U&U PER
PER
fascination que le Renard exerce sur les Oiseaux , mais particulièrement sur les Perdrix. Sans entrer à ce sujet dans des détails qui nous éloigneraient de notre but , sans raconter la manière dont ce Carnassier leur fait lâchasse, noua devons pourtant dire qu'à la vue de cet ennemi , le plus acharné après elles et le plus redoutable après l'homme, les Perdrix se rassemblent, poussent un certain cri de détresse , qu'elles ne font entendre que dans celte circonstance ; se pressent les unes contre les autres ; prennent leur volée toutes en même temps ; se groupent de nouveau lorsqu'elles s'abattent, pour repartir encore si le Renard persiste à les poursuivre. On dirait que leur salut dépend de leur étroite union. C'est qu'en effet, si le Renard parvient à les disperser, l'une d'elles doit infailliblement périr si elle ne trouve une retraite où celui-ci ne puisse l'atteindre; car, négligeant les autres pour celle qui s'égare, il s'attachera à elle jusqu'à ce qu'elle tombe sous sa dent ou qu'il en perde la voie, ce qui est rare.
Le vol des Perdrix , et surtout des Perdrix rouges , des Perdrix-Gambra , des Bartavelles , est brusque , bruyant , rapide , direct, et d'ordinaire peu soutenu et peu élevé. Ce qui prouve avec quelle rapidité ces Perdrix volent, c'est que, lorsqu'on les tire au travers, au moment surtout où elles sont bien lancées, elles vont quelquefois tomber à vingt ou trente pas du point où elles ont été mortellement atteintes, par le seul effet de la force impulsive qui les portait en avant. Lorsqu'elles prennent leur essor, c'est toujours avec un battement d'ailes si fort qu'on ne peut se défendre non pas d'un mouvement de frayeur , mais de surprise. C'est surtout pendant le mois de septembre que ce bruit , auquel il se mêle alors un petit sifflement bien sensible , par suite de la mue de quelques pennes de l'aile, acquiert le plus d'intensité. Les Perdrix grises ont un vol moins bruyant, et généralement moins soutenu et moins élevé. Nous n'ignorons pas qu'il est des cas exceptionnels; que parfois celles-ci parcourent en volant des distances assez considérables , ce qui arrive lorsqu'elles sont trop vivement poursuivies; que d'autres fois aussi , les grands arbres qu'elles rencontrent dans leur trajet les forcent à élever leur vol ; mais pour l'ordi-
naire, et ces circonstances à part, l'on peut dire que les Perdrix grises volent moins longtemps et moins haut que les espèces précédemment citées.
On aurait une idée fausse de la manière dont les Perdrix dirigent leur vol, si, sons i ce rapport , on les comparait à tout autre : Oiseau. Lorsqu'elles abandonnent le sel , elles commencent, si elles sont dans les bois, à s'élever à quelques pieds au-dessus des arbres, non pas perpendiculairement, comme le fait la Bécasse que l'on surprend dans les mêmes circonstances, mais obliquement; puis elles filent droit et de telle sorte, que leur vol, qui, dans les premiers temps, semblait se soutenir toujours à la même distance du sol, finit, lorsqu'elles approchent du point où elles veulent s'arrêter, par décliner de plus en plus. Lorsque celles que leur nature retient dans les lieux accidentés veulent se rendre d'un coteau sur un autre coteau, elles ne le font pas par un vol direct, que représenterait une ligne horizontale , mais en suivant tous les contours qu'elles rencontrent pour arriver au lieu vers lequel elles tendent, et de manière à décrire une ou plusieurs courbes continues et plus ou moins fortes, seloo les accidenta de terrain. On dirait qu'elles sont constamment attirées vers le sol, et qu'U ne leur est pas donné de s'élever à une hauteur de plus de 20 à 30 pieds. Rarement les Perdrix dirigent leur vol vers le sommet des coteaux ou des collines ; elles en suivent les flancs, les escarpements, et tendent toujours plus ou moins vers les bas- fonds. Le contraire a lieu lorsqu'elles gagnent terre; alors elles cherchent, en courant, à atteindre les points élevés des contrées qu'elles fréquentent. Les chasseurs possèdent parfaitement la connaissance de ces habitudes , qui sont surtout particulières aux Perdrix rouges et aux Bartavelles; aussi vont-ils chercher ces Oiseaux bien au-dessus du point où il* st sont reposés.
Nous avons dit que la marche et la course étaient les moyens locomoteurs que les Perdrix emploient le plus ordinairement, ma** qu'elles mettaient également en usage le vol, lorsque les circonstances l'exigeaient. Or , la poursuite qu'on leur fait, le rappel de leurs compagnes lorsqu'elles en sont éloignées, les cris d'une femelle pendant les pariades,
PER
Jt distance qui les sépare du champ où elles vont habituellement pâturer, sont autant de circonstances qui les déterminent à faire usage du vol.
Les Perdrii sont d'un naturel timide et fort doui ; le moindre bruit les effraie , le plus petit objet nouveau pour elles les met en émoi ; aussi la défiance paraît-elle présider à leurs actes : soit qu'elles cherchent leur nourriture, soit qu'elles se rendent à l'abreuvoir, soit même qu'elles se livrent au repos , elles sont avant tout circonspectes. Elles possèdent au plus haut degré l'instinct de la sociabilité , car si elles sont forcées de se séparer, elles ne tardent pas à se rapprocher et à se rassembler de nouveau. Ce besoin , pour certaines espèces de Perdrix , de vivre en société, est si grand, que les mâles supplémentaires de ces espèces, c'est-à-dire ceux qui n'ont pu trouver de femelles pour accomplir l'acte de la génération , et quelquefois même ceux qui y ont satisfait, se réunissent pendant que les femelles couvent , et reconstituent ainsi des compagnies que la rivalité avait un moment altérées.
On a avancé, et cette opinion n'a encore été contredite par personne, que les Perdrix rouges étaient moins sociables que les Perdrix grises. Si, par le mot sociable, on avait voulu dire que les premières forment des sociétés moins nombreuses que les secondes , rien ne serait plus vrai; car celles-ci sont, sans comparaison, beaucoup plus multipliées; mais ce qu'on a voulu dire , c'est que les Perdrix rouges sont bien moins portées que les grises à vivre en société; qu'elles ont de la tendance à s'isoler les unes des autres. Cependant il n'est pas rare de voir les individus d'une même couvée et quelquefois ceux qui proviennent de deux pontes différentes, demeurer constamment unis depuis Je moment de leur éclosion jusqu'en février, époque où les sexes se recherchent , où les couples se forment et se séparent, et même alors on voit se former ces réunions de maies supplémentaires dont nous parlions plus haut ; car c'est surtout chez la Perdrix rouge, la Perdrix-Bartavelle et la Perdrix-Gambra qu'on a observé cette sorte d'excentricité, dont nous garantissons l'authenticité, du moins pour la première de ces espèces.
Aristote a signalé celle particularité chez la
Bartavelle : du reste, quelques autres Oit. x.
PER 465
seaux, tels que les Martins roselins , en offrent aussi des exemples, comme noua l'a appris M. Nordmann.
Or, ce fait seul d'une réunion d'individus mâles de la Perdrix rouge à une époque où les sociétés se dissolvent, doit, ce nous semble , être une forte présomption en faveur du naturel sociable de celte espèce. Il est vrai que les auteurs qui ont émis une opinion contraire se sont crus fondés à soutenir cette opinion, en disant que les Perdrix rouges se tenaient plus éloignées les unes des autres que les Perdrix grises , qu'elles ne prenaient pas leur essor toutes à la fuis, qu'elles suivaient, en parlant, des directions opposées, et qu'elles montraient beaucoup moins que les Perdrix grises d'empressement à se rappeler. Or, toutes ces raisous ne sont que le résultat d'une observation mal faite : les unes et les autres diffèrent si peu entre elles, sous le rapport de leur sociabilité, que ce que l'on dirait de celles-ci pourrait également s'appliquer à celles-là.
Pour qu'une élude de mœurs soit rigoureusement dans les limites du vrai , il faut avant tout se placer, vis à-vis de l'animal dont on veut connaître les habitudes, dans de certaines conditions , pour que cet animal ne soit pas contraint dans ses actes, et tenir compte en même temps de certaines circonstances. C'est eu négligeant ces conditions et les circonstances au milieu des quelles vivent les Perdrix rouges , qu'on a pu se faire une idée fausse de leur instiuct social. Ces Oiseaux , aussi bien que tous ceux de la division à laquelle ils appartiennent, ne sauraient vivre loin de leurs semblables; ils cherchent leur nourriture en commun et se trouvent alors tellement rapprochés les uns des autres, qu'il n'est pas rare d'en abattre cinq et six d'un seul coup de fusil. Tous les individus d'une compagnie, lorsque rien ne les contraint à agir différemment, abandonnent le sol en même temps et suivent la même direction; enfin ceux qui sont égarés, aussi bien que le g rus de la troupe, mettent le même empressement à se réclamer lorsqu'ils ont été violemment séparés. Il est vrai que, si l'on veut juger leurs actes en dehors des conditions nécessaires pour bien les apprécier, par exemple, lorsque la présence de l'homme les détermine, alors on voit que la manière dont s'effectue la
466 PBR
départ des Perdrix rouges est variable selon les circonstances. Tantôt, quel que soit leur nombre et quelle que soit l'époque de la Journée, toutes partent ensemble : c'est lorsqu'on les surprend dans un endroit découvert, ou bien le matin et le soir, lorsqu'elles errent sur les coteaux, à travers les bruyères. Tantôt, au contraire, leur départ a lieu d*une manière intermittente, si l'on peut ainsi dire): c'est durant les fortes chaleurs de l'été , lorsqu'elles chaument, qu'elles reposent dans les bois taillis, dans les butssons, que ce fait se présente assex fréquemment, et plus fréquemment encore, lorsqu'après un premier vol , on s'empresse de les rejoindre et qu'on les force ainsi à prendre une seconde fois leur volée. Ces faits, que l'on a cru devoir invoquer comme preuve du peu de sociabilité des Perdrix rouges, ont d'autant moins de valeur qu'ils se répètent d'une manière identique cnei les Perdrix grises, auxquelles on a voulu les comparer. Tous les chasseurs savent qu'il n'est pas constant de vc'r celles-ci partir toujours ensemble, et surtout de les voir prendre la même direction. Nous croyons donc qu'en observant bien rigoureusement, et en ayant égard aux circonstances , l'on peut être conduit à dire que ces deux espèces sont sociables au même degré; car, dans les conditions ordinaires de leur vie, les rapports mutuels des individus sont les mêmes, et, quoi qu'on en ait dit, les unes ne sont pas plus empressées a se rappeler que les autres.
Il n'existe peut-être pas d'Oiseaux dont les habitudes naturelles soient aussi réglées, aussi constantes que celles des Gallinacés : c'est dire que nous devons trouver chex les Perdrix celte constance et cette régularité. En effet, elles ont des heures pendant lesquelles elles vaquent à la recherche de leur nourriture , et des moments de repos. Le matin , dès le point du jour, on les entend caqueter. Cet indice de leur réveil est aussi le signal de leur départ, car bientôt on les voit s'élever pour se rendre, d'une seule volée, dans un champ cultivé, où elles trouveront de quoi contenter leur premier appétit. Ici le naturel craintif et déGant des Perdrix se décèle dans toute sa plénitude : en gagnant terre, elles ont garde de se mettre tout de suite en évidence, de se livrer
PER
immédiatement à la recherche des substances dont elles s'alimentent. Loin de là; elles n'ont pas plus tôt touché le sol qu'elles se blottissent de façon à disparaître entièrement. En vain chercherait-on alors à les découvrir; leur immobilité ne peut trahir leur présence; mais peu à peu on les voit relever la tête, puis le corps, et enfin m mettre en mouvement. Elles ont besoin d« prendre confiance en s'assurant, par U vue, que rien dans les environs ne poornles troubler. Le moindre objet qu'elles n'ont pas l'habitude de voir les détermine a demeurer plus longtemps dans une immobilité complète , et quelquefois peut les forcer à gagner un autre canton. Lorsqu'elles tout suffisamment repues, elles volent ou courect se désaltérer à la source voisine, après quoi elles regagnent, les unes, leurs collines rocailleuses ; les autres , les taillis et les buissons; d'autres enfin les prairies artificielles ou les vignes, dont elles font leur deroeore d'été. Durant la belle saison, les Perdrix abandonnent ordinairement les lieux cultivés qui fournissent à leurs besoins ter» dix heures du matin , pour n'y reparaître que vers trois et quatre heures , époque de leur second repas. Pendant l'hiver, leur nourriture étant plus rare , on les voit plus longtemps occupées à la chercher, et il es résulte que toute la Journée se passe ("tique dans cette occupation.
Aussitôt que le jour commence à dédioer, les Perdrix cherchent un lieu favorable pour y passer la nuit. Elles rôdent longtemps et en caca ban t de temps en temps, avant d'avoir fait choix d'une place qui puisse leur convenir; puis, lorsque ce choix est fait, elles se rapprochent et se livrent au repos. Ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que jamais elles ne reviennent, le lendemain an soir, précisément sur le même point où, U veille , elles ont couché ; c'est toujours ec dans les environs , on même dans une autre localité. Nous devons dire aussi que, loiade chercher pendant la nuit un abri sous les grands arbres, les Perdrix paraissent.su contraire, s'en écarter avec soin. En effet, les unes, telles que les Bartavelles, les Perdrix Gambras, les Perdrix rouges, choisissent de préférence , au milieu d'un taill». les espaces plus ou moins vastes que réouvrent seulement des thyms et des romarins,
PER
PER
en un mot, de fort petits arbustes, ou se retirent dans les lieoi pierreux; les autres, comme les Perdrii grises , vont chercher un gîte dans les chaumes, les guérels et les luzernes.
Au retour du printemps , les Perdrix éprouvent, comme tous les autres Oiseaux, le besoin de se reproduire ; alors sous l'influence de ce besoin, les compagnies qu'elles formaient se dissolvent et les couples se forment, mais ces nouveaux liens n'ont pas lieu sans qu'il y ait querelle et souvent combats, dans lesquels il y a des vainqueurs et des vaincus; ce sont ceux-ci qui d'ordinaire forment ces sociétés exceptionnelles dont nous avons déjà parlé. En général, c'est en février que les pariades commencent. A cette époque les mâles, que des désirs naissants maîtrisent , paraissent avoir un naturel bien moins sauvage qu'auparavant; ils sont moins circonspects, oublient et n'aperçoivent plus le danger qui les menace ; alors enivrés par l'espoir des jouissances qui lesatténdent, ils donnent aveuglément dans les pièges où les attire le chant d'une femelle. Le matin , lorsqu'à cette époque les mâles font entendre leurs cris d'appel, on peut, avee quelques précautions, les approcher d'assez près, sans qu'ils cessent de cacaber, chose que, dans toute autre circonstance , l'on ne pourrait faire. Ce sentiment aveugle qui porte les Perdrix maies vers les femelles était connu des anciens. Aristote signale la Bartavelle comme très-ardente en amour, et cette opinion était de son temps tellement accréditée , que les Grecs faisaient de cette espèce le symbole de la lubricité, lis savaient même , ce qui est vrai dans de certaines limites, que les miles supplémentaires à défaut de femelles, s'accouplaient entre eux.
Chez certaines espèces, le mâle, sans toutefois prendre part ni au travail de la nidification, ni aux fonctions pénibles do l'incubation , veille cependant toujours sur sa femelle et élève avec elle les jeunes; mais il paraît lui être bien moins attaché qu'avant l'accouplement et, par conséquent, avant la ponte. En effet, il est maintenant le premier à fuir a la moindre apparence de danger, tandis qu'auparavant c'était toujours la femelle qui donnait le signal de la fuite. Chez d'autres espèces, les mâles,
après avoir accompli l'acte dt la génération» prennent fort peu de souci de leurs compagnes et veillent avec tiédeur sur leurs petits. Du reste, toutes les Perdrix sont monogames.
Aux femelles est dévolu le soin de construire un nid. Elles choisissent, i cet effet, dans une exposition heureuse , soit dans les blés, les broussailles, les bruyères, etc., un lieu convenable, et là, dans une légère excavation qu'elles pratiquent avec leurs pieds, elles amassent quelques brins d'herbes et quelques feuilles sèches. C'est dans ce nid grossièrement construit que se fait la ponte. Le nombre d'oeufs varie selon les espèces ; mais le plus ordinairement ce nombre est de douze ù quinze. Quant à la couleur, ces œufs ont toujours un fond jaunâtre: chez telle espèce ils sont uniformes, tandis que chez telle autre ils présentent de nombreuses mouchetures plus foncées. La durée de l'incubation est de dix-huit à vingt jours, selon que la température ambiante est plus ou moins propre à bâter leur développement. Les jeunes , auxquels on donne le nom de Perdreaux, suivent leur mère dès leur naissance; mais ils ne peuvent encore voler. A défaut de celte faculté qu'ils n'acquièrent que fort tard, ils savent, en courant et en se cachant dans les pierres , sous les ronces, etc., éviter l'approche d'un ennemi. A un signal de leur mère on les voit tantôt se blottir et tantôt fuir à pas précipités, en s'aidant de leurs membres antérieurs qu'ils agitent. On a depuis Tort longtemps signalé les petites ruses que les Perdrix mettent en usage pour détourner, de leurs poussins , le danger qui les menace. Ce danger est-il imminent, aussitôt un cri d'alarme, que les Perdreaux comprennent, est donné; à l'instant ceux-ci se dispersent et disparaissent comme par enchantement; le mâle, s'il arrive qu'à ce moment il accompagne sa femelle, part d'un côté, celle-ci fuit dans une autre direction, mais fuit soit en boitant, soit en traînant l'aile, cherche en un mot à attirer sur elle l'attention de son ennemi , en simulant d'être blessée. Aussitôt qu'elle s'aperçoit que sa famille n'est plus en péril , alors elle prend son essor et échappe à son tour aux poursuites de l'agresseur, puis revient.de détour en détour, rejoindre sa petite famille, la rassemble •