‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 103 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

incompris, ne parle pas aux hommes, mais à Dieu... Qu'il demande donc dans la prière le don de l'interprétation : Oret ut intcrpretetur. Car pour moi, ajoute l'Apôtre, j'aime mieux ne dire que cinq paroles intelligibles que dix mille dans une langue inconnue » |I Cor., xiv, 2-19).

La prédication peut être considérée comme un art ou bien comme un don du Saint-Esprit. L'art suffit pour plaire, mais le don seul convertit et sanctifie. « Si lEsprit-Saint ne remplit les cœurs des auditeurs, dit S. Grégoire, c'est en vain que les oreilles sont frappées de la voix de celui qui parle ». Mais si la parole est vraiment évangélique, elle ne retourne à Celui qui l'inspire qu'après avoir touché les cœurs et opéré des merveilles de conversion. « De même que la pluie et la neige descendues du ciel abreuvent la terre, la rendent féconde, la font germer et donnent à l'homme la semence pour semer et le pain pour s'en nourrir, ainsi la parole de ma bouche, dit le Seigneur, ne retournera point à moi sans fruit, mais elle fera tout ce que j'ai voulu, et elle produira l'effet pour lequel je l'ai envoyée » (Isaïe, lv, 10-11).

Extase. — Elévation extraordinaire et surnaturelle de l'esprit, qui se détache des sens ; se dit aussi d'un état extraordinaire de l'âme provenant de l'exaltation do l'esprit et de la sensibilité. Dans l'extase, les sens sont suspendus, les mouvements volontaires s'arrêtent, l'action vitale est ralentie. Les physiologistes distinguent l'extase de la catalepsie. Dans celle-ci la vie intellectuelle est suspendue, tandis que dans l'extase l'âme est comme transportée hors du corps. Des savants incrédules ont essayé d'expliquer l'extase surnaturelle (celle d'un S. Paul, ravi au troisième ciel, d'une sainte Thérèse, etc.) comme un' simple état nerveux, tel qu'on peut l'observer chez des hystériques et autres névropathes. Mais l'extase surnaturelle et l'extase purement nerveuse ont des effets propres et absolument opposés. Signalons, parmi les effets de la première : des vues admirables et divines, une vertu héroïque, un ferme bon sens, une humilité profonde, au lieu que chez les faux extatiques on observe plutôt l'affaiblissement ou l'obstination de la volonté, le règne de la folie ou du caprice, etc. Entre l'extase surnaturelle et l'extase purement nerveuse, il y a place d'ailleurs pour des phénomènes surhumains, et des états extraordinaires de l'âme. Telles paraissent avoir été plus d'une fois les extases auxquelles aspiraient plusieurs philosophes néoplatoniciens, certains ascètes du brahmanisme et du bouddhisme. La fausse extase, en effet, .tient une large place dans les superstitions orientales et dans l'histoire des fausses religions (v. les théologies mystiques ; de Bonniot, le Miracle et ses contrefaçons, etc.).

Thaumaturgie. Don des miracles. — Comme la prophétie et comme l'extase surnaturelle, le miracle a eu ses contrefaçons. Les fausses religions se le sont attribué : de là la thaumaturgie. Ce nom est toujours pris en mauvaise part; mais le titre de thaumaturge est donné assez souvent aux hommes de Dieu. Le don des miracles n'existe en réalité que dans l'Eglise, de même que celui de prophétie. Ce sont là les deux témoins irrécusables de la révélation. En accomplissant toutes les prophéties de l'Ancien Testament, Jésus-Christ donna une preuve éclatante de sa mission et de sa divinité. Il confirma aussi sa parole par des miracles, c'est-à-dire par des œuvres qui dépassent les forces de la nature et témoignent ainsi de l'intervention de la Divinité. Il y a de faux miracles, comme il y a de fausses prophéties ; mais ils ne sauraient tromper la prudence chrétienne, car il y a des règles pour les discerner. Moïse en a donné une, lorsqu'il a dit que le vrai miracle ne mène jamais à l'idolâtrie. J.-C. en a donné une autre,

plus générale et plus facile à appliquer, quand il a dit : « Celui qui fait des miracles en mon nom ne peut à l'heure même mal parler de moi ». « Les prophéties sont les seuls miracles subsistants ». Mais le miracle a cet avantage d'être une preuve immédiate, d'autant plus irrésistible qu'il est plus récent. Le miracle peut suppléer la prophétie, et la prophétie le miracle : Dieu se manifeste par l'une ou l'autre voie. Près du berceau de la synagogue, comme à l'origine de la loi nouvelle, on vit s'opérer un grand nombre de miracles éclatants ; mais aujourd'hui que l'humanité marche à la lumière de tant de prophéties accomplies, le miracle semble n'apparaître que pour montrer que le bras de Dieu ne s'est pas raccourci.

Apôtre. — Choisis par Jésus-Christ pour prêcher l'Evangile à toute la terre et fonder l'Eglise, les apôtres reçurent des lumières et des grâces spéciales : don des langues, prophétie, don des miracles, etc. La vérité chrétienne qui devait plus tard trouver toutes ses formules dogmatiques, leur fut donnée pleinement, en sorte qu'on doit les regarder comme les maîtres de tous les docteurs et de tous les pontifes, qui n'ont fait que continuer leur mission. On a remarqué avec raison que l'apostolat établi par Jésus-Christ fut à la fois multiple et unique, c'est-à-dire composé de plusieurs membres sous la direction d'un seul chef. Envoyés pour propager la même doctrine de salut, investis de la même mission, les apôtres étaient parfaitement égaux entre eux à ce point de vue ; mais ils devaient rester unis à celui que Jésus-Christ leur avait donné pour chef. Saint Pierre ne pouvait diminuer le pouvoir des apôtres, et ceux-ci ne pouvaient diminuer la primauté de saint Pierre ; mais les apôtres n'ont pas transmis leur infaillibilité et leurs pouvoirs aux évêques leurs successeurs, tandis que saint Pierre vit encore pour ainsi dire et gouverne dans la personne des souverains pontifes, selon cette parole de Jésus-Christ : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle » (voir Dict. hist. : J.-C, Pierre, Paul, etc.).

Apostolat. — On entend souvent par apostolat tout ministère qui s'exerce à l'exemple de celui des apôtres, tout zèle pour le salut des âmes qui procède d'une foi éclairée et d'une charité aussi ardente que sincère. Alors il faut dire, avec un auteur moderne, que l-'apostolat est commandé à tous par l'amour de Dieu, par la notion même de l'Eglise... et par le prix des âmes (v. de la Girennerie, le Livre de C Apôtre ; P. Fayollat, l'Apostolat de la Presse; Guibert, V Educateur apôtre).

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