependant quelques détails sur leur squelette, leurs organes digestifs et delà génération, sur leur myologie, etc. On a cherché dans leur anatomie quelques caractères pour les distinguer des Chèvres avec lesquelles ils ont tant de rapports, mais on n'a pu découvrir que des différences spécifiques, c'est-à-dire de même valeur que celles que l'on peut rencontrer entre deux espèces congénères.

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Ces deux groupes sont même tellement voisins que la Chèvre produit avec le Mouflon, et la Brebis avec le Bouc, et que les métis qui en proviennent ne sont pas inféconds.

Les Moutons se nourrissent de végétaux; ils vivent en familles ou en troupes plus ou moins nombreuses; les pays élevés, les sommités des montagnes, sont les contrées qu'ils habitent de préférence. Leurs habitudes sont les mêmes que celles des Chèvres , et c'est encore un rapport entre ces deux groupes si voisins. A l'état sauvage, on les voit sauter de rocher en rocher avec une vitesse presque incroyable; leur souplesse est extrême, leur force musculaire prodigieuse , leurs bonds très étendus et leur course très rapide ; on ne pourrait les atteindre, s'ils ne s'arrêtaient fréquemment au milieu de leur course pour regarder le chasseur d'un air stupide et pour attendre que celui-ci soit à leur portée pour recommencer à fuir. A l'état domestique, les mœurs des Moutons sont tout-à-fait modifiées, ainsi que nous le verrons en parlant des diverses races de l'espèce employée dans l'économie rurale. On sait tous les avantages que l'homme retire du Mouton, et nous ne croyons pas devoir en parler maintenant.

Les Moutons habitent plusieurs régions de l'ancien et du nouveau monde. La Corse, la Sardaigne et quelques autres îles de la Méditerranée sont les lieux où l'on trouve l'espèce la plus anciennement connue et celle qu'on regarde comme la souche primitive de nos Moutons domestiques. Les autres espèces se trouvent dans la chaîne de l'Atlas, dans les montagnes de la Sibérie et du Kamtschatka, dans celles du Canada, etc., etc.

On. ne connaît qu'un assez petit nombre d'espèces de ce groupe ; cependant M. Lesson (Nouv. tabl. du Règ. anim. Mam.9 1842) admet quatorze espèces que nous allons citer; 1° Mouflon d'Afrique, Ovis tragdaphus Linné, de l'Afrique du Nord, Abyssinie, Barbarie, Egypte, etc.; 2° Mouton d'Amîïriquk, Ovis montana Et. Geoffr., de l'Amérique du Nord ; 3° Mouflon argali, Ovis ammon Ervl., des montagnes de la Tartaric et de la Sibérie; 4° Mouton ordinaire, Ovis arics et mu- Simon Linné, de la Corse , de la Sardaigne, de l'Egypte supérieure, etc.; 5* Ovis ophion Blyth., de l'île de Chypre ; 6* Ovis sicalopygus Pallas, d' Abyssinie; 7" Ovis cy-

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lindricornis Blyth., du Caucase; 8° Ovis Gmelini Blyth., de l'Arménie et de la Perse; 9° Ovis Polii Blyth., de Pamir en Asie; 10° Ovis nahoor Hodg., du Thibet et de l'Hymalaya; 11° Ovis Burrhel Blyth., de niymalaya ; 12° Ovis nivicola Eschs. , du Kamtschatka; 13° Ovis caZt'/brntana Dougl., de la Californie; et 14° Ovis Viguei Blyth., du petit Thibet. La plupart de ces espèces ne sont encore qu'imparfaitement connues et ne seront probablement pas toutes admises, car plusieurs d'entre elles devront probablement être réunies pour n'en former qu'une seule. Les quatre que nous avons indiquées les premières sont les seules qui soient véritablement bien étudiées jusqu'à présent; nous ne nous occuperons ici que de celles-ci , et nous terminerons cet article en donnant, d'une manière rapide la description des principales races ou variétés admises dans l'espèce du Mouton ordinaire. 1° Le Mouflon d'Afrique ou Mouton barbu, Ovis tragelaphus G. Cuv., A. -G.

Desm.; Tragelaphus et Hirco-Cervus Caïus, Barded Sheep Pcnnant ( Quad., pi. 9)., Shaw (Zool.t II , 2e part., pi. 202) ; Mouton a manchettes, Ovis ornata Et. et 1s. GeoîTr. Pennant a , le premier, décrit cette espèce, qu'il regarde comme le Tragelaphus de Pline, et il lui assigne les caractères suivants : Mouton ayant les poils de la région inférieure des joues et de la partie supérieure des mâchoires très longs et formant une sorte de barbe double ou divisée; ceux du côté du corps courts ; ceux du dessus du cou un peu plus longs et assez droits; ceux du dessous du cou et des épaules grossiers, au moins longs de 11 centimètres, et pourvus à leur base d'une laine très courte et serrée; le cou, le dos et les flancs d'une couleur ferrugineuse pâle; la queue très courte ; les cornes ayant vingt-cinq pouces anglais de longueur et onze pouces de circonférence à leur base, divergentes, dirigées en arrière et en dehors, et écartées l'une de l'autre ; leurs pointes d'environ 25 centim. Cette description, malheureusement incomplète, a été reproduite par Shaw; mais, suivant ce naturaliste , elle ne se rapporterait qu'à une simple variété de VArgali, et non à une espèce distincte; mais cette opinion n'a, du reste, aucun fondement.

Le Mouton barbu habite les lieux déserts / et escarpés de la Barbarie et du nord des l'Afrique.

G. Cuvier, A. -G. Desmarest et d'autres t zoologistes réunissent au Mouton barbu unanimal qu'Etienne Geoffroy - Saint - Hilaire regarde comme une espèce distincte , et qu'il a décrite dans l'ouvrage sur l'Egypte sous le nom de Mouton a manchettes , Ovis ornata. Cet animal est de la taille du Mouton ordinaire; son chanfrein est assez peu arqué ; ses cornes , médiocres , un peu plus longues que la tête , se touchent à leur base, s'élèvent d'abord droites, puis se recouchent en arrière et un peu en dedans vers leurs extrémités ; elles sont ridées transversalement, et leur face antérieure est la plus large: le pelage, généralement d'un fauve roussâtre, est assez court partout, si ce n'est sous le cou, où il existe une longue crinière pendante de poils longs et assez grossiers; les poignets des jambes antérieures ont aussi chacun une sorte de manchette composée de poils très longs et non frisés.

Cette variété du Mouton barbu a été trouvée aux portes de la ville du Caire; mais il est probable qu'elle n'habite pas ordinairement cette partie de l'Egypte.

2° Le Mouflon d'Amérique ou Bélier de montagne , Ovis montana Et. Geoffr. {Ann. Mus., t. II , pi. 60). Cette espèce a été découverte en 1800 par un voyageur anglais, Gillevray.

Il est remarquable par les formes sveltes de son corps et par ses longues jambes ; il a la tête courte et le chanfrein presque droit; sa bouche est exactement celle de la Brebis; les cornes, chez le mâle, grandes, larges , sont ramenées au-devant des yeux, en décrivant à peu près un tour de spirale; elles sont comprimées comme chez le Bélier domestique, et leur surface est de même transversalement striée: celles de la femelle sont beaucoup plus petites et sans courbure sensible; le poil est court, raide , grossier et comme desséché , et a une coloration générale d'un brun marron , tandis que les fesses sont blanchâtres , le museau et le chanfrein blancs et les joues d'un marron clair; la queue , très courte comme dans tous les Mouflons, est noire; l'animal a environ cinq pieds anglais de longueur, et les

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cornes, mesurées en ligne droite, ont trois pieds.

G. Cuvier avait émis l'opinion que le Mouton américain et l'ArgaH pourraient ibien ne former qu'une seule espèce, et M. Harlan affirme même qu'il n'y a pas la plus légère différence spécifique entre ces deux animaux; mais ces Moutons sont encore trop imparfaitement connus des naturalistes européens pour qu'on puisse se décider à admettre comme certaine ou erronée l'opinion de M. Harlan; cependant , quelques caractères donnés par M. Isidore Geoffroy- Saint- Hilaire semblent bien démontrer que ce sont deux espèces distinctes.

C'est vers le 50e degré de latitude du nord et le 115e de longitude ouest, auprès de la rivière d'EIk, dans l'Amérique du Nord , que le Mouflon d'Amérique a été découvert. Gillevray rencontra ce Bélier par troupes de vingt à trente individus, ayant à leur tête un vieux mâle , sur les sommets des plus hautes montagnes , et particulièrement sur les pentes arides et les moins accessibles, mais descendant de temps à autre pour paître dans les vallées; il les vit sauter de rocher en rocher avec une vitesse et une précision qui rappellent celles des Chamois et des Bouquetins de nos Alpes, et il affirme qu'il serait impossible de les atteindre s'il ne leur arrivait fréquemment de s'arrêter dans leur fuite pour observer ceux qui les poursuivent. Selon son rapport, plusieurs peuplades américaines, notamment celle des Crées ou Kinstianeaux, font une chasse active à ces Ruminants , qu'ils nomment Mi-attic y et dont ils estiment beaucoup la chair, surtout celle des jeunes et des femelles.

3° L'Argali, Ovis ammon Linné, Gm.; Stepnie baranni G. -S. Gmclin ( Voy. en Sib. , t. I); Ovis fera sibirica, vulgo Argali dicta, Païïas (Spicil. zoolog., fasc. II, t. I); Capra ammon Linné ( Syst. nat. Argali), Shaw (Gen. zooL, t. II, part. 2 , fasc. 201). La taille de cet animal est à peu près celle du Daim, et son corps est partout couvert de poils courts. En hiver , le pelage est d'un gris fauve, avec une raie jaune-rous"âtre le long du dos et une large tache de la même couleur sur les fesses; la face interne des quatre membres et le ventre sont d'un rougeâtre encore plus pâle, et le chanfrein , le

museau et la gorge sont blanchâtres. En été, il est en général plus roussâtre; mais en tout temps la tache jaunâtre ou roussâtre des fesses reste la même. Les cornes des mâles sont très grosses et très longues ,, elles naissent très près des yeux , devant les oreilles, se couchent d'abord en arrière et en dessous, puis en avant, avec la pointe dirigée en haut et en dehors; elles sont triangulaires à leur base, avec une large face en avant ; leur surface est ridée en travers, depuis leur naissance jusqu'à moitié de leur longueur, puis leur extrémité est plus lisse, sans être cependant tout-à-fait unie : les cornes de la femelle sont très minces, à peu près droites, presque sans rides, et assez semblables à celles de nos Chèvres domestiques ; les oreilles sont assez larges, terminées en pointe et très droites; le cou a quelques plis pendants; la queue est très courte.

C'est à Gmelin et à Pallas que l'on doit presque tout ce que l'on sait de cette espèce remarquable. Elle habite les régions fraîches ou tempérées de l'Asie , et n'est pas rare dans les montagnes de la Mongolie , de la Sougarie, et même de la Tartarie; elle se trouve aussi abondamment répandue dans le Kamtschatka. Les Argalis sont très forts et très agiles ; leur légèreté , lorsqu'ils sautent de rocher en rocher, est remarquable. Les mâles, dans leurs combats pour la possession des femelles, perdent quelquefois leurs cornes, quelque grosses et solides qu'elles soient. Plus vigoureux que les Mouflons ordinaires, les Argalis s'accouplent deux fois dans l'année, au printemps et en automne, et chaque portée est d'un ou de deux petits. Quand les femelles ont mis bas, elles restent seules avec leurs agneaux. La chair de ces animaux et surtout leur graisse sont recherchées par les habitants des lieux où ils vivent.

4° Le Mouflon proprement oit, Ovis aries rera Auct.; Musmon et Opldon, Pline ; Musmon et Musimon , Gesner ; Tragelaphus, Belon ; Mouflon, Bu (Ton (Hist. nat., t. XI, pi. 39); Ovis argali Boddaërt, Shaw; Ovis ammon Linné, Gm.; Capra ammon Linné [Syst. nat.); Ovis musimon Goldf. ; Mouflon, Fr. Cuv. (Mammif.), A. -G. Desm.

(Mammif.); Musione de Sardaigne, Muffole de Corse, etc. Ce Ruminant, d'où l'on croit

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dérivées nos races de bêtes à laine européennes , est un peu plus gtand que le Mouton domestique ; il a environ 1 mètre 1 5 centirn. de longueur, et sa hauteur, prise à la partie du dos la plus élevée au-dessus du sol , est de 75 centimètres. Les cornes du mâle int près de 66 centimètres de longueur, et ia queue un peu plus de 8 centimètres. Le mâle a le chanfrein busqué , les cornes très grandes, grosses, ridées, surtout à leur base, d'un gris jaunâtre; les oreilles sont médiocres, droites , pointues, mobiles; le cou est assez gros; le corps épais, musculeux, à formes arrondies; les jambes sont assez robustes ; les sabots courts ; la queue courte , infléchie et nue à sa face inférieure. Le corps est couvert de deux sortes de poils : un poil laineux gris, épais, ayant ses filaments en lire-bouchons, et un poil soyeux, assez peu long et raide , seul apparent au dehors; la tête ne présente que de ces derniers poils. Le pelage est d'un fauve terne, mêlé de quelques poils noirs sur la tête , le cou , les épaules , le dos , les flancs et la face extérieure des cuisses , avec la ligne dorsale plus foncée ; le dessous du cou jusqu'à la poitrine , la base antérieure des jambes de devant, les bords des flancs et la queue sont noirâtres; le dessus et les côtés de la fesse , ainsi qu'une ligne qni naît de la commissure des lèvres et se porte en arrière au-dessus de l'œil pour se réunir à celles du côté opposé, sont aussi noirâtres; la partie antérieure de la face, le dessous des yeux, le dedans des oreilles , les canons des jambes, le ventre, les fesses et les bords de la queue sont blancs ; la face interne des membres est d'un gris sale; une tache d'un jaune pâle se voit au milieu de chaque flanc ; l'intérieur de la bouche , la langue et les narines sont noirs. En hiver le pelage est plus fourni , présente plus de noir , et les poils du dessous du cou forment une espèce de cravate. Chez les femelles , le pelage offre moins d'épaisseur; les cornes manquent souvent, et lorsqu'elles existent, elles sont beaucoup moins fortes que chez les mâles. Les jeunes individus sont d'un fauve plus pur que les vieux , avec les fesses d'un fauve brun ; leurs cornes, qui commencent à pousser peu de temps après leur naissance, ont déjà 15 à 20 centimètres de longueur au bout d'un an.

Le Mouflon était bien connu des anciens ; il paraît avoir été désigné par les Grecs sous le nom d'Ophion, et il est très clairement indiqué dans les écrits de Pline et de Strabon sous la dénomination daMusmon. Pline le rapproche avec raison de la Brebis domestique, et ajoute qu'il produit avec ce dernier animal des métis connus sous le nom d'Umbri; il nous apprend en outre que, de son temps, l'espèce habitait l'Espagne et principalement la Corse.

L'espèce du Mouflon se trouve dans les parties les plus élevées de la Corse et de la Sardaigne, sur les montagnes occidentales de la Turquie européenne, dans l'île de Chypre et vraisemblablement dans quelques autres îles de l'Archipel grec; et, à moins que l'Argali ne doive lui être rapporté , il semblerait qu'elle ne s'élève pas plus au nord. Il paraît que le Mouflon se rencontre encore à l'état sauvage en Espagne, et M. Bory de Saint-Vincent en a vu et tué plusieurs individus dans les montagnes du royaume de Murcie.

Dans l'état de nature, les Mouflons ne quittent jamais les sommités des montagnes; ils marchent par troupes, qui se composent au plus d'une centaine d'individus , et à la tête desquelles se trouve toujours un vieux et robuste mâle. En décembre et janvier, époque du rut , ces troupes se divisent en bandes plus petites -, formées chacune de quelques femelles et d'un seul mâle. Lorsque ces bandes se rencontrent, les mâles se battent à coups de cornes; souvent l'un d'eux périt , et, dans ce cas, les femelles qui l'accompagnent se joignent au troupeau du Mouflon qui survit au combat. Les femelles portent cinq mois, et mettent bas, en avril ou mai, deux petits qui peuvent marcher dès le moment de leur naissance, et dont les yeux sont ouverts; elles ont pour eux beaucoup de tendresse , et les défendent avec courage. Les jeunes n'atteignent tout leur développement qu'à leur troisième année, mais montrent, dès la fin de la première, le désir de s'accoupler.

De nombreuses remarques sur l'état intellectuel des Mouflons qui ont vécu à la ménagerie du Muséum de Paris ont été faites par Fr. Cuvier, et nous croyons devoir transcrire ici ce qu'il dit à ce sujet dans la première livraison de son Histoire naturelle

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des Mammifères du Muséum. « La domesticité n'a aucune influence sur le développement de l'état intellectuel dans ceux de ces animaux que j'ai observés; elle n'a fait que les habituer à la présence d'objets nouveaux : les hommes ne les effrayaient plus ; il semblait même que ces animaux eussent acquis plus de confiance dans leur force en apprenant à nous connaître; car, au lieu de fuir leur gardien, ils l'attaquaient avec fureur, et les mâles surtout. Les châtiments, bien loin de les corriger, ne les rendaient que plus méchants; et si quelques uns devinrent craintifs, ils ne se soumirent point, et ne virent que des ennemis, et non pas des maîtres, dans ceux qui les avaient frappés. Ils ne surent même jamais faire à cet égard de distinction entre les hommes; ceux qui ne leur avaient point fait subir de mauvais traitements ne furent pas à leurs yeux différents des autres, et les bienfaits ne parvinrent point à affaiblir en eux le sentiment qui les portait à traiter l'espèce humaine en ennemie. En un mot, ils ne montrèrent jamais aucune confiance, aucune affection, aucune docilité, bien différents en cela des animaux les plus carnassiers, que l'on parvient toujours à captiver par la douceur et les bons traitements. Si le Mouflon est la souche de nos Moutons, on pourra trouver, dans la faiblesse de jugement qui caractérise le premier, la cause de l'extrême stupidité des autres. Ceux de ces animaux qui ont vécu à la ménagerie aimaient le pain, et lorsqu'on s'approchait de leur barrière, ils venaient pour le prendre : on se scnait de ce moyen pour les attacher avec un collier, afin de pouvoir sans accident entrer dans leur parc; eh bien! quoiqu'ils fussent tourmentés au dernier point , lorsqu'ils étaient ainsi retenus, quoiqu'ils vissent le collier qui les attendait, jamais ils ne se sont défiés du piège dans lequel on les attirait en leur offrant ainsi à manger; ils ,sont constamment venus se faire prendre jsans montrer aucune hésitation , sans manifester qu'il se fût formé dans leur esprit la moindre liaison entre l'appât qui leur était présenté et l'esclavage qui en était la suite, sans qu'en un mot l'un ait pu devenir pour eux le signe de l'autre. Le besoin de manger seul était réveillé en eux à la vue du pain. Sans doute on ne doit point

conclure de quelques individus à l'espèce entière; mais on peut assurer, sans rien hasarder, que le Mouflon tient une des dernières places parmi les Mammifères quant à l'intelligence , et sous ce rapport il justifierait bien les conjectures de tiuffon sur l'origine de nos différentes races de Moutons. » Ces conjectures se trouvent confirmées , ainsi que nous le dirons bientôt, par des caractères qui rapprochent plus ou moins du Mouflon certaines de nos variétés de bêtes à laine.

Telles sont les espèces de Moutons sauvages les mieux connues jusqu'à ce jour; on voit qu'elles sont au nombre de quatre seulement, et encore que quelques unes n'étant, suivant plusieurs auteurs, que des espèces nominales, ce nombre devrait peutêtre se réduire à trois, mais non pas à deux ou même à une seule, comme pourraient le donner à penser les opinions émises par divers naturalistes sur les Mouflons d'Europe, d'Asie et d'Amérique, et par Shaw sur celui d'Afrique : nous croyons qu'en aucun cas on ne pourra réunir le Mouflon d'Europe à celui d'Amérique , ni le Mouflon d'Afrique à aucun des deux autres. D'après cela , il vesterait comme espèces tout-à-fait certaines : 1° le Mouflon d'Afrique , ou Mouton barbu; 2° le Mouflon d'Amérique, ou Mouton de montagne; et 3° le Mouflon d'Europe, type sauvage de nos Moutons, auquel serait réuni , suivant quelques auteurs , l'Argali , ou Mouflon d'Asie.

Il nous reste maintenant à donner des détails sur nos Moutons domestiques, et après avoir parlé de leurs mœurs d'une manière générale, nous terminerons cet article en disant quelques mots des diverses races admises par les agriculteurs.

La plupart des races de Moutons , quoique leur organisation intérieure soit presque identique avec celle des Mouflons, semble, au premier coup d'oeil , s'éloigner considérablement de ces Ruminants et appartenir même à un genre tout différent. Les formes sveltes et gracieuses, la rapidité et la légèreté des mouvements qui caractérisent les Mouflons, ont fait place, chez les Moutons, à des formes plus ou moins lourdes, à une lenteur, et, si l'on peut dire , à une indolence qui sont presque devenues proverbiales ; en outre, le poil rude et cassant, doni

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l'aspect a fait si souvent comparer les Mouflons aux Daims et aux Chevreuils , est changé en une laine moelleuse. Cette dernière modification a surtout semblé bien remarquable, et il n'en pouvait être autrement , puisqu'elle suffisait seule pour changer entièrement la physionomie de l'animal ; aussi les naturalistes ont-ils de bonne heure tenté de l'expliquer, et leurs recherches ont donné ce résultat qu'il n'y a pas là, comme on aurait pu être porté à le croire, une sorte de métamorphose ou même de création nouvelle , mais un développement de ces poils laineux , qui existent chez tous les Mammifères des pays froids, et qui se trouvent même avoir déjà chez les Mouflons une forme et une disposition analogues à celles de la laine de nos Moutons domestiques. Mais comment et par quelles causes s'est opéré ce changement des poiîs laineux en une véritable laine? Comment s'est opérée la disparition des poils soyeux que l'on observait en même temps ? Toutefois la nature du pelage n'a pas subi , dans toutes les races domestiques, la modification dont nous venons de parler ; et quelques unes d'entre elles ont encore, sous ce rapport, conservé les caractères du type primitif, le Mouflon. Plusieurs races ont un vrai poil court, sec et soyeux , comme celui du Mouflon ; d'autres ne conservent ces poils que sur la tête et sur les membres, et chez elles le corps est couvert seulement par les poils intérieurs plus ou moins fins, plus ou moins abondants, et qui constituent la laine. La queue courte du Mouflon se voit encore dans quelques Moutons du Nord, tandis que dans ceux des régions tempérées elle s'allonge, et que, dans plusieurs variétés de» contrées chaudes du globe , cette queue se charge d'une loupe graisseuse qui acquiert souvent un volume très considérable ; enfin les couleurs du pelage des Moutons couverts de vrais poils sont presque toujours rapprochées du fauve et régulièrement disposées , tandis que ceux qui n'ont que de la laine sont le plus ordinairement blancs ou bruns.

Toutes les races de Moutons domestiques produisent entre elles, et leurs métis présentent toujours des caractères mixtes relativement à ceux de ces races. Toutes paraissent avoir un défaut complet d'intelligence , et elles sont totalement sous l'empire de

l'homme. L'espèce , dégénérée au dernier point, est peut-être la seule parmi celles des animaux domestiques qui ne pourrait pas revenir à l'état de nature, si elle se trouvait même placée dans les circonstances les plus favorables à son existence ; une fois abandonnée par l'homme, elle ne tarderait pas à disparaître.

Ce n'est qu'à l'époque du rut que les Moutons entiers ou Béliers montrent quelque ardeur, quelque courage ; alors seulement un sentiment de jalousie irréfléchi les porte à se battre entre eux , ce qu'ils font en s'élançantles uns contre les autres et en se frappant à grands coups de tête ; hors de ce temps , ils sont dans un état complet d'indolence et de stupidité. Les femelles ou Brebis ne semblent avoir qu'un faible attachement pour leur progéniture , et elles se la voient enlever sans chercher à la retenir. Les jeunes, qui à leur naissance portent le nom d'Antennois, et qui plus tard, pendant un an, ont reçu celui d'Agneaux, semblent doués d'un sentiment un peu plus fin; car il est constant qu'ils reconnaissent parfaitement leur mère au milieu d'un troupeau , ce qu'ils ne doivent peut-être qu'à une lueur d'instinct qu'ils ne tardent pas à perdre. Ils sont de la plus parfaite indifférence les uns à l'égard des autres; ils se rapprochent et se serrent lorsqu'ils éprouvent quelque frayeur, ce qui leur arrive souvent; et toujours, dans leur marche ou leur fuite, la détermination d'un seul, le plus avancé , ou plutôt le hasard qui dirige la marche de celui-ci , devient la règle de conduite de tous les autres ; ils ne savent éviter aucun danger, et même ils sont incapables de chercher aucun abri contre les intempéries de l'atmosphère. Ils savent à peine trouver leur nourriture dans les terrains peu abondants en végétaui, et en cela ils sont loin de montrer un discernement comparable à celui des Chèvres. Leur constitution est très faible*, et leur conservation demande des soins constants.

Les produits des Moutons dont l'homme tire les plus grands avantages sont leur chair et leur lait, dont il se nourrit; leur peau et surtout leur laine, qui lui fournissent des vêtements ; leur graisse, dure et solide, désignée sous le nom particulier de suif, qu'il emploie à s'éclairer pendant la nuit; enûn leurs excréments, qui, donnant un engrais

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très chaud , contribuent puissamment à augmenter la fertilité des terres.

Quelques points de l'économie rurale, en ce qui concerne l'éducation et la conservation des Moutons, se rattachent directement à l'histoire naturelle, et nous allons en dire quelques mots, renvoyant, pour plus de dé- P tails, aux ouvrages spéciaux des agriculteurs et des vétérinaires , et au résumé qui en a été donné par A. -G. Desmarest dans le Dictionnaire des sciences naturelles , article

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