II. Des placentas
Il y a toujours, chez les Mammifères monodelphes, un rapport vasculaire indirect, ou par contiguité, établi entre les enveloppes et les vaisseaux du fœtus, et les parois de l'utérus qui renferment cet œuT. Ce rapport est établi par le contact plus ou moins intime entre presque toute la surface de l'œuf, ou une ou plusieurs places circonscrites de cette surface et des parties correspondantes des parois de l'organe d'incubation. Ces rapports nécessitent dans l'ulcrui des changements organiques qui constituent" le placenta utérin. De même il se produit à
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la surFace de l'œuf et dans la profondeur de tes enveloppes, des changements analogues, qui constituent le placenta fœtal.
Celui-ci, comme nous Tenons de l'écrire, se compose d'abord de petites racines , productions dé la membrane la plus extérieure de l'œuf ou du chorion. Ces productions affectent plusieurs formes et des différences dans leurs proportions, leur étendue et leur disposition , suivant les ordres de la sousclasse. Chei la plupart des Mammifères monodelphes, ce sont des paquets ou des houppes de petits tubes membraneux , plus ou moins ramifiés , toujours fermés a leur dernière extrémité, qui se termine conséquemment en cul -de-sac souvent un peu dilaté. Lorsqu'au lieu d'être concentrées en disques ou en lones , qui ne couvrent qu'une partie de la surface de l'œur, elles sont dispersées également sur presque toute celle surface , elles restent extrêmement ténues, séparées, simples, non ramifiées, et peuvent être tellement réduites , comme dans le Cheval, qu'elles ne paraissent, à l'œil nu , que des granulations de la surface du chorion. Du côté de l'organe d'incubation ou de l'utérus , il se passe des changements dans les parois de cet organe, correspondants à ceux des enveloppes du fœtus , et qui mettent ces parois et ces enveloppes dans des rapports tels, que la nutrition et la respiration du fœtus en sont les conséquences nécessaires. Ces changements organiques produisent le placenta utérin. Afin d'en avoir une idée juste, il faut se rappeler quelques uns des caractères distinclifs de l'organisation de l'utérus des Mammirères, sans oublier la forme qu'affecte , suivant les familles, ce réservoir d'incubation. Il y a sous la muqueuse une couche de nombreux petits boyaux glanduleux , qui commencent par des culs-de-sac, et qui se terminent par de très petits orifices à la face interne de l'utérus et de l'épithélium qui la revêt. Un réseau vasculaire sanguin pénètre entre les intervalles de ces glandules.
Ces transformations dans les membranes de l'œuf, pour la formation du placenta simple ou multiple , et dans les parois de l'utérus qui renferment cet œuf, et qui doivent mettre ces parois en contact intime avec le placenta fœtal , varient selon les ordres de cette sous-classe. Observons que ces |
différences très remarquables sont un nouvel obstacle , parmi tant d'autres , au mélange fécond des espèces, entre celles, du moins, qui appartiennent à des familles bien distinctes.
Les différences dans la forme et l'étendue des plarenias paraissent provenir ensuite des parties de la surface de l'œuf qui peuvent être mises en rapport avec les parois de l'utérus, d'après la forme de l'œuf et celle de la cavité utérine, et suivant te nombre des œufs qui devront se développer dans cette même cavité. Pour les faire comprendre, nous allons en citer quelques exemples. Nous prendrons le premier parmi les Ruminants.
Dans une Brebis, dont l'œuf, en forme de fuseau, avait 0",510 de plus grand diamètre et renfermait un fœtus de OMOOde long , nous avons compté plus de soixante placentas distincts. Ces placentas, en forme de ventouse, dont les rudiments existent dans l'utérus et hérissent sa paroi interne hors de la gestation , sont dispersés dans toute l'étendue de l'œuf doublée par l'allantolde. Leur diamètre est de 1 jusqu'à 3 centimètres, et leur saillie en bourrelet dans la cavité interne a jusqu'à 0,n,0l2 de hauteur.
L'intérieur du godet a la moitié de cette mesure en profondeur. Chacune de ces apparences de ventouses qu'on appelle encore, depuis Galien , cotylédons , est composée de deux placentas , l'un fœtal, et l'autre utérin. Celui-ci est extérieur; il a la forme d'un godet circulaire, dans la cavité duquel te placenta fœtal, en forme de bouton saillant, s'est introduit, dont il double exactement les parois jusqu'à l'extrême bord , et qu'il rend moins profond de toute son épaisseur , qui égale celle du placenta utérin. Celui-ci est composé d'un réseau vasculaire à mailles nombreuses et à ramifications assez développées, recouvertes par la muqueuse utérine, très amincie, qui s'enfonce dans les mailles de ce réseau. Le placenta fœtal montre à son côté convexe, par lequel il adhère au placenta utérin, lorsqu'on l'en détache avec précaution , les terminaisons des petits cœcums ou des petits tubes aveugles formant comme des digitations dont il se compose ; et à son côté concave , les nombreuses ramifications
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vasculaires de l'allantoïde , dont les derniers réseaux pénètrent dans les tubes.
Ceux - ei s'agencent dans les cellules du placenta utérin sans y adhérer, et peuvent en être eitraiu sans rupture.
Dans les intervalles des cotylédons, la muqueuse utérine est doublée de nombreuses glandules en forme de très petits boyaux à parois transparentes . remplies d'une humeur opaque, qui sort par gouttelettes de l'orifice unique de chaque glandule percé dans la paroi utérine. A cette surface glanduleuse correspond un réseau vasculaire de Tallanloide, dont les vaisseaux ne se distribuent pas uniquement dans les cotylédons.
Dans un utérus de Cochon, dont les fœtus ont 0„,083 de long, et l'oeuf 0<»,660 , la partie en contact avec l'allantoide a toute sa surface hérissée de plis très fins, peu saillants, formant un réseau à mailles nombreuses ; ils sont doublés par un réseau vasculaire extrêmement rirbe, qui a pénétré dans ces plis, et dont l'injection semble les remplir entièrement; leur bord paraît un peu villeux.
Du edié de l'œuf, des plis villeux ou des villosités ténues et courtes hérissent la surface du chorion. Il y a, de plus, de nombreuses petites ventouses de 0™,00l de diamètre. Ce sont de petits bourrelets circulaires , avec une fossette au centre, dont le bord est plissé en étoile (I).
Dans la Jument, le chorion a toute sa surface hérissée de très courtes villosités vasculaires; tandis que, du côté de l'utérus, il existe un réseau vasculaire superficiel très fin et très riche, à mailles polygonales, sans fossettes ni cellules pour recevoir les villosités de l'œuf, qui ne font que toucher ces parois vasculaires sans y adhérer.
Chez les Rongeurs , il n'y a qu'un placenta en forme de double disque ou de cupule a couvercle, dont l'un appartient à l'utérus, et l'autre au fœtus.
Celui des Insectivores ne manque pas de rapports avec le placenta des Rongeurs. Il
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ressemble en même temps à un cotylédon de Ruminant, avec celte différence, dans le A/acroscélide du moins, que c'est le placenta fœtal qui est concave et qui reçoit dans sa cavité le placenta utérin, sensiblement plus petit (1). Dans les Musaraignes, au contraire, le placenta utérin reçoit dans sa capsule le placenta fœtal en forme de bouton , absolument comme dans le cotylédon d'un Ruminant. Nous avons fait cette observation, entre autres, sur une femelle de Musaraigne carrelet (Amphisorex tetragonurus Duv.) ayant trois fœtus de 0m,009 de long dans chacune des cornes de l'utérus. Les Chauves- Souris ont un placenta discoïde comme les autres Insectivores.
Chez les Carnivores, il n'y a qu'un placenta qui entoure, comme une large zone, la partie moyenne de l'œuf, dont la forme est ovale, en laissant à découvert les deux extrémités, formant les deux autres tiers de sa longueur. Dans une Chatte dont la gestation était avancée, et dont les fœtus avaient 0'n,085 de long, la zone placentaire de l'œuf avait 0™,040 de large et 0m,002 de plus grande épaisseur. Ce placenta se composait de petits cœcums ramifiés, dont un grand nombre avaient pénétré dans les cellules correspondantes du placenta utérin. Celuici, de même forme et de mêmes dimensions que le placenta fœtal, se composait évidemment d'un réseau vasculaire considérable, interceptant des mailles nombreuses, dans lesquelles s'étaient introduits les petits tubes aveugles du placenta fœtal. Ce réseau vasculaire, développé, en premier lieu, avec les petits boyaux glanduleux de la paroi interne de l'utérus et dans leurs intervalles, avait fini par en prendre la pince, et par les faire disparaître, à l'époque de la gestation avancée que nous venons de décrire (2).
Dans le Chien, le placenta fœtal a la même forme et la même structure que dans le Chat : mais il se distingue par une double bande colorée en vert qui le borde de chaque côté, et dont la nature , d'après l'analyse qu'en a faite M. Barrucl, est la même que celle de la matière colorante de la bile; comme ai, dans
(>) Cloque oeuf était enferme d»ne une doub'e dil-t-roo de l'ulnu». en f orme «le gourde, dont U partit 1j plu» lir^o CUil occupée par le foins, et le moindre »rPment <> j.l.ere par le placent* . (urmaat comme une ealotl-- »ur l'icul . qui avili o'n.o<>7 de diamètre.
(ij Voir roHTra(e drjft cité de M. J. ■ V-
ce cas, l'analogie de fonction, relativement k l'hématose, entre le foie et le placenta, devait être rendue plus évidente (1).
Le placenta des Paresseux se compose de lobules de différentes grandeurs, distincts , et dont l'ensemble forme un disque assez étendu.
Chez les Singes, au lieu d'un seul disque, non divisé en lobules distincts, pour le placenta fœtal , il y en a deux, séparés par un intervalle membraneux que traversent les vaisseaux qui vont de l'un à l'autre. Celui auquel aboutit le cordon ombilical, généralement le plus grand , est sans doute le plus anciennement formé, par la première arrivée de l'allantotdc en contact avec la partie de la matrice à laquelle il adhère ; après un développement successif de cette vessie conductrice des vaisseaux du fœtus et une seconde adhérence de son feuillet externe avec la paroi opposée de l'utérus, des branches de ses vaisseaux se sont continuées avec elle depuis le premier placenta, et elles ont constitué un second placenta , dans lequel elles se sont ramifiées.
Ce second placenta, observé par MM. Breschet , Schrœder van der Kock à Utrecht et van der Hœven à Leyde, sur plusieurs espèces de Singes de l'ancien et du nouveau continent, était dans presque toutes très sensiblement plus petit que l'autre ; cependant M. Martin Saint-Ange l'a trouvé symétrique dans un fœtus d'Ouistiti (2).