OUR H
men, une large nageoire a cinq sillons. On ne connaît qu'une seule espèce de ce genre singulier, c'est I'Obbozeuxtx o'Owbh, Ouroseukles Owenii Edw. {Hist. nat. des Crust., t. III, p. 276, pl. 33, fig. 8). La patrie de cette espèce est inconnue. (H. L.)
OURS. Ursut, Linn. sua. — Genre de Mammifères plantigrades , formant à lui seul une petite famille très naturelle, celle des Ursiens d'Isid. Geoffroy, et des Ursidées de Lesson. Les Ours, comme tous les Carnassiers plantigrades de G. Cuvier, ont cinq doigts à tous les pieds, et manquent de cocu m.
Ces animaux ont six incisives à chaque mâchoire , et deux très fortes canines ; douze molaires supérieures et quatorze inférieures; les trois grosses molaires de chaque coté et à chaque mâchoire sont entièrement tuberculeuses ; c'est la pénultième d'en haut qui représente la carnassière; la dernière, qui représente la tuberculeuse, est la plus grande de toutes ; en avant des trois est encore une molaire pointue, et, entre elle et la canine, une ou deux très petites dents simples, espacées, et qui tombent souvent: en tout quarante-deux dents. 11 résulte de cet appareil que , malgré leur grandeur et leur puissance musculaire, les Ours ne sont nullement sanguinaires, Tivent de graines et de fruits, et ne mangent de la ebair que lorsqu'ils y sont poussés par la nécessité. Leur corps est trapu, leurs membres épais, et leur queue très courte ; leurs doigts sont presque égaux en longueur, armés d'ongles forte mais variables dans leur forme et leur longueur, selon les espèces; la plante des pieds est fort large et appuie pesamment sur le sol dans toute sa grandeur; les oreilles sont courtes, velues des deux côtés; les yeux petits , brillants , souvent un peu louches à cause de la largeur de la face. La téta est longue, fort large en arrière, se terminant en avant par un museau plus ou moins fin ; leurs narines sont très ouvertes, et le cartilage de leur nez est prolongé et mobile. Leur cerveau est volumineux, et ses circonvolutions sont assez nombreuses, aussi ces animaux ne manquent-ils pas de finesse. Ils ont, dans la verge, un os pénial assez grand et recourbé en S; enfin, le caractère anatomique le plus remarquable
ehei eux est celui des reins, composés de lobules si nombreux et si distincts que, selon G. Cutier, ils ressemblent lune grappe de raisin. Nous ne poursuivrons pas plus loin ces détails anatotniques qui , selon nous, appartiennent plus à l'anatomie comparée qu'à l'histoire naturelle.
Si Ton compilait les naturalistes et les voyageurs, il faudrait admettre au moins quinze ou seixe espèces d'Ours ; Kr. Cuvier seul en a créé sis avec VUrsus arctos de Linné. Cette profusion vient de ce que la plupart des naturalistes , surtout depuis qu'ils attachent une grande importance à la géographie loologique, ne peuvent se résoudre à croire aux espèces cosmopolites , et quelques centaines de lieues entre deui individus leur paraissent plus que suffisantes pour faire de ces individus deux espèces différentes. Le genre des Ours a été divisé parGray, HorsGeld et Illiger, en cinq sousgenres, sur des caractères si légers, si peu importants, qu'ils ne me paraissent pas même suffisants pour établir bien solidement cinq espèces. Néanmoins nous les indiquerons ici pour nous prêter aux exigences des savants , mais nous en ferons de simples sections.
1" Section. — Thalarctos de Gray.
On les reconnaît à leur crâne aplati , formant avec le chanfrein une seule ligne arquée en dessus; à leurs ongles courts, peu recourbés ; à leur corps allongé, bombé sur le dos; 1 leur museau fin, Ung, ayant de l'analogie avec celui des Maries; enfin à leur couleur constamment blanche. On en trouve une seule espèce, savoir :
L'Oiss blanc , Ursus maritimus Linn. , Ursus albus Briss. , Thalarctos maritimus Gray ; l'Ours blanc et l'Ours delà mer glaciale, Buû*. ; VOurs polaire des voyageurs ; Ursus marinus Pallas; l'Ours polaire, the polar bear, Pennant. Cet animal a une réputation effrayante de férocité, décourage et de voracité, qu'il doit aux exagérations des naturalistes sans critique, et aux contes des voyageurs. Toutes les terribles histoires qu'on a débitées sur son compte étant ré duites à leur Juste valeur, on est Tort étonné de trouver que l'Ours blanc ne diffère en rien , quant aux mœurs, des autres Ours, et que s'il montre plus d'intrépidité, il le
doit plus à sa stupidité et à sa misère qu'à un véritable courage. Les Hollandais de la troisième expédition envoyée pour trourer par le nord un passage aux Indes, disent avoir vu des Ours blancs de 13 pieds (4m 223) de longueur, et c'est mentir précisément du double , car les plus grands de ces animant observés avant et après eux , n'ont jamais dépassée pieds 1/2 (2,„,lt 1). M. Isid. Geoffroy affirme, dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle , que l'Ours polaire a la plante des pieds seulement d'un sixième plus courte que le corps. L'exagération est si énorme qu'il faut attribuer ceci a une faute de rédaction ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que cette espèce est remarquable par la longueur de son cou, de son corps, et surtout de sa main et de son pied. L'œil est petit et noir, ainsi que la langue et tout l'intérieur de la gueule; les poils blancs qui lui recouvrent tout le corps sont longs, soyeux , et très touffus ; il en a jusque sous une partie de la paume des mains et de la plante des pieds, ce qui assure m marche sur les glaces les plus unies.
Habitant les glaces éternelles du pourtour du pôle boréal, les côtes du Groenland, du Spitzberg , en un mot tes parties les plus froides du globe , il a dû contracter des habitudes en harmonie avec ces climats rigoureux. L'été , retiré dans l'intérieur des terres, il erre solitairement dans les forets et mange les graines, lesfruits, et même 1rs racines qu'il y trouve. Ceci ne l'empêche pas , quand l'occasion se rencontre, de dévorer les cadavres des animaux et les voieries les plus infectes. C'est dans les bois qu'il fait ses petits, qu'il les allaite sur un lit de mousse et de lichens, et qu'il les habitue peu à peu à manger des substances animales. Mais sous les hautes latitudes les étés sont fort courts, et bientôt des neiges abondantes , en couvrant la campagne, forcent les Ours blancs à quitter les forêts où ils ne trouvent plus de nourriture, et à venir sur les bords de la mer, suivis non seulement de leur famille , mais encore d'une troupe nombreuse que la famine a également chassée des bois. Cette sorte de sociabilité qui les réunit, quoique accidentellement, est un caractère qui distingue celte espèce , car toutes les autres ont une vie constamment solitaire et restent toujours
OLIt
dans un Murage isolement. Je ne conçois vraiment pas comment un aussi bon naturaliste que Fr. Cuvier a pu se tromper aussi grossièrement sur les moeurs de cet animal. « C'est au mois de septembre» dit-il, que l'Ours blanc, surchargé de graisse, cherche au aiile pour passer l'hiver. 11 se contente pour cela de quelque fente pratiquée dans les rochers , ou même dans les amas de glace, et, sans s'y préparer aucun lit, il s'y couche et s* j laisse ensevelir sous d'énormes masses de neige 11 y passe les mots de janvier et de février dans une véritable léthargie. » Je ne pense pas que ce fait, tout d'invention, car je ne sache pas qu'il ait été vu par personne, puisse se soutenir devant la critique la moins sévère; dans tous les cas, il est au moins fort douteux. En effet, la ménagerie a possédé plusieurs Ours blancs, et jamais on ne les a vus plus vifs, plus éveillés, si je puis le dire, que pendant les froids les plus rigoureux de l'hiver. S'ils paraissent languissants et faibles, c'est lorsque la température de l'été se trouve à un degré assez élevé. J'ai vu le froid à Paris descendre à 22" centigr.; c'est-à-dire presque aussi bu qu'à la Nouvelle-Zemble, et cependant l'Ours blanc qui occupait un des fossés du jardin ne paraissait pas plus engourdi que de coutume. Ensuite , si on lit attentivement les voyageurs , on verra que c'est précisément dans la saison où le froid est le plus rigoureux que les Ours se rencontrent le plus fréquemment sur le bord de la mer. Mais il est encore une raison plus forte qui s'élève contre l'opinion de Fr. Cuvier: on sait que le temps de la gestation, chez les Ours, est de fept moU ; la femelle met bas au mois de mars , d'où il résulterait que tout le temps de sa grossesse elle serait en léthargie. Or, il serait fort difficile de comprendre comment les deux fœtus renfermés dans le sein maternel se nourriraient , se développeraient et prendraient de l'accroissement, comment la mère communiquerait à ses enfants cette activité d'organisation qui caractérise la force vitale, si elle-même en était privée par son état d'engourdissement ; comment elle fournirait à leur nutrition pendant qu'elle serait privée de toute alimentation, etc., etc.
J'ai dit que les Ours blancs quittent l'intérieur des terres en hiver. Pendant ce net. x.
Ut voyage, ils se préparent i combattre les grands animaux marins en attaquant les Rennes et autres êtres timides qu'ils rencontrent sur leur route ; mais leur pesanteur leur permet rarement d'atteindre leur proie, à moins qu'ils ne la surprennent endormie. Bientôt, de chasseurs maladroits ils deviennent excellents pêcheurs, et ils poursuivent jusque dans la profondeur des ondes les Poissons et les Mammifères amphi. bies , qui deviennent leur proie. Ils s'habi-* tuent à plonger et à rester longtemps sous l'eau; ils nagent avec autant d'aisance que de rapidité, et peuvent faire ainsi plusieurs lieues sans se reposer. Quelquefois, si une course trop longue les fatigue, ils cherchent un glaçon entraîné par les eaux, y montent et s'y endorment, sans s'inquiéter si cette singulière barque, poussée par le vent et les courants, ne les portera pas en pleine mer où bientôt ils se trouveront réduits à mourir de faim. C'est ainsi qu'en Islande et en Norvège on voit quelquefois arriver sur des glaçons flottants des bandes d'Ours aflaméi au point de se jeter sur tout ce qu'ils rencontrent. Alors ils sont terribles pour les hommes et pour les animaux, et cette circonstance toul-à-fail accidentelle, mais qui se renouvelle presque chaque année, n'a pas peu contribué à leur faire une réputation de courage et de férocité. S'ils sont entraînés dans la haute mer, ils ne peuvent plus regagner la terre ni quitter leur lie flottante. Dans ce cas ils se dévorent les uns les autres, et celui qui reste meurt de faim. 11 n'y a guère que les Ours blancs et les hommes qui aient fourni de tels exemples de férocité.
Ces animaux vont sans cesse furetant à travers les glaçons sur le bord de la mer, pour se nourrir des cadavres que les vagues rejettent à la côte. Leur proie ordinaire consiste en Phoques, en jeunes Morses, et même en Baleineaux, qu'ils osent aller attaquer à la nage à plus d'une demi-lieuo de la cote. Us se réunissent cinq ou six pour cela ; mais malgré leur nombre ils ne réussissent pas toujours , parce que la Baleine accourt à la défense de son petit , et, avec sa terrible queue, étourdit, assomme ou noie les agresseurs. Le Phoque , malgré ses puissantes mâchoires, ne leur offre guère de résistance, parce qu'ils s'approchent de lui
doucement et moi bruit pendant ion sommeil, le saisissent derrière la tête et lui brisent le crâne avant qu'il ait pu opposer la moindre résistance. Il n'en est pas de même du Morse ; plus défiant que le Phoque, il est rare qu'ils parviennent à tromper sa vigilance. Le corps porté sur les pattes ou plutôt sur les nageoires de devant, la têie droite et élevée, il leur présente srs formidables défenses, le* frappe, leur perce le corps et les renverse mortellement blessés; puis, forcé par le nombre de battre en retraite, il se lance à la mer et disparaît aux yeux de ses ennemis, qui le poursuivent avec autant d'acharnement que d'inutilité.
L'Ours blanc est l'effroi des marins qui sont obligés d'hiverner près du cercle polaire. Dans les contrées qu'il habite, il n'a jamais rencontré un être assez fort pour le vaincre , ce qui fait que la crainte est pour lui un sentiment étranger, mais dont il est cependant très susceptible. N'ayant jamais éprouvé de lutte sérieuse , il ignore le danger, et sa stupidité l'empêche de le reconnaître lorsqu'il l'aperçoit pour la première fois. Aussi l'a-t-on vu venir d'un pas délibéré attaquer seul une troupe de matelots bien armes , et l'on a pris cela pour du courage. D'autres fois, il s'élance à la nage et va sans hésitation tenter l'abordage d'une chaloupe montée de plusieurs hommes, d'un vaisseau même, et il périt victime, non de son intrépidité, mais de sa slupide imprudence. S'il cent de la résistance , s'il est blessé, il cesse honteusemeut le combat et fuit lâchement , ce que ne font jamais l'Ours brun, le Tigre, et d'autres animaux doués d'un véritable courage. Les marins qui ont hiverné dans le Nord ont rempli leurs relations d'histoires plus ou moins vraisemblables touchant les Ours blancs. Ce qu'il y a de bien positif, c'est qu'ils ont été toujours inquiétés par ces animaux qui venaient flairer une proie vivante jusqu'à la porte de leur cabane , et qui grimpaient jusque sur le toit pour essayer de pénétrer par la cheminée. Mais toutes les fois qu'on les recevait à coups de fusil ou même à coups de lance, il se hâtaient de prendre la Tuile, ou du moins n'essayaient pas de soutenir une lutte.
Comme je l'ai dit, la femelle met bas au
mois de mars, et l'on prétend qu'elle ne fait qu'un ou deux petits à la fois, rarement trois. Du reste, on n'a guère pu s'assurer de ce fait , et l'on n'a pu en juger que par le nombre d'Oursons dont elle est ordinairement suivie. La voix de ces animaux ressemble, dit- on, à l'aboiement d'un Chien enroué , plus qu'au murmure grave des autres espèces du même genre. Fr, Cuvier dit que les mères sont très attachées â leurs petits , et qu'elles les portent quelquefois sur leur dos en nageant; ce dernier fait a besoin d'être confirmé. Dans la servitude, l'Ours blanc ne se montre susceptible d'aucune éducation , d'aucun attachement , et il reste constamment d'une sauvagerie brutale et stupide. La partie de la Sibérie où ces animaux sont le plus communs est située entre les embouchures de la Lénaetdu Jenissey. Il y en a moins entre ce dernier fleuve et l'Obi , et entre l'Obi et la Mer blanche; sans doute parce que la Nouvelle- Zemble leur offre un asile commode et toutà-fait solitaire , ils la préfèrent au continent. On n'en voit point en Laponie. Leur fourrure , quoique belle et bien garnie , ne sert guère qu'à faire des tapis de pieds et quelques vêtements grossiers mais chauds.
L'Ours blanc que Ptolémée Philadclphe fit voir au peuple d'Alexandrie , et dont parle Athénée et Calixène le Rhodien , appartenait-il à cette espèce? ou était-ce une variété albine de VUrsus arctos? Je laisse celte question à résoudre à de plus érudiu que moi.
2' skctios. — Danis de Gray.
Les Danis atteignent une taille monstrueuse, dépassant de beaucoup celle de tous les autres Ours. Leurs ongles sont très longs , comprimés , arqués et assez aigus ; leur tête est proportionnellement un peu moins large en arrière que celle de VUrsus arctos , et leurs jambes sont plus longues. Quant à leur couleur . elle varie du gris au brun. On n'en connaît qu'une espèce, qui est :
L'Ours terrible, ou féroce, ou rôdeur, Ursus ferox Lewis et Clark , Ursus horribilis Ord., Ursus cinereus Desm., Wirden, Harlen , Ursus candescens Smitb , Danis ferox Gray; VOurs gris des voyageurs.
Non seulement je n'admets pas que cet atii-
mat puisse former un nouveau genre» mais j'hésite même à ie regarder comme devant former une espèce différente de VUrsus arclos. En ceci je partage parfaitement le doute d'un savant d'autant plus estimable qu'il est à peu près le seul , parmi nos célébrités, qii ait le talent et le courage de porter dans la sci< ice de la critique et de la philosophie ; c'est nommer M. Is. Geoffroy. Voici ce qu'il dit : « Il n'est pas encore absolument certain que l'on doive distinguer l'Ours terrible de l'Ours brun d'Amérique, et on peut encore moins affirmer que ce dernier diffère spécifiquement de VUrsus arclos auquel l'ont rapporté, mais avec doute , Desmarest et quelques autres auteurs. • Il ajoute que la description qu'a donnée Harlan de son Vrsus américains s été littéralement traduite de la description de l'Ours brun des Alpes faite par Fr. Cuvier; et que Warden nous apprend que l'Ours terrible « ressemble à VUrsus amcricanus par ses formes générales , mais ses
jambes et son corps sont plus longs On
ne sait, dit Warden en terminant, s'il dirfere de l'Ours d'Europe. » Or, je partage d'autant plus l'opinion de M. Is. Geoffroy, que moi-même je regarde VUrsus americanus comme une très légère variété de VUr» sus arclos.
Cependant, il parait que M. Clinton, qui a été a même d'étudier un squelette de l'Ours terrible, n'a nullement reconnu son identité avec notre Ours brun , identité qui aurait dû le frapper si elle eût eiisté , puisqu'il la cherchait. De cette recherche de M. Clinton il est résulté un fait bien plus curieux, et qui prouverait, s'il était suffisamment établi, combien il faut apporter de 4éûance et de circonspection en science , même quand une observation neuve est appuyée de grands noms faisant trop souvent autorité. Voici donc ce qui est arrivé : Des ossements fossiles, trouvés en Amérique, furent étudiés par Jefferson en Angleterre, et par G. Cuvier en France. Ces deux grands naturalises déclarèrent qu'ils appartenaient à un animal étrange, fantastique, antédiluvien, n'ayant plus d'analogue vivant sur la terre, et ils imposèrent le nom de Mégalonyx à cet être extraordinaire. Or, voilà que M. Clinton vient de trouver que les ossements fossiles du Mégalonyx ne sont
rien autre chose que les os plus ou moins anciens de l'Ours terrible I
Quoi qu'il en soit , les voyageurs nous font un portrait effrayant de cet Ours; il joint à la stupidité de l'Ours blanc la férocité du Jaguar, le courage du Tigre et la force du Lion : aussi est-il la terreur des habitants nomades des contrées qu'il habite. Sa taille énorme atteint communément huit pieds (2",760) de longueur, et souvent davantage. Un de ces animaux, tué par les compagnons de Lewis et de Clark , pesait entre cinq et six cents livres. La longueur de son corps était de huit pieds sept pouces et demi , sa circonférence avait cinq pieds dix pouces, et le tour du milieu de ses jambes de devant vingt trois pouces; ses griffes avaient quatre pouces trois huitièmes de longueur. On trouve de ces animaux qui, selon Warden , pèsent jusqu'à huit à neuf cents livres et qui, par conséquent, doivent être beaucoup plus grands que celui dont je viens de donner les dimensions. Son corps est couvert de poils longs , très fournis , principalement sur le cou, d'un gris tirant quelquefois sur le brun ou le blanchâtre. C'est le plus farouche, le plus horrible des animaux, et la nature lui a donné en excès toutes les affreuses qualités qui jettent l'épouvante. Sa physionomie est terrible ; son agilité égnlesa force prodigieuse ; sa cruauté surpasse celle de tous les autres animaux, et son indomptable courage est d'autant plus à craindre qu'il tient toujours de la fureur, et qu'il prend sa source dans une brutale conscience de sa force et de sa supériorité. Solitaire comme l'Ours brun , dont il a les formes générales , il ne se plaît que dans les immenses forêts vierges qui couvrent de leur ombre les montagnes rocheuses du grand Chippewyan , les bords du Missouri , du Nebraska et de l'Arkansas , enfin la partie nord-ouest de l'Amérique septentrionale, connue aux États Unis sous le nom de pays indien. Celle immense contrée, qui commence au pays des Osages , quoique renfermant plusieurs tribus qui se livrent au commerce des fourrures, est encore fort mal connue des hommes civilisés ; quelques marchands de pelleteries et des trappeurs ou chasseurs de Castors ont seuls osé, jusqu'à ce jour, pénétrer dans ces profondes solitudes. C'est là que l'Ours gris domine en
m DUR
maître sut les animaux du désert, et qu'il exerce sur eux son impitoyable tyrannie. Endormi pendant le jour dans les profondes cavernes du montagnes , il se réveille au crépuscule, sort de sa retraite, et malheur aux êtres vivantaqu'il rencontre! Les Daims des montagnes , les Argalis et autres animaux légers , sont attendus par lui; de son embuscade il s'élance sur sa proie , la terrasse et la dévore; l'Ours blanc lui-même le craint et fuit sa présence. Il descend parfois dans les vallées où paissent d'immenses troupeaux de Bisons, et ces monstrueux Ruminants, malgré leur nombre et leurs cornes redoutables , sont impuissants à se défendre contre sa rage. Vainement ils ce pressent les uns contre les autres et lai présentent un rang compacte de fronts menaçants, l'Ours se précipite au milieu d'eux, les disperse, les poursuit avec agilité; d'un bond il s'élance sur leur dos , les presse dans ses bras de fer, leur brise le crâne avec ses dents , et souvent il en tue plusieurs avant d'en dévorer un.
Tel est le portrait que les voyageurs nous font de cet animal. Et cependant, parmi les hommes sauvages , demi-nus , enfants du désert comme lui, l'Ours terrible trouve des ennemis qui lui résistent, qui l'attaquent même, et qui osent soutenir contre lui une lutte horrible corps à corps. Le chasseur indien de l'Arkansas possède un talent merveilleux pour découvrir, pendant l'hiver, la caverne dans laquelle l'Ours a établi sa demeure; il sait, dans les autres saisons , l'attendre à l'affût, le surprendre dans son fourré au moment où lui-même attend une proie, le suivre à la piste , et le percer de ses flèches ou de ses balles. Lorsqu'il a découvert la trace de ses pas , il le suit armé d'un arc , d'une carabine et d'un couteau indien long et effilé, couteau dont il se sert plus ordinairement pour scalper la chevelure de ses ennemis vaincus. 11 s'approche du féroceanimal en se cachant et rampant dans les bruyères, et il a soin de prendre le dessous du vent, non pas qu'il craigne que l'Ours, averti de sa présence par la finesse de son odorat, prenne la fuite, mais pour n'en être pas attaqué le premier et conserver l'ascendant qu'a toujours le premier assaillant. Quand le chasseur se croit à distance convenable du monstre, Use redresse, se fait
voir fait touUà-coup, et lui lance une flèche; puis il se laisse tomber de toute sa longueur sur 4a terre , se met à plat-ventre, et, soutenu sur son coude , il saisit sa carabine , ajuste le monstre et attend. L'Ours, furieux et blessé , hésite un instant entre la fuite et l'attaque; mais voyant non ennemi à teere, ils'élanoe sur lui pour le déchirer. Le sauvage chasseur a le courage d'attendre qu'il soit à cinq pas de lui, et alors seulement il fait feu et lui envoie dans la poitrine une balle qui le renverse raide mort. Si la carabine vient i manquer , l'intrépide chasseur.se relève lestement, et, le couteau' à la main , il attend une lutte corps à corps. Le plus ordinairement ce changement de posture suffit pour arrêter l'animal, qui, après une nouvelle hésitation , se retire à pas lents,, et en tournant souvent la tète vers le téméraire Indien. Vais quelquefois aussi l'Ours, dans la fureur que lui cause une douloureuse blessure, se dresse sur ses pieds de derrière, étend ses bras et se jetie sur son agresseur. Celui-ci lui plonge son couteau dans le cœur et le renverse mourant. S'il manque son coup, il meurt déchiré en mille pièces , victime d'une puérile vanité qui l'a fait s'exposer par bravade à un danger sans utilité, ou seulement dans l'espoir de conquérir une misérable fourrure, propre à faire des manchons , des palatines, et des manteaux pour les sauvages.
Ce queje viens de raconter sur la chasse de l'Ours féroce est d'une exacte vérité dans tous les détails , mais Je pense qu'il y a beaucoup d'exagération dans tout ce que les voyageurs nous ont raconté de la férocité de cet animal. Je persiste à penser que tout ce que je vais dire de notre Ours des Alpes est applicable à celte espèce, et qu'il ne se nourrit de proie vivante que lorsqu'il manque de graines, de fruits et de racines. Sa force et son entier isolement dans des forêts où il domine exclusivement peuvent lui donner dans l'attaque une assurance que n'ont pas les animaux qui connaissent par expérience la puissance de l'Homme ; et son courage, comme celui de l'Ours blanc, ne peut guère résulter que de la faim et de l'ignorance du danger. Il ne s'engourdit nullement en hiver, et dans cette saison , affamé dans ses forêts couvertes de plusieurs pieds de neige, il descend dans les plaines,
vers le sud, où la nécessité le contraint à commettre des dilapidation!. Warden, persuadé, comme la plus grande partie des naturaliste* , que l'Ours est un animal hibernant , tombe en contradition avec lui-même en ajoutant qu'à l'époque des premières neiges il se relire dans les cavités des rochers ou dans des creux d'arbres où il reste dans un état d'hibernation jusqu'à la fin de la saison froide. Je reviendrai sur ce sujet à l'article de notre Ours des Alpes.
TaotsifcvE SECTion. — Ursus, de Gray.
Les animaux de cette section ont les ongles courts, coniques, recourbes; la hauteur relative de leurs jambes varie également, dit G. Cuvier, et le tout sans rapport constant avec l'Age et le sexe. Leur taille , même dans la même famille , n'est nullement déterminée , car j'ai vu des Oursons devenir, en trois ans , deux fois plus grands que leur mère, tandis que d'autres restaient plus petits. Leur tête est fort grosse, élargie eo arrière; leur front forme une saillie prononcée sur les yeux ; leur museau est assez gros; enfin, leur poil varie de couleur, d'individu à individu, en passant par toutes les nuances du fauve blond au gris , au brun noirâtre, au noir et au blanc; mais ces deux dernières teintes paraissent n'appartenir qu'aux individus attaqués de mélanisme ou d'albinisme. Celte section , si l'on s'en rapportait aux nomenclatures, renfermerait onze à douze espèces , que je réduis à deux, savoir, VUrsus arctos et VUrsus ornatus , et encore cette dernière me paraît douteuse.
L'Ouas otonutas, l'Ouas oks alpes, Ursus nrctos Linn. ; l'Ours brun d'Europe , G. Cut. ; Ursus pyrmaicus. Fr. Cuv. ; l'Ours desJ*yréntos, id. Ses variétés, dont nous nous occuperons a part, sont: 1" Ursus albus ; T pyrenaicus; 3° norwegicus; 4* coltons; 5° isabellinus; 6* syriacus; T thitetanus; 8* nioer; 9° americanus; 10° gularis ; li* sibiricus.
L'Ours ordinaire habite les hautes montagnes et les grandes forêts de toute l'Europe , d'une partie de l'Asie et de l'Amérique ; mais il me parait très douteux qu'il M trouve en Afrique. Cependant, Dappcr, Sbaw et Poncet affirment qu'il en existe en Barbarie , au Congo et en Nubie. L'abbé
Poiret va plus loin ; il dit que ceux qui habitent l'Atlas , entre l'Algérie et le Maroc, sont très carnassiers, et il ajoute même une anecdote sur ces animaux : « L'opinion, » dit4l , que l'Ours lance des pierres quand » il est poursuivi, est admise chez les Ara - » bes de l'Atlas, comme parmi les peuples » d'Europe. Pendant mon séjour chez Ali- » Bay, à la Mazoule, un Arabe rapporta la • peau d'un Ours qu'il avait tué à la chasse. » U me montra une blessure qu'il avait » reçue a la jambe, poursuivi, disait-il, par » cet Ours. Ce rapport ne me convainquit ■* point, étant très possible que ce chasseur, » poursuivi par l'Ours, ait frappé du pied » contre une pierre et se soit blessé en » fuyant un ennemi trop à craindre pour » laisser de sang-froid le chasseur qui l'a t- ■ taque (Poiret, Voyage en Barbarie). » Ceci paraît bien positif, et Poiret était naturaliste !
La longueur de cet animal est de 4 à 5 pieds environ (ts,299 a i",624). La hauteur relative des jambes varie beaucoup.
Son front est convexe au-dessus des yeux, et son museau diminue de grosseur d'une manière très brusque. Il a la plante des pieds de derrière moyenne; son pelage, quelquefois un peu laineux, est ordinairement brun ou d'un brun jaunâtre; mais on en voit d'un brun lisse à reflets presque argentés, de fauves , etc. 11 est très connu en France, grâce aux montagnards qui descendent quelquefois des Alpes ou des Pyrénées pour venir promener, dans les petites villes et les villages , de jeunes Ours qu'ils ont apprivoisés , et auxquels ils ont appris à marcher debout, à faire des culbutes et à danser d'un pas lourd au son de la flûte à bec et du tambourin. Quoiqu'il obéisse à son maître, ce n'est jamais qu'à contre cœur et en grognant. Chaque fuis qu'on l'oblige à montrer son savoir, il s'irrite et fait entendre un murmure sourd qu'il accompagne d'un frémissement de dents très significatif. Aussi le tient-on constamment muselé, et se dé6e-t-on beaucoup de sa colère, qui procède souvent d'un caprice et tourne toujours en fureur. Dans ses forêts, qu'il ne quitte guère que lorsqu'il y est poussé par la faim , l'Ours mène une vie solitaire et sauvage. Il se loge dans les cavernes , les trous des rochers , et plus souvent
encore dans les troncs caverneux des vieux arbres. C'est là qu'il passe ses journées à dormir, en attendant la nuit, pour se mettre en campagne et chercher sa nourriture. On prétend que, faute d'arbres creux ou d'antres de rochers, il se construit une sorte de cabane avec des branches de bois mort et du feuillage; mais ceci me parait plus que douteux.
Tout lourd qu'il parait, cet animal n'est pas moins doué d'une certaine agilité, qu'il ne déploie, a la vérité, qu'avec beaucoup de circonspection et de prudence. Quand il grimpe sur un arbre, soit pour aller chercher les fruits dont il se nourrit, soit pour rentrer dans son trou, il s'accroche aux branches avec ses mains, et au tronc avec les griffes de ses pieds de derrière ; quelquefois aussi il embrasse la lige avec ses bras et ses cuisses, comme ferait un homme.
Mais, dans tous les cas, il y met beaucoup de précautions, et jamais il ne lâche une patte de son appui qu'il ne se soit assuré, à plusieurs reprises , que les trois autres ne lui manqueront pas. Bien que ses mâchoires soient armées de dents redoutables, ses mœurs ne sont pas carnassières, et il n'attaque jamais un être vivant que pour défendre sa propre vie, ou quand il est poussé par une faim terrible. Ordinairement il se nourrit de fat nés ou fruits du hêtre , de baies sauvages, de graines de différentes plantes, et même de racines. Il aime beaucoup les fruits du sorbier, de l'épine- vinetle, et en général tous ceux qui sont un peu acides. Si celte nourriture manque dans ses forêts, il les quille, se jette dans la plaine, «•t fait d'assez grands ravages dans les champs d'avoine et de mais. Ce n'esi guère qu'en hiver, à la suite de longs jeûnes, qu'affamé il se jette sur les troupeaux et attaque les animaux qu'il rencontre; encore ce fait aurait-il besoin d'être confirmé. Ce dont je me crois certain, c'est que jamais il n'est dangereux pour l'homme , à moins qu'il n'en soit attaqué; mais, dans ce cas, il est d'une intrépidité effrayante. Il a le sentiment de sa force : aussi n'éprouve-t-il jamais la crainte; mais souvent celui de la colère, comme tous les êtres puissants, Ours ou Hommes. S'il rencontre un chasseur il ne fuit pas à la rue de ses armes : il ne' se détourne même pas; il passe outre en je-
tant sur lui un regard farouche de mécontentement, car il n'aime pas que l'on pénètre dans ses forêts silencieuses pour troubler sa solitude. Hais malheur à l'imprudent audacieux qui ose l'attaquer sans être sûr de lui donner la mort du premier coup! Blessé, ou simplement offensé, sa colère est terrible, et toujours il en résulte une lutte mortelle pour l'un ou pour l'autre, quelquefois pour tous deux. Sans hésiter, il court sur son agresseur, mugissant de fureur, l'œil en feu, la gueule béante, dressé sur ses pieds de derrière; il s'élance, l'écrase de son poids, le saisit dans ses bras puissants, l'étouffé en lui dévorant le visage, ou lui brise le crâne avec ses formidables mâchoires. S'il est harcelé par une meute de chiens courageux et appuyés par de nombreux piqueurs, il se relire, mais il ne fuit pas. il gagne lentement sa retraite en se retournant, de temps à autre, pour faire faceà ses nombreux ennemis, qui reculent aussitôt épouvantés. Enfin, harassé de fatigue, mortellement blessé par les balles des chasseurs, près de mourir, il s'apprête à faire payer chèrement la victoire a ses ennemis. Debout, le dos appuyé contre un arbre ou un rocher, il les attend, et tout ce qui est assez téméraire pour l'approcher tombe écrasé par sa terrible patte ou brisé par ses dents. En Europe, on fait la chasse à l'Ours avec le fusil et des chiens. Quelquefois aussi, quand il a été aperçu dans la plaine ou que l'on a découvert sa retraite, on le traque comme le Loup ; c'est-à-dire que tous les paysans d'un ou plusieurs villages se réunissent, entourent la forêt d'une ceinture de tireurs et de traqueurs , qui marchent en resserrant de plus en plus le cercle qui le circonscrit, et finissent par l'approcher et l'accabler sous leur nombre. « On prend des Ours, dit Buffon, de plusieurs Tacons, en Norvège, en Suède et en Pologne, etc. La manière la moins dangereuse de les prendre est de les enivrer en jetant de l'eau -de- vie sur le miel, qu'ils aiment beaucoup, et qu'ils cherchent dans les troncs d'arbres. » Ce fait, rapporté par le grand écrivain sur la foi de Regnard, me parait tout aussi peu probable que les contes débités sur les Lapons par ce dernier voyageur.
Le courage de l'Ours a été regardé par quelques auteurs comme de la brutalité, et