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sans être exposés à se nuire mutuellement. Vieillot avait vu que les Colins dorment très rapprochés les uns des autres; mais il n'a nullement fait mention de cette habitude dont parle Audubon.
Nous avons dit que les Colins avaient quelques rapports physiques avec les Cailles; ils ont aussi, comme elles, pour habitude d'émigrer, du moins c'est ce qu'on rapporte du Colin de Virginie ou Perdrix boréale. Cependant ces émigrations, qui se font du nord -est vers le sud-ouest, ne seraient pas annuelles. Lorsqu'elles ont lieu, c'est ordinairement, selon Audubon, au commencement d'octobre qu'elles se font. Cet auteur raconte (American Ornilhological byography) qu'elles s'effectuent d'une manière assez semblable à celles du Dindon sauvage : « Dans cette saison (octobre) , dit-il , les rives nord-ouest de l'Ohio sont, pendant plusieurs semaines, couvertes de troupes de ces Oiseaux. Elles suivent le cours de ce fleuve, au milieu des bois qui garnissent ses bords, et elles le traversent, en général, vers le soir. De même que les Dindons , les plus faibles tombent fréquemment dans l'eau , et le plus souvent ils y périssent ; car, quoiqu'ils nagent avec une facilité merveilleuse, leur force musculaire ne peut pas suffire aux efforts nécessaires, et ils ne réussissent à échapper au danger que quand ils sont tombés à peu de distance du rivage. Aussitôt que ces Oiseaux ont traversé les principaux cours d'eau qui se trouvent sur leur route, ils se répandent en troupe dans le pays, et reprennent leur genre de vie ordinaire. »
Il paraîtrait aussi que les Colins ont, comme les Cailles, de la tendance à engraisser. Leur nourriture ordinaire consiste en graines de différentes sortes et en baies qui croissent près de la surface de la terre.
Les Colins sont surtout propres au nouveau continent.
Vieillot avait pensé qu'il serait facile d'acclimater le Colin de Virginie en France , parce que cette espèce est d'un naturel doux et peu sauvage, qu'elle ne craint point le froid, même rigoureux, et qu'elle mange volontiers toutes sortes de graines, a Mais pour la faire multiplier, dit-il, on ne doit point la tenir renfermée dans une volière, si vaste qu'elle soit; il faut, au contraire,
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qu'elle jouisse d'une pleioe liberté ; c'est une condition sans laquelle elle neee reproduirait pas. Comme cet Oiseau s'éloigne peu de l'endroit où sa nourriture abonde, il suffirait de mettre plusieurs couples tlana on parc où ils puissent trouver des buissons, des halliers, des bosquets pour se mettre à couvert , et des terres ensemencées à proximité. Par ce moyen, on peut être certain, surtout si on les laisse tranquilles, de les rendre, en peu d'années, aussi communes que nos Perdrix grises. C'est de cette manière qu'on les a acclimatées dans l'Ile de la Jamaïque , où il sont aujourd'hui assez nombreux.» Nous ajouterons que c'est probablement aussi de cette façon que la Perdrix boréale est devenue, pour l'Angleterre, nne espèce en quelque sorte indigène. En effet, elle s'y reproduit aujourd'hui librement dans les comtés de Norfolk et de Suffolk. Nos voisins d'outre -mer ont réalisé ce que Vieillot depuis longtemps avait désiré que l'on essayât en France. Il est vrai que vers ces dernières années (de 1842 à 1844), quelques tentatives ont été faites aûn d'acclimater et de propager chez nous le Colin ; plusieurs riches propriétaires avaient fait l'acquisition de quelques couples de cette espèce , dans l'intention de les faire reproduire et de leur donner après la liberté; mais ces premiers essais ont été infructueux, l'expérience n'ayant sans doute pas été faite dans toutes les conditions nécessaires pour conduire à un résultat heureux. Des œufs que Ton a obtenus, la plupart étaient inféconds, et les autres ont donné naissance à des petits qui n'ont pas prospéré. Or, comme en France un insuccès nous détourne d'une deuxième tentative, il est probable que nous ne verrons pas de longtemps les Colins compter parmi nous, comme en Angleterre, ni comme gibier, ni comme Oiseaux indigènes.
Quant aux Cailles, elles ont, comme les Francotins et les Colins, quelques rapports de moeurs avec nos Perdrix. Comme celles-ci, ce sont des Oiseaux pulvérateurs; ils ont le même régime, construisent leur nid à peu près de même et souvent dans les mêmes endroits, montrent le même attachement pour leurs petits, sont, comme elles, disposés à se battre à l'époque des pariades.etsont,
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peut-être plus qu'elles , ardents en amour. Mais, d'un autre côté, il y a entre ces Oiseaux des différences caractéristiques; elles ressortiront de l'histoire rapide que nous allons faire de notre Caille d'Europe.
Jusqu'ici , nous avons vu les espèces qui composent la famille des Perdrix former 4a sociétés plus ou moins nombreuses et plus ou moins durables, se rechercher, fuir l'isolement , ne se séparer qu'au moment des amours. Les Cailles ne sont plus sociables su même degré. Elles ne se réunissent point par compagnies, ont des mœurs moins douces et un naturel plus rétif. Les rassemblements qu'à leur départ et à leur retour elles forment ne constituent point un acte sociil Ayant à la même époque le même bot, devant voyager dans la même direction, en» peuvent se trouver en même temps dans les mêmes cantons, sans cependant s'être attroupées , comme les autres Oiseaux; i toute autre époque, elles sont isolées. Cet éloigoement pour son semblable est tellement naturel aux Cailles, que les jeunes, à peiae adultes, se séparent , ce qui n'est le fait m des Perdrix proprement dites, ni des Fra> colios, ni des Colins. Il arrive encore quïu se battent entre eux avec férocité et fiouKot souvent par se détruire les uns les mtr* lorsqu'on les enferme dans une chambre ou dans une volière commune. On araitroèmr dit que la pariade, cbex les Cailles, «in un Tait très passager; que le mâle t»'««l1 de préférence pour aucune femelle; qo'«B< fois ses désirs satisfaits, toute société était rompue; qu'il fuyait et repoussait nèma coups de bec celle à laquelle il s'était sa moment associé, et qu'il ne prenait nul souri de sa progéniture. Mais des observatiooj faites avec soin tendent, au contraire,» faire penser que le mâle est asseï fldele * la compagne qu'il s'est choisie» et doat il « disputé la possession à des rivaux , josqu moment de la couvaison et jusqu'à celui 4e l'éclosion. Ce qui le démontrerait, e'wt que M. le comte de Rivocour a vu un mêle partager les soins de l'incubation , et coomt en l'absence de la femelle; cependant oo n'a jamaia consuté qu'il protégeât et défendit sa famille, comme le font nos Perdrix. Du reste, il est certain qu'on trouve, comme chex celles-ci , beaucoup de mâles supplémentaires : ce sont ces mâles non ap-
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pareilles qui auront fait croire a ruoion très momentanée des Cailles.
LesPerdrii, avons-nous dit, si Ton en •excepte la Perdrix de Damas, espèce douteuse, que beaucoup d'ornithologistes considèrent comme une variété de la Perdrix «rise, sont sédentaires. Nous avons vu les Colins déroger beaucoup plus à cette habitude, et entreprendre quelquefois des voyages; les Cailles sont des Oiseaux migrateurs au plus haut degré. Une de leurs affections les plus violentes est de changer de climats deux fois Tannée. A l'époque où le voyage devrait s'effectuer, une Caille tenue en captivité, n'ayant aucune communication avec ses semblables, éprouve une inquiétude et des agitations singulières, n'a plus de repos pendant la nuit, donne de la tête dans les barreaux de sa cage, de manière â retomber étourdie. Le besoin de changer de climat se manifeste à l'automne et dans les premiers jours du printemps; pendant trente jours environ, les Cailles l'éprouvent, et ce qu'il 7 a de singulier, c'est que lorsque l'époque des migrations est finie, ce désir cesse presque spontanément. Il se fait sentir, non seulement â celles que l'on a prises adultes, mais encore aux jeunes , qui , enlevées de très bonne heure à la conduite de leur mère, ne peuvent connaître ni regretter une liberté dont elles ont peu joui. La cause de ce besoin inné d'émigrer est toujours un secret, et toutes les conjectures que l'on a faites à ce sujet ont des faits contre elles. Quoi qu'il en soit, les Cailles n'arrivent ni ne parlent à la même époque du lieu de leur naissance et des cantons où elles ont passé l'hiver. Les jeunes maies reviennent les premiers dans nos provinces méridionales, environ quinxe jours avant les vieux. On commence à les y
, voir, ainsi qu'en Italie, dès les premiers jours du mois d'avril : elles ne paraissent
, qu'un peu plus tard dans le Nord. A l'automne, elles quittent nos provinces du Nord
t dès le mois d'août, et celles du Midi en septembre. Cependant ces époques ne sont pas
invariables, car on a remarqué que la chaleur ou le froid avançait ou relardait, dans le même pays, leur départ ou leur arrivée.
• Il est peu d'Oiseaux voyageurs, dit Vieillot, sur lesquels on ait fait tant de contes absurdes, et auxquels l'on ait contesté avec plus 4'opiniairelé les moyens de voyager qu'aux
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Cailles , surtout la faculté de traverser la mer, et cela malgré les témoignages incontestables de tous les marins et voyageurs, qui se sont trouvés dans les parages que ces Oiseaux sont forcés de traverser pour aborder en Afrique, où ils restent pendant l'hiver. » On ne pouvait croire qu'avec un vol aussi court, vol que tend encore â rendre pénible et difficile la quantité quelquefois considérable dégraisse qui couvre leur corps, les Cailles pussent entreprendre un aussi long et aussi périlleux voyage; et pourtant rien n'est plus positif. Ces Oiseaux, quelle que soit l'impuissance, plutôt apparente que réelle, de leur vol , quelle que soit leur obésité, traversent deux fois l'an la Méditerranée pour se rendre d'un continent à Tau- Ire. A cet effet, ils choisissent un vent favorable, car ils s'exposeraient â périr, si leur vol était contrarié. Pour quitter l'Europe et passer en Afrique, elles profitent du vent du nord ; pour revenir chez nous , il leur faut, au contraire, un vent du sud. Il est probable, ainsi que Ta pensé Guéneau de Montbeillard, que les Cailles voyagent pendant la nuit, et il est probable aussi que leur vol est alors beaucoup plus élevé que lorsqu'elles sont cantonnées. M. deRivocour, au rapport de Vieillot , a souvent entendu des mâles rappeler en volant, pendant les belles nuits du mois de mai, et ils lui ont paru être à grande élévation.
Il est à peu près certain que la plupart des Cailles émigrantes , sinon toutes, font des stations dans quelques lies de la Méditerranée, et notamment de l'archipel grec. Celles du Levant sont, en automne, littéralement couvertes de ces Oiseaux, et les habitants en font un objet de grande spéculation. A Caprée , Ile située à l'entrée du golfe de Naples, les Cailles sont à la même époque également fort abondantes.
L'évêque de l'Ile, qui perçoit la dlme sur le commerce qu'on en fait, en retire, dit-on, chaque année, 40 ou 50,000 francs. D'après Sonnini, sur la côte de la Morée, et particulièrement à Maine, on sale les Cailles et on vient les vendre ensuite dans les lies de l'Archipel; tandis que les habitants de l'Ile Santorin, où ces Oiseaux, à leur passage , se montrent en troupes considérables, en font d'amples provisions en les conservant confits dans du vinaigre.