LIVRE I : DE DIEU
avec l'Unité suprême et le Bien. — Dans la philosophie d'Alexandrie et chez les Gnostiques le démiurge se distingue de l'Unité ou Cause première et il est l'âme du monde ou du moins un intermédiaire entre Dieu et la créature.
Démon. — Chez les Grecs, le nom de démon équivalait à celui de génie ou de puissance invisible, soit mauvaise, soit bonne ; c'est ainsi que Socrate a parlé de son démon, qui le détournait du mal, l'avertissait de certaines fautes de ses amis, etc. Dans la terminologie chrétienne, le nom de démon est réservé aux mauvais anges. Leur chute fut d'autant plus grande qu'ils étaient plus élevés. Car, pour les anges, il n'y a pas d'infidélité partielle, de vocation à demi remplie. L'ange, pure intelligence, se déterminant après une considération à laquelle rien n'échappe, veut tout ou rejette tout, ne commet pas d'inconséquence, accepte toute la grandeur de sa vocation ou tombe sans excuse dans l'infidélité. La malice des démons est donc proportionnée à leurs forces naturelles. Leur péché fut un péché d'orgueil. Ils n'aspiraient pas directement à se faire dieux : aucun être ne veut changer de nature ; mais ils prétendaient se rendre semblables à Dieu, en obtenant par eux-mêmes la vue de l'infini. Ce fut plus tard le péché d'Adam.
Satan, avec les anges déchus, a été précipité dans les enfers, c'est-à-dire qu'il a été privé du bonheur et que certains lieux inférieurs ont été spécialement assignés à sa puissance. Il n'agit dans ce monde et sur les hommes que dans la mesure où Dieu le permet pour les éprouver ouïes punir; mais son influence est encore si grande qu'il a été appelé, dans l'Ecriture, le Prince de ce monde. Quant à la multitude des mauvais anges et des réprouvés qui se sont révoltés à son exemple, il en est le maître incontesté et redoutable. Entre eux et lui, il n'y a plus les liens si doux et si forts de l'amour, mais les chaînes forgées par une haine commune et la plus dure des nécessités.
Obsession. Possession. — L'obsession proprement dite ou diabolique consiste à être tourmenté par le démon; la possession marque une influence diabolique plus grande encore, puisque le possédé n'est plus le maître de ses mouvements. Dans l'obsession, le démon agit du dehors, pour ainsi dire, tandis que dans la possession il agit au dedans. On ne peut nier en principe tous les,faits d'obsession et de possession, sans contredire l'Écriture et l'expérience de tous les siècles. Ces faits s'expliquent de quelque manière, si l'on songe que le monde spirituel ne doit pas être sans prise sur le monde matériel, avec lequel il ne fait qu'un même ensemble. Les esprits, bons ou mauvais, peuvent donc agir sur les corps. Ils peuvent produire le mouvement et, par là, mettre en jeu les forces de la nature, comme le ferait un chimiste ou un physicien, et causer mille phénomènes semblables à des miracles. Dieu seul cependant peut produire des miracles proprement dits, c'est-à-dire des effets supérieurs à toute causalité créée ; et les anges eux-mêmes, de même que l'homme, ne peuvent ici être que ses ministres. Mais l'action naturelle de l'angesur l'homme n'en est pas moins remarquable: il peut créer des illusions et présenter à l'intelligence des tableaux saisissants, exciter la volonté en réveillant les passions, enflammer l'imagination, changer momentanément toutes les impressions des sens, causer ou simuler toutes les maladies, etc. Toutefois, il ne peut jamais captiver l'intelligence et s'emparer de la volonté : Dieu seul qui est la vérité sans ombre et le bien sans bornes, peut, en se révélant, exercer sur l'intelligence et le cœur de la créature cet empire absolu. (V. Ribet, Théologie mystique; D1' Hélot, Névroses et possessions diaboliques, 1897; in-8).
Asmodée, Astarté, Baal, etc. — L'Ecriture
sainte a nommé plusieurs démons ou faux dieux adorés par les païens et aussi par les Israélites dans leurs jours d'égarement: Asmodée, qui obsédait Sara, celle qui devint l'épouse du jeune Tobie ; — Astarté ou Astaroth, déesse des Sidoniens, la même, parait-il, que l'Aphrodite des Grecs; — Baal ou Bel, Bêlas (c'est-à-dire Seigneur), qui est associé à Astarté et que les Phéniciens adoraient comme le dieu-Soleil. On lui sacrifiait des victimes humaines. Il recevait divers noms, selon les lieux: Baal-Berith ou seigneur de l'alliance (à Sichem); Baal-Pègor ou Belphègor (sorte de dieu Priape chez les Moabites); Baal-Zébub, ou Behébuth, le dieu chasse-mouches; Baal-Gad, le dieu delà fortune, etc. Baal prend le nom de Bel ou Bélus ou Bé/os, chez les Chaldéens et à Babylone*. — Bélial était une idole des Sidoniens. Dans l'Ecriture, le nom de fils^ de Bélial est donné aux impies, aux pires des méchants : « Quel accord peut-il y avoir, dit S. Paul, entre le Christ et Bélial? » — Daqon était adoré par les Philistins, qui lui avaient élevé un temple à Azoth. Us y placèrent l'arche d'alliance, qu'ils avaient prise sur les Israélites ; mais l'idole fut renversée et même décapitée. Plus tard Jonathas s'empara d'Azoth et détruisit le temple — Mammon était le dieu des richesses, chez les Syriens : « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l'argent (mammona), disait Jésus à ses disciples — Moloch, c'est-à-dire roi, était adoré chez les Ammonites, les Moabites, les Phéniciens et les Carthaginois. On l'a identifié avec Baal et aussi avec le Chronos grec ou Saturne (qui dévorait ses enfants). On lui immolait des victimes humaines et surtout des enfants. Ces pratiques peuvent être rapprochées de la légende du Minotaure, à qui les premiers Athéniens payaient un tribut de jeunes victimes humaines. On pense aussi que le fameux taureau de Phalaris était une statue de Moloch — Quanta Mèphistophèlès, c est une création de Gœthe, esprit à la fois incrédule et superstitieux, qui s'est inspiré de vieilles légendes germaniques.