‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 99 sur 686 · LIVRE IV : DE LA VERTU · texte numérisé non relu

LIVRE IV : DE LA VERTU

santé, si elle n'est soutenue et animée parla charité. De là vient la nécessité d'accorder une grande place sociale à cette belle vertu. Mais, de peur de la flétrir, il faut respecter toutes ses initiatives et toute sa liberté.

Aumône. — La charité va d'elle-même audevant de tous les préceptes, en particulier de celui de l'aumône, précepte rigoureux que Dieu a imposé en même temps qu'il décrétait l'inégalité des conditions et permettait les rigueurs de la pauvreté : « Mon fils, disait le vieux et sage Tobie, si vous avez beaucoup, donnez beaucoup ; si vous avez peu, donnez peu, mais toujours de bon cœur, parce que l'aumône délivre du péché et de la mort ». Jouir de la fortune sans s'occuper du malheureux ni encourager le travail honnête, refuser de seconder l'Eglise dans ses œuvres d'assistance et d'apostolat, c'est vivre en parasite et préparer sa damnation.

Egoïsme. — L'égoïsme dont il s'agit ici est l'amour désordonné de soi et, lorsqu'il est absolu, il fait rapporter tout à soi. C'est le vice le plus odieux et le plus repoussant, le plus opposé à la charité, qui est la subordination absolue de toute la personne à Dieu et par conséquent au prochain, dans toute la mesure du devoir. L'égoïsme, avec l'orgueil qui s'y cache, est le père de tous les autres vices. Toutes les fausses morales (morale de l'intérêt, morale du plaisir, morale du devoir entendu au sens stoïcien, etc.), pèchent par l'égoïsme. Il n'y a que la morale du devoir et du bonheur entendus au sens chrétien qui coïncide avec la charité (v. bien). — Les philosophes modernes entendenjt souvent par l'égoïsme Vamour de soi et l'opposent à l'altruisme. On essaiera vainement de confondre celui-ci avec la charité : il ne diffère pas, au fond, d'un instinct de sympathie ou de bienveillance. Quant à l'amour de soi, considéré en général, il est naturel, nécessaire et honnête, pourvu qu'il soit raisonnable et s'harmonise avec les autres amours légitimes. En ce sens on peut dire que Charité bien, ordonnée commence par soi-même; car chacun a d'abord la charge spirituelle de lui-même : il doit se donner au bien, au devoir et à Dieu avant de prétendre y porter les autres.

Martyre. — C'est un acte suprême et héroïque de foi et de charité ; car le martyr (ce nom, en grec, signifie témoin) donne sa vie pour confesser sa foi. Le martyre est appelé le baptême du sang, parce qu'il produit les mêmes effets de sanctification et d'expiation que le sacrement de baptême. Il ne faut pas confondre avec les martyrs ceux qui ont confessé la foi devant les tribunaux humains et enduré des supplices sans souffrir cependant la mort. Les martyrs, en effet, sont ceux qui moururent dans les tourments, ou ensuite par la violence des tourments, ou qui en seraient morts si Dieu ne les avait préservés miraculeusement. Pour le martyre proprement dit, il faut encore qu'il ait été subi pour la foi : pour quelque dogme ou quelque vérité pratique telle qu'un acte de vertu chrétienne. Il faut enfin qu'il ait été infligé en haine de la foi ou d'un acte de vertu prescrit par la foi de Jésus-Christ. Quelques auteurs ont prétendu que le nombre des martyrs avait été peu considérable dans les premiers siècles de l'Eglise ; mais il est avéré que les persécutions furent nombreuses, atroces, et firent souvent des victimes innombrables. Grâce au zèle des églises primitives, bien des actes des martyrs ont été conservés, en particulier les interrogatoires qu'on leur faisait subir. Tous les apôtres souffrirent le martyre. Presque tous les papes des premiers siècles périrent dans les tourments. Les noms des martyrs sont inscrits au martyrologe (V. les travaux de M. Paul Allard sur 1rs persécutions et le nombre des martyrs, etc.).

Amitié. — Une des vertus qui prépare le mieux

la charité, quand elle ne s'en inspire pas, est l'amitié. En effet, elle n'est pas seulement un sentiment qui rend les hommes sociables et les unit de mille manières dans leurs œuvres communes, mais elle est encore une habitude qui implique de l'attachement, de la fidélité, du dévouement, une défaite au moins partielle de l'égoïsme. Ce sont là des vertus, imparfaites, mais qui en préparent de plus hautes. L'amitié ne se développe qu'avec elles et trouve dans la charité seule sa véritable consommation. Rien ne réunit mieux les cœurs que l'amour suprême de la vérité, du bien et, en définitive, le service et l'amour de Dieu. Comme vertu l'amitié se rapporte donc à la charité. Mais d'ordinaire les amitiés humaines sont plus ou moins fondées sur des intérêts ou des préjugés et des ignorances, une conformité passagère de sentiments, d'ailleurs bons ou mauvais. Il est même à remarquer que l'on aime souvent ses amis plus encore pour leurs défauts que pour leurs qualités. On dirait alors que l'erreur et le mal associent- mieux les âmes que la vérité et le bien. De là tant d'amitiés fausses ou instables. Elles justifient toutes les critiques sous lesquelles tombent les amitiés purement humaines et étrangères à la morale. D'autre part, il faut bien reconnaître que la charité ne suffit pas à créer l'amitié proprement dite. Celle-ci exige, en outre, certaines convenances réciproques dans l'esprit, l'humeur et le caractère, conditions qui se sentent mieux qu'elles ne s'expriment. Assaisonnée ensuite par les vertus surnaturelles, l'amitié mérite vraiment tous les éloges qu'on lui a prodigués. Il y a, en effet, toute une litérature sur l'amitié. Quelles belles pensées on pourrait glaner sur ce sujet inépuisable ? Par exemple celle-ci de Vauvenargues : « Le devoir de l'amité s'étend plus loin qu'on ne croit : nous suivons notre ami dans ses disgrâces ; mais dans ses faiblesses nous l'abandonnons ; c'est être plus faible que lui. »

Pour ne citer encore que quelques proverbes, que ne suggèrent pas ceux-ci : « Un bon ami vaut mieux qu'un parent » ou comme le dit l'auteur des Proverbes : Mugis amicus erit quam {rater — « Au besoin on connaît l'ami » — « Mieux vaut un sage ennemi qu'un sot ami » — « Qui s'aime trop n'a point d'amis », etc.1?

Envie. — En tant que vice, l'envie naît de l'égoïsme et entre en contradiction avec la charité. Cette envie, en effet, ne se confond pas avec une noble émulation ni même avec une loyale rivalité. Puérile dans l'enfance et chez beaucoup d'âmes, l'envie devient facilement une passion des plus fortes, et l'on a pu dire qu'elle est plus irréconciliable que la haine. Ce vice est bas et il est à luimême son tourment. Il y a cette différence entre l'envie et la jalousie, qu'on est jaloux, à proprement parler, de son propre bien, que l'on veut garder sans partage, tandis qu'on est envieux du bien d'autrui.

Paix. — La paix naît de la charité et c'est l'un des fruits les plus doux de l'Esprit-Saint. En tant qu'intérieure, elle consiste dans la tranquillité de la conscience, l'harmonie des facultés, le calme des passions ou du moins leur soumission à la raison. C'est la paix la plus précieuse, car il n'est pas de pire dissension que celle d'être en désaccord avec soi-même. En tant qu'extérieure, la paix consiste dans le maintien de l'ordre social ou domestique, l'harmonie de la vie de chacun avec la vie de tous. La paix est louée hautement par l'Ecriture : Bienheureux 1rs pacifiques, car ils seront appelés les enfanta de Dieu {Math, v, 9). Jésus-Christ l'a apportée sur la terre : « Je oouslaisse lu paix, je cous donne mu paix », dit-il. Elle est promise aux hommes de bonne volonté. Mais il y a une fausse paix, qui implique la trahison de la vérité-

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