LIVRE IV : DE LA VERTU
les Juifs devaient s'abstenir de manger la chair des animaux impurs. Les prêtres devaient s'abstenir de vin pendant qu'ils exerçaient leurs fonctions au temple. Par la loi nouvelle les fidèles furent affranchis d'une foule d'observances et d'abstinences légales ; mais la vertu d'abstinence a pris, avec l'Eglise, une forme nouvelle et plus parfaite. Pour ménager la transition des observances anciennes aux observances nouvelles, les apôtres décidèrent que les premiers chrétiens s'abstiendraient du sang et des viandes suffoquées. Dans la discipline actuelle de l'Eglise, voici les préceptes généraux d'abstinence, qui étaient bien plus sévères autrefois qu'aujourd'hui. Il faut distinguer d'abord l'abstinence proprement dite du jeûne. L'abstinence consiste dans la privation d'aliments gras à certains jours. Ces jours sont les vendredis et samedis de chaque semaine, les trois jours des Quatre-Temps (qui sont aussi des jours déjeune, de même que le carême et les vigiles), tout le carême et les vigiles de certaines grandes fêtes (Noël, Pentecôte, l'Assomption, Toussaint, etc., selon les diocèses). Par exception, on peut faire gras le jour de Noël, alors même qu'il tombe un vendredi ou un samedi. On observait autrefois l'abstinence dans beaucoup de diocèses, les trois jours des Rogations. Depuis quelque temps le précepte de l'abstinence le samedi a été suspendu dans plusieurs pays, en vertu d'une autorisation du Saint-Siège, mais qui doit être fréquemment renouvelée. Dès le milieu du xvin" siècle, les Espagnols avaient obtenu la dispense de l'abstinence le samedi et, grâce à la célèbre bulle de la croisade, le vendredi même est observé moins rigoureusement qu'ailleurs. On a remarqué que ce relâchement avait coïncidé avec une certaine décadence de l'Espagne. Régulièrement, les jours maigres la cuisine doit être faite au beurre et à l'huile ; on permet généralement, dans les divers diocèses, l'usage de la graisse, en vertu d'un induit.
Jeûne. — C'est l'une des formes traditionnelles et consacrées delà pénitence Moïse jeûna quarante jours sur le mont Sinaï. Jésus-Christ a jeûné pendant quarante jours dans le désert. Les Ninivites ayant jeûné et fait pénitence, à la parole du prophète Jonas, Dieu suspendit le châtiment. Dans la discipline de l'Eglise, le jeûne est prescrit pendant le carême, le dimanche excepté, les Quatre-Temps, à certaines vigiles de fêtes. Le jeûne comprend l'abstinence, mais sans se confondre avec elle. Il consiste essentiellement à ne faire qu'un seul repas, auquel on peut ajouter une légère collation sur le soir. L'usage permet aussi de prendre une ou deux onces de chocolat ou de pain, etc., dans la matinée. C'est un principe que la boisson (le vin, etc., mais non le lait) ne rompt pas le jeûne. Les évêques ont le pouvoir de dispenser du jeûne et de l'abstinence pour des causes nécessaires. En vertu d'induits, ils permettent généralement dans leurs diocèses respectifs, de faire gras pendant le carême, le dimanche à tous les repas, les lundi, mardi, jeudi à un seul repas ; dans quelques diocèses on ajoute le samedi, en exceptant le samedi des Quatre-Temps. Ces dispenses ne s'étendent pas à la semaine sainte ou du moins aux quatre derniers jours. On permet généralement l'usage du laitage à la collation, mais non celui des œufs : les personnes qui à raison do leur santé, de leurs travaux on do leur âge sont dispensées du jeûne peuvent faire gras à tous les repas des jours sur lesquels porte la dispense d'abstinence. Mais c'esl une règle générale que la dispense du jeûne n'entraîne pas celle île l'abstinence. Une bulle de Benoît XIV interdit à tous l'usage du gras et du poisson au même repas pendant tout le carême, même le dimanche. Jadis les préceptes 'le L'abstinence et du jeûne étaient beaucoup plus rigoureux dans l'Eglise. Le repas du jour de jeûne ne se prenait qu'à none ou même ;i vêpres,