‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 113 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

Passant maintenant à l'examen de tous les phénomènes hypnotiques, depuis les plus simples jusqu'aux plus graves, qui se confondent avec ceux du spiritisme et de l'occultisme, nous remarquerons qu'ils forment une série continue, où 1 on passe insensiblement des plus naturels aux plus extraordinaires. Tel opérateur se borne à certains effets, déclarant même les autres impossibles ; mais d'autres poussent plus loin leurs tentatives et leurs succès. Or il suit de cette continuité des phénomènes que tous sont suspects, en tant du moins qu'ils sont hypnotiques. Nous ne saurions donc souscrire à cette conclusion du P. Coconnier : « L'hypnotisme franc n'est pas, de soi, diabolique; l'hypnotisme franc n'est pas, de soi, malfaisant ; l'hypnotisme franc est permis quelquefois ». (V. L'hypnotisme franc, 18(J7 ; notre Conférence sur la suggestion hypnotique, etc.)

Pénitence. — Cette vertu se rapporte essentiellement à la religion et à la justice. C'est par elle que le pécheur rentre dans la voie du bien et du salut, en s'humiliant de ses fautes, en les regrettant profondément et en sollicitant le pardon de Dieu et des hommes, s'il y a lieu. Le christianisme a donné une valeur et une efficacité incomparables à cette vertu, déjà si fortement inculquée dans l'ancienne loi, toute pénétrée de l'esprit de réparation, de justice et. de miséricorde. A la pénitence se rapportaient directement une foule de sacrifices et d'autres expiations. Le dernier des prophètes, Jean-Baptiste, prêcha le baptême de la pénitence pour préparer les voies au Seigneur, qui déclara, à son tour, qu'il était venu appeler les pécheurs à la pénitence. 11 n'a cessé d'exalter cette vertu si indispensable. Qu'on se souvienne seulement de La parabole de l'Enfant prodigue : « 11 y aura plus de joie dans le ciel, dit-il, pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. » La pénitence est l'âme du sacrement de même nom, si fréquenté dans l'Eglise. On entend aussi par pénitence la peine imposée pour l'expiation ou la satisfaction due au péché. Dès l'origine l'Eglise imposa aux pécheurs connus comme tels des pénitences publiques. Cet usage persévéra dans tout le moyen âge, mais en se modifiant. Les pénitentiaux étaient comme un code pénal ecclésiastique. Les pénitences furent peu à peu tempérées par les rédemptions ou commutations en prières ou aumônes (v. indulgence).

Contrition. — C'est l'acte essentiel de la vertu de pénitence. Elle consiste dans la douleur d'avoir offensé Dieu et la détestation du péché, avec le ferme propos de n'y plus retomber. Elle est parfaite ou imparfaite. La première est inspirée par la charité parfaite : elle a pour effet d'effacer le péché, même avant l'absolution, pourvu qu'on ait le désir de la recevoir. La seconde, dite aussi attrition, s'inspire de motifs moins élevés, quoique utiles et louables et implique un commencement d'amour de Dieu : elle suffit pour recevoir le sacrement de pénitence. Les qualités de toute contrition vraie sont les suivantes : elle doit être intérieure, c'est-à-dire dans le cœur et non pas seulement sur les lèvres ; souveraine, c'est-à-dire que le péché doit être détesté comme le plus grand de tous les maux ; universelle, c'est-à-dire qu'elle doit embrasser tous les péchés mortels sans exception ; autrement le repentir proviendrait des circonstances du péché plutôt que du péché lui-même; enfin elle doit être surnaturelle, c'est-à-dire un fruit de la grâce, à laquelle l'âme correspond.

Piété filiale. — Selon Cicéron, la piété est cette vertu de justice par laquelle on rend aux auteurs de ses jours, et à ceux qui ont bien mérité du pays, les devoirs et les honneurs qui leur sont dus. S. Thomas compare la piété à la religion :

« De même, dit-il, qu'il appartient à la religion de rendre un culte à la divinité, de même il appartient à la piété, vertu qui succède à la religion, de rendre un culte aux parents et à la patrie ». Le mot de piété ne signifie guère aujourd'hui que l'empressement religieux et filial qu'on apporte aux œuvres de religion ; mais il est bon de ne pas oublier le sens primitif et général.

Patriotisme. — Ce noble sentiment, qui se transforme si facilement en vertu, consiste dans l'amour de son pays et dans tous les actes qu'il inspire. Aimer sa patrie, la terre de ses pères, comme s'exprimaient les Romains : charitas patrii soli, c'est une loi naturelle et c'est une loi de Dieu. La patrie n'est-ello pas pour l'homme le pays qui l'a vu naître, la terre qui l'a porté et nourri, le toit paternel qui l'a abrité, la cité ou le hameau où il a grandi ? La patrie, n'est ce pas l'histoire de la nation, le souvenir des ancêtres et la continuation fidèle de leurs traditions ? L'amour du pays a inspiré tous les héros. Le paganisme eut ses Miltiade, ses Aristide, ses Scipion et autres grands patriotes ; la religion véritable a des gloires plus pures encore. Quel exemple que celui de Moïse, de Josué, des Machabées ! Mourons énergiquement pour nos frères, s'écriait Judas Machabée, au moment de livrer sa dernière bataille, et cette parole résumait toute sa vie héroïque. Si vous voulez me faire quelque grâce, disait Néhémias au roi de Babylone, renvoyez-moi en Judée, en la terre du sépulcre de mon père. Les Israélites de la captivité pleuraient, au souvenir de Sion. Ils avaient suspendu leurs lyres aux saules du rivage, et répondaient à leurs vainqueurs, qui les invitaient à chanter : Comment chanterions-nous le cantique du Seigneur dans une terre étrangère ? 0 Jérusalem, si jamais je t'oublie, que ma langue s'attache à mon palais ! On voit par ces exemples anciens et par mille autres dont parle l'histoire, que le patriotisme est grandi singulièrement par le sentiment religieux.

Il se distingue du civisme, qui apparaît surtout dans la défense des droits politiques des citoyens. Il est opposé au cosmopolitisme, en tant que celui-ci supprimerait l'amour particulier delà pxtrie pour lui substituer l'indifférence au point de vue national. Le cosmopolitisme ne répond à quelque sentiment juste qu'autant qu'il exclut un patriotisme étroit, fait de la haine des autres nations non moins que de l'amour de la patrie. Le patriotisme doit s'harmoniser avec le sentiment de la fraternité universelle, de la philanthropie, disons mieux, de la charité, qui sauvegarde et ordonne entre eux tous les amours légitimes (v. Jules Simon, Dieu, patrie, liberté, 1893, 11e éd.).

Respect. — Rien de plus indispensable que le respect. Honorez votre père et votre mère, dit l'Ecriture, comme si tous les devoirs envers eux se bornaient à ce témoignage d'honneur. C'est que, avec le respect, tous les autres devoirs sont faciles, tandis que sans lui tous les liens de la famille et de la société se relâchent bientôt. L'obéissance ne sera jamais digne de celui qui la rend ni de celui qui l'exige, si elle n'est préparée par le respect. Le paganisme a su apprécier le respect et le faire monter avec la crainte depuis les derniers rangs jusqu'aux premiers ; mais il appartenait au christianisme de le l'aire descendre avec l'amour et de lui donner entre égaux un charme indéfinissable. Mieux que le païen, le chrétien sait tout ce qu'il faut respecter : le rang, l'âge, les vertus, le talent, les mérites, le malheur. L'Eglise a été appelée justement « une école de respect ». Elle fonde la hiérarchie sociale et l'amour fraternel de tous les hommes sur ce respect absolu de leur personne et de leur âme, créée à l'image de Dieu et rachetée par le sang de N.-S. J.-C.

Lèse-majesté. — Jadis on distinguait juste-

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