‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle, servant de complément aux œuvres de Buffon, de G. Cuvier, aux encyclopédies, aux anciens dictionnaires scientifiquesChapitre 71 sur 170 · PHAÉTON. (Z. G · texte numérisé non relu

PHAÉTON. (Z. G

PAILLERET. ois. — Nom vulgaire du Bruant commun.

PAILLETTE, ms. — Nom donné psr GeotTroy à la Teinodactyla atricUla F., espèce commune aux environs de Paris , et propre à toute l'Europe. (C.)

PAILLETTE. Palea. bot.— On nomme ainsi généralement les bractées qui, parleur réunion, constituent l'involucre des fleurs composées. C'est aussi, selon M. Richard, le nom de chacune des pièces qui, dans les Graminées, forment l'enveloppe des organes sexuels. Voy. composées et graminées.

PAIN, zoou, bot. — On a appliquées nom à certains corps qui , par leur aspect extérieur, rappellent les formes du pain, ou parce que certains animaux en font leur nourriture particulière. Ainsi l'on a appelé: En Conchyliologie :

Pain d'épice , le Nerila albumen. En Botanique :

Pain des auges, l'Houque saccharine;

Pain blanc, une variétédu Viburnumop* {us, qu'on nomme aussi Boule de neige;

Pain db Coucou , VOxalit acetellosa;

Pain de Crapaud, Vàlima plantage;

Pain de Hanneton, les fruits de l'Orme;

Pain de Hottentot , le Zamia cycadis «t le Gouet comestible;

Pain des Indes, l'Igname;

Pain de Lapin, l'Orobanche major;

Pain de Lièvre, le Gouet ordinaire, nommé aussi Pied de -Veau.

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Pain de Lodp, divers Agarics vénéneux; Pais boulet. Voy. pain blanc; Pain d'Oiseau , l'Orpin Acre ; Pain de Poulet , le Lamier pourpre ; Pain de Pocuceau, le Cyclamen europœum ;

Pain de Saint- Jean , les Caroubes;

Pain de Singe, le fruit de VAdansonia;

Pain de Vacue, le Mélampyre des champs.

PAISSE, ois. — Nom vulgaire de diverses espèces d'Oiseaui. Ainsi l'on a nommé :

Paisse des Bots, le Pinson des Ardennes;

Paisse boissonnieie i \ Paisse pbivee , le Pégot;

Paisse de Saole , le Friquet ;

Paisse solitaire ou sacvage, le Merle solitaire , etc.

PAISSERELLE. ois. — Nom vulgaire du Moineau franc dans certains cantons de la France occidentale.

PAIYA, F/or. Flumin. , III , t. 16. bot. ru. — Syn. de Sabicea, Aubl.

*PAJA\ELIA. bot. pb. — Genre de la famille des Bignoniacées, établi par De Cando!le {Revis. Bignon., 14). Arbres de l'Inde. Voy. bignoniacées.

PAJEROS. mam. — L'une des espèces du genre Chat(voy. ce mol)portece nom. (E. D.)

PAK.EL. moll. — Dénomination donnée par Adanson a une espèce de Gastéropode du genre Pourpre , P. patula , qui était le Buccinum patulum de Linné. (Dur)

♦PAL.tfOBATRACHUS ( «aioui; , antique ; Ç*Tp«xoî , grenouille ). bept. — 11. Tschudi {Class. Balrach., 183S) indique ainsi un groupe d'Amphibiens, famille des Rainettes, qui ne comprend qu'une seule espèce fossile, que MM. Duméril et Bibron ne citent pas dans leur grand ouvrage d'Erpétologie. (E. D.)

* PAL.EOBDELLA («aXadc, ancien; Coi'A*, sangsue), delm. — M. Savigny (Syst. des Annélides, 1817) a indiqué sous ce nom un genre assez voisin de celui des Sangsues, et ce groupe, dont le nom a été changé en celui de Limnotis par M. Moquin Tandon, a été adopté par M. de Blainville {Article Vers du Dictionnaire des sciences naturelles). Les Palœobdella ont le corps assez allongé , déprimé, composé d'articulations assez marquées, égales et nombreuses ; leur tête est peu distincte, à ventouses bilabiées, portant en dessus quatre paires de points pseudo-

oculaires peu distincts, trois formant une ligne non circulaire; l'autre plus écarté; la bouche est petite, pourvue de trois tubercules lenticulaires , inermes; l'anus petit; les orifices des organes de la génération sont situés au même anneau que ceux des PseudobdcllatHippobdeUa et Iatrobdella.Ce groupe est peu distinct des vraies Sangsues, et n'en diffère que par une paire de petits points oculaires de moins, et parce que les mamelons lenticuliformes de la bouche ne sont pas armés de denlicutes; mais ces différen ces, comme le Tait observer M. de Blainville, ne sont peut-être pas véritables, et peuvent dépendre, ou d'un défaut d'observation, ou bien de quelque accident qu'aurait subi l'individu étudié par M. Savigny.

Une seule espèce entre dans ce genre ; c'est la Palœobdella nilolica Sav. (loco cit., pl. V, fig. 4), qui, ainsi que l'indique son nom, habite les eaux du Nil. (E. D.)

«PALAIOCBOERUS ( nxlxUi , ancien ; Xoîpo; , cochon ). pal^oxt. — Nom générique proposé par M. Pomel {Bull, de la Soc. géol. de France, séance du 21 janvier 1847), pour un Pachyderme, caractérisé par une dentition qui tient pour la forme de celle des Pécaris par ses arrièremolaires , et de celle des Anthracothériuras par les quatre avant-molaires et par le nombre des incisives. Celte dentition se compose, de chaque côté, pour la mâchoire supérieure, de trois incisives, dont une grande frontale , et les deux autres plus petites presque latérales ; d'une canine comprimée assez petite; de trois fausses molaires, a deux racines, très serrées les unes contre les autres et contre la canine , formées d'une pointe épaisse, et d'un talon creux grandissant de la première à la troisième; d'une dent triangulaire à trois racines et à trois pointes mousses; enGn, de trois grosses molaires à quatre racines a peu près carrées, et portant chacune quatre pointes mousses avec de petits tubercules placés entre elles , comme dans les Pécaris. Les métacarpiens et les métatarsiens indiquent des pieds à quatre doigts. On en connaît deux espèces , le P. typus et le P. major , découvertes dans le calcaire à Indusies de Saint-Gérand le-Puy, département de l'Allier. (L...D.) •PAL.COCYOX («aù«:*î, ancien; *v»v,

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chien ). ma*, foss. — Genre établi par M. de Blainville (Osléographie des Carnassiers, 1" partie, pl. 13), pour divers restes d'un Carnivore , consistant en une grande partie de la tète et en quelques os longs mutilés, trouvés dans le Grès siliceux tertiaire de La Fère, département de l'Aisne.

Les dents molaires supérieures sont au nombre de sept, dont trois fausses et quatre vraies tuberculeuses. Les trois fausses et la première grosse molaire ont été brisées , et ne laissent voir que leurs racines ou leurs alvéoles ; les autres sont à peu près carrées, et ont beaucoup d'analogie avec celles du Raton ; la dernière est de beaucoup la plus petite. La voûte palatine est large, la crête occipitale très baule et prolongée en arrière, la cavité cérébrale petite, l'arcade zygomatique très écartée, ce qui donne une grande largeur à la tête. L'humérus est très fort , et remarquable par sa crête deltoïdienne très longue et très saillante.

M. de Blainville pense que cet animal était peut être aquatique , et qu'il doit former un genre nouveau de sa famille des petits Ours. En considérant la petitesse de la botte cérébrale, le grand écarternent des arcades zygomaliques et la forme de l'humérus , uous ne pouvons nous empêcher de croire, au contraire, que cet animal appartenait à un genre de Didclphes plus omnivore que le Thylaciue et les Dasyures. Quoi qu'il en soit, on peut regretter que M. de Blainville ait donné à un genre de ses petits Ours le nom de Palœocyon , et à l'espèce par une sorte de répétition le nom de primœvus. (L...D.)

♦ I» AL ( iral^oç , ancien ;

pi'pvÇ, nom d'un prétendu poisson ruminant chez les anciens), pal-eont. — Genre de Cerfs fossiles des terrains lacustres de la contrée de Georgens Mûnd , établi par M. Herm. de Meyer, dont les dents se distinguent par un plissement différent de la lame d'émail , selon ce paléontologiste. Il en compte 5 espèces, savoir : le P. boyani, le P. kaupii, le P. pygmœus , tous trois de la contrée de Georgens -Mûnd, le P. minor de la mollasse d'Arau , et te P. scheuchzeri de la mollasse de la Suisse et des bords du Rhin. (L...D.)

PAL;EOMïS. paljeoîtt. — Voy. eohgeuus

PALEOXISCliS. cacsT. - Genre de l'ordre des Isopodes, créé par M. Milne Edwards, et rangé par ce savant dans la famille des Spbéromiens. Le petit crustacé qui forme ce genre a été rencontré, aus environs de Paris, dans la couche de marne située immédiatement au-dessous des marnes vertes. La seule espèce connue de ce genre singulier est le Palœoniscus Brongnartii Edw. (H. L.)

PALEONTOLOGIE f>*W«, ancien; o»to;, gén. de 3», un être; lô/o;, discours). — La Paléontologie est, d'après l'élymologîe de ce mot, la connaissance des êtres organisés qui ont peuplé anciennement la terre. Celte connaissance est d'une très grande utilité pour la philosophie naturelle, quoique nous ne puissions l'acquérir que très incomplètement, puisque les débris des parties solides de ces êtres, conservés dans les couches meubles ou stratifiées dcl'écorce de notre globe, peuvent seuls nous la donner, les parties molles ayant été dissoutes dans l'eau ou absorbées par les substances minérales au milieu desquelles on rencontre ces débris ou ces fossiles, car c'est ainsi que Pua nomme aujourd'hui les dépouilles des anciens êtres organisés dont l'élude constitue la Palconiologie, et qui sont enfouies dans la terre depuis le terrain silurien jusqu'au dépôt formé par la dernière irruption des eaux, connu sous le nom de Diluvium.

Les anciens avaient remarqué la présence des fossiles et particulièrement des coquilles fossiles dans des bancs de pierre, et les uns en liraient la conclusion que le niveau de la mer s'abaisse graduellement par l'effet de I évaporation , les autres que les mer» envahissent ou laissent à sec alternativement les terres qui sont à sa proximité, et cela, dit Slrabon , parce que les fonds de la mer s'élèvent ou s'abaissent accidentellement. Mais les uns et les autres se sont bornés i chercher l'explication du fait de la présence de ces monuments, des variations du sol ; ils n'ont point pensé a comparer les Huttres et les Conques fossiles dont ils font mention avec les coquilles vivantes. Les grand» ossements avaient été pris par eux et Ponl même été jusqu'au xvn* siècle pour des os de géants.

A la renaissance, les fossiles furent considérés par les uns comme des jeux delà na-

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tore ou dos végétations souterraines qui avaient reçu leurs formes du hasard, et par d'autres, comme les produits d'une certaine force plastique qui s'essayait par ces ébauches à la fabrication des corps vivants actuels. Les plus hardis pensèrent qu'un certain nombre d'êtres de la création, ceux dont on trouve les débris dans le sein de la terre, ne possédaient pas les forces nécessaires pour se reproduire, et qu'ils périrent ainsi sans laisser de postérité. Convaincus bientôt après, par un esamen attentif, que ces dépouilles sont les parties solides d'êtres qui, pendant une longue suite de générations, remplirent toutes les conditions de la vie, lei savants cherchèrent par de nouvelles conjectures à expliquer comment des restes d'animaux, la plupart marins, se rencontrent au milieu de couches pierreuses, souvent à une grande distance de la mer et à des hauteurs considérables au-dessus de son niveau. C'est alors que parurent les nombreuses hypothèses existantes sur la formation de la terre, sur ses révolutions et particulièrement «ir le déluge que l'on regardait comme la cause unique ou principale de l'enfouissement des fossiles.

De nos jours, une comparaison plus approfondie a fait voir que la plupart de ces fossiles étaient les reste* d'espèces qui n'ont séjourné sur la terre que pendant un certain temps, après lequel elles ont disparu sans laisser de postérité , et qu'il existe, jusqu'à un certain point, un ordre d'apparition et d'extinction qui va des animaux inférieurs aux supérieurs. Alors, pour expliquer ces nouveaux faits, on a introduit dans la science diverses autres hypothèses et élevé des questions de philosophie naturelle, dont quelques unes sont encore pendantes, les observations sur lesquelles on s appuie pour les résoudre n'ayant donné lieu qu'à des indue tioos qui permettent encore la controverse, ou, en d'autres termes, n'ayant fourni aucune de ces démonstrations absolues qui mettent Go à toute discussion. Ainsi quelques savants ont appliqué et étendu aux fossiles la théorie de l'échelle des êtres, créée dans le bot d'expliquer la création actuelle, en supposant des extinctions successives de ceux qui comblaient les lacunes existantes dans la série des êtres vivants. Les autres supposent, avec de Demaillet, que la série des êtres est

due à la transformation incessante des espèces par l'influence des siècles et des agents extérieurs, de telle sorte que les animaux actuels descendraient par une filiation non interrompue des animaux fossiles modifiés successivement dans leurs formes. Les diverses races humaines, par exemple, l'Homme étant considéré comme la dernière expression de ces métamorphoses, seraient issues de quelques Orangs, que les circonstances auraient mis, pendant un grand nombre de générations, dans l'impossibilité de grimper et dans la nécessité de marcher. Ces Singes, ainsi devenus bipèdes et forcés d'exercer leur intelligence pour se procurer des aliments et pour s'abriter, en seraient arrivés au point d'éprouver le besoin de dominer les autres races et de trouver les moyens de les maîtriser; puis, bientôt après, ils auraient pris des formes humaines et se seraient créé un langage. Il va sans dire que ces Orangs étaient eux-mêmes une transformation d'au* très Singes moins rapprochés de l'Homme, et ceux-ci de quelques autres Quadrupèdes. En descendant ainsi d'espèce en espèce et de genre en genre, on arrive jusqu'à la Monade, premier et seul degré d'animalité que, dans l'opinion que nous exposons, la nature ait pu créer du premier jet.

D'autres cherchant à déguiser ce qu'il y a de trop vulnérable dans la croyance à la transformation des espèces par l'influence des agents extérieurs , admettent une force spéciale qu'ils appellent force vitale progressive, en vertu de laquelle les animaux sont élevés à différentes puissances. Mais comment, a son tour, cette force progressive ne produit-elle pas incessamment de nouveaux êtres? C'est par la supposition d'une autre force contraire qu'on appelle arrêi de développement. Ainsi cette force progressive, suppose une forme typique et primordiale, vers laquelle tous les êtres tendent et à laquelle ils arriveraient tous s'ds n'étaient arrêtés en chemin; et en même temps une grande irrégularité d'action, pour expliquer la grande diversité de formes que l'on observe. Enfin , puisque les espèces ont une certaine durée, il faut encore supposer le concours d'une troisième force qui vient lever de temps à autre l'arrêt de développement, et qui permette à la force progressive de devenir actuelle, de virtuelle

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qu'elle était. On a voulu appuyer ces dernières suppositions sur les transformations successives que prend l'embryon humain dans ses développements, transformations que Ton a cru un moment représenter tous les types généraux de structure qui ont existé et qui existent encore dans les diverses classes d'animaux. Mais cette idée, enfantée par un petit nombre d'observations erronées, est tombée bientôt devant des observations plus nombreuses et plus exactes.

Ainsi, selon ces théories, chacun des organes dont les animaux, autres que la Monade, sont pourvus et dont la construction est si bien coordonnée avec les propriétés des corps extérieurs et souvent d'après des principes de mécanique et de physique transcendantes ; l'oeil, l'oreille, ces instruments d'optique et d'acoustique si parfaits; le cerveau, cet organe si incompréhensible de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté, ne sont que des modifications survenues par une sorte de monstruosité à des animaux qui ne les possédaient point; et pour ceux qui n'admettent pas la force vitale progressive, ces modifications diverses de la Monade sont amenées, soit par des variations dans les conditions de la surface du globe, soit par une excitation interne que le changement de Circonstances locales et même les habitudes longtemps prolongées feraient naître, car on ne recule point devant l'étrange supposition que les habitudes sont une cause ei non un effet de l'existence des organes.

Examinons maintenant la valeur de ces diverses théories, et disons d'abord qu'elles se présentent escortées d'un certain nombre de faits qui semblent leur être favorables. Il n'est pas douteux, par exemple, que des métamorphoses s'opèrent pendant le développement de chaque animal; qu'à l'état adulte il diffère du jeune âge, que le Jeune fige ne ressemble pas au fœtus et celuici à l'embryon ; mais qui ne voit tout de suite le vice de ce raisonnement , qui consiste à considérer toute la création animale comme constituant une seule espèce , et i lui appliquer la même loi de métamorphoses , tandis qu'en fait celte loi est particulière à chacune des espèces, et que les phases diverses de leur développement ne sont que l'expression de la génération d'une forme simple telle que celle du germe à une

forme composée telle que celle de l'adulte, et ne prouvent autre chose, sinon que pour avoir l'idée complète d'une espèce, il faut connaître tous ses figes? Il n'est pas douteux non plus que les circonstances extérieures , et surtout une nourriture plus ou moins abondante, une température plus ou moins élevée, exercent une influence modificatrice sur les espèces , et les diverses races des animaux domestiques en sont la preuve. On ne peut pas nier davantage que certaines modifications physiques se propagent, que certains instincts qui n'étaient qu'en germe dans l'animal sauvage , se développent dans l'animal domestique , et se transmettent par la génération , au moins pendant un certain temps , et qu'enfin l'emploi plus fréquent de certains organes leur donne plus de force et d'habileté pour l'exécution de leurs fonctions; mais, on ne saurait trop le redire , les limites de toutes ces actions sont connues; les variétés qui résultent de toutes ces influences ne s'étendent jamas jusqu'au point de faire perdre les caractères essentiels de l'espèce; elles se bornent à donner aux individus une taille plus ou moins grande, à faire naître quelques modifications dans les productions de la peau , telles que les poils , les cornes, les plumes et les écailles, à faire croître quelques loupes de graisse , à opérer quelque augmentation ou diminution dans la grandeur des oreilles , de la queue et des replis de la peau , à modifier même les proportions des diverses parties du crâne et des membres ; elles ne vont jamais jusqu'à transformer une espèce en une autre , et même lorsque l'homme a amené une variété trop loin de son type primitif, les individus modifiés cessent de se reproduire. Si quelques naturalistes ont établi deux ou même trois espèces pour des animaux que l'on reconnaît aujourd'hui n'être que des variétés l'une de l'autre , cela ne prouve pas que les espèces ne sont pas fiscs , mais seulement que ces naturalistes ne connaissaient pas exactement l'étendue des modifications que chaque espèce peut subir.

L'appui que l'on a cherché sur la production du mélange de deux espèces a dû être abandonné. Le petit nombre de Mulets qu'à force de soins l'on est parvenu à faire multiplier, n'ont produit, après la deuxième

tu tout au plus la troisième génération, que des individus languissants, morts sans postérité.

La capacité de variation, pour nous exprimer comme M. Lyell dans ses Principes de géologie, a donc des limites assez restreintes, et les variétés, loin de s'établir à la longue, sont effectuées en peu de temps, et souvent tout à coup; mais la fixité reparaît bientôt, soit par le retour de l'espèce à son état primitif, soit par la perpétuité de la variété. On dirait que la variabilité des espèces est retenue dans ses écarts par la force typique, comme la force centrifuge des corps planétaires Test par l'attraction solaire.

L'animal qui montre peut-être la plus grande capacité de variation , le Cbien , porte cependant à tel point le caractère de l'espèce dans toutes ses variétés , que personne ne se méprend sur ses races extrêmes, et, en effet, malgré les différences de proportions et d'instincts, elles n'ont point dépassé les limites du genre ; aucune d'elles ne s'est transformée en un Blaireau ou en une Hyène, par exemple. Dans les variétés on ne trouve que des différences de proportions ou de modifications partielles, tandis que les différences spécifiques portent sur l'ensemble et sur les détails même des organes. C'est ainsi que le Bœuf sans cornes conserve, sauf la modification importante de l'absence des cornes , tous les autres caractères de l'espèce; on dirait un Bœuf ordinaire auquel on aurait coupé les cornes ; aucune des autres parties du squelette et de la tête n'est changée.

On suppose, il est vrai, qu'à l'aide des siècles d'autres parties seront modifiées , et qu'ainsi à la longue tout l'animal se trouvera transformé; mais outre que rien de semblable n'a pu être observé dans le règne animal actuel , nous allons voir que les monuments géologiques, qui seuls pourraient donner des preuves de ces transformations, ne s'accordent point avec cette hypothèse.

Sans aucun doute, cependant, ces monuments attestent une sorte de gradation dans l'apparition des êtres organisés. Les végétaux , qui font la base de la nourriture des animaux , sont les premiers êtres organiques qui aient paru , du moins les végétaux aquatiques. Les animaux aquatiques

ont précédé les animaux terrestres ; parmi ceux-ci, les Reptiles et les Oiseaux sont plus anciens que les Mammifères, et, selon toute apparence, les Mammifères didelpbes, qui sous plusieurs rapports sont inférieurs aux Monodelphes, ont devancé ces derniers sur la terre. Mais cette gradation n'est pas telle que l'exigerait la théorie du perfectionnement des espèces , depuis la Monade jusqu'à l'Homme, car l'on trouve dans les terrains siluriens des débris de Mollusques en même temps que d'animaux articulés et rayonnés. Par conséquent, trois des principales formes du règne animal , trois embranchements datent de la même époque. C'est ici le cas de faire l'application de ces paroles si vraies de M. Arago, que les détails sont la pierre de touche des théories. Or, la théorie de la mutation des espèces , et cette autre plus ancienne de l'échelle des êtres, avec laquelle elle se lie étroitement, renouvelée à toutes les époques de la science , et surtout poursuivie dans ses applications par Bonnet et par quelques autres naturalistes, n'offrent quelque apparence de réalité qu'autant que Ton considère les êtres organisés d'un point de vue assez éloigné pour n'apercevoir que leur ensemble , ou bien que, par une fiction incompatible avec la science, on se crée une forme moyenne idéale de chaque ordre ou même de chaque classe. Dès qu'on examine les êtres de près, les détails démontrent bien vite la fausseté de ces deux théories , par l'impossibilité où l'on se trouve dans la première d'indiquer la souche d'un animal actuel , et dans la seconde de marquer sa place dans l'échelle; et sans doute c'est à cause de cette puissance qu'ils ont contre les théories qu'on voit quelquefois les détails repoussés avec tant de dédain.

Si nous n'examinons pas en bloc les monuments géologiques, nous trouvons que des types de toutes les classes des animaux invertébrés sont contemporains l'un de l'autre, et que les ordres les plus élevés de chaque classe se rencontrent avec ceux qui le sont moins ; ainsi les Céphalopodes , ces animaux d'une organisation si riche, se trouvent au nombre des premiers Mollusques. On observe la même chose pour les classesinférieuresdesanimaux vertébrés; car, parmi les plus anciens Poissons, parmi ceux

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du vieux grès rouge, il s'en trouve plusieurs de Tordre des Ganioïdes de M. Agassiz, dont les représentants actuels, les Lépisosiés, sont , de tous les Poissons osseux , ceux qui M rapprochent le plus des Reptiles. Les premiers Reptiles connus jusqu'à ce jour viennent du Zechstein et du nouveau grès rouge, et ils appartiennent à l'ordre des Sauriens. Les premiers Batraciens qui se trouvent dans le trias montrent une organisation plus élevée que celle des Batraciens actuels. Les Crocodilicns du terrain jurassique, comparés aux nôtres, nous offrent une structure de la vertèbre plus rapprochée de celle des Mammifères, une organisation en général plus élevée ; en sorte que , comme le dit M. Owen dans son savant Rapport sur les Reptiles fossiles de la Grande-Bretagne, depuis l'existence , non seulement de ces Crocodilicns, mais des Dinosauriens, la classe des Reptiles est toujours allée en déclinant, bien loin d'aller en se perfectionnant. Enfin , nulle part, on n'aperçoit cette série générale de modifications progressives, qui devrait avoir laissé des traces d'étages en étages. On trouve, au contraire, qu'un grand nombre de genres paraissent et disparaissent ensemble , ce qui prouve que chaque population a été représentée par une faune , c'est-à-dire par un grand nombre d'espèces douées d'instincts et d'appétits divers, et que par conséquent elles ne sont point des modifications lentes l'une de l'autre. Pour expliquer les passages souvent peu sensibles d'une espèce ou d'un genre à un autre, il n'est pas nécessaire d'avoir recours à leur variation lente; il suffit d'admettre, comme M. Cuvier, que toutes les modifications d'organes non contradictoires ont été effectuées pour que des termes voisins de la série des combinaisons aient produit des êtres très peu différents les uns des autres.

L'hypothèse de la variabilité des espèces ne se justifie pas mieux par l'observation des dépouilles d'animaux et de plantes conservées jusqu'à nous par les anciens, ou des images et des descriptions qu'ils nous en pot laissées. Les catacombes de Tbèbes , fermées depuis plus de trois mille ans , nous apprennent que les espèces qu'elles renferment n'ont subi depuis rc temps aucun changement appréciable à nos sens ; et cepen-

dant , pour les animaux de petite taille, comme les Rats et les Souris, le nombre des générations qui se sont succédé égale et peut-être surpasse celui des années écoulées depuis leur embaumement; des grains d« Blé, de Seigle et d'Orge, trouvés dans ces catacombes, ont été examinés au microscope, et ils se sont trouvés eiactemenl semblables aux grains actuels de ces céréales; et bien certainement, poor ces semence», le nombre des années écoulées depuis le temps où elles ont été renfermées est égal à eelui de leurs générations. Or, si trois à quatre mille générations n'ont apporté aucun changement dans les espèces, on peut conclure hardiment qu'elles sont immuables.

Si les espèces sont fixes aujourd'hui chacune dans les pays qu'elles habitent, quelques naturalistes pensent qu'il n'en était pas de même lorsque la chaleur centrale du globe se faisait sentir plus vivement a si surface que de nos jours. Ils supposeot que les espèces fossiles, vivant sous des influences atmosphériques plus puissantes , étaient plus variables que les espèces actuelles ; mais comme nous voyons aujourd'hui que les espèces domestiques n'ont produit, de l'équateur au cercle polaire, que de simples variétés, quoique la température moyenne de l'un surpasse celle de l'autre de trente degrés, nous devons en conclure que quelques degrés de plus de chaleur (car c'est à un petit nombre de degrés ajoutés à la chaleur actuelle des régions intertropicales que se réduit la possibilité de la vie) ne pouvaient point altérer les lois physiologiques, ni annuler la résistance de la force typique qui limite la capacité de variation de chaque espèce.

La fixité des espèces admise , c'est-àdire la stabilité des phénomènes de la nature organique aussi bien que de la nature inorganique reconnue, on est conduit pour expliquer la disparition des espèces fossiles à admettre l'une des deux conjectures suivantes : ou bien les faunes et les flores qui ont disparu habitaient des contrées où ne se trouvait aucun des végétani et des animaux actuels , et ceux-ci, cantonnés dan* des lieux qui sont aujourd'hui sous les eaux, étaient le produit, avec les premiers, d'une seule création ; ou bien il y a eu de temps à antre, et périodiquement peut être, des

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créations et des destructions successives des êtres organisés.

L'hypothèse du premier cas pourrait, à la rigueur, se soutenir pour les animaux terrestres , malgré le grand nombre de probabilités qui s'élèvent contre elle, et s'expliquer, comme M. Cuvier a essayé de le Taire, par des migrations qui auraient eu lieu , a Tant que les terrains babités primitivement par les races actuelles eussent été submergés , ainsi que par des extinctions dues à ce que la force de reproduction n'est pas perpétuelle, et n'a été accordée à chaque forme organique que pour un temps limité, à respiration duquel elle s'éteint d'elle-même; mais elle ne résiste pas i l'observation de la non-présence des animaux aquatiques vivants aujourd'hui parmi les fossiles. Ainsi les terrains de transition et les terrains secondaires ne renferment aucun débris de nos Cétacés, de nos Phoques et de nos Poissons actuels, et Ton sait cependant déjà que la distribution géographique des animaux avait alors des limites plus étendues qu'aujourd'hui. La difficulté serait plus grande ' encore pour les végétaux qui ne peuvent point émigrer comme les animaux.

Dans le deuxième cas , on peut supposer qu'à chacun des soulèvements de montagnes que M. Élie de Beaumont a montré avoir eu lieu en même temps sur plusieurs grands cercles de la sphère, il s'est opéré, dans la constitution de l'atmosphère et du fluide aqueux, des changements qui ont fait périr les animaux aériens échappés aux déchirements du sol, et les animaux aquatiques dont les races sont éteintes, et qu'alors il y a eu manifestation d'une nouvelle force créatrice.

Ainsi la doctrine de la mutabilité des espèces n'étant point appuyée sur les faits, et celles d'une seule création avec extinctions successives offrant des difficultés insurmontables, on se trouve forcé d'admettre, avec M. l'abbé Croiset et avec M. Piclet , dans son Traité élémentaire de Paléontologie , l'hypothèse des créations et des destructions alternatives pour expliquer l'existence temporaire des êtres organisés qui ont disparu.

Ici cette mystérieuse question de la vie reparaît, non plus sous le point de vue physiologique de sa transmission d'un ascendant t. x.

à un descendant par voie de génération, mais sous le point de vue plus incompréhensible encore de son apparition sur la terre, à des moments précis. Nous disons plus incompréhensible , parce qu'en effet, bien que , dans la génération , la formation du nouvel être ne nous soit point expliquée parla connaissance des organes reproducteurs, nous pouvons observer quelques uns des phénomènes que ces organes accomplissent, et nous avons par conséquent quelques unes des données du problème, tandis que nous ne connaissons en aucune manière les organes ou les agents qui ont coopéré à ces créations; et cependant nous devons penser que pour elles, comme pour toutes celles de ses opérations qui nous sont dévoilées , la nature a employé des agents secondaires comme causes occasionnelles et nécessaires.

La Genèse nous apprend que c'est par un acte de la volonté expresse de Dieu que les êtres organisés ont paru sur la terre , les uns au troisième jour de la création , les autres au cinquième et au sixième. Mais le législateur des Hébreux s'est borné à faire connaître , par un récit poétique , la succession des phénomènes qui ont constitué l'ordre des choses suivant sa croyance; il n'a indiqué comment ces êtres ont été produits que pour la formation de l'homme , et , dans ce cas encore, il ne fait point intervenir de causes secondes ; il met en action la première de toutes les causes, c'est-à-dire Dieu.

Toujours est-il que , d'après la Genèse , les Plantes ont été créées avant les Animaux ; les Animaux aquatiques , les Reptiles et les Oiseaux, c'est-à-dire les Ovipares, avant les Mammifères, et ceux-ci avant l'Homme; et ce qui ne laisse point que d'avoir une certaine importance , c'est que l'élève des prêtres égyptiens était bien éloigné de regarder l'Homme comme un Singe perfectionné, puisque , selon son récit , Dieu lui-même le modela de ses mains et l'anima de son souffle.

Quelques naturalistes opposent à l'idée des créations successives des raisons de philosophie religieuse, auxquelles on ne peut faire qu'une courte réponse. Ils pensent que c'est faire injure à la Divinité que de la supposer obligée de retoucher ses ouvrages, de les parachever en les faisant reparaître sous des formes nouvelles et plus compliquées ; ils disent que Dieu n'a pu, sans déroger à

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sa dignité» ne pas établir, dès l'origine des choses, des lois d'harmonie en vertu desquelles l'arrangement du monde a toujours été gouverné.

Nous ne savons jusqu'à quel point il nous est permis d'appliquer nos idées de dignité ou d'indignité à la puissance suprême. Mais si nous voulions raisonner sur ce sujet, nous trouverions peut-être, en réfléchissant sur nous-mêmes , que la dignité n'est point compromise par la nécessité, et que de plus, quand le Créateur a fixé les lois du monde, il s'est imposé à lui-même les nécessités résultant de la nature même des choses , comme une conséquence des premiers principes qu'il a établit.

Si la théorie actuelle de la formation des mondes est vraie autant qu'elle est vraisemblable, les premiers êtres organisés n'ont pu être créés qu'au moment où la température de la surface de notre globe ( pour ne parler que de notre planète) a permis à l'eau , nécessaire à la vie organique, de pénétrer le soi et d'être tenue en dissolution dans les couches basses de l'atmosphère; il est évident qu'alors seulement la vie a pu exister, car elle ne pouvait résider dans des matières en fusion ou réduites à l'état de gaz ; or , si la force créatrice s'est manifestée une fois, pourquoi n'aurait-elle pu se manifester deux fois , ou trois fois , comme le dit la Genèse , et même un plus grand nombre de fois, comme semblent le demander les populations des divers terrains , et peut-être comme il a déjà été dit ci-dessus à des intervalles périodiques.

Avant les premiers soulèvements de montagnes et les premiers affaissements , les eaux recouvraient probablement toute ou presque toute la surface de la terre peu accidenién; des Plantes et des Animaux aquatiques pouvaient seuls alors exister sur notre globe. Ce n'est qu'après les premiers soulèvements, lorsque le sec parut, comme dit Moïse, que les végétaux qui ont formé les grands amas de charbon, ressource de notre âge, ont pu croître et se multiplier, mais des végétaux impropres à la nourriture des animaux, suivant la remarque de M. Ad. Brougniart, puis, des auimaux aériens sont arrivés, mais des Reptiles seulement, à cause de la grande quantité d'acide carbonique libre qui se trouvait encore dans

l'atmosphère. Plus tard, une portion considérable de cet acide ayant été absorbée pour la formation de la houille, et pour celle des roches calcaires, les Mammifères, qui ont besoin d'un air plus pur que les Reptiles , ont pu apparaître et ont paru.

Voilà , si nous ne nous trompons , de ces nécessités qui résultent de la nature des choses ; nécessités qui en entraînent une autre , à savoir le retour à de longs intervalles de l'agent ou des âge nu secondaires chargés de porter la vie sur notre planète.

Si les personnes qui préfèrent au doute les idées positives , quelque hasardées qu'elles soient, et ces personnes sont en grand nombre, nous demandaient quels peuvent être ces agents, nous répondrions que quelques savants , M. Brocchi entre autres, ont pensé que les populations animales ont pu être détruites par le choc d'une Comète; et d'autres , que les Comètes ont concouru aux soulèvements. On pourrait peut être aller plus loin, et supposer qu'en même temps qu'elles mettaient fin au règne organique existant, elles venaient en apporter un autre.

Ces corps seraient ainsi considérés comme les agents chargés de porter, dans les diverses Planètes, les êtres organisés, au temps où celles-ci se trouvent dans les conditions physiques convenables , pour que les habitants qu'elles y apportent puissent y remplir le rôle auquel ils sont appelés par leur organisation; comme des astres femelles, enceinte de toute une population; comme des oeufs avec lesquels, en effet, les Comète» ont quelque analogie , par les diverses couches ou enveloppes de substances plus on moins transparentes , dont elles paraissent formées, et même par leur queue ou chevelure, qui serait le placenta au moyen duquel elles puiseraient dans l'étber les matériaux nécessaires au développement des êtres en voie de formation , développement qui demanderait un temps proportionné à la rareté de cet éther , et qu'on ne peut «limer à moins de plusieurs dizaines de milliers d'années.

Mais, sans nous arrêter davantage à ces

questions variées , où les suppositions manquent trop souvent de bases , exposons en quelques mois les lois générales qui résultent de la simple étude des faits actuelle-

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oient connus, touchant les fossiles et les principes qui doivent diriger les naturalistes dans cette étude. Dans ce champ de la science, les paléontologistes peuvent espérer d'abondantes récolles, et, en y pénétrant, ils y salueront avec vénération le nom du savant illustre qui a su élever la science des fossiles à la hauteur où elle est parvenue par ses travaux.

La partie de la Paléontologie qui traite des animaux vertébrés offre de grandes difficulté;. Les ossements fossiles se trouvent, la plupart du temps, jetés pêle-mêle dans les couches qui les recèlent, et fort souvent ils sont même réduits en fragments. Il a donc fallu , pour leur étude, recourir à une application nouvelle de l'anatomie comparée, qui consiste à mettre à côté des fragments fossiles les parties analogues des animaux actuels, et, en appréciant les degrés de ressemblance et les degrés de différence , reconnaître la nature des animaux fossiles, et jusqu'à quel point ils se rapprochaient ou s'éloignaient de ceux qui vivent aujourd'hui. On peut dire que cette science est sortie renouvelée des mains de G. Cuvier : sans doute, dès le siècle dernier, Daubenton, Camper, Hunier, Pallas et quelques autres naturalistes, avaient déjà employé avec sagacité la voie de la comparaison pour déterminer quelques ossements fossiles ; mais ils s'étaient bornés à une comparaison d'ensemble et superficielle, d'où ne pouvaient sortir que des résultats incomplets, et ils ont laissé à leur immortel successeur ces magnifiques découvertes, qui, en établissant comme des lois certaines, que les espèces fossiles diffèrent des espèces vivantes, que des populations successives d'êtres animés ont précédé la population actuelle , et que les faunes qui ont précédé la. faune de notre époque en différaient d'autant plus qu'elles se trouvent ensevelies dans des couches plus profondes ou plus anciennes, ont fondé la véritable Paléontologie, et renouvelé ta face de la géologie.

Le principe qui domine toute l'étude des fossiles et qui n'est autre que le grand principe des conditions d'existence ou des causes finales sainement entendu , c'est que chaque être organisé constitue un ensemble de parties harmoniques qui tendent toutes à une même fio , et qu'il existe une telle corréla-

tion entre les formes de ces parties , que la connaissance de l'une peut conduire à la connaissance des autres, et en outre, que chaque embranchement du règne animal est ; construit sur un même plan. Ainsi, le squelette des animaux vertébrés, outre la forme générale, indique les modifications et la force des mouvements ; ces modifications qui s'expriment par la forme des os, donnent le genre de vie qui lui-même est en rapport avec la forme des dents , des mâchoires et des extrémités. On trouve l'application de ces vérités dans le peu de différences que présentent le squelette et les dents des espèces d'un même genre, dont la nourriture et par conséquent le genre de vie sont à peu près semblables. Dans ce cas, il n'y a guère que la taille qui les distingue ; tels sont les Chiens, les Cbats, les Chevaux, les Cerfs, les Antilopes, etc.

L'application de ce premier principe a toutefois besoin d'être appuyée sur l'observationexacte et détaillée des parties fossiles ou vivantes; en effet, les lois de l'économie organique ne sont point encore connues rationnellement jusque dans leurs détails , et Ton est réduit encore à l'observation empirique, pour certaines concordances dont on ignore jusqu'à présent les causes. Ainsi, dans certains ordres, l'existence ou la forme des dents incisives et des dents canines ne peut pas se cooelure de la forme des dents molaires; et réciproquement, la forme des molaires; de celle des incisives ou des canines, précisément parce que, comme le remarque très judicieusement M. Maissiat dans ses Études de physique animale , celles-ci constituent souvent une arme et sont, dans beaucoup de cas, plus en rapport avec la conservation de l'individu , quant à l'attaque et à la défense , qu'avec la nature de ses aliments.

L'ignorance où nous sommes de certains rapports des parties fausse donc quelquefois l'application, en apparence la plus légitime, du grand principe que nous avons rappelé plus haut ; elle entraîne les naturalistes, et a conduit G. Cuvier lui-même à des inductions que des faits ultérieurs n'ont pas confirmées. De là plusieurs savants se sont crus eu droit de contester la solidité et l'efficacité du principe lui-même, et ils pensent que Ton ne peut déterminer le genre d'un

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animal que si Ton possède les parties les plus importantes de son squelette. S'il était impossible de rapporter un os ou même une de ses parties à son espèce lorsque celle-ci est connue , à son genre lorsqu'il est d'espèce inconnue, à son ordre lorsqu'il est d'un genre nouveau , à sa classe enfin lorsqu'il doit former un nouvel ordre, car c'est là tout ce qu'a prétendu G. Cuvier, il faudrait renier l'harmonie des formes et la similitude du plan de formation des animaux de chaque embranchement, et rejeter les ossements fossiles comme on fait de caractères indéchiffrables ou d'énigmes incompréhensibles. Heureusement, avec de l'application et de l'expérience , on parvient à vaincre les difficultés que cette élude présente , et les quelques erreurs où G. Cuvier est tombé ne sauraient pas plus infirmer les résultats généraux auxquels la science des fossiles est parvenue , que les erreurs reconnues dans les calculs des plus grands géomètres ne peuvent compromettre la valeur des méthodes de calculs.

Parmi les fonctions dont les êtres organisés sont douées, les fonctions qu'on appelle animales étant d'un ordre supérieur, et de celles qui indiquent l'embranchement et la classe auxquels ces êtres appartiennent , les organes qui les exécutent ou les parties qui peuvent nous faire connaître ces organes doivent entrer en première ligne dans l'estimation d'un animal; mais le grand ressort de ces fonctions , le système nerveux , ne nous étant point connu dans son action, et les rapports de sa forme avec les effets qu'il produit ne pouvant être appréciés que d'une manière trop générale, parce que c'est surtout comme force qu'il agit , et qu'une même force peut être appliquée à divers mécanismes, nous sommes obligés, pour connaître la nature intime d'un animal , d'interroger ses organes des fonctions végétatives dont l'action se laisse, pour ainsi dire, peser et calculer : les organes du mouvement eux-mêmes, quoique sous les ordres immédiats des premières fonctions, n'étant chez les animaux que des moyens de satisfaire aux besoins de la vie végétative , sont en relation intime avec cette dernière, quant à leur forme. Et comme, dans les animaux vertébrés fossiles , il ne reste d'autres organes de la vie végétative que les dents et les

mâchoires , le caractère dominant dans la détermination des ossements fossiles, après celui qui se tire de la composition du crâne et des vertèbres, devra être celui qui indique le genre de proie du de pâture, c'est-à-dire les dents et les mâchoires. Vient ensuite la forme des membres , qui fait connaître si l'animal va chercher ses aliments sous la terre, dans l'eau ou dans l'air, sur le sol ou sur les arbres.

La profondeur du caractère des dénis se dévoile jusque dans leur structure intime, comme M. Owen le prouve dans son Odcmtographie. Aussi il ne saurait être douteux qu'elles offrent des caractères génériques aussi bien que spécifiques , du moins cbei les Mammifères; car des animaux de genres différents qui ont la même nourriture, les Ruminants et les Solipèdcs, par exemple, qui paissent la même herbe, sont cependant pourvus de molaires de formes diverses, ca que n'exigeait point l'action mécanique de la trituration, qui aurait pu s'effectuer avec des dents semblables. On peut en dire autant de l'Éléphant et du Rhinocéros, de la plupart des Rongeurs , etc.

Ainsi le naturaliste, qui établit un genre nouveau sur une seule dent de forme inconnue , raisonne avec autant de certitude que le philosophe qui , en apercevant des figures de géométrie tracées sur le sable du rivage inconnu où il abordait , en conclut qu'il se trouvait dans un pays civilisé. Pour les animaux, comme les Oiseaux et les Tortues, qui manquent de dents, le paléontologiste éprouve beaucoup plus de difficulté dans ses déterminations que pour les Mammifères , car il n'a plus pour le guider dans l'estimation de la nature des alimeoU que la forme et la force des mâchoires.

Considérant donc, comme hors de doute, la vérité des lois de la détermination des fossiles, il nous reste maintenant à donner un aperçu des populations d'animaux vertébrés qui habitaient la terre au moment où les soulèvements et les cataclysmes qui ont bouleversé sa surface les ont éteintes en totalité ou en partie , telles du moins que la» découvertes, aujourd'hui connues, nous permettent de l'établir. Nous ne nommerons que quelques uns des principaux genres , tous étant cités aux différents noms sous lesquels ils sont connus.

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En procédant des couches les plus superficielles aux plus profondes, nous trouvons que le diluvium renferme des débris d'animaux d'espèces très voisines des nôtres, sinon identiques; mais il en est quelques unes déjà pour lesquelles il existe des caractères différentiels évidents, et qui constituent des espèces éteintes : tels sont le Rhinocéros tichorhynus et l'Éléphant.

Les terrains tertiaires supérieurs nous offrent des espèces particulières de Rhinocéros, des Mastodontes , des Dinothériums , des Uégathériums, des Mylodons, des Toxodons , des Ampbicyons , tous animaux qui n'existent plus, et différents de ceux du diluvium.

Les terrains tertiaires moyens et inférieurs renferment des ossements d'Anoplotbériums , de Palcothériums , de Cbsropo- Umes, de Lopbiodons, d'Hyénodons, des Anthracothériums, qui ne se rencontrent que la.

Les terrains crétacés et jurassiques nous montrent des Mosasaures, des Dinosauriens, des Énaiiosauriens, des Ptérodactyles, et, pour premiers Mammifères, des Didelpbes.

Le trias , le zechstein et le nouveau grès rouge nous offrent des Reptiles moins gigantesques, niais non moins singuliers , tels que des Nothosaures , des Simosaures , des Labyrinthodons , des Rbyncbosaures et des Protorosaures.

Plus bas , dans les terrains de transition, on n'a rencontré que des Poissons, dont quelques uns, les Sauroldes, sont d'une taille gigantesque.

Ainsi, voilà six populations d'animaux vertébrés qui ont disparu, et cinq seulement, si l'on admet que les animaux du diluvium, pour lesquels il y a doute, soient identiques, sauf quelques espèces éteintes, avec les animaux actuels.

1! est à remarquer que H. Desbayes est arrivé , pour les Mollusques , au même résultat, c'est-à-dire à cinq faunes; celles des terrains tertiaires , crétacés , jurassiques , triassiques et de transition, qui n'ont aucune espèce commune les unes avec les autres, sauf dans quelques terrains remaniés. Pour les animaux vertébrés , nous sommes portés à croire que les terrains tertiaires contiennent deux populations, tandis que nous n'avons point encore de distinction

claire h établir entre les espèces du nouveau grès rouge, du zechstein et celles du trias, entre celles de la craie et celles du terrain jurassique, quoiqu'il soit probable que les Icbthyosaures et les Plésiosaures que l'on a trouvés dans la craie provenaient originairement d'autres strates. On conçoit très bien qu'un terrain formé, en toutou en partie, de détritus de terrains plus anciens peut offrir quelques ossements détachés des squelettes que ces terrains contenaient; c'est ainsi que, de nos jours, tous les affluents de la Plata transportent dans le lit et lesalluvions de ce fleuve, des os arrachés aux nombreux squelettes de grands Édentés que renferme le terrain tertiaire argilo-sablonneux des Pampas, sillonné par ces affluents. Aussi est-il probable que les terrains dans lesquels on trouve des squelettes ou même seulement des membres entiers sont ceux qui se formaient durant l'existence des êtres dont ils contiennent les débris, et les couches qui ne renferment que des os épars sont des terrains remaniés.

Pour les plantes, M. Adolphe Brongntart reconnaît quatre périodes pendant chacune desquelles la végétation a revêtu un aspect particulier, dû à la prédominance de certaines familles et au grand développement des végétaux de ces familles. Des études suivies amèneront sans doute un accord parfait entre les résultats de la botanique et de la zoologie fossiles ; cependant on peut concevoir un plus grand nombre de populations animales que de végétales, certaines causes ayant pu anéantir les animaux sans faire périr les plantes, dont les racines repoussent et dont les graines peuvent se conserver pendant longtemps.

Nous n'avons point ici fait mention de l'espèce humaine; c'est qu'aucune observaliou n'a encore ébranlé la loi que G. Cuvicr a établie à. son égard. La race humaine parait n'avoir été contemporaine d'aucune des cinq dernières populations que nous avons examinées; d'ailleurs ses restes en sont rares, et les plus anciens que l'on en ail rencontrés jusqu'à présent se trouvent dans les brèches osseuses du littoral et des Iles de la Méditerranée. M. Alcide d'Orbigny a rencontré des poteries sous le diluvium qui recouvre le terrain Pampéen de l'Amérique méridionale. Tout fait présumer que

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l'homme n'a paru sur la terre qu'à une époque géologique récente; qu'il est contemporain des races actuelles d'animaux, et que, depuis son apparition, il n'est survenu d'autre grand cataclysme que l'inondation qui a formé le dépôt diluvien. L'espèce humaine, qui parait être unique, a produit un grand nombre de variétés ou de races , dont le mélange donne toujours des individus féconds. Ces races nous montrent clairement l'étendue et la limite de l'influence des circonstances extérieures longtemps prolongées, aussi bien sur la forme que sur les facultés intellectuelle.». La race la plus élevée n'a point acquis d'autres organes que les rates les plus dégradées, et celles-ci ont les mêmes aptitudes que celles-là , mais seulement à des degrés divers.

( Laurillard. ) •PALEOPIIILUS («*>aio;, antique; ?<1tw, j'aime ). rept. — Suivant MM. Duraéril et Bibron {Erp. oén., t. VII, 1811), M. Tscbudi indique sous le nom de Palœophilus Agassizii, et précédemment sous celui de Bombinator OEningcnsis, un squelette incomplet d'une espèce fossile d'Amphibiens, du groupe des Crapauds. (E. D.)

PALtOPflIS. PAUONT. — Voy. SERPENTS FOSSILES.

*PAL EOPFIRYNOSou PAL.COPHRY-

NUS. REPT. — Voy. BATRACIENS F05SILES.

*PAL/EOPITOECUS («ala.éç, antique; irfOvixot, singe). ru«. — M. Voigt (Jahrb. f. min., 1835) donne ce nom à un groupe de Singes fossiles. Voy. ce mot. (E. D.)

•PALJEORMS, Vigors. ois. — Synonyme de Psillaca, Driîson, genre de la famille des Perroquets. Voy. ce mot. (Z. G.)

•PALEOSAURIS (t»al«t ôç, ancien; poç, lézard), bf.p. foss. - Genre de Reptiles fossiles établi par MM. Riley et Stuchberg , dont les débris ont été trouvés avec ceux des Thécodontes (voy. ce mot), dans le conglomérat dolomitique de Redland , près de Bristol , terrain qui est considéré comme appartenant aux couches les plus inférieures du nouveau Grès rouge. Ces Reptiles sont ainsi les plus anciens que Ton connaisse jusqu'à présent. Les dents des Pataosaures sont implantées dans des alvéoles, et dentelées à leurs bords antérieurs et postérieurs. Le corps des vertèbres est biconcave, et le canal vertébral l'enfonce au milieu du corps de la vericbrc.

qui est lui-même comprimé, de sorte que ca canal est là plus grand qu'aux extrémités, ce qui fait supposer que la moelle épiniëre offrait une suite de renflements eorrespondanls chacun au milieu de chaque vertèbre. Le fémur a deux fois la longueur de l'humérus ; la forme de ces os annonce que cm Reptiles étaient terrestres. Les premières de leurs côtes étaient articulées par une têleet un tubercule comme dans les Crocodilienr, mais leur sternum offrait le type de cent des Lézards. On compte déjà deux espèces de ce genre : le Pal. platyodon , dont l'une de ses dents est large de 1 1 millimètres et longue de 19; et le Pal. cylindrodon , dont on connaît une dent large de 4 millimètres et longue de 11. (L...D.)

• PAL.*.OSPALA\ («aW;, ancien; anilai , taupe), h am. foss. — Genre perdu d'Insectivores, dont une branche de la mâchoire inférieure a été décrite par M. 0«ea dans Hist. of brilish foss. mamm. and liris, n° 1 . Ce fossile a été trouvé à Osteud près Bacion , sur la côte de Norfolk , dans un dépôt lacustre d'argile de couleur sombre et de sable verdftlre , dans lequel on trouve des troncs d'arbres , des branches et même des feuilles, restes d'une ancienne forêt. On y rencontre également des os d'Éléphants, de deux ou trois espèces de Cerfs , d'ua Cheval et d'un Castor gigantesque. Cet Insectivore avait la taille du Hérisson, et, par la forme de ses dents , dit M. Owcn , il appartenait au groupe des Taupes, dans lequel il comprend les Desmans. Cet animal, qui a reçu le nom de Palœospalax magnus, n'est plus représenté aujourd'hui en Angleterre, et probablement pas davantage sur le continent. (L..D.)

PALEOTIIERILM (««Wç, ancien; Onpi'ov, béte, animal). Voy. Cuvier, Ou. foss., tom. III, SPédit. , et de Blainville, Ostcographie des Ongulogrades.

foss. — Genre de Pachydermes fossiles, découvert par M. Cuvier dans le terrain tertiaire , moyen et inférieur de plusieurs contrées de la France, et principalement dans les plàirièresdes environs de Paris. Les^ animaux de ce genre , que M. Cuvier place entre les Rhinocéros et les Tapirs, portent , j comme les premiers , trois doigts terminés par un sabot à chaque pied , et comme lw seconds , six dents , incisives et deux eani-

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