PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
quatre autres (quadrivium) sont : l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique. Mais la dialectique ne tarda pas à ramener toutes les autres sciences philosophiques, sans compter que la théologie ne cessa non plus de se développer. S. Bonaventure esquissait déjà un système remarquable par son ampleur dans son opuscule De reductione artium ad theologiam. Il y distingue quatre lumières ou principes de connaissances, d'où quatre embranchements : les sept arts mécaniques (industrie et commerce), les beaux-arts, la philosophie, la théologie. La philosophie est subdivisée en logique, naturelle et morale. La première comprend la grammaire, la logique proprement dite et la rhétorique ; la seconde, les sciences physiques, les mathématiques et la métaphysique ; la troisième, la morale individuelle, la morale domestique et la politique. La théologie comprend aussi trois parties : le dogme, la morale chrétienne et la mystique. Cette classification, si belle et si régulière, est devenue aujourd'hui insuffisante en ce qui concerne les connaissances secondaires.
Plus tard les tentatives de classification changent de caractère. Bacon distingue trois connaissances fondamentales, qui correspondent à la mémoire, à l'imagination et à la raison; ce sont : l'histoire, la poésie et la philosophie. L'histoire est naturelle ou civile. La philosophie a pour objet Dieu, la nature ou l'homme.
Les Encyclopédistes acceptent cette classification et essaient de la compléter. Mais on ne peut corriger un système qui pèche par la base. Ce n'est pas selon nos facultés de connaître qu'il faut diviser les connaissances, mais plutôt selon leurs objets, ainsi qu'on l'admet aujourd'hui.
Comte divise les sciences en abstraites et en concrètes. Celles-ci sont les premières à naître et les dernières à se former. Comte ne croit pas qu'elles soient constituées, et, pour ce motif, ne tente même pas de les classer. C'est parmi elles que viendraient la minéralogie, la botanique, la zoologie, etc. Quant aux sciences abstraites, qui sont les sciences fondamentales, elles forment six groupes : les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie, la physiologie et la sociologie, à laquelle s'ajoute la morale. Les phénomènes observés par la sociologie sont les plus complexes, ils impliquent les phénomènes chimiques, qui eux-mêmes impliquent les physiques et les astronomiques. Les mathématiques observent les phénomènes les plus simples ; elles servent de fondement à toutes les sciences, tandis que la sociologie en est le couronnement. Mais cette distribution des sciences, malgré ses mérites de détail, encourt les mêmes reproches que le système philosophique dont elle est l'expression. Comte n'était pas fondé à supprimer la métaphysique, la psychologie, la théologie : ces sciences supérieures méritent bien quelque place dans le concert des connaissances.
Ampère a divisé les sciences, suivant leurs objets, en deux règnes : les sciences cosmologiques (sciences du monde) et les sciences noologiques (sciences de la pensée). Au moyen d'une série de subdivisions constamment dichotomiques, ces deux règnes forment d'abord 4 sous-règnes, puis successivement 8 embranchements, 16 sous-embranchements, 32 sciences de premier ordre, 04 sciences de second ordre, 128 sciences de troisième ordre. Voici les 8 embranchements : sciences mathématiques — physiques — naturelles — médicales — philosophiques — nootechniques — ethnologiques — politiques. On a pu reprocher à cette classification, œuvre d'un puissant esprit, l'abus excessif du néologisme et des divisions systématiques, moins naturelles que savantes. En outre, s'il est vrai que les sciences doivent se diviser suivant leur objet, il ne faut pas oublier d'avoir égard principalement
à l'objet formel. On ne peut donc opposer dès le début la matière à la pensée, parce qu'elles tombent indistinctement sous certaines sciences générales (v. notre Hist. de la piiil. Ampère).
M. Spencer divise la science en abstraite, en abstraite-concrète et en concrète. La science abstraite comprend la logique et les mathématiques ; la science abstraite-concrète comprend la mécanique, la physique, la chimie, etc. ; la science concrète comprend l'astronomie, la géologie, la biologie, la psychologie, la sociologie, etc. — Mais cette classification, quoiqu'elle soit moins étroite que celle de Comte, laisse encore [en dehors de ses cadres la métaphysique. Elle pèche de la même manière que le système dont elle est l'expression.
VII. Esquisse d'un système général des connaissances. — Aux remarques déjà faites nous joindrons la suivante, qui préviendra bien des objections. Il ne peut être question ici que de classer des sciences simples ou du moins n'embrassant que des connaissances du même genre : par exemple, l'arithmétique, la physique, la chimie, les sciences morales, politiques, littéraires. Il y a des sciences qui, outre qu'elles sont complexes, embrassent des connaissances fort diverses ; d'où il suit que toute classification rigoureuse les divise. Telles sont l'anthropologie, la géographie, les sciences militaires, pédagogiques. L'anthropologie, en effet, emprunte à lhistoire naturelle et à la psychologie ; la géographie, à l'histoire, à la géologie, à l'ethnologie, à la physique, etc. ; car (juel est le professeur de géographie qui se bornera à une description raisonnée de la surface de la terre ? La pédagogie renferme des éléments non moins hétérogènes (culture intellectuelle, morale, physique), et qui n'ont pas d'autre unité que celle du but à obtenir. Cette facilité et même cette nécessité de créer des sciences complexes, qui n'ont de nouveau que cette complexité, est une marque frappante des rapports étroits qui unissent indissolublement toutes les connaissances humaines.
Ceci étant bien remarqué, et toute liberté étant reconnue à chacun de grouper telles ou telles sciences, d'ailleurs fort distinctes, suivant les intérêts du moment, le but particulier à atteindre, le genre d'éducation à donner, voici brièvement un système des connaissances humaines.
Elles se partagent en cinq embranchements : la science, qui a pour objet formel le vrai, ou le beau, mais intelligible plutôt que sensible; — les beauxarts, qui ont pour objet le beau, devenu sensible ; — la culture, quia pour objet le bien ; — l'industrie, qui s'applique à l'utile; — le commerce, qui joint à l'utile l'opportun, donnant toutes choses utiles par elles-mêmes en temps et lieu convenables. (Voir le livre IX, de la Hiérarchie).
Nous n'expliquerons ici que le premier embranchement. La science s'éclaire des principes révélés ou des principes de la raison : de là les sciences théologiques et les sciences purement humaines. Les premières comprennent le dogme, la morale et la mystique, le droit canon, la liturgie, etc. Inutile d'insister sur les rapports particuliers du dogme avec la métaphysique et, en général, avec la philosophie : de ces rapports est née la scolastique. Les rapports ne sont pas moins étroits entre la morale théologique et la morale naturelle, le droit canon et le droit civil, etc. Les sciences humaines se divisent ensuite selon les degrés d'abstraction, comme il a été dit, en logiques, métaphysiques, morales, mathématiques, physiques. A la logique se rapportent assez bien la grammaire, la philologie, les connaissances littéraires, parmi lesquelles la poésie, l'éloquence, qui ont des rapports étroits avec les beaux-arts et s'éclairent de la psychologie non moins que de la logique. La métaphysique, à son tour, générale ou