‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 100 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

Dieu lui préfère la guerre : Prince de la paix, il est aussi le Dieu des armées. La paix est un besoin pour toute société ; on ne saurait y renoncer en principe. De là des lois contre Y excitation à la haine ou au mépris du gouvernement, ou des citoyens les uns contre les autres. Mais les sociétés ne sauraient conserver la paix extérieure, quand la morale et la religion ne la font pas régner dans les cœurs.

Vengeance. — Au sens de punition ou de réparation, la vengeance n'est qu'un effet de la justice ; elle est dès lors légitime autant que nécessaire. Telle est la vindicte publique. Le Dieu des miséricordes est appelé aussi le Dieu des vengeances. Mais la vengeance qui est le fruit du ressentiment et de l'orgueil offensé, celle aussi qui est infligée par les particuliers, alors qu'il appartient à l'autorité publique seule d'exercer la justice et la répression, doit être comptée parmi les vices. Telle est la vendetta, encore usitée en Corse, en Sardaigne, au Monténégro. En vertu de cet usage barbare, tous les membres d'une famille sont appelés à venger le meurtre d'un parent, soit sur le meurtrier lui-même, soit sur les membres de sa famille — Les anciens avaient personnifié la Vengeance (v. Némésis et les Furies). L'iconographie chrétienne représente la vengeance divine sous la forme d'un ange armé d'une épée flamboyante.

Médiation. — En politique, c'est l'acte d'une troisième puissance qui s'entremet entre deux autres pour rétablir la paix ou prévenir la guerre. A la médiation peut se rapporter l'arbitrage international, qu'on devrait s'attacher à faire entrer dans nos mœurs politiques. Toutes les fois que deux puissances seraient en désaccord, elles conviendraient de s'en remettre à la décision d'arbitres choisis par elles. — En religion, le titre de Médiateur est décerné et convient éminemment à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a réconcilié le ciel avec la terre et Dieu avec les hommes, au prix de son sang.

Bienveillance. — Vouloir du bien au prochain et à tous les hommes, manifester des intentions favorables en attendant les actes qui en seront les effets et la preuve, est la première condition de la charité, c'est la première forme du sentiment et de la vertu d'humanité. De là la bienveillance ou la bienveuillance, comme on a dit d'abord. Cette vertu fonde la société en quelque manière, puisqu'elle ouvre tous les rapports pacifiques des hommes entre eux. On comprend donc qu'un philososophe comme Cumberland, évêque anglican, l'ait donnée pour base à la morale. Il opposa cette théorie à celle de Hobbes, qui ne plaçait ^ que l'égoïsme et la guerre à l'origine des sociétés — Ce mot, d'ailleurs si heureusement adopté, n'a guère été employé par nos meilleurs écrivains et il se dit des supérieurs par rapport aux inférieurs.

Bienfaisance. — Elle est l'effet ou l'exercice efficace de la bienveillance. Cicéron (de Ofpciis) la regarde, et à bon droit, comme le complément de la justice. Sénèque lui a consacré son traité des Bienfaits. Aujourd'hui on la confond souvent avec la charité ;mais elle n'est par elle-même qu'une vertu naturelle qui prépare la charité ou qui la manifeste, si elle existe.

A la suite de la Révolution, qui avait ravi à l'Eglise tous ses biens et, avec eux, le patrimoine des pauvres, on a organisé la bienfaisance publique (nommée depuis 18481' Assistance publique) et créé les bureaux de bienfaisance. Ces institutions ne sauraient remplacer la vertu naturelle de bienfaisance ni surtout la charité.

Hospitalité. — L'amitié, la bienveillance, l'esprit de charité ou même de simple humanité se sont exprimés d'une manière touchante et s'expriment

encore tous les jours par l'hospitalité. Chez les peuples anciens, l'un des devoirs les plus sacrés était d'exercer l'hospitalité envers les étrangers : ils étaient regardés comme les envoyés des dieux. Ceux qui étaient unis par les liens de l'hospitalité donnée ou échangée, devaient se secourir mutuellement ; ils avaient des droits réciproques que la guerre elle-même ne suspendait pas. Aujourd'hui la fréquence des voyages et la multiplicité des relations, sans parler d'autres causes, ont fait trop souvent de l'hospitalité un simple commerce, quand ce n'est pas une indigne exploitation ; mais la vertu d'hospitalité s'est plutôt transformée dans son expression qu'elle n'a disparu. S. Paul la prescrit : Hospitales invicem sine murmuratione ; elle est un devoir particulier pour certaines personnes en charge. L'Eglise l'exerçait largement au moyen âge dans ses monastères, etc. toujours ouverts non seulement aux personnages les plus éminents, mais encore à la foule des pèlerins et des pauvres. Ces voyageurs sillonnaient en tous sens la chrétienté, plus homogène alors qu'aujourd'hui, malgré l'imperfection des moyens de communication. Plusieurs ordres d'hospitaliers ont été fondés. Aujourd'hui on donne ce nom aux congrégations vouées au service des malades ou des infirmes dans les hôpitaux. Mais l'hospitalité ne se confond pas avec la charité, bien qu'elle soit une manière particulièrement délicate de pratiquer celle-ci avec l'amitié.

Philanthrope. — Ce nom, créé au xvme siècle, désigne ceux qui s'occupent d'améliorer le sort de fleurs semblables. La philanthropie n'est, au fond, que la bienfaisance naturelle et ne peut, dès lors, se confondre avec la charité, à laquelle on a essayé de la substituer. Les économistes du xvmc' siècle se regardèrent comme des philanthropes, mais ne furent guère imités par les économistes libéraux du xixe siècle, qui virent plutôt dans l'économie politique une science spéculative ou du moins indépendante de la morale. Les philanthropes rendirent plus d'un service : ils contribuèrent à l'abolition de la traite, à l'amélioration du sort des aliénés, etc.

Assistance publique. — On comprend aujourd'hui sous ce titre tous les moyens par lesquels la société vient au secours de ses membres dans le besoin. La Constitution de 1848 a proclamé comme un devoir l'assistance publique. Le principe n'est pas contestable en droit naturel : seules ses applications peuvent faire l'objet de doutes et de vives discussions entre les socialistes et leurs adversaires, comme aussi entre les partisans de l'individualisme et ceux de la solidarité. Quelles que soient ici les opinions, l'assistance publique ne peut se confondre avec la justice, ni se substituer à la charité : « On a vu une bienfaisance établie par les lois civiles, dit à ce sujet Léon XIII (De la condition des ouvriers) se substituera la charité chrétienne ; mais cette charité, qui se voue tout entière et sans arrière-pensée à l'utilité du prochain, ne peut être suppléée par aucune industrie humaine. L'Eglise seule possède cette vertu, parce qu'on ne la puise que dans le cœur sacré de Jésus-Christ, et que c'est errer loin de Jésus-Christ que d'être éloigné de son Eglise ». A l'assistance publique se rapportent les hôpitaux, les hospices et autres asiles gratuits, les bureaux de bienfaisance, Y assistance judiciaire, et-,., etc. Mais on ne doit pas y rapporter, du moins au même titre, les <-aisses d'épargne, les caisses de retraite et autres institutions fondées uniquement sur la justice ou qui ne demandent à l'Etat qu'une surveillance et une protection particulièrement vigilantes. L'assistance judiciaire consiste dans la décharge des frais de justice accordée à des indigents en procès, par un bureau d'assistance créé auprès de chaque juridiction. On appelle assistance par le travail celle

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