‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 13 sur 686 · LIVRE I : DE DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE I : DE DIEU

religion elle-même s'était profondément corrompue pour faire place à l'idôlatrie, à de grossières superstitions. Aussi l'on ne peut souscrire sans restriction à cette parole d'un auteur moderne : « Quand les Grecs cessent de parler la langue mythologique, leur conception de la divinité ne diffère pas essentiellement de la nôtre ». Il ne suffit pas de retrouver un à un et çà et là tous les lambeaux de la vérité religieuse pour posséder cette vérité ellemême. C'est l'unité, c'est l'enchaînement qui fait la doctrine. Quelque complets que paraissent donc, si on les rapproche les uns des autres, les aveux échappés souvent aux poètes et aux sages du paganisme, il serait peut-être plus vrai de dire, avec un autre auteur, que l'antiquité ne connut pas Dieu.

Junon, Hêra en grec, fille de Saturne et femme de Jupiter, était la première déesse du ciel. Peu soumise à Jupiter et jalouse, elle persécuta Io, Alcmène, Hercule, etc.; elle excita la guerre de Troie, parce que Paris lui avait préféré Ventes, en lui décernant la .pomme d'or. De Jupiter elle eut Vulcain, Hèbè et Ares ou Mars. Elle protégeait les mariages honnêtes ; à Rome elle présidait aux naissances sous le nom de Lucine. Le paon lui était consacré.

Vulcain, Hephœstos en grec, dieu du feu, des volcans et de la métallurgie, était laid et difforme. Précipité du ciel par son père, il tomba à Lemnos et resta boiteux. Ses forges étaient établies aux îles Lipari et sous l'Etna, où il fabriquait, avec les Cyclopes, les foudres de Jupiter, qu'il aida à vaincre les géants. Il forgea les armes d'Achille, celles d'Enée et fit cent autres ouvrages merveilleux. On a rapproché son nom de celui du patriarche Tubalcaïn, inventeur de l'art de travailler le fer (Voir aussi Agni, le dieu védique du feu).

Mars, Ares en Grèce, dieu de la guerre brutale, était fils de Jupiter et de Junon. Regardé comme le père de Romulus, il était très honoré à Rome, où il avait un flamme et des prêtres, qui exécutaient ses danses guerrières : de là leurs noms de Saliens. Bellone, regardée comme sa sœur, ou sa mère, ou sa nourrice, ou son épouse, était aussi très honorée à Rome.

Thémis ou la Justice, fille d'Uranus, eut de Jupiter les Heures, les Destinées (ou Moires), Astrée ou la Vierge, etc. Elle est représentée assise, tenant d'une main un glaive et de l'autre une balance.

Apollon ou Phœbus, dieu du soleil, des lettres, des arts, de la médecine, surnommé Musagète ou le Conducteur des Muses, était fils de Latone et de Jupiter. Il naquit à Délos et perça de ses flèches le serpent Python. Son fils Esculape ayant été foudroyé par Jupiter, il tua les Cyclopes, qui avaient forgé les foudres, fut exilé pour cela sur la terre, garda les troupeaux d'Admète (voir Dict. historique), puis, avec Neptune, bâtit pour Laomédon les murs de Troie. Il se vengea'de Marsyas etdeMidas, fut rappelé au ciel et chargé de conduire le char du soleil. On le représente jeune, avec une tête chevelue et lumineuse, tenant tantôt une lyre et tantôt un arc. Ses flèches sont redoutables : elles symbolisent les effets des chaleurs excessives, la peste, les morts subites. Mais ses bienfaits ne sont pas moins remarquables. Avec Minerve, il est l'une des divinités qui personnifient le mieux le génie grec.

Diane ou Artèmis, ou Phèbè, déesse de la lune, était une divinité italienne (voir Janus). Son culte fut introduit à Rome par Servius Tullius, qui lui éleva un temple sur l'Aventin. La Diane romaine fut identifiée avec V Artèmis des Grecs, sœur d'Apollon. Nommée Artémis sur la terre, où elle était la déesse de la chasse et de la chasteté, elle s'appelait Phèbè au ciel et Hécate dans le monde infernal. Son temple d'Ephèse, une des merveilles du monde, fut brûlé par Erostrate ; mais son culte

se perpétua et ses adorateurs tentèrent de lapider saint Paul. En Tauride on lui sacrifiait les naufragés jetés à la côte. A Aricie, près de Rome, le prêtre qui desservait son temple devait être le meurtrier de son prédécesseur. Diane la chasseresse est représentée vêtue légèrement d'une tunique et un arc à la main, suivie d'un chien ou d'une biche (V. encore Actèon, Orion, Endymion, dans le Dict. hist.).

Esculape, Asclepios en grec, fils d'Apollon, devint le dieu de la médecine, qu'il apprit du centaure Chiron. Homère ne le comptait pas encore parmi les dieux. On lui rendit un culte à Epidaure, à Pergame, à Smyrne, etc. Le serpent, symbole de prudence, et le coq, symbole de vigilance, lui étaient consacrés. On sait que Socrate, en mourant, ordonna de sacrifier un coq à Esculape. Les descendants d'Esculape prirent le nom d'Asclépiacles.

Mercure, dieu du commerce et du vol, chez les Romains, qui l'assimilèrent à l'Hermès des <!recs, dont le caractère est néanmoins très diffèrent. Hermès était fils de Jupiter et de Maïa. Enfant, il vola les bœufs d'Apollon, puis s'allia avec lui, inventa la lyre, etc. Personnification de la prudence, de la finesse grecque, il est le héraut ou messager des dieux de l'Olympe; il profite des chances heureuses et préside au commerce. On le représente avec le caducée (v. ce mot) à la main et des ailes aux talons (talonnières). Le Mercure gréco-romain fut plus tard assimilé au Thoth égyptien et prit le nom à'Hermès trismègiste (v. plus bas Thoth).

Hercule ou Héraclès, dieu du Latium, identifié par les Romains avec l'Héraclès grec, fils de Jupiter et d' Alcmène et petit-fils d'Alcée. De là le surnom d'Alcide donné à Hercule et à ses descendants. Son cousin, Eurysthée, lui imposa douze travaux fameux, qui furent glorieusement accomplis. 1° Il étouffa le lion de Nemée;2u il tua l'hydre de Lerne ; 3° il prit vivant le sanglier d'Erymanthe ; 4° il atteignit à la course la biche aux pieds d'airain; 5" il tua à coup de flèches les oiseaux du lac Stymphale; 6° il dompta le taureau de l'île de Crète envoyé par Neptune contre Minos; 7° il tua Diomède, roi de Thrace, qui nourrissait ses chevaux de chair humaine; 8° il vainquit les Amazones; 9° il nettoya les écuries d'Augias, en détournant le fleuve Alphée; 10° il combattit et tua le géant Géryon; 1 1° il enleva les pommes d'or du jardin des Hespérides; 12" enfin il délivra Thésée des enfers. Il accomplit en outre une foule d'exploits : il étouffa dans ses bras le géant Antée, fils de la Terre ; il ouvrit le détroit de Gibraltar, en séparant les montagnes de Calpé et d'Abyla, appelées colonnes d'Hercule ; enfin il tua le centaure Nessus; mais cette victoire causa sa mort. Déjanire lui envoya une tunique trempée dans le sang du centaure. Hercule l'eut à peine revêtue qu'il se sentit consumé par d'atroces souffrances; il se jeta dans un bûcher, sur le mont ^Eta (v. Héraclides).

Persée, fils de Jupiter et de Danaé, vainquit les Gorgones, coupa la tête de Méduse. Monté sur Pégase, qui naquit du sang de Méduse, il délivra Andromède, etc.

Pollux, fils de Jupiter et de Léda, était frère jumeau de Castor. Celui-ci, qui n'était pas immortel, fut tué par Lyncée, et Pollux, qui l'aimait tendrement, obtint de Jupiter de partager l'immortalité avec lui. Ils forment la constellation des Gémeaux. Dès 498, le culte de ces Dioscurcs fut introduit à Rome, où un temple leur fut élevé au Forum.

Bacchus, en grec Dionysos, fils de Jupiter et de Sémélé, fut instruit par les Muses et par le vieux Silène. Il conquit les Indes à la tête d'une armée d'hommes et d'amazones, portant des thyrses chargés de raisins; il visita l'Egypte, où il planta la vigne et enseigna l'architecture. Dans la guerre des Titans, il soutint son père, qui l'encourageait de ce

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