‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle, servant de complément aux œuvres de Buffon, de G. Cuvier, aux encyclopédies, aux anciens dictionnaires scientifiquesChapitre 36 sur 170 · OUK · texte numérisé non relu

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il 7 a là une grande erreur. L'Ours est intrépide, mais prudenl, et il ne combat que lorsqu'il 7 est forcé par la faim , la défense de ses petits ou la vengeance. Jamais on ne le voit fuir, parce qu'il a la conscience de M supériorité; il oppose la menace à la me- Mce, la violence à la violence , et sa fureur devient terrible, parce qu'il porte dans le combat un courage insouciant de la vie. Il aime la vie solitaire et fuit , par instinct , toute société, même celle de ses semblables. Il ne eberebe même sa femelle qu'au temps des amours, c'est-à-dire en juin, et, ce moment passé, il la quitte et va fixer sa demeure à plusieurs lieues de la forêt qu'elle habite. Aussi est-il tout-à-fait indifférent aux plaisirs de ta paternité, et il y a plus, c'est qu'il ne manque jamais de manger ses enfants, si le hasard lui fait découvrir l'asile sauvage où sa femelle les a cachés dans un lit de feuilles sèches et de mousse. La femelle, au contraire , aime ses petits avec la plus ardente affection, et les garde avec elle jusqu'à ce qu'ils aient deux ans et qu'ils aient acquis la force de repousser toute agression étrangère. Elle les soigne, leur apporte des fruits et du gibier, les lèche, tes nettoie, et les porte avec elle, dans ses bras, lorsqu'ils sont fatigués. Si un danger les menace, elle les défend aTec un courage furieux , et se fait tuer sur la place plutôt que de les abandonner. Aussi n'est-ce qu'avec beaucoup de danger et de prudence que les montagnards viennent à bout de s'emparer de ses Oursons , ordinairement au nombre d'un à trois, très rarement quatre ou cinq.

G. Cuvierdit : « Les Ours se creusent des antres ou se construisent des cabanes où ils passent l'hiver dans une somnolence plus ou moins profonde et sans prendre d'aliments. C'est dans cette retraite que la femelle met bas {Règne animal). » Il 7 a dans ce passage presque autant d'erreurs que de mou. J'ai habité un pays où les Ours ne •ont pas très rares; j'en ai chassé, et j'ai surtout consulté un grand nombre de chasseurs et d'habitants de la contrée. Voici l'opinion que Je me suis formée sur tout ce que j'ai vu et ce que J'ai pu recueillir de renseignements. Les Ours ne se creusent ni antres, ni terriers, et se construisent moins encore de cabanes. Dans les Alpes, ils nba- |

bilent que des trous d'arbres , et encore faut- il que ces trous ne soient pas à plus de 5 ou 6 pieds au-dessus du sol. Ils s'y retirent, non seulement en hiver, mais dans toutes les saisons, et c'est là que la femelle met bas. Ils 7 dorment, il est vrai, mais ils en sortent toutes les fois que la faim les presse, ce qui arrive aussi souvent en hiver qu'en été. Ce qu'on a dit de leur léthargie, de se nourrir de leur graisse , de se sucer la patte, etc., est aussi faux que ridicule. Malgré ses formes grossières , sa tournure pesante et se* gestes grotesques, il ne faut pas croire que l'Ours soit un animal slupide ; il est, au contraire, plein d'intelligence et de finesse, et la preuve, c'est qu'il ne doune jamais dans les pièges qu'on lui tend. Tout objet nouveau éveille chex lui la défiance ; il l'observe prudemment avant de l'approcher, passe sous le vent pour s'en rendre compte par l'odorat, qu'il a d'une finesse extrême; il s'avance doucement, le flaire, le tourne et le retourne, puis s'en éloigne, s'il ne lui convient pas de s'en emparer. C'est ainsi qu'il agit toutes les fois qu'il trouve un cadavre d'homme ou d'animal , auquel il ne louche jamais. Sous celle enveloppe d'un aspect si rude existe une perfection de sensation peu commune dans les animaux ; sa vue , son ouïe et son toucher sont excellents, quoiqu'il ait l'œil petit, l'oreille courte, la peau épaisse, et le poil fort et touffu. Autrefois il était bien plus commun en Europe qu'aujourd'hui , et alors sa chasse pouvait être avantageuse, à cause de sa fourrure assex estimée, quoique grossière, et surtout à cause de la graisse dont il est toujours abondamment pourvu, et a laquelle la crédulité de nos pères accordait des vertus merveilleuses pour guérir les rhumatismes et une foule d'autres maladies. Ce qu'il 7 a de cerlain , c'est que cette graisse , dépouillée par des procédés fort simples d'une odeur particulière dont elle est imprégnée, est fort douce, excellente, et ne le cède pas au meilleur beurre pour la cuisine. Il ne s'agit, quand on veut lui enlever son odeur, que de la faire fondre et d'y jeter, lorsqu'elle est très chaude, du sel en quantité suffisante, et de l'eau par aspersion; il se fait une sorte de détonation , et il s'élève une épaisse fumée qui emporte avec elle la mauvaise odeur. Quelques peuples mangent

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