‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 109 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

Vœu. — Il consiste dans une promesse délibérée faite à Dieu de quelque plus grand bien. Le vœu prudent et fidèlement accompli est un acte éminemment religieux. Dans l'Eglise, on distingue le vœu simple et le vœu solennel. Celui-ci consiste à se consacrer à Dieu avec les solennités prescrites par l'Eglise, soit en entrant dans un ordre approuvé par l'Eglise (d'où les vœux monastiques de pauvreté, de chasteté et d'obéissance), soit en entrant dans les ordres sacrés, qui comportent le célibat ecclésiastique. On distingue aussi le vœu perpétuel (profession religieuse, par ex.) et le vœu temporaire ; le vœu absolu et le vœu conditionnel ; le vœu personnel, réel, mixte, etc. Le vœu oblige très étroitement : Vovete et réédite (Ps. 75)... Ruina hominis post vota retractare {l'rov. xx, 25). Mais il peut être sujet à commutation, à dispense, à irritation. Ainsi le père peut annuler tous les vœux de son enfant qui n'a pas atteint l'âge de puberté. Les vœux solennels ont des effets particuliers : ils sont un empêchement dirimant de mariage ; le vœu simple de chasteté le rend seulement illicite. Le pape peut dispenser de toutes sortes de vœux, en particulier des vœux solennels, puisqu'ils ne sont tels que par une institution de l'Eglise. En France, avant 1789, les vœux des religieux étaient généralement perpétuels, et reconnus par l'Etat ; ils emportaient mort civile, en sorte que les proies ne pouvaient plus hériter de leurs parents, etc. La Constituante déclara que les vœux ne seraient plus reconnus par la loi et prononça en ce sens l'abolition de toutes sortes de vœux (13 févr. 1790). Ils furent rétablis, mais avec des restrictions, par le décret du 18 févr. 1809. La loi ne reconnaît de vœux que dans les congrégations religieuses autorisées par l'Etat et après l'âge de 16 ans accomplis ; jusqu'à 21 ans, les vœux ne peuvent être qu'annuels ; ils peuvent ensuite s'étendre jusqu'à 5 ans. Mais les vœux perpétuels n'en obligent pas moins en conscience ceux qui les ont librement et régulièrement émis. Les vœux solennels, avec leurs effets propres, demeurent autorisés par l'Eglise, en France, dans les ordres qui les comportent.

L'importance particulière des vœux vient de ce qu'ils sont les liens indispensables des ordres religieux qui sont l'une des gloires et des forces de l'Eglise. Ce qui, dans les sociétés et corporations profanes (famille, armée, sociétés industrielles, etc.) n'est qu'un engagement naturel (encore faut-il en excepter la famille chrétienne) mais cependant très efficace, devient dans l'Eglise un engagement sacré et solennel. A part les abus, qui s'attachent toujours aux choses humaines, rien n'honore plus l'homme que cette faculté de disposer ainsi pleinement de lui-même et de s'emparer en quelque sorte de l'avenir. — L'usage des vœux a existé chez tous les peuples et dans toutes les religions. L'histoire a gardé le souvenir du vœu imprudent de Jephté. L'usage des anciens qui appendaient dans les temples des boucliers votifs pour l'accomplissement d'une promesse religieuse, rappelle celui des ex-voto. On célébrait, dans le même but, des jeux votifs, etc.

Pèlerin, pèlerinage. — Les voyageurs qui, au moyen âge, sillonnaient la chrétienté en tous sens, étaient souvent des pèlerins. Leurs signes distinctifs sont devenus légendaires : le bourdon avec l'escarcelle, le chapeau à larges bords, le froc de laine à collet orné de coquillages. Le pèlerinage est un voyage de dévotion que l'on fait au tombeau des martyrs ou autres saints, à quelque sanctuaire fondé à la suite de quelque apparition ou de miracles signalés, etc. On a vu l'origine des pèlerinages dans l'usage observé par les Juifs de se rendre tous les ans à Jérusalem, particulièrement aux fêtes de Pâque. Les pèlerins chrétiens commencèrent à

affluer au Saint-Sépulcre, dès que la paix eut été donnée à l'Eglise sous Constantin. Les pèlerinages de Terre Sainte donnèrent naissance aux croisades : les croisés, en effet, n'étaient que des pèlerins armés. Parmi les autres lieux de pèlerinage les plus célèbres citons : le tombeau des Saints Apôtres, à Rome ; Saint-Jacquesde-Compostelle, en Espagne ; le tombeau de saint Martin, à Tours; celui de saint Denis, près Paris ; le Mont-Saint-Michel, Sainte- Anne-d'Auray, Notre-Dame de Lorette en Italie, Notre-Dame de Lourdes en France, depuis 1858. Les Pères de l'Assomption ont organisé des pèlerinages annuels à Jérusalem et à Lourdes, qui ont contribué beaucoup à populariser de nouveau ce genre de dévotion. Si les pèlerinages ont donné lieu autrefois à des abus, qui pourraient se renouveler encore, ils n'en sont pas moins une manifestation religieuse des plus utiles : ils réveillent la piété individuelle et laissent dans les foules de salutaires impressions — Les mahométans ont aussi leurs pèlerinages. Celui de La Mecque est le plus célèbre ; tout musulman doit le faire au moins une fois ; cette ville sainte de l'Islam devient aussi tous les ans un foyer de fanatisme ardent et trop souvent aussi de contagion redoutable.

Parjure. — Celui qui se parjure, en violant son serment, commet une injure envers Dieu, dont il a pris le nom à témoin. Aussi, en droit canonique, les parjures sont traités d'infâmes, et regardés comme des voleurs et des adultères ; les ecclésiastiques parjures étaient déposés. Chez les Juifs, le parjure devait offrir en expiation une brebis ou une chèvre, ou deux tourterelles, ou une certaine mesure de farine. A Rome, le parjure militaire était puni de mort ; l'autre, du fouet et du bannissement. Dans les Capitulaires de Charlemagne, le parjure était condamné à perdre la main. La loi française ne punit comme parjure que le faux témoignage en justice.

Serment. — C'est l'acte religieux par lequel celui qui jure prend Dieu à témoin de sa sincérité, de sa fidélité, ou pour juge et vengeur s'il est infidèle. Le serment est dit assertoire, s'il se rapporte à un fait présent ou passé, et promissoire, s'il se rapporte à l'avenir. La violation de ce dernier s'appelle parjure. Le serment n'est licite et religieux qu'autant qu'il est nécessaire, véridique, juste et prudent ; sinon il est illicite et peut être criminel. Le serment de faire une chose mauvaise n'oblige point; de même s'il est extorqué. Les anciens prêtaient le serment devant les autels. Les chrétiens le prêtent la main sur l'Evangile, sur des reliques, etc. On le prête aussi debout et la tête découverte, la main levée vers le ciel ou vers un crucifix. Les Juifs le prêtent dans leurs synagogues, la main sur le Talmud. On appelle serment judiciaire celui qui est prêté en justice dans certains cas et d'où peut dépendre le jugement de la cause. Le faux serment d'une personne à qui le serment a été déféré en justice, est puni de dégradation civique. On appelle serment politiqus celui que des fonctionnaires sont appelés à prêter. Etabli en 1830, aboli en 1848, rétabli en 1852, il a été aboli de nouveau en 1870.

Blasphème. — C'est une parole injurieuse contre Dieu ou les saints myst&res. Le blasphème est simple ou accompagné d'hérésie. On regarde aussi comme un blasphème les paroles injurieuses contre la Vierge ou les saints. Chez les Juifs, le blasphémateur était lapidé ; les païens n'étaient guère moins sévères. L'Eglise et surtout les rois chrétiens frappèrent de peines sévères les blasphémateurs. Les ordonnances de saint Louis les condamnaient, selon le cas, à avoir la langue percée avec un fer roug-e. Il n'était pas injuste, en ces temps de foi, d'assimiler les blasphémateurs aux criminels de" lèse-majesté qui, aujourd'hui encore en certains pays, sont châtiés sévèrement. En Angle-

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