PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
au coucher du soleil. On jeûnait pendant l'Avent, aux trois jours des Rogations, tous les mercredis et tous les vendredis. On substitua ensuite le samedi au mercredi, on laissa tomber le jeûne et on retint l'abstinence. Dans l'église russe on observe plusieurs carêmes chaque année — Il ne faut pas confondre le jeûne dont nous venons de parler avec le jefiiic eucharistique, epui est absolu. Toute personne qui communie doit rigoureusement être à jeun, c'est-à-dire n'avoir pris aucune nourriture ni aucune boisson depuis minuit. Sont exceptés les malades qui reçoivent le viatique, etc.
Gourmandise. — Elle consiste dans l'abus des aliments. Les moralistes déclarent que ce vice n'est pas grave de sa nature, comme l'ivrognerie ; mais il peut être néanmoins la cause de graves désordres. On peut y tomber de diverses manières, bien différentes entre elles. Les uns mangent trop (quantité) ; d'autres sont trop recherchés dans leurs goûts (qualité) ; d'autres mangent avec avidité ou trop souvent et quand il ne faut pas (mode) ; d'autres enfin mangent par plaisir plutôt qu'avec plaisir et par raison (fin). La langue française exprime assez bien ces nuances et quelques autres dans les mots, suivants: gourmandise, gourmet, glouton, friand, etc.
Ivrognerie. — L'abus des aliments est dégradant; celui de la boisson et des liqueurs fortes l'est plus encore. L'homme civilisé lui-même, dit à ce sujet Lacordaire, ne dédaigne pas de sacrifier son intelligence à l'oubli dégradant de ses maux. On voit le pauvre, le pauvre des grands peuples, se précipiter non plus après ie puin et les spectacles, cniiime aux temps de l'empire romain, mais à la porte ignoble où le lucre lui vend, au prix de ses sueurs, un instant de honteuse fascination. Tant l'homme a besoin de s'oublier, tant la raison lui est pesante, quand Dieu n'en soutient pas dans son cœur le tragique fardeau ». Ce vice entraine à sa suite les plus grands maux, pour l'individu et pour sa postérité (v. alcoolisme), à ce point que des races entières se sont vues menacées par lui dans leur progrès et même dans leur existence. C'est pour le conjurer que les Sociétés de tempérance ont été fondées dans les deux mondes. Elles remontent au xive siècle, et sont d'inspiration chrétienne. Au cours du xixe siècle, elles se sont multipliées prodigieusement aux Etats-Unis, en Angleterre, en Norvège, etc. Ce dernier pays, en particulier, a été sauvé par elles et par la rigueur de sa législation d'une décadence mortelle. En France, au contraire, le nombre toujours croissant des débits de boissons (ils dépassent le nombre de 800. 000) et l'absence de toute répression sérieuse favorisent l'extension de l'ivrognerie et de l'alcoolisme. L'ivresse manifeste, quand elle est poursuivie, n'est frappée que d'une amende, et en cas de récidive, d'un emprisonnement et de la perte de certains droits. — Au point de vue moral, l'ivresse intentionnelle, c'est-à-dire cherchée pour faciliter le crime, n'amoindrit pas la gravité de celui-ci ; l'ivresse accidentelle et complète rend irresponsable ; l'ivresse accidentelle et incomplète est une circonstance atténuante.
Pudeur. — Si les anciens ont divinisé les vices, pour ainsi dire, il ne faut pas oublier qu'ils ont honoré de même la plupart.des vertus, en particulier la Pudeur. Les Romains lui avaient consacré deux tetnples, l'un pour les patriciennes, l'autre pour les plébéiennes. Elle avait aussi des autels à Sparte et à Athènes. On la représente voilée de la tète aux pieds et assise dans une attitude modeste. Ses symboles étaient la tortue, qui signifie que la femme modeste doit vivre retirée dans sa maison, et la branche de lys, dont le christianisme a fait le signe de la pureté.
Chasteté. — Cette vertu est délicate entre toutes. Plus parfaite que la pudeur, qui est dans le
sentiment plutôt que dans la volonté, dans les actes extérieurs plutôt que dans les intentions, elle fait la gloire du christianisme. Les païens, du moins ceux de la décadence, la connurent peu et la pratiquèrent moins encore. Elle est la grâce de l'enfance, le charme de la jeunesse, l'honneur de l'âge mur ; elle captive toutes les âmes bien nées. Cette noble vertu est outragée par un vice grossier, dont la gravité est énorme, vu l'opprobre dont il afflige la raison, la profanation qu'il inflige à toute la personne et le désordre qu'il propage de génération en génération. Ce vice est le principe d'une foule de maux presque irréparables : l'aveuglement de l'esprit, l'inconsidération, l'inconstance, l'égoïsme, la haine de Dieu, l'amour exclusif de la vie présente et l'horreur de "la vie future. Il engendre dans l'âme tantôt une faiblesse irrémédiable, qui semble défier toutes les résolutions, et tantôt une malice si profonde qu'elle parait inaccessible au repentir. Ce vice n'est réprimé que par la continence, vertu imparfaite, puisqu'elle suppose la révolte des passions, mais vertu digne des plus grands éloges, car elle est le prix du courage et de la persévérance.
Virginité. — Cette forme particulière et touchante de la chasteté a été plus ou moins honorée par tous les peuples, mais surtout parles chrétiens. Les Romains avaient leurs vestales ; les Grecs rendaient un culte à Diane et à Minerve. La virginité louée par l'Eglise est surtout celle de l'âme ; elle consiste à se consacrer au service de Dieu et par là même, s'il y a lieu, au service du prochain ; à ne renoncer à la famille que pour mieux satisfaire aux obligations supérieures du dévouement et de la charité. Ainsi comprise, la virginité est supérieure au mariage, et les âmes des vierges méritent, à un titre particulier, le nom mystique d'épouses du Christ.
Douceur. — Par cette vertu l'homme est maître de toutes ses passions, l'esprit de vengeance en particulier, et accessible à tous les sentiments d'humanité, de pitié, de clémence et de miséricorde, o Bienheureux les doux, a dit Jésus-Christ, car ils posséderont la terre », et il disait de lui-même : » Je suis doux et humble de cœur ». Le grand législateur du peuple de Dieu, Moïse, était, au témoignage de l'Ecriture « le plus doux des hommes ». La douceur n'est pas incompatible avec la force. Les plus doux, au contraire, sont les plus forts, car ils triomphent d'eux-mêmes, s'il en est besoin, ce qui est encore le meilleur moyen de gagner les autres ou de les vaincre.
Diligence. — En tant qu'elle est opposée à une lenteur paresseuse et qu'elle se distingue, d'autre part, d'une activité aveugle ou fébrile, la diligence mérite d'être comptée parmi les vertus de tempérance. Mais on voit en même temps ses rapports étroits avec la prudence. La diligence, en effet, est faite également de sollicitude, de sage attention et d'activité. On n'est pas diligent sans vertu ; mais l'activité n'a pas nécessairement ce caractère. Tels, par exemple, sont expéditifs et prompts sans être diligents, car ils manquent de règle ou de clairvoyance.
Paresse. — C'est l'un des péchés capitaux. Elle détourne des vrais biens par crainte de la peine et des difficultés : le paresseux, en effet, s'attriste de tout ce qui lui coûte quelque effort. La culpabilité de la paresse se mesure sur le bien qu'elle fait perdre ; et si l'aversion pour le travail et la lutte est telle qu'on s'abstienne de remplir des devoirs importants, la faute grandit dans la même mesure. La paresse la plus grave est celle qui, de propos délibéré, reculerait devant le combat spirituel dont l'amitié de Dieu et le salut éternel sont la récompense. A la paresse se rapporte l'oisiveté cherchée et aimée d'une manière désordonnée : elle est la mère de tous les vices.