MOUTON
Les Brebis sont en état d'engendrer à un an, et les Béliers à dix-huit mois ; mais on ne fait produire les premières qu'à deux ans, et l'on ne permet au Bélier de couvrir ses femelles qu'à trois ans, époques auxquelles ils ont acquis tout leur croissance. C'est entre le commencement de novembre et la fin d'avril que les Brebis sont disposées à s'accoupler ; néanmoins , une nourriture abondante et un peu échauffante peut les mettre en état de concevoir dans les autres mois; c'est principalement les mois de septembre, octobre et novembre que l'on choisit pour la monte, aûn d'avoir des petits en février, mars et avril, saison où l'herbe tendre et abondante, convient le plus à la nourriture de ces jeunes animaux. L'accouplement se fait très vite; un Bélier bien constitué peut servir, sans s'épuiser, une 'trentaine de Brebis. Ces dernières , une fois couvertes, doivent recevoir de grands soins : dans nos pays, elles ne font qu'un petit, et ne produisent qu'une fois par an; mais dans quelques contrées des pays chauds, certaines races ont deux agneaux par portée, et ces portées se renouvellent deux fois par an. Les Brebis conservent leur lait sept ou huit mois après la naissance des petits, mais on ne laisse ceux-ci téter que deux ou trois mois. Comme le nombre des mâles qui naissent est aussi considérable que celui des femelles, et qu'il n'est nécessaire de garder qu'un petit nombre de ces mâles pour la reproduction, les autres sont en général destinés pour la boucherie, ou conservés, après la castration, pour en recueillir la laine pendant plusieurs années : les animaux ainsi castrés portent le nom spécial de Moutons. La chair des Agneaux se mange lorsqu'ils ont de trois semaines à deux mois au plus tard. L'époque à laquelle on
engraisse les Moutons pour la boucherie est très variable : si l'on veut se procurer une chair tendre et de bon goût, il faut les engraisser entre deux et trois ans; mais si l'on désire obtenir tous les produits en laine qu'on peut espérer de ces animaux, on attend jusqu'à six, sept, et même dix ans, lorsque l'on est dans un pays où les Moutons peuvent vivre jusqu'à cet âge; alors il faut les engraisser un an ou quinze mois avant !e temps où ils commencent à dépérir. Une fois engraissés , il faut se hâter de tuer les Moutons ; car ils ne vivraient pas longtemps dans cet état. C?est vers le mois de mai que l'on fait la tonte des Moutons; on lave parfois la laine sur le dos de l'animal ; mais bien plus souvent on la détache telle qu'elle est , remplie d'une sueur grasse qu'on appelle suint, laquelle est un préservatif merveilleux pour écarter les insectes destructeurs de la laine. Les troupeaux de Moutons sont ordinairement composés de cent à deux cents bêtes de tous âges. Dans nos climats on les loge dans des étables qui doivent être bien aérées, et on les conduit chaque jour paître dans la campagne. La fiente des Moutons étant un engrais très actif et que l'on emploie très utilement, on a imaginé, pour perdre le moins possible d'excréments, le parcage des Moutons, dont nous ne croyons pas devoir parler ici. Les maladies des bêtes à laine sont nombreuses : les unes, ou les épizootiques, se répandent sur un grand nombre d'animaux sans distinction de pays, et dans tous les temps: tels sont le claveau ou la clavelée, et la gale; d'autres, ou les enzootiques, sont attachées à certaines contrées et reviennent chaque année à la même époque : telles sont la falère, la pourriture, etc. ; d'autres encore, les sporadiques, surviennent sans régularité, partout indistinctement, à quelques animaux seulement; tels sont, par exemple, le tournis, lepiétain, le fourchet, etc. Plusieurs de ces maladies sont contagieuses, c'est-à-dire qu'elles peuvent se communiquer d'un animal à un autre, soit par contact immédiat, soit par les intermédiaires, tels que le charbon, le claveau et la gale. Outre ces maladies, on doit dire que les Moutons sont souvent attaqués par un grand nombre de vers intestinaux des genres Tricocéphale , Strongle, Douve, Cysticer-
MOU
MOU
que, Échinocoque, etc.; qu'un Insecte, l'Astre, les incommode beaucoup; et qu'enfin, lorsqu'ils ont mangé trop de certaines plantes, comme le Trèfle, la Luzerne, le Seigle, etc., ils éprouvent un accident singulier, qu'on appelle météorisation, enflure, ccouflure, etc., et qui peut être quelquefois très dangereux pour eux. La durée de la vie des Moutons est, pour l'ordinaire, de douze à quinze ans; l'âge de ces animaux, au moins dans leurs premières années , se reconnaît par l'existence ou l'absence des dents incisives de lait, et par l'état de détrition plus ou moins avancé de leurs dents de remplacement ; à un an, les deux intermédiaires de lait tombent et sont remplacées, et à trois ans elles sont toutes renouvelées : elles sont alors égales et blanches ; mais ensuite elles se déchaussent, s'émoussent, et deviennent inégales et unies.
Après ces généralités sur les Moutons domestiques, il ne nous reste plus qu'à indiquer les variétés et races de Moutons les plus remarquables, et c'est ce que nous allons faire en suivant la Mammalogie de r Encyclopédie méthodique d'A. G. Desmarest.
a. Le Mouton morvan, Buffon; Mouton a longues jambes , Ovis aries longipes A. G. Desm. , Aries guineensis seu angolensis Margr.; Bélier et Brebis des Indes, Buffon. Chanfrein très fortement arqué ; oreilles pendantes; jambes très longues; corps généralement couvert de poils ; ceux du dessus du cou forment une assez forte crinière qui , étant arrivée sur les épaules, se développe quelquefois en rayonnant; souvent de longs poils sous le dessous du cou forment un épais fanon; queue très pendante, descendant plus bas que les talons ; le corps est haut de plus de quatre pieds ; les cornes sont moyennes et forment moins d'un tour entier de spirales sur les côtés de la tête , en enveloppant les oreilles; le pelage varie : quelques individus sont noirs , d'autres bruns, il en est de brun-roussâtre , enfin on en voit de blancs.
Originaire d'Afrique, et particulièrement de la côte de Guinée, cette variété est élevée en Barbarie et au cap de Bonne-Espérance. Elle a été naturalisée en Europe par les Hollandais, et, croisée avec les Moutons du Texel et de la Frise orientale, elle a donné
lieu à une grande race de Moutons sans cornes, connus sous les noms de Moulons du Tcxel et de Moulons flandrins, dont la laine a un certain degré de finesse et beaucoup de longueur, et dont les Brebis donnent constamment chaque année plusieurs agneaux.
0. Mouton a grosse queue, Mouton a large queue, Fr. Cuv.; Ovis aries laticaudata Gm., Ed., A. G. Desm.; oïç àpâSio; iElien, Mouton de Barbarie, d'Arabie, Buffon ; Ovis aries slatopyga Pallas, etc. De la taille de nos races ordinaires; chanfrein très arqué; oreilles de médiocre grandeur, pendantes et mobiles; laine plus ou moins grosse et longue, tombant en mèches épaisses; cornes fortes et dirigées d'abord en arrière, puis recourbées ensuite en dessous et en avant; ces cornes n'existent quelque/ois pas, ou au contraire sont quadruples; la queue, qui descend au moins jusqu'aux jarrets, est très renflée sur les côtés, par l'effet d'une accumulation de graisse assez peu solide dans le tissu cellulaire, laquelle forme quelquefois une sorte de loupe très considérable, du poids de trente à quarante livres, recouverte en dessous d'une peau nue, de couleur de chair, et marquée par un léger sillon longitudinal.
Cette race habite l'Afrique, et particulièrement la Buckarie, l'Ethiopie, l'Egypte, le cap de Bonne-Espérance; on la trouve aussi en Asie, dans la Perse et dans l'Inde. Plusieurs races distinctes sont reconnues dans cette variété, et nous indiquerons les principales :
1. Ovis aries sleatopyga Pallas. Elle n'a que peu de vertèbres au tronçon de sa queue , et sa loupe graisseuse est composée de deux masses plus ou moins arrondies , réunies supérieurement, et séparées à leur partie inférieure. Elle est propre aux steppes du midi de la Russie , et se trouve aussi en Perse et en Chine.
2. Mouton à grosse queue Fr. Cuv. Ls chanfrein est presque droit; la laine peu grossière; la queue, très longue, surpasse le corps en largeur dans les deux premiers tiers où s'attache la loupe. Originaire de la Haute- Egypte.
3. Mouton d'Astracan Fr. Cuv. Plus petit que notre Mouton; il n'a pas constamment de cornes; la queue ne présente
MOU
qu'un renflement léger; les adultes ont le corps couvert d'une laine assez longue , des plus grossières, et sous laquelle on retrouve les poils noirs et blancs des Agneaux, mais non frisés et divisés par mèches. Sa fourrure est connue dans le commerce sous le nom de fourrure d'Astracan. Son nom indique le pays où on le trouve le plus communément.
4. Délier du Cap Pennant. Remarquable par la grandeur de ses oreilles qui sont pendantes, la convexité de son chanfrein , le peu de développement de ses cornes, et la longueur considérable de sa queue. Se trouve au cap de Bonne-Espérance.
c. Mouton a longue queue , Ovis aries doîuchura sive tscherkessika Pallas , Ovis arabica Jonston. Le corps est couvert de laine grossière ; les cornes sont moyennes, en spirale sur les côtés de la tête; la queue, très longue, traînée terre. Habite la Russie méridionale , et particulièrement les environs d'Astracan et de la Buckarie.
d. Mouton valachien , Ovis aries strepsiceros Pline, Oïç £av<?oc Oppien, Bélier et Brebis de Valachie Bulîon. Taille de notre Mouton ordinaire; à cornes fort longues et marquées d'une arête saillante, longitudinale; la laine est très abondante, ondulée, grossière , et propre à faire des fourrures communes ; la queue est longue et très touffue. On le trouve communément en Hongrie et en Valachie, et l'on en conduit beaucoup à Vienne. D'après Belon, cette race existerait aussi dans l'île de Crète.
e. Mouton d'Islande, Bélier a plusieurs cornes Buffon, Ovis aries polycerata Linné, Gm., Ovis golhlandica Pallas. Plus petit que notre Mouton; cornes irrégulières, grandes, et variant en nombre , depuis deux jusqu'à six au plus, ayant une simple courbure en arrière, en haut ou de côté; poils très longs, composés d'un jars très long et grossier seul apparent au dehors, d'une laine assez grossière intermédiaire , et d'une sorte de duvet très fin et placé sur la peau; la couleur générale est le brun roussâtre, mais le dessous du cou et le devant de la poitrine sont noirâtres; la queue est noire. Cette race , dont une partie est sauvage, est surtout particulière à l'Islande et aux îles Féroë. Elle existe aussi en Norwége, où elle a dû être importée.
f. Mouton commun, Buffon; Ovis aries gal- UcaA.-G. Desm. Sa taille ne dépasse guère 75 centimètres pour la hauteur, mesurée au garrot; les cornes sont moyennes et recourbées en spirale, lorsqu'elles existent, mais elles manquent très souvent; la tête est étroite; le museau long et efûlé; le chanfrein fort busqué ; les poils qui couvrent la tête en entier, une partie du cou et les jambes , sont courts et raides ; la laine du corps est grasse, abondante, à filaments non tortillés en tire -bouchon, et divisée par grosses mèches tombantes; la couleur est ordinairement blanche ; mais dans quelques provinces du midi , le nombre des individus noirs ou bruns -noirs est si considérable, qu'ils forment la plus grande partie du troupeau ; la queue est ordinairement très longue et grêle.
Beaucoup de races métisses, provenant du mélange de nos Moutons avec les races espagnole, anglaise, flamande, sont distinguées par les agriculteurs ; mais leurs caractères distinctifs sont très inappréciables pour les naturalistes. On les trouve indiquées presque toutes dans l'ouvrage de M. Carlier, intitulé: Traité des bêles à laine. Nous ne parlerons ici que des quatre principales :
1. Race flandrine. A taille haute et longue, et provenant du croisement du Bélier des Indes , désigné sous le nom de Mouton du Texel.
2. Race solognote. A tête fixe , effilée et menue; ordinairement sans cornes, ayant la laine frisée à l'extrémité des mèches seulement.
3. Race roussillonnaise. A laine très fine, dont les filaments sont contournés en spirale , et qui participe de la race Mérinos , avec laquelle elle a été croisée.
4. Race berrichonne. A cou allongé, ayant la tête sans cornes et couverte de véritable laine, seulement sur le sommet; la laine du corps fine , blanche , serrée , courte et frisée, etc., etc.
g. Mouton d'Espagne, Mérinos des Espagnols, Ovis aries hispanica Linné, Gm. II n'a que 65 à 66 centim. de hauteur au garrot, et la longueur totale, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue , est de 1 mètre ; ses formes sont arrondies ; sa tête est large ; son chanfrein médiocrement busqué; ses cornes sont tics grosses, con-
IMUC
tournées sur les côtés en spirale très régulière : les femelles n'en ont pas ; le front est toujours , et souvent aussi les joues et la ganache , couvert d'une laine épaisse comme celle du corps; celle-ci, très fine, abondante, fort douce au toucher, pleine d'une exsudation graisseuse , est tressée et composée de filaments contournés en vrille ou en tirebouchon, élastiques, moins longs, mais beaucoup plus fins que ceux des races communes, d'un blanc sale en dedans , et rembruni à l'extérieur; les aisselles, la face interne des cuisses , le bas des jambes et une partie de la tête seulement , sont couverts de poils courts.
Cette variété, mêlée avec toutes les races propres au sol de la France , produit un nombre infini de races à laine moins fine et plus longue que la sienne, appelée demimérinos. Ces vaces, croisées plusieurs fois de suite avec des Béliers mérinos de race pure , acquièrent, au bout de deux ou trois générations, des caractères qui les rapprochent, autant que possible, de la race espagnole, à quelques différences près, qui dépendent de la nature de la laine des races primitives croisées. La roussillonnaise est celle qui est améliorée en moins de générations; car dès la troisième , sa laine est aussi fine que celle des Mérinos.
Le Mérinos , généralement répandu en Espagne, paraît, d'après des documents historiques, tirer son origine de troupeaux importés de Barbarie. En Espagne elle est transhumante, c'est-à-dire qu'on la tient continuellement à l'air, et qu'on la fait voyager par troupeaux assez considérables , en été , dans les montagnes élevées du royaume de Léon et des Asturies, et en hiver, dans les plaines de laNouvelle-Castille et de l'Estramadure.
h. Mouton anglais , Ovis aries anglica À. -G. Desm., Ovis anglicana Linné. Cette variété a la laine fine et très longue; elle est sans cornes; sa queue est longue et pendante. Elle est métisse et provient de croisements d'une race anglaise originaire, qui a presque entièrement disparu, avec des Béliers et des Brebis d'Espagne et de Barbarie, croisements qui ont eu lieu dès les temps de Henri VIII et d'Elisabeth. Depuis quelques années , cette race a été introduite en France par les soins de M. Yvart.
On distingue, parmi les Moutons anglais, des races aussi nombreuses que parmi les Moutons français , selon les degrés de croisement et le soin plus ou moins grand qu'on en prend dans tel comté plutôt que dans tel autre, relativement au choix des Béliers et des Brebis destinés à la propagation de la race. La laine de ces Moutons est la plus belle après celle des Mérinos. Les races principales sont celles de Lincolnshire, de Kent, du comté de Sussex , de Cantorbéry , et se distinguent par la laine que donnent les Moutons , et qui est plus ou moins longue et plus ou moins fine. (E. Desmarest.)
MOUTON DU CAP. ois. — Synonyme d'Albatros. Voy. ce mot.
MOUTON ZONE. eot. cr.— Paulet a décritsous ce nom VAgaricus torminosusSchœt.
Voy. AGARIC. (LÉV.)
MOUTOUCH1A. bot. ph. —Genre de la famille des Légumineuses-Papilionacées-Dalbergiées, établi par Aublet (Guian., II, 748, t. 299). Arbres de l'Amérique tropicale.
MOUVEMENT, zool. — Voy. locomotion et BTOLOGTE.
MOZINNA. bot. pft.— Genre de la famille des Euphorbiacées-Crotonées, établi par Ortega (Decad., 105, t. 13). Arbrisseaux du Mexique. Voy. edphorbiacées.
MUCÉDINÉES. Mucedinœ. bot. cr. — Un des groupes les plus intéressants de la grande famille des Champignons. Voy. mycologie.
MUCILAGE. Mucilago. chim. — On appelle ainsi le liquide épais et visqueux formé par la solution ou la division d'une gomme dans l'eau. Les Mucilages participent des propriétés érnollientes et relâchantes des substances qui servent à les former. — On nomme aussi Mucilage une substance végétale qui se rapproche beaucoup de la gomme, et qui se trouve en grande quantité dans les racines de Guimauve et de grande Consoude , dans la graine de Lin et les semences de Coing. Ce Mucilage rend l'eau plus visqueuse et plus filante que les gommes. 11 donne, comme ces dernières, de l'acide mucique, de l'acide oxalique par l'acide nitrique, et forme uneémulsion avec les huiles. (J.)
MUCILAGO , Hoffm. (Crypt., t. 12).
bot. en. — Syn. de Merulius, Hall.
*MUCIZONTA,DC. (in Bull, soc.philom ,
3MUC
MUE
1801 , 49; Prodr., III , 399). dot. ph. — Voy. UMB1LICUS.
MUCOR. bot. cr. — Genre type du groupe des Mucédinées, et dans lequel la plupart des auteurs anciens avaient réuni toutes les petites espèces de Cryptogames qui se développent sur les substances en décomposition. Voy. mucédinées à l'article