‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 107 sur 686 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

De la justice.

Justice. — C'est par la justice que les hommes sont réunis en société et participent à une vie commune. Cette vertu consiste dans une volonté ferme et constante de respecter tous les droits et d'accomplir tous les devoirs. A certains égards, il n'y a pas de vertu plus haute, puisque tous les actes honnêtes procèdent de la disposition de rendre à chacun ce qui lui est dû. C'est dans la justice, dit Cicéron, que la vertu brille de son plus bel éclat. C'est elle, en effet, qui confère le titre d'honnête homme et d'homme de bien. Pour faire l'éloge des saints, il suffit de leur attribuer une justice éminente. Joseph, dit l'Ecriture, était un homme juste. Le Messie est appelé le Juste.

On peut diviser cette vertu, comme la prudence, de trois manières : en parties intégrales, en parties subjectives et en parties potentielles, c'està-dire qu'on peut distinguer ses éléments, ses espèces et ses actes. Il y a deux parties intégrales : la première consiste à éviter le mal, et la seconde à faire le bien. A la première est opposée la transgression; à la deuxième, l'omission.

Il y a deux parties subjectives : la justice distributive et la justice commutative. Celle-ci règle

les rapports entre les personnes privées ; celle-là, entre la société et chacun de ses membres. La première obligation qu'impose la justice distributive est l'impartialité ; elle est violée par l'acception de personnes, qui est une préférence injuse et facilement criminelle dans la distribution des honneurs, des récompenses et des emplois publics. L'impartialité oblige toujours à choisir les plus dignes, c'est-à-dire les plus méritants, s'il s'agit de récompenses et d'honneurs, et les plus aptes, s'il s'agit d'emplois et de fonctions. La justice commutative a pour objet les droits et les devoirs stricts ; elle est violée par l'homicide et les mauvais traitements, le vol, le mensonge, la détraction, l'injure, etc. Toute violation oblige à restituer ou à quelque autre réparation.

Enfin les parties potentielles répondent aux différents devoirs que la raison prescrit soit envers Dieu, soit envers les parents et les supérieurs, soit envers le commun des hommes : d'où la religion, la piété filiale et la justice stricte. Celle-ci, qui ne parait pas différer de la justice commutative, comprend le respect des personnes, des biens extérieurs, de la réputation, etc. Cette dernière division reproduit d'une manière frappante l'ordre suivi par l'Esprit-Saint dans le Décalogue. Selon cette loi imprescriptible, à la fois révélée et naturelle, lhomme a des devoirs à remplir : 1° envers Dieu, qui est son auteur ; 2° envers l'autorité ; 3° envers ses égaux ou le prochain en général. Les devoirs envers Dieu sont compris dans les trois premiers commandements : Un seul Dieu tu adoreras... Dieu en vain tu ne jureras... Les dimanches tu 'larderas. Les devoirs envers l'autorité, et particulièrement envers l'autorité paternelle, sont compris dans le quatrième commandement : Tes père et mère honoreras... Enfin les devoirs envers le prochain sont compris dans les six derniers commandements, qui ont trait au respect des personnes, des biens, des mœurs, de la vérité, etc. : Homicide point ne seras... Bien d'autrui tune prendras, etc.

Religion. — Il ne suffit pas de dire que la religion est une doctrine, un culte extérieur, un sentiment profond et même- un besoin, il faut ajouter qu'elle est une vertu, un devoir, et le premier de tous ! En effet, un bien excellent entre tous ceux que l'homme doit respecter est l'ordre moral, en vertu duquel toute créature raisonnable est soumise à son Auteur, en reconnaît la perfection suprême et l'imite selon sa nature et son pouvoir. Le mal le plus grand, au contraire, est la rupture de cet ordre fondamental, rupture qui est le principe des révoltes et des chutes, de toutes les discordes et des haines implacables. Procurer ce bien et éviter ce mal, c'est un devoir si grave et si indispensable qu'il n'est pas possible d'en concevoir de plus grand ; or ce devoir fait toute la religion.

En établissant que la religion est le devoir fondamental, nous ne perdrons pas de vue les heureuses inconséquences de la raison humaine ; elles font que certains hommes sans religion, et qui se piquent même de leur indifférence, se reconnaissent d'ailleurs comme obligés en conscience par d'autres lois et accomplissent généreusement les devoirs qui en découlent. Mais l'inconséquence des hommes ne change pas les vrais rapports des choses, et l'on ne peut prescrire contre la logique Or celle-ci veut que tous les devoirs dépendent en quelque manière de la religion, en sorte que, si on nie les obligations religieuses, on est incapable de justifier les autres. Si l'homme n'a aucun devoir à remplir envers son Auteur, qui est à la fois son premier principe et sa dernière fin, comment en aurait-il à remplir envers sa famille, son pays, ses semblables et lui-même'/ Qui pourra le lier, l'obliger, si Dieu ne l'oblige pas? Sa conscience ? — Mais, si Dieu n'existe pas, elle

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