‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 135 sur 686 · LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART · texte numérisé non relu

LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART

donnent les unes aux autres à divers égards. La morale est la première en tant qu'elle affirme la fin dernière, qui règle tous les actes de la vie ; la logique, en tant qu'elle est l'instrument de toute science ; la métaphysique, en tant qu'elle traite de l'absolu et surtout de l'Etre suprême. Enfin les sciences mathématiques et physiques, d'où relèvent directement tous les arts mécaniques et toutes les industries, méritent plus d'une fois la préférence à cause de leur utilité exceptionnelle et de mieux en mieux sentie.

IV. La Théologie. — Jusqu'ici nous n'avons parlé que des sciences purement humaines. La théologie sacrée, qui s'y ajoute, est une science sui generis, fondée sur la parole de Dieu même et traitant de tout ce qui intéresse la destinée surnaturelle de l'homme. Or il est évident qu'une telle science l'emporte sur toutes par son objet et ses principes : par ses principes, que nous tenons de la Vérité même ; par son objet, qui comprend Dieu, les mystères, les grands faits de l'Incarnation et de la sanctification, l'immortalité bienheureuse de l'âme, etc. D'où il suit que la théologie sacrée doit présider à toutes les connaissances : c'est vers elle qu'elles convergent toutes, c'est d'elle qu'elles s'inspirent, c'est sous son regard qu'elles se rangent pour former l'encyclopédie chrétienne. S. Bonaventure a donc pu dire : Omnes cognitiones famulantur thcoloçjiœ. Et il serait facile de démontrer, en effet, par mille détails, que tous les arts et toutes les sciences, en particulier la philosophie, fortifient la théologie, lui donnent une matière abondante et un corps, s'en éclairent et s'en inspirent, pour rendre, avec elle, gloire à Dieu.

V. L' Histoire. — Si nous n'avons pas parlé encore de l'histoire, ce n'est pas qu'elle soit peu importante. Mais l'histoire est une science complexe et étendue à elle seule autant que toutes les autres ; ou plutôt l'histoire n'est pas elle-même une science : c'est un récit des faits, un témoignage ; elle a essentiellement pour objet les faits particuliers et contingents, tandis que la science a pour objet propre et direct le nécessaire et l'universel ; la science est une connaissance des causes, tandis que l'histoire est la connaissance des effets. Mais si l'histoire juge de ce qu'elle raconte, s'éclairant à cette fin de certains principes, elle devient alors une science qui se rattache aux autres connaissances humaines : sciences morales, religieuses, sociales, naturelles, arts, etc. Chaque connaissance, en effet, a son histoire : elle est même fondée sur l'histoire, puisque toutes les sciences et tous les arts sont fondés de quelque manière sur certains antécédents, certaines pratiques, ou en ont pris occasion pour se développer. A ce titre, l'histoire, avec la tradition, dont elle ne se sépare pas, est vraiment la mère de toutes les connaissances. Les anciens voyaient donc juste quand ils faisaient de Mnémosyne (déesse de la Mémoire) la mère des Muses (sciences et arts).

VI. Principale* classifications. — Après avoir établi ces principes, on peut critiquer sommairement, en les signalant, les principales tentatives de classification. Chez les anciens, la classification des sciences, dont un grand nombre ne s'étaient pas développées ou n'étaient pas nées encore, se confond ou du moins coïncide, et non sans raison, avec la division même de la philosophie. Les mathématiques et les sciences physiques appartiennent à la philosophie réelle ou naturelle, qui, avec la philosophie rationnelle (logique, à laquelle se rattache la rhétorique, etc.) et la philosophie morale ou éthique, compose tout le savoir humain.

Au moyen âge, les connaissances purement humaines sont d'abord comprises dans les 7 arts libéraux. Les trois premiers [triviurri] sont : la grammaire, la dialectique et la rhétorique ; les

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