‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 12 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

confirme que le monothéisme a précédé le polythéisme et que le paganisme n'est qu'une dépravation de la religion naturelle et révélée primitivement. On voit aussi que la mythologie créée par les poètes aneiens et conservée par les modernes, qui l'ont ornée encore du prestige des arts, est une fiction qu'il peut être bon de connaître, mais dont il ne faut pas plus abuser que de tout autre roman. (V. les travaux de l'abbé de Broglie : Problèmes "et conclusions de l'histoire des religions, etc. ; les travaux de Mgr de Harlez et de quelques autres orientalistes : Max Muller, etc).

Déesses — Ce n'est pas l'une des moindres erreurs des païens et del'anthroinorphisme en général d'avoir prêté un sexe à la divinité. On distinguait les grandes déesses et les déesses inférieures. Parmi les premières, qui, pour la plupart habitaient l'Olympe, étaient : Junon, Cèrès, Vesta, Minerve, Vénus, Diane ; parmi les secondes, les nymphes des bois ou des eaux et des divinités allégoriques, comme Iris, Y Aurore, les Muses, les Parques.

Théogonie — On ne peut bien apprécier la difficulté et le prix d'une notion rigoureusement exacte de la divinité, qu'en examinant les altérations que cette notion a subies aux différentes époques, et chez divers peuples. Chez les Grecs en particulier, la notion du vrai Dieu se trouve constamment alliée à une théogonie étrange, à des fictions poétiques, sinon mensongères à l'origine, du moins incapables de sauvegarder la vérité. On ne doit point confondre, il est vrai, la religion des Grecs avec leur mythologie ; la morale que définissaient les sages et que louait le peuple, valait mieux, sans doute, que les légendes religieuses d'Homère et d'Hésiode. Cependant l'imagination l'emportait démesurément sur la raison et l'entraînait plus ou moins dans les mêmes écarts.

On peut distinguer deux époques principales dans la religion et] la mythologie des Grecs. Les dieux de la première époque sont en petit nombre et ne sont point dépourvus des caractères d'une vraie grandeur. Ceux de la deuxième, au contraire, diminuent en raison de leur nombre même ; ils remplirent bientôt le Panthéon d' Agrippa, qui devait être leur temple et qui ne lut que leur tombeau. Parmi les dieux de la première époque, on remarque le Chaos et la Nuit, Uranus et Glu'', ou le Ciel et la Terre, l'Océan, père des fleuves. Ces dieux, dont les générations vont remplir l'univers, rappellent ces premiers versets de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et toute nue ; les ténèbres couvraient la face de l'abîme, etc. » Le fils du Ciel est Saturne, Cronos ou le Temps, frère des Titans et des Titanides, père de Jupiter, Neptune et Pluton. Ces trois frères détrônent leur père et se partagent l'univers. Jupiter garde le ciel et la suppréinatie, Neptune règne sur l'océan, et Pluton dans les enfers. A l'âge d'or ou de Saturne succède l'âge de fer. Jupiter, armé de la foudre, triomphe d'une révolte des Titans, ces formidables enfants de la Terre. C'est lui qui établit l'ordre universel.

Oracles — Les oracles étaient les réponses que faisaient les dieux à ceux qui les interrogeaient en observant certains rites, dans les temples ou autres lieux qui leur étaient consacrés : bois sacrés, grottes, etc. (ainsi l'antre de Trophonius). On appelait aussi Oracle le dieu qui répondait, soit par l'intermédiaire d'un prophète ou d'une prophétesse (pythie, pythonisse, sibylle), soit par un songe ou quelque autre signe que les prêtres se réservaient ordinairement d'interpréter d'une manière ambiguë, afin de ne pas se compromettre.

Signalons parmi les oracles fameux: ceux d'Apollon, à Delphes, et à Délos ; de Jupiter, à Dodone et à Olympie ; d'Esculape, à Epidaure. Citons aussi la nymphe Egérie, la sibylle de Cumes ; chez les Bre-

tons, l'oracle de l'île de Seyn,que desservaient neuf druidesses. Les Romains tiraient des présages du vol des oiseaux, etc. ; ils consultaient leurs auspices et leurs aruspices. La croyance aux oracles était alimentée par des faits surhumains, que l'on a vainement essayé de nier, et aussi par la supercherie des prêtres. C'est ainsi que Daniel déjoua les prêtres de Bel [Dan. xiv). Après l'établissement du christianisme, les oracles se turent et furent discrédités ; mais les devins, les médiums, les tables tournantes, etc. sont toujours consultés par des personnes abusées et superstitieuses.

Destin. — Les païens firent du Destin un dieu suprême, fils du Chaos et de la Nuit ; il personnifiait une puissance infinie, mais aveugle, à laquelle Jupiter lui-même, avec tous les autres dieux, était soumis. Plus tard les philosophes grecs (Platon, etc.) opposèrent le destin à la Providence, celle-ci régnant sur l'intelligence, celui-là sur la matière. Les stoïciens ramenèrent la Providence au destin. La philosophie chrétienne a détruit cette fausse divinité comme les autres; elle a reconnu tous les droits de Dieu, toute l'étendue de la Providence.

Vesta ou Hestia, donnée par la mythologie comme sœur de Jupiter, personnifiait chez les Romains le foyer domestique. Un collège de six Vestales entretenait perpétuellement le feu sacré sur son autel. Aucune statue ne lui était élevée. Son culte, qui se retrouve chez les Pélasges, remontait aux origines aryennes. Enée aurait apporté de Troie à Rome ses Pénates avec le feu sacré de Vesta.

Muses — Ces filles de Jupiter et do Mnémoysne (déesse de la Mémoire), d'abord au nombre de trois, puis au nombre de neuf, personnifiaient les sciences et les arts (Clio, l'histoire ; Euterpe, la musique, etc.). Les sciences et les arts, en effet, sont nés de l'expérience et de la mémoire. Apollon conduisait le chœur des Muses sur le Parnasse, le Pinde, etc. Les fontaines de Castalie et d'Hippocrène leur étaient consacrées ainsi que le cheval Pégase.

Jupiter ou Zeus,' regardé comme le dieu du tonnerre, était fils de Saturne ; l'aigle, au vol sublime, lui était consacré. Jupiter devint, dans la pensée des Grecs et des Romains, le dieu par excellence, digne par ses vertus autant que par sa puissance de l'obéissance de l'univers. Il est le père des dieux et des hommes. C'est lui qui fait les guerriers et les sages, qui donne la fortune aux uns et qui la retire aux autres, qui abaisse l'homme illustre et exalte l'homme obscur. Rien n'échappe à ses regards; il est le juste et vigilant dispensateur des maux comme de la prospérité, etc. Mais après avoir placé Jupiter si haut et sur un trône vraiment divin, la poésie l'en fait descendre pour le mêler à toutes les passions humaines. L'Olympe est ouvert à toutes les intrigues et même à tous les crimes qui souillent la terre. Les dieux, fils de Jupiter, courent mille aventures, dont ils sont les héros ou les victimes. La plupart des immortels ne sont pas même dignes d'estime. Jupiter est un séducteur; Junon est jalouse, Apollon, voluptueux ; Bacchus se plaît dans les festins et l'ivresse; Mercure protège les trompeurs et Mars ne rêve que la discorde et la guerre. Des divinités subalternes, faites à l'image des premières, peuplent la terre et les eaux. Cette mythologie, à l'apparition du christianisme, n'était plus que le panthéisme enseigné de la manière la plus sensuelle, et l'adoration de l'état présent du monde. Il est vrai que la conscience et le sens commun protestaient contre ces conséquences et ces turpitudes. Et puis le paganisme se glorifiait de plus d'une divinité estimable : Thé mis, Minerve, Vesta, etc. Mais la mythologie grecque et romaine n'en reste pas moins inexplicable, si l'on n'admet pas que sous ses voiles la

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