‹ Dictionnaire universel de droit maritimeChapitre 4 sur 348 · L. 88 ff. da -Ug · texte numérisé non relu

L. 88 ff. da -Ug

Pour ce qui concerne ipéclBlement le dro<td«5 gens ntarttbiM, ne peut-on pas dire que partie la plus eonsUérablB de U science est celle qui prépare etproroque de netiTenx progrtiî Le commerce marlMmo sera partout la base solide de la rlcheue, et par elle delà sptendeor et do la puiseance.

Cauobit. Droit tHorHimt imUniaUmiai>

1. — n manquait, sur toutes les matières du Droit maritime y un ouvrage complet et spécial qui présentât , dans l'ordre alphabétique et avec des tables analytiques et raisonnées , des résumés précis de législation, de doctrine et de jurisprudence au point de vue commerciaU administratif et pénal : un ouvrage qui Joignit à la sûreté des indications, des sources et des autorités, cette netteté d'exposition et cette mesure de développements qui, en excluant tout ce qui est superflu I n'omettent rien de ce qui est nécessaire.

2. — Après avoir rassemblé, de longue main, tous les matériaux indispensables , frayant, pour ainsi dire, la voie et croyant , en cela, servir noblement le progrès de mon époque , j'essayai hardiment , il y a douze ans, de combler cette profonde et regrettable lacune, en composant de mon mieux le Dictionnaire universel de Droit commercial maritime. Ce travail, resté jusqu'à ce jour unique dans son genre, renfermait, sous chaque article, un traité substantiel à l'usage de tous

ceux qui sont pratiquement mêlés au mouvement des affaires, et à l'étude du Droit. — Chaque solution jurisprudenlielle ou doctrinale était accompagnée des éléments de controverse, et des autorités pour et contre. On avait immédiatement sous les yeux le texte de loi à consulter, la doctrine propre à l'éclairer, et la jurisprudence à invoquer. — C'était là utiliser, pourie Commerce, la Magistrature et le Barreau, le capital le plus précieux dans l'ordre économique et social : le temps — Urne ia money.

3. — Malgré ses défectuosités et ses imperfections, mon livre avait cependant débrouillé le chaos de la multitude prodigieuse des arrêts qui, endroit maritime, avaient passé leurniveau régulateur sur les flottantes doctrines des commentateurs. — Aussi, fut-il encouragé par toutes les chambres de commerce de France et de l'étranger et l'objet des comptes-rendus de la part des plus savants jurisconsultes. — Mon devoir est de tenir compte de la critique. Elle exprime le désir de voir, dans mon style, plus de fermeté et de précision. — Je me suis donc attaché à conquérir l'expression propre, certain qu'elle donnerait plus de relief à ma pensée. — J'ai cru, d'un autre côté, que la meilleure manière de remercier les hommes compétents qui m'avalent fortifié publiquement de leur bienveillance et deleurs sympathies, consistait, de ma part, à donner, par une étude assidue et réfléchie, toute la matiïrité possible au perfectionnement de mon œuvre; autrement à rendre, après un long et mûr examen, cette nouvelle édition véritablement digne du public, par sa précision , son exactitude et son universalité ; surtout en donnant des lois maritimes, après en avoir pénétré le sens et l'esprit, des notions aussi justes qu'étendues ; en formant, de la jurisprudence nautique, un corps de doctrine suivi, précis et lumineux, maJgré l'immensité de sa profondeur.

4. — Dieu seul aidant — sans cesse ravivant mon zèle quand il menaçait de s'éteindre, alors que je peinâis sans relâche — que dis-je? changeant en vérité les obstacles en moyens de puissance et en éléments de succès (a); il m'est enfin permis d'accomplir, de nouveau, le grand devoir d'être utile aux populations maritimes, en leur oifrant une édition, entièrement refondue et considérablement augmentée, de mon Dictionnaire de Droit mantime. Depuis longtemps déjà cette nouvelle édition eût paru si de nombreux travaux, dont je ne pouvais ajourner l'accomplissement, ne m'en eussent réellement empêché. Je ne regrette pas cependant le temps qui s'est écoiilé, puisque, dans sa marche, il a produit des éléments nouveaux qui m'ont commandé, en complétant mon œuvre et en la rectifiant quelquefois, de donner, à cette taste composition, tous les soins qu'on est en droit d'attendre d'un jurisconsulte spécialement voué au droit commercial maritime.

[a) Toyei mon Plan de IKeu ou Pkj/siologie du Travail, 1861, in-8* Paris, Durand.

5. — En présence du mouvement économique, industriel et international 'qui affirme la solidarité des peuples, et dont le commerce maritime estVâme, n'était-ce pas un impérieux devoir de m'appliquer, avec ardeur, à réviser tout le droit nautique de ces douze dernières années; surtout en tenant compte tant des opinions des auteurs les plus récents que des critiques auxquelles mes opinions personnelles ont qudquefois donné lieu," ce qui m'a forcé de les soumettre à un nouveau contrôle? J'ose affirmer que, dans cette nouvelle édition, j'ai laboriensement condensé toutes les matières du droit maritime, dans des traités rédigés avec le plus grand soin, donnant complètement jusqu'à ce jour des résumés véritablement substantiels de la législation , de la doctrine et de la jurisprudence , dans leur dernier état : avec renvoi : 1° à tous les auteurs qui ont écrit sur la matière, 2" aux grands recueils périodiques de Dallo 'z, du Journal du Palais et de Sirey ; 3° aux recueils spéciaux d'Aix, Anvers , Bordeaurf , Havre, Marseille, Nantes et Ronen.

6. — Pour donner une idée vraie de la refonte de mon œuvre, qu*il me suffise de signaler, d'une part, que les tables spéciales de ces nouveaux traités sont, pour la plupart, plus étendues que certains articles renfermés dans mon éditi'on de 1855, et, d'autre part, que cette nouvelle édition comprend quarante-huit traités, reliés entr'eux par une table générale, et dont voici la nomenclature : V Abandon maritime; 2" Abordage; 3° Actes de commerce maritime ; 4" Actions maritimes ; 3" Affrètement ; 6" Armateur ; 7° Arrêt de Prince ; 8" Arrimage ; 9* Assurances maritimes ; 1 0*" Avaries; 1 1 " Baraterie de Patron ; 1 2" Bateaux à vapeur ; 1 3" Bornage ; 1 4" Cabotage ; 1 5" Capitaine ; 1 6" Chargeurs; 17° Chirurgien ; 18" Colonies françaises ; 19" Compétence; 20''Gon3uls;2l"Courtiers; 22** Délaissement; 23" Discipline maritime; 24"Douane;25°Emigrationeuropéenno; 26' Epaves; 27" Francisation ' (acte de); 28° Gage commercial et maritime; 29" Gens, de mer; 30" Guerre; 31" Inscription maritime; 32" Jet; 33" Marine de l'Etat; 34" Navigation ; 35" Navire ; 36" Ordonnances de la Marine ; 37" Pêches ; 38" Pilote ; 39" Police sanitaire ; 40" Ports; 4 1" Prises maritimes ; 42" Réformes maritimes; 43" Règlement d'avaries; 44" Rôle d'équipage; 45" Sauvetages; 46" Usages nautiques; 47" Ventes maritimes ; 48" "WaiTants.

7. — fès 4855, l'objet de ce livre, au moment où je Tentrepris, m*avait semblé un sujet éminemment digne d'être approfondi. Ce qui ^ me paraissait vrai,alors,me paraît l'être encore davantage aujourd'hui, surtout en présence des nouvelles lois sur le crédit. En effet, si l'audace et le génie du commerce ont créé la navigation, l'océan — théâtre . de l'importation et de l'exportation des produits du globe — ne demande-t-il pas, à l'industrie exaltée, des navires plus vastes ? Si la lettre de change affranchit de tout danger, sur terre et sur mer, les

transports d'argent ; si encore, dans sa fonction juridique, elle proclame hautement l'influence du commerce sur le bonheur (les peuples, sur la prospérité, la richesse et la puissance des Etats ; le crédit sur ■marchandises {b) n'a-t-il pas créé duelque chose de plus puissant que la lettre de change ? Par le mécanisme de ses instruments de négociation, la plus grande circulation n'est-elle pas donnée à la valeur' marchandise ? Quoi de plus merveilleux que 4e récépissé , cet instrument de transmission et de disposition, ce titre de propriété pour le déposant ; que le warrant , cet instrument de crédit par excellence, ce litre privilégié pour le porteur? — Rapides véhicules de circulation de la marchandise aliénée ou engagée, ne les voit-on pas, sans frais et sans déplacement, représentatifs d'une valeur matérielle , mobile et tangible; transmissibles.parla voie de l'endossement; plus solidement garantis que les lettres de change ouïes billets à ordre ; et, par suite, allant toujours frapper, avec certitude, au grand réservoir des capitaux? — L'institution du crédit sur marchandises fait naître des questions pleines d'intérêt, et qui se combinent avec l'économie politique (c) et les rapports internationaux {d). Plus que jamais destinée au mouvement, puisque la circulation peut anticiper sur la consommation, la valeur -marchandise attire les capitaux par ses instruments de crédit. — Aussi, dans ce nouveau travail, figure an traité sur les warrants.

8. — C'est ici le lieu de dirô un mot de l'application des warrants aux navires (e). De même que le connaissement représente la valeurcargaison, et renferme symboliquement la détention de la marchandise; l'acte de francisation n'est-Kpas appelé k circuler, un jour, en totalité ou coupons, àFinstar des connaissements ; et, dès-lors,à £aire son a4)parition, sur le marché des marchandises comme sur celui des capitaux, avec une annexe ou bulletin de gage ? Est-ce que la valeurnavire, essentiellement plus mobile et plus active que la valeurmarchandise, doit rester perpétuellement déshéritée des instruments de crédit qui rendent la valeur-cargaison toujours vénale dans sa rapide et vive circulation ? Espérons donc que la pensée des hommes d*£tat est fortement éveillée sur la nécesssité de warranter les navires , et d'ouvrir ainsi, à l'mdustrie nautique et aux spéculations maritimes, des horizons nouveaux. — Pourquoi ne l'avouerais-je pas? Promoteur de l'application des warrants à la propriété maritime, dont j'ai conçu le premier l'idée en 186?, je me suis réjoui lorsque, dernièrement, la commission du Corps législatif, chargée d'xaminer le projet de loi relatif à la marine marchande, s'associa, toute entière,

{b) Voyez mon InstiliUion de Crédit sur Marchandises. 1859, gr in-8°. Paris, Durand.

le] Voyez mon Discours de clâtured'un CoursdeDroit économique, professé à l'Hôtelde- Ville (In Havre, 1803-1864, in-8*. Paris, Durand.

(d) Voyez mon Étude sur la vie et tes travaux de Groiias ou le Droit naturel el international, 18G2, in-S". Paris, Durand.

le) Voyez mouApplicationdes Warants àla Propriété nwn(tjïw!,1863, in-S*. Paris,Durand.

à la pensée de « donner aux titres de propriété du navire des moyens de mobilisation et de transmission faciles, et de leur accorder la forme de valeurs négociables pouvant être warrantées ». Je me suis réjoui également lorsque j'ai vu celte même commission du Corps législatif demander aussi, à l'unammilé, la révision complète du livre II du code de commerce, intitulé : du Commerce maritime. Depuis 1860, parla plume {f) coqjime par la parole (9), je milite, avec courage et persévérance, pour obtenir cette révision.

9. — Qu'on ne s'y trompe pas , la véritable culture de l'océan consiste moins à tirer, de ses abîmes, des poissons, des coquillages et des plantes, qu'à labourer toutes les mers avec des navires qui exportent et importent les produits échangeables dea nations. On ne saumil trop faire pour appeler les capitaux sm* le domaine commun de la mer. L'argent affluera vers les constructions des bâtiments du commerce, du jour où un mécanisme juridique d'instruments d'aliénation et d'engagement rendja possible la circulation de la vateur-bâtiment de mer. Lorsque l'ingénieuse application des warrants à la valeur-navire sera légialativement consacrée, des sociétés puissantes se formeront pour se livrer à l'industrie lucrative des constructions el armements maritimes, dont les fruits et produits seront bien des fois plus avantageux que le loyer des maisons. Je consacre un chapitre spécial à l'étude de ces graves questions, sous le titre Réformes maritimes. Là, j'examinerai, aussi, l'assurance du fret à faire et du profit espéré (/i) et tous les amendements qui intéressent particulièrement les gens de mer {i).

10. — Peut-être la critique me reprochera-t-elle de joindre à la doctrine d'examen, qui consolide les faits et les idées, la doctrine novatrice, qui veut combler les lacunes du droit maritime et satisfaire, autant que possible, à toutes les exigences des spéculations nautiques. Ainsi, en même temps que j'ai proposé, depuis plusieurs années, que la valeur-bâtiment de mer soit symboliquement représentée comme \a valeur -cargaison {J)j j'ai tenté de créer la forme du nantissement direct des navires (A)qu*on n'aperçoit nulle part dans le droit maritime européen; comme j'ai essayé de prouver la nécessité d'abroger, si non totalement au moins partiellement, l'art. 347 du Code du commerce. — Il faut bien le dire, il a puissamment aiguillonné mon

(/) Voyez 1° ma lîevue critique de Junsprmlence mariUme, : 2" Des Cens de Mcr—Con ■ naéralions générales sur les Contrats nauhques, ) 860- 1863.

(g) \oyezle Journal du Havre dii26 avril 18C5, rendant compte de mon Discours de clôture d'un Cours de Droit maritime , que j'ai professé à rHôlcf-de-Ville du Havre, 18Gi-65.

{h] Voyez mon Assurance du Fret à faire el du Profit espéré, 1860, in 8% Paris, Durand.

(il Voyez mon étnde : Des Gens de Mer, 18C3, iB-8° Paris, Durand.

{jl Voyez mon Application des Varrants à la Propriété maritime, 1803. in-S", Paris, Oorand.

{ki Voyez mou fiantisaejnsnt el Vente des Navires, IWi, iu-S", Paris, Durand.

esprit, l'accueil favorable que le premier Ck>rps de l'État a daigné faire à ma pétition sur Vexécuiion interTiationale des Jttgements étrangers et surtout à ma théorie de l'assurance du fret à faire et du profit espéré^ objet des méditations des Chambres de Commerce qui ont, àTunanîmité, émis un avis favorable.

11. — Dominé par la conviction profonde de ne pas desservir la chose publique, en m'imposant la difficile et pénible tâche de découvrir des combinaisons pratiques qui sont une nécessité des besoins nouveaux du commerce maritime, je continuerai donc à me donner la liberté d'utiliser la doctrine d'investigation, et je chercherai, sans cesse, à juridiquement concilier les droits complexes, multiples .et contradictoires qui s'agitent dans le domaine maritime. Pour ne parler que des Gens de mer ', (m) la justice ne commande-t-elle pas de discipliner la liberté du contrat maritime ; et ne doit-elle pas empêcher que le matelot, presque toujours inhabile et inexpérimenté, livre ses salaires aux éventualités de clauses pénales ? Tout esprit calme et réfléchi verra, du moins je l'espère, dans mon étude sur les gens de mer, un salutaire contrepoids économique au décret disciplinaire et pénal sur la marine marchande. Les garanties qui doivent entourer civilement les intérêts des inarins ne feront qu'égaliser les droits réciproques et les devoirs commutatifs des propriétaires de navires et de ceux qui, par le seul fait de leur inscription au rôle d'équipage, sont rigoureusement astreints aux règles inflexibles de service, d'ordre et de discipline à bord des vaisseaux du commerce. Ce sera, du reste, le moyen d'éviter beaucoup de procès («). -

12. — Il ne faut pas se le dissimuler, ce n'est qu'en pénétrant les entrailles des matières du Droit maritime qu'on peut reconnaître la nécessité de le réformer et qu'on arrive à faire ressortir soit l'in-

. sui&sance, soit l'imperfection de ses dispositions. La loi solennelle du progrès, en s'avançant toujours avec son esprit civilisateur, fait que rien n'est moins stationnaire que la connaissance des principes .juridiques. Et voici, en effet, que le pouvoir législatif modifie les lois au fur et à mesure des besoins sociaux ; que la pratique soulève chaque jour des difficultés nouvelles ; que la théorie éclaire les points douteux ; et que surtout la jurisprudence fixe les incertitudes. Sans elle on n'a qu'une science imparfaite et inexpérimentée. Voilà pourquoi— obéissant aux conseils d'hommes recommandables et qui sont à la hauteur des progrès delà navigation; encouragé et soutenu par ceux qui ont rang dans la science ; et aussi fermement convaincu que la marine marchande ne peut plus attendre son salut du retour

(0 Voyez le Moniteur du t"mars 1863.

(m) Voyez monétnde : Des Gens de Mer, 1863. In-S- Paris, Durand. In) Voyez mon ouTrage intitulé : De l'Extinction des Procès ou l'Amiable composition remplaçant l'ArbUrage, 1859. in-S- Paris, Durand.

à un. régime que les révolutions économiques de ces dernières années ont désormais rendu impossible — j'ai incorporé, dans cette nouvelle édition, mes éludes critiques où j'ai notamm^ent combattu le mensonge authentique de la constitution indirecte du nantissement maritime; indiqué la forme légale des transferts nautiques, soit à titre de gage soit à titre de vente ; et ce que devait être le titre de propriété du navire, ainsi que l'assurance du fret à faire et du profit espéré. Ce sont là des matières intéressantes et dignes d'appeler constamment la sollicitude du Gouvernement et les méditations des Législateurs,

13. — Pour ne relater actuellement que l'Assurance maritime, sans doute d'iminenses services ont été rendus à toutes les nations par le développement de ce mode de garantie; mais il £aut bien avouer, cependant, qu'il est malheureusement au-dessous des besoins du monde commercial ; et qu'il ne faut point être sourd au vœu formé, par les hommes dévoués à la prospérité de la richesse nationale, touchant l'abrogation immédiate de certaines prohibitions légales qui empêchent le contrat d*assurance d'être au niveau des besoins universellement manifestés et reconnus. — Malheur à celui qui n'a point foi dans les principes immuables de la perfectibilité. Certes, toute innovation est difficile et constitue une rude épreuve pour celui qui la tente; mais qu'il soit rassuré, ce n'est point dans la patrie des sciences qu'il sera dit que le regard des législateurs s'éloignerait d'un système plus parfait sur les contrats maritimes, et qu'on refuserait de l'introduire dans le glorieux domaine de la jurisprudence.

14. — Valin, Pothier et Emerigon, dans leurs utiles et savants travaux sur le Droit maritime, répandirent sans doute de grandes lumières sur la science, en rectifiant deserreurs,enTfiisolvant des diffîpultés, et en conciliant des opinions contradictoires; pourtant, loin de faire accomplir quelques étapes au Droit maritime, ils le laissèrent au point où ils l'avaient trouvé. Effectivement ces jurisconsultes fameux se bornent à commenter, avec une grande hauteur de pensée, le Droit maritime français, dans sa partie commerciale, tandis qu'on était en droit d'attendre de l'étendue de leur science et de leur sagacité que le regard de leur critique porterait sur les. véritables principes, et qu'ils proposeraient de faire, à la législation, des améliorations et des changements.

15. — De nos jours, les juristes doivent s'ingénier à placer le Droit nautique en harmonie avec les besoins économiques, tels qu'ils se produisent expérimentalement dans la région avancée des spécuculations commerciales. Parlons avec plus de sévérité, ils failliraient à leur lâche, les légistes qui négligeraient le soin de combiner mûrement des dispositions réformatrices exigées par la pratique. La pra-

tique, avec ses nécessités impérieuses, ne provoque-t-elle pas ardemment rélimination des points vicieux de la législation actuelle ? Des principes nouveaux ne sont-ils pas engendrés par les découvertes, le progrès et le génie perpétuellement civilisateur du commerce maritime?

16. — On ne peut arriver, par example, à la connaissance de la vérité, en matière d'indemnité des risques,qu'en approfondissant, avec beaucoup d'attention et de soin, toutes les transactions nautiques constitutives des contrats d'assurances maritimes et de prêts à grosse aventure. Il n'est pas d'expérience, au point de vue juridique, quelqu'étendue qu'elle puisse être, qui soit capable, même après plusieurs années d'étude , de satisfaire aux besoins immédiats du commerce : en prévoyant tous les cas litigieux que peuvent entraîner, activement et passivement, les stipulations des contractants, relativement aux marchandises, au navire et au fret. Mais n'oublions jamais que l'élimination des imperfections juridiques doit' s'opàrer avec circonspection. Les réformes exagérées, au lieu de faire avancer le triomphe des véritables principes, seraient, par la réaction qu'elles pourraient causer, le plus grand obstacle à un progrès régulier. Donc, la pensée qui poursuit des améliorations et combine le thème de nouveaux perfectionnements, loin de se borner à des plaintes et à des critiques sur ce qui est, doit, avec sagesse, indiquer, d'une manière précise et lucide, ce qui devrait être pour satisfaire aux besoins de l'économie sociale. Aussi, pour plus de clarté, j'ai dû assigner au traité intitulé Réformes ma- Htimes, des fragments particuliers, en condensant, dans chacun d'eux l'examen approfondi des règles actuelles, pour faire ressortir les imperfections dont elles sont chargées, en émettant également des prmcipes nouveaux qu*une pratique éclairée appelle à l'état de maximes régulatrices des spéculations maritimes de chaque heure et de chaque jour.

17. — Dans l'ordre administratif il était réservé, à la sagesse du Ministre actuel de la marine, de méditer les reformes exigées par la navigation. Voyant que les abordages parlaient un langage trop éloquent, et que les sinistres maritimes appelaient, contre l'incurie sur mer, des mesures préventives aussi protectrices de l'intérêt individuel et collectif que celles qui gouvernent les transports sur terre, l'administration de la marine est entrée dans les voies perfectionnées de la sécurité sur l'océan. Effectivement, on ne saurait trop applaudir anx mesures'de police et de sûreté, soigneusement élaborées avec une haute expérience , destinées à régir la conduite et à gouverner la direction des navires de commerce et des bâtiments marchands sur les routes maritimes et fluviales où, comme sur les voies ferrées, la vapeur est l'àme de la locomotion,

18. — L'Empereur, à qui la France doit tant de réformes utiles

et dont la puissante initiative est si féconde en résultats pratiques, avait, dès le 17 aoùH852, garanti la sécurité de la navigation par un décret qui fut amendé en 1 858 et définitivement remplacé par celui du 25 octobre 1862. — Ce dernier règlement impérial constitue la police même de la navigation. Partout animé de l'esprit économique, engendré par la solidarité, il provoque perpétuellement la vigilance des gens de mer et chasse la négligence et l'incurie. Oue dis-je ? En stimulant l'àme des marips à la vigilance dans le devoir, il perfectionne éminemment notre droit maritime si laconique dans ses dispositions législatives. — Chose remarquable , leis régies presdrites par le décret du 25' octobre 1862 sont observées par la plupart des nations maritimes. En les respectant, on diminuera certamement les chances de collisions; et, par suite, on épargneradbs pertes au commerce et des regrets à l'humanité.

19. — n convient, en terminant, de dire un mot du Gode commercial des signaux à l'usage des bâtiments de mer. Voici que tous les navires, à quelque nation qu'ils appartiennent, quelle que soit la langue que parle leur équipage, échangent, entre eux, des avis et des demandes, et communiquent sur mer, d'une manière uniforme, au moyen du Dictionnaire des signaux, d'une série de pavillons et de boules noires. Cette langue de la mer m'a porté à chercher la création d'une langue universelle sur toute la terre (o).

20. — A cette heure où les peuples sont, par les signes les plus éclatants, irrésistiblement portés à l'union; à cette heure où la télégraphie sous-marine met en rapport les deux mondes et toutes les contrées habitées, j'espère avoir découvert la langue universelle de l'humanité. Dans les communications que j'ai faites, sur ce point, aux sociétés savantes, j'ai appelé ma découverte : « Langue universelle de l'Humanité, ou tél^raphie parlée par le nombre agissant, réduisant à Vunité tous les idiomes du globe, compris instantanément d'un pôle à l'autre et à toutes dislances. « Je m'occupe, avec ardeur, de terminer les écrits propres à faire expérimenter, le plus tôt possible, cette prodigieuse réalisation. Âi-je besoin d'ajouter qu'en présence des grdndes et mystérieuses destinées de la civilisation^ les conséquences de cette découverte seraient incalculables économiquement, politiquement, religieusement et socialement ?

21. — Mais il importe, avant tout, de doter les populations maritimes de la nouvelle édition de mon Dictionnaire de Droit maritime. Les esprits méthodiques et classificateurs reconnaîtront, dans la contexture des quarante-huit traités, objet de livre, les procédés de classement en usage au Palais. — Pour faciliter les recherches, il y a.

[o; Vcyez ma théorie sur la Langue universelle de l'humanité ou télégraphie patr Im par te nombre agissant, réduisant à l'unité tous les idiômes du globe.

en tête de chaque traité, un vaste sommaire alphabétique et raisonné : véritable tableau synoptique de la matière. Chaque table spéciale, permet d'embrasser, d'un seul coup-d'œil, l'ensemble de chaque traité. En outre, il existe à la fin de l'ouvrage une table générale qui retourne les matières sous toutes les faces. Rédigées avec la plus grande précision, ces tables rendent les recherches d'autant plus promptes et plus faciles qu'elles renvoient à une série numérique enchaînant tout l'ouvrage. Les hommes vraiment studieux, qui apprécient à sa juste valeur le bon emploi du temps, se prononceront sur l'utilité de pareils instrumeats de travail. Quant à moi, j'ai toujours pensé que des tables de matières doivent être à un livre ce que des escaliers sont à une maison. Une construction scientifique, fût-elle la plus belle de tbutes, peut-elle atteindre à son utilité pratique si elle n'est instantanément pénétrée, dans toutes ses parties, par des indications rigoureusement certaines qui fixent promptement le lecteur ?

22. — Puisse cette nouvelle édition être profitable au bien et à la prospérité Commerce maritime : ce sera la meilleure récompense de mon absolu dévouement au juste et à l'utile. — Au reste, bien loin de vouloir me soustraire à la critique sage et éclairée, je prie et même je conjure tous ceux entre les mains de qui cet ouvrage tombera, de prendre à mon égard la même liberté que je me suis donnée en étudiant ce dif&cile sujet qui forme, sans contredit, une des branches les plus intéressantes de la science du Droit. Si on me fait voir que je me suis trompé sur le perfectionnement d'une œuvre à laquelle j'ai sacrifié tant de veilles, je ne cesserai de profiter de l'avis.

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