‹ Dictionnaire universel de cuisine pratiqueChapitre 57 sur 110 · DI N · texte numérisé non relu

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dire que des sels, les eaux, les parties colorantes des végétaux, les ligneux, ainsi que toutes les matières réfractaires aux actes de la digestion, sont expulsés, selon le genre, après dix-liuit ou vingt-quatre heures, ou plus tôt. Une partie se perd par l’air expiré, une autre par les voies urinaires, une troisième par la défécation, et d’autres enfin sont rejetées sous forme de sueur, de transpiration cutanée, d’écailles épidermiques et de larmes. Les phénomènes qui précèdent la digestion, comme la faim, la soif, étant traités ailleurs, je prie le lecteur de s'y reporter.

La médecine de l'école officielle a dressé une table classant les aliments par degré dindigestibilité, comparant ainsi le corps humain à un mécanisme dont le fonctionnement accepte certaines matières et refuse d’autres. En réalité, cette classification n’est peut-être appliquée qu’aux aliments naturels et croqués ou broutés à la manière des frugivores ou des herbivores, et constitue une erreur grossière si l’on considère le degré de perfection où en est arrivée l’alimentation de l’homme civilisé et la modalité même de notre organisme.

Oui, je soutiens ici qu’il n’y a pas, en général, d’aliments indigestes lorsquel’art culinaire les a modifiés. Le plus souvent l’indigestion a une cause tout autre que l’absorption d’un aliment plutôt que d’un autre ; les émotions, la colère, le travail intellectuel et l’exercice immodéré aussitôt après le repas, l’ingestion surabondante d’aliments, et, chez les valétudinaires, les conditions de préparations, etc., etc. sont autant de causes d’indigestion, que chacun doit étudier et connaître, pour réparer et guider par l’hygiène alimentaire les fonctions de son estomac; l’art culinaire sachant rendre facile à l’élaboration tous les aliments.

DIJON, s. p . ( Produits de). — Ville française, chef-lieu do la Côte-d’Or, situé à 315kilomètres de Paris, siirl’Ouche et le Suzon ; entourée de vignobles dont le produit est classé parmi les vins rouges ordinaires de première classe.

La moutarde, le pain d’épices, les nonnettes ont une réputation universelle, ainsi que certaines spécialités de distillation.

DINANDERIE, 5. f. — Terme générique par lequel on désignait autrefois les ustensiles en cuivre : poêlon, bassine, ainsique les plats cise-

dict. d’htgiène alimentaire.

lés à l’ancienne, très recherchés par les antiquaires de nos jours*

DINATOIRE, adj. — Se dit d’un repas qui en même temps sert de déjeuner et de dîner, ou de dîner et de souper.

D I N DE, s. f .{Meleagris). Ail.

Truthahn : angl. turkeyhcn ; ital. pollanea d'india. — Femelle du coq d’Inde ou dindon.

DINDON, s. m. ( Meleagris ).

A 1 1 . l V u thahn ; a n gl . turkey ho ck ; ital. yallo d'india. — Gallinacé Dindon,

de la famille des alecrides , dont on distingue deux variétés : le Meleagris gallopavo , qui vit à l’état libre dans l’Amérique du Nord, et le dindon ocellé , Meleagris ocellata.

L’opinion des naturalistes est très divisée sur l origine de cet oiseau et de son introduction en Europe. Les uns disent qu’il vient du dindon sauvage des Bermudes; d’autres affirment que ce n’étaient que des pintades, et que le dindon que nous avons actuellement en Europe nous vient d’Amérique, importé par les Jésuites.

En présence de ces chicanes scientifiques, il ne me restait qu’à étudier, et voici ce que m’ont démontré mes recherches :

L’Asie a eu ses dindons comme l’Amérique du Nord; ils ont été introduits en Grèce par Méléagre, roi de Macédoine, vers 3559 avant J.-C., et furent en grand honneur chez les Romains. Le dindon figura sur la table des noces de Charlemagne.

Comment ils disparurent? Par quelle épidémie ? On l’ignore. Mais il serait insensé de nier leur existence chez le Romains. Pline en donne la description frappante dans son trente-septième livre, au chapitre II; on sait aussi que Sophocle, dans l’une de ses tragédies, introduisit un chœur de dindons qui pleuraient sur la mort de Méléagre.

La Bille parle de ces oiseaux vivant à l’état sauvage, se tenant dans les fourrés les plus épais; les flottes de Tarsis en apportaient à Salomon. (I, Rois , x, 22.)

D’autre part, l’histoire nous dit que les vaisseaux de Jacques Cœur rapportèrent les premiers dindons de l’Inde en 1432, tandis que Loyola, né en 1481, ne fonda la secte jésuitique

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qu’en 1534, définitivement approuvée par le pape, Paul III, en 1540.

La découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492, c’est-à-dire quarante-deux ans après l’introduction en France des dindons par Jacques Cœur, ne laisse aucun doute sur l’origine primitive du dindon, et cela en tenant compte que l’Amérique était primitivement appelée Indes occidentales. Les Anglais le nomment tur- Icey cocJc , coq de Turquie.

D’après ces faits historiquement démontrés, il est acquis que le dindon venant d’Inde a été introduit en Grèce par Méléagre, et en France par Jacques Cœur, longtemps avant la variété importée par les Jésuites. Par contre, il est prouvé que les races apportées par les missionnaires se sont mieux acclimatées chez nous; ce sont elles qui se sont vulgarisées en Europe.

L’opinion généralement admise en France que ce sont les Jésuites qui nous ont apporté le dindon l’a fait appeler « oiseau des Jésuites » que de mauvais plaisant ont dénommé jésuite tout court.

Les dindons ont autant le droit de se fâcher de ce changement de nom qu’en auraient les Jésuites si on les appelait dindons!

« Se fâcher rouge comme dindon » est un proverbe qui s’applique à une humeur querelleuse, colérique, dénotant un orgueil stupide.

Age du dindon. — On connaît l’âge du dindon aux pattes, dont la couleur est noire jusqu’à deux ans; la troisième année, elles deviennent rougeâtres et ensuite écailleuses : il n’y a pas à se tromper, la chair en est dès lors coriace.

La femelle, ou dinde, est plus petite que le mâle, mais sa chair est plus fine.

Influence de la nourriture. — La nourriture influe beaucoup sur la qualité de la chair de ce gallinacé; les noix, la chicorée le rendent amer; les insectes, le maïs, les baies de genièvre, les pommes de terre cuites, sont la meilleure nourriture, avec la liberté qu’il faut absolument lui accorder.

Les indigènes de l’Indoustan et des Bermudes ne songent pas à domestiquer le dindon, et avec raison; la chair de cet oiseau est, chez eux, parfumée et rappelle le gibier, tandis que chez nous elle a perdu une grande partie de ses qualités.

La dinde de Noël. — Pourquoi cette vieille et douce coutume de célébrer l’avènement de l’en¬

fant Jésus par une dinde rôtie? Je vais vous le dire.

C’est un jour de Noël, alors fêté par des agapes religieuses, que cette volaille d’élite fut servie pour la première fois en France dans un souper de Charles VII. Cette date, je pense, vaut bien celle d’une victoire oubliée, d une conquête perdue. La dinde, dès ce jour, prit dans sa patte noire le sceptre des festins, que l’oie des vieilles Gaules tenait dans la sienne depuis Charlemagne et César.

En embrochant la dinde de Noël, nous célébrons un grand anniversaire de conquête gastronomique.

Hygiène. — La chair du dindon, de la dinde, au-dessous de dix-huit mois, est saine, d’une digestion facile, est sans propriété spéciale autre que celle de nourrir. Elle convient aux diabétiques, aux valétudinaires et aux convalescents.

Usage culinaire. — La dinde et le dindon subissent les mêmes préparations culinaires. La science du cuisinier consiste à connaître l’âge, la qualité de la chair de l’oiseau pour lui appliquer la formule culinaire qui lui convient; un maître de l’art ne rôtira pas un vieux dindon, il le fera braiser. Le coq d'Inde vierge à l'état sauvage est celui qui fournit la meilleure chair.

Rôti est la formule la plus naturelle du jeune dindon. Cependant l’art ne s'arrête pas là, il varie ses formules comme ses garnitures, ses formes et son goût.

Dinde rôtie. — Formule 1469. — Je répète ici ce que j’ai dit plus haut, que c’est un crime culinaire de faire le jus de rôti avec du bouillon de bœuf ou autre; son seul jus doit être son suc allongé d’eau. On doit, pour le rôti, choisir des dindes jeunes; un dindon, ou même une dinde, qui aurait plus de deux ans doit être servie comme relevé, braisée, farcie ou garnie. La seule garniture que l’on peut appliquer à la dinde rôtie est le cresson; tout autre adjonction sort du bon goût, de la vraie élégance, de la science de bien vivre.

Remarque. — On peut appliquer différentes garnitures, qui en déterminent la dénomination; tel, par exemple : aux navets, aux nouilles, à différentes purées, je trouve même : au coulis d’écrevisses, ce qui est de la plus choquante contradiction; je n’ai dès lors pas à m’en occuper. Les galantines, ou dindes froides, s’appliquent aux formules des poulardes, poulets et chapons.

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Dinde à la crème. — Formule 1470. — Après avoir flambé, vidé et enlevé le bréchet d’une jeune dinde, on enlève les deux filets, on les cloute de truffes noires, taillées en clous, on dépose ces filets dans un sautoir beurré, on fait couler dessus une nappe de beurre fondu pour les maintenir blancs; on les saupoudre, on les recouvre d’un papier blanc beurré et, au moment de les faire cuire, on mouille légèrement avec du bouillon de volaille, si possible, ou de l’eau.

D autre part, découper la dinde comme un poulet pour sauter. Foncer alors un sautoir beurré d’une forte couche d’oignons, d’une gousse d’ail, d’une quinzaine de grains de poivre blanc concassé et d’un fragment de thym. Sur ce lit, on range les morceaux de dinde et on mouille les oignons, seulement avec de la crème double de première qualité, et on soumet la casserole à l’ébullition; puis, couverclée dans le four, en ayant soin de ne pas laisser attacher les oignons. La dinde cuite, on sort les morceaux dans une casserole, que l’on maintient au chaud; on passe les oignons à travers un tamis et l’on fait réduire cette sauce.

Pendant ce temps, on aura fait cuire les filets à blanc et, au moment de servir, on dresse d’a¬

bord les carcasses au fond du plat rond et appuyer debout les autres morceaux; on masque avec la sauce liée en dernier lieu, avec du beurre frais, de la crème et des jaunes d’œufs, et l’on met enfin les filets blancs et truffés en pyramide.

La sauce doit être blanche, ainsi que les filets, condition indispensable d’où dépend tout son attrait.

C’est la recette qui, avec le rôtissage, convient le mieux aux dindons sauvages d’Amérique.

Dinde à la lyonnaise. — Formule 1471. — Plumer, flamber et vider la jeune dinde, en ayant soin de sortir aussi lespoumonsetl’os de la poitrine.

Préparer, d’autre part, une farce avec 250 gr. de lard frais, autant de veau, de la crème double , une trentaine de beaux marrons de Lyon décortiqués, cuits et pelés ; assaisonner le tout avec de l’épice à pâté ; ôter le fiel et piler le foie dans la farce, le tout d’un bon goût; mélanger cette farce avec une dizaine de marrons cuits en entier et quelques petites saucisses à griller, longues de 2 à 3 centimètres; en farcir la dinde; la faire cuire à la broche ou dans le four en l’arrosant souvent.

La cuisson dure, selon l’âge, de trois quarts

Fig. 463. — Groupe do dindonneaux à la française. (Voir la formule 1476.)

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d'heure à une heure vingt. Etant cuite, on dégraisse le fond, on le mouille avec de l’eau; on sale, on fait réduire le jus, on le passe et on le sert dans une saucière chaude.

Remarque. — Dans une maison particulière, comme pour le service d’une table d’hôte, c'est un grand inconvénient de servir la pièce farcie entière, c’est-à-dire qu’après être présentée elle doit retourner dans la cuisine, et là, sur une large planche et avec des couteaux appropriés, on détache et coupe les cuisses, l’estomac, le 6 onnetd' évêque, la carcasse, en ayant soin de séparer en deux le sot-l'y-laisse, et on range le tout systématiquement sur le plat; on pose la farce dessus et on la recouvre avec les filets de la poitrine taillés en lames. Cette opération doit se faire promptement, pour que le tout reste chaud. On fait chauffer le suc qui s’en est écoulé et on l’arrose au moment de servir. .

Dinde à la bourgeoise. — Formule 1472. — Dresser la dinde dans la règle, foncer une braisière de carottes, d’oignons, de lard, d’un bouquet de persil, de poivre en grains concassés. Echauder les ailerons et les couper par tronçons, ainsi que le cou, le foie et le gésier, que l’on fait braiser avec la dinde.

D’autre part, on coupe en dés 200 grammes de lard maigre et on le fait cuire dans de l’eau; ailleurs, on fait braiser de petites carottes de préférence, ainsique de petits oignons; on mélange ces garnitures avec les abatis et on arrose avec le fond dégraissé de la dinde. On coupe la dinde et on la garnit du ragoût ainsi préparé.

Remarque. — Dans une maison particulière, dont le nombre des personnes ne dépasse pas cinq, on peut servir la dinde entière en ne découpant que les filets, les cuisses pouvant servir .pour le déjeuner comme viande froide. Si la dinde était cuite à la broche, on devra faire braiser les abatis à part dans une petite casserole.

Dinde aux châtaignes. — Formule 1473 —

Décortiquer des châtaignes ou des marrons (voir ce mot) ; les cuire dans du bouillon de volaille assaisonné et en remplir une dinde préalablement piquée de lard ; mettre dans une petite braisière du beurre frais et faire prendre couleur à la dinde sur toutes ses faces. Submerger la dinde de bouillon en ajoutant une carotte, un oignon clouté et un bouquet do persil ; faire cuire au four ou sur un feu de chaleur régu¬

lière. Si la dinde était cuite avant la réduction à trois quarts de son jus, on devrait la sortir et la maintenir au chaud dans une casserole pendant que l’on fait réduire son jus ; le lier avec un peu de sauce demi-glace. Découper la dinde en levant la poitrine de manière à conserver les châtaignes entières et les recouvrir avec les filets. Si les convives étaient plus de six, pour le service d’une table d’hôte, on ferait braiser les châtaignes séparément en les conservant entières pour en border la dinde coupée et dressée en pyramide. Saucez légèrement et servir de sa sauce à part. Ce mode peut s’appliquer aux vieilles dindes et se sert comme relevé.

Remarque. — On sert aussi de cette façon la dinde à la purée de marrons, ce que je n’ai jamais fait; lors même que cette recette s’est traduite depuis Carême dans tous les livres de cuisine; et cela pour l’inconvénient qu’offre un morceau de viande plongé dans une purée, qui, étant sur l’assiette du convive, a plus d’une fois laissé indifférente une élégante dans la crainte de souiller ses lèvres.

Dindon à la Brillat-Savarin. — Formule 1474. — Le marquis de Cussy, Brillat-Savarin et autres gourmands qui se sont mêlés un peu de cuisine, ont décrété que le dindon et le faisan ne devaient pas être plumés pour les truffer, c'est-àdire qu’on les vidait simplement et on les remplissait d'une farce richement truffée, on en fermait l'ouverture, et, après cinq à six jours, on plumait l’oiseau; on remplaçait la première farce de truffes, qui était destinée à parfumeries chairs, par une nouvelle farce également truffée.

Je n’hésite pas un instant à déclarer hautement ici que c'est un crime de dépenser pour 80 francs de truffes pour un dindon, lorsqu'il n'y a pas amélioration et qu’il y a tant de personnes de par le monde qui n’en connaissent ni la couleur, ni le goût, ni l’arome.

Les artistes les plus autorisés de notre époque ont simplement fait fi de cette fantaisie, et ils se sont contentés, avec raison, de plumer l'oiseau aussitôt tué; de le vider, le truffer, le brider et enfin le barder pour le laisser deux ou trois jours dans le garde-manger avant de le cuire. Ainsi traité, le dindon prend un goût de truffe qui pénètre les chairs, et la cuisson l’embaume de ce délicieux parfum qui vient s’ajouter à sa succulence.

Remarque. — Le dindon truffé, comme le gibier

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doit être arrosé avec sa propre graisse et, s’il est au four, mouillé avec de l’eau. Un cuisinier qui commet le délit de mouiller avec du jus ou du bouillon un de ces trésors de la cuisine mérite d'être dégradé de son titre et, à sa honte, signalé à tous les artistes de l’univers.

Dindon à la Godard. — Formule 1475. — Plumer, flamber et vider le dindon, échauder les ailerons, les farcir avec son foie haché avec du lard frais et quelques truffes hachées; assaisonner à point. Couper le gésier et le cou par petits morceaux d'égale grosseur; faire braiser le dindon dans une braisière foncée dans la règle avec ses abatis. Lorsqu’elle est cuite, dégraisser le fond et l’allonger avec une cuillerée de sauce espagnole et autant de sauce tomate; passer la sauce à travers un tamis et mettre les abatis dans une petite casserole avec une garniture à la Godard et la sauce nécessaire pour la submerger; la mettre sur le feu pendant que l’on découpe lo dindon et qu’on dresse dans un plat creux. Border do la garniture et servir à part le surplus de la sauce. — Se sert comme relevé.

Ailerons de dinde aux champignons. —

Formule nouvelle W9. — Farcir des ailerons et les citronner pour les maintenir blancs. Avec le restant des abatis préparer un bouillon bien aromatisé de légumes. Ensuite, mettre les ailerons farcisdans une casserole et les mouiller largement avec le bouillon passé et dégraissé. Faire cuire à petit feu. Cuire à blanc avec du beurre fin, dans une petite casserole, un peu de farine ou de fécule ; et, lorsque les ailerons seront cuits, mouiller avec leur cuisson et remuer vivement ; lasaucene doitpas être trop épaisse. D’autre part on aura fait cuire des champignons selon la règle. Ajouter à la sauce le jus des champignons ; égoutter complètement les ailerons en les laissant dans la casserole et leur ajouter les champignons. Lier la sauce avec jaunes d’œufs et beurre fin ; l’amener à bon goût et la passer à l’étamine ; saucer légèrement les ailerons pour les maintenir blancs ; les dresser en timbale, les masquer de sauce et envoyer le surplus en saucière. (V. Abatis.)

DINDONNEAU, 5. m. ( Meleagris ). Ail. Junger Puter ; angl. Young Turkey ; ital. giovine polio d'india. — Nom du petit dindon jusqu’à l’âge de six mois ; après cet âge, les sexes se distinguent et on les appelle dinde ou d/ndon.

Le dindonneau se prépare comme le chapon et le poulet, il estexquis rôti et succulent truffé.

Sa chair crue, pilée avec de la crème fraîche, et passée au tamis, constitue une farce délicate et hygiénique. (Voir Demi-deuil.)

Dindonneauàlafrancaise. — Formule 1416.

— Désosser, farci ret piquer deux dindonneaux. Les braiser à blanc en conservant intacts les lardillons; aussitôt cuits, les laisser refroidir et les dresser entier sur un socle, dont le sujet représentera la France ; les alterner de langues écarlates entières. On pourra décorer les intervalles avec de grosses truffes, mais l’état naturel est le mode qui convient le mieux à cette grosse pièce. Le socle est en bronze et le sujet du haut en stéarine. Ce groupe a l’avantage d’être vu à grande distance, de coûter peu do travail et de produire un bel effet. (V. Demi-deuil.)

DINER, s. m. Ail. Mittagessen; rus. abètte, abédouïte ; angl. dinner ; ital. primo, desinare. — Principal repas de la journée.

Repas pour lequel se jouent tous les actes de la grande comédie humaine.

En effet, pour le dîner, les hommes de toutes conditions font trêve aux affaires ; empereur, roi, pape, diplomate et philosophe sont astreints au plaisir ou à la nécessité de la table. Pour dîner, le banquier retire ses mains de l’or pour prendre la fourchette; c’est pour le dîner que le musicien fait vibrer des sons harmonieux; pour le dîner, le poète rime; c’est pour dîner que le médecin guérit et, pour mieux dîner lui-même, certain tartufe nous prêche l’abstinence; c’est pour le dîner que l’orateur fascine, et pour dîner luimême le cuisinier fricote; c’est pour le dîner que le mendiant prie, et pour dîner que le charlatan s’agite, que le capitaine commande et que le soldat se bat. Tous ces maux, toutes ces nécessités fictives de l’organisation sociale ont un seul but : le dîner.

Le dîner est impérieux et nécessaire h tous les hommes, et la privation de ce repas altère et diminue les forces physiques. Et de la qualité du dîner dépendent également les facultés mentales. Aussi :

L’homme d’esprit seul sait manger.

Effets intellectuels d’un bon dîner. — Si l’on étudie la physionomie d’une salle de convives avant le dîner, on verra que la conversation est

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peu animée, froide même; les yeux rêveurs et sans expression ; les figures pâles et la bouche serrée par les muscles zygomatiques paralysés.

Mais en se mettant à table un effort de sociaciabilité se produit, et après le potage , aux premières exclamations de contentement que laissent échapper les plus gais, survient une sorte d’accalmie : c’est l’estomac qui parle. On croirait que les convives ne sont pas en veine de gaieté.

L’un cherche à rompre la glace, mais on reste froid à ses provocations; on sent que la conversation est forcée, que la parole n’arrive pas facilement, qu’il manque de l’entrain. Mais après le poisson et le vin blanc, les langues semblent se délier, et au relevé il se produit un bruit sourd, un ronflement analogue à celui qui précède l’accord des instruments d’un orchestre; avec X entrée, ces sons vont croissant avec une intonation toujours plus élevée et plus harmonieuse; au rôti, les convives semblent se surpasser en courtoisie mutuelle, le bruit est plus distinct, les voix sont vibrantes et les sons justes, il semble que la symphonie va commencer.

Au dessert, les plus taciturnes même s’en mêlent, et se mettent à boire et à bavarder. Les personnes sombres sont devenues souriantes, les visages mélancoliques sont gais, le désordre de la conversation, les discussions animées, les fréquents éclats de rire, les vives contractions de la face, les interruptions bruyantes, les gestes provocants, l’agitation des bras, tout démontre que l’activité de la vie est centuplée.

A l’animation du visage, aux yeux scintillants, nous devinons que le sang ruisselle impétueux et à flots dans le cerveau. Le filet de la langue est rompu, les idées affluent comme si une main généreuse fût venue mouvoir les organes rouillés de la pensée, et verser l'huile sur les pivots et les rouages du mécanisme de la parole.

Et chaque tête est un flambeau.

Inutile d’insister : nous avons tous éprouvé cette transformation qui résulte du travail cérébral. — C’est un vent différent de celui qui soufflait quand nous nous sommes assis.

Des hommes qu’on avait toujours cru taciturnes et d’un caractère froid, on les trouve étourdis, entamant avec une parole abondante et chaude les discussions les plus ardues, argumentant avec une promptitude et un succès qui leur valent des applaudissements.

Au champagne, les convives sont transformés

en une société d’élite où les sciences, les arts n’ont plus de secret pour personne, et chacun rivalise d’empressement, de cordialité et de courtoisie.

Alors il se produit un effet magique; l’imagination abondante arrive au comble : le président ou le héros du festin, qui s’était promis de ne rien dire, se lève, remercie les convives de leur présence et le discours se déroule émaillé des plus fines perles de rhétorique; ses rivaux, ses ennemis même sont encensés d’éloges.

Un deuxième convive se lève à son tour et redouble d’arguments improvisés qui débordent sur tous les assistants, les charment et les fascinent.

Enfin un troisième éclipse les précédents orateurs par l’organe vibrant de son intonation, sa voix fait tressaillir, il semble qu’un fluide magnétique sort de sa bouche, que ses regards projettent le feu, et comme un volcan en éruption la péroraison devient plus intense, la pensée puissante et féconde poussée au parnasse par le foyer phosphorescent, s’élève, sublime, dans les régions infinies.

La salle, paralysée jusqu’alors, éclate frémissante.

L'orateur se rassied, satisfait, mais troublé comme s’il venait de recevoir une décharge électrique.

Le dîner a produit ses effets intellectuels.

DINIAS. — Célèbre financier grec, de naissance obscure et enrichi par l’usure; avide de célébrité, il organisa un festin monstre, où assistaient toutes les classes de la société et dans lequel il s’empoisonna.

DINO,s. m. ( Hors-d’œuvre chaud). — Formule 1477. — Tailler en petits dés des truffes blanches du Piémont et des ris de veau, les mélanger dans un appareil, composé de sauce suprême et de purée de champignons. Procéder comme pour les croquettes de volaille. (Voir ce mot.)

DIPLOMATE, adj. ( A la). — On distingue deux entremets sucrés, un gâteau et une pâtisserie sous cette dénomination :

Pouding glacé à la diplomate (Surprise). — Formule 1478. — (Procédé général.) — Employer:

Amandes douces mondées . grammes 250

Sucre en poudre . — 225

Farine tamisée . — 60

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