‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 137 sur 686 · LIVRE V : DE LA. SCIENCE ET DE L ART · texte numérisé non relu

LIVRE V : DE LA. SCIENCE ET DE L ART

particulière, comprend une foule de connaissances. Sans parler de la théodicée ni de la psychologie, elle comprend, totalement ou en partie, la philosophie de la nature, l'esthétique. La morale comprend ou domine la jurisprudence, la politique, toutes les sciences sociales et les sciences militaires, si complexes, qui empruntent beaucoup aux mathématiques et à la physique. Aux sciences morales on peut rapporter encore l'histoire proprement dite, considérée du moins dans ses conclusions morales. Autrement, si l'histoire est prise avec toute son extension, elle est une connaissance universelle, et alors chaque science peut se dédoubler en deux éléments, pour ainsi dire : l'un historique ou expérimental, et l'autre doctrinal.

Les mathématiques comprennent : l'algèbre, qui s'occupe des quantités les plus générales, les plus abstraites ; l'arithmétique, qui s'applique à la quantité discrète, au nombre ; la géométrie, qui s'occupe des dimensions, figures, etc. ; la mécanique, qui traite des mouvements, etc.

Les sciences physiques comprennent: la physique proprement dite, qui traite des qualités sensibles des corps : lumière, son, chaleur, électricité, etc. ; la chimie, qui traite des éléments sensibles des corps ; l'histoire naturelle, qui s'occupe des minéraux et des espèces vivantes : d'où la minéralogie, la botanique, la zoologie, avec les sciences qui traitent de la vie en général (biologie, physiologie) ; la géologie, qui traite de la constitution du globe et particulièrement des couches solides, roches, etc. ; la géographie, qui décrit la surface du globe et entre dans des rapports étroits avec l'histoire ; enfin l'astronomie, qui est comme la géographie du ciel. Mais, en tant que l'astronomie s'occupe du mouvement des astres, elle emprunte beaucoup à la mécanique et aux mathématiques les plus abstraites. Telles sont, à grands traits, les principales divisions de la science. Bien qu'il soit difficile, et même impossible, d'arriver à une classification complète et définitive, il est très utile de rechercher quel est en cette matière le meilleur système, et de découvrir par là quelles sont les relations essentielles et l'importance relative de toutes les connaissances. D'ailleurs, si l'arbre encyclopédique est toujours inachevé, toujours croissant et en voie de modification, c'est la loi de l'esprit humain, qui, sans pouvoir renier ses principes, ni détruire les sciences acquises, cherche toujours de nouveaux arrangements et même de nouvelles conclusions.

Encyclopédie. — Ce mot peut signifier deux choses bien distinctes : 1" le système ou l'enchaînement de toutes les connaissances humaines ; 2° l'ouvrage ou la série d'ouvrages où sont traitées toutes les parties de la science. Or ces ouvrages encyclopédiques se présentent sous deux formes opposées : la forme systématique, qui a prévalu chez les anciens, et la forme alphabétique, qui a prévalu dans les temps modernes. On peut regarder, en effet, comme de véritables encyclopédies, telles que les comportait l'époque : les écrits d'Aristote, qui n'ignorait rien de son temps; VHistoire naturelle de Pline, le Manuel des sept arts libéraux de Marcien Capella, si répandu dans les premières écoles du moyen âge ; plus tard les Sommes composées par les grands docteurs scolastiques ; le Spéculum de Vincent de Reauvais et d'autres ouvrages d'un caractère plus profane (Bibliothèques, Trésors, etc.). Remarquons entre autres VEncyclopœdia seu Orbis aisciplinarum de Scalich (Bâle 1555). Le titre à' Encyclopédie y apparaissait pour la première fois et l'avenir lui appartenait. Mais à mesure que les sciences se multipliaient et s'étendaient, il devenait plus difficile de les traiter toutes en un seul et même ouvrage et dans un ordre didactique. Alors prévalut l'ordre alphabétique, qui permettait d'atteindre tous les sujets et de les clas-

ser avec une extrême facilité. De là les Encyclopédies proprement dites. Celle du xvme siècle, dont Diderot fut l'âme et dont les philosophes furent les rédacteurs (1751-80, 35 vol. in-folio), eut un grand retentissement et exerça une influence prodigieuse. Les ouvrages similaires se sont multipliés depuis. Citons : les Dictionnaires encyclopédiques de P. Larousse, de Dupiney de Vorepierre, de Trousset ; le Dictionnaire de pédagogie, de Buisson ; le Diction noire des Dictionnaires do Mgr Guérin ; la Grande Encyclopédie éditée par Lamirault et en voie de publication dépuis plus de dix ans; précédemment les Dictionnaires de Bouillet, ceux de Privat-Deschanel et Focillon, Dézobry et Bachelet; le Dictionnaire de la conversation et de la lecture (1831 et 1852) ; l'Encyclopédie des gens du momie ; VEncyclopédie du XIX* siècle (1842-54) ; les nombreux Dictionnaires édités par l'abbé Migne ; l'Encyclopédie catholique (1840) ; en Angleterre, la Grande Encyclopédie du XIXe siècle, en voie de publication, etc. Tout en adoptant l'ordre alphabétique, indispensable à tant d'égards, les Encyclopédistes du xvme siècle avaient compris, d'autre part, la nécessité d'une méthode. De là le Discours préliminaire écrit par d'Alembert, Varbre encyclopédique placé au seuil de l'ouvrage et les nombreuses références qui devaient relier entre eux tous les articles appartenant au même sujet. Mais ces remèdes au 'désordre inhérent à l'alphabet ne sont que des palliatifs ; et il importe, pour que les Encyclopédies rendent tous les services qu'on peut en attendre et acquièrent la perfection et la force de démonstration dont elles sont susceptibles, que leurs matériaux et leurs articles soient systématisés, c'est-à-dire qu'à l'ordre artificiel vienne s'ajouter l'ordre logique et naturel.

Sagesse. — Dans le langage de l'Ecole, la sagesse est d'abord la science supérieure des choses, c'est-à-dire la connaissance par les causes suprêmes. C'est ainsi que la théologie et la philosophie sont qualifiées de sagesse. La sagesse est, en outre, une vertu morale, une haute prudence et un don du Saint-Esprit. Les qualités intellectuelles et la perfection morale se réunissent donc en elle et s'y concentrent, pour ainsi dire, justifiant de quelque manière cette vue de Socrate qui ramenait toute vertu à la science ou plutôt à la sagesse. Et il est bien certain, en effet, qu'une connaissance complète et absolument sans erreur est incompatible avec le péché. On comprend mieux maintenant les éloges que lui décerne l'Ecriture , en ramenant à elle toute connaissance, comme à une sorte de philosophie religieuse (Sag. vu, vin). Cette sagesse est à l'image de Dieu ; elle est à la fois spéculative et prat que, une et multiple ; elle embrasse toute science infuse et toute srience acquise. Dans la théologie chrétienne, la sagesse est appropriée au Fils ou Verbe de Dieu, qui a enseigné aux hommes toute vérité salutaire. — Les Grecs l'avaient personnifiée dans Minerve- Athéné, qu'on représentait tenant à la main un rameau d'olivier, symbole de paix. La chouette, symbole de vigilance, lui était consacrée.

Spéculation. Pratique. — En raison de sa fin immédiate, la science est spéculative <>u pra~ tique. La spéculation s'arrête à la connaissance; la pratique va jusqu'aux applications. Dans nombre de cas, la spéculation ne nous sullif point. Qu'avonsnous à faire de théories impraticables ? La théorie ne vaut que par l'action qu'elle inspire, qu'elle juge et qu'elle guide.

Gardons-nous cependant de subordonner aveuglément la spéculation à la pratique, les principes aux conséquences. La spéculation est plus noble ; elle règle la pratique ; souvent elle se suffit, tandis que la pratique ne se suffit jamais. C'est pourquoi

Page 1