Chapitre III
Des grâces spéciales de l'Esprit-Saint.
Grâces spéciales. Dons du Saint-Esprit.
— Parmi les grâces ici désignées sous le nom de grâces spéciales de l'Esprit-Saint, il en est qui accompagnent toujours la charité et contribuent avec elle à la perfection, à la sainteté de l'âme qui les reçoit : ainsi les dons du Saint-Esprit. Il en est d'autres, au contraire, que Dieu accorde exceptionnellement â certains hommes, en vue du bien général, et qui ne supposent pas nécessairement la sainteté dans celui qui les reçoit : ce sont les grâces gratuites.
Il y a sept dons du Saint-Esprit. Isaïe les a énumérés, lorsqu'il a dit du Messie : « Sur lui se reposera l'esprit du Seigneur, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit 'de conseil et de force, l'esprit de science et de piété. Il sera rempli de l'esprit de la crainte du Seigneur ». Cet ordre peut s'expliquer ainsi. Au premier rang des facultés de l'âme, on remarque la raison et la volonté. La raison est spéculative ou pratique ; de son côté, la volonté agit seule ou avec le concours des passions. Or la raison spéculative est disposée à suivre les mouvements du Saint-Esprit par les dons d'intelligence et de sagesse ; la raison pratique est disposée par les dons de conseil et de science. De son côté, la volonté est perfectionnée, dans son mouvement vers le prochain, par la piété; dans son retour sur elle-même et sur ses passions, parla force et la crainte. Il sera permis ensuite de placer la sse avant l'intelligence, car celle-ci est pour celle-là ; il sera permis aussi de placer le conseil et la force avant la piété, à cause des difficultés spéciales dont ils triomphent si glorieusement. Ainsi l'on se conformera à l'ordre préféré par Isaïe.
Béatitudes. — Ce sont les œuvres parfaites des vertus et aussi des dons du Saint-Esprit. Notre- Seigneur lui-même les a énumérées dans ce passage si consolant du Sermon sur la montagne : « Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume du ciel est à eux. Bienheureux les doux, paire qu'ils posséderont la terre. Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
parce qu'ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront eux-mêmes miséricorde. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume du ciel est à eux » (Math. v. 3-10).
Fruits du Saint-Esprit. — Ce sont des actes qui procèdent des vertus ou des dons et qui portent en eux une certaine saveur surnaturelle. Toute béatitude est un fruit, mais tout fruit n'est pas une béatitude. Les béatitudes et les fruits ont cela de commun qu'ils sont des actes et procèdent des vertus et des dons, qui sont des habitudes. S. Paul énumère douze fruits : « Les fruits de l'Esprit-Saint, dit-il, sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté » (Ga/at. v, 22-23). Les fruits étant le mouvement consolant du Saint-Esprit dans l'âme, il faut les compter suivant les progrès de ce mouvement. Or le Saint-Esprit meut l'âme délicieusement par rapport à elle-même, par rapport à ce qui l'entoure et par rpaport à ce qui lui est inférieur. Sans sortir d'elle-même, l'âme où le Saint-Esprit habite goûte la charité ou l'amour pur, la joie spirituelle qui en est la suite, et la paix intérieure, le plus désirable des biens. Si le malheur la menace ou si le bien qu'elle espère est différé, elle goûte encore les consolations du Saint-Esprit par la patience et la longanimité. Elle goûte ensuite des consolations spirituelles, à l'occasion de ceux qui l'entourent, parla bonté, la bénignité, la douceur, la foi ; à l'occasion de ce qui lui est inférieur, par la douceur, la continence et la chasteté. Tous ces fruits sont opposés aux œuvres de la chair dont parle l'Apôtre et qui sont : l'impureté, l'idolâtrie, l'inimitié, les divisions, l'intempérance, etc. La vraie douceur, celle qui ne se change pas en amertume, n'est que dans les fruits offerts par l'Esprit-Saint : le juste les cueille, en désirant les apprécier davantage, tandis que le méchant les dédaigne, parce que ses goûts sont dépravés.
Prophétie. — C'est une de grâces gratuites. On entend par celles-ci certains privilèges que Dieu accorde en vue de la société chrétienne, plutôt que pour la sanctification de celui qui les reçoit. Ces privilèges concernent la connaissance, la parole ou les œuvres ; de là trois sortes de grâces gratuites : 1° la prophétie et les autres grâces de connaissance ; 2" le don des langues, avec le don d'interprétation et de prédication ; 3° le don des miracles.
La prophétie est une vue surnaturelle, qui s'étend à des vérités ou à des faits que la raison n'aurait pu découvrir. Entendue de cette manière générale, la prophétie comprend toutes les visions, toutes les révélations surnaturelles. Dans un sens particulier, elle s'applique seulement à l'annonce d'événements futurs et contingents. Dieu seul peut éclairer le prophète véridique; car les événements futurs et libres n'existent pas en eux-mêmes ; ils ne sont pas non plus déterminés dans leurs causes, et les intelligences finies ne peuvent que les prévoir obscurément, sans pouvoir les annoncer avec précision et certitude. Par l'accomplissement des prophéties l'intervention divine est donc démontrée « Si vous dites secrètement en vous-même : Comment puis-je discerner une parole que le Seigneur n'a point dite '. voici le signe que vous aurez : Si ce que ce prophète a prédit au nom du Seigneur n'arrive point, c'est une marque que ce n'était point le Seigneur qui l'avait dit, niais que ce prophète l'avait inventé >• {hait., xvm, 21-22),
Le don de prophétie serait incomplet sans le don des langues et le don d'interprétation ou de prédication. « Celui, dit S. Paul, qui parle un langage