‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle, servant de complément aux œuvres de Buffon, de G. Cuvier, aux encyclopédies, aux anciens dictionnaires scientifiquesChapitre 118 sur 170 · M PER · texte numérisé non relu

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et s'enfuit arec elle. C'est encore la femelle qui indique à ses poussins leur première nourriture ; c'est elle qui les réchauffe sous ses ailes; c'est elle qui les conduit par tous les sentiers du canton où ils sont nés, qui leur fait pour ainsi dire connaître le pays; cnGn, c'est encore elle qui semble fortifier en eux ce naturel défiant et craintif qui les caractérise.

Malgré ce caractère, les Perdrix sont susceptibles d'une certaine éducation; elles se familiarisent aisément et paraissent regretter fort peu la perte de leur liberté; cependant on ne parvient à les adoucir à ce point, qu'avec tes plus grands soins. La Perdrix grise a offert quelquefois de tels exemples de familiarité, qu'on a pu penser qu'il ne serait pas difficile de faire de celte espèce un Oiseau domestique et de l'introduire dans nos basses-cours. Girardin qui a émis cette opinion , cherche à l'appuyer par le fait suivant. ■ On apporta, dit-il, à un religieux de la Chartreuse de Beauserville, près de Nancy , une couvée de Perdreaux qui n'étaient Agés que de quelques jours ; il les éleva sans poule : avec des précautions qu'à la vérité tout le monde n'aurait ni le loisir, ni la patience de prendre ; il les tenait chaudement dans une petite caisse , qu'il avait garnie , à cet effet, d'une peau d'agneau; il ne les en faisait sortir, lors de leur première enfance, que dans un endroit chaud où il avait répandu sur le plancher des larves que Ton nomme vulgairement œufs de fourmis , qu'il mêlait avec du terreau sec , afin de procurer à ces petits animaux le plaisir de le gratter avee leurs pieds pour y chercher leur nourriture.

• Devenus plus forts et lorsque le temps s'était point nébuleux, il les sortait dans le petit jardin de sa cellule, où ils passaient la journée ; puis il les faisait rentrer dans leur caisse vers le déclin du jour ; enfin, il leur donna , dans un endroit à couvert de la pluie , une gerbe de blé, une d'orge et une autre d'avoine qui leur servaient de retraite et de pâture.

» Cette petite famille devint si apprivoisée avec son père nourricier, que non seulement elle le suivait comme le ferait un chien , mais que lorsqu'il s'asseyait dans son jardin , aussitôt chaque individu se disputait le plaisir d être un des premiers sur

lui; ils ne craignaient et ne fuyaient pi» même la vue des étrangers qui venaient fréquemment visiter ce religieux.

» Après l'hiver, le moment de la pariade arriva : des querelles s'élevèrent parmi le» maies , mais on remarqua que , l'éducation ayant adouci leurs mœurs , leurs combat» étaient moins fréquents et moins opiniâtres. Quand les couples furent assortis, ce religieux les distribua à ses amis et ne se réserva que celui dont le mêle lui avait eoostamment donné des preuves d'attachement. , » Pour faciliter la nichée de ce couple privilégié, il avait eu la précaution de sener un petit carré de blé où ces oiseaux pouvaient se retirer. La femelle y fit sa ponte, et pendant tout le temps de l'incubation, le mile rôdait sans cesse autour de ce cbimp avec un air d'inquiétude; et lorsqu'on s'en approchait de trop près , fût-ce même son hôte hospitalier, il accourait d'un air menaçant , la tête haute, les ailes à demi étendues et le corps fort élevé. »

Ce fait est non seulement intéressant en ce qu'il témoigne du degré d'éducation dont les Perdrix grises sont susceptibles ; mais en ce qu'il prouve que ces Oiseaux se reproduisent facilement en captivité lorsque, toutefois, on a eu le soin de les placer dans des circonstances favorables. Or, ce sont la deux conditions essentielles sans lesquelles la domesticité est impossible. On conçoit dooe jusqu'à un certain point que l'on pût faire pour nos basses-cours, comme l'a au Girardin , la conquête de cet Oiseau : ce résultat parait surtout possible s'il est vrai qu'on ait réussi, ainsi que l'avance WUlugbby, à former un troupeau de Perdrix grises. Cet auteur rapporte qu'un particulier de Sussex était parvenu à apprivoiser une couvée entière de celte espèce, qu'il menait partout en la chassant devant lui. Selon Willughby, il paraîtrait même que le possesseur de cette compagnie de Perdrix gagna un pari en conduisant ainsi ces Oiseaux jusqu'à Londres.

D'ailleurs , le dernier fait n'a rien qui doive nous surprendre , car, d'après le témoignage de plusieurs voyageurs, les Bartavelles et les Perdrix rouges, dont le caractère est cependant plus sauvage, peuvent recevoir la même éducation et témoignent, vis-à-vis de leur guide, la même docilité.

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Ainsi, Sonnini, dans l'historique de son Voyage en Egypte , dit avoir vu dans une maison , à Aboukir, deux Bartavelles très familières qu'on nourrissait en domesticité, et, d'après le témoignage de Tournefort ( Voyage au Levant, t. I ), il parattrait qu'autrefois , dans l'Ile de Scio , on élevait des compagnies de Perdrix rouges, que l'on conduisait pâturer dans la campagne, comme chez nous on conduit les Dindons. Vieillot a pensé que ce pourrait bien être des Bartavelles et non des Perdrix rouges que l'on élevait ainsi ; mais comme Tournefort ajoute que près de Grasse , en Provence , il avait tu un homme qui conduisait un troupeau de ces mêmes Oiseaux, lesquels étaient tellement familiers qu'il les prenait à la main et les caressait alternativement , la supposition de Vieillot tombe nécessairement; car les contrées de la Provence, que cite Tournefort, nourrissent fort peu de Bartavelles, et, par contraire, beaucoup de Perdrix rouges. Au reste , nous sommes convaincu que l'homme a le pouvoir de modifier profondément le naturel de cette dernière espèce. Nous avons vu un couple de Perdrix rouges qui était bien moins sauvage que ne le sont certaines Poules , et qui suivait la personne qui l'avait élevé, accourait à sa voix, errait libremeot partout, etc. Les jeunes surtout , lorsqu'on parvient , par beaucoup de soins, à leur faire oublier leur liberté , se familiarisent aisément.

Les Perdrix n'oot pas un chant proprement dit: on ne saurait appeler ainsi des cris gutturaux, durs et secs, qui consistent en deux ou trois notes plusieurs fois répétées. Ces cris, au moyen desquels les Perdrix se réclament entre elles, deviennent plus fréquents, plus retentissants, à l'époque des panades: ils sont alors l'expression de l'amour.

LesPerdrixsont généralement séd en tai res, en d'autres termes, elles vivent et meurent dans le canton qui les a vues naître. Si elles s'en éloignent, ce n'est que très accidentellement et momentanément, leurs courses en dehors des limites de leur habitat étant fort bornées. Cependant la Perdrix de passage, que les uns considèrent comme une simple variété de la Perdrix grise, et que les autres sont portés, avec raison peut-être, à admettre comme espèce distincte ou au moins comme race constante, forme une exception assez re-

marquable. Cette Perdrix a, comme les Cailles, l'humeur excessivement voyageuse ; toutefois ses migrations ne sont pas aussi régulières que celles de la plupart des Oiseaux. Sonnini, qui l'a vue en Orient, dit qu'elle ne suit pas constamment les mêmes routes; qu'elle est de passage dans plusieurs contrées de la France; qu'elle y parait en grandes troupes, mais de loin en loin, non pas régulièrement chaque année et seulement pendant quelques jours, en sorte que le passage de cet Oiseau très vagabond ne peut être fixé, ni le chemin qu'il tient bien • connu, non plus que le motif de cette vie errante. Il parait même que, ni la saison , ni la nature du climat, n'influent en rien sur les courses de celte Perdrix ; car Sonnini l'a trouvée sur les sables brûlants de l'Égjpte, aussi bien qu'au nord de la Turquie, où elle arrive en automne et où elle se montre jusqu'en décembre et janvier. D'un autre côté, il en a vu des bandes très nombreuses, pendant l'hiver de 1787, dans un canton de la Lorraine. Montbeillard, de son côté, dit qu'on en a vu aux environs de Montbard une volée de cent cinquante à deux cents qui ne fit que passer. Enfin Vieillot avance qu'en Normandie, aux environs de Rouen, elle se montre assex souvent. Mais la, comme ailleurs, son passage n'a rien de constant, ni de réglé. Celte Perdrix, à ce qu'il parait, nese mêle jamais avec la Perdrix grise; quand elle cherche sa nourriture dans le même champ, elle fait toujours bande à part, soit à terre, soit en l'air ; elle est très farouche, et part de fort loin ; son vol est plus élevé et beaucoup plus soutenu que celui de l'espèce donton prétend qu'elle provient. Temminck a pensé que la Perdrix de passage que l'ou nomme aussiPerdrix de Damas n'étaitqu'une Perdrix grise qui, vivant dans des lieux montueux et arides peu riches en subsistances, acquérait, par suite de privations, une taille inférieure à celle d'individus placés dans de meilleures conditions, et était forcée, lorsque la disette d'aliments se faisait trop vivement sentir, d'abandonner une contrée ingrate pour des contrées plus fertiles. Quelque opinion que l'on admette, toit que l'on regarde la Perdrix dont nous parlons comme une espèce distincte, ou comme une simple variété de la Perdrix grise, les voyages qu'entreprend cet Oiseau, voyages sur lesquels il

n'y » plus le moindre doute à conserver tant on en a de preuves, n'en est pas moins un des raits les plus curieux de l'histoire des Perdrix proprement dites. Sonnini a également pensé que la Bartavelle devait être de passage dans certaines localités; mais ceci n'a rien de prouvé.

Si les Perdrix étaient aussi multipliées que certains Oiseaux que nous avons en France, les profits que l'on en retire comme aliment ne compenseraient peut-être pas les dégâts qu'elles pourraient faire aux récoltes. Pendant les semailles , elles cherchent le grain resté sur terre, et savent découvrir celui qui est enfoui ; lorsque le Blé, l'Orge, etc. , commencent à germer, elles en rasentquelquefois la tige mieux que ne le font les Lièvres, et, lorsque la maturité de ces semences arrive, elles s'attaquent aux épis. Dans les pays de vignobles, on reconnaît aisément les coteaux que les Perdrix fréquentent, aux dégâts qu'elles font des raisins dont la plupart d'entreelles sont très friandes. Indépendamment de ces aliments, les Perdrix font entrer dans leur régime une foule d'autres substances : les Glands, les Fèves, les jeunes pousses d'herbes et même des arbustes, les fruits des Ronces, les Insectes, les Colimaçons fournissent à leurs besoins. Du reste leur chair est sujette à participer du goût des aliments dont elles se nourrissent; aussi il est des cantons où elles sont d'un goût exquis , et d'autres où elles sont un gibier moins estimé.

Mais, en général, la chair des Perdrix, surtout lorsqu'elles sont jeunes, offrant une nourriture aussi succulente que délicate, et par sa qualité, et par sou fumet, on a cherché i les multiplier, mais en même temps on a employé contre elles tous les moyens possibles de destruction ; chez nous, fusil, collets , pièges de toutes sortes, filets, appaux, tout a été mis en usage. Il est peu de gibier auquel ou fasse une guerre aussi vive et aussi continue. C'est dire que les moyens de destruction l'oot toujours emportésur les moyens de conservation; la France n'a donc pas à craindre le sort de l'Ile de Nanfio en Grèce. Athénée et Tournerort racontent que la Bartavelle y ayant tellement pullulé, l'Ile était devenue inhabitable. Plusieurs tentatives ont été faites pour acclimater cette dernière espèce, dont la chair a des qualités supérieures à celle de ses congénères,

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dans le nord de la France; on a cherché à l'élever dans des parcs, dans des volières; mais tous les efforts que l'on a faits pour obtenir, sous ce rapport, quelque résultat heureux, ont toujours été vains. Enlevée à ses montagnes, aux circonstances naturelles dont elle ne s'écarte jamais, la Bartavelle languit et meurt. On a été plus heureux avec la Perdrix rouge; cette espèce s'est acclimatée dans quelques uns de nos département! du Nord.

Les Perdrix sont répandues dans toutes les parties du monde. L'Europe en possède quatre espèces qui, toutes, se rencontrent dans les limites de la France. Nous les indiquons plus bas.

La plupart des Perdrix sont sujettes à des variétés accidentelles. Les Bartave'les, les Perdrix rouges et Garabra varient dn blaoe pur au blanc nuancé et roussAtre. Oo voit fréquemment des individus dont le plumage est tapissé de blanc. La Perdrix grise présente les mêmes variétés accidentelles; mai* elle en offre d'autres qui sont d'une constance telle qu'on a pu les admettre comme espèces distinctes ou comme races. Telles sont la Perdrix de passage dont nous avons parlé plus haut, et la Perdrix de montagne.

Après avoir fait l'histoire des Perdnx proprement dites et principalement des espèce* que l'on trouve en France, il nous reste à dire quelques mots de celles qui composent les trois autres divisions de la famille des Perdrix ; nous voulons parler des Frmcolins, des Colins et des Cailles. Quoique tons ces Oiseaux, par leur conforma lion extérieure, par leur faciès , ressemblent aux vraies Perdrix à ce point que pendant lonctrmps on les a rangés pêle-mêle dans le même genre, cependant, une analyse plus profonde a fait saisir entre eux quelques différences caractéristiques que nous indiquerons bientôt, et, d'un autre coté, l'étude de leurs mœurs , tout en laissant saisir éa nombreuses analogies, a permis en même temps de constater quelques particularités différentielles qui sont, en quelque sorte, la confirmation de ce que les caractères physiques indiquaient.

Si nous voulions entrer dans tous les détails relatifs aux habitudes naturelles des Fbascolins , nous aurions à répéter

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souvent ce que nous evoos dit des Perdrix proprement dites. Ed effet, comme elles, ils vivent en famille jusqu'à l'époque des panades , demeurent habituellement dans les cantons où ils sont nés; marchent et courent plus souvent qu'ils ne volent , sont d'un naturel sauvage et défiant; comme les ▼raies Perdrix, leur instinct de conservation leur dicte des moyens de salut divers; ils ont comme elles une démarche leste et gracieuse, se réclament entre eux , sont réglés dans leurs besoins , s'accouplent à peu près à la même époque , se battent pour la possession d'une femelle , ont le même attachement pour leurs petits et sont aussi féconds qu'elles. Mais ils diffèrent des Perdrix proprement dites, en ce qu'ils ne cherchent plus comme celles-ci les pays découverts, les plaines en culture où les graines principalement fournissent à leur nourriture ; ils préfèrent, au contraire, le voisinage des bois, fréquentent les plaines humides et couvertes de joncs; vivent de baies autant que de gnines et recherchent les vers et les insectes qui abondent dans le voisinage des eaux. Us se nourrissent aussi de petites plantes bulbeuses qu'ils découvrent au moyen de leur bec. Nous avons vu qu'il n'était point dans la nature des Perdrix proprement dites de se poser sur les arbres, et que si quelques unes d'entre elles le faisaient, ce n'était que dans des cas excessivement rares; les Francolins, au contraire , se tiennent habituellement perchés sur les arbres et surtout pendant la nuit Leur voix , en outre, parait plus rauque et plus criarde. Celle du Francolin à collier roux est forte, s'entend de fort loin et ressemble à un sifflement, selon Olina.

La chair des Francolins est beaucoup plus estimée que celle des Perdrix proprement dites. L'espèce qui vit en Europe a la réputation d'être un gibier des plus délicats. On croit assez généralement que c'est cette espèce que les Romains appelaient Aitagen ionicus et qu'ils estimaient plus que tout autre Oiseau. Les tentatives que l'on a faites pour élever et faire propager le Francolin dans les volières, n'ont jamais été très fructueuses; son naturel sauvage semble devoir être un obstacle à la réussite de ces sortes de tentatives. Il est certain que cette espèce diminue de jour en jour et qu'elle finira

par disparaître des localités où elle était autrefois très abondante. Nous tenons de bonne source, qu'en Sicile, où il était jadis fort commun, cet Oiseau devient de plus en plus rare. Buffon avance que des défenses rigoureuses avaient été faites, en plusieurs pays , de tuer des Francolins : il serait bon, pour la conservation de l'espèce , que de pareilles défenses se renouvelassent là où ces Oiseaux se rencontrent encore.

Les Francolins appartiennent plus particulièremenl à l'Asie et à l'Afrique; une seule espèce habite l'Europe.

Les Colus qui , par leurs caractères extérieurs, font un passage naturel aux Cailles, se rapprochent un peu des Perdrix grises par leur manière de vivre, et des Francolins par l'habitude qu'ont quelques uns d'entre eux de chercher un refuge et un abri dans les arbres. Cependant, leurs moeurs offrent quelques particularités remarquables que ne nous ont présentées ni les Francolins, ni les Perdrix proprement dites. Vieillot, qui a observé en liberté le Colin ho-oui, ou la Perdrix boréale, raconte de cette espèce que son vol est plus vif et plus inégal que celui de nos Perdrix. 11 arrive souvent que toute une compagnie s'élève , en masse, perpendiculairement, à 7 ou 9 mètres de haut, se disperse de tous les côtés, tellement que deux individus suivent rarement la même direction. Les uns se réfugient dans les broussailles les plus épaisses et s'y retranchent de manière qu'il n'est pas aisé de les faire lever une seconde fois; les autres, et c'est le plus grand nombre , cherchent leur sûreté sur les arbres, où ils se blottissent, et restent immobiles sur les plus grosses branches. Ils se croient alors tellement à l'abri de tout danger, qu'on peut , si on les voit , les tuer tous les uns après les autres sans qu'un seul fasse le moindre mouvement pour s'échapper. Les observations d'Audubon confirment la plupart de ces faits. Il a vu de plus celle espèce, lorsque, poursuivie par les chiens ou par quelque autre ennemi, elle s'est réfugiée à la hauteur moyenne des arbres, y demeurer jusqu'à ce que le danger soit passé et marcher avec facilité sur les brauches. Si elle s'aperçoit qu'on l'observe, elle dresse les plumes de la tête, fait entendre un bruit sourd , et fuit sur

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une branche plus élevée , ou sur un autre arbre à quelque distance.

Ce n'est par seulement lorsque les Colins veulent éviter les poursuites d'un ennemi qu'ils se jettent sur les arbres ; à l'époque des amours , on voit très souvent les miles perchés sur quelque haie ou sur les branches basses, conserver la même position pendant des heures entières et répéter, par intervalles de quelques minutes, leurs cris d'appel. Ces cris ne sont plus, comme ceui des Perdrix proprement dites, une sorte de cacabement, mais une espèce de sifflement clair, composé, selon Audubon, de trois notes dont la première et la dernière sont d'égale longueur. Vieillot l'exprime par les syllabes : ho-ouif Audubon par celles : ah bob-auaile. C'est d'après ce cri et la manière de l'entendre que les Natkcs donnent à ce Colin le nom de Ho-oui et les habitants duMassachussetceluide Bob- White. Les Colins , lorsqu'un ennemi les surprend , font en outre entendre un grasseyement fréquemment répété, et s'enfuient la queue ouverte, les plumes de la téle redressées et les ailes pendantes. Ces Oiseaux, lorsqu'ils sont séparés , se rappellent comme les vraies Per- •Irix , et se battent pour la possession d'une femelle.

Les Colins sont beaucoup plus féconds que les Perdrix. La femelle, selon Audubon, construit un nid de gazon de forme ronde, et ayant une entrée assez semblable à celle d'un four ordinaire; cite le place au pied de quelque touffe d'une herbe haute, ou près d.'un bouquet d'épis bien rapprochés, et l'enfonce en partie en terre. Vieillot prétend que ces Oiseaux fout deux pontes par an , une au mois de mai et l'autre en juillet, chacune de 23 à 24 œufs d'un blanc pur; mais Audubon avance au contrairequ'ils n'élèvent qu'une couvée par an de 10 a i8 œufs. Si toutefois il arrive qu'une première ponte ou les petits qui en proviennent soient détruits, alors la femelle construit immédiatement un nouveau nid et produit de nouveaux œufs. Du reste, quel que soit ledissenlimeut qui existe sur ce point entre ces deux auteurs, ils s'accordent à reconnaître que cette espèce de Colin est considérablement multipliée. « Elle est si nombreuse dans le sud des États-Unis, dit Vieillot, que l'un m'a assuré à New-York qu'en un seul biver il

en a été tué , dans un arrondissement de cinq à six lieues, plus de six mille, et qu'il en a été pris la même quantité sous les trappes; cependant, au printemps suivant, on s'aperçut à peine qu'on les avait chassés plus qu'à l'ordinaire. Au centre des Etatt- Unis, ils sont également fort commuas; car il n'est pas rare d'en voir au marché de New -York deux à trois cents vivants et morts à l'époque où la terre est entièrement couverte de neige. » Selon le même suieur, H arrive quelquefois, lorsque l'hiver se prolonge et que la fonte des neiges se fait tard, qu'on dépeuple tout un canton ; mais alors les personnes qui veulent repeupler leur terre, après la mauvaise saison, ont soin de garder en volière plusieurs paires de Colins et de les mettre en liberté au printemps; par ce moyen, ils sont certains de ne jamais en manquer, car ces Oiseaux ont deux qualités précieuses pour les amateurs decha*« : celle d'être très féconds, comme nous l'avons dit , et celle de s'éloigner très peu du lieu où ils se sont fixés.

Comme les Colins sont peu méfiants, <1 est facile de les attirer dans des pièges. On les prend dans des trappes ou dans des cages semblables à celles dont on se sert pour capturer les Dindons sauvages. Cepeodaat le principal moyen de les prendre consista dans l'emploi de filets cylindriques , taoc* de 30 à 40 pieds, fort analogues à celte sorte de Glet qu'on nomme chez nous une tonnellf. Pour cette chasse , que l'on fait dans les États d'Amérique, et surtout dans ceux de l'ouest et du midi, un certain nombre d'individus montent à cheval, selon Audubon, et, munis d'un filet, se mettent à la recherche des Colins. Ils marchent le toof drs haies et des buissons de ronces, où l'on sait que ces Oiseaux se tiennent de préférence Un ou deux chasseurs sifflent de manière a imiter le cri des Colins ; bientôt une couu-e y répond, et aussitôt les rhasseurs cherchent à en reconnaître la position et le nombre, dédaignant le plus souvent d'employer le filet quand il n'y a que quelques individu*. Ils s'approchent avec beaucoup de soin, causant et riant entre eux, comme s'ils continuaient leur chemin ; quand les Oiseaux uni été découverts, un des chasseurs part au galop en décrivant un circuit , prend une certaine avance plus ou moins étendue , seloa

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la position de la compagnie , et les autres chasseurs , pendant ce temps , continuent leur marche en causant, mais en observant en même temps tous les mouvements des Colins. Cependant celui des chasseurs qui a pris l'avance met pied à tenre , et dispose son filet de manière que ses compagnons puissent facilement y pousser la couvée ; puis il remonte à cheval, et rejoint la troupe. Les chasseurs alors, se séparant à de courtes distances, suivent les Colins en causant, en sifflant, frappant des mains ou battant les buissons; les Oiseaux fuient avec légèreté à la suite les uns des autres, et dans la direction que leur font conserver les chasseurs. Le chef de la troupe approche bientôt de la bouche du filet, y pénètre, et toute la troupe après lui. De cette manière, on prend d'un seul coup quinze ou vingt Colins, et souvent on peut dans une journée en prendre plusieurs centaines. En général , les chasseurs rendent à la liberté une paire de chaque troupe pour perpétuer l'espèce. Le succès de cette chasse, aussi destructive que celle que font nos braconniers aux Perdrix grises , en traînant pendant la nuit , dans les champs où les Oiseaux reposent, ces immenses filets que Ton connaît sous le nom de traîneaux, dépend beaucoup de l'état du temps. Le meilleur est un temps de pluie fine ou de neige fondante ; car alors les Colins, et tous les Gallinacés en général, fuient en courant à de grandes distances sans s'envoler, tandis que, si le temps est sec et pur, ils prennent leur volée aussitôt qu'ils voient un étranger, ou se tapissent de manière à rendre leur poursuite très difficile.

Un fait très curieux, dont nous ne voudrions pas garantir l'authenticité, quoique l'auteur qui l'a avancé mérite toute confiance , est celui qui a trait à la manière dont se comportent les Colins, le soir, lorsqu'ils sont sur leur lieu de repos. Il paraîtrait, d'après Audubon, que tous les individus qui composent une couvée se placent d'abord en rond , laissant une certaine distance entre eux, puis qu'ils marchent à reruions jusqu'à ce qu'ils soient près les uns des autres; alors ils s'arrêtent et s'accroupissent. De cette manière, chaque individu a par devers lui le champ libre , et toute la couvée peut s'envoler en cas d'alerte , tous les Oiseaux peuvent partir en même temps

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