‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle, servant de complément aux œuvres de Buffon, de G. Cuvier, aux encyclopédies, aux anciens dictionnaires scientifiquesChapitre 161 sur 170 · CHAPITRE I". — VÉGÉTATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I". — VÉGÉTATION

Tout végétal, considéré individuellement, naît, s'accroît et meurt. Sa naissance est marquée par le moment où il sort de l'état sous lequel il se trouvait dans la graine, ou par la germination; dès cet instant, il commence à croître, et son accroissement se continue pendant toute son existence; car, pour lui, vivre, c'est croître, c'est donoer ou développer de nouvelles productions; enfin sa mort est séparée de la germination qui a marqué sa naissance par un intervalle de temps, tantôt court, tantôt aussi plus ou moins long , et qui constitue pour lui une durée variable. Pendant le cours de son développement, le végétal se montre assujetti, daus la plupart de ses parties, à des directions, parfois d'une fixité invariable, et dont la cause entièrement inconnue a échappé aux diverses hypothèses qui ont été proposées pour l'expliquer. Son accroissement ne peut s'opérer qu'à l'aide des aliments qu'il puise dans les milieux où il est plongé, qu'il modifie ensuite et qu'il élabore de diverses

dont le résultat général est sa conservation individuelle et son accroissement, constitue pour lui le grand fait de la nutrition, liais le peu de mou que nous venons de dire suffisent pour faire sentir que ce résultat général de la nutrition provient d'une série de phénomènes divers qui se manifestent, las uns comme cause, les autres comme con«équenec. Ainsi, par ses extrémités terrestres et aériennes, le végétal puise dans les milieux qui l'entourent le* matériaux de sa nutri-

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tien ; c'est 11 le phénomène de V absorption. Ces matériaux, une fuU introduits dans son tissu, se portent vers tous les organes et suivent pour cela une marche qu'on a comparée assez improprement à celle du sang des animaux dans leurs vaisseaux. C'est ce mouvement du fluide nutritif ou de la sève dans les plantes qu'on a nommé leur circulation. Dans son trajet à travers les diverses parties , ce fluide nutritif subit différentes modifications; dans les organes foliacés, il est mis en rapport plus ou moins direct avec l'atmosphère; de là l'absorption et l'expulsion de divers gai, phénomènes qui constituent la respiration des plantes. A sou entrée dans la plante, le fluide nutritif est éminemment aqueux ; mais, arrivé dans les organes foliacés, il se débarrasse de son eau surabondante qui avait servi jusque là de vébicule aux substances solides, et celte eau, rejetée dans l'atmosphère, forme la matière de la transpiration. Dès l'instant où le fluide séveuxs'estdislribuédansle tissu des organes, il y subit les tlabarations diverses et VauimUation, d'où résulte la nutrition proprement dite; mais, en même temps, un résultat consécutif et secondaire de cette élaboration consiste dans la formation d'une certaine quantité de matières diverses , à plusieurs égards , selon les espèces , même selon les parties d'une même plante, réunies par le seul caractère de ne plus servir à la nutrition et d'être seulement déposées dans le tissu végétal; ces matières sont les matières sécrétées ou produit de diverses sécrétions. Aux sécrétions se rattachent les odeurs des plantes.

L'ordre selon lequel nous venons d'énumérer les phénomènes de la végétation est aussi celui d'après lequel nous allons les étudier successivement, en consacrant à chacun d'eux un article particulier.

Abticls 1*'. — GsaurifATiotr.

La germination est le phénomène par lequel la graine sortant de l'état de torpeur complète où elle était plongée , se développe en une nouvelle plante; en d'autres termes, c'est la portion de la vie végétale dans laquelle la graine s'anime et devient plante. Dans tout cet article il ne sera que* tion que de la germination des plantes cotylédon ées, et quelques mots suffiront pour

l'histoire de ce phénomène chez les Àcolylédones, envisagé seulement au point de vue physiologique. Chez ces plantes , en effet, les séminules ou spores se distinguent par une grande simplicité de structure; dépourvues d'embryon, et, par suite, de partic spécialement destinée à devenir une nouvelle plante, elles germent par celui de leurs points, quel qu'il puisse être, qui se trouve placé dans les circonstances favorables à l'accomplissement de ce phénomène. Chez elles, d'ailleurs, ce phénomène est encore moins connu que chez les Phanérogames, bien que la science se soit enrichie à cet égard , dans ces derniers temps, d'un assez grand nombre d'observations (voyez les articles généraux sur les diverses familles d'Acotylédones).

Nous avons pris la germination comme marquant la naissance de la plante , quoique, à parler très rigoureusement, on pftt faire remonter cette origine première jusqu'au moment même où l'embryon est produit par l'acte de la fécondation dans l'intérieur de l'ovule; mais la vie végétale constituant un cercle continu , il est indispensable d'y établir quelques points d'arrêt, parfois arbitraires peut-être, afin de mettre de l'ordre dans l'exposé des phénomènes dont elle est le résultat. D'ailleurs, il ne serait pas rigoureux de dire que la plante qui provient de la germination des graines n'est qu'une simple eitension de l'embryon , puisque , excepté dans des cas peu nombreux, le bourgeon terminal de celui-ci, ou la gemmule, est entièrement rudimentaire , puisque, surtout, la partie la plus essentielle pour la nutrition végétale , la racine , n'y existe pas encore , et , d'après l'opinion généralement admise aujourd'hui, ne se développe qu'au moment de le germination.

Les graines ne sont pas toutes, pour l'ordinaire, en état de germer, et ne peuvent dès lors servir également à la multiplication des plantes. Les seules qui possèdent cette précieuse faculté sont celles qui renferment un embryon bien conformé , et qui ont atteint leur développement complet ou leur maturité. Or cet étst de perfection et de maturité se reconnaît généralement à la densité qu'il donne aux graines, densité d'ordinaire supérieure à celle de l'eau, et qui,

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par suite, les Tait tomber au fond lorsqu'on les jette dans ce liquide. Dans la pratique, on utilise fréquemment celle notion ; et Ton rejette les graines qui nagent sur l'eau comme privées d'embryon , ou n'en renfermant qu'un mal développé. La cause de l'accroissement de densité déterminé dans les graines par leur développement normal et par leur maturation , consiste dans la disparition de l'eau qui s'y trouvait accumulée pendant tout le temps de leur formation et dans l'augmentation progressive de leurs parties solides , soit dans l'intérieur de leurs cellules , soit dans l'épaisseur même des parois de ces cellules. De là résulte pour la substance des graines un état de siccité qui assure leur conservation et leur permet de résister à l'action du froid. En effet, l'expérience a montré que des graines parfaitement mûres et sèches supportent , sans en être altérées, des températures extrêmement basses, telles que celle qui détermine la congélation du mercure , ou même inférieures encore.

Malgré ce fait général , quelques physiologistes ont observé que certaines graines incomplètement mûres germent plus facilement qu'après leur maturité parfaite ; c'est ce que Sénebier a reconnu, par exemple , pour le Pois. De plus , il est quelques graines chez lesquelles, la végétation de l'embryon étant continue et la maturation n'amenant pas pour lui de point d'arrêt , son eau de végétation doit toujours être assez abondante ; telle* sont les graines û'Avicennia , de Rhizophora, qui germent dans leur péricarpe même , et pour lesquelles , par conséquent, l'accroissement est continu. Ici se rattache assez directement cette circonstance, mise en évidence par la pratique de l'horticulture, que beaucoup de graines germent plus facilement ou même uniquement lorsqu'on les sème dès leur maturité.

Mais il ne suffit pas que les graines soient bien conformées et mûres pour qu'elles germent; il faut encore que le temps écoulé depuis leur maturité n'ait pas été trop long ; car, si cela était, elles en auraient perdu leur faculté germinative. L'expérience seule apprend combien de temps persiste en elles cette précieuse faculté, et quelles variations nombreuses présentent à cet égard les di- Yerses espèces végétales. Généralement, les |

graines oléagineuses et susceptibles de rancir deviennent incapable? de germer aussitôt que la rancidité s'est prononcée en elles ; or cela a lieu après un temps ordinairement assez court, et, par suite, ces graines ne sont pas susceptibles d'une très longue conservation. Au contraire, les graines féculentes ne s'altèrent que très lentement ; c'est aussi parmi elles que se trouvent les exemples les plus saillants degerminationseffeetuéesaprès un long espace de temps. Les familles les plus remarquables à cet égard sont celles des Graminées et des Légumineuses, dans lesquelles cette faculté devient précieuse sous plusieurs rapports. Les faits principaux qu'on cite sous ce rapport sont ceux de Sensilives qui ont germé après soixante ans ; de Haricots qui ont levé après avoir passé plus de cent ans en herbier (Gérardin); de Seigle dont la graine a conservé sa faculté germinative pendant plus de cent quarante ans (Home). Tous ces faits se rapportent à des graines qui ont été conservées à l'air, et sous l'influence plus ou moins directe des agents atmosphériques , c'est-à-dire dans les circonstances les plus défavorables. Soustraites à cette influence et mises hors d'état de germer , elles restent dans un état comparable à un très long sommeil, et elles conservent leur aptitude germinative jusqu'à ce que les circonstances deviennent plus favorables pour elles. C'est ce que prouvent divers faits, tels surtout que celui rapporté par De Candolle {Phyt. végét., I. H, p. 621) d'uoe graine d'Entada scandent , trouvée sous les racines d'un vieux Marronnier d'Inde, dont on obtint un pied qui fut conservé .dans les serres du Jardin de Paris; tels encore que ceux du Sisymbrium Irio, dont les graines, mêlées aux matériaux d'une maison à Londres , ayant été mises à nu par la desiruc lion de la maison, en ont couvert les ruines d'une végétation abondante de cette plante, à peine connue dans la ville.

Outre les circonstances que nous venons de faire connaître , et qui sont iohérentes aux graines mêmes , trois conditions sont nécessaires pour la germination des graines , ce sont : l'action de l'humidité, celle de l'air et de la chaleur. Jetons un coup d'oeil sur chacune d'elles en particulier.

!• Action de l'humidité. L'humidité est indispensable pour la germination. Inlro-

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duite dtoi l'intérieur de la graine , elle y agit d'abord mécaniquement en déterminant le gonflement de l'albumen et des cotylédons, et en amenant consécutivement la rupture des téguments séminaux et l'ouverture des noyaux lorsqu'ils eiistent. En second lieu , elle ramollit la substance de l'amande, la délaie ensuite, et lui permet ainsi de servir d'aliment au germe de la jeune plante , Jusqu'au moment où , dégagée de ses enveloppes, celle-ci pourra puiser dans le sol les matériaux de sa nutrition. Dans la plupart des graines, la provision de matières nutritives amassée d'avance, soit dans les cotylédons, soit dans l'albumen, est promptemenl épuisée; mais, dans certaines graines volumineuses, la quantité en est assez considérable pour fournir au développement de la jeune plante pendant un temps beaucoup plus long. Le fait le plus remarquable à cet égard est probablement celui du Cocotier, dont la plantule se nourrit aux dépens de son albumen pendant les deux ou trois premières années de son existence.

Quelle est la voie par laquelle cette eau nécessaire à la germination s'introduit dans l'intérieur des graines? On a fait à cet égard des recherches assez suivies, à l'aide de solutions colorées, liais celles de Boehmer et de Poncelet rapportées par De Candolle, celles de ce dernier botaniste luimême, ont été faites sans distinction peutêtre des parties à travers lesquelles avaient passé les liquides. Celles de Tittmann ont fourni des données qui paraissent plus rigoureuses: ce physiologiste a vu que l'absorption de l'eau a lieu par toute la surface des graines et par leur micropyle, toutes les fois que les téguments séminaux sont minces et membraneux ; que dans les cas où les téguments sont très durs et pierreux , elle s'opère uniquement par le micropyle; que dés lors, en lutant le micropyle de ces dernières graines, on empêche leur germination. On conçoit aisément que l'introduction du liquide dans ces graines doit être lente, et l'on s'explique ainsi l'avantage qu'on trouve, dans la pratique de l'horticulture, à entailler ou à user sur une pierre ces enveloppes séminales épaisses et très dures. Quant à la cause même de cette absorption de l'eau , il est évident

dosmose.

La quantité d'humidité nécessaire pour la germination varie beaucoup dans les diverses espèces de graines. Quelquefois celle qu'elles renferment naturellement suffît pour déterminer le réveil et le développement de l'embryon ; quelquefois aussi elles ont assex de celle qu'elles puisent daos l'air par la simple bygroscopicilé de leur tissu légumentaire ; mais plus habituellement elles exigent une plus grande quantité de ce liquide. Toutes celles sur lesquelles De Candolle a expérimenté ont pris pour germer un poids d'eau plus grand que le leur propre. Généralement aussi, cet observateur a reconnu que la quantité de ce liquide dont chaque graine a besoin pour germer est proportionnelle à la grosseur de celle-ci. Néanmoins , il existe à cet égard des anomalies inexplicables.

L'eau introduite dans la graine à la germination est-elle décomposée? Les observations les plus récentes ont amené à résoudre cette question négativement et à admettre que ce liquide ne joue pas d'autra râle dans ce phénomène que celui que nous avons déjà signalé.

2* Action de la chaleur. La chaleur agit comme un excitant indispensable pour la germination ; mais son action n'est avantageuse qu'entre certaines limites au-dessus et au-dessous desquelles le phénomène ne peut plus se produire. La limite inférieure de température jusqu'à laquelle les graines puissent germera été Osée, par MM. Edwards et Colin, à -f- 7* C. pour le blé d'hiver, l'orge et le seigle. Mais M. Goeppert a vu d'autres espèces germer à une température encore plus basse et jusqu'à -f- 3" C. Il parait néanmoins que c'est là le terme extrême , et l'on ne connaît encore aucun eiemple de germination qui se soit opérée à 0°. Par un froid plus considérable , nous avons déjà vu que les graines ne souffrent nullement lorsqu'elles sont parfaitement sèches ; il n'en est pas de même lorsqu'elles j sont humides , et , dans ce cas , un froid de plusieurs degrés anéantit en elles sans retour la faculté germinative. Quant à la limite supérieure de température où les embryons des graines perdent leur faculté germinative, elle a été fixée, par MM. Ed-

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wards et Colin, à -f- 50* C. en moyenne el dans l'eau pour le blé, l'orge, les haricots, le lin, un peu plus haut pour le seigle et la Tève. Celte limite s'élère, d'après ces observateurs, à -\- 62' C. dans la vapeur d'eau età-j-75"C. dans l'oir sec. Il surfil que les graines soient soumises à ces températures pendant un petit nombre de minutes pour perdre la faculté de germer; mais lors* que la température est moins élevée, il faut prolonger son action pendant longtemps pour qu'elle produise un effet semblable. Ainsi, dans les expériences de MM. Edwards et Colin , un séjour de trois jours entiers sur l'eau à + 33* C. a détruit la faculté gertninative dans les 4/5 des graines de seigle et de blé employées et dans la totalité de celles d'orge. Dans la terre , ces effets sont moins prononcés: aussi, dans un sable légèrement bumeclé, la limite de température pour ces mêmes graines est de •4-45° C. Ces faits nous expliquent la diffusion géographique des céréales dans les contrées inlerlropicales. La faculté germinative s'éteint dans leurs graines selon l'ordre suivant : 1° dans l'orge; 2° dans le blé; 3" dans le seigle; 4e dans le mais. Aussi, la limite inférieure d'altitude à laquelle on peut cultiver l'orge est supérieure à celle du blé; celle-ci , à son tour, à celle du seigle ; quant au mais, il prospère dans une zone dont la température moyenne est de 2G" C. , et il descend jusque dans les plaines et presque au niveau des mers.

Nous manquons d'expériences suffisamment précises sur la température la plus haute à laquelle puissent germer les graines des plantes propres aux climats équatoriaux; mais on sent qu'elle dépasse nécessairement beaucoup celle que nous venons d'indiquer pour nos céréales. On sait, en effet , que le sol de ces contrées s'échauffe au soleil Jusqu'à 48°, 50°, 52*, 56 C. , c'est-à-dire 50 centièmes et non degrés ( Uumboldt ) , 53° C. (Arago), quelquefois même davantage. Il faut donc que les graines destinées à germer dans ce sol brûlant résistent à ces hautes températures. Au reste , M. Ramon de la Sagra a publié (Anales de Ciencias de la llabana, 1827, 1828, 1829) une liste de germinations qui ont eu lieu dans le jardin de la Havane, à la température de 45 à 50'C.,au soleil.

Des faits peu en harmonie a\ec ceux que nous aTons signalés d'après MU. Edwards et Colin, sont ceux qu'a fait connaître M. Henslow. Parmi un certain nombre de graines d'un acacia do Cap qu'il avait plongées dans l'eau bouillante pendant 1 1/2, 3 et 6 minutes , quelques unes non seulement ont conservé leur faculté genninatire, mais encore leur germination en a été hâtée de quelques jours. Ueyen a répété ces expériences sur le cresson alénois, l'/pomota purpurwi ( Pharbitis hispida Choisy ) , l'avoine, et il en a obtenu des résultats entièrement différents. Il a reconnu qu'une immersion de 2 secondes , quelquefois de 15, n'empêchait pas mais retardait la germination de ces graines; mais que, prolongée pendant 5 minutes ou davantage, elle détruisait définitivement en elles la faculté germinative.

A partir de la limite inférieure où la germination cesse d'être possible, la chaleur favorise et accélère l'accomplissement du phénomène, et son influence est proportionnelle à son élévation , du moins jusque près de la limite supérieure que nous avons indiquée. On observe que toutes les graines ne sont pas également sensibles à cette influence de la température, ou que, parmi elles, les unes demandent plus de chaleur que d'autres ; par là s'expliquent les soins divers qu'on est obligé de prendre dans les jardins pour faire germer des graines d'espèces différentes; on peut aussi déduire de ce fait quelques notions explicatives relativement à la précocité plus ou moins grande des plantes annuelles d'un même pays. Généralement, on observe que les végétaux des climats chauds exigent , pour la germination de leurs graines, une température plus haute que ceux des climats froids; il en est ordinairement de même des grosses graines comparativement aux petites.

3° Action de l'oxygène. Des l777,Scbéele, ayant rail germer des pois dans l'oxygène, s'aperçut qu'une portion de ce gaz avait disparu et était été remplacée par de l'acide carbonique; mais ce fait ne passa à l'état de principe physiologique que lorsque les travaux de Sénebier et Huber , surtout de Th. de Saussure et Ellis, en eurent dévoilé les circonstances et donné la mesure exacte.

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Des expériences fort simples peuvent démontrer lâ nécessité de l'intervention de l'oxygène et, par suite, de l'air, dont il est un des principes constituants , dans la germination. Ainsi , des graines plongées dans Veau bouillie ou distillée , par conséquent privée d'air, ne germent pas ; même, submergées dans l'eau ordinaire , elles se gonflent, commencent quelquefois à développer leur radicule ; mais leur accroissement ne va pas plus loin. Ainsi encore, dans un vase plein d'hydrogène , d'azote ou d'acide carbonique , les graines ne germent pas, quoique soumises, du reste, à l'influence de l'humidité et de la chaleur. De là on peut sentir la nécessité de ne pas enfouir les semences dans le sol assez profondément pour que l'air pénètre difficilement jusqu'à elles.

Puisque l'oxygène est un élément essentiel de la germination , il semblerait que le phénomène devrait s'accomplir beaucoup plus aisément et beaucoup plus vite dans ce gaz que dans l'air atmosphérique dont il ne forme que les 0, 21 (en poids). Il existe, en effet, en faveur du premier de ces deux cas, une différence que M. de Humboldt avait déjà signalée dans ses Aphorismes, mais qui est très faible , ainsi que l'a montré Th. de Saussure {Altérai, de l'air, Annales àessc.natur., 1834, t. II, p. 270-284, etc.). Il ne parait pas non plus que les acides oxygénés exercent sur ce phénomène une influence accélératrice, malgré l'assertion de M. Goeppert; car àleyen ayant répété les expériences de ce botaniste n'en a obtenu que des résultats négatifs.

En quoi consiste cette action de l'oxygène dans la germination ? Une portion de celui qui est absorbé se fixe dans la graine; une autre se combine avec le carbone, qu'elle renfermait, à l'état de maturité, en proportion considérable ou même surabondante , et par là elle donne de l'acide carbonique qui se dégage. Les expériences de Th. de Saussure ont montré d'une manière plus rigoureuse et plus complète que ne l'avaient fait auparavant Schéele etEllis, les relations qui existent entre cette absorption d'oxygène et le dégagement d'acide carbonique qui en est la conséquence. Elles ont prouvé : 1° que dans l'oxygène pur , la destruction de ce gaz est constamment plus

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forte que la formation consécutive d'acide carbonique; 2° que, dans l'air atmosphérique , les relations varient d'une plante à l'autre , et même , pour une même graine, aux différentes phases de la germination. Dans les expériences de ce savant , tantôt l'oxygène consommé a été en quantité égale à l'acide carbonique produit ; ainsi 21 grains de blé ont remplacé 2,42 cent, cubes d'oxygène par 2CC47 d'acide carbonique; dans une autre expérience , un plus grand nombre de ces mêmes graines a donné 1 2e e 2 d'acide carbonique en place de 12e c- d'oxygène ; les résultats ont été analogues pour le seigle. Tantôt la quantité d'acide carbonique produit a excédé celle d'oxygène absorbé; ainsi, trois haricot* ont pris 8C C- 98 d'oxygène, auquel ils ont substitué 9* ■«• 53 d'acide carbonique. Tantôt , enfin , la quantité d'oxygène absorbé a dépassé celle de l'acide carbonique produit ; ainsi, quatre fèves ont pris 1 1e r 91 d'oxygène et n'ont produit que 11" 27 d'acide carbonique. Dans le cours d'une même germination, l'absorption d'oxygène et la production d'acide carbonique deviennent de plus en plus fortes; ainsi, quatre graines de lupin btanc ont absorbé, pendant les premières 24 heures, 3e < 4 d'oxygène et rejeté 4rr23 d'acide carbonique; pendant les 24 heures suivantes, elles ont pris 6cr57 d'oxygène et rejeté 5" 88 d'acide carbonique; enfin pendant un troisième intervalle de 24 heures, elles ont absorbé 10CC 68 d'oxygène et produit 8' r 54 d'acide carbonique. Les fèves et les pois ont donné des résultats analogues.

Lorsque la germination a lieu dans l'air, l'absorption d'oxygène estaccompagnée d'une absorption d'azote; mais celle-ci est toujours faible. Ainsi, dans les expériences de Th. de Saussure, nous voyons une absorption de 0' f-4 , 0" 81 , 0e ' 5 d'azote accompagner une destruction de 12e-'-, 15e c 13, 6M-57 d'oxygène.

Influences secondaires sur la germination. L'eau , la chaleur et l'oxygène sont les trois conditions essentielles de toute germination ; mais il est encore des influences secondaires qui agissent , ou qu'on a supposées agir sur ce phénomène: 1° M. de Humboldt a reconnu depuis longtemps que le chlore hâte le réveil d« l'embryon et son

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développement; en d'autres termes, qu'il agit sur sod évolution comme substance excita o ta et accélératrice. On a plusieurs fois mis à profit cette propriété dans les jardins botaniques* de manière à confirmer pleinement l'observation du savant prussien. Plus récemment, M. Goeppcrt a dit avoir reconnu des propriétés analogues dans la vapeur d'iode et de brome. 2° On a dit pendant longtemps que l'obscurité est nécessaire ou du moins avantageuse à la germination, c'est-à-dire que l'influence de la lumière est contraire à l'accomplissement de ce phénomène. Cependant les expériences de Meyen prouvent que cette idée est sans fondement : sur dix espèces qu'il a fait germer comparativement à l'obscurité, à l'ombre et à la lumière, il n'a remarqué absolument aucune différence. 3° L'influence du sol sur les graines en germination ne parait pas être plus positive , et , si elle existe , elle se réduit uniquement à l'appui matériel que la terre peut fournir aux graines.

Dès l'instant où les actions diverses que nous venons d'étudier successivement se sont exercées sur la graine, la vie, engourdie depuis un temps plus ou moins long, se réveille en elle, et la germination a lieu. Outre le développement rapide qui commence à s'opérer en elle, la substance de ses cotjlédons et de son albumen , lorsqu'il existe , subit des modifications importantes, au point de vue de sa composition chimique. La plus importante de ces modifications est celle que subissent les cotjlédons et les albumens farineux , dans laquelle la fécule se transforme en gomme et en sucre sous l'influence des acides ei de la diastase. Cette production momentanée de matière sucrée pendant la germination est parfaitement mise en évidence , et elle est de pins utilisée dans la fabrication de la bière. Die a pour effet immédiat de faire servir à la nutrition de la plante naissante la fécule qui avait été amoncelée dans le tissu des cotylédons et de l'albumen. Dans les albumens charnus et cornés, la substance des parois cellulaires se modifie elle-même chimiquement; mais les faits chimiques qui se passent alors dans la graine ne sont pas encore assez nellementconnus et, d'ailleurs, nous entraîneraient trop loin pour que nous pensions devoir nous 7 arrêter.

Considéré sous le rapport de son développement pendant la germination, l'embryon passe par divers degrés d'évolution. D'abord, ses cotylédons se ramollissent; bientôt après, la radicule commence à se déretopper, ou plutôt tout le blutème commence à prendre de l'accroissement ; les téguments séminaux rompus livrent passage à la radicule, qui s'enfonce dans le sol et qui prend dès cet instant un accroissement rapide. D'un autre côté, Je ou les cotylédons se dégagent le plus souvent des enveloppes de la graine et verdissent; soulevés par l'élongation de la tigelle %dans tonte sa portion intermédiaire au collet et à leur point d'attache, tantôt ils s'élèveot au-dessus du sol (cotylédons epigis), soit qu'ils conservent à peu près la forme qu'ils avaient dans la graine, soit qu'ils se dilatent en lames foliacées; tantôt, au contraire, ils restent enfouis dans la terre ( cotylédons hypojjés ). Peu après , se développent la ou les feuilles primordiales , et cette nouvelle production marque la fin de la germination. au reste, les nombreuses variations dans la structure des graines amènent une très grande diversité dans les détails de leur germination , détails trop nombreui pour que nous puissions les eiposer ici , qui de plus sont du ressort de l'organographie plutôt que de la physiologie, et pour lesquels nous renverrons aux mémoires spéciaux qui ont été publiés sur ce sujet.

De quelque manière qu'elle s'opère, la germination exige un espace de temps très variable scion les espèces ou même selon les circonstances extérieures. Ainsi l\>n conçoit aisément que de deux graines d'une même plante, Tune et l'autre également en bon état, celle qui lèvera, comme on le dit vulgairement, ou qui germera la première , sera celle autour de laquelle se réuniront, dans les proportions les plus avantageuses, les trois actions détermina tri ce i de toute germination, humidité, chaleur et air atmosphérique. Hais les Tiriations auxquelles les graines peuvent être soumises sous ce rapport , quoique pouvant aller de 2* heures à 8 jours (avoine), de S jours a 12 Jours (pavot), de 2 jours à 1» \Er>3«ron caucasicum, etc.) , n'amènent que de légères différences, comparativement à relies qu'on observe d'une espèce âTautre. Celles-

très ,P,S, , comme pour des Graminées , certaines <k dos Croeifères potagères, les Laitues, etc.; jusqu'à un an, un

cher, le Châtaignier , l'Aubépine, surtout les Rosiers. H parait même y avoir des ger-

du moins Tiltmann n'a pu voir germer, au bout de deux ans, le» graines du Veronica hedermfoiia. Généralement, le»

germination» les pie» longues sont celles des graines à test dur ou pierreui. Hais au total , on ne peut déduire aucune loi générale, «ous le rapport de la longueur des germinations, des Tait» qui ont été publiés et dont on trouvera une longue énuméra lion dan» la Physiologie de De Candolle, roi. II , page 640 et suivante» , et dans un Mémoire plus récent de M Alpb. De Candolle. (Foy. te mot Gemisatio», t. VI, p. 468, pour de plu» ample» détail» toute phénomène dont il vient d'être

Abt. II. — Accboisseotst.

Aussitôt que la germination a eu lieu , la plante commence à développer ses diverse» partie», soit souterraines, soit aériennes, et à vivre de sa vie propre. L'histoire de «on accroissement forme une section importa nie de la physiologie végétale ; mais nous n'avonc pas à nous en occuper ici , ce sujet ayant été déjà traité dan» un article remarquable de M. A. Richard (ooy. accrois- »«£«). Nous ferons seulement observer que l'histoire du développement des organes végétaux, s'est enrichie, dans ces derrière» années, d'un grand nombre de faits Jet de recherches qui lui ont donné beaucoup dus d'extension et d'importance. Limitée [d'abord presque uniquement à l'accroisse- Iment de» tiges, partie fondamentale sans j doute, mais relativement à laquelle la «science ne possède encore que des donnée» 'insuffisantes rattachée» en systèmes divergents ou contradictoires, l'étude de l'accroissement végétal ou VOrganogénie végétale a été étendue récemment aux organe» et à leur» dérivation» , à la fleur dan» «on ensemble et dans ses parties constitutives {Organogénie florale ou Anthogénie), à la formation et au développe-

ment de l'embryon et de» i la graine ( Embryogénie ). Mais , quoique déjà riche de faits , celle branche de la physiologie attend encore servations et surtout ui régulière et méthodique.

Art. III. — Duxée des végétaux.

Il suffit de jeter un coup d'œil eut les nombreuses espèces végétales qui croissent à la surface du globe pour reconnaître que leur durée varie entre des limites extrêmement étendues. Depuis nos Véronique» printanières, qui germent, fructifient et meurent dans l'espace de trois moi», jusqu'à ces arbres de stature colossale qui comptent une longue suite de siècles, il existe un grand

le rapport de la longueur de leur vie, les plantes ont pu être divisées en un petit nombre de catégories. On a

tifient et meurent dans le cours d'une même année ; bitannuelles celles qui ne fructifient et meurent que dans la seconde année de leur existence ; vivaces celles qui fructifient et vivent plusieurs années de suite, que leur tige soit ligneuse ou herbacée. Cette division a été attaquée, surtout parce qu'il est des végétaux qu'il est impossible d'y classer, ou qui appartiennent tantôt à l'une, tantôt à l'autre de ce» catégorie» selon les circonstances dan» lesquelles s'accomplit leur végétation. Ainsi , comment classer, d'aprè» elle , V Agate , par exemple , qui , dans son pays natal, ne fructifie que la quatrième , cinquième ou sixième année pour mourir ensuite ? qui , dan» no» pays , végète 40, 50 et même 100 an» avant de fructifier , mai* qui périt immédiatement après? Pour remédier à cet inconvénient, De Candolle a divué tou» le» végétaux en deux catégories seulement : les Monocarpiens, qui ne fructifient qu'une foi», et les Polycarpieiu, qui fructifient plusieurs foi»; seulement, il a subdivisé celle dernière catégorie en deux sections : les Caulocarpiens, dont la tige, dit-il, persiste et fleurit plusieur» foi» ( arbres , arbrisseaux et sousarbrisseaux); et les Rhuocarpiens dont la tige, dit-il , est monocarpienne , mais dont la racine reproduit de nouvelles tiges fructifères (herbes vivaces ). 11 est fâcheux que

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ces deox dernière* expressfons et définitions soient basée* sur une idée inexecle ; puisque, dans les espèces herbacées virâtes ou rbiiocarpiennes, c'est bien la vraie tige et non pas seulement la racine qui persiste sous terre, et de laquelle partent les productions annuelles qui forment la portion aérienne de la plante.

En voyant la durée de chaque espèce végétale circonscrite entre des limites , sus* ceptibles sans doute de certaines variations, mais néanmoins manifestes, on se trouve conduit naturellement à admettre que pour les plantes comme pour les animaux, il est un terme nécessaire i l'existence, et que pour être quelquefois très éloigné du moment de la naissance.ee terme n'eu est pas moins inhérent à l'organisation; en d'autres termes , il semble que les plantes , êtres vivants comme les animaux, meurent nécessairement comme eux; seulement, que pour ceux d'entre eus qui peuvent atteindre une longue vieillesse, la mort peut quelquefois être retardée exceptionnellement, ainsi que nous le voyons , au reste, quelquefois dans les espèces animales. Néanmoins, ces idées ont été combattues par De Candolle, qui a essayé de leur substituer la théorie de l'accroissement végétal indéfini. D'après ce célèbre physiologiste, la production incessante de couches nouvelles, d'organes nouveaux dans les plantes, reculerait indéfiniment, pour ces êtres, le terme de l'existence ; dès lors, leur mort serait toujours la conséquence d'accidents , de maladies, et ne pourrait être regardée comme une loi fatale attachée à leur organisation. Mais , malgré l'autorité du grand nom de De Candolle, il nous semble bien difficile d'admettre une pareille théorie, contre laquelle s'élèvent plusieurs objections puissantes, mais qu'il nous serait impossible de discuter ici.

Comme les proportions d'après lesquelles s'opère annuellement l'accroissement des arbres sont imparfaitement connues, qu'elles ne le sont même que pour un petit nombre d'espèces, on est obligé de se contenter de simples a-peu-près dans la détermination de l'âge auquel peuvent arriver diverses espèces; mais ces simples à-peuprés donnent encore des chiffres extrêmement élevés pour certains des colosses du .

règne végéta) , tels que* les Châtaigniers dtt mont Etna, certains Tilleuls, Noyers, Acajous, Courbarils, etc., surtout pour tes Taxodium, les Baobabs du Cap- Vert, le rameur Dragoonier d'Orotava, etc. Pour certains de ces derniers, des calculs très admissibles portent i admettre une antiquité de 40 à 50 siècles et même davantage. Au reste, comme l'estimation de l ige de ces arbres gigantesques ne peut être faite que d'après la grosseur de leur tronc, douj pensons qu'il est bon de renvoyer les détails relatifs à ce sujet i l'article tic».

Ast. IV. — Directions des riants des

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