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LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART

tion présente, le mouvement général qui emporte tous les peuples vers de nouvelles conditions d'existence : tout lui fournit des armes et l'oblige à renouvelerses démonstrations. L'apologétique est donc soumise à des variations particulières ; mais elle ne saurait, sans périr, changer de nature ni rompre avec son passé glorieux. Pour n'être plus opportunes de tout point, les anciennes défenses de la foi n'en restent pas moins concluantes et leurs matériaux en seront toujours précieux pour la plupart. Le but de l'apologétique nouvelle est celui-là même qu'elles atteignirent : la démonstration de la loi catholique. Ce but est toujours possible et toujours mieux atteint. — Parmi les premiers apologistes on peut signaler saint Justin, Tertullien, saint Cyprien, Origène, saint Athanase, Lactance, saint Augustin ; au moyen âge, saint Thomas, qui dirigea en particulier contre les Arabes la Somme contre. les gentils ; au XVIIIe siècle, Bossuet ; plus récemment Bergier, Frayssinous, Lacordaire, Nicolas, Ravignan, Monsabré ; en Angleterre, les cardinaux Wiseman etNewman ; en Espagne, Balmès. Signalons aussi les travaux de l'abbé de Broglie et ceux du P. Wciss, 0. P., le Dictionnaire apologétique publié par l'abbé Jaugey, l'Apologie scientifique de Duilhé de Saint-Projet. Les revues catholiques ont discuté naguère les conditions nouvelles laites à l'apologétique contemporaine (v. Etudes, Revue thomiste, Annales de philosophie chrétienne),

Mystique. — La théologie mystique a pour objet les rapports surnaturels de l'âme avec Dieu. Elle fait partie de la théologie morale, dont elle est le côté supérieur et souvent miraculeux ; elle communique étroitement aussi avec la théologie ascétique, qui n'est, au fond que la science pratique de la morale parfaitement chrétienne. La théologie mystique s'occupe, en outre, des faits les plus extraordinaires delà spiritualité. A cette branche de la théologie se rapportent les œuvres de sainte Thérèse, plusieurs des œuvres de saint Bonaventure, de Gerson, saint Thomas, etc. Il appartient à la théologie mystique de discerner le surnaturel de ses contrefaçons : extases naturelles, purement nerveuses, ou diaboliques (voir magie, spiritisme, magnétisme, hypnotisme) ; de sauvegarder le mysticisme chrétien du faux mysticisme, soit celui des philosophes (néoplatoniciens, Bœhm, Swedenborg, Saint-Martin, etc.), soit celui de chrétiens égarés (quiétistes, M'"e Guyon) — L'abbé Migne a publié un Diction nuire de mystique chrétienne (1858). Plus récemment l'abbé Ribet a publié une Théologie mystique et une Théologie ascétique.

Théosophie — C'est une sorte de philosophie mystique et par conséquent fausse, car le propre de la philosophie est de s'appuyer sur la raison. La théologie elle-même s'appuie sur une foi qui peut montrer ses titres. Les théosophes, au contraire, prétendent être éclairés par une sorte de révélation intime et personnelle et n'en peuvent fournir d'autres preuves que leur affirmation. La théosophie est aussi ancienne que la fausse mystique ; mais le nom de théosophes n'a été donné qu'à partir du xvi'; siècle. Les uns, comme Paracelse, Cornélius Agrippa, Van Helmont ont allié à leur mysticisme une certaine science expérimentale ; les autres, comme Bœhm, Swedenborg, Saint-Martin ne sont connus que comme mystiques et philosophes. Certains mystiques appartenant à une Société thêosopliique, ont tenté récemment d'introduire le bouddhisme en France et d'y accréditer des pratiques superstitieuses (v. occultisme).

Scolastique. — Elle consiste essentiellement dans la démonstration de l'accord de la foi et de la raison. La scolastique florissait dans les écoles du moyen âge et désignait alors, comme elle peut encore désigner aujourd'hui, tantôt une théologie et tantôt une philosophie : une théologie, si la foi

confirme la raison ; une philosophie, si la raison confirme la foi. Ces deux méthodes, en effet, sont également possibles et avantageuses : la foi doit chercher l'intelligence (Fides i/inrrensintellecù( m ) et l'intelligence doit chercher la loi (Intel lectus quœrens fidem). Après avoir fleuri pendant le moyen âge, la scolastique a traversé deux longues époques malheureuses, l'une de décadence et l'autre d'oubli. Mais elle a reparu de notre terups et tente de nouveau d'unir étroitement la raison à la foi.

Philosophie. — On peut la définir : la science naturelleet supérieure des choses : naturelle, c'està-dire fondée sur les principes de la raison, par opposition à la théologie sacrée, qui est fondée sur les principes de la foi ; supérieure, car la philosophie est la connaissance des choses par leurs premières causes ; c'est une sagesse (v. plus haut). Elle s'étend à tout ce que la raison humaine peut connaître et embrasse ainsi dans son universalité tous les objets des sciences particulières, qui ont chacune, pour ainsi dire, leur philosophie; elle se réserve, en outre, certains objets qui ne peuvent être étudiés qu'à la lumière de principes supérieurs, comme Dieu, l'âme, l'être en général. La division traditionnelle de la philosophie est celle qui ramène toutes les sciences philosophiques à trois branches : la logique ou philosophie rationnelle, la métaphysique ou philosophie réelle, la morale. (Voir chacun de ces mots pour les subdivisions). La première traite des principes de la connaissance ou des êtres de raison, de l'ordre des idées ; la seconde, des principes de l'existence ou des êtres réels, de l'ordre des choses ; la troisième, des principes de la conduite ou de l'être moi al et de l'ordre excellent qui lui correspond. A ces trois sciences maîtresses se rattachent de quelque manière toutes les connaissances humaines : à la logique, la critique, la grammaire, la rhétorique, les sciences philologiques ; à la métaphysique, la philosophie de la nature, les sciences mathématiques et physiques; à la morale, le droit et les sciences sociales. — L'excellence et l'utilité de la philosophie résultent de sa nature même et de son objet. Connaître les réalités supérieures, découvrir les suprêmes lois, les premières causes et les dernières fins, assigner leurs origines à nos connaissances et au monde luimême, expliquer la destinée de l'homme et de l'humanité, rattacher toutes choses à Dieu, idéal et beauté suprême : tel est l'objet de la philosophie. Elle perfectionne l'homme en tant qu'homme, c'està-dire dans ses plus hautes facultés. Sans l'esprit philosophique qu'elle développe, on ne peut exceller dans aucune des connaissances supérieures. Cicéron déclarait que les philosophes lui avaient plus appris, même en éloquence, que les savants de profession. L'utilité morale de la philosophie est plus remarquable encore. C'est elle qui permet d'analyser ses propres sentiments, de démêler ceux d'autrui, d'entrer ainsi dans tous les secrets du cœur humain. Or, cette connaissance intime de la nature humaine, observée du dedans et du dehors, est la première condition du sage gouvernement de soi-même et du sage gouvernement des autres. C'est donc avec raison que h; moraliste grec, Socrate, insistait sur la maxime : « Connais-toi toi-même ».

Ajoutons avec lui, en faisant les réserves nécessaires, que le principe de tous les désordres est dans l'erreur. Si elle n'est pas la cause unique du mal, du moins elle en est la cause première et très efficace. Les hommes seraient bien près du repentir et de la vertu, s'ils étaient tous désabusés. Or, la philosophie vraie désabuse l'homme de ses erreurs les plus graves et les plus chères;- elle lui fait connaître sa fin dernière, le vrai bonheur, l'empêche de s'arrêter à des félicités trompeuses, à de vaines apparences du juste et du bien, pour l'attacher aux biens supérieurs et permanents. Elle tend à le mettre

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