‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle, servant de complément aux œuvres de Buffon, de G. Cuvier, aux encyclopédies, aux anciens dictionnaires scientifiquesChapitre 59 sur 170 · III. Du cordon ombilical · texte numérisé non relu

III. Du cordon ombilical

Le cordon ombilical , dans un fœtus à terme, se compose essentiellement de deux artères provenant des artères iliaques du fœtus qui se sont repliées sur le fond de la vessie à la rencontre de l'ombilic et de la veine ombilicale. Celle-ci rapporte le sang du placenta, en traversant de même l'ombilic pour aller gagner la veine cave à travers le foie. Ce cordon se compose encore du pédicule filamenteux de la vessie vitelline rudimentaire chei les Mammifères où elle

(f) Rechercha anatomiio-ahriiolosiotiet « diminuée tur tu matière, colorante du placenta de quelque! animaux , p«r M. G BretclKt; Annale* des sciemeeê naturelle!, t, XIX,

{>! Kechrrchet tur la çfitalion des Çuadrumanci , par G. |!n .rhri.t. XIX tin Mémoire/ de r Académie dessclentet, Pjth, ixIS; il Mémoire tnr un ptaeenta et deux lotte tyini. tnjue, chet un fuctui d'OuiUttt, par M. Mirtm Salnt-Anf . Uoiann lootos'iut <lc M. Gatrin-M^oevillc pour i»4f.

n'a que des fonctions passagères ou de son canal et de ses vaisseaux chez ceux où ses fonctions subsistent jusqu'à la fin de la gestation, comme chez les Rongeurs.

L'amnios se continue depuis l'ombilic du fœtus pour en recouvrir toute l'étendue et en rassembler les éléments, au contraire de cequialieu chez les Oiseaux, où ces éléments sont moins unis (I).

La composition du cordon, relativement à ses vaisseaux, peut varier de manière qu'au lieu d'une veine ombilicale il y en ait deux. Dans ce cas, elles se réunissent avant leur entrée dans le foie (2).

Le cordon ombilical des Mammifères monodelpbes tire sa première origine des pédicules de la vésicule ombilicale et de l'ailanlolde, qui se réunissent avec leurs troncs vasculaires, puisqu'ils en forment encore, en dernier lieu, les éléments, soit développés, soit rudimentaires. Ses torsions proviennent probablement des mouvements réguliers que le fœtus exercerait dans son amnios.

$ 5. Des rapports de l'œuf avec son lieu d' incubation , ou des moyens de communication de la mère avec le fœtus, et réciproquement, dans l'espèce humaine.

Nous avons déjà indiqué une partie de ces rapports, en parlant du lieu d'incubation, dansl'Exogénie. Nous reviendrons dans ce paragraphe, avec plus de détails, sur les changements qui s'opèrent dans l'utérus pour l'établissement de ces rapports entre cet organe et l'œur, ou sur la formation du placenta utérin.

Nous décrirons ensuite les changements correspondants qui se succèdent dans les enveloppes du fœtus, pour constituer ces mêmes rapports, de la part de celui-ci.

Ils consistent : 1" Dans la production des villosités sur toute la surface de l'œuf ou do son enveloppe externe, le chorion ; villosités qui composent un placenta fœtal universel.

2" Dans la germination, parle fœtus, et le développement de son allantoïde et des vaisseaux ombilicaux.

3* Dans la transformation du placenta

(i) M. Flogoni, Recherche i turl* tirdou amèihcal et nf m continuité avec le faeiut. * l'Académie *cw""cr* le 6 octobre I8J4, Annales dent. Mf.. I. IV. p

(l) M Brtachrt, Mcmoir» cité. p. 44, cl pl.». 7. S* >• » 4. 4; Ob.«.«l.oB de M. Schradrr ,or le S.,«,n; * M. M.f il.. Saut Ao|e. M*«nol.« cil* . »ur rOwbatti.

OYO

fœtal universel en un placenta circonscrit et discoïde, et dans la composition définitive du cordon ombilical.

4* Dans la concentration correspondante du placenta utérin.

Cet eiposé montrera de nouveau , nous l'espérons du moins, combien t'analomie et la physiologie comparées peuvent verser de lumières sur l'anatomie et la physiologie de l'Homme, lorsqu'on s'efforce de saisir les véritables analogies qui les rapprochent et lu éclairent mutuellement , et les différences qui les séparent; à condition que Ton appréciera les unes et les autres à leur juste valeur, c'est-à-dire dans leur essence.

a. Du placenta utérin universel.

Bientôt après la conception, l'utérus, qui deviendra incessamment l'organe où se développera l'œuf, subit les changements né* cessa ires pour se préparer à remplir actuellement cette fonction. Il éprouve une surexcitation qui ne tarde pas à se manifester par la rougeur et le gonflement de sa paroi interne. Le réseau vasculaire veineux qui enlare les petits boyaux formant une couche g I a nduleuse, entre le tissu musculaire de l'utérus et son épitbélium ou sa toile épidermique, prend du développement ainsi que ces glandules. La sécrétion de celles-ci augmente et devient plastique; elle forme bientôt une couche membraneuse qui tapisse toute la cavité utérine et qui est revêtue elle-même de l'épi tbélium de la muqueuse soulevé et ramolli, reconnaissante d'ailleurs aux nombreux orifices dont il est criblé. Celte sécrétion plastique membraneuse , moulée sur les parois de la matrice, compose une poche fermée par deux culs-de-sac correspondants aux orifices des trompes ou des oviductes propres. M. Hunier lui a donné Je nom de membrane decidua, membrane caduque, ainsi que tous les accoucheurs qui ont décrit, après ce savant, l'œuf humain rendu par avortement dans les premières semaines ou dans les premiers mois de la gestation.

MM. Yelpeau et Breschct ont fixé particulièrement leur attention sur cette enveloppe adventive (l). Le premier, n'ayant pu y re-

(t) Fm^rciof!. eu Orotogit homoi,,. Bruultr» et Loo- 4m, i»J*. i«-M.

connaître aucune organisation, l'appelle membrane anhisle. Le second lui donnait la dénomination depérione (qui est autour de l'œuf) , et il appelait hydro-périone le liquide séreux qu'il supposait renfermé dans ce sac aussi longtemps que ses parois ne sont pas collées l'une contre l'autre.

C'est entre cette membrane adventive, préparée pour le recevoir, et la paroi interne de l'utérus, que se placera le petit œuf, en pénétrant dans la cavité de cet organe par l'orifice de l'un des deux oviductes ; je dis préparée pour le recevoir, parce que la surexcitation que la conception a produite dans les parois de l'utérus en a détaché l'épiibélium, qu'elle l'a plus particulièrement soulevé dans le voisinage des orifices des oviductes, et qu'elle a rempli ce vide par l'humeur que les glandes utérines sécrètent plus abondamment, et que celle même surexcitation a rendue plastique. On a justement comparé cet effet à celui d'un vésicatoire sur la peau, qui est d'ailleurs le même dans les violentes inflammations érysipélaieuses de cet organe

Lorsque la surexcitation de l'utérus devient excessive et générale, par suite d'une disposition de cet organe à s'enflammer; il f a décollement de toute la caduque adventive et avortement. Cette cause de la cessation prématurée d'une grossesse d'ailleurs normale est peut-être une des plus fréquentes , surtout à la suite d'une première conception (1).

Il ne faut pas perdre de vue que ces changements opérés dans les parois de l'utérus par la conception ne consistent pas uniquement dans ces produits adventife, mais que ceux-ci sont l'effet de modifications organiques des parois de l'utérus, que nous regardons comme un placenta utérin universel. C'est en premier lieu une turgescence, et plus tard l'hypertrophie de ces parois, qui détermine une sorte d'efflorescence de leur couche glanduleuse et de leurs vaisseaux sanguins, et plus particulièrement de leur réseau veineux.

(i) OfrlrtoBiUncM démontrent eneore qoe 1. formjlion du ferme ou la roac-pfion, qai rit U rétalUt dt U rencontre de l'élément mil* {d*i Sftrwulpttiéu) «vrc r«lemrnl femelle de ce mime ferme (roe*'r ) ne (*eflVriue pe; daai Voter»»; m»l» qu'au moment où l'uni f prient se plicef d«n* l'orfanc d'intubation , elle a ao lien depuU pluneara jouri dans l'ovaire ou dan* l'ovldacta.

On comprendra par ces observations que, suivant l'époque de l'avortement, on trouvera des traces d'organisation dans la membrane caduque, d'où l'on conclura qu'elle est une ei foliation des parois de l'utérus ; ou qu'on n'y reconnaîtra qu'une fausse membrane, produit d'une matière plastique exsudée par les orifices de la couche glanduleuse de ces mômes parois.

La disposition de l'œuf dans la portion du placenta utérin primitif qui s'est soulevée et détachée des parois de l'utérus, produit une extension et une invagination de cette partie dans la caduque utérine , qu'on a appelée caduque réfléchie. Un exemple en donnera une idée plus juste qu'une description générale. Nous avons sous les yeux un oeuf humain , qui fait partie, depuis six ans, de notre collection; cet œur, qui peut avoir six semaines, a son chorion tout couvert de villosités. Il est engagé en partie dans la caduque utérine, qu'il a commencé i imaginer en la repoussant dans la cavité commune de cette membrane. Celle-ci a partout ailleurs la forme de l'utérus ; elle montre entre autres deux culs-de-sac dont le fond est déchiré, et qui répondaient aux deux orifices des trompes. Le fœtus a 0'n,0l7 de long, depuis le sommet de la tête à l'extrémité du coccjx. Les doigta des pieds ne sont pas apparents, ceux des mains commencent à poindre. Les parois abdominales sont fermées ; le cordon ombilical a 0m,01 5 de long, son diamètre est considérable. L'amnios recouvre encore immédiatement le fœtus. L'un et l'autre sont dans l'allantolde, qui tapisse et double le chorion de toutes parts, et le garnit de ses nombreux vaisseaux. Les villosités sont déjà plus développées et plus nombreuses du côté qui est en contact avec l'utérus, et qui deviendra un placenta circonscrit. Celte portion de la caduque, cette caduque réfléchie, dans laquelle s'est niché l'œur, qu'on me permette celte expression , n'est dans le principe que la couche inorganique du placenta utérin, sauf l'épithélium qui la revêt. Mais les vaisseaux du placenta utérin, les plus rapprochés de cette portion détachée, ne lardent pas à se prolonger dans ses parois, à les rendre vasculaires et à les nourrir ; de sorte qu'elles restent assez épaisses malgré leur extension successive,

jusqu'à ce que le placenta circonscrit soit complètement formé.

La couche organique, composée des glandules et des vaisseaux sanguins, a bientôt reproduit une autre membrane advenlive dans la parlie de l'utérus où la caduque s'est soulevée pour s'unir au placenta f celai ; c'est celte seconde production que Bojanus a nommée secondine.

La disposition de l'œuf humain dans une caduque réfléchie est générale. Elle montre que la première couche de la caduque est une formation plastique, qui a pour effet| d'arrêter l'œuf humain dans une place circonscrite de la cavité de l'utérus, et qui sert encore, selon toute probabilité, à lui fournir les premiers sucs nourriciers.

Les cas où l'œuf a été trouvé dons la cavité même de la caduque sont possible», d'après l'idée que nous venons de donner de la première formation de la caduque ; mais ils sont accidentels et conséquemment exceptionnels.

b. Du premier placenta fœlal, ou des premiers rapports organiques entre l'œuf et son lieu d'incubation.

Toute la surface de l'œuf, une fois parvenu dans la cavité utérine, ne tarde pas à se couvrir de villosités ou de petits tubes absorbants, qui établissent les premiers rapport nutritifs avec son lieu d'incubation. Ces premiers changements dans les enveloppes de l'œuf, qui correspondent avec ceux que nous venons d'indiquer dans les parois de l'utérus, constituent de part et d'autre, pour les premières semaines de la gestation, une sorte de placenta universel, comparable à celui des Pachydermes. Ce n'est que plus tard qu'il se restreindra à un espace circulaire, limité conséquemment, comme chez les Rongeurs, etc.; mais il prendra en épaisseur ce qu'il aura perdu en surface ou en étendue.

c. Changements dans la sphère d'enveloppe de l'oeuf par la germination de l'allantoïde, de la part du fœtus et des vaisseaux ombilicaux.

AOn de donner l'intelligence de cette sorte de concentration des rapports et de liaison plus intime entre le fœtus et sa mère, dont nous venons de parler, nous

ovo

«roos besoin de faire connaître la germination de l'allantolde, et de démontrer son existence dans l'espèce humaine, comme dans tous les Vertébrés qui respirent par des poumons. Oo sait qu'elle a essentiellement pour fonction, chez ceux-ci, de porter à la surface de l'œuf un réseau vasculaire , qui est la terminaison des vaisseaux ombilicaux du foetus.

Dans les Mammifères Monodelphes en particulier, ce réseau pénètre et se développe dans les productions tubuleuses ou lés plis du eborion; il y constitue ou du moins il y complète le placenta fœtal.

Pour les physiologistes qui ont lu et médité les belles observations de MM. Dulrochet et Cuvier, sur l'œuf des Mammifères comparé à celui des Ovipares , et sur l'allantolde en particulier , il était facile de saisir les rapports intimes de cette membrane vasculaire avec la forme et l'étendue du placenta. De plus, la présence des ramifications des vaisseaux ombilicaux dans les villosités du eborion, montrait indubitablement la dernière période du développement de celte partie essentielle de l'œuf. Mais il fallait la faire voir dans les premiers Jours de son développement, avant qu'elle fût confondue avec le eborion.

M. Cuvier avait dit que, « si l'on s'y • prenait bien, il ne doutait pas que l'on » ne trouvât dans l'œuf humain , entre » l'amnios et le eborion , une véritable al- « lantoîde (1). »

L'embryon humain, traversant avec rapidité les premières phases de son développement, germe de très bonne beure son allantolde, qui ne tarde pas à se déployer sous la voûte du eborion, et a le doubler de toutes paru. Ce n'était donc que dans des œufs humains très jeunes qu'il était possible de la découvrir , encore isolée , c'està-dire à son état naissant , sous forme de veisie pédiculée. Dans un fœtus de vingt et un jours , que nous avons cité au sujet de la vésicule ombilicale , la vésioule altantoldc touchait déjà , par son fond , à la voûte du chorion (2). Elle était encore pyriforme cbes un fœtus de vingt a vingt et un jours , dont M. Serres a publié la

(t) tlimoirt* du Umtum. L HT. p. II».

{») R. Weaner, Iconu. Leipiij. 1839, pl. VTI, f. 1 1 . «t fl. VIII. f. 1 rt J.

description et la figure dans un mémoire où il rapporte plusieurs cas analogues (t). Elle ne se distingue plus que par un pédicule triangulaire dans un œuf de trente et quelques jours , parce qu'elle s'est unie; au chorion avec ses vaisseaux , dans louiat l'étendue de la paroi interne de cette enve-» loppe de l'œuf (2). Dans un fœtus rendu par avortement (3) , trente-cinq jours précis après l'union des sexes, dont le chorion était couvert de villosités dans toute sa périphérie, M. Martin Saint-Ange a pu injecter l'un des vaisseaux du cordon ombilical de manière à faire parvenir l'injection, à travers les principales ramifications de ce vaisseau , jusque dans plusieurs ramusculcs de ces villosités. Cette injection a démontré que, déjà à cette époque, les villosités du chorion sont vasculaires , et que l'allantolde s'est unie à cette enveloppe externe de l'œuf dans toute son étendue. Sous ce rapport, la détermination précise de l'âge de cet œuf était très précieuse. L'amnios était encore séparé du chorion et de l'allantolde par un liquide dans lequel flottait comme une toile d'araignée. C'était la membrane dite réticulée, qui deviendra la couche celluleuse unissant l'amnios à l'allantolde et médiatement au eborion.

d. Suite des changements dans ta sphère d'enveloppe. — Concentration du placenta fœtal et du placenta utérin correspondant.

A l'âge de six semaines, nous en avons cité un exemple, le fœtus n'a pas encore de placenta circonscrit. Mats il s'engage de plus en plus dans la caduque réfléchie ; les villosités de cette partie de la surface de l'œuf, séparée de la caduque utérine, perdent successivement leur activité vitale, et finissent par s'atrophier. En même temps, la partie de la caduque utérine, qui touche immé-

(i) Rtthertkei sur lu ttivclapptmrntt primitifs <lt tcm~ *>r»».' d* CAU**tei4*é*eHo*mu, luei è l'Aradrmie de* aciencea, le t* juin »WJ. rt imprime** Jk*. dtt te. nmtmr. t, XX. pl. I, f. 4 «t ».

(») M. Cotte, pl. III, f. 6. Pari», il!;.

(I) M. Martin SalnlAn*;* m'a ni* è même d'observer, «tn détail . cru» préparation et pinttevr* antre* 4» aa p rerira aa collection de lesta*, préeeoleot entra autre» «e* caa patbeloglquta d'avoriemeut. qui feront le aujet d'un ouvra** qu'il ac propose 4e publier aoua le titre Mlvaut! Dt r«nj Hummim, tout Itipcinti dé vue amatomique , pbxiieiorifvt tt pttOolofiqut , pour ttrtir à eétué* aV "Mlaatte* a*» fertut rt ét,

diatement a Vaut, a reçu un surcroît d'activité vitale et de développement dans ses glandules et ses vaisseaux, et dans la sécrétion des premières, qui a dû eiciter un développement proportionnel dans les villosités correspondantes du eborion. C'est même cet accroissement extraordinaire qui détourne le sang des branches vasculaires de l'allaotolde qui alimentaient les autres viilositës du eborion, et les flétrit peu à peu.

A trois mois , le fœtus a repoussé complètement la caduque réfléchie contre la caduque utérine. A celte même époque , il n'y a plus de villosités dans le eborion ; sauf dans la partie qui constitue le placenta fœtal , auquel correspond un placenta utérin.

Il nous reste à décrire ces derniers rapports entre l'œuf et l'utérus, entre le fœtus et la mère. Nous les observerons , pour les rendre plus sensibles, au terme de la gestation.

Le placenta fœtal d'une époque avancée ou d'un fœtus à terme, est recouvert d'une couche inorganique du périone. Sous cette couche on trouve que la masse du placenta se compose d'une quantité innombrable de petits caecums ramifiés, membraneux et vasculaires v souvent un peu dilatés à leur dernière extrémité. Ils sont réunis par paquets, formant des houppes et des lobes, attachés à des pédicules qui renferment les branches des vaisseaux qui s'y distribuent.

C'est par l'intermédiaire de ces petits tubes , comprenant un réseau capillaire artériel et veineux , que le sang du fo tus est mis en rapport avec celui de ta mère.

Pour comprendre ce rapport, il faut se rappeler que les vaisseaux sanguins des parois de l'utérus, mais les veines bien plus sensiblement que les artères , se sont considérablement développés, principalement dans la partie de cet organe en contact avec le placenta fœtal. Ce développement est allé en augmentant avec les progrès de la gestation. Dans les derniers moments, les veines ont pris une extension variqueuse qui constitue ce qu'on appelle les sinus de l'utérus et du placenta , qui ne forment qu'un seul système, qu'un même réseau veineux. C'est dans ces sinus que pénètrent les houppes tubuleuses et vasculaires du placenta , en repoussant devant elles les parois extrême-

ment miuces et déliées de ces cavités veineuses. Les réseaux capillaires , intermédiaires entre les artères et les veines, étalés dans les parois des petits tubes aveugles du placenta, viennent prendre dans ces sinus, par endosmose, la partie du sang de la mère qui peut être appropriée au sang du fœtus.

On a comparé ces rapports des vaisseaux capillaires du placenta avec les vaisseaux sanguins de la mère, à ceux des vaisseaux capillaires d'un poumon de Mammifère, avec l'air contenu dans les tubes aériens. La comparaison serait encore plus juste si l'on prenait les lames branchiales des Poissons , et encore mieux les branchies arborescentes de certains Silures

Les vaisseaux artériels n'éprouvent pas, comme les veines, de dilatation extraordinaire. Un assez grand nombre de petites artères, remarquables par leur disposition contournée en spirale, sortent de la surface placentaire utérine pour pénétrer dans le placenta fœtal , en ne se ramifiant que très peu et s'anastomosent rarement entre elles. Un certain nombre de ces artères en tire-bouchon reste isolé , ne se divise pas , et se termine en cul-de-sac dans le réseau veineux.

Il n'y a donc chex l'Homme, comme chez les Mammifères à placenta, aucune continuité évidente entre les vaisseaux capillaires du placenta fœtal et ceux du placenta utérin ; ils sont simplement rapprochés et mis en rapports de plus en plus intimes, à mesure que la grossesse avance, que les lions uléro-placcntaires se développent davantage, et quêteurs parois s'amincissent à proportion de leur extension (1) . Ce sontees parois qui se déchirent après l'accouchement au moment de la séparation du placenta fœtal ; ils donnent alors des flots de sang lorsque ta matrice ne se contracte pas immédiatement, et font périr l'accouchée, comme d'un coup do foudre.

Lorsqu'on cherche à dédoubler avec soin tes membranes de l'œuf d'un fœtus à terme, on y découvre en opérant de dehors en de-

(i) M. I« docteur Jactrurmirr. Httktnàu $w I* irtttm* «évea/aù-* tout*'* ** Futinu huHuùm l* ftitett»*.

fuis. IS38 ; rl SI. C. U. Wrbrr. ou», cit., p. 61 . } H H » C«t *#t utrfme mninriurinent <lc U ntuibrine dn «nui qui l'a fait mcfonMitrr, et • derme l'illution qiu le» p>qurti de tube* dn plarrnu «ont ploaf e'j iinmtdiitf neut «Un» I* fan| demain utérin*.

dam : 1* les deux lames de la caduque , la première utérine, la seconde réfléchie; 2° le ehorioo; 3* l'allantolde , la plus difficile à reconnaître; 4* enfin la lame externe de l'amnios, l'interne étant adhérente au fœtus et s'exfoliant parfois en grands lambeaux.

Terminons cette esquisse sur les enveloppes de l'œuf humain, et sur ses rapports organiques avec son lieu d'incubation , par quelques considérations physiologiques qui nous ont conduit à l'intelligence des causes finales de ces dispositions organiques, que nous envisageons du moinscomme telles, et que nous ne nous lassons pas d'admirer.

Le fœtus des Vivipares , non moins que celui des Ovipares, devait avoir par luimême le moyen de préparer son liquide nourricier , et de lui donner la composition la plus appropriée aux divers degrés de développement de son organisme. Celui de la mère, appartenant à un organisme défini, arrêté jusqu'à un certain point, ne pouvait lui convenir.

Ce défaut de convenance d'un sang d'adulte pour une organisation qui se développe, et l'exemple de la formation du sang dans le poulet, ou dans tout embryon qui se développe dans un œuf libre , c'est-à-dire détaché de sa mère , prouveraient au besoin, à priori et par analogie , que le sang des Vivipares ne devait pas être transvasé immédiatement, sans modifications, des vaisseaux de la mère dans ceux du fœtus; qu'il ne pouvait exister, en un mot, de communication vaseulaire de l'une à l'autre, et qu'enfin cela n'était pas nécessaire.

Les recherches des anatomistes les plus exercés ont eu ce résultat, et sont venues ajouter l'expérience à la théorie (1). Un dernier raisonnement, le plus concluant peutêtre , détruit l'idée de cette communication. Elle aurait soumis l'existence du petit être à toutes les causes d'agitation et de trouble qui peuvent déranger le cours normal du sang dans les vaisseaux de la mère. Il n'aurait pu se développer et vivre sous ces influences destructives.

Nous ferons observer ensuite que ce n'est

(t) M. Floorttit o'a pu va de communication entra le* «Muraux du farta, el de la mère rlies l«t P»rhydïrme«, e» Sollpadea et le, Ranimât». (Hechtrtlkti tur Ut commitwUMioms wmiculciru tntrt Im atère et U fatal , lue* a l'Ar»iemie de, trient** la l> février lU6 ; Auttalti du K. n*t„ V., te.)

pas dans le sang artériel, mais dans le sang veineux de la mère que le réseau vaseulaire du fœtus Tient puiser sa nourriture; ou, plus exactement, que c'est avec un réseau veineux de la mère, exlraordinairement développé, que le réseau capillaire intermédiaire du placenta total est mis en contact. Remarquons encore que le système artériel utérin ou utéro-placentaire est loin d'avoir pris le développement proportionnel du système veineux. Seulement, il s'est prolonge par un certain nombre de rameaux non divisés, contournés en spirale, et terminés eu culs-de-sac , au-delà des limites de la paroi utérine , pour pénétrer entre les lobes du placenta fœtal. Par cette disposition, il est probable que le sang du réseau veineux reçoit l'influence d'un sang plus oxygéné, et respiré pour le fœtus.

Les dangers que la mère aurait courus par un plus grand développement du système artériel des vaisseaux uléro-placenlaires, au moment de l'accouchement; l'inconvénient de ne donner au fœtus que lo sang veineux de la mère, suite de cette dernière nécessité, et celle de lui laisser puiser sa nourriture à une source plus tranquille que celle d'un réseau artériel , sont évités par cette admirable organisation. En mémo temps que la forme contournée en spiralo des petites artères, qui tend toujours à les replier sur elles-mêmes , tout en leur permettant de s'allonger, doit ralentir l'impétuosité du sang qui y pénètre, surtout dans les branches isolées , sortes d'impasses des voies de la circulation.

2. De l'Ooogénie de la sous-classe des Mammifères Marsupiaux.

Les Mammifères de cette sous-classe forment deux groupes distincts , les Didelphes et les Monotrémes, dont nous exposerons, en peu de mots , les caractères distinclifs, sous le rapport de l'Ovologie.

Généralement, on ne leur accorde pas de placenta. Les fœtus des premiers achèvent de très bonne heure la première époque de leur vie, ou celle du développement dans les membranes de l'œuf, et passent, encore excessivement petits , dans la poche sous- abdominale de leur mère, par un mécanisme que j'ai fait connaître le premier, et qui décidait, à l'époque reculée où

je l'ai décrit, une question encore controversée, sur le chemin que prennent les embryons des Oidelpbes, pour aller de l'utérus s'attacher aux mamelons sous-abdominaux ou inguinaux de leur mère (1).

La sphère prolectrice de l'œuf des Didel* phes se compose d'un cborion , comme chez les Mooodelphes ; mais ce cborion ne se courre pas de rillosités.

La sphère vitelline prend un grand développement, et parait persister, comme chez les Rongeurs, du moins dans le Kanguroo géant. Elle doublait une grande partie du cborion dans un fœtus de cette espèce, âgé de douze jours (2), observé en 183» par M. R. Oweo (3). Dans un fœtus plus âgé, de dix-huit à vingt-deux jours, mis par le même savant à la disposition de M. Coste, au mois d'août 1837, la vésicule ombilicale était encore très considérable et parcourue par les vaisseaux mésentériques.

Jusque là , tout le développement du fœtus avait eu lieu au moyen des matériaux apportés de l'ovaire par celte sphère nutritive, ou puisés ensuite, par endosmose, à travers le cborion, et par absorption, au moyen des vaisseaux , dans celle des cavités utérines, où l'embryon se développe.

L'allantoïde était encore relativement petite, et ses vaisseaux ombilicaux très Ans (4). La lame externe de l'arnnios était loin d'être assez développée pour tapisser le chorion. Cet amoioi recouvrait le cordon ombilical, qui était court, grêle, et composé des vaisseaux ompnalo-mésentériqueset ombilicaux, et des pédicules de la vésicule ombilicale, et de celui de l'allantoïde renfermant l'ouraque (5). Des vestiges de ce dernier canal et des vaisseaux ombilicaux ont été reconnus dès 1837 par M. R. Owcn, et conséquemment l'existence de l'allantoïde, dans des fœlus de Phalanger ordinaire et de Pbalanger volant.

Un médecin suisse, H. J.-R. Rengger, qui a longtemps habité le Paraguay et qui a pu-

(i) IWhercbn tar la «troctore dr« orginrs de U rrpro- 4«rtioo dio» Ici femelles de» S.m; >". Dullttin dt U tociiti phitematiaiu. t III. »• Si. P»rl*. >^>5.

(>) Leur f e«ut>oi\ utérin* etl de trente-huit Jour*.

(JJ Trams, philoi. de ih«o.

(*) Compltt-rtmdsu dt FAced. drt te. t. V, p. 637. et t. VI, p. i»7 et iCi ; el Annolo (Fanatomu et de phyiiolofi*. t- II, pl. i. f 1-3.

(Si AhumU, du m. mat, t< «cric, t. VII, p. 322.

blié d'intéressants détails sur les mœurs des Didelpbes de cette contrée de l'Amérique méridionale, dit avoir vu plusieurs œufs du Didclphis Azarœ attachés par quelques libres aux parois de l'utérus vers la fin de la gestation utérine. Était-ce là un rudiment de placenta, ou un simple pincement des membranes de l'œuf par des plis de la muqueuse utérine? Celte circonstance tiendrait-elle à l'espèce ou plutôt à la famille, et la règle que les Didelphes n'ont en général pas de placenta , se trouverait-elle moins absolut1 chez les Didelphes carnassiers?

Les Alonotrémcs sont vivipares, comme les autres Marsupiaux. Il est déjà possible d'en juger par la petitesse du vitellus et de l'ovule même dans l'ovaire. On n'a encore pu observer que de très jeunes œufs d'Oraithorhynquet, de O^OOS, de 0»,006 et de 0m,007 de diamètre. Ils avaient une spbère d'enveloppe composée d'un cborion et d'un liquide transparent; la spbère vitelline formait une masse jaune plus dense, à la surface de laquelle une membrane granuleuse indiquait le blastoderme ou la membrane du germe.

C'est dans Povidude incubateur droit de trois femelles différentes , que ces fœtus ont été trouvés. Les parois de cesoviductesélaient épaissies et injectées par les vaisseaux sanguins. Les œufs étaient libres dans leur cavité et sans adhérence placentaire.

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