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Chapitre VII

De la Tempérance.

Tempérance. — Considérée comme vertu spéciale, la tempérance n'est que la modération dans les plaisirs qui affectent les sens, en particulier ceux du boire et du manger. Mais vue de plus haut, elle apparaît comme la règle, la mesure et la condition de toute vertu. Sans elle, la prudence tourne à la ruse, la sagesse manque de sobriété, la force dépasse le but et la justice elle-même touche à l'iniquité : summun jus, summa injuria.

La tempérance est une vertu particulièrement belle. Elle comprend, en effet, ces qualités aimables qui honorent l'âme en lui soumettant la matière : telles sont la sobriété et la chasteté, la modestie et l'humilité, la discrétion, la douceur et l'aménité, vertus charmantes, qui sont comme les Grâces de la religion chrétienne, et donnent à la vertu un caractère angélique. La tempérance tient le milieu entre deux vices contraires : l'insensibilité et l'intempérance. Le vice le plus fréquent et le plus pernicieux n'est pas le premier, mais bien l'intempérance, qui est la recherche immodérée de tout ce qui flatte et enivre les sens. L'intempérant s'attache au plaisir sensuel comme à sa fin. Incapable de se surmonter, il est l'esclave de passions humiliantes. Ce vice est le grand corrupteur des peuples. Aristote l'appelle justement un vice puéril et voici pourquoi. L'enfant convoite des bagatelles, des choses de nulle valeur : ainsi en est-il de l'intempérant. De plus, l'enfant laissé à ses caprices devient opiniâtre ; à tout prix il faut le satisfaire : de même encore pour l'intempérant. Enfin l'on ne corrigera un enfant qu'en réprimant ses passions naissantes, peut-être en affligeant ses membres indomptés : troisième et dernier trait de ressemblance. Aristote compare l'intempérance à la lâcheté, et il trouve que celle-ci

est de sa nature moins grave que la première. La lâcheté, en effet, a pour excuse la conservation de la vie, tandis que l'intempérance ne peut se couvrir que du prétexté de plaisirs superflus. Ensuite, la timidité est provoquée par une cause extérieure, qui agit sur l'âme sans sa participation, tandis que l'intempérant trouve en lui-même la cause de ses dérèglements. Enfin l'intempérant se propose tous les détails de son action plutôt que l'action même, tandis que le timide n'a qu'un but, le salut. Il suit de laque l'intempérance est plus volontaire et moins excusable.

Une différence remarquable, qui ressort de la comparaison précédente, c'est que, dans la timidité, l'inconnu est ce qui effraie davantage, la crainte augmente avec l'incertitude, tandis qile dans l'intempérance l'inconnu est ce qui attire le moins, et la tentation croît à mesure que l'objet est mieux connu, mieux senti. De là l'opportunité de la réflexion et de l'exercice pour vaincre la timidité, et l'opportunité de l'oubli et de la fuite pour vaincre les plus fortes tentations de l'intempérance et de la sensualité. C'est donc avec raison que les ascètes distinguent deux sortes de tentations : celles qu'il faut fuir, et même ignorer s'il est possible, et celles qu'il faut connaître et provoquer.

La tempérance se divise comme les autres vertus cardinales en ses éléments, en ses espèces et en ses actes. Les éléments de la tempérance sont : la pudeur en général et Yhonnètetè : oerecundia et honestas. La première est comme un souvenir, un ressentiment de la première innocence ; elle fait qu'on rougit et qu'on s'abstient, par une sorte de honte, de tout ce qui blesse ou menace la tempérance. La seconde recherche la pratique même delà vertu et la beauté morale qui en est la fleur. Les espèces proprement dites de la tempérance sont : Yabstinence et la sobriété; la chasteté et la pudeur spéciale qui lui correspond. Enfin, dans son exercice, la tempérance s'applique successivement à régler les passions violentes et intérieures, par la continence ; les désirs de grandeur et les vaines espérances, fax Y humilité ; les désirs de vengeance par la mansuétude et la clémence ; les mouvements du corps, la démarche et toutes les actions extérieures, par la modestie, la simplicité, etc.. A ces vertus spéciales sont opposés différents vices : la gourmandise, la luxure, la colère, Yorgueil, Y affectation, etc.

Abstinence. — L'abstinence, la sobriété et la frugalité constituent la tempérance proprement dite, qui règle l'usage des aliments et des boissons. La vertu d'abstinence ne consiste pas à refuser au corps ce qui lui est nécessaire, mais seulement ce qui est superflu ou facultatif, dans un but de pénitence et de détachement. Contenue dans de sages limites, l'abstinence produit les effets les plus grands par les moyens les plus petits en apparence. Considérée comme simple abstention d'aliments et de boissons, elle est prescrite dans bien des cas par la médecine et l'hygiène, sous le nom de diète et de régime. Les pythagoriciens en avaient reconnu l'efficacité au point de vue moral : ils proscrivaient l'usage des viandes. De nos jours se sont formées des sociétés de végétariens, qui se soumettent à la même interdiction. Los religions de l'Inde et le mahométisme prescrivent des abstinences plus OU moins rigoureuses. Les mahométans jeûnent pendant tout le mois de ramadan et ne prennent leur repas qu'à la fin du jour : à Rome, un jeune de cinq jours fut institut' en l'honneur de Cérôs ; on jeûnait avant de descendre dans l'antre de Trophonius, en Béotic Si nous interrogeons maintenant les traditions les plus respectables, nous voyons, dans la Bible, que Dieu permit à Noé et à ses descendants de se servir de la chair des animaux, en s'abstenant toutefois de manger le sang. Sous la loi ancienne,

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